Comment l'Arabie saoudite et les EAU pourront-ils tirer parti de leurs atouts en matière de décarbonisation ?

La vapeur s'élève des tours de la centrale électrique à charbon de Moorburg à Hambourg, dans le nord de l'Allemagne. (AFP/ Photo d’archive)
La vapeur s'élève des tours de la centrale électrique à charbon de Moorburg à Hambourg, dans le nord de l'Allemagne. (AFP/ Photo d’archive)
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Publié le Samedi 02 octobre 2021

Comment l'Arabie saoudite et les EAU pourront-ils tirer parti de leurs atouts en matière de décarbonisation ?

  • Les technologies de captage du carbone sont appelées à jouer un rôle déterminant dans la réduction des émissions de CO2 et dans la transition vers l'énergie propre dans le Golfe
  • L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis se sont imposés comme les leaders de la région en matière de décarbonisation du secteur de l'énergie

DUBAÏ : Au moment où les pays arabes du Golfe redoublent d'efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en amont du sommet sur le climat COP26 qui se tiendra à Glasgow en novembre, l'Arabie saoudite et les EAU apparaissent comme des acteurs de premier plan dans la région en ce qui concerne la transition vers les énergies renouvelables et la décarbonisation du secteur de l'énergie.

Le groupe de réflexion américain Atlantic Council a récemment publié un rapport qui met en lumière les mesures prises par ces deux pays. Cette étude donne également un aperçu des défis que chaque pays doit relever pour mener à bien la transition vers une énergie propre et durable.

Le rapport arrive à un moment où les spécialistes du climat pressent les pays de réduire de façon radicale leurs émissions de carbone et de remplacer les combustibles fossiles par des énergies propres et renouvelables pour prévenir une nouvelle hausse des températures mondiales.

Les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont en effet accéléré leurs efforts visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Dans cette optique, ils privilégient notamment l'usage d'énergies renouvelables et de méthodes permettant d'éliminer le carbone de l'atmosphère et remédient à la dépendance de leurs économies à l'égard des importations d'hydrocarbures.

Le rapport de l'Atlantic Council, publié le mois dernier, observe une hausse de plus de 70 % de la demande mondiale d'énergie provenant des sources renouvelables traditionnelles (éolienne, solaire, géothermique, marémotrice et hydraulique) et ce, depuis l'an 2000.

Toutefois, le rapport prévient que la croissance démographique rapide et la progression accélérée des activités économiques risquent de retarder la mise en œuvre des nouvelles technologies permettant de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Le rapport, intitulé « The Energy Transition in the Arab Gulf : From Vision to Reality » (ou La transition des pays du Golfe vers l'énergie propre: de la théorie à la pratique), est réalisé par Jean-François Seznec et Samer Mosis. Il souligne que le Golfe possède un potentiel considérable en matière d'énergie solaire.

En effet, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis figurent parmi les 15 premiers pays du monde en termes de potentiel de production d'énergie photovoltaïque. Des études révèlent que la moyenne des périodes d’ensoleillement annuelles observées dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) équivaut à 1,1 baril par m² d'équivalent de pétrole.

Par ailleurs, les auteurs du rapport font l'éloge du Royaume qui a adopté la plateforme d'Économie circulaire du carbone, ou CCE (Circular carbon economy), qui confère une dimension stratégique globale à la transition énergétique de l'Arabie saoudite.

Des champs agricoles circulaires sont visibles sur cette photo aérienne du désert saoudien à proximité de la région riche en pétrole de Khouris, à 160 km à l'est de la capitale Riyad, le 23 juin 2008. (AFP/File Photo)
Des champs agricoles circulaires sont visibles sur cette photo aérienne du désert saoudien à proximité de la région riche en pétrole de Khouris, à 160 km à l'est de la capitale Riyad, le 23 juin 2008. (AFP/File Photo)

Ils préconisent de créer une vision unifiée en matière de décarbonisation ainsi qu'une gestion centralisée et transparente du passage aux énergies et aux activités économiques plus propres.

En effet, l’initiative d'Économie circulaire du carbone (CCE) constitue une stratégie de production d'énergie en boucle fermée conçue pour favoriser la réduction, la réutilisation et le recyclage des produits carbonés, allant jusqu'à leur élimination. L'objectif est d'éliminer les polluants nocifs de l'atmosphère.

L'année dernière, alors que le Royaume assurait la présidence du Groupe des Vingt (G20), les ministres de l'Energie des principales économies du groupe ont soutenu la stratégie CCE de l'Arabie saoudite visant à gérer les émissions de gaz à effet de serre.

En partenariat avec Saudi Aramco, le Royaume a placé en tête de ses priorités l'efficacité énergétique et la réduction des émissions de gaz brûlés dans ses champs pétrolifères. Ces mesures contribuent en outre à réduire la consommation de combustibles fossiles en les substituant par des sources d'énergie pauvres en carbone, telles que les énergies renouvelables, l'hydroélectricité, le nucléaire et la bioénergie.

M. Seznec, l'un des deux auteurs du rapport et chercheur principal non résident au Centre mondial de l'énergie de l'Atlantic Council, félicite Saudi Aramco pour ses efforts en matière de captage du carbone et qualifie d'organisationnel le principal défi que pose le passage à l'énergie propre.

« Je suis un grand admirateur des efforts déployés par cette entreprise et de la façon dont ils sont gérés », confie M. Seznec à Arab News. « Cependant, ils estiment que, pour assurer une transition appropriée et parvenir à une économie sans carbone, ils doivent utiliser et  limiter l'empreinte carbone des ressources dont ils disposent, à savoir le carbone et le pétrole ».

« Le captage du CO2 qui se dégage de la combustion du pétrole est ensuite réintroduite dans la terre. C'est ce qu'ils ont déjà fait pour certaines centrales moyennes ».

Grâce à cette technologie, le CO2 est capté de l'air et stocké dans le sol, ou réutilisé pour fabriquer des produits utiles, comme le carburant, la bioénergie, les produits chimiques, les matériaux de construction, les aliments et les boissons. Par des procédés chimiques, le dioxyde de carbone peut également être transformé en de nouveaux produits comme les engrais et le ciment, ou en d'autres formes d'énergie comme les carburants synthétiques.

On considère que des méthodes comme celles-ci, reposant sur le captage, l'utilisation et le stockage du carbone (CCUS), pourraient changer la donne dans la lutte mondiale contre les émissions de CO2.

Dans son dernier rapport publié en août de cette année, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) des Nations unies a averti que, sans l'adoption généralisée des technologies CCUS, les objectifs climatiques mondiaux à long terme pourraient ne pas être atteints.

Compte tenu du coût élevé des installations utilisées par Aramco, un très petit nombre d'entre elles a été construit dans le monde. Aramco s'affaire à en développer d'autres, ce qui pourrait susciter l'intérêt d'autres pays pour ce type de technologies.

Néanmoins, » pour les producteurs de pétrole, tels que l'Abu Dhabi National Oil Company et Aramco, il est très important de poursuivre la production et ce, en maintenant la valeur des ressources souterraines », précise M. Seznec.

En partenariat avec Saudi Aramco, le Royaume a placé en tête de ses priorités l'efficacité énergétique et la réduction des émissions de gaz brûlés dans ses champs pétrolifères dans la lutte contre le changement climatique. (Fourni)
En partenariat avec Saudi Aramco, le Royaume a placé en tête de ses priorités l'efficacité énergétique et la réduction des émissions de gaz brûlés dans ses champs pétrolifères dans la lutte contre le changement climatique. (Fourni)

Toujours selon le rapport, même si Aramco joue un rôle de premier plan dans les efforts du Royaume pour réaliser l'objectif de l’Economie circulaire sans carbone (CCE), il faut reconnaître qu'il n'est pas le seul acteur important. Selon Seznec, une approche plus centralisée paraît judicieuse.

« En Arabie saoudite, cela suppose que les dirigeants du pays soutiennent les technologies de Saudi Aramco et de SABIC en matière de CCUS (NDRL : Le captage, l'utilisation et le stockage du carbone), de transformation du brut en produits chimiques et d'économie circulaire sans carbone », peut-on lire dans le rapport. « Pour les EAU, cela signifie que les autorités ouvrent aux côtés d'ADPower (Abu Dhabi Power Corporation) et lui garantissent la bande passante nécessaire pour appliquer son savoir-faire à des parties plus étendues de l'ADQ (NDRL : Abu Dhabi Developmental Holding Company) ».

Par ailleurs, les nouvelles technologies sont appelées à jouer un rôle déterminant dans la réduction des émissions de dioxyde de carbone dans le monde et dans la transition énergétique économique du Golfe dans les années à venir. Pour M. Seznec, la décarbonisation profitera au Royaume et aux Émirats arabes unis lorsque ceux-ci se doteront de technologies destinées à améliorer ce processus et à l'exporter dans le reste du monde.

"Je conseille vivement aux pays du Golfe de s'efforcer de contrôler et de développer eux-mêmes ces technologies, comme ils l'ont fait pour les produits chimiques. En effet, s'ils y parviennent, ces technologies et ces nouvelles sources d'énergie seront lucratives », explique-t-il.

« Il est très important que les technologie soient centralisées et élaborées de manière dynamique des deux côtés. Il faut agir au plus vite, et ce n'est possible que si l'on fait passer en premier les solutions les plus efficaces ».

Jean-Francois Seznec

Le développement des technologies liées au captage et au stockage du carbone (CCUS) offrirait aux pays de la région une nouvelle source d'exportation de grande valeur, affirme M. Seznec. Mais l'avenir appartient aux inventeurs et aux ingénieurs.

Jean-François Seznec
Jean-François Seznec

« L'Arabie saoudite a réalisé de superbes performances dans bien d'autres domaines par le passé. Je ne crains donc pas qu'elle n’y parvienne pas à l’avenir », dit M. Seznec. « C’est la mise au point de la technologie qui doit faire l'objet de mesures et les experts en technologie doivent disposer des moyens leur permettant de mener à bien leurs tâches ».

Pour ce faire, il faut notamment renforcer le secteur privé par le biais d'investissements qui viendront s'ajouter aux investissements réalisés par le gouvernement dans les entreprises publiques.

Le rapport conseille à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis de restreindre le rachat d'entreprises privées par des entités publiques, et d'aider efficacement leurs secteurs privés à s'associer à des entreprises technologiques étrangères, en privilégiant le transfert de connaissances et de compétences.

Un employé connecte un câble de voiture électrique à une station de chargement du fabricant allemand de voitures, Volkswagen. (AFP/File Photo)
Un employé connecte un câble de voiture électrique à une station de chargement du fabricant allemand de voitures, Volkswagen. (AFP/File Photo)

Il conviendra par ailleurs d'investir dans l'éducation. Le rapport exhorte les deux pays à aider les universités et les établissements publics existants, tels qu'Aramco et SABIC, à mener des recherches et à commercialiser les technologies conçues localement.

« Les deux pays doivent se fixer pour objectif de rendre commercialement viable les technologies liés au captage et au stockage du carbone (CCUS) et insister sur les exigences locales dans tous les projets portant sur les énergies renouvelables et l'Economie circulaire du carbone (CCE), comme l'a fait Saudi Aramco dans le cadre du programme « In-Kingdom Total Value Add » (iktva) », peut-on lire dans le rapport.

Le rapport exhorte en outre le Royaume et les Émirats arabes unis à « encourager les compagnies pétrolières nationales, telles qu'ADNOC et Saudi Aramco, à se conformer aux objectifs fixés par nombre de compagnies pétrolières internationales, à savoir parvenir à zéro émission nette de carbone avant une échéance déterminée ».

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Twitter: @CalineMalek

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


Le Liban fait état de huit morts dans une frappe israélienne à Saïda

Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
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  • Une frappe israélienne à Saïda, au Liban, a fait au moins 8 morts et 22 blessés parmi les civils, causant d’importants dégâts sur le front de mer
  • L’attaque survient malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis, l’Iran et leurs alliés, dont l’application au Liban reste floue et contestée

BEYROUTH: Une frappe israélienne a fait huit morts dans la ville libanaise de Saïda, a annoncé mercredi le ministère libanais de la Santé, alors que Washington et ses alliés se sont mis d'accord pour un cessez-le-feu avec l'Iran.

"La frappe de l'ennemi israélien sur Saïda, dans le sud du Liban, a fait, selon un bilan provisoire, huit morts parmi la population civile et 22 blessés", a indiqué le ministère dans un communiqué.

Un photographe de l'AFP présent sur les lieux de l'attaque, qui a touché le front de mer de cette ville côtière, a vu des flammes s'élever d'un café aux vitres brisées qui jonchaient la chaussée.

Les pompiers s'efforçaient d'éteindre l'incendie tandis que l'armée bouclait le secteur. Des voitures stationnées à proximité ont également été endommagées.

"Nous avons été informés d'une frappe sur la route du front de mer à Saïda. Nous avons envoyé deux équipes, mais celles-ci ont demandé des renforts en raison du nombre élevé de victimes", a indiqué à l'AFP Louay Sabeh, secouriste au sein d'une association locale.

Les équipes de secours ont transporté au moins six blessés depuis les lieux de l'attaque, a-t-il précisé.

Cette frappe est survenue peu avant que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme que les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés avaient accepté un cessez-le-feu de deux semaines "partout", y compris au Liban.

Le Pakistan a joué le rôle de médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran dans le but de mettre fin à plus de cinq semaines de guerre au Moyen-Orient.


Moustapha Barghouti : la loi israélienne sur la peine de mort est un permis de tuer des Palestiniens

Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
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  • La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens est perçue par Moustapha Barghouti comme un instrument légal autorisant des exécutions extrajudiciaires et approfondissant l’apartheid 
  • Barghouti appelle à la résilience palestinienne et à une pression internationale concrète, notamment sanctions et boycott, pour contrecarrer la politique israélienne 

PARIS : Au milieu du fracas de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question palestinienne semble occultée. Pourtant, sur le terrain, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël poursuit son entreprise de destruction et de déshumanisation du peuple palestinien, affranchi de toute contrainte.

Profitant du tumulte mondial, le gouvernement israélien a adopté récemment une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens détenus dans ses prisons. Que signifie pratiquement cette loi pour les Palestiniens, et que cherche Israël par son instauration ?

Le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Moustapha Barghouti, explique à Arab News en français que cette loi « marque un tournant d’une gravité historique ».

D’une voix calme, mais empreinte de conviction et de fermeté, le médecin et dirigeant politique palestinien ne mâche pas ses mots : « Cette loi n’est pas seulement un instrument juridique supplémentaire dans l’arsenal israélien, mais l’expression d’une dérive politique profonde qui autorise ouvertement l’élimination des Palestiniens. »

« Ce qui se passe n’est pas simplement l’adoption d’une loi », insiste-t-il. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une dérive fasciste en Israël. »

À la tête de l’Initiative nationale palestinienne, qui n’a pas d’aile armée, Barghouti s’est imposé au fil du temps comme le porte-voix de la cause palestinienne, avec comme marque de fabrique une intonation de voix douce et incisive à la fois, souvent déstabilisante pour ses contradicteurs.

Barghouti attribue l’initiative de ce texte de loi au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite radicale, mais il souligne que « le problème dépasse largement un seul homme. »

Selon ce communiquant hors pair, doublé d’un homme politique d’une profonde connaissance des arcanes de la politique israélienne, la véritable alerte réside dans le soutien massif dont la loi a bénéficié au Parlement israélien.

« Près des deux tiers des députés de la Knesset ont voté en sa faveur, y compris certains représentants de l’opposition, comme Avigdor Lieberman », un consensus qui révèle, selon lui, « une transformation plus profonde de la société israélienne. »

« La loi n’est qu’un symptôme, car la dérive fasciste de la société israélienne est aujourd’hui très avancée », affirme-t-il.

Cette évolution se manifeste à travers plusieurs phénomènes simultanés : la guerre menée à Gaza, l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et, désormais, l’adoption d’une législation qui viserait spécifiquement les prisonniers palestiniens.

Pour Barghouti, la portée réelle de la loi dépasse la question de la peine de mort elle-même, car dans les faits, elle institue « une justice fondamentalement discriminatoire ». « Cette loi approfondit le système d’apartheid », affirme-t-il.

Selon cette logique, un Palestinien accusé d’avoir tué un Israélien pourrait être condamné à mort, mais lorsqu’un Israélien tue un Palestinien, affirme Barghouti, « l’impunité est souvent la règle. »

Pour lui, la loi fonctionne comme « un permis de tuer des Palestiniens » et légitime également, selon lui, « les exécutions extrajudiciaires déjà observées sur le terrain. »

Barghouti estime qu’entre mille et deux mille Palestiniens à Gaza ont déjà été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de même en Cisjordanie, où il évoque de nombreux cas de tirs mortels sans poursuites judiciaires, dont l’assassinat récent d’une famille civile dans la région de Tubas.

Interrogé sur les détenus concernés par la loi, Barghouti se montre catégorique : « Tous les prisonniers palestiniens sont menacés », affirme-t-il. Même ceux qui ont déjà été jugés pourraient voir leurs dossiers rouverts si « les autorités israéliennes décident de réexaminer certaines affaires. »

Environ 10 000 Palestiniens sont aujourd’hui détenus dans les prisons israéliennes, parmi lesquels 300 enfants et 75 femmes. Un grand nombre d’entre eux sont détenus sous le régime de la détention administrative, qui permet d’emprisonner une personne sans inculpation ni procès, pour des périodes renouvelables.

Les conditions de détention sont particulièrement dures : « Ils sont privés de soins, soumis à la faim, aux abus et à des conditions extrêmement difficiles », explique Barghouti.

Depuis le 7 octobre, affirme-t-il, 90 prisonniers palestiniens seraient morts en détention. Depuis 1967, le nombre total de détenus morts dans les prisons israéliennes atteindrait 322.

La situation dans la bande de Gaza reste, selon Mustafa Barghouti, catastrophique. Il affirme qu’Israël n’a jamais véritablement respecté le cessez-le-feu annoncé.

Depuis son entrée en vigueur, 720 Palestiniens auraient été tués et plus de 2 000 blessés, alors que les bombardements continuent quotidiennement, y compris au cœur de la ville de Gaza.

Mais l’aspect le plus dramatique, selon lui, concerne la situation humanitaire. L’accord de cessez-le-feu prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour ; or, selon Barghouti, les livraisons restent très en deçà de ce chiffre, puisque certains jours, explique-t-il, à peine 56 camions ont été autorisés à entrer.

Plus grave encore, aucun matériel médical n’aurait été autorisé à entrer depuis le début du cessez-le-feu : « Des hôpitaux entiers risquent de cesser de fonctionner », avertit-il. Même les dentistes, dit-il, ont récemment lancé un appel pour signaler qu’ils ne disposaient plus de matériel de base pour traiter leurs patients.

En Cisjordanie, la situation n’est guère plus réjouissante. Barghouti décrit une situation d’escalade permanente : les raids militaires et les arrestations se poursuivent quotidiennement, et les attaques de colons armés se multiplient.

Barghouti assure que ces groupes agissent avec la protection de l’armée israélienne et affirme que 71 communautés palestiniennes ont déjà été expulsées de leurs terres.

Ces expulsions, souligne-t-il, s’inscrivent dans une stratégie visant à s’emparer progressivement de la Cisjordanie, dont « Israël contrôle désormais plus de 40 % ».

Face à cette situation, Mustafa Barghouti balaye du revers de la main un changement interne en Israël : « Cette société s’est tournée vers le fascisme », affirme-t-il.

Pour lui, deux facteurs seront déterminants pour l’avenir. Le premier est la résilience du peuple palestinien sur sa terre, car « le projet sioniste ne peut réussir que s’il parvient à expulser les Palestiniens de leur terre, comme en 1948. »

Le second facteur est la pression internationale. Barghouti estime que les déclarations et condamnations ne suffisent plus : « Israël ne se laissera pas dissuader par des discours. »

La seule solution, selon lui, serait l’imposition de sanctions internationales et d’un boycott global d’Israël.

Malgré la dureté du contexte, Barghouti affirme ne pas se sentir seul : « Ma relation n’est pas avec les gouvernements », conclut-il, « ma relation est avec les peuples, et je sais que les peuples comprennent ce qui se passe. »


Des débris tombent près d’installations énergétiques saoudiennes après l’interception de missiles balistiques

Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
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  • L’Iran poursuit ses attaques contre les pays du Golfe alors que l’ultimatum du président américain Donald Trump approche
  • Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne mardi matin, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte missile

RIYAD : L’évaluation des dégâts était toujours en cours tôt mardi, l’Arabie saoudite indiquant que des débris de missiles balistiques interceptés étaient tombés « à proximité » d’installations énergétiques.

« Le porte-parole du ministère de la Défense, le général de division Turki Al-Malki, a déclaré que sept missiles balistiques lancés en direction de la région orientale ont été interceptés et détruits, et que des débris sont tombés à proximité d’installations énergétiques », a rapporté l’agence de presse saoudienne.

Outre ces sept missiles, le ministère de la Défense du royaume a indiqué que trois autres missiles balistiques visant la province orientale avaient également été interceptés, dans un message publié sur les réseaux sociaux.

L’Iran tire des missiles et des drones contre le royaume et d’autres pays arabes du Golfe depuis que Israël et les États-Unis ont lancé des frappes militaires contre Téhéran le 28 février.

Téhéran a partiellement assoupli son blocage du détroit d’Ormuz pour certains trafics, mais ses actions dans cette voie maritime stratégique ont fait grimper les prix de l’énergie, avec des répercussions sur les économies mondiales.

Les pays du Golfe ont condamné les attaques iraniennes contre des infrastructures énergétiques vitales, tandis que de nombreux autres États ont critiqué les méthodes de Téhéran durant le conflit.

L’Iran a également visé Israël ainsi que des intérêts américains dans la région.

Le président américain Donald Trump a fixé un ultimatum à l’Iran pour accepter un accord, menaçant de « représailles sévères » en cas de non-respect de l’échéance fixée à mardi 20h (EDT).

« Nous avons un plan, et grâce à la puissance de notre armée, chaque pont en Iran pourrait être détruit d’ici demain minuit », a-t-il déclaré.

L’Iran a rejeté la pression américaine pour rouvrir rapidement le détroit, tout en affirmant vouloir une solution durable au conflit.

Attaques matinales

Des militants ont signalé de nouvelles frappes visant la capitale iranienne, Téhéran, tôt mardi matin.

Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte face à une nouvelle salve de tirs iraniens.

Deux personnes ont été tuées dans la région kurde d’Irak après qu’un drone, que les autorités attribuent à l’Iran, a frappé une habitation.

Le drone a frappé une maison dans le village de Zargazawi, dans la province d’Erbil, tôt mardi, a déclaré la Direction de la lutte contre le terrorisme de la région kurde du nord dans un communiqué. Les autorités ont condamné cette attaque, la qualifiant de violation du droit international.

Cette frappe intervient alors que les forces iraniennes et des milices alliées ciblent plusieurs zones du Kurdistan irakien avec une vague de drones, roquettes et missiles. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com