Au Soudan, pénurie de blé mais les agriculteurs peinent à écouler leurs récoltes

Au Soudan, le blé et le pain manquent partout (Photo, ONU).
Au Soudan, le blé et le pain manquent partout (Photo, ONU).
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Publié le Dimanche 19 juin 2022

Au Soudan, pénurie de blé mais les agriculteurs peinent à écouler leurs récoltes

  • Les besoins en blé, céréale la plus consommée du pays après le sorgho, sont pourtant importants et s'élèvent à 2,2 millions de tonnes par an, importés en grande majorité de Russie et d'Ukraine
  • La semaine dernière déjà, l'ONG Save the Children annonçait le décès lié à la faim de deux enfants dans le Darfour-Nord

AL-LAOTA: Au Soudan, le blé et le pain manquent partout et pourtant les sacs de graines s'empilent dans la petite maison d'Imad Abdallah: le gouvernement qui jusqu'ici achetait chaque année sa récolte n'a plus d'argent.

Lors des semailles en mars, les autorités lui avaient pourtant promis 75 dollars par sac de blé, un prix incitatif fixé par le gouvernement pour promouvoir la culture de la précieuse céréale.

"Cela fait plus de deux mois que le blé a été récolté, nous ne pouvons plus le stocker chez nous", regrette aujourd'hui Imad, dépité dans sa ferme d'al-Laota, dans la province d'Al-Jazira, au sud de Khartoum.

Comme des milliers d'autres agriculteurs, il a découvert --mais seulement après la récolte-- qu'il n'y avait plus d'acheteurs pour ses céréales.

Les besoins en blé, céréale la plus consommée du pays après le sorgho, sont pourtant importants et s'élèvent à 2,2 millions de tonnes par an, importés en grande majorité de Russie et d'Ukraine, selon l'ONU.

Avec la baisse des importations et la hausse des prix des matières premières, conséquences du conflit entre la Russie et l'Ukraine, l'ONU estime que d'ici septembre 18 millions de personnes, soit près de la moitié de la population, pourraient connaître la faim.

La semaine dernière déjà, l'ONG Save the Children annonçait le décès lié à la faim de deux enfants dans le Darfour-Nord.

"Un signe alarmant de ce qui pourrait arriver", a commenté l'ONG dans un communiqué.

Malgré ce risque de crise alimentaire, des responsables soudanais ont récemment déclaré ne pas acheter l'intégralité des récoltes produites dans le pays.

Caisses vides 

Les caisses de l'Etat sont vides, depuis le coup d'Etat du chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Burhan, en octobre, et la baisse de l'aide internationale.

Le Soudan, l'un des pays les plus pauvres au monde, n'avait déjà que peu de devises après des décennies de sanctions américaines. Aujourd'hui, "il n'y a pas assez d'argent", résume un fonctionnaire de la banque agricole qui achète chaque saison la production de blé locale.

"Nous avons demandé des fonds au ministère des Finances et à la Banque centrale mais nous n'avons pas eu de réponse", souligne-t-il à l'AFP sous couvert d'anonymat.

Pour un cadre du ministère des Finances, qui lui aussi reste anonyme, "le ministère a refusé car cela l'obligerait à imprimer de l'argent, ce qui pourrait faire flamber l'inflation", déjà à 221% en avril.

Le mois dernier, des dizaines d'agriculteurs du nord du pays ont manifesté, craignant un pourrissement du blé stocké. "Il peut se conserver en silo de 12 à 18 mois, à condition d'y maintenir une température et un degré d'humidité adéquats", affirme Abdelkarim Omar, spécialiste du stockage. Sans cela, il s'abîme en trois mois, rongé par les insectes, poursuit-il.

Pénuries 

Selon la Banque centrale, le Soudan a importé pour 366 millions de dollars de blé entre janvier et mars.

Les Soudanais font face à de fréquentes pénuries de pain et les files d'attente devant les boulangeries s'allongent, alors que parallèlement des sacs de blé s'entassent, faute d'acheteurs, chez les agriculteurs. Une situation absurde dénoncée par les paysans qui s'estiment lésés après avoir investi dans l'achat d'engrais, de pesticides et autres matériels nécessaires à la culture du blé.

Aujourd'hui dans la province d'Al-Jazira nombreuses sont les parcelles en jachère alors que "les agriculteurs préparent habituellement leurs terres pour la culture à cette période de l'année", regrette l'agronome Abdellatif Albouni.

Au Soudan, le prix du blé est hautement sensible et la population réagit vivement aux mouvements, comme fin 2018, quand le gouvernement Béchir a supprimé les subventions sur cette céréale. A l'annonce du triplement du prix de cette denrée de base, la foule était descendue dans les rues de la ville d'Atbara-- à 300 kilomètres de la capitale-- pour exprimer sa colère. Une contestation qui s'était propagée dans l'ensemble du pays et avait mené à la chute du dictateur.


Piratée, l'application de Tunisie Telecom envoie un message critique du pouvoir

Relayé sur les réseaux sociaux et par des médias, le message, intitulé "Un cri pour la Tunisie: la liberté n'est pas un crime", fustigeait samedi un "net recul des libertés" et "une crise économique étouffante". (AFP)
Relayé sur les réseaux sociaux et par des médias, le message, intitulé "Un cri pour la Tunisie: la liberté n'est pas un crime", fustigeait samedi un "net recul des libertés" et "une crise économique étouffante". (AFP)
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  • L'opérateur a d'abord publié un communiqué parlant seulement de maintenance sur son application
  • Puis il a reconnu l'attaque dans un deuxième communiqué, publié dans la nuit de samedi à dimanche

TUNIS: Au lieu d'une offre promotionnelle, un message critique du pouvoir: à la suite d'une cyberattaque, des clients de Tunisie Telecom ont reçu, via l'application de l'opérateur public tunisien, un texte dénonçant la situation politique et économique du pays.

Relayé sur les réseaux sociaux et par des médias, le message, intitulé "Un cri pour la Tunisie: la liberté n'est pas un crime", fustigeait samedi un "net recul des libertés" et "une crise économique étouffante".

"Des promesses et des slogans, pour quel résultat?", demandait-il.

Incrédules et surpris, de nombreux Tunisiens ont aussitôt partagé des captures d'écran sur Facebook.

Il n'a pas été possible de confirmer combien de personnes avaient reçu ce message.

L'opérateur a d'abord publié un communiqué parlant seulement de maintenance sur son application.

Puis il a reconnu l'attaque dans un deuxième communiqué, publié dans la nuit de samedi à dimanche.

"Tunisie Telecom confirme que son application numérique MyTT a fait l'objet d'une cyberattaque aujourd'hui, qui a été détectée immédiatement et neutralisée avec succès en un temps record grâce aux mécanismes de protection et de surveillance mis en place, sans aucun impact sur la sécurité des données ni sur la continuité du service", a écrit l'opérateur.

"Par ailleurs, Tunisie Telecom souligne que la notification reçue par certains clients est sans lien avec les activités de l'entreprise ni avec les objectifs de cette application purement commerciale, conçue avant tout pour servir nos clients", a-t-il ajouté.

Des ONG tunisiennes et internationales dénoncent un recul des droits et libertés en Tunisie depuis le coup de force, en juillet 2021, du président Kais Saied, à la suite duquel il s'est octroyé de très larges pouvoirs.


Sud du Liban: Israël annonce la mort d'un de ses soldats

Des militants de gauche israéliens manifestent contre le gouvernement israélien devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 23 mai 2026. (AFP)
Des militants de gauche israéliens manifestent contre le gouvernement israélien devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 23 mai 2026. (AFP)
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  • Le sergent Nehoray Leizer, âgé de 19 ans, est "tombé au combat dans le sud du Liban", a indiqué l'armée sans donner plus de détails
  • Les frappes se poursuivent au Liban, notamment dans le sud, en dépit de l'entrée en vigueur le 17 avril d'une trève entre Israël et le mouvement islamiste et soutenu par l'Iran Hezbollah

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé lundi la mort d'un de ses soldats survenue la veille dans le Sud du Liban, portant à 23 le nombre de morts dans ses rangs depuis le déclenchement le 2 mars de la guerre avec le Hezbollah.

Le sergent Nehoray Leizer, âgé de 19 ans, est "tombé au combat dans le sud du Liban", a indiqué l'armée sans donner plus de détails.

Les frappes se poursuivent au Liban, notamment dans le sud, en dépit de l'entrée en vigueur le 17 avril d'une trève entre Israël et le mouvement islamiste et soutenu par l'Iran Hezbollah.

 

 


Sous des chaleurs extrêmes, le hajj met les pélerins à rude épreuve

La chaleur accablante pousse aussi des dizaines de fidèles à chercher refuge à l'ombre des bâtiments jouxtant la mosquée ou dans les galeries intérieures. (AFP)
La chaleur accablante pousse aussi des dizaines de fidèles à chercher refuge à l'ombre des bâtiments jouxtant la mosquée ou dans les galeries intérieures. (AFP)
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  • Pour protéger les fidèles, les autorités ont déployé sur les esplanades de la Grande Mosquée  - dont le marbre blanc brûle sous le soleil de plomb - un puissant circuit de climatisation
  • Immenses ventilateurs, brumisateurs et systèmes de refroidissement des sols complètent le dispositif, tandis que des bouteilles d'eau glacée sont distribuées gratuitement aux pèlerins

LA MECQUE: Sous des températures dépassant les 40°C, Inas Gamal s'est résolue à rester dans la chambre, climatisée, de son hôtel, pour faire, entre le lever et le coucher du soleil les prières du hajj, qui débute lundi en Arabie saoudite.

"Il fait très chaud, beaucoup plus que je ne l'imaginais", dit à l'AFP cette Egyptienne mère de quatre enfants, qui effectue pour la première fois le grand pèlerinage annuel musulman.

"Je n'arrive pas à m'adapter" à la chaleur extrême de la péninsule arabique, admet avec gêne cette quadragénaire, en ajustant ses lunettes de soleil.

"J'avais prévu de faire toutes mes prières à la Grande Mosquée", au coeur de laquelle trône la Kaaba, ce cube noir géant vers lequel les musulmans du monde entier se tournent pour prier, "mais je n'ai pas pu y aller pour les prières qui se tiennent en journée", explique-t-elle.

Le Centre national de météorologie prévoit des températures diurnes comprises entre 42 et 47 degrés pendant le hajj et sa série de rites codifiés se déroulant, souvent en plein air, sur plusieurs jours à la Mecque et dans ses environs.

Sous un soleil brûlant et dans une atmosphère étouffante, les pèlerins s'exposent aux coups de chaleur, malaises et même arrêts cardiaques.

Comme Mme Gamal, 1,5 million de fidèles sont déjà arrivés en Arabie saoudite pour effectuer ce pèlerinage, un des cinq piliers de l'islam, qui doit être entrepris par tout musulman au moins une fois dans sa vie s'il en a les moyens.

"Le seul obstacle" 

Pour beaucoup, la chaleur et l'aridité du climat sont un choc.

"Je veille à boire de grandes quantités d'eau et des boissons riches en sels et en minéraux, parce que nous transpirons en permanence et que nous sommes constamment en mouvement", assure à l'AFP Imad Ahmed, venu du Royaume-Uni.

Pour protéger les fidèles, les autorités ont déployé sur les esplanades de la Grande Mosquée  - dont le marbre blanc brûle sous le soleil de plomb - un puissant circuit de climatisation, que la télévision d'Etat saoudienne vante comme sans équivalent au monde.

Immenses ventilateurs, brumisateurs et systèmes de refroidissement des sols complètent le dispositif, tandis que des bouteilles d'eau glacée sont distribuées gratuitement aux pèlerins.

Mais quand même "il fait vraiment très chaud", souffle sous son chapeau Mohamed Nabil, Algérien venu d'Oran, où les températures ne dépassent actuellement pas les 25°C.

Pour ce professeur de 43 ans, qui explique parcourir plus de 30.000 pas par jour, la chaleur constitue "le seul obstacle" au plaisir d'accomplir les rites à La Mecque, berceau de l'islam.

Coups de chaleur 

Les stands de glaces sont pris d'assaut, les pèlerins faisant la queue pour obtenir un pot vendu environ deux euros.

La chaleur accablante pousse aussi des dizaines de fidèles à chercher refuge à l'ombre des bâtiments jouxtant la mosquée ou dans les galeries intérieures.

Certains rites du hajj restent particulièrement éprouvants, comme l'étape phare du Mont Arafat, mardi, où les pèlerins seront exposés au soleil brûlant sur un promontoire rocheux.

Le ministère saoudien de la Santé a annoncé samedi que ses équipes médicales avaient déjà pris en charge 144 personnes souffrant de coups de chaleur.

En 2024, plus de 1.300 pèlerins avaient péri sous des températures dépassant les 50°C, d'après les autorités.

Dans la vallée de Mina, près de La Mecque, où le pèlerinage doit se conclure avec le rituel de la lapidation de Satan, un hôpital se tient prêt à accueillir les personnes souffrant de coups de chaleur.

Sans cacher sa préoccupation, Jamil Abualenain, directeur général exécutif du Centre national de gestion des crises et des catastrophes sanitaires, y répète pour l'AFP les consignes de base: "consommer suffisamment d'eau, utiliser des parapluies et éviter toute exposition prolongée aux rayons du soleil".