Jazzman contre popstars pour la 64e édition des Grammy Awards à Las Vegas

La 64e grand-messe des Grammy Awards se réunit dimanche à Las Vegas pour distribuer ses prix (Photo, AFP).
La 64e grand-messe des Grammy Awards se réunit dimanche à Las Vegas pour distribuer ses prix (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 01 avril 2022

Jazzman contre popstars pour la 64e édition des Grammy Awards à Las Vegas

  • Pour la première fois de l'histoire de cette compétition toute en lumières et paillettes, le gala se tiendra à Las Vegas
  • La mégastar canadienne Justin Bieber, coqueluche des réseaux sociaux, sera en lice dans huit catégories

LAS VEGAS: La 64e grand-messe des Grammy Awards se réunit dimanche à Las Vegas pour distribuer ses prix, équivalents des Oscars pour l'industrie musicale américaine, avec l'éclectique jazzman Jon Batiste en pole position au milieu d'une meute de pop stars, et la révélation Olivia Rodrigo en embuscade.

Pour la première fois de l'histoire de cette compétition toute en lumières et paillettes, le gala se tiendra à Las Vegas, les organisateurs ayant dû reporter à cause de la pandémie la cérémonie initialement prévue à Los Angeles le 31 janvier dernier.

Autre changement notable cette année: l'Académie des arts et sciences de l'enregistrement, régulièrement accusée de privilégier les artistes blancs et masculins, a augmenté le nombre de nominations (de huit à dix) dans les quatre catégories phares des Grammy Awards pour doper la diversité.

La mégastar canadienne Justin Bieber, coqueluche des réseaux sociaux, sera en lice dans huit catégories, tout comme H.E.R., chouchoute des Grammy Awards, et l'étoile montante Doja Cat, lors de cette soirée de gala qui sera présentée par l'humoriste Trevor Noah. 

Autre enfant chérie de l'Académie, Billie Eilish, fraîchement oscarisée avec la chanson du dernier James Bond ("No time to die"), briguera sept trophées au total mais risque cette fois de trouver sur son chemin l'encore plus jeune Olivia Rodrigo.

A seulement 19 ans, la grande sensation pop lancée par la série Disney "High School Musical" est en mesure de répéter le grand chelem réalisé par Billie Eilish voici deux ans, en raflant les quatre trophées les plus prestigieux. 

Elle est en tout cas donnée comme ultra-favorite dans la catégorie "révélation de l'année".

Le cas Kanye

Il n'a pas affolé Instagram ou explosé les records d'écoute comme Olivia Rodrigo, mais le grand favori de cette 64e édition reste le talentueux jazzman multi-instrumentiste Jon Batiste, avec onze nominations au total.

Pianiste virtuose, chef d'orchestre, militant anti-raciste et compositeur oscarisé pour la musique du film d'animation "Soul", Jon Batiste est en outre très connu du grand public américain: depuis 2015, il est directeur musical de la très populaire émission de télévision "The Late Show with Stephen Colbert".

Descendant d'une famille de musiciens de la Nouvelle-Orléans, l'artiste de 35 ans défendra aux Grammy Awards son album "We Are" et le titre "Freedom" dans les catégories majeures mais il concourt dans presque tous les styles, le R&B, le jazz, les "racines américaines" (blues, folk, etc.) et même le classique, avec en prime une nomination pour un clip vidéo.

L'improbable duo formé par la diva pop Lady Gaga et le crooner nonagénaire Tony Bennett - six nominations au total - pourrait aussi créer la surprise avec l'album de reprises "Love For Sale".

Le fantasque Kanye West sera aussi en lice avec son album "Donda" qui affrontera le "Evermore" de Taylor Swift, à laquelle il avait arraché le micro en 2009 alors qu'elle était montée sur scène pour recevoir un prix aux MTV Music Awards. La très prolifique Taylor Swift n'a pas souhaité concourir cette année aux Grammy Awards avec "Fearless (Taylor's Version)", réenregistrement de son album de 2008 qui avait déjà obtenu quatre trophées.

Les principales nominations pour les Grammy Awards 2022

Voici les nominations dans les principales catégories pour les 64e Grammy Awards, les récompenses de l'industrie musicale américaine qui seront décernées dimanche 3 avril à Las Vegas.

Le jazzman afro-américain Jon Batiste, la mégastar canadienne Justin Bieber, les chanteuses Billie Eilish et Olivia Rodrigo dominent les nominations. Pour des raisons non précisées, la superstar du rap Drake a demandé aux organisateurs de retirer ses deux nominations aux Grammy Awards (album de rap et performance de rap), ce que ces derniers ont accepté.

Album de l'année

We Are — Jon Batiste 

Love For Sale — Tony Bennett & Lady Gaga 

Justice (Triple Chucks Deluxe) — Justin Bieber 

Planet Her (Deluxe) — Doja Cat 

Happier Than Ever — Billie Eilish 

Back Of My Mind — H.E.R. 

Montero — Lil Nas X 

Sour — Olivia Rodrigo 

Evermore — Taylor Swift 

Donda — Kanye West

Enregistrement de l'année, attribué pour la performance globale d'un titre

"I Still Have Faith In You" — ABBA 

"Freedom" — Jon Batiste 

"I Get A Kick Out Of You" — Tony Bennett & Lady Gaga

"Peaches" — Justin Bieber avec Daniel Caesar & Giveon

"Right On Time" — Brandi Carlile 

"Kiss Me More" — Doja Cat avec SZA 

"Happier Than Ever" — Billie Eilish 

"Montero (Call Me By Your Name)" — Lil Nas X 

"drivers license" — Olivia Rodrigo 

"Leave The Door Open" — Silk Sonic

Chanson de l'année, attribuée aux auteurs et compositeurs 

"Bad Habits" — Fred Gibson, Johnny McDaid & Ed Sheeran, auteur (Ed Sheeran) 

"A Beautiful Noise" — Ruby Amanfu, Brandi Carlile, Brandy Clark, Alicia Keys, Hillary Lindsey, Lori McKenna, Linda Perry & Hailey Whitters, auteures (Alicia Keys et Brandi Carlile) 

"drivers license" — Daniel Nigro & Olivia Rodrigo, auteure (Olivia Rodrigo) 

"Fight For You" — Dernst Emile II, H.E.R. & Tiara Thomas, auteure (H.E.R.) 

"Happier Than Ever" — Billie Eilish O'Connell & Finneas O'Connell, auteure (Billie Eilish)

"Kiss Me More" —  Roget Chahayed, Amala Zandile Dlamini, Lukasz Gottwald, Carter Lang, Gerard A. Powell II, Solana Rowe & David Sprecher, auteures (Doja Cat avec SZA) 

"Leave The Door Open" — Brandon Anderson, Christopher Brody Brown, Dernst Emile II & Bruno Mars, auteurs (Silk Sonic) 

"Montero (Call Me By Your Name)" — Denzel Baptiste, David Biral, Omer Fedi, Montero Hill & Roy Lenzo, auteur (Lil Nas X) 

"Peaches" — Louis Bell, Justin Bieber, Giveon Dezmann Evans, Bernard Harvey, Felisha "Fury" King, Matthew Sean Leon, Luis Manuel Martinez Jr., Aaron Simmonds, Ashton Simmonds, Andrew Wotman & Keavan Yazdani, auteurs (Justin Bieber avec Daniel Caesar & Giveon) 

"Right On Time" — Brandi Carlile, Dave Cobb, Phil Hanseroth & Tim Hanseroth, auteure (Brandi Carlile)

Révélation de l'année

Arooj Aftab 

Jimmie Allen 

Baby Keem 

Finneas 

Glass Animals 

Japanese Breakfast 

The Kid Laroi 

Arlo Parks 

Olivia Rodrigo 

Saweetie

Meilleur clip vidéo

"Shot In The Dark" — AC/DC 

"Freedom" — Jon Batiste 

"I Get A Kick Out Of You" — Tony Bennett & Lady Gaga 

"Peaches" — Justin Bieber avec Daniel Caesar & Giveon 

"Happier Than Ever" — Billie Eilish 

"Montero (Call Me By Your Name)" — Lil Nas X 

"Good 4 U" — Olivia Rodrigo

Meilleur album de rap

The Off-Season — J. Cole 

King's Disease II — Nas 

Call Me If You Get Lost — Tyler, The Creator 

Donda — Kanye West

Meilleure performance de rap 

"Family Ties" — Baby Keem Featuring Kendrick Lamar 

"Up" — Cardi B 

"m y . l i f e" — J. Cole Featuring 21 Savage & Morray 

"Thot S***" — Megan Thee Stallion

Meilleur album de rock 

Power Up - AC/DC  

Capitol Cuts Live From Studio A - Black Pumas 

No One Sings Like You Anymore Vol. 1 - Chris Cornell 

Medicine At Midnight - Foo Fighters  

McCartney III - Paul McCartney

Meilleur album de pop vocale

Justice (Triple Chucks Deluxe) — Justin Bieber 

Planet Her (Deluxe) — Doja Cat 

Happier Than Ever — Billie Eilish 

Positions — Ariana Grande 

Sour — Olivia Rodrigo

Meilleur album de musique du monde

Mohabbat - Arooj Aftab  

Do Yourself - Angelique Kidjo & Burna Boy  

Pa Pa Pa - Femi Kuti  

Blewu - Yo-Yo Ma & Angelique Kidjo  

Essence - WizKid Featuring Tems

Drake absent

Chez les rappeurs, la compétition opposera Kanye West au vétéran Nas, à J. Cole et à Tyler, the Creator mais Drake, qui était nominé, a demandé à l'Académie de retirer sa candidature, sans fournir de raison.

Son album à succès "Certified Lover Boy" avait été royalement ignoré dans les catégories généralistes lors des nominations et l'artiste, très influent et parmi les plus écoutés, s'est à de multiples reprises pris le bec avec les Grammy Awards. Il les accuse notamment de le cantonner à la catégorie des rappeurs parce qu'il est noir.

Les explosives Cardi B and Megan Thee Stallion, qui avaient enflammé la scène des Grammy l'an dernier en se frottant l'une contre l'autre, jambes écartées sur un lit géant pour un duo sur le tube "WAP", s'affronteront cette fois dans la catégorie "meilleure performance de rap".

BTS, monstres sacrés de la K-pop, défendront leur succès planétaire "Butter" mais c'est leur seule nomination aux Grammy Awards, où les Sud-Coréens peinent à s'imposer.

Ils se produiront sur la scène du MGM Grand Garden Arena, comme Olivia Rodrigo, Billie Eilish, Jon Batiste, H.E.R, Lil Nas X et Jack Harlow.

Kanye West sera-t-il de la partie ? En tant que nommé, il est invité dans la salle mais des médias spécialisés ont indiqué qu'il n'était plus le bienvenu sur scène. En cause, des attaques virulentes sur les réseaux sociaux contre l'humoriste Pete Davidson, en couple avec son ex-femme Kim Kardashian, et Trevor Noah, qui ont valu à "Ye" une brève suspension d'Instagram. 

Une semaine après la retentissante gifle de Will Smith lors de la soirée des Oscars, les organisateurs des Grammy Awards pourraient avoir le souci d'éviter qu'un incident similaire ne vienne gâcher la fête.


Le « Inshallah » d’Anne Hathaway fait le buzz

L’utilisation par la star hollywoodienne Anne Hathaway de l’expression arabe « Inshallah » lors d’une récente interview a été chaleureusement accueillie en ligne. (AFP)
L’utilisation par la star hollywoodienne Anne Hathaway de l’expression arabe « Inshallah » lors d’une récente interview a été chaleureusement accueillie en ligne. (AFP)
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  • L’utilisation du mot « Inshallah » par Anne Hathaway dans une interview devient virale et saluée pour sa portée culturelle
  • Sabrina Carpenter s’excuse après une confusion sur une tradition arabe lors de Coachella, relançant le débat sur la sensibilité culturelle

DUBAÏ : L’actrice hollywoodienne Anne Hathaway a suscité une vague de réactions positives en ligne après avoir utilisé l’expression arabe « Inshallah » lors d’une récente interview.

Offrant un moment de résonance culturelle au cours d’une discussion introspective sur le vieillissement et la longévité dans l’industrie du cinéma, l’actrice s’exprimait auprès de People Magazine pour promouvoir son dernier film, « The Devil Wears Prada 2 ».

Elle s’est confiée sur sa vie à 43 ans et sur ce que signifie avoir passé plus de deux décennies à Hollywood, évoquant l’évolution de sa perspective au fil du temps.

« J’apprécie enfin le calme », a-t-elle déclaré, expliquant qu’elle ne vit plus les hauts et les bas émotionnels de l’industrie avec la même intensité qu’auparavant. Désormais, elle aborde chaque nouvelle décennie avec curiosité plutôt qu’avec crainte.

Elle a ajouté : « Je veux avoir une vie longue et en bonne santé, Inshallah. J’espère. »

L’utilisation de cette expression arabe — qui signifie « si Dieu le veut » — a largement trouvé un écho, notamment auprès des publics du Moyen-Orient où elle est couramment employée pour exprimer l’espoir.

La vidéo de l’interview a depuis dépassé les 300 000 mentions « j’aime » sur TikTok.

Un utilisateur a commenté : « Inshallah ma princesse de Genovia », en référence à son rôle dans « The Princess Diaries », tandis qu’un autre a écrit : « Masha Allah sœur Anne ».

Plusieurs internautes ont également salué sa sagesse sur le vieillissement, l’un d’eux déclarant : « C’est la version la plus agréable d’elle que j’ai vue en interview récemment. »

Par ailleurs, la chanteuse américaine Sabrina Carpenter a présenté ses excuses sur X samedi après avoir confondu une zaghrouta — une ululation festive traditionnelle arabe — avec du yodel lors de sa performance principale à Coachella vendredi soir.

« Toutes mes excuses, je n’ai pas vu cette personne et je n’entendais pas clairement », a écrit Carpenter. « Ma réaction relevait de la confusion et du sarcasme, sans mauvaise intention. J’aurais pu mieux gérer la situation ! Maintenant, je sais ce qu’est une zaghrouta ! »

Des extraits de la scène ont largement circulé en ligne. Assise au piano sur la scène principale du festival, elle avait réagi : « Je crois avoir entendu quelqu’un faire du yodel… Je n’aime pas ça. »

Le fan a répondu : « C’est ma culture ! » — ce à quoi Carpenter a répliqué : « C’est ta culture, le yodel ? » Avant que l’intéressé ne précise : « C’est un cri de célébration. » Carpenter a alors conclu : « On est à Burning Man ? Qu’est-ce qui se passe ? C’est étrange. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le festival d'Avignon «n'est pas là pour sortir le drapeau palestinien», selon le maire de la ville

Tiago Rodrigues (à gauche), directeur artistique du Festival d'Avignon, et Françoise Nyssen (à droite), présidente de l'Association pour la gestion du Festival d'Avignon, s'adressent à la presse en marge de la visite de la ministre française de la Culture au centre social et culturel La Croix des Oiseaux à Avignon, dans le sud de la France, le 24 juillet 2025. (AFP)
Tiago Rodrigues (à gauche), directeur artistique du Festival d'Avignon, et Françoise Nyssen (à droite), présidente de l'Association pour la gestion du Festival d'Avignon, s'adressent à la presse en marge de la visite de la ministre française de la Culture au centre social et culturel La Croix des Oiseaux à Avignon, dans le sud de la France, le 24 juillet 2025. (AFP)
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  • "J'ai été un peu choqué l'été dernier par une utilisation qui a pu être faite pour évoquer notamment de manière un petit peu trop poussée la question palestinienne", a-t-il déclaré
  • "Il y a parfois à l'occasion du festival des voix qui s'expriment et des drapeaux qui sortent. La culture est quelque chose qui doit rassembler et ne doit pas diviser", a-t-il ajouté

PARIS: Le nouveau maire divers droite d'Avignon, Olivier Galzi, a estimé mardi que le drapeau palestinien n'avait pas sa place lors du festival de théâtre qui se tient chaque été dans sa ville, estimant que la culture devait "rassembler" et non "diviser".

"Le festival n'est pas là pour sortir le drapeau palestinien", a jugé sur France Inter l'ex-journaliste, regrettant que lors de l'édition de 2025 du festival, une des plus célèbres manifestations de théâtre au monde, les références à la défense de la cause palestinienne aient été trop présentes.

"J'ai été un peu choqué l'été dernier par une utilisation qui a pu être faite pour évoquer notamment de manière un petit peu trop poussée la question palestinienne", a-t-il déclaré.

"Il y a parfois à l'occasion du festival des voix qui s'expriment et des drapeaux qui sortent. La culture est quelque chose qui doit rassembler et ne doit pas diviser", a-t-il ajouté, précisant que "quand vous mettez cette question (de la cause palestinienne, NDLR) sur le devant de la scène, ça crée de la division".

En 2025, année où la langue arabe était à l'honneur, le festival avait été marqué par plusieurs actions de militants de la défense de la cause palestinienne.

Une tribune intitulée "Nouvelle déclaration d'Avignon" avait été signée par plus d’une centaine d’artistes du monde théâtral et publiée dans Télérama en juillet pour dénoncer "le massacre de masse en cours ayant déjà tué un nombre effroyable d’enfants".

"Nous dénonçons la politique destructrice de l’État d'Israël. Nous appelons à la reconnaissance de l’État palestinien, à l'application des sanctions prévues par le droit international, à la suspension de l'accord d'association UE-Israël, et à l'arrêt de la criminalisation des prises de parole et des associations soutenant la cause palestinienne", avaient plaidé ces acteurs de la culture dont le chorégraphe et danseur Radouan Mriziga, Olivier Py, ex-directeur du Festival d’Avignon (2013-2022) et actuel directeur du Théâtre du Châtelet à Paris, l'écrivain Édouard Louis ou encore l'actuel directeur du festival d'Avignon Tiago Rodrigues.

Ce dernier avait également été présent à la lecture de cet appel, sans toutefois prendre la parole, sur la place du Palais des Papes où plusieurs drapeaux palestiniens avaient été déployés.

Le budget du festival est d'environ 16 millions d'euros, parmi lesquels figurent quelque deux millions de subventions partagés environ à parts égales entre la ville et la métropole d'Avignon, dont Olivier Galzi est également à la tête.

Quarante-sept spectacles (près de 300 représentations), dont 30 créations, sont au menu de la 80e édition de ce grand rendez-vous du théâtre international qui se tiendra du 4 au 25 juillet et mettra à l'honneur la Corée du Sud.


"Patrimoine majeur" ou passoire énergétique : la rénovation de l'immeuble Mouchotte à Paris divise

Cette photographie prise à Paris le 5 avril 2026 montre l’immeuble Mouchotte, conçu par l’architecte français Jean Dubuisson et inauguré en 1966 dans le cadre du projet de rénovation urbaine Maine-Montparnasse des années 1960. (AFP)
Cette photographie prise à Paris le 5 avril 2026 montre l’immeuble Mouchotte, conçu par l’architecte français Jean Dubuisson et inauguré en 1966 dans le cadre du projet de rénovation urbaine Maine-Montparnasse des années 1960. (AFP)
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  • Le projet de rénovation de l’immeuble Immeuble Mouchotte, classé passoire énergétique, divise les habitants entre rénovation lourde de la façade et solutions plus légères pour préserver ce patrimoine des années 1960
  • Une association demande son inscription aux monuments historiques pour éviter une transformation jugée coûteuse, écologique­ment discutable et menaçant sa valeur architecturale

PARIS: Le projet de rénovation de l'immeuble Mouchotte, emblématique de l'architecture parisienne des Trente Glorieuses, mais classé comme passoire énergétique, inquiète une partie de ses résidents qui demande son inscription aux monuments historiques.

"Une véritable catastrophe architecturale, financière, écologique et culturelle !" : l'association d'habitants Sauvons Mouchotte a lancé une pétition en ligne pour demander au ministère de la Culture l'inscription "en urgence" de l'immeuble au titre des monuments historiques. Le texte a recueilli plus de 12.000 signatures depuis octobre 2025.

Cette longue barre en verre et en métal du 14e arrondissement, qui fête ses 60 ans, compte 17 étages, 13 escaliers, 753 logements et quelque 2.500 habitants.

Comme la tour Montparnasse voisine, fermée pour travaux le 31 mars, l'immeuble Mouchotte, conçu par Jean Dubuisson, architecte du Musée national des arts et traditions populaires à Paris, est typique du style années 1960.

Le bâtiment, équipé de simple vitrage et d'huisseries en aluminium, n'a jamais été restauré et fait l'objet d'un projet de rénovation pour une moitié de sa façade.

Cet ensemble de logements sociaux à l'origine se divise, depuis 2017, en deux parties gérées différemment : le 8-20 rue du Commandant René-Mouchotte (436 logements appartenant à des propriétaires individuels), pas concerné par le projet, et le numéro 26 de cette rue (317 appartements, dont 172 appartiennent au bailleur intermédiaire In'li et les autres à des propriétaires individuels).

Ce sont les 10.000 m2 de façade du "26" qui doivent être rénovés, car, avec un diagnostic de performance énergétique (DPE) F, il est considéré comme une passoire énergétique. Sans travaux, les appartements seront interdits à la location en 2028.

Deux projets ont été présentés aux copropriétaires lors de la dernière assemblée générale en 2025 : une rénovation "légère" et une "lourde", qui impliquerait le remplacement total de la façade à l'identique par des matériaux neufs.

- "Patrimoine majeur" -

Sauvons Mouchotte craint qu'In'li, avec ses 47% de droits de vote, privilégie cette solution.

Ce serait "une décision aberrante", s'alarme auprès de l'AFP la fondatrice de l'association, Nathalie Amar, également avocate.

"L'idée de détruire la façade en aluminium d'origine pour la refaire à l'identique, toujours en aluminium, est un immense gâchis écologique", s'indigne-t-elle un matin ensoleillé de fin mars, sur la dalle au pied du bâtiment.

En outre, "le coût global du projet, présenté à 11 millions d'euros, est largement sous-évalué selon de nombreux professionnels" consultés par l'association, qui prédit plutôt 25 à 30 millions.

L'association met aussi en doute le DPE F de l'immeuble, puisque le "8-20", conçu à l'identique et jamais refait non plus, est diagnostiqué E.

L'inscription aux monuments historiques permettrait de "sauvegarder ce patrimoine architectural majeur", souligne Sauvons Mouchotte.

Michel Sebald, architecte et habitant de l'immeuble, a déposé une demande d'inscription aux monuments historiques à la Direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France.

Dans son salon au 13e étage, avec une vue spectaculaire sur Paris, il évoque les "éléments exceptionnels" de la façade actuelle, où "il n'y a pas un point de rouille !"

- "L'été, ça tape" -

"Pourquoi tout casser ?", se désole l'architecte, alors qu'"il existe des solutions intelligentes, minimes et pas chères".

Les opposants à une rénovation lourde, qui reconnaissent que "l'été, ça tape" et "l'hiver, il fait froid quand il y a du vent", préfèreraient des travaux moins invasifs.

"On peut avoir une restauration énergétique correcte en mettant les bons éléments, le bon vitrage, les bons stores, la VMC (système d'aération, NDLR)...", estime Nadia Coutsinas, archéologue de 51 ans qui réside là depuis ses 6 ans.

In'li se dit "plutôt favorable" à une rénovation complète de la façade, indique El Houssine Tabou, directeur de la proximité du bailleur. Il relève "un inconfort important toute l'année" qui entraîne "des consommations d'énergie et des charges élevées".

Si l'immeuble était inscrit aux monuments historiques, "ça redessinerait un peu les lignes, peut-être les techniques d'intervention", note-t-il. "Mais la protection architecturale n'empêche pas une amélioration énergétique", ajoute-t-il.

L'association attend désormais le 8 avril et la prochaine assemblée générale des copropriétaires du "8-20", auxquels sera aussi présenté un projet de remplacement de leur façade.

S'ils s'y opposent, Sauvons Mouchotte aura un argument supplémentaire. "Vous imaginez, visuellement, si on change la façade et pas eux ?", s'interroge Nathalie Amar.