Pour l’archevêque de Rabat, «tous les représentants religieux doivent se convertir en artisans de paix»

Monseigneur Cristobal Lopez Romero, cardinal et archevêque de Rabat, revient, pour Arab News en français, sur sa vie au Maroc.TIZIANA FABI / AFP
Monseigneur Cristobal Lopez Romero, cardinal et archevêque de Rabat, revient, pour Arab News en français, sur sa vie au Maroc.TIZIANA FABI / AFP
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Publié le Samedi 25 décembre 2021

Pour l’archevêque de Rabat, «tous les représentants religieux doivent se convertir en artisans de paix»

  • «Notre présence est significative, dans la mesure où nous véhiculons un message: nous sommes trente mille chrétiens catholiques de plus de cent nationalités différentes»
  • «Les religions ne doivent pas être des causes de tensions, tout au contraire: elles doivent devenir une partie de la solution»

Qui sont les chrétiens du Maroc? Comment vivent-ils et comment célèbrent-ils Noël? Quels rapports entretiennent-ils avec la population marocaine, à très forte majorité musulmane? Monseigneur Cristobal Lopez Romero, cardinal et archevêque de Rabat, répond à ces questions et revient également, pour Arab News en français, sur sa vie au Maroc.


Comment se déroulent les préparatifs de la célébration de Noël? Pouvez-vous nous expliquer ce que vous faites durant les jours qui précèdent cette fête?
La préparation de Noël, dans l’ensemble du monde chrétien, se déroule sur quatre semaines. Cette période, que nous appelons «l’Avent», symbolise la venue de Jésus, son avènement. Pendant quatre semaines, chaque dimanche, nous faisons des lectures à la messe afin de nous y préparer. Nous vivons dans un climat de joie progressive, au fur et à mesure que la fête approche. En outre, lors de cette période, les familles chrétiennes ont l’habitude de construire la crèche de Jésus, ce que nous faisons également, dans chaque église. Elle réunit les personnages présents lors de la naissance de Jésus. C’est un symbole très catéchétique dans la mesure où l’on apprend beaucoup de la crèche.

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Le pape François (R) embrasse le nouveau cardinal prélat espagnol Cristobal Lopez Romero (L) après l'avoir nommé lors d'un Consistoire public ordinaire pour la création de nouveaux cardinaux, le 5 octobre 2019 à la Basilique Saint-Pierre au Vatican. TIZIANA FABI / AFP


Il y a également les cadeaux lors de la dernière semaine. Les familles qui en ont l’habitude s'en échangent; c’est souvent le 24 décembre, car nous pensons que c’est à cette date que Jésus est né, alors que le 25, il s’agit de la solennité de la nativité de Jésus.
Il y a donc la préparation spirituelle, qui est la plus importante, mais il y a aussi la préparation culinaire; par exemple, l’élaboration des repas que l’on mangera le jour et la nuit de Noël. Nous essayons surtout de concentrer nos efforts sur la préparation spirituelle afin d’être préparés dans la foi, dans l'espérance et dans l’amour.

Comment se déroulent, au Maroc, la messe et le réveillon de Noël?
Au Maroc, les 24 et 25 décembre sont des jours de travail; ils ne sont pas fériés. En tant que chrétiens, nous devons donc nous adapter. Avant, il y avait une tradition très forte qui consistait à célébrer la messe à minuit; en Espagne, on l’appelle «la Misa del Gallo» («la messe du coq»).
Aujourd'hui, cela devient de plus en plus difficile pour les chrétiens de repartir à la maison à 2 heures du matin; nous avons pris l’habitude de commencer la messe de Noël à 20 heures et de la terminer vers 22 heures pour que chacun puisse rentrer chez soi, faire la Cène de Noël et participer au repas du soir. Nous nous concentrons surtout sur la célébration liturgique, c'est-à-dire la messe, mais ce ne sont pas les chants habituels: ce sont des chants spécialement adaptés à cet événement. Toutes les autres manifestations de cette période sont culturelles. Chaque pays possède sa propre culture et ces manifestations varient beaucoup. Dans les pays froids, par exemple, on ne peut pas concevoir Noël sans neige. En revanche, si vous allez au Brésil, c’est l'été.
Il est important d’établir une distinction claire entre ce qui appartient à la religion, à la foi, et ce qui appartient à la culture de chaque région géographique. Il faut donc retenir deux éléments: la messe, qui rassemble tous les chrétiens dans une église pour célébrer Noël, et la réunion des familles, avec les traditions qui en découlent.

Comment décririez-vous la communauté chrétienne du Maroc? Qu’est-ce qui caractérise l'Église marocaine?
La communauté catholique est insignifiante au Maroc, car elle compte si peu de membres, elle est minuscule... Nous sommes plus ou moins trente mille chrétiens catholiques, ce qui ne représente même pas 0,1% de la population marocaine. Certes, ce nombre est insignifiant, mais notre présence est significative, dans la mesure où nous véhiculons un message: nous sommes trente mille chrétiens catholiques de plus de cent nationalités différentes. C’est difficile de trouver un pays qui n’a pas de représentant catholique au Maroc. Les cinq continents y sont représentés, ce qui en fait une communauté très universelle. D’ailleurs, dans l'étymologie du mot «catholique», on retrouve «universel».
La communauté catholique marocaine se compose essentiellement d’étudiants et d’universitaires subsahariens, de jeunes hommes et de jeunes femmes qui sont venus de toute l’Afrique afin de poursuivre leurs études au Maroc. Ils sont à peu près quatorze mille et leur venue redonne de la joie, du rythme et de la vitalité à notre communauté, qui était vieillissante. Aujourd'hui, on peut remarquer qu’il y a plus d’hommes que de femmes, plus de jeunes que d’adultes et plus de Noirs que de Blancs dans notre communauté; en Europe, c’est l’inverse. C’est une communauté où tout le monde se connaît et qui, chaque dimanche, se réunit dans la joie à l’occasion de la messe. On la retrouve dans une vingtaine de villes du Royaume.

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Le pape François (R) met la barrette alors qu'il nomme le cardinal prélat espagnol Cristobal Lopez Romero (L) lors d'un consistoire public ordinaire pour la création de nouveaux cardinaux, pour l'imposition de la barrette, la consignation de l'anneau et l'attribution du titre ou Diaconat, le 5 octobre 2019 à la Basilique Saint-Pierre au Vatican. TIZIANA FABI / AFP

Quels sont les engagements qui tiennent à cœur à la communauté catholique du Maroc?
Notre communauté est très engagée au service du peuple marocain et du peuple des migrants. Nous travaillons beaucoup, à travers les paroisses, pour aider ces derniers, les mineurs non accompagnés ou encore les femmes enceintes. Il s’agit donc d’une communauté jeune et universelle qui est au service de l'éducation et de la culture ainsi que des personnes en situation de migration. Ces gens sont dans la détresse; ils viennent de tous les pays. Nous sommes nous-mêmes des étrangers, mais nous ne voulons pas que l’Église soit étrangère, nous la voulons marocaine; nous désirons nous acculturer afin de faire partie de ce pays et de nouer des relations avec la population marocaine.

Peut-on dire que le Maroc et les Marocains sont tolérants vis-à-vis de la foi chrétienne?
Sur 37 millions de Marocains, il y a vraiment de tout. Mais ce que j’observe et ce que je retiens, c’est que la plupart des Marocains expriment de la sympathie à l'encontre des chrétiens. Il ne s’agit pas seulement de tolérance; pour nous, la tolérance, c’est très peu, car, par définition, on ne «tolère» que quelque chose de mauvais. Nous ne voulons pas être «tolérés»: nous voulons être reconnus, respectés et aimés. C’est exactement cette attitude que nous observons chez les Marocains qui nous connaissent et nous côtoient. Nous sommes acceptés, appréciés, respectés, et je pense que nous arrivons à travailler ensemble pour construire le monde que Dieu veut. Nous allons davantage vers la fraternité que vers la tolérance. Même si nous avons une religion, une nationalité et une tradition différentes, nous sommes avant tout frères et sœurs.

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L'archevêque catholique romain Cristobal Lopez Romero remet une hostie à un fidèle d'Afrique subsaharienne lors de la messe du premier dimanche de Carême à la cathédrale catholique Saint-Pierre de Rabat, la capitale marocaine, le 10 mars 2019. FADEL SENNA / AFP

Qu’avez-vous remarqué durant cette période de pandémie? Avez-vous, par exemple, observé un regain de foi chez les fidèles?
Oui, il y a eu un regain de foi; pour certains, il était authentique, mais d’autres se trompaient: ils pensaient que la pandémie de la Covid-19 était un châtiment divin, ce qui n’est pas vrai – et j’ai combattu cette idée.
Pour la plupart, cette pandémie fut une opportunité pour prier davantage, pour se rapprocher de Dieu et, surtout, pour se rendre compte que nous sommes dans le même bateau, celui de la solidarité. Je pense que, de ce point de vue, cela a été utile et cela a permis de souder les gens, alors même qu’il était difficile de se rencontrer physiquement.
Cependant, quand on se rapproche de Dieu simplement parce qu’on a peur, dès que le danger disparaît, ce rapprochement s'évanouit. Je ne crois pas beaucoup à un rapprochement de Dieu motivé par la peur. Je crois au rapprochement de Dieu grâce à l’amour.
J'espère que, durant cette période, les gens ont eu l’occasion de découvrir que, pour aimer Dieu, il faut aimer son prochain. D’ailleurs, durant la pandémie, nous avons assisté à une vague de solidarité extraordinaire, que ce soit parmi les musulmans ou parmi les chrétiens. Nous avons aidé beaucoup de migrants et nous avons remarqué que les dons venaient de partout. On n’a même pas eu à demander: les gens étaient conscients de l’urgence. Finalement, la pandémie a été une opportunité pour approfondir notre foi, mais aussi pour découvrir le potentiel des réseaux sociaux. Par exemple, nous avons organisé des messes, des réunions et des rencontres sur les réseaux sociaux. Cela a donné un élan de créativité dans le domaine éducatif et religieux.

Vous avez vécu au Maroc de 2003 à 2010 et vous avez été directeur de la communauté des salésiens au Maroc. Quel était votre rôle?
J’ai été le directeur de l'école Don Bosco. Don Bosco est le fondateur de l’ordre des salésiens. Ce prêtre éducateur a fondé une congrégation dans le but d’agir en faveur de l'éducation et de la jeunesse. Cette école existe depuis près de quatre-vingt-cinq ans dans la ville de Kénitra, et nous avons aujourd’hui près de mille élèves en maternelle, en primaire et au collège. Voici une petite anecdote au sujet de cette école: chaque vendredi, tous les élèves se rassemblent dans la cour et écoutent la récitation du Coran. C’est une habitude que j’ai moi-même initiée et je tenais souvent le microphone de l’intervenant; lui priait avec le Coran, et moi je priais également, en silence, en tant que chrétien catholique. Tous ensemble, nous invoquions le même Dieu. Cette tradition perdure chaque vendredi à l'école Don Bosco de Kénitra, une école très connue et très réputée au Maroc.

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Vue de l'église espagnole Alfonso XIII à Tanger 26 novembre 2007. ABDELHAK SENNA / AFP

Huit ans plus tard, vous êtes revenu au Maroc en tant qu'archevêque de Rabat. Qu’est-ce qui a changé durant votre absence?
Pour moi, cela a beaucoup changé. Quand je suis venu au Maroc la première fois, je vivais à Kénitra; c’était mon lieu de vie et de travail. Aujourd’hui, je vis à Rabat. J’ai mon domicile à l'archevêché, mais mon travail s'étend d’Agadir jusqu'à Oujda, en passant par Errachidia, Midelt, Ouarzazate, Marrakech… Je dois parcourir tout le Maroc, ce qui me permet de connaître le pays mieux que la plupart des Marocains. Cette dernière semaine, par exemple, j’ai voyagé de Rabat à Oujda, d’Oujda à Nador, de Nador à Al Hoceïma, puis je suis allé à Tanger, pour revenir à Rabat. En quatre jours, j’ai parcouru 1 300 kilomètres, j’ai assisté à sept ou huit réunions et célébrations. Cela me permet d'être en contact avec la réalité du Maroc dans différentes régions.

Quel impact a eu la visite du pape François sur les Marocains en 2018?
Cette visite a eu un impact très positif. Elle a marqué un tournant positif dans les relations entre musulmans et chrétiens. Elles étaient déjà bonnes; d’ailleurs, ce sont les rapports solides entre le Saint-Siège et le Maroc qui ont permis cette visite du Pape au Maroc. Cela a également donné l’impulsion d’un développement positif des relations islamo-chrétiennes. Je dois dire que, grâce aux autorités, à commencer par Sa Majesté, il y a toujours eu une attitude très positive envers nous. On veut nous aider, on veut nous accueillir, il y a comme une joie à l’idée que nous soyons ici. Après la visite du Pape, nous avons publié un livre, Rabat, capitale africaine du dialogue interreligieux – et c’est vraiment le cas. Grâce à la visite du Pape, le Maroc est resté pendant des jours, des semaines, voire des mois, au centre de l’actualité.
Je souhaite que chaque jour que Dieu fait soit un jour de rapprochement, qu’il y ait de plus en plus de Marocains désireux de nous connaître – comme nous, les chrétiens, souhaitons aussi connaître l’islam. Pour l’anecdote, nous chrétiens (catholiques et protestants), nous avons un institut théologique qui s’appelle «Al Mowafaqa», ce qui signifie «l’accord» en arabe. Il a pour fonction que les chrétiens approfondissent leur foi, mais en étudiant également l’islam. J’ai moi-même suivi un séminaire d'islamologie afin de mieux connaître et de mieux comprendre l’islam.

Quel regard portez-vous sur le monde d’aujourd’hui, notamment avec la pandémie? Quels sont les principaux défis à relever par les clergés des différentes religions, selon vous?
Je dois avouer que je ne connais pas beaucoup de pays arabes. J’ai été quatre jours au Liban, en Tunisie deux fois, et une fois en Égypte. Cependant, d'après ce que je vois sur les réseaux sociaux et les canaux de communication, cela me fait mal au cœur de voir les problèmes qui existent en Palestine, au Liban, en Irak, en Iran, ou même en Tunisie et en Algérie. Cela me fait mal qu’il n'y ait pas de fraternité entre les pays à majorité musulmane. Par ailleurs, je pense que, à cause de la pandémie, mais aussi en raison d’autres problèmes, tous les représentants religieux doivent se convertir en artisans de paix. Les religions ne doivent pas être des causes de tensions, tout au contraire: elles doivent devenir une partie de la solution.

 


L'armée libanaise annonce avoir achevé le désarmement du Hezbollah près de la frontière avec Israël

Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
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  • L’armée libanaise annonce avoir achevé la première phase du désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani, malgré le refus du mouvement de rendre ses armes dans le reste du pays
  • Le processus reste fragile : Israël maintient une présence militaire sur plusieurs points frontaliers et poursuit ses frappes, tandis que Washington accentue la pression sur Beyrouth

BEYROUTH: L'armée libanaise a annoncé jeudi avoir achevé "la première phase" de son plan pour le désarmement du Hezbollah pro-iranien, qui couvre la région entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Dans un communiqué, l'armée affirme avoir atteint "les objectifs de la première phase" de son plan qui doit s'étendre par la suite au reste du territoire libanais.

Le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'une guerre meurtrière avec Israël, refuse de remettre ses armes dans le reste du pays.

L'armée précise dans son communiqué qu'elle "contrôle" désormais la partie sud du Litani, "à l'exception des territoires et positions toujours occupés par Israël" près de la frontière.

Malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis plus d'un an, qui prévoit son retrait du territoire libanais, Israël continue d'occuper cinq points stratégiques près de la frontière.

L'armée israélienne mène en outre des frappes contre le Hezbollah qu'elle accuse de chercher à se réarmer et met en doute l'efficacité des opérations de désarmement de l'armée libanaise.

Selon l'accord de cessez-le-feu, le Hezbollah doit retirer ses forces au nord du fleuve Litani et voir ses infrastructures militaires démantelées dans les zones évacuées.

L'armée libanaise précise que ses opérations vont se poursuivre au sud du Litani pour "achever le traitement des munitions non explosées" et rechercher des "tunnels", creusés par le Hezbollah.

Elle ajoute qu'elle va prendre des mesures pour "empêcher définitivement les groupes armés de reconstruire leurs capacités".

Le commandant en chef de l'armée Rodolphe Haykal doit informer jeudi après-midi le gouvernement des progrès accomplis dans l'exécution de son plan pour désarmer le Hezbollah.

Le gouvernement libanais est soumis à une intense pression des Etats-Unis pour désarmer la formation pro-iranienne, sur fond de crainte d'une escalade des attaques israéliennes.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a salué dimanche sur X les "efforts" du gouvernement et de l'armée libanaise, ajoutant toutefois qu'ils étaient "loin d'être suffisants".

Un comité auquel participent les États-Unis, la France, le Liban, Israël et les Nations unies est chargé de surveiller le cessez-le-feu.


Israël met en péril la sécurité mondiale, avertit le ministre somalien de l’Information

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  • Les actions de Tel-Aviv renforcent les groupes terroristes, affirme Daud Aweis Jama dans un entretien exclusif à Arab News
  • Il accuse Tel-Aviv de vouloir relocaliser des Palestiniens de Gaza dans la région

​​​​​​RIYAD : La reconnaissance du Somaliland par Israël et sa présence croissante dans la région risquent d’envenimer la situation, en permettant aux groupes terroristes de saper la sécurité et la stabilité régionales, a déclaré le ministre somalien de l’Information, de la Culture et du Tourisme, Daud Aweis Jama.

Dans un entretien exclusif accordé à Arab News, Jama a insisté sur le fait que la décision sans précédent d’Israël, prise le 26 décembre, de reconnaître le Somaliland comme État souverain constitue un revers majeur pour la lutte de Mogadiscio contre des organisations terroristes telles qu’Al-Shabab et Daech.

« La présence d’Israël sera exploitée par les groupes terroristes pour étendre leurs opérations dans la région. Ils disposeront d’un prétexte pour diffuser leurs idéologies », a-t-il déclaré.

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Le président du Somaliland, Abdirahman Abdullahi Mohamed, s’exprime lors d’une conférence de presse avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, au palais présidentiel à Hargeisa. (Bureau présidentiel du Somaliland/AFP)

« C’est un autre facteur qui met en danger la sécurité mondiale et la stabilité régionale, alors que nous étions arrivés à la phase finale pour surmonter les défis posés par les groupes terroristes Al-Shabab et l’État islamique », a-t-il ajouté, utilisant un autre terme pour désigner Daech.

Jama a poursuivi : « Nous avons mobilisé toutes nos ressources et consacré tout notre temps à finaliser les dernières étapes de la lutte contre Al-Shabab. Si un autre facteur vient nous perturber, cela signifie que nous ne pourrons plus nous concentrer pleinement sur ces opérations. Et cela offre davantage d’opportunités à Al-Shabab ou à d’autres organisations. »

Selon Jama, les conséquences de cet affaiblissement de la capacité de la Somalie à lutter contre le terrorisme ne se limiteront pas à ses frontières, mais s’étendront à toute la région et au-delà.

« Cela pourrait attirer d’autres groupes terroristes extérieurs dans la région, car ils profiteront de cette crise pour tenter de reprendre le contrôle de zones qui avaient déjà été libérées », a déclaré le ministre.

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Des habitants de Mogadiscio brandissent des drapeaux somalien et palestinien lors d’un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Nous pensons que cela intervient à un moment qui affectera la sécurité de notre gouvernement, celle de la Corne de l’Afrique, du golfe d’Aden, de la mer Rouge, du Moyen-Orient et la stabilité mondiale. Il s’agit d’une zone stratégique majeure par laquelle transite le commerce mondial. »

Le ministre a souligné que la reconnaissance d’Israël et l’élargissement de sa présence dans la région créent davantage de défis, « ajoutant de l’huile sur le feu des problèmes persistants, notamment en Somalie ». Il a ajouté : « À ce stade, cela ne concerne plus uniquement la Somalie, mais représente un défi qui risque de se propager comme un incendie dans toute la région et dans le monde entier. »

Jama a déclaré à Arab News qu’Israël poursuit d’autres objectifs stratégiques à travers la reconnaissance du Somaliland, notamment la relocalisation forcée de Palestiniens de Gaza.

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Une femme passe devant des étals vendant des articles ménagers au marché de Waheen à Hargeisa. (AFP)

« Selon des sources fiables issues des renseignements que nous avons recueillis, l’une des conditions posées par Israël (pour reconnaître le Somaliland) était de disposer d’un lieu pour installer les habitants de Gaza », a-t-il affirmé.

« Nous considérons également cela comme une violation des droits du peuple palestinien, car nous croyons fermement à son droit à l’autodétermination. La solution à deux États, soutenue par la communauté internationale, doit être respectée et mise en œuvre. »

Le gouvernement de coalition israélien, le plus à droite et le plus religieusement conservateur de son histoire, comprend des responsables d’extrême droite qui prônent l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie, et encouragent les Palestiniens à quitter leur terre.

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Un homme brandit un drapeau du Somaliland devant le monument commémoratif de la guerre à Hargeisa. (AFP)

L’ambassadeur de la Somalie auprès de l’ONU, Abukar Dahir Osman, a déclaré que les membres du Conseil de sécurité — l’Algérie, le Guyana, la Sierra Leone et la Somalie — « rejettent sans équivoque toute mesure visant à faire avancer cet objectif, y compris toute tentative d’Israël de relocaliser la population palestinienne de Gaza vers le nord-ouest de la Somalie ».

Israël est devenu le mois dernier le premier pays à reconnaître le Somaliland comme nation indépendante. En plus de trois décennies depuis sa déclaration unilatérale d’indépendance en 1991, aucun État n’avait reconnu ce territoire du nord-ouest comme distinct de la Somalie.

Mogadiscio a immédiatement rejeté la décision israélienne, aux côtés de nombreux pays à travers le monde.

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Des soldats de l’Armée nationale somalienne (SNA) sécurisent un village qui aurait été détruit par des insurgés en retraite lors de la visite d’officiers supérieurs à Awdheegle. (AFP/Archives)

L’Arabie saoudite a réaffirmé son rejet de toute tentative d’imposer des entités parallèles contraires à l’unité de la Somalie, ainsi que son soutien aux institutions légitimes de l’État somalien et son attachement à la stabilité du pays et de son peuple.

Un groupe de ministres des Affaires étrangères de pays arabes et islamiques, aux côtés de l’Organisation de la coopération islamique, a également rejeté fermement l’annonce israélienne. Dans une déclaration conjointe, ils ont averti que cette décision comporte « de graves répercussions sur la paix et la sécurité dans la Corne de l’Afrique et la région de la mer Rouge », et qu’elle porte atteinte à la paix et à la sécurité internationales.

La Ligue arabe, qui compte 22 membres, a rejeté « toute mesure découlant de cette reconnaissance illégitime visant à faciliter le déplacement forcé du peuple palestinien ou à exploiter les ports du nord de la Somalie pour établir des bases militaires », a déclaré son ambassadeur auprès de l’ONU, Maged Abdelfattah Abdelaziz, devant le Conseil de sécurité.

Dans le dernier développement des relations Israël–Somaliland, moins de deux semaines après la reconnaissance de Tel-Aviv, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, s’est rendu mardi dans la région afin de formaliser publiquement les relations diplomatiques.

« La reconnaissance par Israël d’une région de la République fédérale de Somalie comme État indépendant constitue une violation flagrante de la souveraineté somalienne », a souligné Jama. « Il s’agit d’une violation totale du droit international, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la Somalie. »

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Des habitants de Mogadiscio participent à un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Dès le départ, nous avons choisi la voie diplomatique. Cela a commencé par une réunion réussie du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a soutenu l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Somalie, suivie par d’autres acteurs internationaux tels que la Ligue arabe, l’Organisation de la coopération islamique, l’Union africaine, ainsi que des organisations régionales comme la Communauté d’Afrique de l’Est et l’IGAD.

« Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a également réitéré l’importance de soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Syrie: écoles et administrations fermées à Alep, accrochages intermittents

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
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  • Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien
  • L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté

DAMAS: Les écoles, les administrations et l'aéroport sont restés fermés mercredi à Alep, la grande ville du nord de la Syrie où des accrochages sporadiques opposent les forces gouvernementales et kurdes, au lendemain de violences qui ont fait neuf morts, selon les médias officiels.

Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien.

"C'était une ville fantôme cette nuit, aucune activité, les magasins fermés, les rues plongées dans le noir en raison des coupures de courant", a raconté à l'AFP Abdel Karim Baqi, un homme de 50 ans qui a fui avec sa femme le quartier kurde d'Achrafieh pour se réfugier chez des proches.

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté.

Le représentant de l'autorité autonome kurde à Damas, Abdel Karim Omar, a déclaré à l'AFP que "des efforts sont en cours pour calmer la situation, car l'escalade n'est dans l'intérêt de personne".

Il a ajouté que les deux quartiers kurdes d'Achrafieh et cheikh Maqsoud étaient "encerclés" et démenti tout bombardement depuis ces zones, soulignant qu'elles sont tenues par les forces de sécurité intérieures kurdes (Asayish) "qui ne disposent que d'armes légères".

Face aux violences, les autorités avaient décidé mardi soir de suspendre pour 24 heures tous les vols de l'aéroport de la deuxième ville de Syrie et de fermer mercredi les écoles, universités et services gouvernementaux.

Les affrontements de mardi "nous ont rappelé la guerre. Nous n'avons nulle part où fuir", a déclaré à l'AFP Joud Serjian, une mère de famille de 53 ans habitant le quartier syriaque d'Alep.

Au cours de la guerre civile en Syrie (2011-2024), Alep avait connu des combats entre les rebelles et les forces du président Bachar al-Assad avant qu'il ne reprenne le contrôle de la cité en 2016.

Les affrontements ont éclaté mardi alors que les discussions patinent pour la mise en oeuvre de l'accord signé en mars, qui était censé intégrer avant fin 2025 les Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde) au sein de l'Etat syrien.