Quatrième jour consécutif de mobilisation contre le pouvoir militaire au Soudan

Des manifestants brandissent des drapeaux du Soudan lors d'un sit-in contre le régime militaire après le dernier coup d'État et pour commémorer le 3e anniversaire des manifestations à Khartoum, au Soudan, le 3 juillet 2022. (Reuters)
Des manifestants brandissent des drapeaux du Soudan lors d'un sit-in contre le régime militaire après le dernier coup d'État et pour commémorer le 3e anniversaire des manifestations à Khartoum, au Soudan, le 3 juillet 2022. (Reuters)
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Publié le Lundi 04 juillet 2022

Quatrième jour consécutif de mobilisation contre le pouvoir militaire au Soudan

Des manifestants brandissent des drapeaux du Soudan lors d'un sit-in contre le régime militaire après le dernier coup d'État et pour commémorer le 3e anniversaire des manifestations à Khartoum, au Soudan, le 3 juillet 2022. (Reuters)
  • La justice soudanaise a annoncé dimanche soir ouvrir une enquête «sur ces événements qui ont fait des morts et des blessés»
  • «Nous continuerons à lutter contre les putschistes jusqu'à la formation d'un gouvernement composé uniquement de civils», assure ainsi dimanche Mouayad Mohammed

KHARTOUM: Des centaines de Soudanais maintenaient dimanche des sit-in sur différentes places de Khartoum et de ses banlieues pour le quatrième jour consécutif, réclamant le départ du pouvoir instauré en octobre par le chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Burhane. 

Si depuis le putsch du général Burhane les Soudanais prodémocratie descendent chaque semaine dans la rue, le mouvement qui s'était essoufflé depuis des mois a semblé repartir jeudi. 

Ce jour-là --anniversaire symbolique d'un autre coup d'Etat, celui d'Omar el-Béchir, et de la « révolution » qui le renversa-- des dizaines de milliers de Soudanais ont manifesté. 

Face à eux, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles. Bilan: neuf manifestants tués, des centaines de blessés et autant d'arrestations, selon un syndicat de médecins prodémocratie --en tout depuis octobre 114 morts et des milliers de blessés. 

La justice soudanaise a annoncé dimanche soir ouvrir une enquête « sur ces événements qui ont fait des morts et des blessés ». 

Après la journée de jeudi, la plus sanglante depuis le début de l'année, les manifestants n'ont plus quitté la rue. 

« Aucun compromis » 

« Nous continuerons à lutter contre les putschistes jusqu'à la formation d'un gouvernement composé uniquement de civils », assure ainsi dimanche Mouayad Mohammed, sur le campement des manifestants dans le centre de Khartoum. 

Car après la « révolution » qui renversa le dictateur Omar el-Béchir en 2019, militaires et civils avaient accepté de mener ensemble le pays vers ses premières élections libres après 30 années de dictature militaro-islamiste. 

Mais le 25 octobre, le général Burhane a arrêté ses partenaires civils et plongé le Soudan dans la violence mais aussi une grave crise économique --car la communauté internationale a fermé le robinet de l'aide, en rétorsion. 

Dimanche, comme lors de la « révolution » de 2019, les prodémocratie étaient rassemblés devant le QG de l'armée, où étaient déployés des blindés des très redoutés paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), ont rapporté des témoins. 

En 2019, les manifestants y avaient campé pendant sept mois, essuyant plusieurs dispersions sanglantes. 

Les FSR, dirigées par le numéro deux du pouvoir militaire, Mohamed Hamdan Daglo dit « Hemedti », quadrillaient aussi plusieurs rues du centre de la capitale, ont ajouté les témoins. 

Composées de miliciens Janjawids accusés d'atrocités au Darfour (ouest), les FSR ont été accusées d'être impliquées également dans la répression de la révolte de 2019. 

Pas de quoi décourager Soha, manifestante de 25 ans: « nous n'accepterons aucun compromis tant que nos revendications ne seront pas devenues réalité, nous sommes dans la rue pour obtenir la liberté, la paix, la justice, un gouvernement civil et le retour des militaires dans leurs casernes », a-t-elle déclaré dimanche. 

Dialoguer ou pas? 

Vendredi et samedi, les manifestants ont été dispersés à coups de gaz lacrymogènes. 

La répression de jeudi a été condamnée par la communauté internationale qui a dénoncé « l'impunité des forces de sécurité » et la haute-commissaire aux droits humains de des Nations unies, Michelle Bachelet, a réclamé une « enquête indépendante ». 

L'ONU, l'Union africaine (UA) et les Etats-Unis font pression pour que s'ouvre rapidement un dialogue national censé sortir le pays de l'impasse. Mais seuls les militaires et leurs alliés veulent y participer, tandis que les civils y voient une « fausse » solution politique qui ne vise qu'à « rendre légitime » le putsch. 

Dimanche de nouveau, Yasser Arman, cadre des Forces pour la liberté et le changement (FLC), colonne vertébrale du gouvernement civil limogé lors du putsch, a redit son opposition à de telles négociations. 

« Les balles qui ont fauché les manifestants ont fauché le processus politique », a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse. « Ce n'est pas nous qui l'avons rompu », a-t-il martelé, « nous n'avons pas d'interlocuteur en face ». 

Plus tôt, en déplacement au Darfour, le général Daglo avait appelé « toutes les forces politiques, surtout celles représentant la jeunesse, à rejoindre la table des discussions ». 

« Seul le dialogue peut nous mener à la stabilité », a-t-il ajouté, depuis le chef-lieu d'Al-Facher où il présidait à une cérémonie de fin de formation de 2 000 membres de groupes rebelles armés ayant signé la paix avec Khartoum. 

Ces 2 000 supplétifs sont désormais intégrés aux forces régulières, comme le prévoyait l'accord de paix de 2020, et cette première promotion sera déployée au Darfour, a expliqué le général Daglo, les appelant à mettre fin aux « conflits tribaux » qui ont fait des centaines de morts ces derniers mois dans la région. 


Les défenses saoudiennes interceptent des drones visant le champ de Shaybah d’Aramco

Une photo d’archive montre Shaybah, site de l’usine de liquides de gaz naturel et de production pétrolière d’Aramco dans le désert isolé de la Rub’ al-Khali, proche des Émirats arabes unis. (Photo AFP)
Une photo d’archive montre Shaybah, site de l’usine de liquides de gaz naturel et de production pétrolière d’Aramco dans le désert isolé de la Rub’ al-Khali, proche des Émirats arabes unis. (Photo AFP)
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  • Les forces de défense saoudiennes continuent d’intercepter des drones en direction de Shaybah
  • Le porte-parole du ministère de la Défense annonce que des drones se dirigeant vers le champ de Shaybah ont été interceptés et détruits dans la Rub’ al-Khali

RIYAD : Les défenses aériennes de l’Arabie saoudite ont stoppé une nouvelle vague de frappes aériennes, cette fois ciblant le champ de Shaybah d’Aramco, a indiqué le ministère de la Défense samedi matin.

Dans une série de publications sur X, le porte-parole du ministère, le général de division Turki Al-Maliki, a déclaré qu’un total de 16 drones en direction du champ de Shaybah, répartis en quatre vagues, ont été interceptés et détruits dans la Rub’ al-Khali.

Dans des messages distincts, Al-Maliki a aussi annoncé « l’interception et la destruction » d’un missile balistique et d’un missile de croisière tirés vers la base aérienne Prince Sultan à Al-Kharj.

Un autre drone a été intercepté à l’est de la capitale nationale, Riyad, a tweeté le porte-parole.

La menace de missile constitue la troisième tentative de frappe consécutive sur Al-Kharj, une zone industrielle clé située à environ 80 kilomètres au sud-est de Riyad.

La tentative sur le champ de Shaybah est la première depuis le 28 février, date à laquelle Israël et les États-Unis ont lancé une campagne aérienne massive contre l’Iran, déclenchant une vague de frappes de représailles de Téhéran contre divers objectifs dans le Golfe, y compris des raffineries et des sites industriels.

Les forces de défense saoudiennes ont continué d’intercepter les drones en approche de Shaybah, de la base aérienne Prince Sultan et de Riyad, selon un communiqué officiel du ministère samedi.

Situé au cœur de la Rub’ al-Khali, également connu sous le nom de Quart Vide, Shaybah est l’un des champs « super-géants » les plus vitaux de l’Arabie saoudite. Au-delà de ses immenses réserves pétrolières, le champ constitue une pierre angulaire de la stratégie gazière du Royaume, avec une usine de récupération high-tech fournissant des liquides de gaz naturel (LGN) essentiels au secteur pétrochimique.

Les attaques aériennes contre l’Arabie saoudite s’inscrivent dans une montée massive de l’agression aérienne dans tout le Golfe. Au cours des dernières 24 heures seulement, la région a vu les Émirats arabes unis intercepter plus de 125 drones et 6 missiles balistiques.

Vendredi, les défenses aériennes saoudiennes ont abattu cinq missiles dirigés vers la base aérienne Prince Sultan, quatre drones dans la région est de Riyad et un drone chacun dans la Province orientale et à Al-Kharj.

Jeudi, le Royaume a détruit trois missiles de croisière ciblant Al-Kharj, quelques heures seulement après qu’une attaque de drone ait été stoppée au-dessus de la raffinerie de Ras Tanura dans la Province orientale.

Ces attaques se poursuivent malgré les protestations et condamnations émises par le Conseil de coopération du Golfe (CCG), la Ligue arabe et l’Organisation de la coopération islamique.

Lors d’une réunion ministérielle extraordinaire tenue à Riyad le 1er mars, le CCG a affirmé le droit collectif des États membres à défendre leurs territoires contre « l’agression perfide iranienne ».

Suite à une session du Cabinet présidée par le prince héritier Mohammed ben Salmane le 3 mars, l’Arabie saoudite a déclaré se réserver le « plein droit » de riposter. Le Cabinet a souligné que le Royaume prendra toutes les mesures nécessaires pour protéger son territoire, ses citoyens et ses résidents contre ces frappes persistantes. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Iran ne frappera plus ses voisins sauf s'il est visé depuis ces pays, dit son président

Le président iranien Masoud Pezeshkian, Gholam‑Hossein Mohseni‑Eje’i, le chef du pouvoir judiciaire, et Alireza Arafi, vice‑président de l’Assemblée des experts, assistent à la réunion du conseil de direction intérimaire de l’Iran dans un lieu inconnu en Iran le 1ᵉʳ mars 2026. (WANA via Reuters)
Le président iranien Masoud Pezeshkian, Gholam‑Hossein Mohseni‑Eje’i, le chef du pouvoir judiciaire, et Alireza Arafi, vice‑président de l’Assemblée des experts, assistent à la réunion du conseil de direction intérimaire de l’Iran dans un lieu inconnu en Iran le 1ᵉʳ mars 2026. (WANA via Reuters)
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  • Le président iranien Masoud Pezeshkian annonce que l'Iran ne frappera plus ses voisins du Golfe, sauf en cas d’attaque venant de ces pays
  • Il présente des excuses aux pays voisins pour les attaques précédentes, alors que 13 personnes ont été tuées depuis le début du conflit, dont une fillette de 11 ans au Koweït

TEHERAN: Le président iranien Masoud Pezeshkian a affirmé samedi que ses voisins du Golfe ne seraient plus attaqués par l'Iran, sauf si des frappes étaient tirées depuis ces pays.

"Le conseil de direction provisoire a décidé (vendredi) qu'il n'y aurait plus d'attaques sur les pays voisins, plus de missiles tirés, sauf si une attaque sur l'Iran provenait de ces pays", a-t-il déclaré dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Plusieurs pays du Golfe abritent des bases militaires américaines. Les voisins de l'Iran ont été ciblés par des drones et missiles depuis le début du conflit le 28 février. L'Iran a affirmé ne viser que des intérêts ou bases américains, ce qu'ont contesté les pays visés.

"Je m'excuse (...) auprès des pays voisins qui ont été attaqués par l'Iran", a aussi déclaré le président iranien.

Treize personnes ont été tuées dans les pays du Golfe depuis le début de la guerre, dont une fillette de 11 ans touchée par des débris dans une zone résidentielle du Koweit.


Les attaques "illégales" au Moyen-Orient risquent de devenir incontrôlables, alerte le chef de l'ONU

Une famille déplacée des banlieues sud de Beyrouth après l’avertissement de l’armée israélienne, qui a poussé les habitants à évacuer avant des frappes aériennes. (Reuters)
Une famille déplacée des banlieues sud de Beyrouth après l’avertissement de l’armée israélienne, qui a poussé les habitants à évacuer avant des frappes aériennes. (Reuters)
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  • Le chef de l’Organisation des Nations unies avertit que l’escalade des attaques au Moyen-Orient pourrait devenir incontrôlable et appelle à des négociations diplomatiques
  • L’ONU alerte sur l’augmentation des besoins humanitaires, notamment à Gaza et au Liban, et sur les risques pour l’économie mondiale

NATIONS-UNIES: La situation provoquée par "toutes les attaques illégales" au Moyen-Orient et au-delà risque de devenir incontrôlable, a alerté vendredi le secrétaire général de l'ONU, tandis que l'organisation s'inquiète des besoins humanitaires qui augmentent.

"Toutes les attaques illégales au Moyen-Orient et au-delà provoquent des souffrances et des préjudices immenses aux civils à travers la région, et pose un grand risque pour l'économie mondiale, en particulier les populations les plus vulnérables", a-t-il déclaré dans un communiqué.

"La situation pourrait devenir incontrôlable pour tout le monde. Il est temps d'arrêter les combats et d'engager des négociations diplomatiques sérieuses. Les risques ne pourraient pas être plus grands", a-t-il ajouté.

Lors d'une conférence à New York, le chef des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Tom Fletcher, a lui fustigé les sommes "ahurissantes" dépensées chaque jour dans cette guerre "tandis que les hommes politiques continuent à se vanter de couper les budgets d'aide".

"Nous assistons à une alliance de plus en plus mortifère entre la technologie et des tueries en toute impunité. Nous assistons à une attaque persistante contre les systèmes et les lois censés freiner nos plus bas instincts et des guerres irréfléchies", a-t-il ajouté.

Le diplomate s'est en particulier inquiété d'une guerre qui "ravage les marchés, les chaînes d'approvisionnement, les prix alimentaires", et perturbe les couloirs maritimes comme le détroit d'Ormuz.

Alors "nous nous mobilisons en prévision d'une augmentation des besoins humanitaires dans toute la région", en prépositionnant des marchandises et en cherchant d'autres routes d'approvisionnement, a-t-il assuré, s'inquiétant en particulier de l'impact sur des populations déjà dans le besoin, notamment au Liban ou à Gaza.

Après avoir fermé samedi tous les points de passage vers le petit territoire palestinien, Israël a rouvert un seul d'entre eux, Kerem Shalom, aggravant certaines pénuries, a déploré Tom Fletcher.

Il a notamment indiqué que l'ONU n'avait pu faire entrer à Gaza que moins d'un million de litres de carburant cette semaine, "bien en dessous" des plus de deux millions considérés comme "le strict minimum pour faire tourner les services".

En outre, "il va y avoir également moins d'attention portée à d'autres crises, de la République démocratique du Congo au Soudan, en passant par le Soudan du Sud (...) l'Ukraine et d'autres", a-t-il insisté.