L'ONU, les USA et les Pays-bas pourront-ils désamorcer la «bombe à retardement» Safer?

Les Nations unies s'efforcent d'empêcher que le navire de stockage de pétrole FSO Safer (à gauche), utilisé par les Houthis comme monnaie d'échange, ne provoque une marée noire (Photo, AP/AFP)
Les Nations unies s'efforcent d'empêcher que le navire de stockage de pétrole FSO Safer (à gauche), utilisé par les Houthis comme monnaie d'échange, ne provoque une marée noire (Photo, AP/AFP)
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Publié le Mercredi 01 juin 2022

L'ONU, les USA et les Pays-bas pourront-ils désamorcer la «bombe à retardement» Safer?

  • L'objectif est de récolter 134 millions d’euros, dont plus de 74,5 millions serviront à décharger la cargaison de pétrole du navire
  • Le temps presse si l'on veut que le plan, qui consiste en deux voies simultanées, soit couronné de succès

DJEDDAH: La saga du Safer se poursuit avec une tentative de l'ONU de collecter des fonds pour sauver le navire en détresse qui est ancré près de la côte yéménite de la mer Rouge depuis 1988.
L'objectif est de réunir 134 millions d’euros, dont plus de 74,5 millions serviront à décharger la cargaison de pétrole à bord du Safer. À cette fin, les gouvernements des États-Unis et des Pays-Bas, représentés par l'ambassadeur néerlandais aux États-Unis, Andre Haspels, ont organisé conjointement une réunion vendredi à laquelle ont assisté Tim Lenderking, l'envoyé spécial américain pour le Yémen, et des représentants de la communauté diplomatique à Washington.
«Nous exhortons les donateurs publics et privés à envisager des contributions généreuses afin d’aider à prévenir une fuite, un déversement ou une explosion, dont les effets détruiraient les moyens de subsistance, le tourisme et le commerce dans l'une des voies de navigation vitales du monde», peut-on lire dans une déclaration commune, en référence au navire abandonné.
L'objectif du plan coordonné par les Nations unies est d'éviter une catastrophe économique, humanitaire et environnementale qui pourrait affecter non seulement le Yémen, où 17 millions de personnes dépendent de l'aide humanitaire, mais aussi la région dans son ensemble.

Les dégâts subis par le Safer (ci-dessus) font craindre une marée noire imminente due à une fuite ou une explosion. (Photo, AFP).


«Le Safer est une bombe à retardement et il est temps de résoudre ce problème», a jugé l'analyste politique le Dr Hamdan al-Chehri à Arab News.
«Le navire traîne depuis sept ans sans être surveillé. Il est de la responsabilité de la communauté internationale de faire pression sur les Houthis à tous les niveaux pour résoudre les nombreux problèmes auxquels sont confrontés le Yémen et les Yéménites, en particulier le différend sur le Safer.»
Le navire, qui se dégrade au large du port de Ras Issa en l'absence de toute maintenance, contiendrait 1,1 million de barils de pétrole, soit quatre fois la quantité qui s'est écoulée dans la baie du Prince-William, en Alaska, à la suite de la catastrophe de l'Exxon Valdez en 1989.
Mis en service en 1976 comme pétrolier et transformé une décennie plus tard en installation flottante de stockage et de déchargement (FSO), le Safer a cessé ses activités de production, de déchargement et de maintenance en 2015 avec l'éclatement de la guerre et la prise de l'ouest du Yémen par les Houthis.
Le navire est actuellement amarré à environ 4,8 miles nautiques au large des côtes du gouvernorat d’Al-Hodeïda au Yémen. Compte tenu de la détérioration constante de sa structure, il existe un risque imminent de déversement de pétrole par fuite ou explosion.
En mars, après des années de pourparlers entre les principales parties concernées, les Houthis, alliés de l’Iran, ont apparemment accepté d’autoriser les Nations unies à décharger le pétrole stocké dans des barils sur le Safer. Mohammed Ali al-Houthi, le chef du Comité révolutionnaire suprême des Houthis, a confirmé via Twitter la signature d'un protocole d'accord avec l'ONU.
Le plan coordonné par les Nations unies, qui est soutenu par le gouvernement yéménite, comporte deux volets qui fonctionnent simultanément. Le premier prévoit l'installation d'un remplacement à long terme du Safer dans un délai de dix-huit mois, tandis que le second implique le transfert de la cargaison de pétrole vers un navire temporaire sur une période de quatre mois.
Les Nations unies ont l'intention de maintenir le Safer et le navire temporaire en place jusqu'à ce que tout le pétrole soit transféré sur le navire de remplacement permanent. Ensuite, le navire rouillé sera remorqué vers un chantier naval et vendu à la casse.
En avril, Lenderking, l'envoyé spécial des États-Unis pour le Yémen, l'ambassadeur néerlandais au Yémen, Peter Derrek Hoff, et le coordinateur résident et humanitaire des Nations unies pour le Yémen, David Gressly, ont effectué une tournée dans la région dans le cadre d'une mission dirigée par les Nations unies visant à sensibiliser le public à la menace que représente le Safer et à collecter des fonds pour le plan des Nations unies.

Des représentants de l'Arabie saoudite, de Djibouti, de l'Égypte, de la Jordanie, du Soudan et du Yémen ont envoyé en 2020 une lettre adressée au président du Conseil de sécurité (Photo, Reuters).


Un mois plus tard, un plan conçu par Gressly pour superviser les tentatives de l'ONU de collecter plus de 74,5 millions d’euros auprès des donateurs a été lancé. Jusqu'à présent, cependant, l'organisme mondial n'a pu réunir qu’environ 37,3 millions d’euros.
Pendant ce temps, le temps presse pour le plan de sauvetage.

EN chiffres

* 181 millions – de litres de pétrole stockés dans le Safer en dégradation.
* 1,7 million – de personnes travaillant dans le secteur de la pêche en danger en cas de fuite ou d'explosion.

«Si nous ne recevons pas d'urgence des fonds suffisants, la fenêtre météorologique favorable pour transférer le pétrole se fermera», a averti Auke Lootsma, représentant résident du Programme des Nations unies pour le développement au Yémen.
«En octobre, les vents violents et les courants instables rendent l'opération plus dangereuse et augmentent le risque que le navire se brise.»
Une marée noire massive du Safer dévasterait les communautés de pêcheurs de la côte de la mer Rouge et ferait des ravages sur l’eau, les récifs et les mangroves des États riverains, notamment l'Arabie saoudite, l'Érythrée, Djibouti, la Somalie et le Yémen lui-même.
Cela entraînerait également la perturbation, voire la fermeture, des ports d’Al-Hodeïda et d'As Salif, ce qui entraverait considérablement l'activité commerciale dans tout le Yémen et la capacité du pays à recevoir de l'aide humanitaire.
Quoi qu'il en soit, le coût du nettoyage seul devrait s'élever à 18,6 millions d’euros.
«Lorsque les Houthis ont pris le pouvoir dans cette partie du Yémen en 2015, ils ont repris le Safer, mais ils n'avaient pas le savoir-faire nécessaire pour l'entretenir», a indiqué Al-Chehri. «Depuis lors, ils utilisent l'état structurel alarmant du navire comme monnaie d'échange, dans le but de s'emparer du produit de la vente du pétrole sur le marché ou de vendre le pétrole au marché noir afin de réaliser d'autres gains.»
Al-Chehri a ajouté: «En ce qui concerne le Safer, les Houthis n'accepteront pas facilement de faire ce qu'il faut, mais avec de la pression, ils pourraient le faire. Cela permettrait d'éviter une catastrophe dont les répercussions se feraient sentir à des milliers de kilomètres de là. L'acheminement de l'aide humanitaire par les voies de navigation vitales du détroit de Bab al-Mandeb serait, sans aucun doute, perturbé.»

Le système de tuyauterie externe du FSO Safer amarré au large du port de Ras Issa, au Yémen et la défaillance du tuyau qui a entraîné un déversement. (Photo, AFP).


Cela dit, Al-Chehri a cité deux développements, la signature du mémorandum par les Houthis et le cessez-le-feu de deux mois actuellement en vigueur, la première trêve à l'échelle nationale depuis 2016, comme étant de bon augure pour l'avenir du Yémen. Selon lui, l'ouverture de la route de Taïz pourrait contribuer à mettre fin aux querelles de factions en cours et, avec de la chance, même à l'occupation des Houthis.
«Mais pour vraiment montrer leurs bonnes intentions, les Houthis doivent coopérer avec la communauté internationale et le gouvernement légitime du Yémen, ainsi qu'avec son peuple et ses voisins régionaux. Ils doivent également cesser d'utiliser le navire comme levier politique», a-t-il ajouté.
«Si les Houthis ne font pas preuve de cet esprit de coopération, cela aurait des conséquences désastreuses non seulement pour le Yémen mais aussi pour toute la région.»
De manière significative, les ambassadeurs des Nations unies de Djibouti, d'Égypte, de Jordanie, d'Arabie saoudite, du Soudan et du Yémen ont envoyé en 2020 une lettre adressée au président du Conseil de sécurité, attirant l'attention sur les risques que la cargaison flottante fait courir à la région et appelant à une action immédiate pour éviter deux scénarios cauchemardesques.
Le premier serait la catastrophe écologique résultant du déversement de 181 millions de litres dans la mer Rouge, riche en vie marine. Le second serait les ravages causés par les nuages noirs de gaz toxiques libérés par une explosion. Outre les dommages causés à la santé de quelque 3 millions de personnes à Al-Hodeïda, 4% des terres agricoles productives du Yémen subiraient la destruction des cultures sur pied de haricots, de fruits et de légumes, pour un montant de plus de 65,2 millions d’euros.
Le déversement pourrait entraîner la fermeture du port d'Al-Hodeïda pendant plusieurs mois, ce qui empêcherait la livraison du carburant et des produits de première nécessité dont la population locale a tant besoin. Cela provoquerait aussi une hausse des prix du carburant pouvant atteindre 800% et doublerait le coût des produits dans un pays déjà frappé par la pauvreté.
Une déclaration publiée par les Nations unies et le gouvernement néerlandais le 11 mai indique clairement que le calendrier et le financement du plan de prévention de la marée noire sont essentiels.
Le Dr Hamdan souligne que le règlement de la question de la sécurité est une priorité de longue date pour les acteurs régionaux, notamment l'Arabie saoudite, qui appelle à la résolution des nombreuses questions qui maintiennent le Yémen dans un conflit inutile.
«La communauté internationale est responsable de tout ce chaos», a déclaré Al-Chehri à Arab News. «Sa position passive est interprétée par les Houthis comme un feu vert pour poursuivre leurs activités, donc seule la communauté internationale peut, et doit, résoudre cette question une fois pour toutes. La solution demeure entre ses mains.»


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trois journalistes libanais, dont un de la chaîne du Hezbollah, tués par une frappe israélienne

Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
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  • Trois journalistes ont été tués dans une frappe israélienne au sud du Liban, suscitant de vives condamnations des autorités libanaises, qui dénoncent un « crime de guerre »
  • Le conflit entre Israël et le Hezbollah s’intensifie, avec de lourdes pertes civiles, des attaques contre des secouristes et une aggravation de la crise humanitaire

BEYROUTH: Trois journalistes libanais, dont un correspondant vedette de la chaîne al-Manar du Hezbollah, ont été tués samedi au Liban, les autorités dénonçant un "crime flagrant".

L'armée israélienne a affirmé avoir tué Ali Shoeib, qu'elle qualifie de membre de la force al-Radwan, unité d'élite du Hezbollah, opérant "sous la couverture d'un journaliste".

Depuis que le Liban a été entraîné le 2 mars dans la guerre régionale par une attaque du Hezbollah pro-iranien contre Israël, 1.189 personnes ont été tuées, dont 124 enfants et 51 secouristes et membres du personnel de santé, dans les frappes israéliennes massives, et plus d'un million ont été déplacées.

Les trois journalistes ont été tués par une frappe qui a visé leur voiture dans la région de Jezzine, éloignée de la frontière, dans le sud du Liban, selon une source militaire et les médias pour lesquels ils travaillaient.

Outre Ali Shoeib, correspondant de guerre de longue date d'al-Manar dans le sud du Liban, la journaliste d'al-Mayadeen, chaîne proche du Hezbollah, Fatima Ftouni, et son frère, le caméraman Mohammed Ftouni, ont été tués.

Le Hezbollah a dénoncé dans un communiqué l'assassinat de son reporter, tandis que des journalistes ont organisé un rassemblement dans le centre de Beyrouth.

- "Crime de guerre" -

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette frappe de "crime flagrant" et a rappelé que "les journalistes bénéficient d'une protection internationale en temps de guerre".

Le premier ministre Nawaf Salam a quant à lui dénoncé "une violation flagrante du droit international humanitaire".

"Ces actes relèvent de la catégorie des crimes de guerre", a fustigé le ministre de l'Information, Paul Morcos.

Cette attaque intervient alors que deux journalistes de la chaîne russe RT ont été blessés le 19 mars dans une frappe israélienne, qui n'était pas "accidentelle" selon Moscou.

Le 17 mars, le directeur des programmes politiques d'al-Manar, Mohammed Cherri, avait été tué aux côtés de sa femme dans une frappe ayant visé son appartement du centre de Beyrouth, et blessé ses enfants et petits-enfants.

Ce n'est pas la première fois que des journalistes de ces deux chaînes sont visés par l'armée israélienne. En octobre 2024, trois reporters, deux d'al-Mayadeen et un d'al-Manar avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud.

En novembre 2023, deux autres journalistes d'al-Mayadeen avaient été tués par une frappe israélienne dans le sud du pays.

Un mois plus tôt, une frappe a tué le vidéaste de l'agence Reuters, Issam Abdallah, et blessé six autres reporters, dont deux de l'AFP, Dylan Collins et Christina Assi, amputée de la jambe droite.

- Neuf secouristes tués -

Le secteur de la santé est aussi durement touché par l'offensive israélienne: samedi, neuf secouristes ont été tués dans plusieurs frappes israéliennes, selon le ministre de la Santé.

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué 46 secouristes et cinq membres du personnel soignant, a précisé Rakan Nassereddine, ajoutant que 75 attaques ont visé des services de secours et de santé.

Samedi, Israël a poursuivi ses frappes aériennes sur plusieurs localités du sud du Liban, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Le Hezbollah a annoncé des attaques contre les forces israéliennes qui progressent dans la région frontalière.

Il a notamment dit avoir frappé un char Merkava à l'aide d'un drone dans la localité de Debel, à majorité chrétienne, où certains habitants sont restés malgré la guerre.

Près de cette localité, un homme qui conduisait sa voiture et son fils ont été tués par "des tirs israéliens", selon l'Ani.

L'armée israélienne a de son côté annoncé poursuivre ses frappes "contre les infrastructures terroristes du Hezbollah à travers le Liban".

Elle a aussi tenté de larguer des tracts au-dessus de Beyrouth, mais le conteneur ne s'est pas ouvert en vol et est tombé sur un immeuble au sud de Beyrouth, selon un journaliste de l'AFP.

L'armée israélienne a ajouté avoir frappé pendant la nuit des dizaines de cibles du Hezbollah et avoir tué vendredi deux responsables de l'unité de communications du mouvement dans une frappe à Beyrouth.

L'armée libanaise, qui reste à l'écart des violences, a annoncé samedi la mort d'un soldat de 29 ans dans une frappe israélienne dans la région de Nabatiyeh.

Il n'était pas en service, selon un porte-parole de l'armée joint par l'AFP.


Au Liban, un demi-million d'élèves privés d'école à cause de la guerre et des déplacements forcés

Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
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  • La guerre au Liban prive près de 500.000 élèves d’école, beaucoup étant déplacés et contraints de suivre des cours à distance dans des conditions précaires
  • Les difficultés d’accès à internet et le manque de ressources aggravent les inégalités, faisant craindre abandon scolaire, fracture numérique et risques accrus pour les élèves les plus vulnérables

BEYROUTH: Dans une salle d'un lycée transformé en centre d'accueil pour déplacés, Ahmad Melhem essaye tant bien que mal de suivre sur sa tablette un cours préenregistré. Comme des centaines de milliers d'élèves libanais, il est privé d'école en raison de la guerre.

"Nous essayons, avec les moyens du bord, de continuer à étudier pour réaliser nos rêves", explique à l'AFP cet adolescent de 17 ans, alors que certains cours à distance ont repris.

Avec sa famille, ils ont dû fuir la banlieue sud de Beyrouth, pilonnée par l'armée israélienne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël, pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au premier jour de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.

Avec d'autres familles, ils ont trouvé refuge dans cette salle du lycée Abdel Kader, au coeur de la capitale.

"On a pris des risques pour aller chercher nos livres scolaires", alors que les frappes israéliennes sont quotidiennes sur la banlieue sud, raconte encore Ahmad Melhem, qui veut à tout prix terminer le lycée.

- "La guerre a tout détruit" -

Au total, près de 500.000 élèves ont dû cesser de se rendre en classe depuis le 2 mars, selon l'Unicef; quelque 350 écoles publiques ont été transformées en centre d'accueil, et les établissements scolaires dans les quartiers et localités bombardés par Israël ont fermé leurs portes pour une durée indéterminée.

Les frappes israéliennes ont tué plus de 1.100 personnes, dont 122 enfants, et déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités libanaises.

Dans la salle de classe où s'étalent matelas et couvertures, Ahmad, qui espère plus tard suivre des études d'ingénieur, s'est aménagé un coin avec ses livres et un écran d'ordinateur, mais il ne dispose pas de connexion internet.

Son école privée de la banlieue sud de Beyrouth a fini par reprendre des cours à distance, deux semaines après le début de la guerre, mais avec des aménagements: les matières facultatives restent suspendues, et les cours durent moins longtemps.

Une ONG a installé une connexion internet dans la cour, qui grouille d'enfants en train de jouer et d'adultes qui discutent autour de narguilés, mais Ahmad dit avoir a du mal à se concentrer.

"Les travaux de groupe et les projets scientifiques me manquent", confie le lycéen, qui décrit les cours en présentiel comme "plus stimulants".

Sa mère, Amira Salameh, 41 ans, tente d'aider son fils cadet, huit ans, à suivre lui aussi l'école en ligne.

"Si je laisse tout seul, il se met à rêvasser", dit-elle.  "La guerre a tout détruit, l'éducation est la seule chose qu'il reste à mes enfants."

- "Fracture numérique" -

L'Unicef s'est en particulier inquiété pour les lycéens comme Ahmad qui doivent passer le baccalauréat cette année, craignant qu'ils ne puissent rejoindre les rangs de l'université l'an prochain.

Autre sujet d'inquiétude: un possible abandon de l'école par les filles et adolescentes sous la menace de "mariages forcés", explique le directeur de l'éducation de l'Unicef au Liban, Atif Ratique.

Dans un lycée professionnel de la banlieue nord de Beyrouth, à Dekwaneh, Aya Zahran, 17 ans, passe ses journées "à cuisiner et à travailler à rendre l'endroit vivable", après avoir elle aussi fui la banlieue sud avec sa famille.

"Nous n'avons qu'un téléphone que l'on partage avec mes frères et soeurs" pour suivre les cours en ligne, et souvent, les liens transmis par l'école publique ne fonctionnent pas, dit l'adolescente.

Une illustration du manque de moyens de ces établissements publics, qui n'ont pas les ressources pour donner des cours à distance, et de la "fracture numérique" entre élèves, notamment ceux du sud du pays, les plus affectés par la guerre, selon M. Rafique.

Ces lacunes ont poussé le ministère de l'Education et l'Unicef à lancer une plateforme en ligne de cours préenregistrés. Un service d'assistance par téléphone où les élèves peuvent joindre un professeur sans avoir besoin de connexion internet a aussi été mis en place par l'Unicef et une ONG libanaise.

"Mes enfants sont d'excellents élèves, je ne veux pas qu'ils arrêtent l'école comme nous quand nous étions enfants", clame Nassima Ismaël, déplacée de l'est du pays, en évoquant sa propre enfance pendant la guerre civile (1975-1990).


L'armée israélienne dit faire face à un tir de missile du Yémen

Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
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  • L'armée israélienne a détecté un missile tiré depuis le Yémen par les Houthis, première menace directe depuis un mois de conflit, déclenchant l'activation des systèmes de défense anti-aérienne
  • Les Houthis, alliés à l'Iran et à l'"axe de la résistance", menacent d'intervenir militairement contre Israël et les États-Unis en cas d'escalade régionale

JERUSALEM: L'armée israélienne a indiqué samedi avoir détecté un tir de missile depuis le Yémen, une première en un mois de guerre au Moyen-Orient, après que les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont menacé de se joindre au conflit.

Les forces israéliennes ont "identifié le tir d'un missile depuis le Yémen en direction du territoire israélien, les systèmes de défense anti-aérienne sont en action pour intercepter cette menace", a indiqué l'armée sur Telegram.

Les Houthis sont alliés à Téhéran au sein de ce que l'Iran a baptisé "axe de la résistance", aux côtés du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien et de groupes armés irakiens pro-iraniens.

"Nous sommes prêts à une intervention militaire directe en cas de nouvelle alliance avec les Etats-Unis et Israël contre l'Iran (...), de conduite d'opérations hostiles à l'Iran ou tout pays musulman depuis la mer Rouge (...), et en cas de poursuite de l'escalade contre la République islamique" d'Iran, a déclaré vendredi le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, dans une vidéo diffusée sur X.

Ces insurgés pro-iraniens, qui contrôlent une grande partie du Yémen, avaient mené de nombreuses attaques contre Israël et les navires commerciaux en mer Rouge pendant la guerre entre Israël et le Hamas palestinien à Gaza, entre 2023 et 2025.

Leurs tirs de missiles et de drones avaient fortement perturbé le trafic dans cette voie maritime stratégique, aujourd'hui utilisée notamment par l'Arabie saoudite pour exporter son pétrole sans passer par le détroit d'Ormuz, où la navigation est bloquée par Téhéran.