En Turquie, l'inflation menace de gâcher l'Aïd

Des vendeurs de moutons déjeunent dans un marché d'Istanbul avant les vacances de l'Aïd Al-Adha (Photo, AFP).
Des vendeurs de moutons déjeunent dans un marché d'Istanbul avant les vacances de l'Aïd Al-Adha (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 09 juillet 2022

En Turquie, l'inflation menace de gâcher l'Aïd

  • Pendant les quatre jours de l'Aïd al-Adha, moutons, chèvres et bœufs d'au moins un an sont sacrifiés au nom d'Allah. Selon la tradition, la viande est ensuite partagée entre les pauvres, les proches et soi-même
  • Mais cette année, les prix ont doublé, parfois triplé, sous l'effet d'une inflation qui a atteint 78,6% sur douze mois selon les données officielles

ISTANBUL: Gül Er achète chaque année un mouton à l'approche de l'Aïd al-Adha, la grande fête musulmane du sacrifice. Cette année, sur la foire aux bestiaux de Sultangazi, quartier conservateur d'Istanbul, les prix des bêtes l'inquiètent.

"C'est un devoir sacré mais les prix sont inabordables", confie la jeune femme.

Sa fillette à la main, elle marchande avec un éleveur sous une tente blanche, indifférente à la chaleur de midi et à l'odeur entêtante de fumier.

Cette année, la mère de famille ne pourra prétendre à mieux qu'à un mouton peu charnu.

Dans les autres allées de cette foire en plein air de 40 000 m², où s'alignent des milliers de bêtes, les négociations sont intenses. Les acheteurs font tout, entre les bêlements et les meuglements, pour arracher un prix à la baisse afin de célébrer la fête qui commence samedi.

Pendant les quatre jours de l'Aïd al-Adha, moutons, chèvres et bœufs d'au moins un an sont sacrifiés au nom d'Allah. Selon la tradition, la viande est ensuite partagée entre les pauvres, les proches et soi-même.

Mais cette année, les prix ont doublé, parfois triplé, sous l'effet d'une inflation qui a atteint 78,6% sur douze mois selon les données officielles -- 175,5% d'après un groupe d'économistes turcs indépendants --, conséquence de la politique monétaire hétérodoxe du président Erdogan.

«Clients mécontents»

Semsi Bayraktar, président de l'Union des chambres d'agriculture de Turquie, dit s'attendre à un quart de ventes en moins cette année, et un récent sondage de l'institut Ipsos montre que 26% seulement des Turcs feront sacrifier une bête, 15 points de moins qu'en 2021.

"L'an dernier, je vendais un bœuf de 500 kilos pour 20 000 livres turques (1 188 dollars au cours actuel). Cette année, j'ai fixé mon prix à 45 000 livres (2 673 dollars)", explique Galip Toklu, éleveur originaire de la ville de Samsun (Nord), sur la mer Noire.

"Les clients sont mécontents", reconnaît-il, justifiant ce bond spectaculaire par la hausse de ses coûts.

"Le prix des aliments pour bétail a quadruplé, nous sommes en grande difficulté", glisse-t-il sous son chapeau bleu.

Le nombre de bêtes offertes, quoiqu'important, est d'ailleurs en baisse sur la foire: 160 tentes dressées cette année contre plus de 500 en 2018.

Dans une autre allée, Sinan Ates se montre lui aussi pessimiste. L'éleveur aux 600 bêtes, arrivé il y a 48 heures, n'a toujours pas fait sa première vente.

L'élevage est "terminé" en Turquie, lâche-t-il, déplorant la hausse des prix du carburant et des produits pour l'alimentation animale autant que le manque d'aide du gouvernement.

«Ordre d'Allah»

Salih Yeter, un habitué de la foire, avance l'oeil aiguisé entre les tentes pour dénicher la bête qui correspondra à son budget. Sept amis, qui contribueront à l'achat, l'accompagnent.

"Si on trouve une bête bon marché, on l'achètera. Sinon, on attendra encore", lance-t-il, jovial. Pour l'homme de 57 ans, l'Aïd al-Adha revêt cette année une importance particulière car beaucoup autour de lui ne peuvent plus s'offrir de viande.

"Grâce à moi et à d'autres musulmans, ils pourront en manger", se réjouit-il par avance.

Selon les données officielles, les prix de l'alimentation ont flambé de plus de 93% sur l'année écoulée. La viande est particulièrement touchée.

La fille de Gül Er est atteinte d'une maladie métabolique qui lui impose un régime carné. Pourtant, confie la mère: "je n'ai pas mangé un seul morceau de viande cette année. Je ne peux même pas respecter le régime alimentaire de ma fille".

Mais malgré la crise, peu veulent renoncer à leur "devoir sacré" de l'Aïd.

"Les prix ont doublé mais on doit faire avec: c'est l'ordre d'Allah", affirme Selahattin Kose, barbe et calotte blanches.

L'arrivée de ce hadji (qui a fait le pèlerinage à La Mecque) suscite l'effervescence: sous une tente, un éleveur veut lui baiser les pieds pour qu'il lui porte chance.

L'acheteur prévient cependant: "L'année dernière, j'avais acheté un bœuf, cette année je me contenterai d'un mouton".


Le cortège funèbre de Khamenei débute sa traversée de Téhéran

Le cortège funèbre de l'ayatollah Ali Khamenei s'est mis en route lundi matin dans les rues de Téhéran, selon la télévision d'Etat, au troisième jour d'obsèques nationales conçues comme une démonstration de force et d'unité par le pouvoir iranien. (AFP)
Le cortège funèbre de l'ayatollah Ali Khamenei s'est mis en route lundi matin dans les rues de Téhéran, selon la télévision d'Etat, au troisième jour d'obsèques nationales conçues comme une démonstration de force et d'unité par le pouvoir iranien. (AFP)
  • Le cercueil avait été exposé pendant deux jours à la Grande Mosalla, un site religieux et politique de la capitale
  • La procession doit durer de 10 à 12 heures et passer, entre autres, par l'emblématique rue Enghelab (révolution), selon les autorités, qui attendent des millions de personnes

TEHERAN: Le cortège funèbre de l'ayatollah Ali Khamenei s'est mis en route lundi matin dans les rues de Téhéran, selon la télévision d'Etat, au troisième jour d'obsèques nationales conçues comme une démonstration de force et d'unité par le pouvoir iranien.

Le cercueil avait été exposé pendant deux jours à la Grande Mosalla, un site religieux et politique de la capitale, où des Iraniens ont afflué pour dire adieu au dirigeant tué dans des bombardements israélo-américains le 28 février.

La procession doit durer de 10 à 12 heures et passer, entre autres, par l'emblématique rue Enghelab (révolution), selon les autorités, qui attendent des millions de personnes.

"Nous demandons à la population de se rendre pacifiquement sur la place Azadi" (liberté), où est attendu le cortège, a déclaré le général Hassan Hassanzadeh, selon la télévision d'Etat.

Des photos prises par l'AFP lundi matin montrent des centaines de personnes, pour beaucoup vêtues de noir, certaines brandissant des drapeaux iraniens ou des portraits du défunt guide suprême. Une personne tient une pancarte indiquant "A bas les Etats-Unis" et une autre montrant le président américain Donald Trump recouvert d'une cible.

Des personnes rassemblées sur la place de l'imam Hussein, dans l'est de la capitale, "ont symboliquement pendu Trump", a rapporté la télévision d'Etat, en partageant une vidéo sur laquelle figure un mannequin pendu à un gibet de fortune.

Il n'a pas été précisé si les participants au cortège pourraient s'approcher du cercueil de Khamenei, qui avait été tenu à distance du public à la Mosalla par de grands murs de béton pour éviter les bousculades.

Le 6 juin 1989, une foule en transe avait pris d'assaut le cortège funéraire du précédent guide suprême Rouhollah Khomeini, fondateur de la République islamique: le linceul avait été déchiré et le corps était tombé à terre.

C'est finalement par hélicoptère que le corps avait été transféré pour être inhumé dans un cimetière près de Téhéran, avec plusieurs heures de retard.

Selon l'agence iranienne officielle Irna, pas moins de 10 millions de personnes avaient afflué et les mouvements de foule avaient fait plus de dix morts et plus de 10.000 blessés.

Jours fériés 

Les funérailles d'Ali Khamenei, qui avait le dernier mot sur les grandes orientations de l'Etat et qui a été tué au premier jour de la guerre avec Israël et les Etats-Unis, ont officiellement débuté samedi.

Pendant deux jours, une foule d'Iraniens s'est pressée dans l'enceinte de la Grande Mosalla pour apercevoir le cercueil aux couleurs du drapeau iranien.

A ses côtés étaient disposés ceux de ses proches tués avec lui: une de ses filles, un gendre, une belle-fille et une petite-fille, âgée de 14 mois selon les autorités.

Selon des images de la télévision d'Etat, trois fils d'Ali Khamenei - Massoud, Mostafa et Meysam - sont venus à la Mosalla, avec nombre de dirigeants iraniens, mais pas Mojtaba, qui lui a succédé à la fonction de guide suprême.

Blessé dans les bombardements qui ont tué son père, le dirigeant de 56 ans n'a pas été vu en public et ne s'exprime que via des communiqués qui lui sont attribués.

Dimanche et lundi ont été déclarés jours fériés pour permettre aux Iraniens de participer aux cérémonies, alors que les autorités affirment attendre au total entre 15 et 20 millions de personnes rien qu'à Téhéran, capitale qui compte à elle seule plus de 10 millions d'habitants.

Après la procession, le cercueil doit faire escale à Qom puis dans des sanctuaires en Irak, où vit une importante communauté chiite.

L'inhumation aura lieu jeudi dans la ville sainte de Machhad (nord-est de l'Iran), dont Ali Khamenei, était originaire.

Initialement prévues en mars, les funérailles avaient été reportées en raison de la guerre.

Les dirigeants iraniens les ont conçues comme une démonstration de force, en pleines discussions avec Washington après la signature le mois dernier d'un accord-cadre pour parvenir à un règlement durable du conflit.

Le chef de l'armée, Amir Hatami, a déclaré dimanche à la télévision d'Etat qu'il avait juré à Mojtaba Khamenei de ne pas "lâcher le col de ceux qui ont tué" son père, qui a présidé aux destinées du pays pendant plus de trois décennies, jusqu'à sa mort à 86 ans.


Toute tentative des Houthis de cibler le Royaume se heurtera à une riposte d'une force sans précédent, affirme la coalition

Un soldat fidèle aux forces de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite monte la garde près de navires amarrés dans le port méridional d’Aden, au Yémen. (AFP/Archives)
Un soldat fidèle aux forces de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite monte la garde près de navires amarrés dans le port méridional d’Aden, au Yémen. (AFP/Archives)
  • Les menaces des Houthis visent à « détourner l’attention » des violations commises contre le peuple yéménite, affirme Al-Maliki, porte-parole de la coalition

RIYAD : Toute tentative des rebelles houthis du Yémen de cibler le Royaume se heurtera à une réponse marquée par une « détermination et une force sans précédent », a déclaré la coalition dirigée par l’Arabie saoudite tôt samedi dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux et relayé par l’Agence de presse saoudienne.

« Les déclarations des Houthis contre le Royaume hier ne sont qu’une tentative de détourner l’attention de leurs graves violations à l’encontre du peuple frère du Yémen », a déclaré le général de division Turki Al-Maliki, porte-parole de la coalition.

Il a qualifié les dernières menaces de la milice de tentatives visant à porter atteinte à la sécurité régionale et internationale.

« La coalition répondra avec une détermination et une force sans précédent à toute tentative de cibler le Royaume, ses citoyens, ses résidents et ses infrastructures nationales, ou à toute atteinte à la souveraineté de la République sœur du Yémen, conformément au droit international humanitaire coutumier », a-t-il déclaré.

Le groupe soutenu par l’Iran a menacé vendredi de prendre pour cible « les aéroports saoudiens ainsi que les intérêts vitaux sur terre et en mer », selon son porte-parole militaire.

Al-Maliki a accusé les Houthis d’être responsables des souffrances du peuple yéménite.

« Ils cherchent à exporter les catastrophes économiques et les souffrances qu’ils ont eux-mêmes provoquées au Yémen, tout en tentant de masquer le rejet auquel ils sont confrontés de la part des composantes tribales et sociales yéménites, en reportant ces tensions sur leur environnement régional et les pays voisins. »

Connue officiellement sous le nom de Coalition pour le rétablissement de la légitimité au Yémen, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite affirme œuvrer au rétablissement du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale, après la prise de la capitale, Sanaa, par les Houthis en 2014.

Le groupe, qui a reçu des armes de Téhéran, contrôle depuis lors la capitale ainsi que de vastes régions du pays.

« Le Royaume, avec la coalition et ses partenaires internationaux, a lancé des initiatives et des efforts visant à atténuer les souffrances du peuple yéménite causées par le coup d’État de la milice houthie », a déclaré Al-Maliki. « Ces efforts comprennent également la recherche d’une solution à la crise yéménite à travers une feuille de route approuvée par le gouvernement légitime du Yémen, mais rejetée par les Houthis, qui ont en outre refusé les initiatives en faveur d’une paix durable et attaqué les voies de communication maritimes ainsi que le commerce international dans le sud de la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb. »

Al-Maliki a ajouté : « Ces actions ont exposé les capacités et les infrastructures du peuple yéménite à des attaques et à des destructions massives dans les ports de Hodeïda, Ras Issa et Salif, ainsi qu’à l’aéroport international de Sanaa, aux centrales électriques, aux installations industrielles et à d’autres composantes économiques majeures appartenant au peuple yéménite. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le président libanais affirme qu'il ne cèdera «pas un pouce» du territoire à Israël

 Le président libanais, Joseph Aoun, a affirmé jeudi que les négociations que le pays mène avec Israël ne constituaient pas une trahison, comme l'accuse le Hezbollah, et assuré qu'il ne cèderait "pas un seul pouce de territoire". (AFP)
Le président libanais, Joseph Aoun, a affirmé jeudi que les négociations que le pays mène avec Israël ne constituaient pas une trahison, comme l'accuse le Hezbollah, et assuré qu'il ne cèderait "pas un seul pouce de territoire". (AFP)
  • Ces négociations directes ne sont pas "une trahison, mais une guerre diplomatique, sans effusion de sang inutile", a insisté Joseph Aoun
  • Le chef de l'Etat a ajouté que le Liban avait décidé d'engager des pourparlers "pour garantir le retrait israélien de son territoire"

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a affirmé jeudi que les négociations que le pays mène avec Israël ne constituaient pas une trahison, comme l'accuse le Hezbollah, et assuré qu'il ne cèderait "pas un seul pouce de territoire".

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait déclaré la veille que l'armée israélienne resterait "pour une durée indéterminée" dans ce qu'elle qualifie de "zones de sécurité" établies au Liban, en Syrie et dans la bande de Gaza.

Le Liban a signé le 26 juin sous l'égide de Washington un accord-cadre avec Israël en vue de parvenir à une "paix durable", un texte violemment contesté par le Hezbollah pro-iranien.

Ces négociations directes ne sont pas "une trahison, mais une guerre diplomatique, sans effusion de sang inutile", a insisté Joseph Aoun, alors que la nouvelle guerre entre Israël et le Hezbollah a fait depuis le 2 mars plus de 4.200 morts au Liban, selon les autorités.

Le chef de l'Etat a ajouté que le Liban avait décidé d'engager des pourparlers "pour garantir le retrait israélien de son territoire".

"Nous ne cèderons pas un seul pouce du territoire libanais", a-t-il assuré.

L'accord-cadre prévoit que l'armée libanaise rétablisse son autorité dans le sud du pays, sous réserve du désarmement du Hezbollah, à commencer par des "zones pilotes" dont se retirerait l'armée israélienne, mais il ne fixe pas de calendrier.

Le processus doit être détaillé dans une annexe de sécurité, dont le contenu n'a pas été rendu public.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place tant que persisterait la menace du Hezbollah.