Jazzman contre popstars pour la 64e édition des Grammy Awards à Las Vegas

La 64e grand-messe des Grammy Awards se réunit dimanche à Las Vegas pour distribuer ses prix (Photo, AFP).
La 64e grand-messe des Grammy Awards se réunit dimanche à Las Vegas pour distribuer ses prix (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 01 avril 2022

Jazzman contre popstars pour la 64e édition des Grammy Awards à Las Vegas

  • Pour la première fois de l'histoire de cette compétition toute en lumières et paillettes, le gala se tiendra à Las Vegas
  • La mégastar canadienne Justin Bieber, coqueluche des réseaux sociaux, sera en lice dans huit catégories

LAS VEGAS: La 64e grand-messe des Grammy Awards se réunit dimanche à Las Vegas pour distribuer ses prix, équivalents des Oscars pour l'industrie musicale américaine, avec l'éclectique jazzman Jon Batiste en pole position au milieu d'une meute de pop stars, et la révélation Olivia Rodrigo en embuscade.

Pour la première fois de l'histoire de cette compétition toute en lumières et paillettes, le gala se tiendra à Las Vegas, les organisateurs ayant dû reporter à cause de la pandémie la cérémonie initialement prévue à Los Angeles le 31 janvier dernier.

Autre changement notable cette année: l'Académie des arts et sciences de l'enregistrement, régulièrement accusée de privilégier les artistes blancs et masculins, a augmenté le nombre de nominations (de huit à dix) dans les quatre catégories phares des Grammy Awards pour doper la diversité.

La mégastar canadienne Justin Bieber, coqueluche des réseaux sociaux, sera en lice dans huit catégories, tout comme H.E.R., chouchoute des Grammy Awards, et l'étoile montante Doja Cat, lors de cette soirée de gala qui sera présentée par l'humoriste Trevor Noah. 

Autre enfant chérie de l'Académie, Billie Eilish, fraîchement oscarisée avec la chanson du dernier James Bond ("No time to die"), briguera sept trophées au total mais risque cette fois de trouver sur son chemin l'encore plus jeune Olivia Rodrigo.

A seulement 19 ans, la grande sensation pop lancée par la série Disney "High School Musical" est en mesure de répéter le grand chelem réalisé par Billie Eilish voici deux ans, en raflant les quatre trophées les plus prestigieux. 

Elle est en tout cas donnée comme ultra-favorite dans la catégorie "révélation de l'année".

Le cas Kanye

Il n'a pas affolé Instagram ou explosé les records d'écoute comme Olivia Rodrigo, mais le grand favori de cette 64e édition reste le talentueux jazzman multi-instrumentiste Jon Batiste, avec onze nominations au total.

Pianiste virtuose, chef d'orchestre, militant anti-raciste et compositeur oscarisé pour la musique du film d'animation "Soul", Jon Batiste est en outre très connu du grand public américain: depuis 2015, il est directeur musical de la très populaire émission de télévision "The Late Show with Stephen Colbert".

Descendant d'une famille de musiciens de la Nouvelle-Orléans, l'artiste de 35 ans défendra aux Grammy Awards son album "We Are" et le titre "Freedom" dans les catégories majeures mais il concourt dans presque tous les styles, le R&B, le jazz, les "racines américaines" (blues, folk, etc.) et même le classique, avec en prime une nomination pour un clip vidéo.

L'improbable duo formé par la diva pop Lady Gaga et le crooner nonagénaire Tony Bennett - six nominations au total - pourrait aussi créer la surprise avec l'album de reprises "Love For Sale".

Le fantasque Kanye West sera aussi en lice avec son album "Donda" qui affrontera le "Evermore" de Taylor Swift, à laquelle il avait arraché le micro en 2009 alors qu'elle était montée sur scène pour recevoir un prix aux MTV Music Awards. La très prolifique Taylor Swift n'a pas souhaité concourir cette année aux Grammy Awards avec "Fearless (Taylor's Version)", réenregistrement de son album de 2008 qui avait déjà obtenu quatre trophées.

Les principales nominations pour les Grammy Awards 2022

Voici les nominations dans les principales catégories pour les 64e Grammy Awards, les récompenses de l'industrie musicale américaine qui seront décernées dimanche 3 avril à Las Vegas.

Le jazzman afro-américain Jon Batiste, la mégastar canadienne Justin Bieber, les chanteuses Billie Eilish et Olivia Rodrigo dominent les nominations. Pour des raisons non précisées, la superstar du rap Drake a demandé aux organisateurs de retirer ses deux nominations aux Grammy Awards (album de rap et performance de rap), ce que ces derniers ont accepté.

Album de l'année

We Are — Jon Batiste 

Love For Sale — Tony Bennett & Lady Gaga 

Justice (Triple Chucks Deluxe) — Justin Bieber 

Planet Her (Deluxe) — Doja Cat 

Happier Than Ever — Billie Eilish 

Back Of My Mind — H.E.R. 

Montero — Lil Nas X 

Sour — Olivia Rodrigo 

Evermore — Taylor Swift 

Donda — Kanye West

Enregistrement de l'année, attribué pour la performance globale d'un titre

"I Still Have Faith In You" — ABBA 

"Freedom" — Jon Batiste 

"I Get A Kick Out Of You" — Tony Bennett & Lady Gaga

"Peaches" — Justin Bieber avec Daniel Caesar & Giveon

"Right On Time" — Brandi Carlile 

"Kiss Me More" — Doja Cat avec SZA 

"Happier Than Ever" — Billie Eilish 

"Montero (Call Me By Your Name)" — Lil Nas X 

"drivers license" — Olivia Rodrigo 

"Leave The Door Open" — Silk Sonic

Chanson de l'année, attribuée aux auteurs et compositeurs 

"Bad Habits" — Fred Gibson, Johnny McDaid & Ed Sheeran, auteur (Ed Sheeran) 

"A Beautiful Noise" — Ruby Amanfu, Brandi Carlile, Brandy Clark, Alicia Keys, Hillary Lindsey, Lori McKenna, Linda Perry & Hailey Whitters, auteures (Alicia Keys et Brandi Carlile) 

"drivers license" — Daniel Nigro & Olivia Rodrigo, auteure (Olivia Rodrigo) 

"Fight For You" — Dernst Emile II, H.E.R. & Tiara Thomas, auteure (H.E.R.) 

"Happier Than Ever" — Billie Eilish O'Connell & Finneas O'Connell, auteure (Billie Eilish)

"Kiss Me More" —  Roget Chahayed, Amala Zandile Dlamini, Lukasz Gottwald, Carter Lang, Gerard A. Powell II, Solana Rowe & David Sprecher, auteures (Doja Cat avec SZA) 

"Leave The Door Open" — Brandon Anderson, Christopher Brody Brown, Dernst Emile II & Bruno Mars, auteurs (Silk Sonic) 

"Montero (Call Me By Your Name)" — Denzel Baptiste, David Biral, Omer Fedi, Montero Hill & Roy Lenzo, auteur (Lil Nas X) 

"Peaches" — Louis Bell, Justin Bieber, Giveon Dezmann Evans, Bernard Harvey, Felisha "Fury" King, Matthew Sean Leon, Luis Manuel Martinez Jr., Aaron Simmonds, Ashton Simmonds, Andrew Wotman & Keavan Yazdani, auteurs (Justin Bieber avec Daniel Caesar & Giveon) 

"Right On Time" — Brandi Carlile, Dave Cobb, Phil Hanseroth & Tim Hanseroth, auteure (Brandi Carlile)

Révélation de l'année

Arooj Aftab 

Jimmie Allen 

Baby Keem 

Finneas 

Glass Animals 

Japanese Breakfast 

The Kid Laroi 

Arlo Parks 

Olivia Rodrigo 

Saweetie

Meilleur clip vidéo

"Shot In The Dark" — AC/DC 

"Freedom" — Jon Batiste 

"I Get A Kick Out Of You" — Tony Bennett & Lady Gaga 

"Peaches" — Justin Bieber avec Daniel Caesar & Giveon 

"Happier Than Ever" — Billie Eilish 

"Montero (Call Me By Your Name)" — Lil Nas X 

"Good 4 U" — Olivia Rodrigo

Meilleur album de rap

The Off-Season — J. Cole 

King's Disease II — Nas 

Call Me If You Get Lost — Tyler, The Creator 

Donda — Kanye West

Meilleure performance de rap 

"Family Ties" — Baby Keem Featuring Kendrick Lamar 

"Up" — Cardi B 

"m y . l i f e" — J. Cole Featuring 21 Savage & Morray 

"Thot S***" — Megan Thee Stallion

Meilleur album de rock 

Power Up - AC/DC  

Capitol Cuts Live From Studio A - Black Pumas 

No One Sings Like You Anymore Vol. 1 - Chris Cornell 

Medicine At Midnight - Foo Fighters  

McCartney III - Paul McCartney

Meilleur album de pop vocale

Justice (Triple Chucks Deluxe) — Justin Bieber 

Planet Her (Deluxe) — Doja Cat 

Happier Than Ever — Billie Eilish 

Positions — Ariana Grande 

Sour — Olivia Rodrigo

Meilleur album de musique du monde

Mohabbat - Arooj Aftab  

Do Yourself - Angelique Kidjo & Burna Boy  

Pa Pa Pa - Femi Kuti  

Blewu - Yo-Yo Ma & Angelique Kidjo  

Essence - WizKid Featuring Tems

Drake absent

Chez les rappeurs, la compétition opposera Kanye West au vétéran Nas, à J. Cole et à Tyler, the Creator mais Drake, qui était nominé, a demandé à l'Académie de retirer sa candidature, sans fournir de raison.

Son album à succès "Certified Lover Boy" avait été royalement ignoré dans les catégories généralistes lors des nominations et l'artiste, très influent et parmi les plus écoutés, s'est à de multiples reprises pris le bec avec les Grammy Awards. Il les accuse notamment de le cantonner à la catégorie des rappeurs parce qu'il est noir.

Les explosives Cardi B and Megan Thee Stallion, qui avaient enflammé la scène des Grammy l'an dernier en se frottant l'une contre l'autre, jambes écartées sur un lit géant pour un duo sur le tube "WAP", s'affronteront cette fois dans la catégorie "meilleure performance de rap".

BTS, monstres sacrés de la K-pop, défendront leur succès planétaire "Butter" mais c'est leur seule nomination aux Grammy Awards, où les Sud-Coréens peinent à s'imposer.

Ils se produiront sur la scène du MGM Grand Garden Arena, comme Olivia Rodrigo, Billie Eilish, Jon Batiste, H.E.R, Lil Nas X et Jack Harlow.

Kanye West sera-t-il de la partie ? En tant que nommé, il est invité dans la salle mais des médias spécialisés ont indiqué qu'il n'était plus le bienvenu sur scène. En cause, des attaques virulentes sur les réseaux sociaux contre l'humoriste Pete Davidson, en couple avec son ex-femme Kim Kardashian, et Trevor Noah, qui ont valu à "Ye" une brève suspension d'Instagram. 

Une semaine après la retentissante gifle de Will Smith lors de la soirée des Oscars, les organisateurs des Grammy Awards pourraient avoir le souci d'éviter qu'un incident similaire ne vienne gâcher la fête.


Les Portoricains célèbrent l'un des leurs, Bad Bunny, vedette du Super Bowl

La chanteuse-auteur-compositrice américaine Lady Gaga et le chanteur portoricain Bad Bunny se produisent lors du spectacle de la mi-temps Apple Music du Super Bowl LX Patriots vs Seahawks au Levi’s Stadium à Santa Clara, en Californie, le 8 février 2026. (AFP)
La chanteuse-auteur-compositrice américaine Lady Gaga et le chanteur portoricain Bad Bunny se produisent lors du spectacle de la mi-temps Apple Music du Super Bowl LX Patriots vs Seahawks au Levi’s Stadium à Santa Clara, en Californie, le 8 février 2026. (AFP)
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  • La performance de Bad Bunny à la mi-temps du Super Bowl, entièrement en espagnol, a suscité une immense fierté à Porto Rico, où l’artiste incarne une réussite culturelle, économique et identitaire
  • Au-delà de la musique, le concert a pris une portée politique, célébrant la culture portoricaine tout en provoquant des critiques virulentes de Donald Trump

PORTO RICO: A Vega Baja, une petite ville à quelques kilomètres de San Juan, la capitale de Porto Rico, Madeline Miranda, enseignante à la retraite, débordait d'enthousiasme après avoir vu son ancien élève, Bad Bunny, chanter lors du concert de la mi-temps au Super Bowl.

"J'ai dansé, j'ai crié, j'ai juré et j'ai tout donné", a déclaré la Portoricaine de 75 ans à l'AFP, qui assistait à la prestation aux côtés d'une centaine d'habitants.

Le football américain n'y est guère populaire et peu des personnes présentes ont prêté attention au match, que les Seattle Seahawks ont remporté face aux New England Patriots. La seule attraction en ville, c'était l'enfant du pays, Bad Bunny.

Et ce, d'autant plus que l'artiste de reggaeton et de trap latine âgé de 31 ans, qui a grandi à Vega Baja et n'a jamais renié ses origines modestes, a chanté entièrement en espagnol, dans un spectacle suivi par 120 millions de personnes.

"Que quelqu'un d'ici participe à l'un des événements les plus importants aux Etats-Unis est une source de fierté pour tous les Portoricains", assure Olvin Reyes, 39 ans, dans les rues de San Juan, saluant "quelque chose de vraiment exceptionnel".

Beaucoup sont reconnaissants des 31 concerts que Bad Bunny a donnés dans la capitale entre juillet et septembre, générant 733 millions de dollars pour l'île de 3,2 millions d'habitants, selon le cabinet Gaither International.

"Il a attiré des gens des États-Unis et d'autres régions du monde, et il leur a fait déguster la cuisine créole traditionnelle portoricaine", se félicite Jay Vizcarrondo, 67 ans. "Il a fait connaître l'île à l'échelle internationale, et pas seulement grâce à sa musique. C'est ça, être patriote."

- "Une grande inspiration" -

Bad Bunny a célébré avec emphase ce territoire insulaire des Caraïbes rattaché aux Etats-Unis, mais qui ne jouit pas du statut d'Etat américain et dont les habitants ne votent pas aux élections nationales.

Depuis les paroles de ses chansons jusqu'à sa scénographie mettant en scène la canne à sucre et "La Casita " (petite maison) couleur saumon, les fans ont applaudi chaque référence.

Premier artiste principal du Super Bowl à chanter entièrement en espagnol, il est aussi devenu la semaine dernière le premier interprète à remporter le Grammy de l'Album de l'année pour une oeuvre en langue espagnole.

Pour Pedro Meléndez Barrio, 14 ans, il constitue " une grande inspiration"  pour Vega Baja. " S'il a accompli tout cela, moi aussi je peux y arriver. Ça me motive vraiment."

Au-delà du caractère artistique, la performance de Benito Antonio Martinez Ocasio - le vrai nom de Bad Bunny - a pris une dimension politique.

Donald Trump et ses partisans avaient déploré le choix d'un chanteur connu pour sa dénonciation des arrestations et expulsions massives d'immigrés en situation irrégulière, auxquelles se livrent les agences fédérales américaines.

Le président a qualifié le concert de "véritable gifle" pour le pays, alors même que Bad Bunny a évité de le mentionner, et même d'égratigner sa politique migratoire durant son spectacle.

"Personne ne comprend un mot de ce que dit ce type", a raillé le chef de l'Etat sur son réseau Truth Social, stigmatisant un spectacle "absolument lamentable, l'un des pires de tous les temps!"

"C'est absurde, un affront à la grandeur de l'Amérique, et cela ne reflète en rien nos valeurs de réussite, de créativité et d'excellence", a insisté le milliardaire républicain, accablant une chorégraphie "répugnante".

Mais ces propos n'ont pas refroidi les Portoricains.

"Je me sens valorisé de voir une star de notre pays, si marginalisé et opprimé, dans un événement d'une telle ampleur, représentant notre culture, notre musique, mais aussi nos problèmes politiques", expliquait avant le spectacle Samy Nemir Olivares, un militant de 34 ans, à Santurce, l'un des quartiers les plus animés de San Juan.

"Nous ignorons la controverse car, qu'ils le veuillent ou non, nous faisons aussi partie des États-Unis. Et même si notre langue est l'espagnol, la plupart des Portoricains parlent anglais", relève de son côté Madeline Garcia, 31 ans, après le concert.


Abu Joury rappeur gazaouis: l’art à Gaza ne naîtra pas du confort

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  • Installé en France depuis 2025 avec un « visa talent », après avoir quitté la bande de Gaza, Abu Joury est l’un des bénéficiaires du programme de soutien aux scientifiques et artistes en exil PAUSE
  • Parallèlement à sa carrière solo, il collabore avec d’autres artistes palestiniens au sein de projets collectifs comme Radio Gaza, un collectif musical né de l’union d’artistes gazaouis en exil.

PARIS: Abu Joury, de son vrai nom Ayman Jamal Mghames, est un rappeur palestinien originaire de Gaza. Il s’est produit à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris, dans le cadre d’une soirée intitulée « Voix de Gaza », dédiée aux créations musicales et poétiques d’artistes gazaouis accueillis en résidence en France.

Sa carrière, entamée à Gaza au début des années 2000, à une époque où la scène hip-hop ne comptait encore qu’un nombre très restreint d’artistes dans la région, lui a permis de se faire connaître grâce à des textes engagés. Ceux-ci racontent la vie et les souffrances des jeunes Palestiniens sous l’occupation, puis, depuis le 7 octobre, sous les bombardements et les déplacements forcés.

Installé en France depuis 2025 avec un « visa talent », après avoir quitté la bande de Gaza, Abu Joury est l’un des bénéficiaires du programme de soutien aux scientifiques et artistes en exil PAUSE, qui coopère avec l’Institut français dans l’enclave.

Parallèlement à sa carrière solo, il collabore avec d’autres artistes palestiniens au sein de projets collectifs comme Radio Gaza, un collectif musical né de l’union d’artistes gazaouis en exil.

En marge de l’événement organisé à l’IMA, Arab News en français a interrogé Abu Joury sur sa carrière, son message et la finalité de son engagement artistique.

Voici les réponses qu’il a livrées : des mots directs, simples et sincères, qui résonnent comme le cri du cœur d’un peuple dont le quotidien n’est fait que de douleurs et de deuil.

Se produire sur scène à Paris représente pour Abu Joury une expérience émotionnellement bouleversante, un moment empreint de gratitude, mais aussi de profondes contradictions.

« Je me tiens sur une scène libre, dans une ville de lumière et de culture, tandis que mon peuple à Gaza est prisonnier de l’obscurité et de la destruction. Chaque applaudissement porte un double poids : la joie d’être entendu et la douleur pour ceux qui ne peuvent plus parler. »

« Pour moi, cette scène n’est pas seulement un espace de concert ; c’est une tribune pour porter des voix réduites au silence. »

Son message, précise-t-il, est simple :

« Ne laissez pas la distance transformer la souffrance en abstraction. Gaza n’est pas un titre de presse ; ce sont des familles, des enfants, des artistes et des gens ordinaires qui tentent de survivre. »

« Je demande au public français de rester humain, de questionner les récits dominants et de défendre les valeurs universelles de justice, de dignité et de liberté. La solidarité n’est pas une affaire de pitié ; c’est le refus de normaliser l’injustice. »

La voix de Gaza n’a pas disparu, affirme Abu Joury : « Elle a été blessée, fragmentée et dispersée à travers le monde. De nombreuses voix ont été physiquement réduites au silence, mais il subsiste un écho collectif de douleur, de résilience et d’existence obstinée. »

« Aujourd’hui, cette voix parle depuis l’exil, depuis les décombres, depuis la mémoire et parfois depuis les tombes. Ma responsabilité, en tant qu’artiste qui a survécu et qui est parti, est d’être l’un des porteurs de cette voix brisée mais persistante. »

Le programme PAUSE, indique-t-il, « m’a offert un rare espace de sécurité et de stabilité après une longue période d’insécurité. L’accueil a été humain et respectueux, et il m’a permis de respirer à nouveau, de me reposer et de renouer lentement avec la création ».

« Cependant, la sécurité n’efface pas les traumatismes. Même dans des conditions protégées, le poids de ce que l’on laisse derrière soi demeure présent. Ce programme ne protège pas seulement des artistes ; il préserve des voix et des mémoires menacées. »

Abu Joury concède, à regret, que très peu d’artistes de Gaza ont eu accès à de tels programmes, principalement en raison des restrictions extrêmes de circulation et de l’effondrement des structures administratives dans l’enclave.

« Ceux qui parviennent à partir le font souvent dans des circonstances exceptionnelles. Cette rareté rend ces initiatives précieuses, mais elle met aussi en lumière l’ampleur de l’injustice : des milliers d’artistes restent prisonniers, sans aucune possibilité d’être vus, entendus ou protégés. »

« Mon avenir reste incertain, comme celui de nombreux artistes en exil, constate le rappeur. Ce que je sais, c’est que je ne peux pas simplement revenir à une “normalité”. Mon parcours artistique continuera d’être façonné par le déplacement, la perte et la responsabilité. »

« J’espère continuer à créer, à collaborer et à bâtir des ponts entre Gaza et le monde, non pas seulement comme porte-parole de la souffrance, mais comme un artiste qui insiste sur la vie, l’imagination et la dignité. »

Amer, il assène que « l’art à Gaza ne naîtra pas du confort, mais des ruines. La création y a toujours été un acte de résistance contre l’effacement. Dans une terre transformée en décombres et en deuil, l’art deviendra une forme de témoignage, une manière de préserver l’humanité lorsque tout le reste est détruit ».

Et de conclure : « Le danger n’est pas que l’art disparaisse, mais que ses créateurs soient épuisés, tués ou réduits au silence. L’avenir de la création artistique à Gaza dépend du choix du monde : protéger la vie, et pas seulement documenter sa destruction. »


À Dubaï, la Saint-Valentin se raconte à table

Un gâteau à partager, pensé comme le point final d’un dîner à deux. (Photo: fournie)
Un gâteau à partager, pensé comme le point final d’un dîner à deux. (Photo: fournie)
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  • Une Saint-Valentin qui sort du cliché, privilégiant l’expérience, le rythme et la mémoire plutôt que la démonstration
  • Le partage comme fil conducteur, entre menus conçus pour deux, attention portée au souvenir et produits soigneusement sourcés

​​​​​DUBAÏ: À Dubaï, la Saint-Valentin ne se limite plus au simple dîner à deux. Certaines adresses cherchent désormais à raconter une histoire, à créer un moment qui dépasse l’assiette. C’est le cas de Three Cuts Steakhouse et de Sal’s Bistro, deux restaurants qui proposent cette année des formats très différents mais animés par une même idée : célébrer le partage, la mémoire et la générosité des saveurs.

Three Cuts Steakhouse : l’élégance sans rigidité

Perché sur le rooftop du Palm Jumeirah Mall, Three Cuts mise pour le 14 février sur une expérience pensée comme un tout, où la gastronomie dialogue avec le décor et le souvenir. Loin des démonstrations ostentatoires souvent associées à la Saint-Valentin, l’adresse cultive une élégance plus décontractée, fidèle à son ADN.

Le menu dégustation en trois temps, conçu pour être partagé, commence par une série d’entrées qui jouent sur les textures et la précision des saveurs : gratin d’huîtres aux épinards crémeux, carpaccio de saumon à l’orange et à la betterave, ou encore arancini aux champignons sauvages. Le plat principal laisse le choix entre deux classiques du steakhouse, travaillés avec sobriété et rigueur, accompagnés de garnitures saisonnières.

Le dessert, un gâteau “Be Mine” à partager, clôt le repas sur une note ludique et régressive. Mais c’est peut-être le détail extra-culinaire qui marque le plus : chaque couple repart avec une photographie Polaroid prise sur place. Un geste simple, presque nostalgique, qui inscrit la soirée dans le temps long, au-delà de l’événement lui-même.

Sal’s Bistro : le romantisme en version décontractée

À Jumeirah Islands, Sal’s Bistro aborde la Saint-Valentin sous un angle plus libre et quotidien. Pendant toute la semaine du 9 au 15 février, le restaurant propose un plateau de sushis conçu pour deux, à savourer sur place, en terrasse au bord du lac, ou à emporter.

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Sal’s Bistro. (Photo: fournie)

Présenté comme « un peu d’amour sur une planche en bois », l’assortiment rassemble des pièces emblématiques de la maison : saumon épicé croustillant, nigiri de thon, sashimi de saumon, rainbow maki, volcano maki et California maki. Les produits proviennent de Le Fumoir by Joe Bassili, structure familiale reconnue pour son travail du poisson depuis plus de trois décennies dans la région.

Ici, pas de mise en scène sophistiquée, mais une invitation à partager, à picorer, à prolonger le moment. Sal’s Bistro confirme ainsi sa place d’adresse de quartier chic, où la Saint-Valentin peut se vivre sans contrainte de date unique ni de rituel figé.