Frankly Speaking: Le leadership saoudien est essentiel à toute solution de paix en Palestine, déclare Esawi Frej

Esawi Frej, ministre israélien de la Coopération régionale, lors d'une interview avec Katie Jensen, l'animatrice de Frankly Speaking. (Fournie)
Esawi Frej, ministre israélien de la Coopération régionale, lors d'une interview avec Katie Jensen, l'animatrice de Frankly Speaking. (Fournie)
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Publié le Lundi 03 octobre 2022

Frankly Speaking: Le leadership saoudien est essentiel à toute solution de paix en Palestine, déclare Esawi Frej

  • Frej qualifie l'assassinat de la journaliste d'Al Jazeera Shireen Abu Akleh  d’ « énorme erreur », précise que le tueur reste inconnu et demande une enquête conjointe israélo-palestinienne
  • Il nie que sa position d'Arabe musulman au sein du gouvernement soit symbolique, et rejette à nouveau l'accusation d' « État d'apartheid » lancée par Amnesty International contre Israël

DUBAI: L'Arabie Saoudite doit être impliquée dans toute solution de paix entre les Israéliens et les Palestiniens, a déclaré Esawi Frej, ministre israélien de la coopération régionale, lors d'une interview avec Katie Jensen, l'animatrice de Frankly Speaking, le talk-show d'Arab News qui propose des interviews de décideurs politiques et de chefs d'entreprise de premier plan.

 

Esawi Frej

* Né le 14 décembre 1963 à Kafr Qasim.

* Deuxième ministre musulman de l'histoire d'Israël.

* Petit-fils d'une victime du massacre de Kafr Qasim en 1956.

* A étudié la comptabilité et l'économie à l'Université hébraïque de Jérusalem.

* Parle arabe, anglais et hébreu.

* Partisan de la solution à deux États et des accords d'Abraham.

Frej, qui n'est que le deuxième Arabe musulman à siéger dans un cabinet israélien, tenait ces propos dans un contexte de recrudescence de la violence intercommunautaire dans le conflit qui oppose depuis des décennies les Israéliens juifs aux Palestiniens arabes.

Les dirigeants arabes de la région ont appelé au calme et demandé aux deux parties de reprendre les négociations de paix. Selon Frej, l'implication de l'Arabie saoudite est essentielle pour parvenir à une solution durable.

« Je pense que les dirigeants saoudiens seront au cœur de toute solution à l'avenir. Son Altesse Royale le roi Salmane et le prince héritier Mohammed ben Salmane joueront un rôle central dans tout processus de paix renouvelé », a précisé Frej.

« Nous avons tous besoin de l'Arabie saoudite. »

Le Royaume n'est pas signataire des accords d'Abraham - une série d'accords négociés par les États-Unis en 2020, qui ont contribué à normaliser les relations entre Israël et plusieurs États arabes, dont les EAU, Bahreïn et le Maroc.

Le ministre saoudien des affaires étrangères le prince Faisal ben Farhane, qui s'exprimait au Forum économique mondial de Davos le 24 mai, a réitéré la position du royaume sur les accords, déclarant qu'il ne normaliserait pas les relations avec Israël tant que la question palestinienne ne serait pas réglée.

Cependant, Frej pense que l'Arabie saoudite a le poids régional et l’influence nécessaires auprès des Arabes et des musulmans pour faire avancer le processus de paix entre les Israéliens et les Palestiniens si elle choisit d’en prendre l'initiative.

« Pour moi, le Royaume d'Arabie saoudite est très important », a poursuivi Frej. « Pour les musulmans d'Israël, il est très, très, très important. Vous savez que 15 % de la population israélienne est musulmane et le Royaume est pour nous le protecteur de nos lieux saints. C'est très important. »

« Le Royaume devrait jouer un rôle central dans cette région pour trouver la solution, parce qu’il est l'un des pays modèles pour tous les Arabes et tous les musulmans. Il est capital ».

Interrogé sur sa confiance dans les perspectives de paix de son vivant, Frej a admis que le processus n'était pas une priorité pour le gouvernement du Premier ministre Naftali Bennett, dont la coalition comprend le parti de gauche Meretz.

Selon Frej, le mieux que l'on puisse espérer du gouvernement actuel est un renforcement de l'économie palestinienne et de ses institutions.

« La moitié de ce gouvernement croit en une solution à deux États et l'autre moitié n'y croit pas. Ce n'est pas facile. Mais tout le gouvernement est d'accord pour renforcer l'Autorité palestinienne sur le plan économique. »

« J'espère que nous trouverons un moyen, à l'avenir, de renouveler le processus de paix et de mettre en place une solution politique pour la région et les Palestiniens. Mais ce gouvernement est compliqué. Notre politique n'en est pas là ».

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Esawi Frej, ministre israélien de la Coopération régionale, lors d'une interview avec Katie Jensen, l'animatrice de Frankly Speaking. (Fournie)

À la question de savoir si la récente flambée de violence a compliqué le processus de paix et mis dans l'embarras les pays arabes qui ont signé les accords d'Abraham, Frej a répondu que ces événements avaient démontré la nécessité de renforcer les institutions palestiniennes.

« La situation entre les Arabes et les Juifs, pour les Palestiniens de la région, n'est pas très bonne. Nous ne sommes pas dans une bonne situation », a-t-il ajouté.

« Nous avons essayé il y a 30 ans à Oslo d’ouvrir une nouvelle page dans la région. Et je suis désolé de dire que nous avons échoué. Aujourd'hui, nous essayons de mettre en œuvre de nouvelles mesures entre les Palestiniens et les Israéliens et d'instaurer la confiance. »

« Pour garantir un avenir sûr, vous devez construire un présent fort. Aujourd’hui, l'Autorité palestinienne est faible. La société palestinienne est faible. Tout d'abord, nous devons renforcer la société palestinienne. »

En tant que fervent partisan de l'accord de normalisation, Frej estime que les Palestiniens ont commis une grave erreur en n'adhérant pas aux accords d'Abraham.

« Je pense que les Palestiniens devraient faire partie de cette mouvance. Je crois qu'ils ont fait l’erreur de ne pas rejoindre les accords d'Abraham car, comme je l'ai dit dans le passé, l’occasion se présente et les Palestiniens devraient la saisir. »

Si l'on en croit les événements récents, les chances de reprendre les pourparlers de paix dans un avenir proche semblent bien minces.

Le 11 mai, la journaliste palestino-américaine d'Al Jazeera Shireen Abu Akleh a été abattue alors qu'elle couvrait un raid de la police israélienne en Cisjordanie, et portait des insignes de presse bien visibles sur son casque bleu et son gilet pare-balles.

Deux jours plus tard, alors que le cercueil de Shireen Abu Akleh quittait l'hôpital français de Jérusalem vers sa dernière demeure, la police israélienne a attaqué le cortège funéraire, obligeant les porteurs à quasiment laisser tomber le corps.

Interrogé pour savoir s'il s'agissait là des actions d'un gouvernement réellement intéressé par la paix avec les Palestiniens, Frej a réaffirmé que la mort d'Abu Akleh avait été une erreur et que le gouvernement était déterminé à réduire les tensions.

« Ce n'est pas un gouvernement facile. Nous sommes de droite et de gauche, et, du côté gauche de ce gouvernement, nous pensons qu'il faut revoir le processus de paix et essayer de calmer la situation en Cisjordanie. »

« Nous essayons de faire beaucoup de choses dans ce gouvernement. La violence que nous avons vue dans le territoire palestinien n'est pas facile, mais nous essayons tout le temps de détendre la situation et de ne pas laisser le côté extrémiste l’emporter.

« J'ai demandé dès le début une enquête conjointe sur la mort de Shireen Abu Akleh. Je pense que les Palestiniens doivent le faire avec nous. Le problème, c'est la situation qui a engendré cette mort. Trop de personnes innocentes sont tuées.

« Nous allons essayer de faire de notre mieux pour que le meurtre de Shireen Abu Akleh soit le dernier et trouver des moyens de coexister. »

Pressé d’expliquer comment le gouvernement israélien peut prétendre vouloir apaiser les tensions alors que ses forces sont filmées en train d'attaquer un cortège funéraire, Frej a déclaré que les autorités devaient apprendre de leurs erreurs.

« Il est encore délicat de parler de cette affaire, car jusqu'à présent, nous ne savons pas qui a tué Shireen », a-t-il dit. « C'est une énorme erreur de perdre Shireen, nous le savons, mais nous essayons de penser à l'avenir. »

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Esawi Frej, ministre israélien de la Coopération régionale, lors d'une interview avec Katie Jensen, l'animatrice de Frankly Speaking. (Fournie)

Frej est seulement le deuxième ministre arabo-musulman de l'histoire d'Israël, après Raleb Majadle. Né dans une famille arabo-musulmane de Kafr Qasim, Frej a rejoint le groupe commun juif-arabe « Campus » alors qu'il était à l'Université hébraïque de Jérusalem, et a ensuite intégré le parti Ratz, qui a par la suite fusionné avec Meretz.

Compte tenu des divisions politiques et des tensions historiques d'Israël, certains considèrent la nomination de Frej au cabinet comme purement symbolique - un geste pour la forme plutôt que le reflet d'un changement d'attitude.

« Ce n'est pas symbolique », a souligné Frej. « Ce n'est pas facile, mais ce n'est pas symbolique ».

Frej considère plutôt la formation du gouvernement de coalition et l'implication des Arabes comme un changement historique dans la politique israélienne.

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Katie Jensen, animatrice de Frankly Speaking, le talk-show d'Arab News qui propose des interviews de décideurs politiques et de chefs d'entreprise de premier plan. (Fournie)

« Après 73 ans en Israël, avoir un gouvernement comme celui-ci, avec des ministres arabes, un parti arabe qui fait partie de la coalition, une coalition de droite et de gauche, ce n'est pas facile pour nous, car la feuille de route n’est pas la même dans ce gouvernement ».

« Je suis du côté de la gauche. Mon parti croit en la solution des deux États. Mon parti croit en la justice pour tous les citoyens : Arabes et Juifs en Israël. Nous croyons qu'il faut soutenir la société palestinienne, l'Autorité palestinienne, et renouveler le processus de paix. »

« Oui, je suis le deuxième Arabe musulman dans le gouvernement israélien. C'est un grand défi, mais nous faisons partie de cette société, et nous devons essayer de changer les choses à l'intérieur du gouvernement, pas seulement être à l'extérieur. »

Des critiques ont accusé Frej de suivre la ligne du gouvernement en rejetant les affirmations d'Amnesty International, organisme de surveillance des droits de l'homme, selon lesquelles Israël est un État d'apartheid. Pressé d’élaborer sur ce point, Frej a déclaré que de telles étiquettes ne sont pas utiles et n'aident pas le processus de paix.

« En Israël, nous avons beaucoup de problèmes, des critiques à l'encontre des Juifs et des Arabes, le fait que les Arabes, la société arabe, ne sont pas dans la même catégorie que les Juifs. Nous savons que nous avons beaucoup de problèmes, mais cela ne veut pas dire qu'Israël est un État d'apartheid.

« Israël n'est pas un État d'apartheid. Il y a beaucoup de problèmes entre les Arabes et les Juifs, les droits de l'homme. Nous savons que nous luttons pour être égaux, pour avoir les mêmes droits dans tous les domaines. Mais pour l'Autorité palestinienne, c'est de l'occupation. Ce n'est pas de l'apartheid. Et dans le territoire palestinien, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, c'est un conflit. Nous devons le terminer. Nous devons trouver une solution. »

« C'est ma conviction. Et répéter « apartheid, apartheid, apartheid », je me demande, je vous demande et je demande au public, si j’en parle en ces termes, vais-je aider à trouver une solution à notre problème ici dans la région ? Non. »

Frej a exercé de nombreuses pressions pour que l'arabe soit inclus dans le programme scolaire officiel israélien et pour la création de l'Arab Heritage Society. A-t-il le sentiment que le peuple israélien est avec lui ou contre lui pour ces changements ?

Selon Frej, le courant dominant en Israël veut que les Arabes fassent partie de la société.

« Les Arabes disent : Je veux faire partie de la société. Israël : C'est mon État. Mais les Palestiniens ? Ils sont mon peuple. Je dois être, je devrais être, le pont entre mon État et mon peuple », a-t-il répondu, en ajoutant : C'est la bonne voie. C'est la bonne façon de faire... La majorité du secteur arabe en Israël... a choisi cette voie. »

Quel est donc le conseil de Frej aux Palestiniens s'ils souhaitent faire avancer la cause de la paix ?

« Mon conseil aux Palestiniens est de faire partie de tout accord de paix avec tout pays arabe. Et j'espère que le Royaume d'Arabie saoudite - l'espoir et la vision de toutes les régions - jouera un rôle primordial pour toute solution.

« Et l'autre chose que je dois dire est que l'Autorité palestinienne, nous tous, Israël et toute la région, devons faire de notre mieux pour renforcer la société palestinienne, parce que la société palestinienne est aujourd'hui dans une situation précaire. »

« Afin d'avoir la solution à deux États et d'avoir l'État palestinien, nous devons les aider à construire leurs institutions et leur société. »

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


En pleines discussions à Rome, Israël se dit prêt à avancer sur deux «zones pilotes» au Liban

Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient. (AFP)
Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de discussions à Washington
  • Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré que son pays était prêt à "aller de l'avant" dans la mise en oeuvre de deux "zones pilotes", revendication clé du pouvoir libanais

ROME: Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient.

Les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de discussions à Washington.

Mais le Hezbollah, armé et financé par Téhéran, rejette ce texte dont l'application doit commencer par le retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud du Liban.

Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré que son pays était prêt à "aller de l'avant" dans la mise en oeuvre de deux "zones pilotes", revendication clé du pouvoir libanais.

"J'espère et j'ai bon espoir que cette série de discussions à Rome y contribuera", a-t-il déclaré depuis Jérusalem.

Aucune information n'a filtré à ce stade des pourparlers dans la capitale italienne.

Des journalistes de l'AFP ont vu les voitures des délégations entrer dans l'enceinte de l'ambassade américaine sous haute sécurité mardi matin, tandis que l'ambassade, sollicitée, s'est refusée à tout commentaire.

"Se retirer progressivement" 

La délégation libanaise "a reçu comme instruction de réclamer le début immédiat du retrait des forces israéliennes de deux zones pilotes avant toute autre discussion", avait fait savoir la présidence libanaise lundi soir.

Selon une source diplomatique libanaise informée de la teneur des négociations, "l'armée libanaise est prête à prendre progressivement le contrôle des localités dont l'armée israélienne se retirerait".

"Israël est disposé à se retirer progressivement, à condition que le Hezbollah ne soit pas présent dans les zones évacuées et que l'armée libanaise dispose des capacités nécessaires pour maintenir ces secteurs démilitarisés et empêcher tout retour du mouvement", explique l'analyste israélienne Orna Mizrahi.

Une délégation militaire américaine a d'ailleurs entamé samedi à Beyrouth des discussions avec l'armée libanaise sur les modalités de mise en oeuvre du retrait israélien de l'une de ces "zones pilotes".

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté début mars entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Le mouvement chiite avait entraîné le Liban dans le conflit en bombardant Israël en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran.

L'armée israélienne poursuit cependant des frappes limitées dans le sud, où un drone a visé mardi la localité de Nabatiyé al-Fawqa et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe, selon les médias officiels libanais.

"Réfléchir à deux fois" 

Depuis le début de ce conflit, ces frappes israéliennes ont fait depuis plus de 4.300 morts, d'après les autorités libanaises. Sur la même période, l'armée israélienne a annoncé la mort de 38 soldats et d'un contractuel civil au Liban.

"Les chances d'une percée à Rome sont assez limitées", estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris, qui voit plutôt dans cette réunion "l'opportunité de montrer que le processus est encore en place (...), qu'il y a des négociations qui perdurent malgré les oppositions et les obstacles qui commencent à apparaître".

Téhéran avait exigé l'arrêt des hostilités au Liban pour conclure un protocole d'accord avec Washington le 17 juin.

Mais ce texte semble avoir volé en éclats après des frappes américaines et iraniennes au Moyen-Orient d'une ampleur inédite depuis la mise en place d'un cessez-le-feu début avril.

"Les Iraniens veulent établir un lien entre les deux dossiers, tandis que nous souhaitons les dissocier", relève Orna Mizrahi.

"Chaque fois qu'ils en auront l'occasion, ils (les Iraniens) chercheront à faire échouer ce qui se passe sur la scène libanaise", ajoute cette chercheuse spécialiste du Liban à l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. Même si Téhéran a actuellement d'autres priorités, notamment le contrôle du détroit d'Ormuz.

Karim Bitar souligne pour sa part que le risque d'une reprise des violences au Liban en raison du contexte régional "n'est bien évidemment pas négligeable".

"Mais je pense que l'Iran aujourd'hui y réfléchira à deux fois avant de demander au Hezbollah de lancer de nouvelles frappes contre Israël", dit-il.

Selon lui, Téhéran "souhaite maintenir le Hezbollah comme instrument de dissuasion à long terme et ne veut pas l'utiliser immédiatement pour ouvrir un nouveau front".


Netanyahu avertit les dirigeants iraniens qu'Israël ripostera en cas d'attaque

Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (AFP)
Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (AFP)
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  • Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti mardi les dirigeants iraniens qu'Israël riposterait en cas d'attaque
  • "Je le dis aux dirigeants iraniens : ne comptez pas sur le calme si vous nous attaquez (...), l'époque où l'on pouvait nous frapper sans que nous ripostions de manière décisive est révolue"

JERUSALEM: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti mardi les dirigeants iraniens qu'Israël riposterait en cas d'attaque, alors que les frappes américaines et iraniennes ont repris avec une ampleur inédite depuis le cessez-le-feu d'avril.

"Je le dis aux dirigeants iraniens : ne comptez pas sur le calme si vous nous attaquez (...), l'époque où l'on pouvait nous frapper sans que nous ripostions de manière décisive est révolue", a déclaré M. Netanyahu lors d'une conférence, selon une vidéo diffusée par son cabinet.


Le Liban et Israël négocient à Rome sur fond de reprise des hostilités entre l'Iran et les Etats-Unis

De la fumée s'élève du site d'une explosion contrôlée par l'armée israélienne dans le village de Kfar Tibnit, vue depuis la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, avec la forteresse de Beaufort visible au loin, le 13 juillet 2026. (AFP)
De la fumée s'élève du site d'une explosion contrôlée par l'armée israélienne dans le village de Kfar Tibnit, vue depuis la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, avec la forteresse de Beaufort visible au loin, le 13 juillet 2026. (AFP)
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  • Le Liban et Israël reprennent les négociations à Rome, Beyrouth exigeant un retrait israélien de deux zones pilotes avant toute avancée
  • Les analystes estiment qu'une percée est peu probable, les tensions entre Washington et Téhéran risquant de compliquer le processus

BEYROUTH: Le Liban et Israël entament mardi à Rome de nouvelles négociations sous l’égide des États-Unis, sur fond de reprise des hostilités dans la région entre Washington et Téhéran qui pourrait les impacter selon des analystes.

Les deux pays, en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington.

Mais le Hezbollah, armé et financé par Téhéran, rejette cet accord dont l'application doit commencer par le retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud du Liban.

"La délégation libanaise a reçu comme instruction de réclamer le début immédiat du retrait des forces israéliennes de deux zones pilotes avant toute autre discussion", a annoncé lundi soir la présidence libanaise.

Selon une source diplomatique libanaise informée de la teneur des négociations, "l'armée libanaise est prête à prendre progressivement le contrôle des localités dont l'armée israélienne se retirerait".

"Israël est disposé à se retirer progressivement, à condition que le Hezbollah ne soit pas présent dans les zones évacuées et que l'armée libanaise dispose des capacités nécessaires pour maintenir ces secteurs démilitarisés et empêcher tout retour du mouvement", explique l'analyste israélienne Orna Mizrahi.

Une délégation militaire américaine a d'ailleurs entamé samedi à Beyrouth des discussions avec l'armée libanaise sur les modalités de mise en oeuvre du retrait israélien de l'une de ces "zones pilotes".

- "Chances limitées" -

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée un vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Le mouvement chiite pro-iranien avait entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en bombardant Israël pour soutenir l'Iran.

L'armée israélienne poursuit cependant des frappes limitées dans le sud et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe selon les médias officiels libanais.

Depuis le début de ce conflit, ces frappes israéliennes ont fait depuis plus de 4.300 morts, selon les autorités libanaises. Sur la même période, l'armée israélienne a annoncé la mort de 38 soldats et d'un contractuel civil au Liban.

"Les chances d'une percée à Rome sont assez limitées (..) Ce à quoi nous pourrions assister, c'est plutôt une sorte d'opportunité de montrer que le processus est encore en place (..) qu'il y a des négociations qui perdurent malgré les oppositions et les obstacles qui commencent à apparaître", estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris.

Téhéran avait exigé le cessez-le-feu au Liban pour conclure un protocole d'accord avec Washington le 17 juin.

Mais ce texte semble avoir volé en éclats après des frappes américaines et iraniennes au Moyen-Orient d'une ampleur inédite depuis la mise en place d'un cessez-le-feu début avril. Dans la nuit de lundi à mardi, les Etats-Unis ont mené pour la troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens.

"Les Iraniens veulent établir un lien entre les deux dossiers, tandis que nous souhaitons les dissocier", affirme Orna Mizrahi.

"Chaque fois qu'ils en auront l'occasion, ils (les Iraniens) chercheront à faire échouer ce qui se passe sur la scène libanaise", ajoute cette chercheuse spécialiste du Liban à l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. Mais l'analyste israélienne estime que les priorités de Téhéran aujourd'hui sont le détroit d'Ormuz et le dossier nucléaire.

Karim Bitar affirme pour sa part, que le risque d'une reprise des violences au Liban en raison du contexte régional "n'est bien évidemment pas négligeable".

"Mais je pense que l'Iran aujourd'hui y réfléchira à deux fois avant de demander au Hezbollah de lancer de nouvelles frappes contre Israël", dit-il.

Selon lui, Téhéran "souhaite maintenir le Hezbollah comme instrument de dissuasion à long terme et ne veut pas l'utiliser immédiatement pour ouvrir un nouveau front".