En Irak, les agriculteurs peinent sous l’effet des phénomènes météorologiques extrêmes

Ces dernières années, les moyens de subsistance des agriculteurs et des pêcheurs qui vivent le long des rives du Tigre, fleuve autrefois puissant, se sont évaporés. (Photos AN/Kareem Botane)
Ces dernières années, les moyens de subsistance des agriculteurs et des pêcheurs qui vivent le long des rives du Tigre, fleuve autrefois puissant, se sont évaporés. (Photos AN/Kareem Botane)
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Publié le Mercredi 10 novembre 2021

En Irak, les agriculteurs peinent sous l’effet des phénomènes météorologiques extrêmes

  • Le long du fleuve Tigre, des communautés autrefois florissantes affrontent une crise qui menace leur existence en raison des températures élevées qui sont devenues la norme
  • Le président irakien, Barham Salih, qualifie le changement climatique de menace la plus préoccupante sur le long terme pour son pays

MOSSOUL/BOGOTA: Couvert de la fine poussière jaunâtre que dégage sa planteuse tirée par un tracteur, Farman Noori Latif descend pour observer le résultat de son travail. Ce matin, il a semé du blé dans sa ferme au bord du fleuve Tigre, au sud de la ville de Mossoul, dans le nord de l'Irak.

La saison des semis de blé tire à sa fin, mais ce jeune homme de 30 ans a dû attendre les pluies d'automne indispensables à la culture du blé. Sous le soleil brûlant, la terre est encore desséchée. Il est pourtant nécessaire d’agir vite pour que les cultures prennent racine avant l'arrivée de l'hiver.

«Nous sommes le 2 novembre et il fait chaud. Le temps est trop chaud pour cette période de l'année», explique M. Latif à Arab News en inspectant la terre qu’il cultive avec sa famille depuis quatre générations. «Les températures actuelles sont habituellement ressenties au mois de septembre.»

Farman Noori Latif n'est pas le seul à mener une bataille désespérée contre le climat. Le sixième rapport de l'Organisation des nations unies (ONU) sur l'avenir de l'environnement mondial publié en 2019, a classé l'Irak en cinquième position sur la liste des pays les plus vulnérables en termes de quantité d'eau et de nourriture disponibles ou encore de températures extrêmes.

Ces dernières années, les moyens de subsistance des agriculteurs et des pêcheurs qui vivent le long des rives du Tigre, fleuve autrefois puissant, se sont évaporés. Bon nombre des habitants des zones rurales ont été contraints d'abandonner leurs terres pour aller chercher du travail dans les villes.

«Nous avons tout perdu en raison du manque de pluie et des fortes chaleurs», confie à Arab News Ameer Khthr Yousif (30 ans), un agriculteur et pêcheur qui vend sa pêche au bord d'une route de la ville de Qayyarah.

«Nos récoltes dépendent du fleuve du Tigre. Si cette situation se prolonge, tout le monde ici va abandonner l'agriculture et chercher d'autres sources de revenus.»

Au cours du siècle dernier, les températures moyennes en Irak ont augmenté d'au moins 0,7°C, et les vagues de chaleur extrême sont devenues plus fréquentes. La Banque mondiale prévoit une augmentation de 2 °C des températures annuelles moyennes en Irak d'ici à 2050, et une baisse de 9 % de la moyenne des précipitations par an.

C'est en 2020-2021 que l'Irak a connu la deuxième saison la plus pauvre en pluie en quarante ans, selon les Nations unies; les aquifères du pays ne se sont pas remplis et la salinité des eaux souterraines résiduelles a augmenté.

«Les eaux souterraines se sont taries dans cette région», explique M. Latif. «Mon puits, d’une profondeur de 30 mètres, est désormais vide. Tous les puits ici se sont asséchés. Si l'on trouve encore de l'eau dans ces puits, elle sera rougeâtre ou salée.»

 

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Hazim Mahamad Ebrahim (60 ans), agriculteur originaire de Hoot al-Fouaqni, dans la ville de Qayyarah, à Mossoul. (AN Photo/Kareem Botane)

 

Du fait de la dégradation des sols, les tempêtes de poussière se font de plus en plus intenses et fréquentes. Entre 1951 et 1990, l'Irak a enregistré une moyenne de vingt-quatre jours de tempêtes de poussière par an. En 2013, il y en a eu cent vingt-deux, selon les Nations unies.

Dans une tribune publiée dans le Financial Times le 31 octobre, à l'occasion du début du sommet des Nations unies sur le climat COP26 à Glasgow, le président irakien, Barham Salih, a qualifié les conséquences économiques et environnementales du changement climatique de «menace la plus préoccupante sur le long terme» pour l'Irak.

«Les températures extrêmes et les périodes de sécheresse sont de plus en plus fréquentes et les tempêtes de poussière plus violentes», souligne M. Salih. «La désertification touche 39 % de la superficie de l'Irak et la salinisation accrue met en péril les activités agricoles sur 54 % de nos terres.».

Le même scénario de sécheresse et de hausse des températures s'applique aux pays voisins, ce qui entraîne des conflits régionaux autour de l'eau. Cette année, le ministère irakien de Ressources en eau a signalé une baisse de 50 % du débit d'eau en provenance d'Iran et de Turquie au cours de l'été.

«Les barrages installés sur les cours supérieurs et les affluents du Tigre et de l'Euphrate – fleuves historiques qui alimentent notre pays – ont réduit le débit d'eau et entraîné des pénuries», ajoute le président irakien. «Selon le ministère irakien des Ressources en eau, notre pays risque de connaître en 2035 un déficit annuel pouvant atteindre 10,8 milliards de m³ d'eau ».

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Farman Noori Latif (30 ans), agriculteur et entrepreneur du village de Muhssin, dans la région de Qarach, à Makhmur, Qayyarah, Mossoul. (Photo AN/Kareem Botane)

M. Salih est conscient de la menace que le changement climatique fait peser sur ce pays qui dépend entièrement des revenus du pétrole et où la jeune population n'arrive pas à refouler sa frustration. 

«La population irakienne est appelée à doubler, passant de 40 millions d'habitants actuellement à 80 millions d'ici à 2050. Dans le même temps, nos revenus, largement tributaires du pétrole, baisseront considérablement, à mesure que le monde renoncera aux combustibles fossiles en faveur des énergies durables et propres», précise-t-il.

«La perte de revenus risque de provoquer une migration vers les villes dont les infrastructures ne suffisent pas à subvenir aux besoins des populations qui y vivent aujourd'hui. On pourra assister, en raison de cette migration, à une montée de l'extrémisme et de l'insécurité, car les jeunes ne trouveront pas d'emploi leur assurant un niveau de vie décent.»

 

FAITS MARQUANTS

* La température moyenne en Irak a augmenté d'au moins 0,7 °C depuis 1921.

 

* En 2020-2021, l'Irak a connu la deuxième saison la plus pauvre en pluie en quarante ans.

 

* En 2013, l'Irak a connu au moins cent vingt-deux jours de tempêtes de poussière.

 

Mohammed Abdallah Ibrahim cultive sa parcelle de terre à Qayyarah depuis des dizaines d’années. Il nous parle des bouleversements climatiques auxquels il a assisté au cours de sa vie.

«Je suis agriculteur depuis les années 1970 et je n'ai jamais rien vu de pareil», déclare cet homme de 64 ans à Arab News.

Les pénuries d'eau ont contraint les agriculteurs de la région à renoncer à cultiver plusieurs types de fruits et de légumes gourmands en eau. Les variétés qui continuent à être cultivées donnent une récolte deux fois moins importante, selon M. Ibrahim.

«L'agriculture constituait une source de revenus suffisante», ajoute-t-il. «La culture nous suffisait et nous procurait des bénéfices. Nous ne travaillions autrefois que dans l'agriculture, sans avoir besoin de salaire. Mais la situation a changé. Nous sommes obligés de chercher un autre emploi pour subsister.»

«Si cette situation perdure, un avenir sombre nous attend. La jeune génération sera confrontée au chômage.»

Pour Hilal Faraj Mohamoud, le voisin d'Ibrahim, le climat du pays a énormément changé. «L'année dernière, le pays a connu une canicule inédite», raconte-t-il à Arab News. «J'ai 56 ans et je n'ai jamais ressenti une telle chaleur auparavant.»

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Hilal Faraj Mohamoud, 56 ans, un agriculteur de Hoot al-Fouaqni, Qayyarah, Mossoul. Crédit : (Photo AN /Kareem Botane)

«Nombre de fermiers ont quitté leurs terres et abandonné l'agriculture. Si la situation perdure, je crains que nous soyons tous obligés de migrer vers les villes et de renoncer à l'agriculture; nous quitterons les villages qui n'auront plus rien à nous offrir.»

Les agriculteurs ne sont pas les seuls à souffrir de la chaleur accablante. Les pâturages peu abondants, le fourrage insuffisant et la pénurie d'eau douce ont contraint les éleveurs de bétail à vendre voire à abattre leurs animaux.

«La sécheresse et des pluies insuffisantes ont tué nos animaux», raconte à Arab News Jamal Ali (49 ans), un berger de Makhmur. 

«L'élevage de bétail constitue désormais une activité coûteuse. Nous devons acheter du fourrage pour nos moutons et nos vaches: nos terres ne produisent plus suffisamment de nourriture en raison de la saison des pluies tardive et de la sécheresse. Nous avons donc vendu nos moutons pour pallier cette perte. Le changement climatique nous a fait perdre 50 % des revenus provenant des animaux et de l'agriculture.»

En outre, la déshydratation a provoqué de sérieux problèmes de santé parmi le bétail, ce qui a affecté leur capacité de reproduction.

«Les animaux sont victimes de nombreuses maladies liées au changement climatique», explique Jamal Ali. «La plus répandue concerne les malformations congénitales. Tous ces problèmes sont imputables à la pénurie de pluie et d'eau.» 

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Rayid Khalaf al-Wagaa (51 ans), agriculteur et maire de Hoot al-Foqani, Qayyarah, Mossoul. (AN Photo/Kareem Botane)

Rayid Khalaf al-Wagaa, maire de Hoot al-Foqani, un village de Qayyarah, déclare que le gouvernement fédéral de Bagdad a peu agi pour subventionner l'agriculture et prévenir les déplacements ruraux liés au climat.

«La pénurie de pluie et d'eau nous a fait perdre plus de cent mille hectares de terres. Nous possédons moins d'animaux que par le passé, en particulier des moutons», indique-t-il.

«Près de cinquante à soixante agriculteurs ont quitté la région à ce jour. Nous avons besoin du soutien des organisations internationales car les capacités du gouvernement sont limitées. Nous espérons qu'ils pourront nous aider, sinon il y aura moins d'animaux et d'agriculteurs dans les années à venir.»

En dépit du plan national d'adaptation que le gouvernement irakien a initié avec le soutien des Nations unies pour renforcer la résilience du pays au changement climatique, les communautés agricoles qui vivent sous le soleil brûlant le long du Tigre n'en ont guère profité.

Agenouillé dans la terre poudreuse pour arracher une petite plante jaune, M. Latif avertit que les fermiers irakiens ont urgemment besoin d'une aide étrangère pour maintenir leur mode de vie dans un contexte de changements climatiques impitoyables.

«Nous avons perdu tout espoir dans le gouvernement irakien; nous exhortons les pays étrangers à nous secourir», lance-t-il. «C'est le seul moyen qui nous permette de gagner notre vie. Notre seul espoir, c'est l'agriculture et sans elle, il est difficile de prévoir quel avenir nous attend.» 

 

Twitter: @kareem_botane / @RobertPEdwards

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Le ministre libanais des Finances dément tout projet de zone économique dans le sud gérée par Kushner

Le ministre des Finances libanais, Yassine Jaber, s'est entretenu avec Arab News en marge du Forum économique mondial de Davos. (Photo AN)
Le ministre des Finances libanais, Yassine Jaber, s'est entretenu avec Arab News en marge du Forum économique mondial de Davos. (Photo AN)
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  • La proposition aurait été faite par l’émissaire américaine Morgan Ortagus mais a été « rejetée sur-le-champ »
  • La priorité est de rétablir le contrôle de l’État à tous les niveaux, affirme Yassine Jaber à Arab News

DAVOS : Le ministre libanais des Finances a catégoriquement rejeté toute idée de transformer le sud meurtri du Liban en zone économique spéciale, déclarant à Arab News, en marge du Forum économique mondial de Davos, que la proposition avait été rejetée « sur-le-champ ».

Yassine Jaber a expliqué que l’émissaire américaine au Liban, Morgan Ortagus, avait évoqué cette idée en décembre dernier pour cette région, soumise à des frappes aériennes israéliennes quasi quotidiennes, et qu’elle avait immédiatement été écartée.

Les propos de Jaber, tenus à Arab News à Davos, répondaient à des informations parues en décembre dans les médias libanais, selon lesquelles certaines parties du sud du Liban pourraient être transformées en zone économique, dans le cadre d’un plan attribué à Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump.

Par ailleurs, Jaber a également démenti des informations qui ont circulé à Davos ces deux derniers jours au sujet d’une réunion bilatérale entre des ministres libanais, l’émissaire américain pour le Moyen-Orient Steve Witkoff et Jared Kushner.

Le ministre a précisé que la réunion de mardi était en réalité un rassemblement de « tous les ministres arabes des Finances et des Affaires étrangères », au cours duquel Witkoff et Kushner « sont intervenus brièvement pour exposer à l’audience une idée concernant la mise en place d’un conseil pour la paix à Gaza ».

Il a souligné que cela n’avait pas dépassé ce cadre.

Interrogé sur l’attraction des investissements et la relance économique, Jaber a déclaré : « La réalité aujourd’hui, c’est que nous devons parvenir à une situation de stabilité qui permette à l’armée libanaise d’agir — l’agression (israélienne) doit donc cesser. »

Ces dernières années, le Liban a été frappé par une succession de catastrophes : l’une des pires crises économiques au monde, la plus grande explosion non nucléaire survenue dans le port de sa capitale, un Parlement paralysé et une guerre avec Israël.

Un mécanisme officiel a été mis en place entre le Liban et Israël afin de maintenir un cessez-le-feu et de mettre en œuvre le plan de désarmement du Hezbollah dans les zones situées au sud du fleuve Litani.

Mais, selon le ministre, les prochaines étapes d’Israël restent imprévisibles.

« Ils exercent en réalité une pression sur l’ensemble de la région. Beaucoup d’efforts sont donc déployés sur cette question », a-t-il ajouté.

« Il y a toujours des attaques dans le sud du pays. La stabilité est donc une nécessité absolue pour relancer l’économie et rendre les réformes efficaces », a-t-il poursuivi.

Les députés ont également adopté des réformes visant à restructurer le secteur bancaire, réduire l’économie du cash et lever le secret bancaire, parallèlement à un cadre de résolution bancaire.

Jaber a aussi souligné que le gouvernement avait récemment adopté une « loi sur l’écart financier », destinée à aider les déposants à récupérer leurs fonds et à restaurer le fonctionnement du système bancaire.

« L’une de nos priorités est de traiter l’ensemble des pertes causées par la guerre, essentiellement la reconstruction… et nous avons commencé à obtenir des prêts pour reconstruire les infrastructures détruites dans les zones attaquées », a-t-il déclaré.

Alors que le Hezbollah a été durement touché par la guerre, le Liban a connu une percée politique avec l’élection du commandant de l’armée, Joseph Aoun, à la présidence de la République. Il a nommé comme Premier ministre l’ancien président de la Cour internationale de Justice, Nawaf Salam.

Cette année marque la première fois qu’une délégation libanaise solide se rend à Davos, Nawaf Salam étant accompagné de Yassine Jaber, du ministre de l’Économie et du Commerce Amr Bisat, et du ministre des Télécommunications Charles Al-Hage.

« Notre priorité est de rétablir pleinement le rôle de l’État à tous les niveaux, et en particulier dans la reconstruction des institutions », a conclu Jaber.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Gaza: un collaborateur de l'AFP et deux autres journalistes tués dans une frappe israélienne

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  • Les trois hommes ont été identifiés comme Anas Ghneim, Mohammed Salah et Abdoul Raouf Shaath (aussi orthographié Shaat)
  • Ce dernier, reporter d'images indépendant âgé de 34 ans, collaborait régulièrement avec l'AFP depuis l'évacuation, début 2024, des journalistes employés par l'agence à Gaza

GAZA: Une frappe israélienne a tué mercredi un collaborateur régulier de l'AFP et deux autres journalistes palestiniens dans le centre de la bande de Gaza, l'armée israélienne indiquant avoir ciblé les opérateurs d'un drone jugé suspect.

La frappe a eu lieu dans le secteur d'al-Zahra et trois journalistes ont été tués, indique un communiqué de la Défense civile, organisation de premiers secours opérant sous le contrôle du mouvement islamiste palestinien Hamas.

Les trois hommes ont été identifiés comme Anas Ghneim, Mohammed Salah et Abdoul Raouf Shaath (aussi orthographié Shaat). Ce dernier, reporter d'images indépendant âgé de 34 ans, collaborait régulièrement avec l'AFP depuis l'évacuation, début 2024, des journalistes employés par l'agence à Gaza.

"C'est avec une immense tristesse que nous avons appris la mort d'Abdoul", écrit l'Agence France-Presse dans un communiqué, notant que "ses collègues se souviennent d'un homme généreux, doté d'un engagement journalistique profond".

L'AFP "exige une enquête complète et transparente sur les circonstances de sa mort", notant que "trop de journalistes locaux ont été tués à Gaza au cours des deux dernières années, tandis que l'accès libre pour les journalistes étrangers demeure impossible."

Une trêve précaire est en vigueur depuis le 10 octobre à Gaza entre Israël et le Hamas, que les deux camps s'accusent mutuellement de violer.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, placé sous l'autorité du Hamas, huit autres Palestiniens y ont été tués mercredi dans des frappes israéliennes.

"Crime de guerre" 

Sur la frappe ayant tué le collaborateur de l'AFP, l'armée israélienne a indiqué avoir identifié "plusieurs suspects qui opéraient un drone affilié au Hamas dans le centre de la bande de Gaza", sans plus de détails sur cette affiliation prétendue.

Les forces israéliennes "ont frappé avec précision les suspects qui l'avaient activé", a ajouté l'armée, précisant que les circonstances faisaient l'objet d'un "examen".

Sur place, un témoin a déclaré à l'AFP que les journalistes utilisaient un drone pour filmer une distribution d'aide humanitaire gérée par le Comité égyptien de secours, lorsqu'un véhicule qui les accompagnait a été visé.

"Cette zone est considérée comme sûre et humanitaire", a noté un autre témoin, Mahmoud Azzam, interrogé par l'AFP près du lieu de la frappe, où des hommes en chasuble siglée du logo du Comité égyptien de secours fouillaient la carcasse d'une voiture calcinée.

"Un véhicule appartenant au Comité égyptien a été pris pour cible lors d'une mission humanitaire", a dit Mohammed Mansour, porte-parole de cette organisation à Gaza-ville. Précisant que "tous les véhicules" du Comité portent son logo, il a dénoncé une frappe israélienne "criminelle".

Abdoul Raouf Shaath n'était pas en mission pour l'AFP au moment de la frappe. Son dernier reportage pour l'agence avait été publié lundi.

Dans l'enceinte de l'hôpital Nasser de Khan Younès (sud) où les dépouilles des journalistes ont été amenées, des dizaines de personnes sont venues saluer leur mémoire.

Le Syndicat des journalistes palestiniens a condamné "avec la plus grande fermeté" cette attaque, dénonçant une "politique systématique et délibérée" d'Israël pour "cibler intentionnellement les journalistes palestiniens".

"Cette frappe isolée sur des journalistes identifiables par leurs équipements de reportage pourrait indiquer un ciblage et constituer un crime de guerre", a déclaré dans un communiqué Martin Roux, responsable du desk Crises de l'organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières (RSF).

 "Dangers immenses" 

"Cette attaque rappelle avec force les dangers immenses auxquels les journalistes, comme les autres civils, continuent d'être exposés, même pendant le cessez-le-feu en cours", a relevé le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Le Hamas, qui a pris le pouvoir à Gaza en 2007, a dénoncé un "crime de guerre".

Le fragile cessez-le-feu à Gaza, première étape du plan de Donald Trump visant à mettre fin à la guerre, est émaillé de tirs quotidiens, tandis que la situation humanitaire reste critique.

Près de 470 Palestiniens ont été tués depuis le début de la trêve, selon le ministère de la Santé de Gaza. L'armée israélienne a pour sa part fait état de trois soldats tués, depuis la même date.

Selon RSF, "près de 220 journalistes ont été tués à Gaza par l'armée israélienne depuis le début de son offensive il y a plus de deux ans, dont au moins 71 ciblés ou tués dans l'exercice de leur travail."

L'armée israélienne affirme elle que nombre de professionnels de la presse qu'elle reconnaît avoir éliminé étaient des "terroristes" membres de la branche armée du Hamas ou d'autres groupes armés palestiniens.


L’Arabie saoudite, la Turquie et six autres pays rejoignent le « Conseil de la paix » de Trump

Des véhicules militaires israéliens passent devant les destructions à Gaza, vues depuis le côté israélien de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d'Israël, le 21 janvier 2026. (Reuters)
Des véhicules militaires israéliens passent devant les destructions à Gaza, vues depuis le côté israélien de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d'Israël, le 21 janvier 2026. (Reuters)
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  • Les huit pays ont réaffirmé dans leur déclaration commune leur soutien aux efforts de paix menés par Trump et se sont engagés à appuyer la mission du Conseil en tant qu’organe de gouvernance transitoire

DAVOS : Un groupe de pays arabes et islamiques a annoncé mercredi qu’il rejoignait le nouveau « Conseil de la paix » proposé par le président américain Donald Trump, une initiative destinée à stabiliser et reconstruire la bande de Gaza.

Dans une déclaration commune, les ministères des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, de la Turquie, de l’Égypte, de la Jordanie, de l’Indonésie, du Pakistan, du Qatar et des Émirats arabes unis ont indiqué avoir accueilli favorablement l’invitation de Trump à participer à ce conseil pour la paix à Gaza.

Les huit pays ont réaffirmé leur soutien aux efforts de paix menés par Trump et se sont engagés à soutenir la mission du Conseil en tant qu’organe de gouvernance transitoire, dans le cadre d’un plan plus large visant à mettre fin au conflit à Gaza.

La mission du Conseil vise à « consolider un cessez-le-feu permanent, soutenir la reconstruction de Gaza et promouvoir une paix juste et durable fondée sur le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à la création d’un État, conformément au droit international, ouvrant ainsi la voie à la sécurité et à la stabilité pour tous les pays et peuples de la région », précise le communiqué.

S’exprimant mercredi en marge du Forum économique mondial à Davos, l’envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, a déclaré que la région évoluait dans la bonne direction.

« Je pense que ce qui se passe est remarquable », a-t-il confié à Arab News. « Tout le monde, je crois, travaille ensemble en faveur de la paix. Tous ont adhéré aux idées du président Trump concernant le “Conseil de la paix”, et je suis très optimiste. »

M. Witkoff a également déclaré que Téhéran devait venir s’asseoir à la table des négociations. « Cela doit arriver. C’est essentiel. Si l’Iran avance, alors la région avance aussi, et nous devons clarifier cela », a-t-il affirmé.

Depuis le déclenchement des manifestations antigouvernementales, Trump a exhorté à plusieurs reprises les dirigeants iraniens à mettre fin à la répression violente des manifestants, promettant des « mesures très fortes » si des exécutions avaient lieu. Il a également appelé les Iraniens à poursuivre les manifestations et à « prendre le contrôle des institutions ».

Mardi, les organisateurs du Forum de Davos ont annoncé que l’invitation adressée au ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait été retirée, invoquant « la perte tragique de vies civiles en Iran au cours des dernières semaines ».

M. Araghchi a condamné cette décision, accusant le Forum de faire preuve de « doubles standards flagrants ».

Pendant ce temps, les dirigeants européens présents à Davos semblaient plus sceptiques quant à une éventuelle participation au Conseil de la paix pour Gaza, plusieurs d’entre eux réfléchissant à décliner l’invitation.

D’autres annonces concernant la participation sont attendues jeudi, à l’issue d’une nouvelle phase de tractations diplomatiques à Davos, alors que les capitales évaluent l’impact potentiel du Conseil sur les efforts existants menés sous l’égide de l’ONU.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com