Législatives: la diaspora libanaise entre enthousiasme et méfiance

Le gouvernement a fixé les législatives au 27 mars prochain. (AFP)
Le gouvernement a fixé les législatives au 27 mars prochain. (AFP)
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Publié le Jeudi 21 octobre 2021

Législatives: la diaspora libanaise entre enthousiasme et méfiance

  • L’espoir renaît chez une partie des Libanais de mettre fin à la mainmise de la classe politique, qui monopolise le pouvoir depuis la fin de la guerre civile en 1990
  • La jeunesse libanaise se veut le fer de lance du changement à l’intérieur et ambitionne d’ouvrir la voie à un renouveau démocratique au Liban

PARIS: Ce n'est pas la première fois que les Libanais de l'étranger ont la possibilité de voter aux législatives, mais c'est sûrement les élections les plus attendues de leur part. Après un long suspense, concernant la loi électorale et la question de savoir si les électeurs résidant à l'étranger pourront ou non voter pour l'ensemble des 128 sièges du Parlement - et non pour seulement 6 candidats représentant les expatriés - les Libanais de l'étranger son fixés: ils peuvent voter pour n'importe quel candidat.

La plupart d'entre eux continuent de croire en la possibilité d’un avenir meilleur pour leur pays. Ils sont plus que jamais mobilisés et fondent leurs espoirs sur le scrutin du 27 mars prochain pour faire accéder au Parlement des personnalités qui ne sont pas issues de la classe politique traditionnelle.

Hani, qui vient de débuter un master en France affirme à Arab News en français: « Nous, en tant que diaspora libanaise, avons une lourde responsabilité en ce qui concerne l'avenir de notre pays. Je voterai en 2022 pour la première fois, c’est à la fois mon droit et mon devoir. Les gens ont besoin d’un vent de changement radical. On ne peut pas espérer que les choses changent si aucun de nous part voter. »

L’espoir renaît chez une partie des Libanais de mettre fin à la mainmise de la classe politique, qui monopolise le pouvoir depuis la fin de la guerre civile en 1990. La jeune génération n’a plus qu’un mot à la bouche : voter, c’est maintenant ou jamais. 

C’est le cas de Tarek, un avocat installé à Dubaï, qui espère changer la majorité au Parlement. «Voter pour les indépendants est notre dernière carte à jouer, c’est notre seule force d’opposition afin de mettre fin au système de népotisme corrompu du Liban!»

Pourtant, nombreux sont ceux qui favorisent cependant faire le déplacement jusqu’au Liban pour participer au scrutin. C’est le cas de Maria, une consultante à New York. «C’est le minimum que je puisse faire, par amour pour mon pays, chacun de nous doit prendre part au changement. J'encourage tous les proches qui sont présents à l'étranger à participer à cet évènement crucial qui va nous permettre de redresser la situation».

Alia, la quarantaine, vit en Grèce depuis quelques années. Elle témoigne à Arab News en français son enthousiasme à l'égard de ces législatives. «Cette fois, je ne voterai sûrement plus pour les partis traditionnels. Lors des précédentes élections, la pression de la famille avait finalement eu raison de mon libre-arbitre. Je suis déjà inscrite auprès de l'ambassade. Je ne souhaite qu'une chose: que les élections aient lieu le 27 mars, c'est notre seul radeau de survie».

Un avis qui n’est pas partagé par Samir, père de famille, qui vient de débarquer au Canada à la suite de la tragique explosion du port de Beyrouth. «J’ai quitté le pays pour une raison: tourner la page. Je ne voterai pas aux prochaines élections. Ce serait hypocrite de le faire».

Samir avoue par ailleurs avoir complètement perdu ses illusions. «Avec tout ce qu’il s’est passé ces deux dernières années, j'ai l’impression que le peuple libanais vit dans le déni.»

Chadi, un libanais de Paris refuse de son côté de «donner du crédit à la classe politique» à laquelle il ne fait plus confiance. Selon lui, toute l’offre politique dépend du système électoral, qui est basée sur le confessionnalisme. Il ne croit pas en cette loi, ni dans le découpage des circonscriptions électorales. Pour lui, le législateur a mis en place un système électoral sur mesure qui empêche l’arrivée au pouvoir de candidats indépendants, issus de la société civile. Chadi ne se sent pas concerné par les élections, il trouve que son vote donnera de la légitimité à ce système électoral et à la classe politique qui l’a mis en place. «Mon vote ne mènera pas au changement. Les lois électorales sont cadenassées» dit-il, amer. 

Marc, un entrepreneur dans le secteur des nouvelles technologies basé à Bruxelles depuis 2013, n’a pas confiance non plus en la transparence du processus électoral. Il craint la fraude, spécialement concernant le vote des libanais expatriés. Il a eu beaucoup de doute concernant les dernières élections législatives de 2018 auxquelles il avait participé depuis son lieu de résidence.


Liban: le président condamne les «violations persistantes» du cessez-le-feu par Israël

Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
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  • "Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte"
  • "Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes"

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international.

"Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte", a-t-il déclaré, selon un communiqué de la présidence. De nouvelles frappes israéliennes meurtrières ont visé jeudi des localités dans le sud, selon un média officiel.

"Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes", a ajouté Joseph Aoun, alors que la trêve est entrée en vigueur le 17 avril.

 


Le président iranien affirme que le blocus naval américain est «voué à l'échec»

Des jeunes filles chantent une chanson tout en mimant le mouvement des missiles avec leurs mains, à côté des portraits de l'ayatollah Khomeini, fondateur de la révolution iranienne aujourd'hui décédé, et de ses successeurs (Photo AP/Vahid Salemi)
Des jeunes filles chantent une chanson tout en mimant le mouvement des missiles avec leurs mains, à côté des portraits de l'ayatollah Khomeini, fondateur de la révolution iranienne aujourd'hui décédé, et de ses successeurs (Photo AP/Vahid Salemi)
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  • "Toute tentative d'imposer un blocus maritime est contraire aux lois internationales (...) et est vouée à l'échec"
  • Si un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril, les Etats-Unis imposent un blocus des ports iraniens depuis le 13 avril

TEHERAN: Le président iranien a affirmé jeudi que le blocus des ports de son pays par les Etats-Unis était "voué à l'échec" et ne ferait qu'aggraver les perturbations dans le Golfe.

"Toute tentative d'imposer un blocus maritime est contraire aux lois internationales (...) et est vouée à l'échec", a assuré Massoud Pezeshkian dans un communiqué, après qu'un haut responsable de la Maison Blanche a mentionné une possible prolongation de ce blocus "pendant plusieurs mois".

Alors que ces déclarations ont contribué à provoquer un bond des cours du pétrole, le président iranien a estimé que de telles mesures de blocage "non seulement ne permettaient pas d'améliorer la sécurité régionale, mais constituaient une source de tension et une perturbation de la stabilité à long terme du golfe".

Si un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril, les Etats-Unis imposent un blocus des ports iraniens depuis le 13 avril.

Dans ces conditions, les forces armées iraniennes ont décidé de maintenir leur contrôle sur le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Elles menacent de représailles si Washington ne lève pas son blocus.

"Nous ne tolérerons pas le blocus naval. S'il se poursuit, l'Iran ripostera", a averti mercredi sur la télévision d'Etat Mohsen Rezaei, ancien commandant en chef des Gardiens de la Révolution, nommé en mars conseiller militaire du nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei.

Il a également mis en garde contre une reprise des hostilités entre l'Iran et les Etats-Unis, qui pourrait selon lui se solder par le naufrage de navires américains et la mort ou l'emprisonnement de nombreux soldats ennemis.

Et un haut responsable de la marine iranienne a évoqué le déploiement "dans un avenir très proche" d'armes navales récemment mises au point.

Le ministre du Pétrole, Mohsen Paknejad, a pour sa part minimisé l'impact du blocus mené par les Etats-Unis, assurant qu'il "ne produirait aucun résultat".

"Les employés de l'industrie pétrolière travaillent sans relâche pour garantir un approvisionnement sans problème", a-t-il dit.


Plus d’un million de Libanais risquent de souffrir de la faim d’ici août, avertit l’ONU

Les femmes et les enfants continuent d’être touchés de manière disproportionnée. (AFP/Archives)
Les femmes et les enfants continuent d’être touchés de manière disproportionnée. (AFP/Archives)
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  • Les récents progrès en matière de sécurité alimentaire ont été anéantis par une forte escalade de la violence, replongeant le Liban dans un état de crise, selon des analystes
  • Cette situation intervient alors que les autorités israéliennes émettent un nouvel ordre de déplacement visant 16 zones du sud du Liban, enjoignant les habitants à se rendre dans la ville voisine de Saïda

​​​​​​NEW YORK : Plus d’un million de personnes au Liban risquent de faire face à une insécurité alimentaire aiguë dans les mois à venir, alors que la violence, les déplacements massifs et les difficultés économiques aggravent une situation humanitaire déjà fragile, a averti l’ONU mercredi.

Cette annonce intervient le même jour où les autorités israéliennes ont émis un nouvel ordre de déplacement pour 16 zones situées au sud du fleuve Litani, demandant aux habitants de se relocaliser dans la ville voisine de Saïda.

Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a déclaré que ce nouvel ordre accentue les pressions liées aux déplacements à travers le pays, alors que les civils continuent de payer le prix des hostilités en cours.

Les femmes et les enfants restent particulièrement touchés, a-t-il ajouté, avec des rapports faisant état d’une hausse des détresses psychologiques. Beaucoup font face à des difficultés accrues liées au déplacement, à la séparation familiale et à la dégradation des conditions économiques. Les abris surpeuplés augmentent également le risque de violences basées sur le genre, aggravant encore la vulnérabilité des populations déplacées.

« Nous et nos partenaires répondons aux besoins croissants là où l’accès le permet », a déclaré Dujarric aux journalistes à New York, tout en soulignant que les opérations humanitaires restent limitées par un accès restreint aux zones touchées.

La crise est encore aggravée par la détérioration des conditions de sécurité alimentaire. Une nouvelle analyse de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et du Programme alimentaire mondial conclut que les progrès récents ont été inversés par la récente escalade de la violence, replongeant le Liban dans une situation de crise.

Les dernières données de la Classification intégrée des phases de la sécurité alimentaire indiquent qu’environ 1,24 million de personnes — soit près d’une sur quatre parmi celles évaluées — devraient faire face à une insécurité alimentaire de « phase 3 » (niveau de crise) ou pire d’ici août. Cela signifie que les ménages sont contraints d’adopter des stratégies d’adaptation sévères, comme sauter des repas ou vendre des biens essentiels pour pouvoir se nourrir.

Malgré l’ampleur de la crise, le financement des efforts humanitaires reste gravement insuffisant. L’appel éclair pour le Liban n’a jusqu’à présent recueilli qu’un peu plus de 117 millions de dollars, soit seulement 38 % des 308 millions nécessaires pour répondre aux besoins les plus urgents.

Dujarric a averti que sans un soutien financier immédiat supplémentaire et un meilleur accès humanitaire, la situation risque de se détériorer davantage, exposant des millions de personnes à un risque accru de faim et de précarité dans les mois à venir. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com