Au Caire, la famille qui habillait d'or La Mecque

Une brodeuse coud avec du fil d'or un verset du Saint Coran, sur une réplique du Kiswa, le tissu utilisé pour recouvrir la Kaaba à la Grande Mosquée de la ville sainte musulmane de La Mecque (Photo, AFP).
Une brodeuse coud avec du fil d'or un verset du Saint Coran, sur une réplique du Kiswa, le tissu utilisé pour recouvrir la Kaaba à la Grande Mosquée de la ville sainte musulmane de La Mecque (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 06 juillet 2022

Au Caire, la famille qui habillait d'or La Mecque

  • En 1924, le grand-père de M. Othmane a eu l'honneur suprême de broder la «kiswa», le drapé noir recouvrant la Kaaba qui abrite en son angle oriental la Pierre noire, un bétyle vénéré depuis l'Arabie préislamique et aujourd'hui relique sacrée des musulmans
  • Cette étoffe de 658 m2 en soie naturelle brodée de métaux précieux est changée chaque année pour le hajj, le grand pèlerinage de La Mecque

LE CAIRE : Sous un ventilateur dans le Vieux Caire, Ahmed Othmane brode une épaisse étoffe noire de versets coraniques avec des fils d'or, à l'image de celles que ses aïeuls confectionnaient pour La Mecque, ville la plus sainte de l'islam.

Il y a 100 ans, les créations de la famille Othmane étaient envoyées vers La Mecque en grande pompe pour y recouvrir la Kaaba, l'édifice cubique vers lequel se tournent les musulmans du monde entier pour prier.

Aujourd'hui, dans son atelier du Khan el-Khalili, le marché touristique du Caire, comme tous ses collègues, cet artisan de 51 ans doit faire face à la flambée des prix des matières premières, la baisse drastique du tourisme, un pouvoir d'achat des Egyptiens en chute libre et une jeunesse peu encline à travailler dans l'artisanat.

En 1924, le grand-père de M. Othmane a eu l'honneur suprême de broder la "kiswa", le drapé noir recouvrant la Kaaba qui abrite en son angle oriental la Pierre noire, un bétyle vénéré depuis l'Arabie préislamique et aujourd'hui relique sacrée des musulmans.

Cette étoffe de 658 m2 en soie naturelle brodée de métaux précieux --or ou argent-- est changée chaque année pour le hajj, le grand pèlerinage de La Mecque.

"C'était un rituel sacré", se souvient M. Othmane. "D'une année à l'autre, dix artisans cousaient la kiswa avec des fils d'argent", si délicats, dit-il, qu'il faut compter une journée pour 10 à 20 cm de broderies.

La Mecque, Nasser et Poutine

Cette étoffe a longtemps été offerte par divers pays musulmans. A partir du 13e siècle, les artisans égyptiens se sont réparti sa fabrication et ses broderies. Elle était acheminée ensuite vers La Mecque par les autorités. Le cortège de gardes et de religieux était acclamé tout au long du trajet par des Egyptiens en liesse qui l'aspergeaient d'eau de rose depuis leurs balcons.

A partir de 1927, la production a commencé à se délocaliser vers La Mecque, dans le royaume naissant d'Arabie saoudite. Depuis 1962, la Kiswa est confectionnée dans la ville sainte.

Le père de M. Othmane a alors commencé à broder des insignes militaires parfois pour des clients célèbres, raconte son fils pas peu fier: il a orné les uniformes des présidents égyptiens Gamal Abdel Nasser et Anouar al-Sadate.

Et il aurait même raccommodé l'insigne d'un agent du KGB au Caire, un certain ... Vladimir Poutine.

Mais surtout la famille Othmane s'est mise "à broder des versets coraniques sur des tapisseries" avant de reproduire des éléments de la kiswa, explique M. Othmane à l'AFP.

"Aujourd'hui, la plupart de nos clients veulent une réplique de la kiswa jusque dans les moindres détails", ajoute-t-il.

Pour un pan de l'étoffe, il faut compter plusieurs milliers de dollars, alors que pour de petits formats, 100 livres égyptiennes (environ cinq euros) suffisent, assure-t-il.

Héritage

Depuis le Covid-19, il ne vend plus qu'environ "deux pièces par mois", alors qu'avant, dit-il, il écoulait chaque jour au moins une tapisserie.

Et si les touristes font un timide retour, ils "font plus attention à leur argent parce que personne ne sait ce qui l'attend" entre pandémie mondiale et guerre en Ukraine.

Malgré tout, un fil après l'autre, M. Othmane maintient la tradition familiale dans son atelier où s'amoncellent les tentures foncées délicatement parées de dorures coraniques.

Ici, de père en fils depuis plus d'un siècle, on pratique le "taqsib", l'art de broder des versets du Coran avec du fil en or ou en argent.

Au milieu de ses employés, dos courbé sur leurs métiers à tisser, M. Othmane, qui l'a appris enfant auprès de son père, veut "faire survivre et transmettre fidèlement ce savoir-faire".

Mais recruter des jeunes est une gageure, dit-il, car "ils peuvent gagner 10 à 15 euros en conduisant" un touk-touk ou un minibus, qui transportent une bonne part des 25 millions de Cairotes chaque jour, "plutôt que de se casser le dos dans un atelier de broderie".

Aujourd'hui, pour M. Othmane, il ne reste plus qu'une dizaine de brodeurs "authentiques".

Mais il est déterminé à maintenir cet héritage en Egypte. Car c'est là que son aïeul a décidé de poser ses valises et son métier à tisser après avoir quitté sa Turquie natale il y a un siècle et demi.


Gaza: des tirs israéliens font 9 morts, selon les secours

Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël. (AFP)
Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël. (AFP)
  • L'hôpital Nasser, situé dans le sud de Gaza à Khan Younès, a annoncé avoir reçu les dépouilles de quatre personnes, dont une femme, âgées de 10 à 39 ans et tuées dans une frappe aérienne visant une tente de déplacés
  • L'établissement a également indiqué avoir reçu le corps d'Ahmad Salim, un chauffeur de camion tué par des tirs israéliens à al-Mawasi, une zone située dans le sud de Gaza

GAZA: Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël.

La Défense civile, un organisme opérant sous l'autorité du mouvement islamiste Hamas, a recensé neuf morts en plusieurs endroits, dans des frappes aériennes et des tirs.

L'hôpital Nasser, situé dans le sud de Gaza à Khan Younès, a annoncé avoir reçu les dépouilles de quatre personnes, dont une femme, âgées de 10 à 39 ans et tuées dans une frappe aérienne visant une tente de déplacés.

L'établissement a également indiqué avoir reçu le corps d'Ahmad Salim, un chauffeur de camion tué par des tirs israéliens à al-Mawasi, une zone située dans le sud de Gaza.

L'armée israélienne a affirmé que M. Salim s'était dirigé en courant vers des soldats qui interrogeaient d'autres chauffeurs de camion interpellés.

Les soldats ont ouvert le feu dans sa direction après "avoir identifié une menace immédiate", a précisé l'armée, affirmant enquêter sur les autres incidents survenus mercredi.

L'hôpital Al-Chifa, à Gaza-ville, a de son côté déclaré avoir reçu quatre corps: celui d'un enfant tué par des tirs israéliens dans l'est de la ville, celui d'un homme tué dans une frappe aérienne dans l'ouest et deux autres tués dans un bombardement ayant visé un véhicule.

L'armée israélienne a confirmé à l'AFP avoir mené une frappe aérienne sur la ville de Gaza, mais a dit ne pas "être au courant" d'un bombardement dans l'ouest de la ville.

Israël et le Hamas s'accusent presque quotidiennement de violer le cessez-le-feu dans le territoire dévasté.

Au moins 1.084 Palestiniens y ont été tués depuis son entrée en vigueur en octobre, selon le ministère de la Santé du territoire, également placé sous l'autorité du Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU.

Dans le même temps, Israël a recensé cinq soldats et un contractuel travaillant pour le ministère de la Défense tués dans le territoire palestinien.

Les restrictions imposées aux médias et l'accès limité à Gaza empêchent l'AFP de vérifier de manière indépendante les bilans ou de couvrir librement les violences sur place.


La justice libanaise remet en liberté un célèbre chanteur libano-palestinien devenu islamiste

  • Cet artiste connu dans le monde arabe s'était rendu après douze ans de cavale passés dans le camp de réfugiés palestiniens d'Aïn al-Heloué, près de Saïda (sud), qui échappe au contrôle aux autorités libanaises
  • Il est poursuivi dans quatre affaires liées à sa participation présumée en 2013 à des affrontements à Saïda, aux côtés du cheikh radical Ahmad al-Assir, contre l'armée libanaise, dont 18 soldats avaient été tués

BEYROUTH: La justice libanaise a décidé mercredi de remettre en liberté un célèbre chanteur libano-palestinien devenu islamiste, Fadl Chaker, qui s'était rendu aux autorités en octobre 2025, a indiqué une source judiciaire à l'AFP.

Cet artiste connu dans le monde arabe s'était rendu après douze ans de cavale passés dans le camp de réfugiés palestiniens d'Aïn al-Heloué, près de Saïda (sud), qui échappe au contrôle aux autorités libanaises.

Il est poursuivi dans quatre affaires liées à sa participation présumée en 2013 à des affrontements à Saïda, aux côtés du cheikh radical Ahmad al-Assir, contre l'armée libanaise, dont 18 soldats avaient été tués.

Il va être remis en liberté moyennant deux cautions d'une valeur cumulée de près de 3.500 dollars, a précisé la source judiciaire.

Le montant a été versé et Fadl Chaker doit sortir de prison mercredi, a-t-elle ajouté.

Pendant ses années de fuite, la justice l'avait condamné par contumace à des peines allant de cinq à 15 ans de prison avec travaux forcés dans ces dossiers.

Quelques mois avant de s'être rendu, Fadl Chaker avait sorti des chansons qui arrivaient en tête des classements dans le monde arabe. Ses clips vidéo, tournés dans le camp de Aïn el-Heloué, atteignaient des centaines de millions de vues sur YouTube.

Assir avait lui été arrêté en 2015, et condamné à mort avec sursis en 2017 pour "terrorisme".

 


Le Liban exige le retrait d'Israël de deux «zones pilotes» pour participer à des négociations à Rome 

  • Israël et le Liban avaient conclu un accord-cadre à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington le 26 juin en vue d'une "paix durable" entre les deux pays, en état de guerre depuis des décennies
  • Il prévoit que l'armée libanaise commence à se déployer dans des "zones pilotes" dont se retirerait Israël, qui occupe une partie du sud du pays, sous réserve du désarmement du Hezbollah

BEYROUTH: Le Liban exige qu'Israël se retire de deux "zones pilotes" dans le sud du pays avant de participer à un nouveau cycle de pourparlers prévu à Rome, a indiqué mercredi à l'AFP une source diplomatique au courant des négociations.

L'Italie et Israël ont annoncé que ces négociations se tiendraient les 15 et 16 juillet à Rome, mais les autorités libanaises n'ont pas confirmé leur participation dans l'immédiat.

Israël et le Liban avaient conclu un accord-cadre à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington le 26 juin en vue d'une "paix durable" entre les deux pays, en état de guerre depuis des décennies.

Il prévoit que l'armée libanaise commence à se déployer dans des "zones pilotes" dont se retirerait Israël, qui occupe une partie du sud du pays, sous réserve du désarmement du Hezbollah.

"Le Liban pose comme condition le retrait d'Israël de deux zones pilotes pour participer aux négociations", a affirmé la source diplomatique ayant requis l'anonymat.

Le Hezbollah est opposé à ces négociations et refuse d'être désarmé.

La formation pro-iranienne a entraîné le Liban dans la guerre régionale en mars, en soutien à Téhéran.

Israël a riposté par une vaste campagne de bombardements et une offensive terrestre, qui ont tué près de 4.300 personnes, selon Beyrouth.

Discussions "cruciales" 

Selon la source diplomatique, le département d'Etat américain a informé les deux délégations qu'il ne pouvait pas accueillir les négociations "de façon permanente", d'où le choix de Rome.

Elle a expliqué que des discussions "cruciales" étaient attendues et que les négociateurs auraient besoin de se concerter avec leurs autorités, ce qui ne serait "pas possible" à Washington du fait de la distance avec Israël et le Liban.

La source diplomatique a ajouté qu'Israël avait rapidement accepté la tenue des négociations à Rome, dans l'idée de "réduire la pression exercée directement" sur la partie israélienne pendant les précédentes discussions par le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

La partie libanaise a cependant reçu la garantie de Washington qu'il maintiendrait le "même niveau d'engagement et la même ligne de conduite dans la gestion des pourparlers" de Rome, selon cette source diplomatique.

L'accord-cadre n'établit pas de calendrier de retrait du sud du Liban, où Israël a annoncé vouloir maintenir ses troupes dans une zone pouvant s'étendre jusqu'à dix km de sa frontière.

L'armée israélienne poursuit ponctuellement des frappes meurtrières, malgré une trêve entrée en vigueur le 21 juin, à la suite de la signature d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

L'Iran a exigé que le cessez-le-feu au Liban soit inclus dans cet accord, mais Beyrouth "veut négocier par lui-même" et rejette toute ingérence, a souligné la source diplomatique.

Les négociations à Rome seront suivies par une visite courant juillet du président libanais, Joseph Aoun, à Washington, à l'invitation de son homologue américain.

M. Aoun a estimé mercredi que cette invitation traduisait "le soutien des Etats-Unis à un processus visant à trouver une solution durable à la série de guerres et d'agressions israéliennes contre notre pays".