Pour l’archevêque de Rabat, «tous les représentants religieux doivent se convertir en artisans de paix»

Monseigneur Cristobal Lopez Romero, cardinal et archevêque de Rabat, revient, pour Arab News en français, sur sa vie au Maroc.TIZIANA FABI / AFP
Monseigneur Cristobal Lopez Romero, cardinal et archevêque de Rabat, revient, pour Arab News en français, sur sa vie au Maroc.TIZIANA FABI / AFP
Short Url
Publié le Samedi 25 décembre 2021

Pour l’archevêque de Rabat, «tous les représentants religieux doivent se convertir en artisans de paix»

  • «Notre présence est significative, dans la mesure où nous véhiculons un message: nous sommes trente mille chrétiens catholiques de plus de cent nationalités différentes»
  • «Les religions ne doivent pas être des causes de tensions, tout au contraire: elles doivent devenir une partie de la solution»

Qui sont les chrétiens du Maroc? Comment vivent-ils et comment célèbrent-ils Noël? Quels rapports entretiennent-ils avec la population marocaine, à très forte majorité musulmane? Monseigneur Cristobal Lopez Romero, cardinal et archevêque de Rabat, répond à ces questions et revient également, pour Arab News en français, sur sa vie au Maroc.


Comment se déroulent les préparatifs de la célébration de Noël? Pouvez-vous nous expliquer ce que vous faites durant les jours qui précèdent cette fête?
La préparation de Noël, dans l’ensemble du monde chrétien, se déroule sur quatre semaines. Cette période, que nous appelons «l’Avent», symbolise la venue de Jésus, son avènement. Pendant quatre semaines, chaque dimanche, nous faisons des lectures à la messe afin de nous y préparer. Nous vivons dans un climat de joie progressive, au fur et à mesure que la fête approche. En outre, lors de cette période, les familles chrétiennes ont l’habitude de construire la crèche de Jésus, ce que nous faisons également, dans chaque église. Elle réunit les personnages présents lors de la naissance de Jésus. C’est un symbole très catéchétique dans la mesure où l’on apprend beaucoup de la crèche.

maroc
Le pape François (R) embrasse le nouveau cardinal prélat espagnol Cristobal Lopez Romero (L) après l'avoir nommé lors d'un Consistoire public ordinaire pour la création de nouveaux cardinaux, le 5 octobre 2019 à la Basilique Saint-Pierre au Vatican. TIZIANA FABI / AFP


Il y a également les cadeaux lors de la dernière semaine. Les familles qui en ont l’habitude s'en échangent; c’est souvent le 24 décembre, car nous pensons que c’est à cette date que Jésus est né, alors que le 25, il s’agit de la solennité de la nativité de Jésus.
Il y a donc la préparation spirituelle, qui est la plus importante, mais il y a aussi la préparation culinaire; par exemple, l’élaboration des repas que l’on mangera le jour et la nuit de Noël. Nous essayons surtout de concentrer nos efforts sur la préparation spirituelle afin d’être préparés dans la foi, dans l'espérance et dans l’amour.

Comment se déroulent, au Maroc, la messe et le réveillon de Noël?
Au Maroc, les 24 et 25 décembre sont des jours de travail; ils ne sont pas fériés. En tant que chrétiens, nous devons donc nous adapter. Avant, il y avait une tradition très forte qui consistait à célébrer la messe à minuit; en Espagne, on l’appelle «la Misa del Gallo» («la messe du coq»).
Aujourd'hui, cela devient de plus en plus difficile pour les chrétiens de repartir à la maison à 2 heures du matin; nous avons pris l’habitude de commencer la messe de Noël à 20 heures et de la terminer vers 22 heures pour que chacun puisse rentrer chez soi, faire la Cène de Noël et participer au repas du soir. Nous nous concentrons surtout sur la célébration liturgique, c'est-à-dire la messe, mais ce ne sont pas les chants habituels: ce sont des chants spécialement adaptés à cet événement. Toutes les autres manifestations de cette période sont culturelles. Chaque pays possède sa propre culture et ces manifestations varient beaucoup. Dans les pays froids, par exemple, on ne peut pas concevoir Noël sans neige. En revanche, si vous allez au Brésil, c’est l'été.
Il est important d’établir une distinction claire entre ce qui appartient à la religion, à la foi, et ce qui appartient à la culture de chaque région géographique. Il faut donc retenir deux éléments: la messe, qui rassemble tous les chrétiens dans une église pour célébrer Noël, et la réunion des familles, avec les traditions qui en découlent.

Comment décririez-vous la communauté chrétienne du Maroc? Qu’est-ce qui caractérise l'Église marocaine?
La communauté catholique est insignifiante au Maroc, car elle compte si peu de membres, elle est minuscule... Nous sommes plus ou moins trente mille chrétiens catholiques, ce qui ne représente même pas 0,1% de la population marocaine. Certes, ce nombre est insignifiant, mais notre présence est significative, dans la mesure où nous véhiculons un message: nous sommes trente mille chrétiens catholiques de plus de cent nationalités différentes. C’est difficile de trouver un pays qui n’a pas de représentant catholique au Maroc. Les cinq continents y sont représentés, ce qui en fait une communauté très universelle. D’ailleurs, dans l'étymologie du mot «catholique», on retrouve «universel».
La communauté catholique marocaine se compose essentiellement d’étudiants et d’universitaires subsahariens, de jeunes hommes et de jeunes femmes qui sont venus de toute l’Afrique afin de poursuivre leurs études au Maroc. Ils sont à peu près quatorze mille et leur venue redonne de la joie, du rythme et de la vitalité à notre communauté, qui était vieillissante. Aujourd'hui, on peut remarquer qu’il y a plus d’hommes que de femmes, plus de jeunes que d’adultes et plus de Noirs que de Blancs dans notre communauté; en Europe, c’est l’inverse. C’est une communauté où tout le monde se connaît et qui, chaque dimanche, se réunit dans la joie à l’occasion de la messe. On la retrouve dans une vingtaine de villes du Royaume.

maroc
Le pape François (R) met la barrette alors qu'il nomme le cardinal prélat espagnol Cristobal Lopez Romero (L) lors d'un consistoire public ordinaire pour la création de nouveaux cardinaux, pour l'imposition de la barrette, la consignation de l'anneau et l'attribution du titre ou Diaconat, le 5 octobre 2019 à la Basilique Saint-Pierre au Vatican. TIZIANA FABI / AFP

Quels sont les engagements qui tiennent à cœur à la communauté catholique du Maroc?
Notre communauté est très engagée au service du peuple marocain et du peuple des migrants. Nous travaillons beaucoup, à travers les paroisses, pour aider ces derniers, les mineurs non accompagnés ou encore les femmes enceintes. Il s’agit donc d’une communauté jeune et universelle qui est au service de l'éducation et de la culture ainsi que des personnes en situation de migration. Ces gens sont dans la détresse; ils viennent de tous les pays. Nous sommes nous-mêmes des étrangers, mais nous ne voulons pas que l’Église soit étrangère, nous la voulons marocaine; nous désirons nous acculturer afin de faire partie de ce pays et de nouer des relations avec la population marocaine.

Peut-on dire que le Maroc et les Marocains sont tolérants vis-à-vis de la foi chrétienne?
Sur 37 millions de Marocains, il y a vraiment de tout. Mais ce que j’observe et ce que je retiens, c’est que la plupart des Marocains expriment de la sympathie à l'encontre des chrétiens. Il ne s’agit pas seulement de tolérance; pour nous, la tolérance, c’est très peu, car, par définition, on ne «tolère» que quelque chose de mauvais. Nous ne voulons pas être «tolérés»: nous voulons être reconnus, respectés et aimés. C’est exactement cette attitude que nous observons chez les Marocains qui nous connaissent et nous côtoient. Nous sommes acceptés, appréciés, respectés, et je pense que nous arrivons à travailler ensemble pour construire le monde que Dieu veut. Nous allons davantage vers la fraternité que vers la tolérance. Même si nous avons une religion, une nationalité et une tradition différentes, nous sommes avant tout frères et sœurs.

maroc
L'archevêque catholique romain Cristobal Lopez Romero remet une hostie à un fidèle d'Afrique subsaharienne lors de la messe du premier dimanche de Carême à la cathédrale catholique Saint-Pierre de Rabat, la capitale marocaine, le 10 mars 2019. FADEL SENNA / AFP

Qu’avez-vous remarqué durant cette période de pandémie? Avez-vous, par exemple, observé un regain de foi chez les fidèles?
Oui, il y a eu un regain de foi; pour certains, il était authentique, mais d’autres se trompaient: ils pensaient que la pandémie de la Covid-19 était un châtiment divin, ce qui n’est pas vrai – et j’ai combattu cette idée.
Pour la plupart, cette pandémie fut une opportunité pour prier davantage, pour se rapprocher de Dieu et, surtout, pour se rendre compte que nous sommes dans le même bateau, celui de la solidarité. Je pense que, de ce point de vue, cela a été utile et cela a permis de souder les gens, alors même qu’il était difficile de se rencontrer physiquement.
Cependant, quand on se rapproche de Dieu simplement parce qu’on a peur, dès que le danger disparaît, ce rapprochement s'évanouit. Je ne crois pas beaucoup à un rapprochement de Dieu motivé par la peur. Je crois au rapprochement de Dieu grâce à l’amour.
J'espère que, durant cette période, les gens ont eu l’occasion de découvrir que, pour aimer Dieu, il faut aimer son prochain. D’ailleurs, durant la pandémie, nous avons assisté à une vague de solidarité extraordinaire, que ce soit parmi les musulmans ou parmi les chrétiens. Nous avons aidé beaucoup de migrants et nous avons remarqué que les dons venaient de partout. On n’a même pas eu à demander: les gens étaient conscients de l’urgence. Finalement, la pandémie a été une opportunité pour approfondir notre foi, mais aussi pour découvrir le potentiel des réseaux sociaux. Par exemple, nous avons organisé des messes, des réunions et des rencontres sur les réseaux sociaux. Cela a donné un élan de créativité dans le domaine éducatif et religieux.

Vous avez vécu au Maroc de 2003 à 2010 et vous avez été directeur de la communauté des salésiens au Maroc. Quel était votre rôle?
J’ai été le directeur de l'école Don Bosco. Don Bosco est le fondateur de l’ordre des salésiens. Ce prêtre éducateur a fondé une congrégation dans le but d’agir en faveur de l'éducation et de la jeunesse. Cette école existe depuis près de quatre-vingt-cinq ans dans la ville de Kénitra, et nous avons aujourd’hui près de mille élèves en maternelle, en primaire et au collège. Voici une petite anecdote au sujet de cette école: chaque vendredi, tous les élèves se rassemblent dans la cour et écoutent la récitation du Coran. C’est une habitude que j’ai moi-même initiée et je tenais souvent le microphone de l’intervenant; lui priait avec le Coran, et moi je priais également, en silence, en tant que chrétien catholique. Tous ensemble, nous invoquions le même Dieu. Cette tradition perdure chaque vendredi à l'école Don Bosco de Kénitra, une école très connue et très réputée au Maroc.

maroc
Vue de l'église espagnole Alfonso XIII à Tanger 26 novembre 2007. ABDELHAK SENNA / AFP

Huit ans plus tard, vous êtes revenu au Maroc en tant qu'archevêque de Rabat. Qu’est-ce qui a changé durant votre absence?
Pour moi, cela a beaucoup changé. Quand je suis venu au Maroc la première fois, je vivais à Kénitra; c’était mon lieu de vie et de travail. Aujourd’hui, je vis à Rabat. J’ai mon domicile à l'archevêché, mais mon travail s'étend d’Agadir jusqu'à Oujda, en passant par Errachidia, Midelt, Ouarzazate, Marrakech… Je dois parcourir tout le Maroc, ce qui me permet de connaître le pays mieux que la plupart des Marocains. Cette dernière semaine, par exemple, j’ai voyagé de Rabat à Oujda, d’Oujda à Nador, de Nador à Al Hoceïma, puis je suis allé à Tanger, pour revenir à Rabat. En quatre jours, j’ai parcouru 1 300 kilomètres, j’ai assisté à sept ou huit réunions et célébrations. Cela me permet d'être en contact avec la réalité du Maroc dans différentes régions.

Quel impact a eu la visite du pape François sur les Marocains en 2018?
Cette visite a eu un impact très positif. Elle a marqué un tournant positif dans les relations entre musulmans et chrétiens. Elles étaient déjà bonnes; d’ailleurs, ce sont les rapports solides entre le Saint-Siège et le Maroc qui ont permis cette visite du Pape au Maroc. Cela a également donné l’impulsion d’un développement positif des relations islamo-chrétiennes. Je dois dire que, grâce aux autorités, à commencer par Sa Majesté, il y a toujours eu une attitude très positive envers nous. On veut nous aider, on veut nous accueillir, il y a comme une joie à l’idée que nous soyons ici. Après la visite du Pape, nous avons publié un livre, Rabat, capitale africaine du dialogue interreligieux – et c’est vraiment le cas. Grâce à la visite du Pape, le Maroc est resté pendant des jours, des semaines, voire des mois, au centre de l’actualité.
Je souhaite que chaque jour que Dieu fait soit un jour de rapprochement, qu’il y ait de plus en plus de Marocains désireux de nous connaître – comme nous, les chrétiens, souhaitons aussi connaître l’islam. Pour l’anecdote, nous chrétiens (catholiques et protestants), nous avons un institut théologique qui s’appelle «Al Mowafaqa», ce qui signifie «l’accord» en arabe. Il a pour fonction que les chrétiens approfondissent leur foi, mais en étudiant également l’islam. J’ai moi-même suivi un séminaire d'islamologie afin de mieux connaître et de mieux comprendre l’islam.

Quel regard portez-vous sur le monde d’aujourd’hui, notamment avec la pandémie? Quels sont les principaux défis à relever par les clergés des différentes religions, selon vous?
Je dois avouer que je ne connais pas beaucoup de pays arabes. J’ai été quatre jours au Liban, en Tunisie deux fois, et une fois en Égypte. Cependant, d'après ce que je vois sur les réseaux sociaux et les canaux de communication, cela me fait mal au cœur de voir les problèmes qui existent en Palestine, au Liban, en Irak, en Iran, ou même en Tunisie et en Algérie. Cela me fait mal qu’il n'y ait pas de fraternité entre les pays à majorité musulmane. Par ailleurs, je pense que, à cause de la pandémie, mais aussi en raison d’autres problèmes, tous les représentants religieux doivent se convertir en artisans de paix. Les religions ne doivent pas être des causes de tensions, tout au contraire: elles doivent devenir une partie de la solution.

 


Trois journalistes libanais, dont un de la chaîne du Hezbollah, tués par une frappe israélienne

Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
Short Url
  • Trois journalistes ont été tués dans une frappe israélienne au sud du Liban, suscitant de vives condamnations des autorités libanaises, qui dénoncent un « crime de guerre »
  • Le conflit entre Israël et le Hezbollah s’intensifie, avec de lourdes pertes civiles, des attaques contre des secouristes et une aggravation de la crise humanitaire

BEYROUTH: Trois journalistes libanais, dont un correspondant vedette de la chaîne al-Manar du Hezbollah, ont été tués samedi au Liban, les autorités dénonçant un "crime flagrant".

L'armée israélienne a affirmé avoir tué Ali Shoeib, qu'elle qualifie de membre de la force al-Radwan, unité d'élite du Hezbollah, opérant "sous la couverture d'un journaliste".

Depuis que le Liban a été entraîné le 2 mars dans la guerre régionale par une attaque du Hezbollah pro-iranien contre Israël, 1.189 personnes ont été tuées, dont 124 enfants et 51 secouristes et membres du personnel de santé, dans les frappes israéliennes massives, et plus d'un million ont été déplacées.

Les trois journalistes ont été tués par une frappe qui a visé leur voiture dans la région de Jezzine, éloignée de la frontière, dans le sud du Liban, selon une source militaire et les médias pour lesquels ils travaillaient.

Outre Ali Shoeib, correspondant de guerre de longue date d'al-Manar dans le sud du Liban, la journaliste d'al-Mayadeen, chaîne proche du Hezbollah, Fatima Ftouni, et son frère, le caméraman Mohammed Ftouni, ont été tués.

Le Hezbollah a dénoncé dans un communiqué l'assassinat de son reporter, tandis que des journalistes ont organisé un rassemblement dans le centre de Beyrouth.

- "Crime de guerre" -

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette frappe de "crime flagrant" et a rappelé que "les journalistes bénéficient d'une protection internationale en temps de guerre".

Le premier ministre Nawaf Salam a quant à lui dénoncé "une violation flagrante du droit international humanitaire".

"Ces actes relèvent de la catégorie des crimes de guerre", a fustigé le ministre de l'Information, Paul Morcos.

Cette attaque intervient alors que deux journalistes de la chaîne russe RT ont été blessés le 19 mars dans une frappe israélienne, qui n'était pas "accidentelle" selon Moscou.

Le 17 mars, le directeur des programmes politiques d'al-Manar, Mohammed Cherri, avait été tué aux côtés de sa femme dans une frappe ayant visé son appartement du centre de Beyrouth, et blessé ses enfants et petits-enfants.

Ce n'est pas la première fois que des journalistes de ces deux chaînes sont visés par l'armée israélienne. En octobre 2024, trois reporters, deux d'al-Mayadeen et un d'al-Manar avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud.

En novembre 2023, deux autres journalistes d'al-Mayadeen avaient été tués par une frappe israélienne dans le sud du pays.

Un mois plus tôt, une frappe a tué le vidéaste de l'agence Reuters, Issam Abdallah, et blessé six autres reporters, dont deux de l'AFP, Dylan Collins et Christina Assi, amputée de la jambe droite.

- Neuf secouristes tués -

Le secteur de la santé est aussi durement touché par l'offensive israélienne: samedi, neuf secouristes ont été tués dans plusieurs frappes israéliennes, selon le ministre de la Santé.

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué 46 secouristes et cinq membres du personnel soignant, a précisé Rakan Nassereddine, ajoutant que 75 attaques ont visé des services de secours et de santé.

Samedi, Israël a poursuivi ses frappes aériennes sur plusieurs localités du sud du Liban, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Le Hezbollah a annoncé des attaques contre les forces israéliennes qui progressent dans la région frontalière.

Il a notamment dit avoir frappé un char Merkava à l'aide d'un drone dans la localité de Debel, à majorité chrétienne, où certains habitants sont restés malgré la guerre.

Près de cette localité, un homme qui conduisait sa voiture et son fils ont été tués par "des tirs israéliens", selon l'Ani.

L'armée israélienne a de son côté annoncé poursuivre ses frappes "contre les infrastructures terroristes du Hezbollah à travers le Liban".

Elle a aussi tenté de larguer des tracts au-dessus de Beyrouth, mais le conteneur ne s'est pas ouvert en vol et est tombé sur un immeuble au sud de Beyrouth, selon un journaliste de l'AFP.

L'armée israélienne a ajouté avoir frappé pendant la nuit des dizaines de cibles du Hezbollah et avoir tué vendredi deux responsables de l'unité de communications du mouvement dans une frappe à Beyrouth.

L'armée libanaise, qui reste à l'écart des violences, a annoncé samedi la mort d'un soldat de 29 ans dans une frappe israélienne dans la région de Nabatiyeh.

Il n'était pas en service, selon un porte-parole de l'armée joint par l'AFP.


Au Liban, un demi-million d'élèves privés d'école à cause de la guerre et des déplacements forcés

Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • La guerre au Liban prive près de 500.000 élèves d’école, beaucoup étant déplacés et contraints de suivre des cours à distance dans des conditions précaires
  • Les difficultés d’accès à internet et le manque de ressources aggravent les inégalités, faisant craindre abandon scolaire, fracture numérique et risques accrus pour les élèves les plus vulnérables

BEYROUTH: Dans une salle d'un lycée transformé en centre d'accueil pour déplacés, Ahmad Melhem essaye tant bien que mal de suivre sur sa tablette un cours préenregistré. Comme des centaines de milliers d'élèves libanais, il est privé d'école en raison de la guerre.

"Nous essayons, avec les moyens du bord, de continuer à étudier pour réaliser nos rêves", explique à l'AFP cet adolescent de 17 ans, alors que certains cours à distance ont repris.

Avec sa famille, ils ont dû fuir la banlieue sud de Beyrouth, pilonnée par l'armée israélienne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël, pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au premier jour de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.

Avec d'autres familles, ils ont trouvé refuge dans cette salle du lycée Abdel Kader, au coeur de la capitale.

"On a pris des risques pour aller chercher nos livres scolaires", alors que les frappes israéliennes sont quotidiennes sur la banlieue sud, raconte encore Ahmad Melhem, qui veut à tout prix terminer le lycée.

- "La guerre a tout détruit" -

Au total, près de 500.000 élèves ont dû cesser de se rendre en classe depuis le 2 mars, selon l'Unicef; quelque 350 écoles publiques ont été transformées en centre d'accueil, et les établissements scolaires dans les quartiers et localités bombardés par Israël ont fermé leurs portes pour une durée indéterminée.

Les frappes israéliennes ont tué plus de 1.100 personnes, dont 122 enfants, et déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités libanaises.

Dans la salle de classe où s'étalent matelas et couvertures, Ahmad, qui espère plus tard suivre des études d'ingénieur, s'est aménagé un coin avec ses livres et un écran d'ordinateur, mais il ne dispose pas de connexion internet.

Son école privée de la banlieue sud de Beyrouth a fini par reprendre des cours à distance, deux semaines après le début de la guerre, mais avec des aménagements: les matières facultatives restent suspendues, et les cours durent moins longtemps.

Une ONG a installé une connexion internet dans la cour, qui grouille d'enfants en train de jouer et d'adultes qui discutent autour de narguilés, mais Ahmad dit avoir a du mal à se concentrer.

"Les travaux de groupe et les projets scientifiques me manquent", confie le lycéen, qui décrit les cours en présentiel comme "plus stimulants".

Sa mère, Amira Salameh, 41 ans, tente d'aider son fils cadet, huit ans, à suivre lui aussi l'école en ligne.

"Si je laisse tout seul, il se met à rêvasser", dit-elle.  "La guerre a tout détruit, l'éducation est la seule chose qu'il reste à mes enfants."

- "Fracture numérique" -

L'Unicef s'est en particulier inquiété pour les lycéens comme Ahmad qui doivent passer le baccalauréat cette année, craignant qu'ils ne puissent rejoindre les rangs de l'université l'an prochain.

Autre sujet d'inquiétude: un possible abandon de l'école par les filles et adolescentes sous la menace de "mariages forcés", explique le directeur de l'éducation de l'Unicef au Liban, Atif Ratique.

Dans un lycée professionnel de la banlieue nord de Beyrouth, à Dekwaneh, Aya Zahran, 17 ans, passe ses journées "à cuisiner et à travailler à rendre l'endroit vivable", après avoir elle aussi fui la banlieue sud avec sa famille.

"Nous n'avons qu'un téléphone que l'on partage avec mes frères et soeurs" pour suivre les cours en ligne, et souvent, les liens transmis par l'école publique ne fonctionnent pas, dit l'adolescente.

Une illustration du manque de moyens de ces établissements publics, qui n'ont pas les ressources pour donner des cours à distance, et de la "fracture numérique" entre élèves, notamment ceux du sud du pays, les plus affectés par la guerre, selon M. Rafique.

Ces lacunes ont poussé le ministère de l'Education et l'Unicef à lancer une plateforme en ligne de cours préenregistrés. Un service d'assistance par téléphone où les élèves peuvent joindre un professeur sans avoir besoin de connexion internet a aussi été mis en place par l'Unicef et une ONG libanaise.

"Mes enfants sont d'excellents élèves, je ne veux pas qu'ils arrêtent l'école comme nous quand nous étions enfants", clame Nassima Ismaël, déplacée de l'est du pays, en évoquant sa propre enfance pendant la guerre civile (1975-1990).


L'armée israélienne dit faire face à un tir de missile du Yémen

Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • L'armée israélienne a détecté un missile tiré depuis le Yémen par les Houthis, première menace directe depuis un mois de conflit, déclenchant l'activation des systèmes de défense anti-aérienne
  • Les Houthis, alliés à l'Iran et à l'"axe de la résistance", menacent d'intervenir militairement contre Israël et les États-Unis en cas d'escalade régionale

JERUSALEM: L'armée israélienne a indiqué samedi avoir détecté un tir de missile depuis le Yémen, une première en un mois de guerre au Moyen-Orient, après que les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont menacé de se joindre au conflit.

Les forces israéliennes ont "identifié le tir d'un missile depuis le Yémen en direction du territoire israélien, les systèmes de défense anti-aérienne sont en action pour intercepter cette menace", a indiqué l'armée sur Telegram.

Les Houthis sont alliés à Téhéran au sein de ce que l'Iran a baptisé "axe de la résistance", aux côtés du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien et de groupes armés irakiens pro-iraniens.

"Nous sommes prêts à une intervention militaire directe en cas de nouvelle alliance avec les Etats-Unis et Israël contre l'Iran (...), de conduite d'opérations hostiles à l'Iran ou tout pays musulman depuis la mer Rouge (...), et en cas de poursuite de l'escalade contre la République islamique" d'Iran, a déclaré vendredi le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, dans une vidéo diffusée sur X.

Ces insurgés pro-iraniens, qui contrôlent une grande partie du Yémen, avaient mené de nombreuses attaques contre Israël et les navires commerciaux en mer Rouge pendant la guerre entre Israël et le Hamas palestinien à Gaza, entre 2023 et 2025.

Leurs tirs de missiles et de drones avaient fortement perturbé le trafic dans cette voie maritime stratégique, aujourd'hui utilisée notamment par l'Arabie saoudite pour exporter son pétrole sans passer par le détroit d'Ormuz, où la navigation est bloquée par Téhéran.