Procès de la «dette cachée»: soupçons de scandale au sommet de l'Etat mozambicain

Le chef de l'Etat lui-même, Filipe Nyusi, est mis en cause dans plusieurs témoignages (Photo, AFP).
Le chef de l'Etat lui-même, Filipe Nyusi, est mis en cause dans plusieurs témoignages (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 25 octobre 2021

Procès de la «dette cachée»: soupçons de scandale au sommet de l'Etat mozambicain

  • Dix-neuf personnes proches du pouvoir accusés de haut vol sont jugés pour chantage, faux, détournement de fonds et blanchiment pour des montants de plusieurs millions d'euros
  • Ce procès est «une occasion unique pour les Mozambicains de demander des comptes à ceux qui les ont poussés dans la pauvreté», estime Adriano Nuvunga

MAPUTO: Agents du renseignement ou fils d'ancien président, tous ont été proches du pouvoir et sont aujourd'hui assis sur le banc des accusés: depuis deux mois, le Mozambique juge les responsables d'un des plus grands scandales de corruption du pays, qui inquiète jusqu'au sommet de l'Etat.

Dix-neuf accusés de haut vol sont jugés pour chantage, faux, détournement de fonds et blanchiment pour des montants de plusieurs millions d'euros, dans le scandale dit de la "dette cachée". L'affaire concerne des prêts secrets de 1,8 milliard accordés par des banques étrangères à des entreprises publiques mozambicaines, et garantis par l'Etat, officiellement pour des contrats d'équipement en matériel de pêche et surveillance maritime.

Ce procès est "une occasion unique pour les Mozambicains de demander des comptes à ceux qui les ont poussés dans la pauvreté", estime Adriano Nuvunga, coordinateur du groupement anti-corruption Budget Monitoring Forum (BMF). 

"Fonctionnaires et politiciens doivent comprendre que la corruption ne restera pas impunie. La corruption entraîne des millions de gens dans la pauvreté", a-t-il affirmé à l'AFP.   

La semaine dernière, alors que le dernier accusé encore interrogé était à la barre du tribunal de fortune installé sous une tente dans une prison de Maputo, le Credit Suisse, principal prêteur avec la banque russe VTB, a reçu une amende de 475 millions d'euros. La banque a autorisé des transactions qui "ont servi à monter un système de dette cachée, à verser des pots-de-vin", selon les gendarmes financiers de plusieurs pays où l'argent a transité. 

Le gouvernement mozambicain par le biais de ses avocats à Londres s'est félicité de cette décision auprès de l'AFP et s'est dit "déterminé à traduire les responsables en justice". Mais le chef de l'Etat lui-même, Filipe Nyusi, est mis en cause dans plusieurs témoignages.

Chouchou

L'affaire remonte à 2013-2014. L'actuel président est alors ministre de la Défense. 

"C'est Filipe Nyusi, qui a désigné le Credit Suisse pour financer le projet de protection des côtes",  a accusé lors d'une récente audience retransmise en direct à la télévision nationale, Antonio do Rosario, ex chef du renseignement. C'est également lui qui a validé "les termes du financement".

Filipe Nyusi avait déjà été mis en cause dans un pan de l'affaire jugé en 2019 aux Etats-Unis, accusé d'avoir reçu des financements occultes pour sa campagne présidentielle de 2015. A ce jour, il n'a pas été inquiété par la justice. 

Accusé d'avoir joué les facilitateurs auprès de son père Armando Guebuza, président de l'époque appelé à témoigner au procès, Ndambi Guebuza, 44 ans, a lui argué ne pas avoir "une mémoire d'éléphant".

A l'époque, le Mozambique connaît la paix depuis deux décennies et s'est finalement relevé d'une guerre civile qui a duré quinze ans. 

La découverte des plus grandes réserves de gaz naturel d'Afrique subsaharienne au large de ses côtes, en 2010, en fait le chouchou des investisseurs et le FMI table sur une croissance à deux chiffres d'ici dix ans. Sa directrice Christine Lagarde s'affiche tout sourire au côté d'Armando Guebuza. 

Mais en 2016, le scandale éclate: l'argent a été emprunté secrètement, sans l'aval du Parlement et dans le dos des créanciers du pays parmi les dix plus pauvres au monde, dépendant de l'aide internationale. 

Le FMI suspend son aide budgétaire, le Mozambique plonge dans une crise financière sans précédent et tombe en défaut de paiement. 

Pêche au thon

Les chefs du parti historique au pouvoir depuis 40 ans, le Frelimo, ont-ils contracté ces prêts, enivrés par l'idée des futures recettes tirées du gaz? 

Aujourd'hui encore, l'exploitation n'a pas commencé, les méga projets gaziers pesant plusieurs milliards d'euros étant entravés par des attaques jihadistes dans le nord-est depuis quatre ans.

Mais qu'est-il finalement advenu de l'argent emprunté ? Surveillance maritime, patrouilleurs, chalutiers... Plusieurs audits indépendants n'ont pu déterminer exactement ce qui a été acheté. 

Certains des 30 bateaux commandés par la Compagnie mozambicaine de thon (Ematum) à la France, ont bien été livrés. Ils rouillent au port par manque de marins qualifiés, décrit un ancien rapport commandé par le procureur général au Mozambique.

Reste qu'une partie de la somme est intraçable. Quelque 170 millions d'euros, sans doute plus, sont partis en pots-de-vin, selon la justice américaine. D'autres procédures sont en cours en Suisse, au Royaume-Uni et en Afrique du Sud. 

Les ONG s'opposent depuis des années au remboursement de la "dette cachée". Le procès doit durer encore plusieurs semaines.


Pas de négociation directe entre l'Iran et les Etats-Unis à Doha, selon le Qatar

  • "M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le L
  • "Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens"

DOHA: Le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit Iran/Etats-Unis, a affirmé mardi qu'aucune discussion directe n'était prévue dans les jours à venir à Doha, où Washington a envoyé ses émissaires pour des réunions avec des médiateurs.

Les deux camps avaient annoncé l'envoi de responsables au Qatar pour avancer après la signature mi-juin d'un protocole d'accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban.

"M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le Liban", a déclaré Majed Al Ansari, porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar.

"Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens", a-t-il précisé. Par ailleurs, selon lui, "aucune rencontre directe n'est programmée entre les deux parties dans les prochains jours" ni aucune "réunion de haut niveau".

Côté iranien, une "délégation technique effectue des allers-retours à Doha en fonction de l'avancée des négociations. Il n'y a actuellement aucune délégation de haut niveau sur place", a ajouté le porte-parole.

Les discussions techniques portent sur des points du dossier nucléaire, des questions économiques, de performance de l'Etat ou sur la sécurité, a énuméré Majed Al Ansari.

Le Qatar a d'abord refusé de prendre le rôle de médiateur, après avoir été la cible de tirs iraniens en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran. Mais depuis plusieurs semaines, il joue un rôle plus actif dans les négociations auprès du Pakistan, autre pays médiateur.


Hostilités en pause entre Téhéran et Washington, réunions annoncées au Qatar

Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
  • L’Iran et les États-Unis prévoient des échanges au Qatar, mais Téhéran exclut toute négociation directe
  • Tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz après des attaques et un ralentissement du trafic maritime

WASHINGTON: L'Iran et les Etats-Unis ont annoncé lundi des réunions cette semaine au Qatar après leurs attaques des derniers jours, mais Téhéran évoque des rencontres techniques sans négociations directes avec le camp adverse quand Washington parle de "réunions de haut niveau".

Les deux camps ont décidé, selon un responsable américain, de cesser leurs attaques, menées en dépit de la signature d'un protocole d'accord à la mi-juin pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient.

Et le président américain a écrit sur son réseau Truth Social: "L'IRAN A DEMANDE UNE REUNION. ELLE AURA LIEU DEMAIN (mardi) A DOHA !".

Peu après, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt a annoncé sur Fox News que les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner se rendraient sur place "cette semaine pour participer à des réunions de haut niveau".

D'après CNN, qui cite deux responsables américains, Steve Witkoff est déjà en route pour Doha.

Un diplomate au fait des pourparlers a confirmé à l'AFP une rencontre "ces prochains jours des équipes techniques", ajoutant que "les canaux de communication pour désamorcer les incidents étaient opérationnels".

- Tensions autour d'Ormuz -

Après avoir d'abord démenti toute réunion, la diplomatie iranienne a confirmé lundi l'envoi d'une "délégation d'experts" cette semaine à Doha. Mais "dans les prochains jours, nous ne négocierons pas avec la partie américaine, à aucun niveau", a insisté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Les tensions se cristallisent autour de la gestion du stratégique détroit d'Ormuz, où le trafic a ralenti ce week-end après deux attaques de navires.

Au total, 29 bateaux transportant des matières premières ont franchi le détroit samedi et 12 dimanche, selon les données de la société de suivi maritime Kpler, un chiffre en net recul par rapport aux jours précédents.

L'Iran répète depuis des semaines en dépit de l'opposition des Etats-Unis qu'il n'y aura pas de retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage était gratuit. Et il a menacé les navires tentés de contourner l'itinéraire autorisé.

Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont bombardé le pays en retour, et l'Iran a ciblé ses voisins du Golfe, Koweït et Bahreïn.

De quoi fragiliser le protocole d'accord signé le 17 juin entre Téhéran et Washington.

- Frais de service -

L'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur le transit dans le détroit et envisagent donc des frais de service. Pourtant la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, non ratifiée par Téhéran, garantit la liberté de navigation "sans entrave" des navires dans les détroits servant à la navigation internationale.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, cette voie maritime cruciale pour le commerce mondial d'hydrocarbures a rouvert peu après la signature du protocole d'accord.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes.

Oman entretient de son côté le flou et a annoncé l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués.

Le sultan d'Oman, Haïtham ben Tariq, et le président français Emmanuel Macron ont plaidé lundi pour une "navigation libre, sans conditions ni restrictions" et convenu d'y mener des "opérations de déminage conjointes". Ce à quoi la diplomatie iranienne a répondu en sommant la France de ne pas "compliquer davantage" la situation.

- "Détermination" -

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans les pourparlers avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes ce week-end, malgré la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre pour une "paix durable".

Selon un média d'Etat libanais, une frappe israélienne a encore eu lieu lundi dans le sud du pays.

L'accord-cadre prévoit notamment qu'Israël continue à occuper le sud du Liban, comme depuis le début de cette nouvelle guerre contre le Hezbollah, jusqu'à ce que le mouvement chiite soutenu par l'Iran rende les armes.

Une exigence de longue date, que le gouvernement libanais peine à mettre en oeuvre malgré la pression des Etats-Unis.

Lundi, le président libanais Joseph Aoun a justement affiché sa "détermination" à asseoir l'autorité de l'Etat en déployant son armée jusqu'à la frontière avec Israël, dans une zone où le Hezbollah est implanté.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le nord d'Israël en soutien à son parrain iranien, visé par l'offensive américano-israélienne. Israël a riposté en jurant d'"éliminer" le mouvement, et déployé ses troupes dans le sud. Ses frappes ont depuis fait plus de 4.200 morts, selon Beyrouth.


Les Etats-Unis et l'Iran cessent les hostilités «pour le moment»

Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain. (AFP)
  • Les deux camps s'accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours, dans un regain de tensions après la signature le 17 juin de leur protocole d'accord
  • Le responsable américain n'a cependant pas confirmé des informations de médias américains faisant état d'une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec Ormuz au programme

WASHINGTON: Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain.

"Il est prévu que les discussions techniques continuent sur tous les points du protocole d'accord. Les deux parties vont cesser (leurs attaques) pour le moment et les navires peuvent circuler librement" dans le détroit d'Ormuz et autour, a expliqué dans un mail transmis à l'AFP ce responsable.

Les deux camps s'accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours, dans un regain de tensions après la signature le 17 juin de leur protocole d'accord.

Le responsable américain n'a cependant pas confirmé des informations de médias américains faisant état d'une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec Ormuz au programme.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, ce qui a déstabilisé le commerce mondial d'hydrocarbures et fait flamber les cours du pétrole, le détroit a rouvert la semaine dernière.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes, et menace de s'en prendre à tout navire contrevenant. "Aucune autre institution ni aucun autre pays" que l'Iran n'est "responsable" de la gestion du détroit, a martelé dimanche le chef de la diplomatie Abbas Araghchi.

"Toute ingérence" dans la gestion du détroit conduira "à des retards dans (sa) réouverture et augmentera les tensions", a-t-il lancé.

Possible rencontre au Qatar 

L'Iran a vu d'un mauvais oeil l'annonce par Oman de l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués. Des dizaines de bateaux l'ont empruntée cette semaine.

Et depuis jeudi, deux navires ont été touchés par des projectiles d'origine inconnue - des attaques attribuées à Téhéran par l'armée américaine qui a riposté deux jours de suite en bombardant l'Iran.

Téhéran a de son côté répliqué en tirant missiles et drones vers ses voisins du Golfe, notamment le Koweït et Bahreïn.

Citant deux responsables américains et une troisième source ayant connaissance du dossier, le média Axios a affirmé que des discussions devaient avoir lieu mardi au Qatar pour résoudre les différends concernant Ormuz, voie par laquelle transite habituellement quelque 20% des hydrocarbures mondiaux.

Si l'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur Ormuz, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), adoptée en 1982, garantit un droit de "passage en transit" dans les détroits qui servent à la navigation internationale, comme celui d'Ormuz, incontournable pour relier le Golfe au reste du monde.

Le texte, non ratifié par Téhéran, dispose que "tous les navires et aéronefs" dont le but est le transit "continu et rapide" du détroit jouissent d'une liberté de navigation "sans entrave".

Frappes israéliennes au Liban 

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans le protocole d'accord avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes dimanche. Et ce malgré, aussi, la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre en vue d'une "paix durable".

Dans un communiqué conjoint, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont annoncé que l'armée avait détruit un long et profond tunnel du Hezbollah dans le sud du Liban.

L'Agence libanaise d'information ANI (officielle) a rapporté des bombardements, le ministère de la Santé faisant état de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud du pays.

Le chef du Parlement libanais allié au Hezbollah pro-Iran, Nabih Berri, a affirmé dimanche que l'accord avec Israël "ne sera pas adopté" en l'état.

Le mouvement chiite, qui rejette lui aussi cet accord, a dit se réserver le droit de "défendre sa patrie" après les dernières attaques israéliennes.

L'accord conditionne le retrait d'Israël du Liban - dont les troupes occupent un secteur dans le sud - au désarmement du Hezbollah. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à son parrain iranien, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.