La coopération entre l'ONU et la Ligue arabe est primordiale, affirme Antonio Guterres

Ahmed Abul Gheit, le secrétaire général de la Ligue arabe, et le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres (Photo, ONU).
Ahmed Abul Gheit, le secrétaire général de la Ligue arabe, et le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres (Photo, ONU).
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Publié le Jeudi 24 mars 2022

La coopération entre l'ONU et la Ligue arabe est primordiale, affirme Antonio Guterres

  • Le Conseil de sécurité discute des avantages d'une relation renforcée avec la Ligue arabe
  • Le secrétaire général de la Ligue arabe a déclaré que la communauté internationale «se contentait de gérer» des conflits de longue date

NEW YORK: L'ONU et la Ligue arabe restent unies dans leur poursuite de solutions multilatérales aux défis «en cascade» auxquels est confronté le monde arabe, a déclaré mercredi le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.
Une coopération plus étroite et plus forte entre les deux organisations est indispensable pour le renforcement du multilatéralisme, a-t-il ajouté. Guterres a également souligné que la guerre en Ukraine et ses répercussions considérables sur le monde ont rendu la nécessité d'une telle coopération d'autant plus urgente que de nombreux pays arabes, dont le Liban, l'Égypte, la Libye, la Somalie, le Soudan et le Yémen, importent au moins la moitié du blé dont ils ont besoin d'Ukraine ou de Russie.
Depuis le début de la guerre le 24 février, les prix des denrées alimentaires et du carburant ont grimpé en flèche en raison de la rupture des approvisionnements, ce qui «frappe le plus durement les plus pauvres et provoque l'instabilité politique et des troubles à travers le monde», a ajouté Guterres.
Il s'exprimait lors d'une réunion ministérielle du Conseil de sécurité de l'ONU. Cette réunion a été convoquée par les Émirats arabes unis, qui assurent la présidence du Conseil pour le mois de mars, afin de discuter des moyens d'améliorer les partenariats et de renforcer et d'institutionnaliser la coopération entre l'ONU et la Ligue arabe dans des domaines tels que la prévention des conflits, la diplomatie, le maintien et la consolidation de la paix, et de promouvoir le rôle des femmes et des jeunes dans les initiatives de maintien de la paix et de la sécurité régionales et internationales.
La réunion était présidée par Khalifa Shaheen Almarar, ministre d'État au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale des Émirats arabes unis.
Guterres a de plus souligné les aspects existants de la coopération entre l'ONU et la Ligue arabe par rapport aux conflits et aux crises du Moyen-Orient. Il a salué «l'engagement constructif» de la Ligue arabe dans les efforts visant à préserver l'unité et la stabilité «durement gagnées» de la Libye depuis l'accord de cessez-le-feu en octobre 2020. Il a affirmé qu'il comptait sur la Ligue arabe pour accorder la priorité à la nécessité d'un accord sur un processus politique global en Libye.
Guterres a de plus signalé que les deux organisations restent fermement unies dans leur soutien au peuple syrien, «qui se sent abandonné par le monde, au moment où il entre dans sa 11e année d'une guerre qui l'a exposé à des violations des droits de l'homme à une échelle massive et systématique, en  laissant le pays en ruine».
Il a réitéré que le seul moyen de sortir de l'impasse en Syrie et d'alléger les souffrances de la population réside dans un processus politique «crédible», qui inclut la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité.
Concernant la situation au Liban, Guterres a souligné que l'ONU est reconnaissante à la Ligue arabe d’avoir exhorté les autorités du pays à résoudre la crise par le biais d'un processus qui comprend des réformes importantes, des élections dans les délais opportuns, un engagement constructif avec le Fonds monétaire international et la pleine application des résolutions en vigueur du Conseil de sécurité.
Il a également salué le renforcement de la coopération stratégique entre les membres du gouvernement irakien et la Ligue arabe, notamment l’affectation d’une mission d'observation et de contrôle des élections législatives irakiennes en octobre de l'année dernière.
Un renforcement de la coopération régionale est ainsi essentiel au Yémen, a insisté Guterres. Sans efforts pour convenir d’un cessez-le-feu, désamorcer les tensions et faire avancer un processus politique inclusif dans le pays, les hostilités incessantes menacent de détériorer davantage la situation humanitaire déjà désastreuse et de réduire les espoirs de paix, a-t-il ajouté.
Le secrétaire général de l'ONU a exprimé sa déception face aux résultats d'un récent événement d'annonce de dons pour le Yémen, au cours duquel moins d'un tiers des fonds nécessaires pour faire face à la crise humanitaire yéménite ont été reçus.
«Je ne saurais trop insister sur la gravité des souffrances du peuple yéménite», a déclaré Guterres. «Je fais appel à la générosité des membres de la Ligue arabe en ces moments critiques.»
Au cours de la réunion, le Conseil de sécurité a adopté une déclaration présidentielle, rédigée par les Émirats arabes unis, saluant l'étroite coopération entre l'ONU et la Ligue arabe et réitérant l'intention de renforcer leur collaboration dans plusieurs domaines. Ces secteurs touchent la sûreté et la sécurité maritimes, la lutte contre le terrorisme, le respect du droit international, l'éradication de la pauvreté, la sécurité de l'eau et la gestion de la désertification et de la sécheresse dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord.
La déclaration a en outre affirmé le rôle des jeunes dans les efforts qui visent à préserver la paix et la sécurité internationales, en particulier la prévention et la résolution des conflits dans la région MENA.
Ahmed Abul Gheit, le secrétaire général de la Ligue arabe, a de son côté averti que l'ordre international se trouve à nouveau à un moment critique «des plus graves», en raison de la guerre en Ukraine.
«C'est une situation déplorable», a-t-il affirmé, mais il a exprimé son espoir que la communauté internationale puisse travailler afin de mettre fin à l'effusion de sang, tout en respectant la sécurité de toutes les personnes impliquées, conformément à la charte et aux principes de l’ONU.
Toutefois, il a déclaré qu'il espérait que la situation en Ukraine n'affecterait pas la capacité du Conseil de sécurité à se concentrer sur d'autres crises.
«Les crises du monde arabe ne doivent pas être oubliées», a averti Abul Gheit. «Ces crises ne se résoudront certainement pas d'elles-mêmes.»
Le conflit en Ukraine fournit un nouveau prisme à travers lequel regarder les souffrances continues des Palestiniens, par exemple, a-t-il indiqué. Il a souligné que l'ordre international «ne peut pas être fondé sur des doubles standards».
Abul Gheit a déploré l'impasse politique en Syrie et ses répercussions continues sur des millions de Syriens. Il a aussi appelé au retrait des milices et des combattants étrangers de Libye, affirmant que de telles ingérences compliquent les efforts visant à organiser des élections démocratiques dans ce pays d'Afrique du Nord.
Évoquant le Yémen, Abul Gheit a indiqué que les Houthis refusent de participer aux efforts visant à parvenir à un règlement politique et continuent toujours de menacer l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis par des attaques de drones et de missiles balistiques. Il a de nouveau salué l'adoption récente de la résolution 2624 du Conseil de sécurité, qui a intensifié les sanctions contre les Houthis soutenus par l'Iran, en les classant en tant qu’«organisation terroriste» pour la première fois.
Il a signalé que les interventions perturbatrices du régime iranien dans la région se poursuivent et que son programme de missiles est une «préoccupation légitime pour la Ligue arabe». L'organisation souhaite entretenir de bonnes relations avec l'Iran, après que Téhéran a mis fin à son ingérence dans les affaires régionales et internationales, mais «cet objectif n'est toujours pas à portée de main», a-t-il ajouté.
Khalifa Shaheen Almarar, ministre d'État des Émirats arabes unis, a déclaré que la réunion de mercredi était particulièrement importante car la plupart des questions à l'ordre du jour du Conseil de sécurité sont des questions purement arabes.
«Parce que la communauté internationale se contente de gérer ces crises plutôt que de les résoudre, plusieurs de ces problèmes demeurent à l'ordre du jour du Conseil depuis des décennies», a avisé Almarar.
«Le conflit israélo-palestinien en cours et d'autres crises en Syrie, au Yémen, en Irak, en Libye, au Liban, au Soudan et en Somalie ont entraîné de lourdes conséquences économiques et humanitaires dans la région.
Il a expliqué que ces crises arabes, qui ont pris des dimensions transfrontalières et internationales, nécessitent des efforts pour y faire face tant au niveau régional qu'international.
«La Ligue arabe a une longue histoire, qui remonte à soixante-dix-sept ans depuis sa fondation en 1945», a soutenu Almarar. «Elle possède également une connaissance approfondie des défis régionaux, ainsi que des préoccupations de ses États membres, ce qui lui permet de jouer un rôle crucial dans le soutien à la mise en œuvre du mandat principal du Conseil de sécurité, qui est de maintenir la paix et la sécurité internationales.»
Almarar a en conclusion appelé à une coopération renforcée entre l'ONU et la Ligue arabe, en particulier l'institutionnalisation des relations entre les deux Organizations.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Iran affirme contrôler le détroit d'Ormuz après les déclarations de Trump sur un contrôle américain

Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
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  • Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder"
  • Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens

TEHERAN: Un haut responsable iranien a affirmé jeudi que le détroit d'Ormuz restait sous le contrôle de l'Iran, après que le président américain Donald Trump a revendiqué la veille le contrôle américain de ce détroit stratégique.

"Aujourd'hui, vous voyez que le détroit d'Ormuz est sous la gestion et le contrôle de la République islamique, et que notre pays poursuit sa trajectoire en toute sécurité", a déclaré selon la télévision d'Etat Hossein Taeb, chef des forces paramilitaires du Bassidj, affiliées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder".

Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Les hostilités ont repris entre les deux pays début juillet, quand le protocole d'accord conclu en juin pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient a volé en éclat.

Les frappes se sont depuis atténuées, Donald Trump assurant que des négociations étaient en cours avec l'Iran, qui a démenti, assurant de son côté ne parler qu'avec Oman d'un futur itinéraire pour franchir le détroit d'Ormuz.


Une colonie de Cisjordanie, démantelée en 2005, à nouveau inaugurée par Israël

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim.  (AFP)
Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. (AFP)
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  • À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations
  • Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement

GANIM, TERRITOIRES PALESTINIENS: Plus de vingt ans après son retrait de la colonie de Ganim, en Cisjordanie occupée, Israël l'a officiellement inaugurée à nouveau jeudi, selon des journalistes de l'AFP sur place, dans une nouvelle illustration de la politique d'intensification de la colonisation menée par le gouvernement Netanyahu.

"Nous sommes revenus à Ganim  - et nous sommes revenus pour y rester", a affirmé le ministre de la Défense israélien Israël Katz, présent pour la cérémonie.

Sur l'unique rue récemment aménagée, l'odeur de l'asphalte fraîchement coulé flotte dans l'air. De nouveaux résidents et leurs proches, venus les aider à s'installer, sourient à la vue de leurs caravanes flambant neuves.

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. Leur emplacement isolé, dans le nord de la Cisjordanie, près de la ville palestinienne de Jénine, avait notamment motivé leur démantèlement.

Trois d'entre elles ont désormais été reconstruites sous l'actuel gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur fond de forte accélération de la création de nouvelles colonies, et de légalisation d'avant-postes (souvent constitués de quelques caravanes ou préfabriqués construits sans l'aval du gouvernement israélien, et destinés à créer des faits accomplis).

À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations.

Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement.

De part et d'autre de la route reliant Israël à la nouvelle colonie, l'armée a démoli ces derniers jours des commerces et bloqué plusieurs chemins de terre menant aux villages palestiniens, y amoncelant des gravats.

Une centaine de personnes ont assisté à Ganim à la cérémonie d'inauguration, venus d'Israël ou d'autres colonies de Cisjordanie, dont des députés et deux ministres.

Yossi Dagan, le président du Conseil régional, chargé des colonies de ce secteur a parlé "moment historique".

Il a rappelé qu'un plan de construction de 19 nouvelles colonies dans cette zone avait été lancé, avec le soutien du gouvernement.

"Aujourd'hui, nous revenons à Ganim et nous la reconstruisons. Nous ne sommes pas seulement revenus dans les quatre localités qui avaient été évacuées : nous multiplions par deux et par trois la présence juive dans le nord de la Samarie", a-t-il déclaré, utilisant le nom israélien de la Cisjordanie occupée.


La condamnation à mort de Bachar al-Assad par la Syrie : un pas vers la justice ?

La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
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  • Ce jugement constitue la première condamnation nationale prononcée à l’encontre du président déchu et marque une tentative sans précédent de demander des comptes aux dirigeants de l’ancien régime
  • Assad bénéficie toujours de la protection de la Russie, tandis que des experts juridiques avertissent que la peine de mort pourrait compliquer les efforts visant à l’extrader et à le faire comparaître en personne devant un tribunal syrien

LONDRES : Pendant près d’un quart de siècle, Bachar al-Assad s’est tenu à la tête d’un État syrien dans lequel le président semblait hors d’atteinte de ses tribunaux.

Mardi, cette situation s’est radicalement inversée.

La quatrième chambre pénale du tribunal de Damas a condamné le président déchu à mort par contumace après l’avoir reconnu coupable de crimes incluant « l’assassinat prémédité et intentionnel de plusieurs personnes, dont des enfants », ainsi que « la torture, les arrestations arbitraires et les crimes contre l’humanité » commis au cours du long conflit qui a ravagé le pays.

Il s’agit de la première condamnation prononcée à l’encontre d’Assad par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie.

Son frère Maher, ancien commandant de la redoutable quatrième division blindée, et Atef Najib, ancien chef de la sécurité à Deraa dont le traitement réservé aux manifestants adolescents avait contribué à déclencher le soulèvement de 2011, figuraient parmi les personnes également condamnées à mort.

Najib, arrêté en Syrie l’année dernière, était le seul haut responsable présent à l’audience.
Pour de nombreux Syriens, le symbolisme était indéniable.

Des foules se sont rassemblées devant le palais de justice de Damas et ont célébré la nouvelle à Deraa, où le soulèvement contre Assad avait commencé après que les forces de sécurité eurent arrêté et torturé des adolescents accusés d’avoir écrit des graffitis antigouvernementaux.

Pour Rahaf Aldoughli, maître de conférences en études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’université de Lancaster, ce verdict revêt une « importance symbolique considérable ».

« Pendant des décennies, l’une des caractéristiques déterminantes du système Assad a été l’impunité : l’idée que les plus hauts responsables de l’État ne pourraient jamais être tenus légalement pour responsables », a-t-elle déclaré à Arab News.

« Un tribunal syrien qui reconnaît officiellement la responsabilité pénale de Bachar al-Assad rompt donc, au moins symboliquement, avec cet héritage. »

Elle a toutefois mis en garde contre une interprétation excessive de cet événement.
« Nous devons veiller à ne pas assimiler la condamnation d’Assad à la justice transitionnelle. La justice transitionnelle ne peut se réduire à la sanction d’un seul individu, aussi central qu’il ait pu être au sein du système. »

Ce verdict confronte également les nouvelles autorités syriennes à une question plus épineuse : condamner Assad à mort le rapproche-t-il de la justice, ou rend-il encore plus lointaine la perspective de le juger un jour en personne — ainsi que ceux qui ont permis le fonctionnement de son appareil ?

« Dans l’ensemble, il s’agit d’une avancée significative, mais il ne faut pas en exagérer l’importance », a déclaré à Arab News Robert Pinfold, maître de conférences en sécurité internationale au King’s College de Londres. « Cela reste largement symbolique — notamment parce qu’Assad se trouve en Russie. »

Si la poursuite des relations chaleureuses entre Damas et Moscou pourrait théoriquement constituer un « coup de théâtre », a-t-il ajouté, il est raisonnable de supposer que les avoirs d’Assad et de sa famille resteront hors d’atteinte à court terme.

« Quant à la condamnation à mort elle-même, la plupart des Syriens y seront globalement favorables », a déclaré M. Pinfold. « Très peu de gens aujourd’hui — y compris certains de ses anciens partisans et des alaouites qui estiment qu’il les a trahis en s’enfuyant — soutiennent encore Bachar al-Assad. Il ne s’agit donc pas d’une décision controversée.

« Mais la capacité du gouvernement à réellement l’appliquer est limitée, puisque Assad se trouve hors du pays. »

Il a fait valoir que, alors que Damas est confrontée à des demandes croissantes de vérité, de réconciliation et de responsabilisation, elle doit mener ces processus avec prudence afin d’éviter de donner l’impression que les communautés minoritaires sont collectivement tenues pour responsables des exactions de l’ancien régime, même si les Syriens continuent de réclamer justice.

Assad est devenu, contre toute attente, le dirigeant de la Syrie de 2000 à décembre 2024, succédant à son père Hafez Assad et présidant un système dominé par la présidence, les services de sécurité et l’establishment militaire.

Lorsque des manifestations pacifiques ont éclaté en 2011, les forces gouvernementales ont réagi par la force meurtrière. Le soulèvement s’est rapidement transformé en une guerre qui a fait plus de 580 000 morts, déplacé plus de 13 millions de personnes et donné lieu à des allégations de torture systématique, de disparitions forcées, d’attaques aveugles et d’autres violations graves.

Pendant des années, les tentatives visant à établir les responsabilités se sont principalement déroulées en dehors de la Syrie. Les tribunaux européens ont eu recours à la compétence universelle et à d’autres mécanismes juridiques pour poursuivre d’anciens agents des services de renseignement syriens et d’autres suspects qui avaient atteint leur territoire.

Les tribunaux français ont également poursuivi Bachar al-Assad lui-même. En 2025, des juges d’instruction français ont émis un mandat d’arrêt à son encontre en lien avec le bombardement, en 2012, d’un centre de presse à Homs qui a coûté la vie aux journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik.

La décision rendue mardi revêt une importance particulière car elle a été prononcée en Syrie, inscrivant officiellement Assad au casier judiciaire du pays en tant que prévenu condamné, et non plus simplement comme faisant l’objet d’enquêtes, d’allégations ou de sanctions étrangères.

Mais la condamnation à mort ne constitue pas nécessairement une issue juridique définitive. Assad a été jugé par contumace et, selon le droit procédural syrien, le verdict pourrait être annulé et la procédure rouverte s’il se rendait ou s’il était arrêté et traduit en justice, d’après l’analyse du Réseau syrien pour les droits de l’homme.

« Le fait qu’il s’agisse également d’une condamnation à mort complique en outre les traités d’extradition avec d’autres pays qui ont pu ou non accorder l’asile à des responsables du régime syrien », a déclaré Samy Akil, conseiller principal chez The Syria Report, à Arab News.

« Je pense que l’UE et la CPI s’opposent à l’extradition vers un pays où une peine de mort a été prononcée à l’encontre d’une personne jugée par contumace. Je pense que c’est un aspect dont les responsables syriens n’ont pas vraiment tenu compte. »

Une question juridique plus large se pose également. Le droit syrien ne définit pas les « crimes de guerre » ni les « crimes contre l’humanité » comme des infractions distinctes. Ces affaires sont donc généralement jugées en vertu des dispositions pénales ordinaires, notamment celles relatives au meurtre, à la torture et à la détention illégale.

Les procureurs ont cherché à combler cette lacune en invoquant des principes juridiques internationaux, bien que la Syrie ne soit pas partie à la Convention des Nations unies de 1968 sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Ces procédures contribueront donc à établir le cadre juridique pour de futures affaires visant à établir les responsabilités.

« Le cadre juridique et le système judiciaire syriens ne sont pas suffisamment adaptés pour traiter l’ampleur, la portée et la nature des massacres qui ont été perpétrés en Syrie — qu’il s’agisse de crimes de guerre, de torture ou de toutes les questions pertinentes qui doivent être abordées », a déclaré Akil.

« Le fait qu’ils se soient largement appuyés sur le code pénal existant — malgré plus d’un an et demi de travail sur une loi de justice transitionnelle, un projet de texte et le plaidoyer de nombreux groupes de la société civile — sape le processus de transition (aujourd’hui) et pour l’avenir.

« En fin de compte, il faut un système judiciaire indépendant et opérationnel pour traiter d’autres affaires (similaires) qui sont peut-être moins médiatisées, comme celles concernant des commandants de division ayant commis des massacres sur ordre des échelons supérieurs de la chaîne de commandement.

« L’absence d’une loi claire sur la justice transitionnelle est, à mon sens, la principale préoccupation, mais en fin de compte, cette décision constitue évidemment une victoire symbolique. »

Pour l’instant, il est peu probable qu’Assad purge la peine qui lui a été infligée. Il se trouve toujours en Russie, qui ne devrait pas l’extrader, tandis que la peine de mort pourrait compliquer toute tentative visant à obtenir son extradition depuis un autre pays.

Pour autant, considérer ce jugement comme purement symbolique reviendrait à en négliger l’importance.


Pour la première fois, un tribunal syrien a formellement établi la responsabilité pénale de la figure la plus puissante de l’ancien régime — un homme qui incarnait autrefois l’autorité de l’État syrien, mais qui est désormais fiché comme un fugitif condamné pour des crimes graves.

« À court terme, cette condamnation n’aboutira probablement pas à l’emprisonnement ou à l’exécution d’Assad tant qu’il restera sous la protection de la Russie et que Moscou refusera de l’extrader », a déclaré M. Aldoughli.

« Son impact immédiat est donc avant tout juridique et symbolique, plutôt que coercitif. Mais cela ne la rend pas pour autant dénuée de sens. »

La condamnation d’Assad clôt un chapitre des relations entre la Syrie et son ancien dirigeant. La question la plus importante est de savoir si elle marquera le début d’un processus de justice transitionnelle complet et impartial, ou si elle restera un jugement historique qui ne pourra jamais être appliqué.

« Peut-être que l’importance la plus grande réside dans le fait qu’Assad, qui a gouverné la Syrie pendant plus de deux décennies avec un pouvoir pratiquement illimité, est désormais un fugitif recherché par la justice syrienne », a déclaré M. Aldoughli.

« Pour de nombreux Syriens, ce revirement aura en soi une portée symbolique considérable. Mais le véritable test de la transition syrienne sera de savoir si ce moment marquera le début d’un processus judiciaire complet et impartial, plutôt que son aboutissement. »