L'UE «regrette profondément» la condamnation d'Osman Kavala, demande sa libération

La police anti-émeute a sécurisé l'entrée du palais de justice de Caglayan lors d'une manifestation contre une décision de justice turque qui a condamné le philanthrope Osman Kavala à la prison à vie, mardi à Istanbul (Photo, Reuters).
La police anti-émeute a sécurisé l'entrée du palais de justice de Caglayan lors d'une manifestation contre une décision de justice turque qui a condamné le philanthrope Osman Kavala à la prison à vie, mardi à Istanbul (Photo, Reuters).
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Publié le Mercredi 27 avril 2022

L'UE «regrette profondément» la condamnation d'Osman Kavala, demande sa libération

  • Détenu depuis plus de quatre ans et demi, Osman Kavala, 64 ans, a toujours nié les charges pesant contre lui
  • Il a dénoncé un «assassinat judiciaire» contre sa personne et l'influence du président Recep Tayyip Erdogan sur son procès

BRUXELLES : Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell "regrette profondément" la condamnation à la perpétuité du mécène turc Osman Kavala, accusé d'avoir tenté de renverser le gouvernement turc, et a demandé mardi sa libération.

"Nous regrettons profondément ce verdict, qui intervient moins de trois mois après que le Comité des ministres du Conseil de l'Europe a lancé une procédure d'infraction contre la Turquie pour avoir refusé d'appliquer l'arrêt juridiquement contraignant de la Cour européenne des droits de l'homme", a déclaré Josep Borrell dans un communiqué.

"La Cour a jugé en décembre 2019 que la détention de M. Kavala avait eu lieu en l'absence de preuves suffisantes qu'il avait commis une infraction. Elle a estimé que son arrestation et sa détention provisoire poursuivaient un but inavoué, à savoir le réduire au silence et dissuader d'autres défenseurs des droits humains de mener des activités légitimes", a rappelé le chef de la diplomatie de l'UE.

"La Turquie, en tant que membre du Conseil de l'Europe, a l'obligation de mettre en œuvre les décisions de la Cour. Son refus persistant d'appliquer ces décisions accroît les inquiétudes de l'UE concernant le respect par le système judiciaire turc des normes internationales et européennes", a-t-il averti.

"Nous appelons la Turquie à libérer Osman Kavala. En ces temps difficiles, protéger et défendre nos valeurs communes, en particulier la protection des droits de l'homme, est plus important que jamais", a-t-il conclu.

Détenu depuis plus de quatre ans et demi, Osman Kavala, 64 ans, a toujours nié les charges pesant contre lui. Il a dénoncé un "assassinat judiciaire" contre sa personne et l'influence du président Recep Tayyip Erdogan sur son procès.


Incendie dans une église au Caire, le bilan monte à 41 morts selon l'Église copte égyptienne

Intérieur de la cathédrale copte orthodoxe Saint-Marc, Abbassiyya, Le Caire, 2009 (image, Library on Congress loc.gov)
Intérieur de la cathédrale copte orthodoxe Saint-Marc, Abbassiyya, Le Caire, 2009 (image, Library on Congress loc.gov)
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  • Cet incendie, dont l'origine n'a jusqu'ici pas été éclaircie, fait encore rage, selon les autorités, à l'église Abou Sifine du quartier populaire d'Imbaba
  • Au moins 30 ambulances ont transféré les blessés vers les hôpitaux locaux, a déclaré le porte-parole du ministère de la santé, Hossam Abdel Ghaffar

LE CAIRE : Un incendie qui s'est déclenché dimanche au beau milieu d'une messe dans une église d'un quartier populaire du Caire a fait 41 morts, endeuillant la plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient avec 10 à 15 des 103 millions d'Egyptiens.

L'Eglise copte égyptienne a fait état de "41 morts et 14 blessés" en citant "des sources au sein du ministère de la Santé", dans un communiqué publié sur son compte Facebook.

Cet incendie, dont l'origine n'a jusqu'ici pas été éclaircie, fait encore rage, selon les autorités, à l'église Abou Sifine du quartier populaire d'Imbaba

L'incident a incité le président Abdel Fattah el-Sisi à demander aux services d'urgence de la région de prendre toutes les mesures nécessaires.

Au moins 30 ambulances ont transféré les blessés vers les hôpitaux locaux, a déclaré le porte-parole du ministère de la santé, Hossam Abdel Ghaffar, cité dans un rapport du site d'information public Ahram.

Les blessés, selon le rapport, ont été transférés à l'hôpital général d'Imbaba et à l'hôpital d'Agouza.

Sisi a déclaré sur un post facebook qu'il suivait de près les développements de cet "accident tragique" et a ordonné à toutes les agences et institutions étatiques concernées de prendre les mesures nécessaires.

"Je présente mes sincères condoléances aux familles des victimes innocentes", a déclaré le président égyptien. (Avec agences)


Irak: sommée par Sadr, la justice se dit incompétente pour dissoudre le Parlement

Des partisans portent des portraits du religieux chiite Moqtada Sadr alors qu'ils se rassemblent dans la ville de Nasiriyah, dans la province de Dhi Qar, dans le sud de l'Irak, le 12 août 2022, pour protester contre la nomination au poste de Premier ministre d'un membre d’une faction chiite rivale. (Photo par Asaad NIAZI / AFP)
Des partisans portent des portraits du religieux chiite Moqtada Sadr alors qu'ils se rassemblent dans la ville de Nasiriyah, dans la province de Dhi Qar, dans le sud de l'Irak, le 12 août 2022, pour protester contre la nomination au poste de Premier ministre d'un membre d’une faction chiite rivale. (Photo par Asaad NIAZI / AFP)
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  • L'impasse actuelle a débuté quand le Courant sadriste a refusé fin juillet une candidature au poste de Premier ministre présentée par le Cadre de coordination
  • Chaque camp poursuit désormais son propre sit-in à Bagdad pour faire pression sur la partie adverse

BAGDAD : La justice irakienne a assuré dimanche dans un communiqué ne pas avoir le droit de dissoudre le Parlement, comme le réclame l'influent leader chiite Moqtada Sadr, qui lui avait fixé un délai d'une semaine et poursuit son bras de fer politique avec ses adversaires.

M. Sadr a sommé la justice de dissoudre le Parlement d'ici la fin de la semaine pour ouvrir la voie à des législatives anticipées, alors que ses partisans campent depuis fin juillet aux abords du Parlement pour faire pression sur ses rivaux, les influentes factions chiites pro-Iran du Cadre de coordination.

M. Sadr avait justifié cet appel à la justice en rappelant que tous les délais impartis par la Constitution pour nommer un nouveau président et un nouveau chef du gouvernement n'avaient pas été respectés après les dernières législatives d'octobre 2021.

«Le Conseil suprême de la magistrature n'est pas compétent pour dissoudre le Parlement», a annoncé l'institution judiciaire dans un communiqué, précisant que ses prérogatives «ne l'autorisent pas à s'ingérer dans les affaires des deux pouvoirs législatif et exécutif, en application du principe de séparation des pouvoirs».

Selon la Constitution, une dissolution du Parlement doit être actée par un vote à la majorité absolue. Elle peut être demandée par un tiers des députés, ou par le Premier ministre avec accord du président de la République.

Le Conseil suprême de la magistrature est d'accord avec les critiques de M. Sadr, concernant «les violations constitutionnelles» que représentent «la non-élection d'un président de la république, d'un Premier ministre et l'absence de gouvernement formé dans les délais constitutionnels impartis».

«C'est une situation inacceptable à laquelle il faut remédier et qui ne doit pas être répétée», ajoute le communiqué.

L'impasse actuelle a débuté quand le Courant sadriste a refusé fin juillet une candidature au poste de Premier ministre présentée par le Cadre de coordination.

Chaque camp poursuit désormais son propre sit-in à Bagdad pour faire pression sur la partie adverse, sans toutefois jamais laisser la situation basculer dans la violence.

Evoquant sur Twitter ces deux sit-in, un proche de M. Sadr, Saleh Mohamed al-Iraqi, a estimé qu'il était temps de montrer «lequel des deux camps a le plus grand nombre» de soutiens parmi le peuple.

Il a appelé tous les partisans de M. Sadr à travers le pays à rallier Bagdad pour une «manifestation d'un million d'hommes» dont la date n'a pas encore été dévoilée.


L'assaillant de Salman Rushdie plaide «non coupable» de tentative de meurtre

La famille du suspect était apparemment originaire d'un village frontalier, Yaroun, dans le sud du Liban. (Photo de Mahmoud ZAYYAT / AFP)
La famille du suspect était apparemment originaire d'un village frontalier, Yaroun, dans le sud du Liban. (Photo de Mahmoud ZAYYAT / AFP)
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  • Lors d'une audience de procédure au tribunal de Chautauqua, Hadi Matar, 24 ans, poursuivi pour «tentative de meurtre et agression», a comparu en tenue rayée noire et blanche de détenu, menotté et masqué
  • Les procureurs ont estimé que l'attaque de vendredi dans un centre culturel de Chautauqua, où M. Rushdie allait donner une conférence, était préméditée

ERIE, États-Unis : L'assaillant de Salman Rushdie, un jeune Américain d'origine libanaise, a été présenté à un juge de l'Etat de New York devant lequel il a plaidé «non coupable» de «tentative de meurtre» de l'écrivain, toujours hospitalisé dans un état grave mais qui a pu dire quelques mots samedi soir.

Menacé de mort depuis une «fatwa» de l'Iran de 1989, un an après la publication des «Versets sataniques», Salman Rushdie a été poignardé une dizaine de fois vendredi, une attaque qui indigne en Occident mais qui est saluée par des extrémistes en Iran et au Pakistan.

Lors d'une audience de procédure au tribunal de Chautauqua, Hadi Matar, 24 ans, poursuivi pour «tentative de meurtre et agression», a comparu en tenue rayée noire et blanche de détenu, menotté et masqué, et n'a pas dit un mot, d'après le New York Times (NYT) et des photos de la presse locale.

- Attaque préméditée -

Les procureurs ont estimé que l'attaque de vendredi dans un centre culturel de Chautauqua, où M. Rushdie allait donner une conférence, était préméditée. A 75 ans, l'intellectuel a été poignardé au moins à dix reprises au cou et à l'abdomen.

Le suspect, qui vit dans le New Jersey, a plaidé «non coupable» par la voix de son avocat et comparaîtra une nouvelle fois le 19 août.

Samedi, les autorités et les proches de Salman Rushdie ont gardé le silence sur l'état de santé du Britannique naturalisé Américain. Il a été hospitalisé vendredi  sous assistance respiratoire à Erié, en Pennsylvanie, au bord du lac qui sépare les Etats-Unis du Canada.

Toutefois, son agent Andrew Wylie, alarmiste vendredi soir auprès du New York Times, a simplement confié au journal que son client avait recommencé à parler samedi soir, sans dire s'il restait ou pas sous assistance respiratoire.

L'attentat provoque une onde de choc, surtout dans les pays occidentaux: le président américain Joe Biden a condamné «une attaque brutale» et rendu hommage à M. Rushdie pour son «refus d'être intimidé et réduit au silence».

- Vie normale à New York -

Vivant à New York depuis vingt ans, Salman Rushdie avait repris une vie à peu près normale tout en continuant de défendre, dans ses livres, la satire et l'irrévérence.

Coïncidence, le magazine allemand Stern l'a interviewé il y a quelques jours, avant l'attaque: «Depuis que je vis aux Etats Unis, je n'ai plus de problème (...) Ma vie est de nouveau normale», assure l'écrivain, dans cet entretien à paraître in extenso le 18 août, en se disant «optimiste» malgré «les menaces de mort quotidiennes».

La «fatwa» de l'Iran n'a de fait jamais été levée et beaucoup de ses traducteurs ont été blessés par des attaques, voire tués, comme le Japonais Hitoshi Igarashi, poignardé à mort en 1991.

Les «Versets sataniques» sont jugés par les musulmans les plus rigoristes comme blasphématoires à l’égard du Coran et du prophète Mahomet.

Aux Etats-Unis, le géant Amazon a fait état d'une hausse des commandes pour les «Versets sataniques» et la librairie new-yorkaise Strand Bookstore a indiqué à l'AFP que «des gens venaient voir ce qu'il a écrit et savoir ce qu'on avait» en stock.

«Son combat est le nôtre, universel», avait lancé vendredi le président Emmanuel Macron, tandis que le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'était déclaré «horrifié».

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a dénoncé samedi une «attaque lâche», et un «affront à la liberté d'expression».

Le chef du gouvernement israélien Yair Lapid a quant à lui assuré que cet attentat est «le résultat de décennies d'incitation au meurtre par le régime extrémiste iranien».

- L'attaque saluée en Iran et au Pakistan -

Dans le sud du Liban, Ali Qassem Tahfa, le maire du village de Yaroun, a indiqué à l'AFP que Hadi Matar était «d'origine libanaise». Le jeune homme «est né et a grandi aux Etats-Unis. Sa mère et son père sont de Yaroun», a-t-il assuré sans commenter l'attaque.

Mais en Iran, le quotidien ultraconservateur Kayhan a félicité l'assaillant: «Bravo à cet homme courageux et conscient de son devoir qui a attaqué l'apostat et le vicieux Salman Rushdie», écrit le journal. «Baisons la main de celui qui a déchiré le cou de l'ennemi de Dieu avec un couteau».

Et au marché aux livres de Téhéran, Mehrab Bigdeli, un religieux chiite, s'est dit «très heureux d'apprendre la nouvelle. Quel que soit l'auteur, je lui baise la main (...) Que Dieu maudisse Salman Rushdie».

Au Pakistan voisin, le parti Tehreek-e-Labbaik Pakistan -- réputé pour sa violence contre ce qu'il considère comme du blasphème antimusulman -- a jugé aussi que Rushdie «méritait d'être tué».

Salman Rushdie, né en 1947 en Inde dans une famille d'intellectuels musulmans non pratiquants, avait embrasé une partie du monde islamique avec la publication des «Versets sataniques», conduisant l'ayatollah iranien Rouhollah Khomeiny à émettre la «fatwa» réclamant son assassinat.