Maghreb: les relations tuniso-libyennes surmonteront-elles le choc de l’exclusion d’Ennahdha?

La ministre libyenne des Affaires étrangères Najla al-Mangouch assiste à une réunion des voisins de la Libye dans le cadre des efforts internationaux pour parvenir à un règlement politique du conflit du pays, à Alger, la capitale algérienne, le 30 août 2021. RYAD KRAMDI / AFP
La ministre libyenne des Affaires étrangères Najla al-Mangouch assiste à une réunion des voisins de la Libye dans le cadre des efforts internationaux pour parvenir à un règlement politique du conflit du pays, à Alger, la capitale algérienne, le 30 août 2021. RYAD KRAMDI / AFP
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Publié le Jeudi 16 septembre 2021

Maghreb: les relations tuniso-libyennes surmonteront-elles le choc de l’exclusion d’Ennahdha?

  • La présidence tunisienne a insisté dans un communiqué sur «la nécessité de tenir les relations bilatérales à l’abri des tentatives de brouillage»
  • Le malaise entre les gouvernements tunisien et libyen est-il exclusivement imputable à la gestion de la pandémie de Covid-19? Rien n’est moins sûr

TUNIS: Le flottement actuel dans les relations tuniso-libyennes a fort probablement pour cause principale l’exclusion du parti islamiste du pouvoir, qui, s’il se confirmait, pourrait aboutir en Libye aussi à une redistribution des cartes sur le plan politique au détriment des Frères musulmans, alliés du parti islamiste tunisien.

Annoncée une première fois pour le début du mois puis reportée, la visite de M. Abdelhamid Dbeibah a finalement eu lieu jeudi 9 septembre 2021. Elle semble avoir porté ses fruits, du moins en apparence.

Après la rencontre du Premier ministre libyen avec le président Kaïs Saïed, la présidence tunisienne a insisté dans un communiqué sur «la nécessité de tenir les relations bilatérales à l’abri des tentatives de brouillage» et elle a annoncé un accord qui a pour but d’inciter «les parties concernées dans les deux pays à accentuer leurs efforts afin de trouver des solutions communes à certains problèmes relatifs à la santé ainsi qu’au mouvement des personnes et des marchandises aux points de passage» entre les deux pays.

La circulation des biens et des personnes entre les deux pays avait été arrêtée le 10 juillet «en raison de l’aggravation de la situation sanitaire». Toutefois, quand la Libye a voulu, six semaines plus tard, lever cette mesure, c’est le gouvernement tunisien qui a refusé.

Le lendemain, le gouvernement libyen, quant à lui, a annoncé un accord pour «la réouverture des frontières et la reprise du trafic aérien la semaine prochaine, conformément à un protocole sanitaire unifié».

Un malaise certain s’est donc installé entre les deux gouvernements. Est-il exclusivement imputable à la gestion de la pandémie de Covid-19? Rien n’est moins sûr.

La circulation des biens et des personnes entre les deux pays avait été arrêtée le 10 juillet «en raison de l’aggravation de la situation sanitaire». Toutefois, quand la Libye a voulu, six semaines plus tard, lever cette mesure, c’est le gouvernement tunisien qui a refusé. Lui aussi a invoqué la situation sanitaire difficile que vivait son pays, ainsi que le ministre des Affaires étrangères, Othman Jerandi, l’a expliqué le 21 août au cours d’un entretien téléphonique avec son homologue libyenne, Najla al-Mangoush.

Un malaise certain s’est donc installé entre les deux gouvernements. Est-il exclusivement imputable à la gestion de la pandémie de Covid-19? Rien n’est moins sûr.

En effet, la veille, le 20 août, le président Saïed a semé le trouble dans les esprits en évoquant les raisons qui justifiaient la décision de Tunis de ne pas rouvrir les frontières. Il a accusé les islamistes tunisiens de vouloir l’assassiner, une accusation relayée le lendemain par le quotidien de langue arabe Echorouk El Yawmi: le journal affirmait qu’un loup solitaire qui projetait d’attenter à la vie du chef de l’État à l’occasion d’une visite dans la région du Sahel avait été arrêté.

Le lien avec la Libye est établi le 21 août. Ce jour-là, selon le site RT Arabic, qui appartient à la chaîne de télévision Novosty, le journal libyen Al-Marsad a révélé qu’Interpol Tunis avait prévenu les autorités libyennes de la présence de cent terroristes sur la base aérienne d’Al-Watiya; ces derniers s’apprêtaient à s’infiltrer en Tunisie. Le journal corrobore cette information en citant une source du ministère de l’Intérieur et en publiant une copie du document d’Interpol.

Deux jours plus tard, Mme Najla al-Mangoush, ministre des Affaires étrangères libyenne, arrive à Tunis pour aborder ce sujet avec son homologue tunisien. Le ministère des Affaires étrangères tunisien indique à l’issue de cette rencontre: «La délégation libyenne a réaffirmé son attachement à la sécurité de la Tunisie.» Par ailleurs, il fait part de son souhait que les deux pays œuvrent ensemble à se protéger «de toutes les menaces».

Malgré cela, la Libye n’obtient pas la réouverture des frontières entre les deux pays, mais seulement une promesse: que soient tenues des «réunions virtuelles entre les commissions scientifiques des deux pays afin d’étudier la possibilité d’adapter le protocole sanitaire aux spécificités des régions frontalières».

Est-ce pour cette raison qu’Abdelhamid Dbeibah, dans une adresse à la nation, trois jours plus tard, s’en est pris à la Tunisie et l’a accusée, sans toutefois la nommer, d’être elle-même – et non la Libye – l’exportatrice du terrorisme? «Le terrorisme nous vient de l’extérieur. Nous ne pouvons être accusés de terrorisme […]», affirme-t-il.

Le ministre des Affaires étrangères tunisien a répondu à cette accusation dès le lendemain, à Alger, lors d’un entretien avec son homologue libyenne en marge de la réunion ministérielle des pays voisins de la Libye consacrée à la discussion de la situation dans ce pays.

M. Jerandi exprime à cette occasion «l’étonnement de la Tunisie». Il rappelle que «la sécurité et la stabilité de la Libye font partie de celles de la Tunisie» et que «[son] pays, également visé par le terrorisme, ne peut en aucune façon lui servir de base».

Annulée une première fois – à cause de cet incident? –, la visite du Premier ministre libyen en Tunisie a finalement lieu le 9 septembre. Cependant, elle n’a pas permis de résoudre tous les problèmes, comme le montre le fait que les deux parties ne présentent pas le même compte rendu de la réunion de travail entre le président tunisien et le Premier ministre libyen.

Il faudrait probablement chercher ailleurs la cause du flottement actuel dans les relations tuniso-libyennes. Il pourrait bien être lié à l’exclusion du mouvement Ennahdha du pouvoir.

La partie libyenne met en avant un accord sur la réouverture des frontières, que le communiqué de la présidence tunisienne ne mentionne pas; ce dernier indique en revanche que les deux parties ont discuté du recouvrement d’impayés, de la participation des entreprises tunisiennes aux efforts de la reconstruction en Libye et de «l’intensification de la coordination et de l’échange d’informations pour sécuriser les frontières et lutter contre le terrorisme et le crime organisé».

Est-ce vraiment étonnant? Il faudrait probablement chercher ailleurs la cause du flottement actuel dans les relations tuniso-libyennes. Il pourrait bien être lié à l’exclusion du mouvement Ennahdha du pouvoir, qui, s’il se confirmait, pourrait aboutir, en Libye aussi, à une redistribution des cartes sur le plan politique, au détriment des Frères musulmans, alliés du parti islamiste tunisien.


L’Arabie saoudite accueillera un « dialogue » entre les factions du sud du Yémen

L'Arabie saoudite a réaffirmé que le dialogue était le seul moyen de résoudre la question du Sud. (AFP/Fichier)
L'Arabie saoudite a réaffirmé que le dialogue était le seul moyen de résoudre la question du Sud. (AFP/Fichier)
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  • La conférence vise à « élaborer une vision globale » afin de répondre aux aspirations des Yéménites

RIYAD : Le ministère saoudien des Affaires étrangères a invité les factions du sud du Yémen à tenir un dialogue à Riyad afin de « discuter de solutions justes à la question du Sud ».

Dans un communiqué, le ministère a précisé que la conférence, prévue dans la capitale saoudienne, avait été demandée par Rachad Al-Alimi, président du Conseil de direction présidentielle yéménite. Le Royaume a exhorté l’ensemble des factions à y participer « pour élaborer une vision globale » à même de répondre aux aspirations de la population du Sud.

Le Conseil de transition du Sud (STC), mouvement séparatiste, s’est récemment emparé de territoires dans les gouvernorats de l’Hadramaout et d’Al-Mahra.

L’Arabie saoudite a estimé que l’action du STC constituait une menace directe pour la sécurité nationale du Royaume et pour la stabilité régionale.

Plus tôt cette semaine, la coalition militaire soutenant le gouvernement yéménite a mené des frappes aériennes visant un chargement d’armes et de véhicules destiné aux forces séparatistes du Sud. Cette cargaison était arrivée au port d’al-Mukalla à bord de deux navires.

L’Arabie saoudite a réitéré que la seule voie permettant de résoudre la question du Sud passe par le dialogue.

Mardi, des pays du Golfe et d’autres pays arabes ont exprimé leur soutien au gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Israël mène des frappes au nord du Litani sur fond d’escalade des tensions avec le Hezbollah

De la fumée s'élève après que des avions de combat israéliens ont pris pour cible les hauteurs de Rihan, dans le district de Jezzine, au sud du Liban, le 2 janvier 2026. (AFP)
De la fumée s'élève après que des avions de combat israéliens ont pris pour cible les hauteurs de Rihan, dans le district de Jezzine, au sud du Liban, le 2 janvier 2026. (AFP)
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  • Des raids menés au lendemain de signaux envoyés par Tel-Aviv évoquant une possible reprise des frappes, accusant le Liban de « ne pas aller assez vite »
  • Le président américain Donald Trump affirme que le Hezbollah « doit être complètement désarmé »

​​​​​​BEYROUTH : Des frappes aériennes israéliennes ont visé vendredi plusieurs zones situées au nord du fleuve Litani, un jour après qu’Israël a indiqué qu’il pourrait reprendre ses attaques contre le Hezbollah, affirmant que l’armée libanaise « n’avançait pas assez rapidement » et que le groupe soutenu par l’Iran « reconstruisait son système militaire ».

Les raids ont touché plusieurs sites dans la région d’Iqlim Al-Tuffah, les hauteurs de Jabal Al-Rihane, ainsi que les localités de Mlikh et Aaramta dans le district de Jezzine, de même que la zone de Qal’at Meiss entre Ansar et Al-Zrariyah. Des frappes sur la zone de Tabna, à la périphérie d’Al-Baisariyah dans le district de Saïda–Zahrani, ont coupé la route reliant les villages voisins.

D’autres frappes ont visé la vallée entre Kafroue et Aazze dans le district de Nabatieh, les environs de Aïn Al-Tineh et Jabal Machghara dans la Békaa occidentale, tandis que des avions de guerre israéliens survolaient à basse altitude le sud du pays, atteignant l’espace aérien de Baalbek, du nord de la Békaa et des villages environnants.

Le porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a affirmé que les forces israéliennes avaient ciblé un « camp d’entraînement » de la force Radwan du Hezbollah, prétendument utilisé pour former ses membres « afin de planifier et d’exécuter des complots terroristes contre les forces militaires et les citoyens de l’État d’Israël ». Selon lui, « les éléments terroristes suivaient des entraînements au tir et des formations à l’utilisation de divers moyens de combat ».

Adraee a ajouté que l’armée israélienne avait frappé des « bâtiments et installations militaires servant au stockage d’armes » appartenant au Hezbollah, laissant entendre que les attaques pourraient se poursuivre.

L’écrivain politique Ali Al-Amin a déclaré à Arab News : « Les zones ciblées par les frappes israéliennes vendredi avaient déjà été visées à plusieurs reprises, mais il s’agit de vallées et d’espaces fermés appartenant au parti, s’étendant du sud à la Békaa occidentale, et tout le monde sait qu’elles abritent des bases et des centres d’armement. »

Il a ajouté que le Hezbollah « traverse actuellement un moment de faiblesse sans précédent. L’Iran, de son côté, fait face à une nouvelle impasse, confronté à des protestations internes à un moment de repli extérieur, ce qui signifie que, que le Hezbollah remette ou non ses armes, il se trouve dans une situation d’exposition marquée, dans un contexte de déséquilibre majeur ».

La fin de l’année 2025 constitue la date limite à laquelle le Liban s’est engagé à assurer le monopole de l’État sur les armes au sud du fleuve Litani. Le 8 janvier, lors de sa première session de l’année, le Conseil des ministres devrait entendre le rapport de l’armée libanaise annonçant l’achèvement de sa mission, en amont de la deuxième phase couvrant la zone sud jusqu’au fleuve Awali. Le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé que le pays restait engagé à respecter ce calendrier.

Une source politique officielle a confirmé à Arab News : « Le commandant de l’armée présentera son rapport et l’institution militaire poursuivra sa mission. Il n’y aura aucun report. »

Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a déclaré dans un communiqué : « Le désarmement du Hezbollah est un projet américano-israélien visant le Liban, sa souveraineté et son indépendance, même s’il est présenté sous la bannière du monopole étatique des armes. »

Il a ajouté que réclamer le contrôle des armes dans un contexte de « poursuite des attaques israéliennes signifie que vous n’agissez pas dans l’intérêt du Liban, mais dans celui d’Israël ».

Jeudi, à l’issue de sa rencontre avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump a déclaré que le Hezbollah « se comportait mal » et « devait être complètement désarmé », ajoutant que « le gouvernement libanais est quelque peu désavantagé » face au groupe.

Interrogé sur la question de savoir si Israël devait frapper le Hezbollah au Liban en raison du refus du groupe de se désarmer, Trump a répondu : « Nous verrons cela. »

Des sirènes ont retenti vendredi matin à Baram, en Galilée occidentale en Israël, et un missile a été lancé en direction d’une cible en Haute-Galilée, explosant au nord près des localités libanaises de Maroun Al-Ras et Yaroun. La radio de l’armée israélienne a indiqué plus tard qu’il s’agissait d’une fausse alerte et que le « suspect était un vol d’oiseaux ». 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Des milliers de personnes manifestent en faveur de Gaza à Istanbul

Des dizaines de milliers de personnes ont participé jeudi à un rassemblement en soutien à Gaza à Istanbul, brandissant des drapeaux palestiniens et turcs et appelant à la fin des violences dans ce territoire ravagé par la guerre. (AFP)
Des dizaines de milliers de personnes ont participé jeudi à un rassemblement en soutien à Gaza à Istanbul, brandissant des drapeaux palestiniens et turcs et appelant à la fin des violences dans ce territoire ravagé par la guerre. (AFP)
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  • Plus de 400 organisations de la société civile étaient présentes lors de cette mobilisation, dont l'un des organisateurs était Bilal Erdogan, le plus jeune fils du président turc Recep Tayyip Erdogan
  • Selon des sources policières et l'agence de presse officielle Anadolou, quelque 500.000 personnes ont pris part à la manifestation, au cours de laquelle plusieurs discours ont été prononcés

ISTANBUL: Des dizaines de milliers de personnes ont participé jeudi à un rassemblement en soutien à Gaza à Istanbul, brandissant des drapeaux palestiniens et turcs et appelant à la fin des violences dans ce territoire ravagé par la guerre.

Les manifestants se sont rassemblés sous un ciel bleu et par des températures glaciales pour marcher jusqu'au pont de Galata, où ils ont organisé un rassemblement sous le slogan "Nous ne resterons pas silencieux, nous n'oublierons pas la Palestine", a constaté un journaliste de l'AFP.

Plus de 400 organisations de la société civile étaient présentes lors de cette mobilisation, dont l'un des organisateurs était Bilal Erdogan, le plus jeune fils du président turc Recep Tayyip Erdogan.

Selon des sources policières et l'agence de presse officielle Anadolou, quelque 500.000 personnes ont pris part à la manifestation, au cours de laquelle plusieurs discours ont été prononcés et le chanteur d'origine libanaise Maher Zain a interprété sa chanson "Free Palestine".

"Nous prions pour que 2026 apporte le bonheur à toute notre Nation et aux Palestiniens opprimés", a déclaré Bilal Erdogan.

La Turquie, l'un des pays les plus critiques de la guerre lancée à Gaza, a joué un rôle actif dans les négociations pour un cessez-le-feu dans l'enclave palestinienne, qui a mis fin à la guerre meurtrière menée par Israël en réponse à l'attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023.

Mais la trêve, entrée en vigueur le 10 octobre, demeure précaire, les deux camps s'accusant mutuellement d'en violer les termes, tandis que la situation humanitaire dans le territoire reste critique.