Sir David Attenborough et la sauvegarde des plantes dans “The Green Planet” sur la BBC

La série de la BBC en cinq épisodes du célèbre naturaliste anglais Sir David Attenborough, The Green Planet, sera présentée au Moyen-Orient le 10 janvier. (Photo fournie/BBC)
La série de la BBC en cinq épisodes du célèbre naturaliste anglais Sir David Attenborough, The Green Planet, sera présentée au Moyen-Orient le 10 janvier. (Photo fournie/BBC)
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Publié le Mercredi 05 janvier 2022

Sir David Attenborough et la sauvegarde des plantes dans “The Green Planet” sur la BBC

  • La série de la BBC en cinq épisodes du célèbre naturaliste anglais sera diffusée au Moyen-Orient le 10 janvier
  • La série The Green Planet est produite au moment où de nombreux écosystèmes de la planète sont au bord de l'effondrement

BOGOTA: S'élevant à plus de 250 pieds au-dessus du sol de la forêt, les séquoias de Californie sont les plus grands êtres vivants de la planète.

C'est au pied de l'un de ces géants vieux de trois mille ans que le présentateur et naturaliste anglais Sir David Attenborough commence sa nouvelle série, The Green PlanetLa planète verte»), qui sera diffusée au Moyen-Orient sur beIN à partir du 10 janvier.

«Les plantes, qu'elles soient énormes comme celle-ci ou microscopiques, sont la base de toute vie, y compris la nôtre», affirme le présentateur âgé de 95 ans dans les premières minutes du premier épisode, intitulé «Tropical».

«Nous dépendons d'elles pour chaque bouchée de nourriture que nous mangeons et chaque bouffée d'air que nous respirons», poursuit-il. «Les plantes s'épanouissent de manière étonnante. Pourtant, pour la plupart, les secrets de leur monde nous ont été cachés. Jusqu'à maintenant.»

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La série en cinq épisodes de la BBC cherche à offrir un regard nouveau sur le monde extraordinaire des plantes. Pour ce faire, un éventail de technologies pionnières, allant des plates-formes robotiques et caméras de drones à la photographie accélérée en mouvement, aux caméras thermiques ultradétaillées, à l'empilement d'images macro à mise au point profonde, ainsi qu’à la photographie ultrarapide et au dernier cri de la microscopie, a été utilisé.

Le résultat est une série qui transforme le monde apparemment statique des arbres et des plantes en un voyage dynamique à travers un univers parallèle dans lequel les plantes sont aussi combatives, compétitives et spectaculaires que les animaux sauvages, engagées dans une lutte à mort pour la nourriture, la lumière et la reproduction.

L’une des séquences du premier présente des images accélérées de fourmis coupeuses de feuilles détruisant les feuilles succulentes poussant sur une branche et les emportant dans leur repaire souterrain, où un champignon géant attend pour se régaler du paillage. Les fourmis sont récompensées pour leurs efforts par le champignon avec un approvisionnement constant de minuscules champignons.

La séquence illustrant cette étrange symbiose a été filmée sur une période de trois semaines au plus profond de la forêt tropicale du Costa Rica, où les caméramans ont lutté avec leur équipement lourd à travers une jungle dense, affrontant des périodes de pluie torrentielle.

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Sir David s'exprimant lors d'un événement pour lancer la conférence des Nations unies sur le changement climatique, COP26, dans le centre de Londres, en février 2020. (AFP/Fichier Photo)

 

Selon les producteurs, la météo n'était pas le seul défi à relever. Une équipe filmant des séquences à Bornéo, par exemple, a dû faire face à son lot d'adversité après avoir accidentellement dérangé un nid de frelons géants asiatiques, provoquant de vilaines piqûres.

Plus tard au cours du tournage, Sir David lui-même a passé un mauvais moment à cause d'un cactus particulièrement épineux connu sous le nom de cholla. En dépit du fait qu'il portait un sous-gant en Kevlar avec un gant de soudage au-dessus, la dense rosace d'épines de la plante a pu percer la protection.

Dans une autre scène de l'épisode 1, les téléspectateurs pourront découvrir une espèce de chauve-souris qui, de la même manière que les fourmis et leur sympathique champignon, vit en parfaite symbiose avec une fleur à floraison nocturne. Elle offre aux petits mammifères des gouttes de son précieux nectar en échange de leurs services en tant que principaux pollinisateurs.

Les téléspectateurs pourront également découvrir une plante parasite d'un mètre de large à l'aspect plutôt repoussant, connue sous le nom de fleur de cadavre, qui imite à la fois l'apparence et la puanteur de la viande en décomposition – avec de la fourrure et des dents – pour attirer les mouches pollinisatrices.

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En coulisses. Le caméraman Oliver Mueller utilisant un système de caméra robotique spécial, connu sous le nom de Triffid, pour filmer la fleur de cadavre (Rafflesia keithii), Bornéo. (Photo fournie/BBC)

 

Couvrant 27 pays et produite sur une période de quatre ans, The Green Planet cherche à offrir le premier aperçu complet du monde des plantes depuis la diffusion de la précédente série de Sir David, The Private Life of Plants, il y a vingt-six ans.

«Dans The Private Life of Plants, nous étions alourdis par tout un équipement primitif, alors qu’aujourd’hui nous pouvons prendre les caméras partout», a déclaré Sir David dans une récente interview.

«Vous avez donc maintenant la possibilité d'aller dans une vraie forêt, vous pouvez voir une plante pousser avec ses voisines, se battre ou se déplacer avec elles, et même mourir. C'est, à mon sens, ce qui donne vie à la chose et qui devrait faire dire aux gens: “Mon Dieu, ces organismes extraordinaires sont comme nous!’’»

Au cours de la série, Sir David a voyagé aux États-Unis, au Costa Rica, en Croatie et en Europe du Nord, des déserts à la montagne et des forêts tropicales au Nord gelé, pour créer une nouvelle compréhension de la façon dont les plantes existent, vivent les saisons et interagissent avec le monde animal, dont les humains.

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En coulisses. Le médecin de l'équipe, le Dr Patrick Avery, dans un tramway à cabine suspendue au Costa Rica avec Sir David et le pilote de drone Louis Rummer-Downing. Patrick vient de lancer un drone comportant une caméra, qui filmera le voyage de David à travers la canopée. (Photo fournie/BBC)

 

Le moment de la diffusion de The Green Planet ne pourrait être plus adéquat, car de nombreux écosystèmes du monde semblent sur le point de s'effondrer, le changement climatique, la déforestation et la pollution provoquant des événements météorologiques de plus en plus extrêmes ainsi que la perte d'une biodiversité précieuse.

À titre d’exemple, au Moyen-Orient, où les températures dépassent régulièrement les 40oC pendant plusieurs mois de l'année, les experts mettent en garde sur le fait que le changement climatique pourrait bientôt rendre certaines parties de la région inhabitables pour l'homme.

En réponse au défi qui se profile, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont lancé des initiatives d'énergie renouvelable, en adoptant des carburants verts tels que l'énergie éolienne, solaire et à hydrogène. Les deux pays ont également participé avec enthousiasme en novembre à la COP26, la conférence des Nations unies sur le changement climatique, à Glasgow, en Écosse.

Le mois précédent, l'Arabie saoudite a lancé ses initiatives Saudi Green et Middle East Green, et s’est engagée à atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre d'ici 2060 et à planter 10 milliards d'arbres au cours des prochaines décennies, réhabilitant ainsi 8 millions d'hectares de terres dégradées et créant de nouvelles zones protégées.

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Dans les coulisses. Sir David debout parmi les séquoias géants, Sequoiadendron giganteum, les plus grands arbres au monde. Californie, États-Unis. (Photo fournie/BBC)

 

Sir David s'est adressé aux dirigeants mondiaux lors de la COP26 pour insister sur la nécessité de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre et d'empêcher une hausse des températures mondiales dépassant 1,5oC au-dessus des niveaux préindustriels.

«Le fait que les personnes les plus touchées par le changement climatique ne sont plus des générations futures imaginaires, mais des jeunes vivant aujourd'hui […] nous donnera peut-être l'élan dont nous avons besoin pour réécrire notre histoire et pour transformer cette tragédie en un triomphe», a-t-il déclaré aux délégués.

«Notre consommation de combustibles fossiles, notre destruction de la nature, notre approche de l'industrie, de la construction et de l'apprentissage libèrent du carbone dans l'atmosphère à un rythme et une échelle sans précédent. Nous sommes déjà en difficulté. La stabilité dont nous dépendons tous est en train de se fissurer.»

Sir David est bien placé pour le savoir. Au cours d'une carrière de près de sept décennies durant laquelle il a présenté certains des documentaires sur la nature les plus mémorables, il a été témoin de cette destruction progressive.

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Dans le sens des aiguilles d'une montre à partir du bas: la famille Khasi utilise un pont racinaire vivant. Meghalaya, Inde; Cactus Saguaro (Carnegiea gigantea), désert de Sonora, Arizona. Un saguaro mature peut stocker 5 000 litres d'eau; et l'hiver dans les forêts boréales de Finlande. L'épicéa, le pin et le bouleau dominent ce paysage. (Photos fournies/BBC)

 

En 1937, alors qu'il était âgé de 11 ans, la population mondiale s'élevait à 2,3 milliards et la quantité de carbone dans l'atmosphère à 280 parties par million. Aujourd'hui, il y a près de 7,8 milliards de personnes sur la planète et le niveau de carbone dans l'atmosphère s'élève à environ 415 parties par million.

Sir David a rejoint la BBC en 1952 en tant que producteur stagiaire. Alors qu'il travaillait sur une série intitulée Zoo Quest, entre 1954 et 1964, il a eu l’opportunité de visiter des coins reculés du globe et de saisir des images de la faune dans son habitat naturel.

Il a quitté le cinéma en 1965 pour devenir le contrôleur de BBC2, période au cours de laquelle il a aidé à introduire la télévision en couleurs au Royaume-Uni, avant de devenir directeur des programmes de BBC Television.

En 1973, il décide toutefois d’abandonner le côté administratif de la télévision et de revenir à la réalisation de documentaires.

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Dans le sens des aiguilles d'une montre à partir de la gauche: Un séquoia géant, Sequoiadendron giganteum, les plus grands arbres de la Terre; des fleurs de la «fleur de 7 heures», Merinthopodium neuranthom, sont pollinisées par la chauve-souris à longue langue d'Underwood (Hylonycteris underwoodi); et un nénuphar géant, de l’espèce Victoria, dans la région du Pantanal au Brésil. (Photos fournies/BBC/Paul Williams)

 

Il s'est rapidement imposé comme le présentateur d'histoire naturelle le plus connu de Grande-Bretagne, présentant Life on Earth en 1979 et The Blue Planet en 2001.

C'est grâce à cette vie consacrée au cinéma mais aussi à sa façon particulière de s’exprimer qui est immédiatement reconnaissable que Sir David est désormais une référence dans les questions liées à la conservation et au déclin des espèces de la planète, et qu’il est considéré comme un trésor national britannique.

«Du jour au lendemain, le monde est devenu conscient des plantes, a-t-il déclaré récemment. J’ai assisté à une révolution dans le monde entier au niveau des attitudes envers le monde naturel; un éveil et une prise de conscience de l'importance du monde naturel pour nous tous. Une prise de conscience du fait que sans les plantes on meurt de faim et on ne peut pas respirer.»

Sir David estime que la pandémie de la Covid-19 et les confinements ont encouragé les gens à porter une plus grande attention à la vie végétale qui les entoure.

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Sir David, qui est très impliqué dans les problématiques liées à la conservation et au déclin des espèces de la planète, est considéré comme un trésor national britannique. (AFP/Fichier Photos)

 

«Je pense qu'être enfermé et confiné dans son jardin, si l'on a la chance d’en avoir un – et sinon d'avoir des plantes sur une étagère – a changé le regard des gens et permis une réelle prise de conscience de l’existence d’un autre monde auquel nous ne prêtons presque jamais attention», a-t-il affirmé.

Alors, qu'espère-t-il que le public retiendra de The Green Planet?

«Qu'il existe un monde parallèle dont nous dépendons et que, jusqu'à présent, nous avons largement ignoré, si je parle au nom de l'homme urbanisé», a-t-il précisé.

«Plus de la moitié de la population mondiale, selon l'ONU, est urbanisée, vit dans des villes, ne voit que des plantes cultivées, jamais une communauté sauvage de plantes.

«Mais cette communauté sauvage est là, hors du milieu urbain, et nous en dépendons. Nous ferions mieux d'en prendre soin.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Le Misk Art Institute saoudien célèbre les œuvres de Fahad Hajailan et d'Amina Agueznay

Fahad Hajailan était connu pour son incarnation de la femme dans la plupart de ses œuvres, ainsi que pour son art abstrait, ses formes géométriques et ses espaces colorés. (Fourni)
Fahad Hajailan était connu pour son incarnation de la femme dans la plupart de ses œuvres, ainsi que pour son art abstrait, ses formes géométriques et ses espaces colorés. (Fourni)
Amina Agueznay
Amina Agueznay
Fahad Hajailan
Fahad Hajailan
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  • L'institut Misk a invité Agueznay à tenir sa première exposition à Riyad, où les visiteurs ont pu apprécier les formes distinctes créées à partir de la laine et d'autres éléments

RIYAD : Le Misk Art Institute a célébré le lancement de ses cinquième et sixième série des livres Art Library, mettant en avant le travail de l'artiste saoudien décédé Fahad Hajailan et de l'artiste marocaine Amina Agueznay.

L'ouvrage présente une sélection de leurs œuvres influentes et séminales, ainsi que des articles de critiques d'art et de conservateurs locaux et internationaux.

Le lancement a été accompagné de deux expositions d'œuvres d'artistes abordées dans les livres de l'Art Library.

Le livre « Poetry in Color » de Hajailan présente un ensemble de peintures qui incarnent son style figuratif et abstrait et son utilisation poétique de la couleur.

L'art d'Amina Agueznay combine les techniques de construction modernes et le tissage traditionnel et fait tomber les barrières entre art et artisanat.

Il était connu pour son incarnation de la femme et de l'art abstrait, ses formes géométriques et ses espaces colorés.

L'institut Misk a invité Agueznay à tenir sa première exposition à Riyad, où les visiteurs ont pu apprécier les formes distinctes créées à partir de la laine et d'autres éléments.

L'art d'Amina Agueznay combine les techniques de construction modernes et le tissage traditionnel et fait tomber les barrières entre art et artisanat.
L'art d'Amina Agueznay combine les techniques de construction modernes et le tissage traditionnel et fait tomber les barrières entre art et artisanat.

Agueznay est une artiste, une créatrice de bijoux et une architecte basée à Casablanca. 

« Je suis dans l'art depuis mon enfance puisque ma mère a également été une artiste », a-t-elle déclaré à Arab News. « J'ai travaillé comme architecte aux États-Unis, et je suis revenue au Maroc pour concevoir des bijoux et collaborer avec d'autres artistes pour fabriquer des bijoux. J'ai aimé la synergie et l'échange que j'ai appris d'eux. De même, ils apprennent de moi. »


Bannie depuis 45 ans, la plus célèbre pièce de théâtre du Kenya de retour au pays

Depuis quelques semaines, le théâtre de Nairobi résonne de tirades presque oubliées (Photo, AFP).
Depuis quelques semaines, le théâtre de Nairobi résonne de tirades presque oubliées (Photo, AFP).
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  • Près de 60 ans après son indépendance de la Grande-Bretagne en 1963, le Kenya reste le lieu d'immenses inégalités
  • L'élection présidentielle prévue en août aura pour principaux candidats deux multimillionnaires

NAIROBI: Depuis quelques semaines, le théâtre de Nairobi résonne de tirades presque oubliées: 45 ans après avoir été interdite et ses deux auteurs -dont le célèbre Ngugi wa Thiong'o- emprisonnés, la pièce la plus connue du Kenya fait son retour au pays.

La dernière représentation de "Ngaahika Ndeenda" ("Je me marierai quand je veux") sur le sol kényan remontait à 1977, interprétée par des ouvriers et paysans de la ville de Limuru, dans le centre du pays. La pièce n'aura été jouée que quelques semaines.

Les comédiens jouent une scène dans une pièce historique qui a été interdite pendant des années, dont le célèbre Ngugi wa Thiong'o, au Centre culturel du Kenya, Nairobi le 26 mai 2022 (Photo, AFP).
Les comédiens jouent une scène dans une pièce historique qui a été interdite pendant des années, dont le célèbre Ngugi wa Thiong'o, au Centre culturel du Kenya, Nairobi le 26 mai 2022 (Photo, AFP).

L'écho rencontré par ce récit évoquant l'exploitation des Kényans ordinaires par l'élite politique et économique du pays a déplu aux autorités, qui ont rapidement interdit la pièce et l'ensemble de l'oeuvre de Ngugi wa Thiong'o. L'écrivain et le co-auteur de la pièce, Ngugi wa Mirii, ont été arrêtés et emprisonnés.

Après un an dans la prison de haute sécurité de Kamiti, Ngugi wa Thiong'o est libéré.

Mais "ils (le gouvernement) m'ont ensuite pratiquement interdit d'obtenir un emploi", raconte-t-il à l'AFP dans une interview depuis la Californie, où il s'est exilé.

Il est revenu au pays en 2004, après que le Kenya a pris un virage démocratique, mais son séjour a tourné court.

Quelques jours après avoir été acclamé à son arrivée à l'aéroport, des hommes armés l'ont passé à tabac et ont violé sa femme dans leur appartement de Nairobi. Il n'a jamais été établi si cette attaque était un cambriolage violent ou si elle avait d'autres motifs.

"La pièce a eu toutes ces conséquences sur ma vie (...) Ma vie ne me laisserait pas l'oublier même si j'essayais", affirme l'auteur de 84 ans.

«Expérience spirituelle»

Né en 1938 dans une famille nombreuse de paysans du centre du Kenya, le plus célèbre écrivain du pays - et régulièrement pressenti pour le Nobel de littérature - a d'abord écrit en anglais.

Sa décision dans les années 1970 d'abandonner l'anglais au profit de sa langue maternelle, le kikuyu, a assis sa réputation d'écrivain engagé dans la défense des langues africaines.

A Nairobi, la pièce «Ngaahika Ndeenda», qui raconte l'histoire d'une modeste famille kényane luttant contre l'accaparement de ses terres par de riches compatriotes, est jouée en kikuyu (Photo, AFP).
A Nairobi, la pièce «Ngaahika Ndeenda», qui raconte l'histoire d'une modeste famille kényane luttant contre l'accaparement de ses terres par de riches compatriotes, est jouée en kikuyu (Photo, AFP).

A Nairobi, la pièce "Ngaahika Ndeenda", qui raconte l'histoire d'une modeste famille kényane luttant contre l'accaparement de ses terres par de riches compatriotes, est jouée en kikuyu, avec également quelques représentations en anglais.

"C'est une expérience spirituelle pour moi d'être sur cette scène", explique le comédien Mwaura Bilal, qui joue le rôle de Kiguunda, un agriculteur qui se bat pour son identité et son lopin de terre.

"Il y a un besoin humain intrinsèque de se relier à ce qu'on est, surtout en Afrique où on nous a appris que l'anglais, le français, l'allemand sont des marques de supériorité, d'intelligence", poursuit ce Kikuyu de 34 ans.

La production de la pièce, jouée jusqu'à fin mai, a nécessité une grande collaboration, souligne le metteur en scène britannique Stuart Nash.

"Ce n'est pas tant la langue qui a compliqué la tâche, mais plutôt le fait que n'étant pas Kényan ou Kikuyu, il y a un sous-texte culturel qui n'est pas toujours évident", explique-t-il. 

L'équipe s'est efforcée de restituer la pièce aussi authentiquement que possible, parsemant la version anglaise de phrases en swahili et les représentations dans les deux langues de chants traditionnels kikuyu.

«Rien n'a changé»

De l'aggravation des inégalités au traumatisme du racisme, les thèmes abordés par les dramaturges restent d'actualité au Kenya, et même au-delà.

Près de 60 ans après son indépendance de la Grande-Bretagne en 1963, le Kenya reste le lieu d'immenses inégalités. L'élection présidentielle prévue en août aura pour principaux candidats deux multimillionnaires.

L'actualité de la pièce n'échappe ni aux comédiens, ni au metteur en scène ni à son auteur.

"Je suis un activiste, je veux voir du changement", affirme Ngugi wa Thiong'o.

"Rien n'a changé", abonde Nice Githinji, qui incarne le personnage de Wangeci, une femme à la recherche d'une vie meilleure pour sa fille. "C'est peut-être pour cela que la pièce a été interdite, pour que rien ne change", estime cette comédienne de 36 ans.

Néanmoins, le retour triomphal au pays de la pièce est en soi source d'optimisme. 

Plus de quatre décennies après que Ngugi wa Thiong'o a pris la décision d'arrêter d'écrire de la fiction en anglais, renverser "la hiérarchie de la langue" reste au coeur de ses efforts pour lutter contre les inégalités.

Les enfants kényans sont toujours punis par les enseignants quand ils parlent leur langue d'origine au lieu de l'anglais à l'école.

"Il est très important d'insuffler la fierté de sa langue", estime Ngugi wa Thiong'o: "J'espère que nous pourrons continuer à lutter pour ce monde. Nous ne devons pas céder."


Avatars et paillettes: les fans conquis par le spectacle d'ABBA à Londres

 Dans l'une des retrouvailles les plus attendues de l'histoire de la musique, les légendes de la pop suédoise ABBA reviennent sur scène le 27 mai 2022 à Londres - sous la forme d'avatars ressemblant à leurs homologues de 1979. (AFP).
Dans l'une des retrouvailles les plus attendues de l'histoire de la musique, les légendes de la pop suédoise ABBA reviennent sur scène le 27 mai 2022 à Londres - sous la forme d'avatars ressemblant à leurs homologues de 1979. (AFP).
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  • Le concert se déroule dans un théâtre de 3 000 places spécialement conçu à cet effet et met en scène quatre «ABBAtars», diffusés en hologramme
  • «Nous avons fait tout le chemin depuis l'Amérique et ça valait le coup», a déclaré de son côté Caleb Graham, 33 ans, originaire de Floride, lui et son compagnon portant des T-shirts ABBA noirs assortis

LONDRES : Vêtus de culottes en satin, de paillettes et de bottes compensées, les fans d'ABBA ont afflué dans une salle de concert de l'est de Londres vendredi pour la soirée d'ouverture d'"ABBA Voyage", le spectacle avatar numérique du supergroupe suédois. 

Beaucoup avaient traversé l'océan et acheté des billets pour plusieurs soirées. "Je suis fan depuis 1975", a déclaré Roxanne Dixon, en tunique de satin blanc bordée d'or, boucles d'oreilles "A" et "B" scintillantes, et bottes dorées. "Je suis venue d'Australie juste pour ça". 

"Nous avons fait tout le chemin depuis l'Amérique et ça valait le coup", a déclaré de son côté Caleb Graham, 33 ans, originaire de Floride, lui et son compagnon portant des T-shirts ABBA noirs assortis. 

Le concert se déroule dans un théâtre de 3 000 places spécialement conçu à cet effet et met en scène quatre "ABBAtars", diffusés en hologramme, qui interprètent les tubes des années 1970 et 1980 mais aussi des chansons sorties l'année dernière, lorsque les septuagénaires se sont réunis pour enregistrer un nouvel album, "Voyage". 

Si ce sont bien les voix actuelles d'Anni-Frid, Björn, Benny, et Agnetha (acronyme "ABBA") que l'on entend, leurs avatars numériques représentent les membres du groupe avec leurs visages de 1979.

«Bande-son de votre vie»

Dans l'"ABBA Arena", le public est hétéroclite, constitué d'enfants comme de personnes assez âgées pour avoir connu le groupe au sommet de sa gloire. 

"Je trouve incroyable qu'ABBA attire des gens de tous les horizons, de tous les âges", s'est réjoui Jordan Charlesworth, 27 ans, employé d'une agence de santé publique en combinaison à paillettes. 

"C'est presque la bande-son de votre vie, n'est-ce pas, quand vous atteignez 56 ans", s'est enthousiasmée Sarah Armstrong, vêtue d'un pantalon turquoise tourbillonnant, qui a assisté au concert avec sa sœur et sa fille.

L'ambitieux spectacle, prévu sept jours sur sept jusqu'à début octobre, est un projet extrêmement coûteux, le Times rapportant que ABBA doit récupérer 140 millions de livres sterling (165 millions d'euros) pour couvrir les frais. 

Bjorn Ulvaeus, 77 ans, membre du groupe, a déclaré à l'AFP avant la première : "Je sais que c'est l'un des projets les plus audacieux que quelqu'un ait jamais entrepris dans l'industrie musicale".

Les spectateurs assistent à un spectacle d'une heure et demie, avec une douzaine de musiciens sur scène qui accompagnent les avatars. 

Les hologrammes sont le fruit d'un projet de plusieurs années, conçu en partenariat avec une société d'effets spéciaux fondée par le créateur de "Star Wars", George Lucas. Les mouvements des septuagénaires ont été captés en studio pour les reproduire sur scène. 

Après d'autres expériences mitigées de spectacles "ressuscitant" des artistes décédés, boudés pour leur manque de réalisme et leur caractère effrayant, ce nouveau spectacle a ravi les critiques.  

Cette fois, il n'y avait "rien de macabre", a écrit The Times. Le Guardian a déclaré que les effets numériques étaient un "triomphe" et que "l'effet est véritablement époustouflant". 

Et les fans ont dit qu'ils avaient l'impression d'avoir assisté à un spectacle en direct. "C'était incroyable, tellement immersif, j'avais vraiment l'impression d'être là", a déclaré Dawn Waugh, 63 ans, qui y assistait avec sa fille de 26 ans. 

"C'était un merveilleux sentiment de remonter dans le temps", a déclaré un autre fan, Stan Papoulias, 56 ans, originaire de Grèce. "Je suis un fan d'ABBA depuis 45 ans et je n'ai jamais pensé que je les verrais en chair et en os - ou quelque chose comme ça".