La sakbeh, une tradition perpétuée par les réfugiés syriens au Liban

La distribution et l’échange de nourriture ont toujours été un moyen d’établir une solidarité et de l’harmonie dans la société musulmane. Photo prise à Jounieh au nord de Beyrouth, à l'heure du Iftar, le 22 avril 2022. Crédit : Antonio Munioz
La distribution et l’échange de nourriture ont toujours été un moyen d’établir une solidarité et de l’harmonie dans la société musulmane. Photo prise à Jounieh au nord de Beyrouth, à l'heure du Iftar, le 22 avril 2022. Crédit : Antonio Munioz
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Publié le Vendredi 29 avril 2022

La sakbeh, une tradition perpétuée par les réfugiés syriens au Liban

  • «Cette coutume crée un lien de solidarité dans la communauté»
  • En période de crise, cet échange aide à combler les besoins en nourriture au sein des familles pauvres

BEYROUTH: C’est un drôle de va-et-vient qu’on découvre à Jounieh, une ville située à une vingtaine de kilomètres au nord de Beyrouth. Cette localité à majorité chrétienne vibre pourtant, elle aussi, au rythme du ramadan, le mois de jeûne sacré chez les musulmans.

À l’approche de l’heure de l’iftar (rupture du jeûne), des enfants syriens sortent de leur maison, portant une assiette ou une petite casserole; ils regardent droit devant eux, concentrés pour ne pas faire tomber le contenu, ils traversent les rues de leur quartier, longent les murs, avec pour mission de transporter ces plats chez une autre famille syrienne, habitant un peu plus loin. Des voisins, des cousins, des amis…

Ce rituel fait partie d’une coutume ancestrale, perpétuée par les Syriens d’une génération à une autre. C’est la «sakbeh». Durant le ramadan, les femmes au foyer préparent de nombreux plats pour la rupture du jeûne. Avant de dresser la table, elles prélèvent une portion d’un plat, et la versent («sakbeh») dans une petite assiette pour l’envoyer aux voisins ou à des proches habitant à proximité.

sakbeh
Un enfant tient un plat qui sera servi durant le Iftar, au Yémen. (Photo d'illustration Reuters).

De nombreuses familles syriennes, fuyant la guerre dans leur pays, se sont installées à travers le pays, non seulement dans les camps de réfugiés, mais aussi dans les villes et villages libanais. Malgré le déracinement et le changement de vie, loin de chez elles, ces familles ont toutefois perpétué certaines de leurs traditions. Habitant dans une région aux coutumes différentes, les Syriens se débattent ainsi pour sauvegarder leur identité à travers ces usages. Cette coutume est généralement confiée aux enfants qui la prennent avec beaucoup de sérieux et de fierté.

Abdo, la trentaine, vit à Jounieh depuis une dizaine d’années, fuyant les combats dans sa région natale. Originaire de Jisr al-Choughour, dans la province d’Idleb, il se rappelle l’époque où sa mère préparait le repas avant la rupture du jeûne. «Nous étions une famille aisée. Et ma mère était connue pour sa bonne cuisine.» Selon lui, la coutume de la sakbeh est «un signe d’amour entre les voisins et la famille proche. Cela crée un lien de solidarité, d’alliance au sein de la communauté.»

Oum Mohammad habite à Sarba. Elle explique, elle aussi, que la sakbeh est une «forme de partage entre les proches pour montrer qu’on s’aime mutuellement». C’est ainsi que la famille, frères et sœurs, cousins et cousines, se partagent les plats durant ce mois.

Par ailleurs, actuellement, «si nous savons qu’il y a une famille pauvre qui ne peut pas préparer un iftar décent, tout le quartier lui envoie des plats pour l’aider», affirme avec beaucoup d’empathie Oum Mohammad. «J’envoie une assiette de mon meilleur plat, avec la viande et l’accompagnement, car ceux qui sont dans le besoin n’ont sûrement pas d’argent pour acheter de la viande», ajoute-t-elle.

Abdo se souvient que sa mère les envoyait ainsi tous les jours durant le mois du ramadan pour distribuer un plat pour les gens dans le besoin: «C’est une forme de solidarité et d’aide pour les pauvres durant ce mois sacré.»

La distribution et l’échange de nourriture ont toujours été un moyen d’établir une solidarité et de l’harmonie dans la société musulmane. À l’occasion de la fête de l’Adha, par exemple, les fidèles tuent un mouton et distribuent la viande pour les plus pauvres. «Chez nous, durant la fête de l’Adha, on préparait une énorme marmite de Hrisseh (un plat à base de blé avec du poulet et de la viande), qu’on distribuait à nos proches. Et ceux qui n’en recevaient pas se fâchaient», assure Abdo.

Depuis le début de la crise économique et financière qui a frappé le Liban de plein fouet, les réfugiés syriens installés au pays du Cèdre ont été largement touchés. Qu’ils soient soutenus par le programme d’aide des Nations unies, ou qu’ils vivent et travaillent dans le pays, l’inflation galopante, l’augmentation faramineuse des prix et les problèmes d’électricité ont rendu la vie encore plus difficile pour les Syriens. Près d’un tiers des réfugiés syriens au Liban ont restreint leurs repas en 2021 afin d’avoir suffisamment de nourriture pour leurs enfants, selon des chiffres du World Food Program (WFP). Depuis le mois d’octobre 2019, les prix des denrées alimentaires au Liban ont augmenté de quelque 1 000 %.

Pour Oum Sattouf, le maintien de la coutume de la sakbeh aide aussi à combler les besoins en nourriture. «Il faut plusieurs plats pour l’iftar: soupe, fattouche, un plat consistant, etc. Je dois nourrir mon mari et mes enfants. Nous ne pouvons pas nous le permettre», affirme cette mère d’une famille nombreuse, installée elle aussi à Jounieh. Elle prépare des œufs à la coque et en donne aux voisins; ces derniers cuisinent du riz pour le lui offrir. La sakbeh permet ainsi de diversifier les plats. «Même si ce sont deux ou trois œufs, je dois envoyer quelque chose pour les voisins», affirme Oum Sattouf, déterminée.

Ses enfants se mettent en file indienne. Sourire aux lèvres et regard fier, ils prennent les petites assiettes pour filer chez leurs amis, échanger avec eux leur plat. Ce soir, c’est sûr, ils mangeront tous à leur faim.

 


L'Iran annonce des «accords» avec Oman sur un partage des revenus du détroit d'Ormuz

Les Gardiens iraniens de la Révolution ont annoncé mercredi que "certains accords" avaient été conclus Oman sur la gestion du détroit d'Ormuz, prévoyant notamment un partage des revenus liés à la navigation dans ce passage maritime. (AFP)
Les Gardiens iraniens de la Révolution ont annoncé mercredi que "certains accords" avaient été conclus Oman sur la gestion du détroit d'Ormuz, prévoyant notamment un partage des revenus liés à la navigation dans ce passage maritime. (AFP)
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  • Mardi à Téhéran, selon un communiqué conjoint, les ministres des Affaires étrangères omanais et iranien avaient discuté d'un accord-cadre établissant un "couloir temporaire" de navigation dans le détroit d'Ormuz
  • Selon le communiqué, les négociations se poursuivaient   pour établir un couloir "permanent" et définir "la future gestion du détroit", ainsi qu'un mécanisme de "fourniture des services de navigation et de sécurité nécessaires"

TEHERAN: Les Gardiens iraniens de la Révolution ont annoncé mercredi que "certains accords" avaient été conclus Oman sur la gestion du détroit d'Ormuz, prévoyant notamment un partage des revenus liés à la navigation dans ce passage maritime.

"Au cours des négociations avec Oman, certains accords ont été conclus concernant la part de chaque pays dans les eaux du détroit et la part de l'Iran et d'Oman dans ses revenus", a déclaré le porte-parole des Gardiens de la Révolution, Hossein Mohebi.

Il a accusé les Etats-Unis d'"entraver les travaux" visant à finaliser un accord.

Mardi à Téhéran, selon un communiqué conjoint, les ministres des Affaires étrangères omanais et iranien avaient discuté d'un accord-cadre établissant un "couloir temporaire" de navigation dans le détroit d'Ormuz et y prévoyant une opération de déminage.

Selon le communiqué, les négociations se poursuivaient   pour établir un couloir "permanent" et définir "la future gestion du détroit", ainsi qu'un mécanisme de "fourniture des services de navigation et de sécurité nécessaires".

Le stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures mondiaux, est verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran.

Les Etats-Unis mènent en retour un blocus des ports iraniens.

L'Iran discute depuis des semaines avec Oman, tout en affirmant que le détroit restera verrouillé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord conclu mi-juin, prévoyant notamment la levée du blocus américain et des sanctions économiques contre Téhéran.

 


Le Premier ministre qatari à Téhéran jeudi

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  • Le Premier ministre qatari, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani, se rend jeudi à Téhéran
  • Il rencontrera plusieurs responsables iraniens afin de discuter des moyens d'apaiser les tensions

DOHA: Le Premier ministre qatari, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani, se rend jeudi à Téhéran, où il rencontrera plusieurs responsables iraniens afin de discuter des moyens d'apaiser les tensions, a déclaré mercredi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Majed Al Ansari, sur X.


Dans le sud du Liban, Israël accusé d'incendier terres agricoles et forêts

Si les vagues de chaleur extrême alimentent cet été les feux de forêt dans le monde, le Liban accuse l’armée israélienne d'incendier, souvent délibérément, ses étendues vertes et terres agricoles dans le sud du pays. (AFP)
Si les vagues de chaleur extrême alimentent cet été les feux de forêt dans le monde, le Liban accuse l’armée israélienne d'incendier, souvent délibérément, ses étendues vertes et terres agricoles dans le sud du pays. (AFP)
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  • En août, un photographe de l’AFP a recensé des dizaines d'incendies qui ont ravagé plusieurs localités du sud, comme Houla, Maiss al-Jabal et Wadi Slouqi
  • La plupart sont situés dans ce qu'Israël désigne comme une "zone de sécurité" où son armée est déployée

BEYROUTH: Si les vagues de chaleur extrême alimentent cet été les feux de forêt dans le monde, le Liban accuse l’armée israélienne d'incendier, souvent délibérément, ses étendues vertes et terres agricoles dans le sud du pays.

Depuis la limite de la zone occupée par Israël dans le sud du pays, Haïdar Qoteich a vu les champs et les vergers de son village de Houla, tenu par l'armée israélienne et situé à cinq kilomètres de là, disparaître dans les flammes.

"Ils ont tout brûlé (..) les champs du village sont tout noirs", affirme à l'AFP ce père de quatre enfants, âgé de 36 ans, joint par téléphone.

Selon les autorités libanaises, plus de 16.000 hectares ont été brûlés depuis le début des hostilités entre le mouvement pro-iranien Hezbollah et Israël en octobre 2023, marquées par un cessez-le-feu en novembre 2024 avant une reprise des affrontements début mars, et une accalmie relative ces dernières semaines.

En août, un photographe de l’AFP a recensé des dizaines d'incendies qui ont ravagé plusieurs localités du sud, comme Houla, Maiss al-Jabal et Wadi Slouqi.

La plupart sont situés dans ce qu'Israël désigne comme une "zone de sécurité" où son armée est déployée.

Incendies "systématiques" 

Les feux résultent de frappes israéliennes, de "bombes explosives et de drones", indique à l'AFP Hussein Fakih, directeur de la Défense civile à Nabatiyé, la capitale du gouvernorat. Il fait aussi état de "bombes au phosphore et bombes à sous-munitions pour déclencher" les incendies.

Ses équipes, qui n'ont pas accès aux zones occupées, ont recensé en juillet et en août des incendies à la lisière de ces secteurs.

Des responsables libanais, des ONG et des habitants dénoncent une "politique de la terre brûlée" pratiquée par Israël qui cherche à éloigner les combattants du Hezbollah de la frontière.

Contactée par l'AFP, l'armée israélienne a indiqué avoir "conscience de l’impact environnemental potentiel de ses activités dans la région" et assure prendre "des mesures de précaution pour réduire les dommages causés aux civils et à l’environnement".

Aux confins du village de Kfar Chouba, jouxtant la zone occupée, un incendie s'est déclaré le 5 août "à la suite de tirs des forces israéliennes", rapporte le maire, Kassim Al-Kadri. Le feu a ravagé une zone forestière d’environ 2 km².

Il a fallu, selon le maire, deux jours pour le maîtriser avec des moyens rudimentaires, la défense civile n'ayant obtenu que le lendemain une autorisation d'accès de la part d'Israël. "Le feu avait tout ravagé", déplore-t-il.

Au siège du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), à Beyrouth, des images satellitaires projetées sur écran géant montrent des vergers et forêts avant et après leur disparition depuis 2023, sous l’effet des incendies et du défrichement, y compris l'arrachement d'oliviers centenaires.

Des photos de Khiam, bourgade occupée, montrent ainsi des étendues verdoyantes avant 2024 transformées en terres arides.

Le CNRS a recensé la destruction par le feu d'environ 8.500 hectares au cours de la guerre précédente (octobre 2023-novembre 2024) et de 7.500 hectares au cours de la dernière.

Le secrétaire général du CNRS, Chadi Abdallah, accuse Israël "d'incendier de manière systématique" ces zones.

"Ecocide" 

"Cela montre qu’ils cherchent à créer un espace dépourvu d’habitations, de constructions et de toute forme de vie" pour empêcher tout retour des habitants, affirme-t-il, en parlant de la majorité des personnes résidant dans les villages frontaliers qui ont dû fuir les bombardements israéliens.

Il souligne que 350 hectares ont été incendiés entre la date de signature d'un accord-cadre entre le Liban et Israël en juin et le 13 août.

L'agence de presse officielle libanaise ANI fait état régulièrement d'opérations de démolitions et explosions déclenchées par Israël dans le sud. Et le Liban a plusieurs fois dénoncé des destructions "systématiques" dans cette région.

Dans le village de Zawtar el-Charqiyé, l’armée israélienne a en outre déraciné 600 oliviers en août, selon l'ANI.

L’association "Les Verts du Sud", qui documente les dégâts environnementaux dans cette région, a accusé Israël de mettre le feu "aux maisons, forêts, bois et terrains agricoles", et notamment à une réserve naturelle située à Wadi Slouqi.

La ministre libanaise de l’Environnement, Tamara el-Zein, avait déjà dénoncé un "écocide" dans le sud, et des incendies "délibérés".

De Chaqra, où il a trouvé refuge, Haïdar Qoteich contemple les plaines incendiées de son village. "Il faut toute une vie pour reboiser un village devenu un désert", soupire-t-il.