L'ONU, les USA et les Pays-bas pourront-ils désamorcer la «bombe à retardement» Safer?

Les Nations unies s'efforcent d'empêcher que le navire de stockage de pétrole FSO Safer (à gauche), utilisé par les Houthis comme monnaie d'échange, ne provoque une marée noire (Photo, AP/AFP)
Les Nations unies s'efforcent d'empêcher que le navire de stockage de pétrole FSO Safer (à gauche), utilisé par les Houthis comme monnaie d'échange, ne provoque une marée noire (Photo, AP/AFP)
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Publié le Mercredi 01 juin 2022

L'ONU, les USA et les Pays-bas pourront-ils désamorcer la «bombe à retardement» Safer?

  • L'objectif est de récolter 134 millions d’euros, dont plus de 74,5 millions serviront à décharger la cargaison de pétrole du navire
  • Le temps presse si l'on veut que le plan, qui consiste en deux voies simultanées, soit couronné de succès

DJEDDAH: La saga du Safer se poursuit avec une tentative de l'ONU de collecter des fonds pour sauver le navire en détresse qui est ancré près de la côte yéménite de la mer Rouge depuis 1988.
L'objectif est de réunir 134 millions d’euros, dont plus de 74,5 millions serviront à décharger la cargaison de pétrole à bord du Safer. À cette fin, les gouvernements des États-Unis et des Pays-Bas, représentés par l'ambassadeur néerlandais aux États-Unis, Andre Haspels, ont organisé conjointement une réunion vendredi à laquelle ont assisté Tim Lenderking, l'envoyé spécial américain pour le Yémen, et des représentants de la communauté diplomatique à Washington.
«Nous exhortons les donateurs publics et privés à envisager des contributions généreuses afin d’aider à prévenir une fuite, un déversement ou une explosion, dont les effets détruiraient les moyens de subsistance, le tourisme et le commerce dans l'une des voies de navigation vitales du monde», peut-on lire dans une déclaration commune, en référence au navire abandonné.
L'objectif du plan coordonné par les Nations unies est d'éviter une catastrophe économique, humanitaire et environnementale qui pourrait affecter non seulement le Yémen, où 17 millions de personnes dépendent de l'aide humanitaire, mais aussi la région dans son ensemble.

Les dégâts subis par le Safer (ci-dessus) font craindre une marée noire imminente due à une fuite ou une explosion. (Photo, AFP).


«Le Safer est une bombe à retardement et il est temps de résoudre ce problème», a jugé l'analyste politique le Dr Hamdan al-Chehri à Arab News.
«Le navire traîne depuis sept ans sans être surveillé. Il est de la responsabilité de la communauté internationale de faire pression sur les Houthis à tous les niveaux pour résoudre les nombreux problèmes auxquels sont confrontés le Yémen et les Yéménites, en particulier le différend sur le Safer.»
Le navire, qui se dégrade au large du port de Ras Issa en l'absence de toute maintenance, contiendrait 1,1 million de barils de pétrole, soit quatre fois la quantité qui s'est écoulée dans la baie du Prince-William, en Alaska, à la suite de la catastrophe de l'Exxon Valdez en 1989.
Mis en service en 1976 comme pétrolier et transformé une décennie plus tard en installation flottante de stockage et de déchargement (FSO), le Safer a cessé ses activités de production, de déchargement et de maintenance en 2015 avec l'éclatement de la guerre et la prise de l'ouest du Yémen par les Houthis.
Le navire est actuellement amarré à environ 4,8 miles nautiques au large des côtes du gouvernorat d’Al-Hodeïda au Yémen. Compte tenu de la détérioration constante de sa structure, il existe un risque imminent de déversement de pétrole par fuite ou explosion.
En mars, après des années de pourparlers entre les principales parties concernées, les Houthis, alliés de l’Iran, ont apparemment accepté d’autoriser les Nations unies à décharger le pétrole stocké dans des barils sur le Safer. Mohammed Ali al-Houthi, le chef du Comité révolutionnaire suprême des Houthis, a confirmé via Twitter la signature d'un protocole d'accord avec l'ONU.
Le plan coordonné par les Nations unies, qui est soutenu par le gouvernement yéménite, comporte deux volets qui fonctionnent simultanément. Le premier prévoit l'installation d'un remplacement à long terme du Safer dans un délai de dix-huit mois, tandis que le second implique le transfert de la cargaison de pétrole vers un navire temporaire sur une période de quatre mois.
Les Nations unies ont l'intention de maintenir le Safer et le navire temporaire en place jusqu'à ce que tout le pétrole soit transféré sur le navire de remplacement permanent. Ensuite, le navire rouillé sera remorqué vers un chantier naval et vendu à la casse.
En avril, Lenderking, l'envoyé spécial des États-Unis pour le Yémen, l'ambassadeur néerlandais au Yémen, Peter Derrek Hoff, et le coordinateur résident et humanitaire des Nations unies pour le Yémen, David Gressly, ont effectué une tournée dans la région dans le cadre d'une mission dirigée par les Nations unies visant à sensibiliser le public à la menace que représente le Safer et à collecter des fonds pour le plan des Nations unies.

Des représentants de l'Arabie saoudite, de Djibouti, de l'Égypte, de la Jordanie, du Soudan et du Yémen ont envoyé en 2020 une lettre adressée au président du Conseil de sécurité (Photo, Reuters).


Un mois plus tard, un plan conçu par Gressly pour superviser les tentatives de l'ONU de collecter plus de 74,5 millions d’euros auprès des donateurs a été lancé. Jusqu'à présent, cependant, l'organisme mondial n'a pu réunir qu’environ 37,3 millions d’euros.
Pendant ce temps, le temps presse pour le plan de sauvetage.

EN chiffres

* 181 millions – de litres de pétrole stockés dans le Safer en dégradation.
* 1,7 million – de personnes travaillant dans le secteur de la pêche en danger en cas de fuite ou d'explosion.

«Si nous ne recevons pas d'urgence des fonds suffisants, la fenêtre météorologique favorable pour transférer le pétrole se fermera», a averti Auke Lootsma, représentant résident du Programme des Nations unies pour le développement au Yémen.
«En octobre, les vents violents et les courants instables rendent l'opération plus dangereuse et augmentent le risque que le navire se brise.»
Une marée noire massive du Safer dévasterait les communautés de pêcheurs de la côte de la mer Rouge et ferait des ravages sur l’eau, les récifs et les mangroves des États riverains, notamment l'Arabie saoudite, l'Érythrée, Djibouti, la Somalie et le Yémen lui-même.
Cela entraînerait également la perturbation, voire la fermeture, des ports d’Al-Hodeïda et d'As Salif, ce qui entraverait considérablement l'activité commerciale dans tout le Yémen et la capacité du pays à recevoir de l'aide humanitaire.
Quoi qu'il en soit, le coût du nettoyage seul devrait s'élever à 18,6 millions d’euros.
«Lorsque les Houthis ont pris le pouvoir dans cette partie du Yémen en 2015, ils ont repris le Safer, mais ils n'avaient pas le savoir-faire nécessaire pour l'entretenir», a indiqué Al-Chehri. «Depuis lors, ils utilisent l'état structurel alarmant du navire comme monnaie d'échange, dans le but de s'emparer du produit de la vente du pétrole sur le marché ou de vendre le pétrole au marché noir afin de réaliser d'autres gains.»
Al-Chehri a ajouté: «En ce qui concerne le Safer, les Houthis n'accepteront pas facilement de faire ce qu'il faut, mais avec de la pression, ils pourraient le faire. Cela permettrait d'éviter une catastrophe dont les répercussions se feraient sentir à des milliers de kilomètres de là. L'acheminement de l'aide humanitaire par les voies de navigation vitales du détroit de Bab al-Mandeb serait, sans aucun doute, perturbé.»

Le système de tuyauterie externe du FSO Safer amarré au large du port de Ras Issa, au Yémen et la défaillance du tuyau qui a entraîné un déversement. (Photo, AFP).


Cela dit, Al-Chehri a cité deux développements, la signature du mémorandum par les Houthis et le cessez-le-feu de deux mois actuellement en vigueur, la première trêve à l'échelle nationale depuis 2016, comme étant de bon augure pour l'avenir du Yémen. Selon lui, l'ouverture de la route de Taïz pourrait contribuer à mettre fin aux querelles de factions en cours et, avec de la chance, même à l'occupation des Houthis.
«Mais pour vraiment montrer leurs bonnes intentions, les Houthis doivent coopérer avec la communauté internationale et le gouvernement légitime du Yémen, ainsi qu'avec son peuple et ses voisins régionaux. Ils doivent également cesser d'utiliser le navire comme levier politique», a-t-il ajouté.
«Si les Houthis ne font pas preuve de cet esprit de coopération, cela aurait des conséquences désastreuses non seulement pour le Yémen mais aussi pour toute la région.»
De manière significative, les ambassadeurs des Nations unies de Djibouti, d'Égypte, de Jordanie, d'Arabie saoudite, du Soudan et du Yémen ont envoyé en 2020 une lettre adressée au président du Conseil de sécurité, attirant l'attention sur les risques que la cargaison flottante fait courir à la région et appelant à une action immédiate pour éviter deux scénarios cauchemardesques.
Le premier serait la catastrophe écologique résultant du déversement de 181 millions de litres dans la mer Rouge, riche en vie marine. Le second serait les ravages causés par les nuages noirs de gaz toxiques libérés par une explosion. Outre les dommages causés à la santé de quelque 3 millions de personnes à Al-Hodeïda, 4% des terres agricoles productives du Yémen subiraient la destruction des cultures sur pied de haricots, de fruits et de légumes, pour un montant de plus de 65,2 millions d’euros.
Le déversement pourrait entraîner la fermeture du port d'Al-Hodeïda pendant plusieurs mois, ce qui empêcherait la livraison du carburant et des produits de première nécessité dont la population locale a tant besoin. Cela provoquerait aussi une hausse des prix du carburant pouvant atteindre 800% et doublerait le coût des produits dans un pays déjà frappé par la pauvreté.
Une déclaration publiée par les Nations unies et le gouvernement néerlandais le 11 mai indique clairement que le calendrier et le financement du plan de prévention de la marée noire sont essentiels.
Le Dr Hamdan souligne que le règlement de la question de la sécurité est une priorité de longue date pour les acteurs régionaux, notamment l'Arabie saoudite, qui appelle à la résolution des nombreuses questions qui maintiennent le Yémen dans un conflit inutile.
«La communauté internationale est responsable de tout ce chaos», a déclaré Al-Chehri à Arab News. «Sa position passive est interprétée par les Houthis comme un feu vert pour poursuivre leurs activités, donc seule la communauté internationale peut, et doit, résoudre cette question une fois pour toutes. La solution demeure entre ses mains.»


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: le chef du Hezbollah défiant, les forces israéliennes avancent dans le sud

Le chef du Hezbollah pro-iranien s'est dit mercredi soir déterminé à "faire face" à Israël, dont l'armée est entrée dans plusieurs localités frontalières dans le sud du Liban tout en poursuivant le pilonnage de vastes régions du pays, entraîné dans la guerre régionale. (AFP)
Le chef du Hezbollah pro-iranien s'est dit mercredi soir déterminé à "faire face" à Israël, dont l'armée est entrée dans plusieurs localités frontalières dans le sud du Liban tout en poursuivant le pilonnage de vastes régions du pays, entraîné dans la guerre régionale. (AFP)
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  • Le Hezbollah fera face à "l'agression israélo-américaine" et ne se rendra pas, a assuré son chef Naïm Qassem
  • Israël, qui élargit le champ de ses attaques au Liban, a ordonné mercredi à tous les habitants d'une partie du sud d'évacuer, alors que les autorités libanaises ont recensé 72 morts et 83.000 déplacés depuis lundi

BEYROUTH: Le chef du Hezbollah pro-iranien s'est dit mercredi soir déterminé à "faire face" à Israël, dont l'armée est entrée dans plusieurs localités frontalières dans le sud du Liban tout en poursuivant le pilonnage de vastes régions du pays, entraîné dans la guerre régionale.

Le Hezbollah fera face à "l'agression israélo-américaine" et ne se rendra pas, a assuré son chef Naïm Qassem dans un discours diffusé sur la chaîne de son parti, le premier depuis le début samedi de l'attaque américano-israélienne contre l'Iran.

Israël, qui élargit le champ de ses attaques au Liban, a ordonné mercredi à tous les habitants d'une partie du sud d'évacuer, alors que les autorités libanaises ont recensé 72 morts et 83.000 déplacés depuis lundi.

Le Liban a été entraîné lundi dans la guerre après une première attaque contre Israël du mouvement chiite, qui affirmait vouloir "venger" la mort du guide iranien Ali Khamenei.

Le Hezbollah a revendiqué mercredi au moins 15 attaques contre Israël, dont une à l'aide de drones contre les industries aérospatiales israéliennes dans le centre du pays, ciblant pour la première fois une région aussi éloignée de la frontière.

Il a également dit avoir visé à l'aide d'un "missile de précision" une base militaire du nord du pays.

Dans le sud du Liban, le Hezbollah a rapporté pour la première fois des affrontements "directs" avec des soldats israéliens entrés dans le village de Khiam, à six kilomètres de la frontière avec Israël.

La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul) a annoncé avoir observé "plusieurs mouvements et activités militaires de l'armée" israélienne dans des localités frontalières dont Khiam.

Des vidéos de l'AFP montrent deux chars israéliens avancer dans des quartiers résidentiels de ce village.

L'armée israélienne a de son côté annoncé avoir déployé "sur plusieurs positions" du sud du Liban des soldats, avec des unités "de l'infanterie, des blindés et du génie".

Dans le même temps, l'armée israélienne a demandé aux habitants d'évacuer une vaste zone dans le sud du Liban, entre la frontière avec Israël et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Fausses alertes 

L'aviation israélienne a elle élargi le champ de ses frappes, visant pour la première fois un hôtel à Hazmieh, une banlieue chrétienne de Beyrouth proche du palais présidentiel et de nombreuses missions diplomatiques.

Des images de l'AFP ont montré le bâtiment de l'hôtel Comfort dont certaines chambres sont éventrées, et des blessés recevant des soins à la réception. Il n'a pas été possible de savoir quelle cible était visée par cette attaque.

Lena, une habitante de ce quartier résidentiel cossu, affirme avoir cru que la banlieue sud qu'il surplombe était visée.

"Je me suis bien trompée. A deux pas de chez moi, un hôtel était la cible cette fois-ci", dit à l'AFP cette femme de 59 ans.

Dans le même temps, des habitants de plusieurs régions libanaises ont indiqué à l'AFP avoir reçu un message enregistré au téléphone leur demandant d'évacuer, provoquant la panique. L'AFP n'a pas pu s'assurer de la véracité de ces alertes.

L'un de ces appels est parvenu au poste-frontière de Masnaa avec la Syrie, qui a été brièvement fermé avant de vérifier qu'il s'agissait d'une fausse alerte, a indiqué un responsable de sécurité à l'AFP.

La banlieue sud visée 

Une série de frappes a en outre visé mercredi matin la banlieue sud de Beyrouth, après des ordres d'évacuation de l'armée israélienne.

L'une des frappes a visé un immeuble proche d'un important hôpital, selon un photographe de l'AFP.

Au sud de la capitale libanaise, des attaques ont visé Aramoun et Saadiyat, des zones résidentielles qui ne font pas partie des bastions du Hezbollah.

Les frappes ont également visé un immeuble de quatre étages dans la ville millénaire de Baalbeck, dans l'est du Liban, où le Hezbollah est fortement implanté.

Trois secouristes ont été tués alors qu'ils portaient assistance à des personnes blessées dans des explosions dans le district de Tyr (sud), selon le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus.

"Les parties belligérantes doivent respecter le droit international humanitaire et protéger les professionnels de santé", a-t-il rappelé.

 


Turquie: un missile tiré depuis l'Iran se dirigeant vers l'espace aérien turc a été détruit 

Un missile tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers l'espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan basés en Méditerranée orientale, a affirmé mercredi le ministère turc de la Défense. (AFP)
Un missile tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers l'espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan basés en Méditerranée orientale, a affirmé mercredi le ministère turc de la Défense. (AFP)
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  • "Un missile balistique tiré d'Iran se dirigeant vers l'espace aérien turc après avoir survolé les espaces aériens irakien et syrien, a été intercepté et neutralisé à temps par les éléments de défense aérienne et antimissile de l'Otan"
  • "Toutes les mesures nécessaires à la défense de notre territoire et de notre espace aérien seront prises avec fermeté et sans hésitation. Nous vous rappelons que nous nous réservons le droit de répondre à toute action hostile contre notre pays"

ANKARA: Un missile tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers l'espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan basés en Méditerranée orientale, a affirmé mercredi le ministère turc de la Défense.

"Un missile balistique tiré d'Iran se dirigeant vers l'espace aérien turc après avoir survolé les espaces aériens irakien et syrien, a été intercepté et neutralisé à temps par les éléments de défense aérienne et antimissile de l'Otan déployés en Méditerranée orientale. (...) L'incident n'a fait ni victimes ni blessés", a affirmé le ministère turc dans un communiqué publié sur X.

"Toutes les mesures nécessaires à la défense de notre territoire et de notre espace aérien seront prises avec fermeté et sans hésitation. Nous vous rappelons que nous nous réservons le droit de répondre à toute action hostile contre notre pays", a ajouté le ministère.

Un débris appartenant à une munition de défense aérienne est tombé dans le district de Dörtyol, dans la province de Hatay, dans le sud-est du pays, a précisé le ministère.

"Toute action hostile recevra la réponse appropriée dans le cadre du droit international. La consultation et la coopération avec l'OTAN et nos alliés se poursuivront tout au long de ce processus", a de son côté affirmé sur X le directeur des communications de la présidence turque Burhanettin Duran.

"Nous réitérons notre avertissement à toutes les parties : elles doivent s'abstenir de toute action susceptible d'exacerber les tensions dans la région", a-t-il conclu.

 


L'Iran de nouveau cible de frappes d'ampleur dans une guerre qui ne faiblit pas

L'Iran sous de nouvelles bombes israélo-américaines, les Gardiens de la Révolution qui revendiquent le contrôle du détroit d'Ormuz et des frappes d'Israël qui s'intensifient au Liban: la guerre au Moyen-Orient ne montre aucun signe d'essoufflement mercredi, au cinquième jour du conflit. (AFP)
L'Iran sous de nouvelles bombes israélo-américaines, les Gardiens de la Révolution qui revendiquent le contrôle du détroit d'Ormuz et des frappes d'Israël qui s'intensifient au Liban: la guerre au Moyen-Orient ne montre aucun signe d'essoufflement mercredi, au cinquième jour du conflit. (AFP)
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  • Nouvelles explosions aux quatre coins de la région, frappes d'ampleur et riposte iranienne sur des cibles américaines dans le Golfe: le même scénario se répète depuis samedi et le monde retient son souffle
  • A Téhéran, aux allures de ville morte dont les habitants restent cloîtrés chez eux pour ceux qui ne sont pas partis, des obsèques nationales se tiendront mercredi soir pour Ali Khamenei

TEHERAN: L'Iran sous de nouvelles bombes israélo-américaines, les Gardiens de la Révolution qui revendiquent le contrôle du détroit d'Ormuz et des frappes d'Israël qui s'intensifient au Liban: la guerre au Moyen-Orient ne montre aucun signe d'essoufflement mercredi, au cinquième jour du conflit.

Nouvelles explosions aux quatre coins de la région, frappes d'ampleur et riposte iranienne sur des cibles américaines dans le Golfe: le même scénario se répète depuis samedi et le monde retient son souffle.

A Téhéran, aux allures de ville morte dont les habitants restent cloîtrés chez eux pour ceux qui ne sont pas partis, des obsèques nationales se tiendront mercredi soir pour Ali Khamenei, intransigeant guide suprême pendant 36 ans, tué samedi au début de l'offensive.

Alors que le pouvoir s'organise pour assurer sa succession, Israël a prévenu que tout remplaçant serait "une cible" destinée à être assassinée.

De très fortes détonations secouent régulièrement la capitale iranienne, provoquant d'épais nuages de fumée grise s'élevant dans le ciel bleu, selon des journalistes de l'AFP.

"Nous avons dormi par terre, la tête protégée, au milieu de l'appartement, à distance égale des fenêtres de la chambre et du salon, pour être en sécurité si les ondes de choc brisaient les vitres", raconte Amir, 50 ans.

"Presque tout détruit" 

Face à cet embrasement, les marchés asiatiques ont plongé mercredi, la place de Séoul dévissant de 12% et suspendant temporairement les cotations, tandis que le pétrole grimpe, guettant les développements dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Le trafic maritime y est toujours paralysé et les Gardiens de la Révolution, force chargée des opérations extérieures iraniennes, ont assuré mercredi avoir le contrôle "total" du détroit, par lequel transitent 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

Le général Ebrahim Jabbari a promis de "brûler tout navire" qui tenterait de le franchir.

Et un conseiller du guide défunt a prévenu mercredi que l'Iran était prêt à "poursuivre la guerre". "Aussi longtemps que nous le souhaitons", a assuré Mohammad Mokhbar.

Depuis samedi, le pays est pilonné sans relâche: les Etats-Unis, qui disent avoir frappé "près de 2.000 cibles", ont "presque tout détruit" et tué la plupart des responsables dans leur viseur, s'est félicité le président américain Donald Trump.

L'armée israélienne multiplie elle aussi les frappes "à grande échelle", contre "des cibles du régime terroriste iranien", et a abattu un avion de combat iranien au-dessus de la capitale.

Parmi les lieux touchés, les centres du pouvoir, comme les ministères, les tribunaux ou le quartier général des Gardiens de la Révolution, l'aéroport Mehrabad de Téhéran, qui assure principalement des vols intérieurs, ou le palais historique du Golestan, l'un des sites touristiques de la capitale.

Chambres éventrées 

Israël lutte aussi sur le front libanais, où elle a élargi le champ de ses frappes, visant le secteur du palais présidentiel près de Beyrouth et d'autres zones au sud de la capitale, ainsi que des bastions du Hezbollah pro-iranien.

A Hazmieh, banlieue chrétienne de Beyrouth proche du palais et de nombreuses missions diplomatiques, des images de l'AFP montrent le bâtiment d'un hôtel aux chambres éventrées, et des blessés recevoir des soins à la réception.

Lena, une habitante de ce quartier résidentiel cossu, affirme avoir cru que la banlieue sud qu'il surplombe était visée. "Je me suis bien trompée. A deux pas de chez moi, un hôtel était la cible cette fois-ci", dit à l'AFP cette femme de 59 ans.

Le Liban a été entraîné lundi dans la guerre régionale après une première attaque contre Israël du mouvement chiite, qui affirmait vouloir "venger" la mort d'Ali Khamenei.

Au total, une soixantaine de personnes ont été tuées et plus de 58.000 personnes déplacées, selon les autorités libanaises.

Evacuations en série 

Côté iranien, le Croissant-Rouge iranien a annoncé mardi plus de 780 morts depuis le début de la guerre, un bilan que l'AFP n'a pu vérifier.

Dans le camp adverse, six militaires américains ont été tués, selon le Pentagone. Et en Israël, d'après les services de secours, dix personnes sont mortes dans des frappes iraniennes.

Au début de l'attaque, Donald Trump avait appelé le peuple iranien à renverser la République islamique, instaurée en 1979.

Mais si les Etats-Unis souhaitent la chute du pouvoir actuel, le principal objectif déclaré est d'empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique - intention que Téhéran dément - et de détruire ses capacités balistiques, d'après Israël.

L'armée israélienne a affirmé avoir frappé un centre militaire souterrain secret du programme nucléaire iranien, dans la région de Téhéran.

Pendant ce temps, l'Iran poursuit ses frappes sur des cibles américaines, notamment dans les pays du Golfe, et israéliennes.

Elles ont fait neuf morts dans les monarchies de la région, dont une fillette de 11 ans tuée mercredi par la chute de débris dans une zone résidentielle au Koweït.

Les drones et missiles iraniens ont aussi visé les ambassades américaines et provoqué des dégâts et incendies dans des sites aussi emblématiques que The Palm, l'île artificielle emblématique de Dubaï.

Un coup dur pour ces destinations, réputées parmi les plus sûres du Moyen-Orient, et abritant des infrastructures énergétiques vitales pour la production d'hydrocarbures mondiale.

Quelque 9.000 Américains ont quitté le Moyen-Orient depuis le début des hostilités.

Mais des milliers de vols ont été annulés et de nombreux touristes bloqués. Paris, Berlin ou Londres ont organisé des vols pour rapatrier leurs ressortissants, comme Emmy Coutelier, 18 ans, arrivée mercredi à l'aéroport de Roissy en provenance d'Oman. Elle raconte, encore sous le choc, sa profonde peur, quand a résonné une "alarme en pleine nuit" et sa fuite dans un abri au sous-sol.