Liban: effondrement économique et impasse politique

Le Liban, où des élections législatives sont organisées le 15 mai, est en proie depuis octobre 2019 à une crise économique, sociale et financière inédite, aggravée par une impasse politique. (AFP).
Le Liban, où des élections législatives sont organisées le 15 mai, est en proie depuis octobre 2019 à une crise économique, sociale et financière inédite, aggravée par une impasse politique. (AFP).
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Publié le Jeudi 12 mai 2022

Liban: effondrement économique et impasse politique

  • Le 7 mars 2020, le Liban, qui croule sous une dette de 92 milliards de dollars (170% du PIB), fait défaut pour la première fois de son histoire sur une première tranche de sa dette
  • Le 4 août, une gigantesque explosion détruit le port de Beyrouth et dévaste des quartiers entiers de la capitale

BEYROUTH: Le Liban, où des élections législatives sont organisées le 15 mai, est en proie depuis octobre 2019 à une crise économique, sociale et financière inédite, aggravée par une impasse politique.

Contestation 

Le 17 octobre 2019, la colère des Libanais explose dans un pays miné par les crises à répétition, après l'annonce par le gouvernement d'une taxe sur les appels effectués via l'application WhatsApp.


Le gouvernement renonce vite à la taxe, sans apaiser les manifestants.


La mobilisation culmine avec, certains jours, des centaines de milliers de manifestants réclamant le départ de la classe dirigeante, accusée de corruption et d'incompétence.

Défaut de paiement

Le 7 mars 2020, le Liban, qui croule sous une dette de 92 milliards de dollars (170% du PIB), fait défaut pour la première fois de son histoire sur une première tranche de sa dette d'un montant de 1,2 milliard de dollars.


Le 23, il annonce qu'il ne paiera pas l'ensemble de ses bons du Trésor émis en dollars avant d'annoncer un défaut sur toute sa dette.


Le gouvernement annonce un plan de relance et demande une aide du Fonds monétaire international (FMI). Mais les négociations avec le FMI déraillent rapidement.

Gigantesque explosion au port

Le 4 août, une gigantesque explosion détruit le port de Beyrouth et dévaste des quartiers entiers de la capitale.


La déflagration a été déclenchée par un incendie dans un entrepôt abritant des tonnes de nitrate d'ammonium (produit chimique qui peut exploser accidentellement) stockées sans précaution. La tragédie fait 215 morts et plus de 6.500 blessés et relance la contestation qui s'était essoufflée avec la pandémie de coronavirus.

Encore l'impasse 

Le 10 août, le Premier ministre, Hassan Diab, annonce la démission de son gouvernement, sous la pression de la rue.


Le 31, le Liban se dote d'un nouveau Premier ministre, Moustapha Adib, quelques heures avant l'arrivée à Beyrouth du président français, Emmanuel Macron. Ce dernier annonce le lendemain avoir obtenu l'engagement des dirigeants libanais à favoriser la formation d'un gouvernement censé mener des réformes et ainsi débloquer l'aide internationale.


Mais fin septembre, Moustapha Adib jette l'éponge. En octobre, Saad Hariri, déjà trois fois Premier ministre, est à nouveau désigné à ce poste.

Une des pires crises depuis 1850

Le 1er février 2021, les autorités annoncent une augmentation du prix du pain d'environ 20%.


Le 1er juin, la Banque mondiale affirme que l'effondrement économique du Liban risque d'être classé parmi les pires crises financières du monde depuis le milieu du XIXe siècle.

Mikati Premier ministre

Le 15 juillet, Saad Hariri renonce à former un gouvernement, après des mois de marchandages entre les dirigeants libanais.


Le 26, Najib Mikati, déjà Premier ministre en 2005 et 2011, est chargé de former un nouveau gouvernement.


Emmanuel Macron parraine une troisième conférence internationale d'aide aux Libanais.


Le 10 septembre, le Liban se dote enfin d'un nouveau gouvernement.

Affrontements sanglants

Le 14 octobre, le puissant mouvement islamiste Hezbollah fait défiler ses partisans et ceux de son allié, le mouvement Amal, au coeur de Beyrouth pour exiger le remplacement de Tareq Bitar, le juge chargé de l'enquête sur l'explosion au port de Beyrouth. Des manifestants essuient des tirs, déclenchant des violences qui font sept morts. 


Amal et le Hezbollah accusent des francs-tireurs du parti chrétien des Forces Libanaises (FL) d'avoir ouvert le feu sur leurs partisans, ce que les FL démentent.

Accord de principe avec le FMI

Le 24 janvier 2022, des responsables libanais entament après plusieurs retards des pourparlers avec le FMI.


Le gouvernement de Najib Mikati se réunit pour la première fois, après des mois de marchandage politique entre factions rivales.


Le 11 février, le FMI préconise des réformes pour garantir la viabilité de la dette, reconstruire le secteur financier, réformer des entreprises publiques et lutter contre la corruption.


Le 7 avril, le FMI annonce être parvenu à un accord de principe avec les autorités libanaises pour un plan d'aide de trois milliards de dollars sur quatre ans. 


Des manifestations éclatent au Liban alors que l’économie du pays dégringole

Un agriculteur ramasse du blé dans un champ du village de Houla, dans le sud du Liban (Photo, Reuters).
Un agriculteur ramasse du blé dans un champ du village de Houla, dans le sud du Liban (Photo, Reuters).
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  • De nombreux Libanais ont renoncé à un service de base après que les forfaits ont été facturés en dollars
  • Les classifications des pays de la Banque mondiale par niveau de revenu au 1er juillet ont montré que le Liban est devenu un pays à revenu moyen inférieur

BEYROUTH: Les Libanais sont à nouveau descendus sporadiquement dans les rues de Beyrouth et d’autres zones urbaines pour protester contre la dégradation continue des conditions de vie, mais aucun mouvement national officiel n’a éclaté pour unifier leur colère.

Mardi, des manifestants ont fermé les bureaux d’un opérateur de téléphonie mobile à Tripoli, dans le nord du Liban, et ont demandé aux employés de quitter leurs bureaux pour protester contre la hausse des prix.

L’inquiétude grandit à Tripoli alors que des milliers de familles ne sont pas en mesure de subvenir à leurs besoins quotidiens de base.

Les rapports de sécurité indiquent que la criminalité nocturne est en hausse, ponctuée de tirs aléatoires dans les quartiers populaires. Les craintes ont été renforcées par le fait que la majorité des habitants de Tripoli ont cessé de payer leurs abonnements à des générateurs privés, vivant pratiquement dans l’obscurité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, parce qu’ils ne peuvent plus payer ces frais.

De nombreux Libanais ont également renoncé à un autre service de base, Internet, après que les forfaits ont été facturés en dollars. Le ministre intérimaire des Communications, Johnny Korm, a déclaré que «la nouvelle facture de téléphone portable est calculée en divisant la facture précédente par trois et en la multipliant par le taux de change Sayrafa de la Banque centrale (25 300 livres libanaises par dollar américain) ou en la multipliant par 2,5 pour le service Ogero.»

«En effet, nous nous attendons à ce que de nombreuses personnes cessent complètement d’utiliser des téléphones portables, mais il est trop tôt pour donner des chiffres précis. La consommation a jusqu’à présent diminué de 8% depuis le début du mois de juillet», a ajouté Korm.

Les manifestants ont bloqué les routes de Beyrouth, se plaignant de la perte d’accès au réseau public d’eau pour la troisième semaine, et déplorant les coupures d’électricité régulières qui ont frappé toutes les régions en raison de la suspension des usines de production.

Une seule centrale électrique, celle de Deir Ammar, a poursuivi ses activités en raison de la pénurie de carburant en provenance d’Irak, dont la quantité est inférieure à celle prévue, Bagdad étant aux prises avec ses propres difficultés dans le secteur de l’électricité.

Bien que le ministère de l’Économie ait déclaré qu’il y a suffisamment de farine pour répondre aux besoins de consommation du Liban, les citoyens font toujours la queue dans les boulangeries qui ne vendent qu’une seule fournée de pain par client, dans le but de fournir du pain au plus grand nombre possible de clients.

Pendant ce temps, certains vendent du pain au marché noir, craignant que le blé ne soit pas disponible après l’Eïd al-Adha, la Banque centrale n’ayant pas encore ouvert de crédits pour les importations de blé.

Le député, Wael Abou Faour, a rapporté: «Selon les services de sécurité, des bandes organisées volent la farine subventionnée et la vendent sur le marché noir.»

Les classifications des pays de la Banque mondiale par niveau de revenu au 1er juillet ont montré que le Liban est devenu un pays à revenu moyen inférieur.

«Pour la onzième année consécutive, le PIB réel par habitant du Liban a baissé en 2021, et le pays a également connu une forte dépréciation du taux de change», indique le rapport, le revenu national brut par habitant s’élevant en 2021 à 3 450 dollars, après avoir été de 5 510 dollars en 2020.

Les représentants de la Confédération générale des travailleurs libanais (CGTL), des groupes des Forces du changement, du secteur privé et des organismes de la société civile ont discuté mardi «d’un mécanisme d’action pour mettre fin aux politiques de famine et d’humiliation du gouvernement et à ses décisions mesquines d’augmenter les prix, par le biais du vol délibéré du peuple libanais et du financement de la corruption qui sévit depuis de nombreuses années».

Ils sont convenus à l’unanimité du «rejet absolu de toute augmentation des prix, notamment des télécommunications et de l’internet, car il s’agit d’un vol délibéré pour continuer à financer le système corrompu et ses groupes qui s’accrochent à leurs postes et étouffent les citoyens».

Ils ont également appelé les Libanais à se tenir prêts à participer aux prochaines actions visant à rétablir leurs droits, dont les plus fondamentaux sont les services de télécommunications et l’internet.

Alors que la détérioration économique du Liban s’aggrave et que les politiciens ne parviennent pas à former un gouvernement capable d’approuver les réformes exigées par le Fonds monétaire international, la mission d’observation électorale de l’UE, qui a surveillé les élections législatives libanaises du 15 mai, a publié un rapport critiquant plusieurs aspects du déroulement des élections.

Gyorgy Holvenyi, le chef de l’équipe de l’UE, a déclaré lors d’une conférence de presse à Beyrouth que «la conclusion du rapport final de la mission est que, bien que les préparatifs aient été affectés par des ressources financières et humaines limitées, les autorités électorales ont organisé les élections législatives du 15 mai dans les délais prévus. Toutefois, ces élections ont été assombries par des pratiques généralisées d’achat de voix et de clientélisme, qui ont faussé l’égalité des chances et sérieusement affecté le choix des électeurs.»

Dans son rapport, la mission a noté que «la campagne a été dynamique mais entachée de divers cas d’intimidation (notamment sur les réseaux sociaux) et de cas d’obstruction aux campagnes. Par ailleurs, le cadre juridique du financement des campagnes électorales souffre de graves lacunes en matière de transparence et de responsabilité.»

La mission a inclus une série de recommandations visant à améliorer le processus électoral à l’avenir. «Ces recommandations établissent un cadre pour un processus de réforme graduel mené par les Libanais», a souligné Holvenyi, ajoutant que «l’UE est prête à aider le Liban à mettre en œuvre ces recommandations afin d’améliorer les futurs processus électoraux si cela est jugé nécessaire, faisable et utile.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le roi saoudien reçoit une lettre du sultan d'Oman

Le roi Salmane (Photo fournie).
Le roi Salmane (Photo fournie).
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  • Le message a été reçu au nom du ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane
  • Au cours de la réception, ils ont discuté des relations entre les deux pays

RIYAD: Le roi Salmane d'Arabie saoudite a reçu mardi un message écrit du sultan d'Oman Haitham ben Tarik, concernant les relations bilatérales fortes qui lient les deux pays, les moyens de les soutenir et de les renforcer dans divers domaines et à tous les niveaux.

Le message a été reçu au nom du ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, par le vice-ministre des Affaires étrangères, Walid Al-Khuraiji, lors d'une rencontre avec Sayyid Faisal ben Turki, l'ambassadeur du sultanat auprès du Royaume.

Au cours de la réception, ils ont à leur tour discuté des relations entre les deux pays et des moyens de les améliorer dans divers domaines.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Les routes historiques vers La Mecque, symboles de la dévotion des pèlerins à leur foi

Les pèlerins, que l’on voit ici lors du Hajj en 1948, ont voyagé à travers les âges, établissant des liens de communication entre les villes et les royaumes islamiques (Photo, AFP).
Les pèlerins, que l’on voit ici lors du Hajj en 1948, ont voyagé à travers les âges, établissant des liens de communication entre les villes et les royaumes islamiques (Photo, AFP).
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  • Les musulmans arrivaient à La Mecque en empruntant quatre routes principales qui portent encore les signes des périlleux voyages des pèlerins à travers les siècles
  • Les voyages modernes ont rendu ces itinéraires obsolètes, mais un nombre d’entre eux se recoupent avec les routes et autoroutes d’aujourd’hui

DJEDDAH: Pendant des siècles, des millions de pèlerins musulmans ont entrepris de longs voyages vers la ville de La Mecque pour accomplir le Hajj, l’un des cinq piliers de l’Islam. Des itinéraires bien établis ont traversé le vaste désert d’Arabie et suivi les chemins traditionnels de l’extrême est au nord et à l’ouest de la péninsule, survivant à l’épreuve du temps.

Les anciens itinéraires terrestres du Hajj en provenance des régions voisines se sont matérialisés au fil du temps grâce à des routes commerciales privilégiées et à des échanges culturels et commerciaux. Ces traditions séculaires et profondément ancrées constituent l’un des plus importants vestiges matériels de la civilisation islamique.

Les pèlerins voyageaient pendant des mois dans des caravanes et des convois de chameaux, de chevaux et d’ânes, s’arrêtant à des puits, des bassins, des barrages et des stations installés par des passants, suivant certains des plus célèbres itinéraires du Hajj sur les traces de millions de pèlerins avant eux pour accomplir le voyage spirituel d’une vie.

«Et fais aux gens une annonce pour le Hajj. Ils viendront vers toi, à pied, et aussi sur toute monture, venant de tout chemin éloigné.» Coran 22:27.

Les érudits estiment que cinq routes principales aboutissaient à La Mecque : d’autres pensent qu’il pourrait en avoir jusqu’à six ou sept, mais elles sont considérées comme des routes secondaires. Les quatre voies principales sont la route Kufi du nord-est, connue sous le nom de Darb Zubaidah, la route ottomane ou chami (levantine), la route africaine ou égyptienne du nord-ouest, et les routes terrestres et maritimes du sud et sud-est du Yémen et d’Oman, également appelées route de l’océan indien.

S'étendant sur plus de 1 400 km à travers l’Irak et l’Arabie saoudite actuels, la route de Kufi était utilisée comme chemin vers La Mecque depuis l’époque préislamique. Elle va de la ville irakienne de Kufa à La Mecque, en passant par Najaf et Al-Thalabiyya jusqu’au village de Fayd en Arabie centrale.

La piste bifurque ensuite vers l’ouest jusqu’à Médine et vers le sud-ouest jusqu’à La Mecque, en passant par les vastes et traîtres sables du désert du Quartier vide, de Madain Ban Sulaym et de Dhat Irk avant d’atteindre La Mecque.

Le puits Zubaidah (à droite) rafraîchit les pèlerins et les habitants de La Mecque depuis plus de 1 255 ans (Photo, Archives de l’histoire universelle, AFP).

Selon les historiens, la piste de Zubaidah a été nommée d’après Zubaidah bent Jafar, épouse du calife abbasside Harun al-Rachid, à la fois pour ses œuvres de charité et pour le nombre de relais qu’elle a ordonné d’établir le long de la piste. L’ancien sentier était également une route commerciale pratiquée, dont l’importance et l’essor se sont accrus à l’époque du califat abbasside, entre 750 et 1258 après Jésus-Christ.

Le sentier est un site candidat à l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, tout comme la route égyptienne, qui a également attiré l’attention des souverains musulmans au cours de l’histoire, qui ont construit des bassins, des canaux et des puits sur le chemin.

Ils ont également construit des barricades, des ponts, des châteaux, des forts et des mosquées. Les chercheurs ont découvert de nombreuses inscriptions islamiques et des écrits commémoratifs gravés sur des rochers par les pèlerins lors de leur passage sur la route, en souvenir de leur voyage du Hajj.

Avec le temps, ces structures se sont pour la plupart détériorées ou ont été détruites par des raids, mais beaucoup d’entre elles ont laissé des vestiges qui éclairent l’histoire et le patrimoine de l’Arabie.

À l’ouest, la piste égyptienne du Hajj profitait aux masses de pèlerins musulmans d’Égypte, du Soudan, d’Afrique centrale, du Maroc, d’Andalousie et de Sicile qui passaient par Le Caire. La piste traverse le Sinaï jusqu’à Aqaba, où une bifurcation sépare la route en deux. La première bifurcation est une piste désertique qui se dirige vers la ville sainte de Médine et de vastes vallées vers La Mecque. L’autre est une piste côtière qui suit la mer Rouge en passant par Dhuba, Wajh et Yanbu, puis se dirige vers l’est jusqu’à Khulais et continue vers le sud-est, pour atteindre La Mecque.

Le sanctuaire sacré de l’Islam dans la cour de Masjid al-Haram (Mosquée sacrée) à La Mecque, en Arabie Saoudite. Gravure de Mouradgea d’Ohsson, Paris, France, 1790 (Photo, ullstein bild/ullstein bild via Getty Images).

Le tracé de cette piste a changé au fil du temps, en fonction des circonstances politiques et du développement technologique, et à un moment donné, elle s’est croisée avec la piste ottomane.

L’un des voyages du Hajj les mieux documentés se trouve peut-être dans les manuscrits de l’érudit et explorateur marocain Ebn Battuta, qui décrit le voyage à l’aide de nombreuses illustrations et notes.

Poussé par la quête de l’aventure et du savoir, Ebn Battuta quitte sa ville natale de Tanger en 1325. Il a emprunté la route africaine, voyageant par voie terrestre le long de la côte méditerranéenne vers l’Égypte et saisissant l’occasion d’acquérir des connaissances en matière de religion et de droit et de rencontrer d’autres érudits musulmans.

Plus d’un an après le début de son voyage, Ebn Battuta a emprunté une route moins fréquentée, passant par le delta du Nil en Égypte jusqu’au port d’Aydhad sur la mer Rouge et de là, par bateau, jusqu’à Djeddah, de l’autre côté de la côte de la mer Rouge. Ses voyages l’ont conduit à Jérusalem, puis à Damas, avant de rejoindre finalement une caravane de pèlerins suivant la piste du Levant en 1326.

Reliant le Levant à La Mecque et à Médine, la piste part de Damas, traverse Daraa, puis passe par Dhat Hajj au nord de Tabuk, Al-Hijr et Madain Saleh, avant de rejoindre Médine. Les pèlerins venant du nord restaient souvent dans la ville sainte, visitant la mosquée du Prophète avant de poursuivre leur voyage vers La Mecque. De nombreux pèlerins revenant par la route se sont installés à Médine pendant des générations et accueillaient les caravanes qui passaient depuis leur pays d’origine.

Depuis l’Antiquité, des routes yéménites relient les villes d’Aden, de Taiz, de Sanaa et de Saada à la région du Hedjaz, dans l’ouest de l'Arabie saoudite – une piste longeant la côte et une autre passant par les hauts plateaux méridionaux des montagnes Asir. Bien qu’elle puisse être considérée comme une route principale à côté de la route yéménite, la piste d’Oman, considérée comme secondaire, voyait les pèlerins voyager d’Oman au Yémen en longeant la côte de la mer d’Oman.

Fragment du Kiswa, le tissu utilisé pour couvrir la Kaaba dans la Grande Mosquée de la ville sainte musulmane de La Mecque, exposé au nouveau Musée national de la civilisation égyptienne (Photo, AFP).

Avec le temps, des installations conçues pour faciliter le voyage des pèlerins ont permis de fournir de l’eau et d’assurer une protection le long de ces routes vers La Mecque et Médine.

Financées par des souverains et de riches mécènes, les routes partant d’Égypte, du Yémen, de Syrie et d’Asie de l’Est ont perduré pendant des siècles. Aucun voyageur ne se déplaçait les mains vides, certains transportant des marchandises pour payer leur voyage et d’autres des nouvelles locales qu’ils partageaient avec les provinces.

Pendant des générations, les savants ont fait leur voyage vers la ville, apportant leurs concepts et leurs idées, contribuant à l’entreprise scientifique et documentant le voyage, notant l’importance historique et culturelle du pèlerinage. Nombre de ces savants sont restés à La Mecque. D’autres se sont installés à Médine ou se sont dirigés vers le nord, vers des villes islamiques d’envergure comme Kufa, Jérusalem, Damas et Le Caire, pour poursuivre leurs études.

Avant le XIXe siècle et l’ère moderne, ces voyages auraient été longs et périlleux. Bien que le rituel proprement dit soit resté inchangé depuis plus de 1 300 ans, les difficultés rencontrées pour atteindre la ville de La Mecque se sont allégées et les moyens d’y parvenir ont changé de façon spectaculaire : les avions transportent les gens, les bus et les voitures remplacent les chameaux, et les réservations du Hajj se font par internet.

Ces itinéraires ont disparu il y a à peine un demi-siècle, mais ils sont bien documentés et conservés en mémoire car ils symbolisent les difficultés que les pèlerins ont dû surmonter pour accomplir le Hajj. Ils préserveront à jamais les traces spirituelles de millions de musulmans pieux lors de leurs voyages culminants.

Des pèlerins de tous horizons ont partagé un désir spirituel qui les a amenés en masse à traverser océans, déserts et continents. C’est encore le cas aujourd’hui et leur nombre s’accroit d’année en année.  

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com