Marée humaine à Bagdad, nouvelle démonstration de force de Moqtada Sadr

Le rassemblement de prière de masse du religieux chiite Moqtada Sadr fait suite à sa demande d'élections anticipées. (Reuters)
Le rassemblement de prière de masse du religieux chiite Moqtada Sadr fait suite à sa demande d'élections anticipées. (Reuters)
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Publié le Vendredi 05 août 2022

Marée humaine à Bagdad, nouvelle démonstration de force de Moqtada Sadr

  • Le sit-in a été initié pour protester contre une candidature au poste de Premier ministre présentée par les adversaires de M. Sadr, les puissantes factions chiites pro-Iran du Cadre de Coordination
  • Capitalisant sur sa capacité à mobiliser les foules, Moqtada Sadr a appelé à la dissolution du Parlement et des élections législatives anticipées, moins d'un an après le scrutin qu'il avait remporté haut la main

BAGDAD : Des dizaines de milliers de partisans de Moqtada Sadr ont tenu la traditionnelle prière du vendredi dans la Zone verte ultrasécurisée à Bagdad, nouvelle démonstration de force de l'influent politicien en passe d'obtenir de ses rivaux des législatives anticipées, sous certaines conditions.

Après la prière, quelques centaines de manifestants sont retournés aux abords du Parlement qu'ils occupent depuis le 30 juillet dans la Zone verte, le luxueux quartier bouclé au coeur de la capitale abritant institutions étatiques et ambassades. Ils ont trouvé le bâtiment vide et les portes fermées, mais les contestataires, installés dans des tentes, poursuivent leur campement dans les jardins de l'institution, comme l'avait demandé le courant sadriste.

Le sit-in a été initié pour protester contre une candidature au poste de Premier ministre présentée par les adversaires de M. Sadr, les puissantes factions chiites pro-Iran du Cadre de Coordination.

Capitalisant sur sa capacité à mobiliser les foules, Moqtada Sadr a appelé à la dissolution du Parlement et des élections législatives anticipées, moins d'un an après le scrutin qu'il avait remporté haut la main.

Le Cadre de coordination s'est dit ouvert à des élections anticipées, réclamant à demi-mot la fin du sit-in au Parlement.

Vendredi, trois semaines après une précédente prière à Bagdad ayant attiré des centaines de milliers de personnes, une foule immense de partisans de M. Sadr a afflué vers une vaste esplanade de la Zone verte pour la traditionnelle prière musulmane de la mi-journée.

Se protégeant du soleil avec des parasols par une chaleur de 46 degrés Celsius à l'ombre et brandissant des drapeaux irakiens et des portraits de Sadr, les hommes -- et quelques femmes -- se sont installés sur leur tapis de prière.

"Oui, oui aux réformes", "non, non à la corruption", ont scandé les fidèles.

«Prisonnier des corrompus»

"Nous soutenons les revendications (...) du Sayyed Moqtada al-Sadr: la dissolution du Parlement et la tenue d'élections anticipées", a lancé l'imam de la prière, installé sur une estrade.

"L'Irak est prisonnier des corrompus", a-t-il accusé, fustigeant dans son prêche "la criante détérioration des services publics, de la santé et de l'éducation".

Qu'importe si des fidèles à Moqtada Sadr occupent également les plus hauts échelons dans les ministères, ses partisans le voient comme une figure de l'opposition et un héraut de la lutte contre la corruption.

"Quand il veut utiliser le peuple pour une cause, il appelle à une prière bénie du vendredi et unifie les rangs des musulmans", a lancé, près de sculptures de sabres sur l'esplanade, un partisan de M. Sadr, cheikh Ali al-Atabi, 38 ans.

"C'est une épine (dans le pied) de l'ennemi, pour réclamer élections et réformes", a dit un autre,  Qassem Abou Moustafa, fonctionnaire de 40 ans.

Dix mois après les législatives, l'Irak attend toujours la désignation d'un nouveau Premier ministre et d'un président de la République, sur fond de querelles politiciennes.

Le scrutin d'octobre 2021 avait été remporté par le Courant sadriste, qui représentait le groupe le plus important avec 73 députés dans un Parlement fragmenté où aucun camp n'a réussi à construire une majorité claire parmi les 329 élus.

N'étant pas parvenu à rassembler la majorité pour nommer un Premier ministre, M. Sadr a fait démissionner ses députés en juin, abandonnant à ses adversaires la tâche de former un gouvernement.

«Volonté des masses»

Une dissolution du Parlement doit être actée par un vote à la majorité absolue et peut être demandée par un tiers des députés, ou par le Premier ministre avec accord du président de la République.

Les adversaires de M. Sadr, qui entretient des relations en dents de scie avec l'Iran chiite, lui ont répondu jeudi soir.

"Le Cadre de coordination affirme son soutien à toute voie constitutionnelle pour résoudre les crises politiques et agir dans l'intérêt du peuple, y compris des élections anticipées", a indiqué un communiqué de cette alliance.

Cette alliance regroupe notamment les anciens paramilitaires du Hachd al-Chaabi, intégrés aux forces régulières ainsi que le parti de l'ex-Premier ministre Nouri al-Maliki.

Le président du Parlement, Mohamed al-Halboussi, a apporté sur Twitter son soutien à des législatives anticipées, estimant qu'il était "impossible d'ignorer la volonté des masses".


Liban: un Casque bleu français tué dans une embuscade attribuée au Hezbollah

Un contingent français de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) patrouille dans la zone tandis que des habitants déplacés, brandissant des drapeaux du Hezbollah, regagnent leurs foyers par une route de fortune construite à l’emplacement du pont de Qasmieh, détruit par des frappes israéliennes, dans la région d’Al-Qasmiyeh, au sud du Liban, le 18 avril 2026. (AFP)
Un contingent français de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) patrouille dans la zone tandis que des habitants déplacés, brandissant des drapeaux du Hezbollah, regagnent leurs foyers par une route de fortune construite à l’emplacement du pont de Qasmieh, détruit par des frappes israéliennes, dans la région d’Al-Qasmiyeh, au sud du Liban, le 18 avril 2026. (AFP)
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  • Un soldat français a été tué et trois blessés au sud-Liban lors d’une embuscade contre des Casques bleus, attribuée au Hezbollah, marquant une nouvelle escalade dans le conflit régional
  • La France appelle le Liban à agir contre les responsables, tandis que les tensions persistent malgré les cessez-le-feu et les efforts diplomatiques en cours

PARIS: Deuxième soldat français tué depuis le début de la guerre contre l'Iran fin février, un militaire français a été tué et trois autres soldats français blessés samedi au sud-Liban, lors d'une embuscade contre des Casques bleus attribuée au Hezbollah.

"La Nation s'incline avec respect et adresse son soutien aux familles de nos soldats et à tous nos militaires engagés pour la paix au Liban. Tout laisse à penser que la responsabilité de cette attaque incombe au Hezbollah", a déclaré le président français Emmanuel Macron sur X.

Le sergent-chef Florian Montorio, rattaché au 17e régiment du génie parachutiste de Montauban, dans le sud-ouest de la France, a été tué "par un tir direct à l'arme légère", dans la région de Deir-Kifa, a précisé la ministre française des Armées Catherine Vautrin sur X.

"La France exige des autorités libanaises qu'elles arrêtent immédiatement les coupables et prennent leurs responsabilités aux côtés de la Finul", a ajouté M. Macron.

Le président libanais Joseph Aoun a condamné samedi l'attaque contre les Casques bleus français. Il a promis de poursuivre les responsables.

La Force d'interposition de l'ONU au Liban (Finul) a dénoncé une attaque "délibérée", estimant que les auteurs de l'embuscade étaient vraisemblablement le Hezbollah, groupe militaire islamiste chiite allié de l'Iran, installé au Liban où il exerce une énorme influence et est en guerre contre Israël.

- "Garantir la sécurité" -

M. Macron s'est entretenu samedi avec M. Aoun et le Premier ministre libanais Nawaf Salam, leur demandant de "garantir la sécurité des soldats de la Finul", déployée au Liban depuis 1978, composée de plus de 7.000 militaires, dont plus de 600 Français.

Le sergent-chef Montorio "était en mission d'ouverture d'itinéraire vers un poste de la Finul isolé depuis plusieurs jours par les combats dans la zone, il a été pris dans une embuscade par un groupe armé à très courte distance", a détaillé Mme Vautrin, soulignant que ce "sous-officier expérimenté" avait déjà été "déployé plusieurs fois en opération".

"La Nation s'incline devant la mémoire d'un de ses fils qui a donné sa vie pour elle. Mes pensées vont à sa compagne, à ses enfants, à ses proches et à ses frères d'armes", a ajouté la ministre.

La gravité des blessures des trois autres militaires n'a pas été précisée.

C'est le deuxième militaire français tué par des alliés de Téhéran depuis le début de la guerre amorcée fin février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, qui a embrasé toute la région.

Le 12 mars, l'adjudant-chef Arnaud Frion, 42 ans, a été tué dans une attaque de drone attribuée à une milice pro-iranienne. Il était déployé dans une base dans la région d'Erbil au Kurdistan irakien, où il participait à une mission de formation à la lutte antijihadiste.

Un cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l'Iran est en vigueur depuis le 8 mars, et un intense ballet diplomatique est en cours pour tenter de le consolider.

Une trêve est aussi à l’œuvre au Liban, qu'Israël a attaqué en riposte aux attaques du Hezbollah. Des préparatifs de négociations sont en cours, mais le Hezbollah se dit "non concerné" par ces négociations libanaises avec Israël.


La Turquie espère «réduire les tensions» au Moyen-Orient lors d'un forum

"Nous déployons les efforts nécessaires pour réduire les tensions, prolonger le cessez-le-feu et poursuivre les négociations", a déclaré son président, Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours cette semaine devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP. (AFP)
"Nous déployons les efforts nécessaires pour réduire les tensions, prolonger le cessez-le-feu et poursuivre les négociations", a déclaré son président, Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours cette semaine devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP. (AFP)
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  • Les représentants de plus de 150 pays sont attendus au Forum d'Antalya, station balnéaire du sud de la Turquie, dont plus de 20 chefs d'Etat et de gouvernement
  • Parmi eux figurent le président syrien Ahmad al-Chareh et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov

ANTALYA: La Turquie organise à partir de vendredi un vaste forum diplomatique qui accueillera notamment le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, au moment où Islamabad intensifie ses efforts pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Les représentants de plus de 150 pays sont attendus au Forum d'Antalya, station balnéaire du sud de la Turquie, dont plus de 20 chefs d'Etat et de gouvernement. Parmi eux figurent le président syrien Ahmad al-Chareh et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Une réunion entre les chefs de la diplomatie de la Turquie, de l'Egypte, du Pakistan et de l'Arabie Saoudite pour "des discussions sur le développement de solutions régionales aux problèmes régionaux, notamment à propos du conflit entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran" est prévue vendredi soir en marge du forum, selon une source du ministère turc des Affaires étrangères.

Le forum annuel d'Antalya intervient alors que le Pakistan multiplie ses efforts de médiation en vue d'une nouvelle série de pourparlers entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre lancée le 28 mars par les Etats-Unis et Israël.

Le chef d'état-major de l'armée pakistanaise a rencontré jeudi à Téhéran des négociateurs de haut niveau et M. Sharif, arrivé jeudi à Antalya, s'est entretenu cette semaine avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et l'émir du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani dans le cadre d'une tournée régionale.

De premiers pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis au Pakistan se sont soldés par un échec dimanche sans toutefois conduire à une rupture du cessez-le-feu de deux semaines mis en place le 8 avril.

La Turquie veut également contribuer au processus de stabilisation.

"Nous déployons les efforts nécessaires pour réduire les tensions, prolonger le cessez-le-feu et poursuivre les négociations", a déclaré son président, Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours cette semaine devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP.

"On ne peut pas négocier les poings serrés. Il ne faut pas laisser les armes parler à la place des mots. Il faut exploiter pleinement la fenêtre d'opportunité ouverte par le cessez-le-feu", a-t-il ajouté.

Réouverture d'Ormuz 

M. Erdogan prendra la parole lors du forum, qui se tiendra pendant trois jours, et rencontrera M. Sharif en marge de celui-ci.

La guerre et le blocus du détroit d'Ormuz, voie de passage stratégique, devraient être au cœur des discussions. La date et l'heure de cette rencontre n'ont pas encore été communiquées.

La Maison Blanche a déclaré que de nouvelles discussions avec l'Iran se tiendraient "très probablement" à Islamabad, où le vice-président JD Vance a dirigé la délégation américaine lors du premier cycle de négociations.

"Nous continuerons à apporter tout le soutien possible pour faire en sorte que le cessez-le-feu temporaire en cours devienne permanent", a déclaré jeudi une source du ministère turc de la Défense.

"Nous espérons que cette guerre, dont les effets se font de plus en plus sentir non seulement au niveau régional mais aussi mondial, prendra fin au plus vite et que les parties agiront de manière constructive dans le processus de négociation en cours", a déclaré la source.

Critique virulente d'Israël, la Turquie s'est jointe aux efforts diplomatiques du Pakistan et de l'Egypte pour contribuer à l'instauration d'un cessez-le-feu, tant en Iran qu'au Liban.

Le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a par ailleurs demandé lundi une réouverture "dès que possible" du détroit d'Ormuz et le rétablissement de son statut de "zone de libre passage international".

Parallèlement, le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz et les Premiers ministres britanniques Keir Starmer et italienne Giorgia Meloni se réunissent vendredi à Paris pour discuter de la mise en place d'une mission de sécurisation de la navigation dans le détroit d'Ormuz. Une trentaine de participants d'autres pays se joindront à eux en visioconférence.

 


Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu de dix jours entre le Liban et Israël

Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump. (AFP)
Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump. (AFP)
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  • La trêve a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi)
  • Celle-ci a été annoncée par le président américain Donald Trump.

BEYROUTH: Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump.

La trêve a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi), après un mois et demi de conflit entre Israël et le mouvement libanais pro-iranien Hezbollah. Ce dernier a rejoint début mars la guerre au Moyen-Orient en lançant des roquettes contre le territoire israélien, en solidarité avec l'Iran attaqué par les Etats-Unis et Israël.