Les 1.001 vies du milliardaire Mohed Altrad, du désert syrien au Bouclier de Brennus

Le président franco-syrien de Montpellier Mohed Altrad (C) s'entretient avec le président français Emmanuel Macron (D) tandis que le président de l'union française de rugby Bernard Laporte (G) regarde devant le match final du Top14 entre Castres Olympique et Montpellier Herault Club au Stade de France à Saint-Denis, au nord de Paris, le 24 juin 2022. ( FRANCK FIFE / AFP)
Le président franco-syrien de Montpellier Mohed Altrad (C) s'entretient avec le président français Emmanuel Macron (D) tandis que le président de l'union française de rugby Bernard Laporte (G) regarde devant le match final du Top14 entre Castres Olympique et Montpellier Herault Club au Stade de France à Saint-Denis, au nord de Paris, le 24 juin 2022. ( FRANCK FIFE / AFP)
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Publié le Lundi 05 septembre 2022

Les 1.001 vies du milliardaire Mohed Altrad, du désert syrien au Bouclier de Brennus

  • Depuis 1972, il n'est jamais retourné dans son pays d'origine, où il ne pourrait «plus trouver aucune trace» de ce qu'il a connu, dit-il à propos du conflit qui déchire la Syrie
  • «J'ai tout fait ici à Montpellier: l'apprentissage de la langue, les études, mon groupe, le club de rugby...»

PARIS: "Enfant du désert" syrien, le milliardaire Mohed Altrad s'est forgé un destin hors du commun. Grand patron, romancier, homme clef du rugby français, candidat à la mairie de Montpellier, il est jugé partir de mercredi pour des soupçons de favoritisme autour du sponsoring du XV de France.

"Je suis resté un enfant du désert qui a bravé de nombreuses difficultés", raconte Mohed Altrad d'une voix feutrée.

Sacré "Entrepreneur mondial de l'année" en 2015, 31e fortune de France en 2021 selon Challenges, avec un patrimoine estimé à près de quatre milliards d'euros, le Français a raconté dans un de ses romans les circonstances de sa naissance, à une date non déterminée entre 1948 et 1951.

Fruit du viol par un chef de tribu d'une adolescente bédouine morte de chagrin, l'orphelin a misé sur l'instruction.

Bon élève, il a fini par décrocher une bourse du gouvernement syrien pour étudier à Montpellier, ville de sa "seconde naissance", où il est arrivé en 1970, sans parler français et sans le sou.

"Imbibé de culture orientale", Mohed Altrad dit se sentir depuis des décennies "pleinement français". Depuis 1972, il n'est jamais retourné dans son pays d'origine, où il ne pourrait "plus trouver aucune trace" de ce qu'il a connu, dit-il à propos du conflit qui déchire la Syrie.

"J'ai tout fait ici à Montpellier: l'apprentissage de la langue, les études, mon groupe, le club de rugby...", résume-t-il.

«Dureté»

En 1985, Mohed Altrad a repris une modeste entreprise héraultaise d'échafaudage qu'il transforme en empire international, via de multiples acquisitions et une réorientation vers les services industriels.

Employant 52.000 personnes dont environ 15.000 en France, le groupe Altrad, basé à Montpellier, reste peu connu en France, mais est très actif dans le domaine du pétrole et du gaz et présent en Grande-Bretagne, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie.

Parallèlement, en 2011, ce joueur de tennis qui ne s'était jamais intéressé au ballon ovale reprend le club de Montpellier, au bord de la faillite. Il redresse le MHR mais se fait de nombreux ennemis, notamment parmi les présidents du Top 14, "un petit monde très conservateur", dont il fustige le modèle économique "pas viable".

Qu'importe, après avoir tenté de décrocher le Bouclier de Brennus en débauchant des Sud- Africains à tour de bras, qui a valu au MHR le surnom de "Langueboks" (association de Languedoc et de Springboks), Mohed Altrad a décroché le Graal la saison dernière avec une équipe de revanchards (les grognards Ouedraogo, Paillaugue, Guirado ou l'ex-sélectionneur des Bleus Philippe Saint-André...).

Très secret, Mohed Altrad, qui se présente comme un "humaniste", auteur de romans, d'essais et d'ouvrages de management, est décrit par ses soutiens comme un "homme de vision et de solutions". Mais ses adversaires soulignent son "ambition démesurée" et sa "dureté quand on s'oppose à sa volonté".

A propos de collaborateurs dont il s'est séparé parfois abruptement, comme l'entraîneur Fabien Galthié, aujourd'hui sélectionneur des Bleus, il tranche: "quelqu'un qui ne fait pas son travail malgré tout ce qu'on lui prodigue comme conseils, on le +sort+, car c'est la réussite collective qui est en jeu".

Ambition sociale

En 2017, Mohed Altrad, dont le nom apparaît sur le célèbre maillot noir des All Blacks, est le premier sponsor à inscrire son nom sur le maillot du XV de France.

Mais ses liens controversés avec le président de la Fédération française de rugby (FFR) Bernard Laporte ont conduit le Parquet national financier (PNF) à ouvrir une enquête.

Corruption et favoritisme: Bernard Laporte au tribunal avec d'autres pontes du rugby français

Des piliers du rugby à la barre: le patron de la Fédération française (FFR) Bernard Laporte est jugé à partir de mercredi pour soupçons de corruption et trafic d'influence avec deux autres figures de l'ovalie, dans un procès scruté à un an de la Coupe du monde en France.

Devant le tribunal correctionnel, l'ancien sélectionneur du XV tricolore (2000-2007) tentera de contrer l'accusation qui fait de lui la pierre angulaire d'un système de favoritisme impliquant l'homme d'affaires multimilliardaire et président du Montpellier Hérault Rugby (MHR), Mohed Altrad, et Claude Atcher, récemment suspendu de ses fonctions de directeur général de la Coupe du monde 2023.

Le vice-président de la Fédération Serge Simon figure également parmi les cinq prévenus qui seront jugés jusqu'au 22 septembre.

"Les griefs faits à Bernard Laporte sont parfaitement artificiels, notamment parce que les actes accomplis l'ont tous été dans l'intérêt de la fédération", assure à l'AFP son avocat, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi.

Le Parquet national financier (PNF) a une autre analyse. Selon son enquête, l'ancien secrétaire d'Etat aux Sports de Nicolas Sarkozy (2007-2009) s'est notamment rendu coupable de "prise illégale d'intérêt", "corruption passive" et "trafic d'influence passif" au bénéfice principal de Mohed Altrad, patron du géant éponyme du BTP.

Leurs liens d'amitié et d'affaires forment le cœur du dossier.

En février 2017, les deux hommes signent un contrat d'un an aux termes duquel Bernard Laporte, président de la FFR depuis décembre 2016, accepte de participer à des séminaires pour le groupe Altrad et lui cède son droit à l'image. Le tout en contrepartie d'une rétribution de 180.000 euros.

Soupçons

Problème, selon l'accusation: si cette somme est bien versée dès 2017, le contrat ne sera jamais exécuté.

Parallèlement, pendant cette période, le patron du rugby français intervient plusieurs fois en soutien de M. Altrad, alimentant des soupçons de favoritisme dont la justice sera saisie fin 2017 sur signalement du ministère des Sports.

En mars 2017, Bernard Laporte signe ainsi, au nom de la FFR mais sans aviser sa division marketing, un contrat de partenariat de 1,8 million d'euros qui fait d'Altrad le premier sponsor maillot de l'histoire du XV de France.

Le nom du groupe y figure encore aujourd'hui en vertu d'un autre contrat de 35 millions d'euros, conclu en janvier 2018 sous les auspices de M. Laporte et dans lequel le PNF voit la marque d'une corruption.

D'autres interventions ont fait tiquer les enquêteurs.

En juin 2017, M. Laporte prend attache avec la commission fédérale de discipline qui a infligé en appel au MHR, propriété de M. Altrad, une amende de 70.000 euros et ordonné la suspension de son stade pour un match. Après ce coup de téléphone, la sanction sera ramenée à 20.000 euros.

En mars 2017, M. Laporte et sa fédération s'opposent également à la décision de la Ligue nationale de rugby (LNR) de reporter deux matches du Top 14 dont l'un devait être disputé par Montpellier, un report auquel M. Altrad était notoirement opposé.

«Légalité»

Saisi, le Conseil d'Etat donnera raison à la Ligue en mettant en doute "la légalité" de la décision de la FFR.

Derrière toutes ces interventions, le PNF décèle des renvois d'ascenseur illicites quand la défense de M. Laporte dénonce de "faux liens de causalité" et rappelle qu'il a renoncé à son contrat avec M. Altrad à l'été 2017, après les premières révélations dans la presse.

Le procès se penchera également sur les liens de Claude Atcher avec la FFR en 2017-2018, quand sa société Sport XV se voit confier quatre missions, en lien principalement avec la candidature française à la Coupe du monde 2023.

Selon l'accusation, l'une d'elles (des conseils de gouvernance évalués à 21.000 euros) n'a jamais été réalisée, ce qui n'empêchera pas M. Laporte de signer un avenant octroyant à Sport XV une prime de 30.000 euros.

Au total, le préjudice pour la FFR sera évalué par les enquêteurs à 80.400 euros.

Depuis 2017, cette enquête à tiroirs a secoué le monde du rugby et fragilisé Bernard Laporte, sans l'empêcher toutefois d'être réélu à la tête de la FFR fin 2020. "Il est serein", affirme son avocat, "il a l'état d’esprit d'un compétiteur".

Marié et père de cinq enfants, le milliardaire reçoit au "Cottage", sa belle demeure montpelliéraine nichée dans un parc. "Je ne suis pas attiré par l'argent, ce sont les grandes réalisations qui m'intéressent", commente le septuagénaire à la barbe soignée et à la chevelure poivre et sel.

A la tête d'une équipe éclectique, il échoue à la troisième place au second tour des municipales 2020 avec 18,2% des voix.

Absent depuis lors du conseil municipal et plus généralement de la politique locale, Mohed Altrad entretient des rapports apaisés avec le maire socialiste de la septième ville de France, Michaël Delafosse, qui a fêté à ses côtés le récent sacre du MHR en Top 14.

"Je ne suis ni de gauche parce que je suis né pauvre, ni de droite parce que je suis devenu riche", affirmait alors ce candidat atypique.


Expo2030: la France devient le premier pays à officialiser sa participation

Jacques Maire Président de Cofrex & Talal Al-Marri, directeur général de l’Expo 2030 Riyad, en présence de Son Altesse le Prince Faisal bin Farhan Al Saud, ministre des Affaires étrangères du Royaume d’Arabie saoudite, et de Dimitri S. Kerkentzes, secrétaire général du BIE. (Photo fournie)
Jacques Maire Président de Cofrex & Talal Al-Marri, directeur général de l’Expo 2030 Riyad, en présence de Son Altesse le Prince Faisal bin Farhan Al Saud, ministre des Affaires étrangères du Royaume d’Arabie saoudite, et de Dimitri S. Kerkentzes, secrétaire général du BIE. (Photo fournie)
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  • La France est le premier pays à signer officiellement son contrat de participation à l’Expo 2030 Riyad.
  • Signé à Paris en marge de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane, l’accord précise les contours de la présence française et marque une nouvelle étape dans la préparation de l’Exposition universelle saoudienne.

PARIS: La France sera au rendez-vous de l’Expo 2030 Riyad. Elle est même le premier pays à avoir officiellement signé son contrat de participation à l’Exposition universelle qui se tiendra dans la capitale saoudienne du 1er octobre 2030 au 31 mars 2031.

La signature de l’accord s’est déroulée à Paris, en marge de la visite du prince héritier et Premier ministre saoudien, Mohammed ben Salmane. La cérémonie s’est tenue en présence du ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhan Al Saoud, et de Dimitri S. Kerkentzes, secrétaire général du Bureau international des Expositions (BIE).

Le contrat a été signé par Talal Al-Marri, directeur général de l’Expo 2030 Riyad, et Jacques Maire, président de la Compagnie française des expositions (Cofrex), l’organisme chargé de préparer et de mettre en œuvre la participation française aux Expositions universelles.

Un premier contrat qui donne le ton

Au-delà de sa portée symbolique, cet accord fixe concrètement le cadre de la participation française pendant les six mois de l’Expo. Il précise notamment l’emplacement et la superficie attribués au pavillon français, ainsi que les grandes orientations de son contenu et de l’expérience proposée aux visiteurs et aux entreprises.

« La signature par la France de son contrat de participation, en tant que premier pays à franchir cette étape, constitue une avancée importante pour l’Expo 2030 Riyad », a déclaré Talal Al-Marri.

Le directeur général de l’Expo a également souligné la longue tradition française de participation aux Expositions universelles et son expertise dans les domaines de la culture, de l’innovation et de la création d’expériences destinées au public.

Cette première signature intervient alors que Riyad accélère les préparatifs de son Exposition universelle. Le 25 août, l’Arabie saoudite et le BIE ont également signé l’Accord de Siège, qui établit le cadre juridique et administratif applicable aux participants officiels. Plus de 135 pays ont déjà confirmé leur participation, selon le BIE.

« Sous un même ciel » : le pavillon français se dévoile

Le pavillon français sera installé dans le quartier thématique baptisé « Planète ». Son thème sera « Sous un même ciel », avec une scénographie articulée autour de quatre éléments : le ciel, la terre, le feu et l’eau.

Pour Jacques Maire, cette conception doit permettre à la France de conjuguer représentation culturelle, innovation et enjeux environnementaux.

Le pavillon aura une double vocation : proposer aux visiteurs une expérience immersive et mettre en avant le savoir-faire français, notamment dans les domaines liés à la protection de la planète et à la transition écologique.

« L’Expo 2030 Riyad constitue une plateforme exceptionnelle pour faire rayonner la créativité, l’innovation et le savoir-faire français », a déclaré le président de Cofrex.

La France entend ainsi utiliser l’Exposition comme une vitrine internationale pour ses entreprises, ses institutions et ses créateurs, tout en participant aux réflexions collectives sur les grands défis auxquels sont confrontées les sociétés contemporaines.

Une exposition placée sous le signe de l’avenir

L’Expo 2030 Riyad aura pour thème général « Imaginer demain ». Elle devrait réunir plus de 200 participants officiels et accueillir quelque 42 millions de visites sur un site de six millions de mètres carrés.

Les organisateurs prévoient cinq quartiers thématiques, des pavillons nationaux, des espaces culturels immersifs et une programmation quotidienne destinée à favoriser les échanges entre visiteurs, pays et organisations.

L’intelligence artificielle et les technologies de pointe doivent également occuper une place importante dans l’expérience proposée au public, aux côtés de l’hospitalité saoudienne et d’une programmation culturelle internationale.

Pour Riyad, l’enjeu dépasse toutefois les six mois de l’Exposition. Le site doit à terme évoluer vers un « village mondial » permanent, conçu pour laisser un héritage durable à la capitale saoudienne et au Royaume.

Une dynamique franco-saoudienne qui se renforce

La signature du contrat français intervient dans un contexte de multiplication des coopérations entre les deux pays autour de l’Expo. Le 26 août, Expo 2030 Riyad et Atout France, l’agence nationale française de développement touristique, ont également signé un protocole d’accord destiné à renforcer les échanges d’expertise, notamment dans le tourisme durable, l’expérience des visiteurs et la préparation de l’héritage de l’Exposition.

Cette succession d’accords illustre la volonté de Riyad de transformer l’Expo 2030 en plateforme de coopération internationale bien avant son ouverture.

Pour la France, qui fait de son pavillon un espace de rayonnement culturel, économique et technologique, le rendez-vous constitue également une occasion de renforcer sa présence dans un Royaume engagé dans une profonde transformation économique et sociale.

À quatre ans de l’ouverture des portes de l’Expo 2030, le pavillon français entre donc officiellement dans sa phase de préparation. Et en choisissant la France comme premier pays à formaliser sa participation, Riyad donne un premier signal fort sur l’importance qu’il entend accorder à ses partenaires internationaux dans la construction de cette future vitrine mondiale.


France–Arabie saoudite : le pari d’un bond technologique commun

Philippe Aghion est un éminent économiste français, mondialement reconnu pour ses travaux sur la croissance et l'innovation. il est professeur au Collège de France et à la London School of Economics. (Photo fournie)
Philippe Aghion est un éminent économiste français, mondialement reconnu pour ses travaux sur la croissance et l'innovation. il est professeur au Collège de France et à la London School of Economics. (Photo fournie)
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  • Pour Philippe Aghion, la France possède les talents, la technologie et le savoir-faire ; l’Arabie saoudite possède les capitaux, une capacité d’investissement et une dynamique industrielle
  • La coopération entre les deux pays pourrait ainsi s’appuyer sur cette complémentarité entre capitaux, compétences et technologies

PARIS: Philippe Aghion est un éminent économiste français, mondialement reconnu pour ses travaux sur la croissance et l'innovation. il est professeur au Collège de France et à la London School of Economics.

Ses recherches ont profondément renouvelé la théorie de la « destruction créatrice » de Joseph Schumpeter. Elles démontrent comment l'innovation, stimulée par la concurrence et encadrée par l'État, est le véritable moteur de la croissance économique moderne. Ses contributions majeures à la science économique ont été couronnées par le prix Nobel d'économie. Arab News en français a pu le rencontrer à Paris.

Pour lui, la France possède les talents, la technologie et le savoir-faire ; l’Arabie saoudite possède les capitaux, une capacité d’investissement et une dynamique industrielle ; leur rapprochement pourrait permettre de financer une nouvelle génération d’innovations, notamment dans l’IA, tout en servant de catalyseur aux réformes économiques et institutionnelles françaises.  La coopération entre les deux pays pourrait ainsi s’appuyer sur cette complémentarité entre capitaux, compétences et technologies.

L’Arabie saoudite et les pays du Golfe peuvent-ils réaliser un « bond technologique » ?

Oui. L’Arabie saoudite dispose d’un avantage majeur : ses capacités financières et son expérience industrielle peuvent contribuer à accélérer l’innovation. La France, de son côté, possède les compétences scientifiques et technologiques nécessaires.

Quels sont les atouts de la France dans cette coopération ?

La France dispose d’un excellent vivier de talents, notamment en mathématiques, en informatique et en ingénierie. Elle possède également des compétences reconnues dans l’aéronautique, la défense, le nucléaire, le ferroviaire, le luxe et certaines technologies d’intelligence artificielle, notamment dans la reconnaissance d’images.

Quel est le principal handicap de la France ?

La situation budgétaire et le niveau d’endettement limitent fortement les capacités françaises d’investissement, notamment dans les innovations de rupture. La hausse des taux d’intérêt accentue encore cette contrainte.

Que peuvent s’apporter réciproquement la France et l’Arabie saoudite ?

La formule qui résume cette complémentarité est simple : « L’Arabie saoudite a les fonds, la France a le savoir-faire. » Mais Riyad apporte également son expérience industrielle et pétrolière. L’objectif est donc de créer une véritable force de frappe commune.

Pourquoi l’IA constitue-t-elle un domaine prioritaire ?

L’intelligence artificielle possède un potentiel de croissance considérable, puisqu’elle peut automatiser la production de biens, de services et même d’idées. Mais son développement nécessite des données et surtout une énorme puissance de calcul, particulièrement coûteuse. C’est précisément un domaine dans lequel les deux pays pourraient coopérer.

La France peut-elle développer une IA européenne capable de concurrencer les États-Unis et la Chine ?

Oui, et cela est considéré comme important. L’objectif serait que la France soit au cœur d’une initiative européenne comparable à la DARPA américaine, avec éventuellement la participation d’autres pays européens et un financement saoudien.

Pourquoi la coopération avec l’Arabie saoudite serait-elle déterminante pour l’IA ?

Parce que le principal obstacle français est le manque de financement. L’Arabie saoudite pourrait fournir les capitaux nécessaires, tandis que la France apporterait ses chercheurs, ses ingénieurs, ses talents et ses technologies.

Quelle vision de l’IA la France devrait-elle défendre ?

La France devrait promouvoir une IA plus éthique, davantage respectueuse des individus, des droits de propriété, des libertés et de la démocratie. Il existe, selon l’interviewé, un marché mondial pour une intelligence artificielle correspondant à ces valeurs.

La France et l’Arabie saoudite peuvent-elles construire ensemble cette « IA de confiance » ?

Oui. Il s’agirait d’un scénario gagnant-gagnant : la France apporterait les compétences et les valeurs, tandis que l’Arabie saoudite fournirait les financements et certaines capacités industrielles. Cette IA pourrait notamment intéresser les pays du Sud global.

La coopération franco-saoudienne dépasse-t-elle les seuls intérêts économiques ?

Oui. Les deux pays peuvent également coopérer sur les questions institutionnelles, culturelles et géopolitiques. Malgré leurs différences culturelles, ils partagent, selon l’interviewé, certains intérêts et certaines valeurs.


La France et l’Arabie saoudite affichent un rapprochement stratégique croissant, de l’Iran à Gaza

Faisal J. Abbas, rédacteur en chef d’Arab News, et la sénatrice Nathalie Goulet, lors de la discussion spéciale organisée au Sénat français. (Photo: Arab News en français)
Faisal J. Abbas, rédacteur en chef d’Arab News, et la sénatrice Nathalie Goulet, lors de la discussion spéciale organisée au Sénat français. (Photo: Arab News en français)
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  • Une discussion spéciale au Sénat français, animée par la sénatrice Nathalie Goulet, avec une présentation de Faisal J. Abbas, rédacteur en chef d’Arab News

PARIS : Les accords conclus lors de la récente visite d’État en France du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane témoignent d’un approfondissement du partenariat entre Paris et Riyad, qui dépasse désormais largement la coopération économique pour englober certains des enjeux géopolitiques les plus pressants du Moyen-Orient.

Tel était le message central d’une discussion spéciale organisée au Sénat français autour de la visite du prince héritier, ainsi que des accords et déclarations conjointes annoncés avec le président français Emmanuel Macron.

La présentation a été assurée par Faisal J. Abbas, rédacteur en chef d’Arab News, qui faisait partie de la délégation de presse accompagnant la visite, et animée par la sénatrice française Nathalie Goulet. François Gouyette, ancien ambassadeur de France en Arabie saoudite, a également participé aux échanges.

Pour Abbas, les annonces faites lors de la visite constituent une nouvelle preuve de la solidité de la relation saoudo-française.

« Les annonces d’hier sont la preuve de cet alignement », a-t-il déclaré, estimant qu’elles renforcent encore le positionnement stratégique de la France. Il a souligné que les évolutions observées au cours des trois à quatre dernières années démontrent que le partenariat bilatéral continue de prendre de l’ampleur.

Le Conseil de partenariat stratégique saoudo-français est au cœur de cette coopération croissante. Gouyette a identifié trois grands axes : la situation au Moyen-Orient, notamment en Iran ; la guerre à Gaza et la situation en Cisjordanie ; et l’élargissement du partenariat bilatéral, notamment à travers la coopération autour d’AlUla.

Concernant l’Iran, Abbas a insisté sur l’importance de privilégier une solution diplomatique. « La priorité est une solution diplomatique », a-t-il déclaré. « Commencer une guerre est facile, y mettre fin ne l’est pas. »

Selon lui, toute escalade militaire aurait des conséquences qui dépasseraient largement la région immédiate, notamment pour l’économie mondiale. L’objectif, a-t-il ajouté, devrait être de faire en sorte que la diplomatie « ait le dernier mot ».

Sur la question palestinienne, Abbas a réaffirmé que « la solution à deux États est la seule solution », soulignant le rôle de la France et de l’Arabie saoudite dans la promotion de cet objectif.

La Syrie a été présentée comme un autre exemple de coopération croissante. Abbas a évoqué le cadre trilatéral réunissant la France, la Syrie et l’Arabie saoudite, ainsi que la décision de soutenir le président syrien Ahmad Al-Chareh.

« La Syrie mérite une chance », a déclaré Abbas.

Le Liban a également été identifié comme une priorité, la France soutenant la stabilité du pays tout en condamnant les agressions contre les pays du Conseil de coopération du Golfe et les menaces visant la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.

La dimension économique de la visite a occupé une place importante aux côtés des discussions géopolitiques.

Au total, 22 protocoles d’accord et autres accords ont été signés dans un large éventail de secteurs. Parmi les projets annoncés figure notamment un parc à thème, tandis que le potentiel global d’investissement est estimé à environ 6 milliards d’euros.

Ces projets pourraient créer jusqu’à 22 000 emplois, illustrant davantage l’ampleur des ambitions économiques qui sous-tendent la relation bilatérale.

Pour les participants, ces accords témoignent de la complémentarité croissante entre les deux économies et de la volonté de transformer les liens politiques en opportunités d’investissement et commerciales.

Les échanges ont également porté sur le Yémen et la position de l’Arabie saoudite face au conflit.

Abbas a rappelé que Riyad avait tiré la sonnette d’alarme sur la menace des Houthis il y a environ dix ans, notamment en soulevant la question auprès de l’administration de Barack Obama, alors président des États-Unis.

« Dix ans plus tard, c’est toujours une menace, non seulement pour la région, mais pour le monde », a-t-il déclaré, estimant que les développements intervenus depuis avaient confirmé les avertissements formulés à l’époque par l’Arabie saoudite.

L’Arabie saoudite a également soutenu le Yémen à travers plusieurs initiatives, notamment la formation de l’armée yéménite et le partage de renseignements.

Dans le même temps, Abbas a souligné que la priorité devait désormais être de mettre fin au conflit.

« La priorité aujourd’hui est d’arrêter la guerre », a-t-il déclaré, ajoutant que cela serait « la bonne chose à faire pour vous, et pas seulement pour vos alliés ».

Il a également établi une distinction entre l’importance stratégique du détroit de Bab el-Mandeb et celle du détroit d’Ormuz. Selon lui, son impact sur l’économie mondiale est moins important que celui d’une perturbation de la navigation dans le détroit d’Ormuz.

Gouyette, pour sa part, a insisté sur l’importance de reconnaître la « complémentarité » entre la France et l’Arabie saoudite lorsqu’il s’agit de relever les défis régionaux.

La discussion a également porté sur l’importance de l’évolution de l’image internationale de l’Arabie saoudite, notamment alors que le Royaume cherche à attirer les investissements et à concrétiser les ambitions de Vision 2030.

La sénatrice Goulet a souligné que la confiance des investisseurs est étroitement liée à l’image et à l’environnement général d’un pays.

« L’Arabie saoudite est très bien classée par le Groupe d’action financière. Pour développer les affaires, il faut garantir l’environnement », a-t-elle déclaré. Pour l’Arabie saoudite, renforcer sa réputation internationale constitue donc un élément important de sa transformation économique.

La discussion a notamment abordé l’autonomisation des femmes et les changements sociaux plus larges.

Abbas a estimé que le monde arabe ne devait pas être présenté uniquement à travers des images de conflit.

« Le monde arabe ne doit pas être réduit aux balles et aux bombes », a-t-il déclaré, mettant en avant les opportunités qui émergent dans toute la région ainsi que les transformations en cours en Arabie saoudite.

Ces propos faisaient écho à un argument développé récemment par Goulet dans son article d’opinion, « 2030 est déjà là », consacré à la transformation du Royaume.

Le rôle des médias dans l’évolution de la perception de l’Arabie saoudite et, plus largement, du monde arabe a également constitué un thème majeur.

Abbas a évoqué l’introduction de l’intelligence artificielle et les initiatives de contenus multilingues liées au lancement d’Arab News en français et au 50e anniversaire d’Arab News. L’élargissement des contenus à plusieurs langues vise à rendre la couverture accessible à un public international beaucoup plus large, représentant environ 80 % de la population mondiale.

Mais atteindre un public mondial ne signifie pas nécessairement que celui-ci consultera ou suivra les contenus.

« Vous pouvez amener le cheval à l’eau, mais vous ne pouvez pas le forcer à boire », a déclaré Abbas, utilisant cette expression pour illustrer les limites de l’influence des médias dans un environnement de plus en plus façonné par les réseaux sociaux et l’évolution des habitudes de consommation de l’information.

La discussion a ainsi mis en lumière un défi plus large : faire en sorte que les changements rapides qui se produisent dans le monde arabe soient compris à l’international, plutôt que filtrés à travers des perceptions dépassées de la région.

La réunion s’est conclue par un appel à poursuivre les échanges entre la France et l’Arabie saoudite dans les domaines politique, économique et médiatique.

Goulet a proposé la création d’un Club de la presse franco-saoudien afin d’approfondir les échanges entre journalistes et professionnels des médias des deux régions.

Pour Abbas, les discussions au Sénat ont illustré l’ampleur d’une relation qui a considérablement évolué ces dernières années. La coordination politique sur l’Iran, la Palestine, la Syrie, le Liban et le Yémen s’accompagne de plus en plus d’engagements économiques majeurs et d’un effort plus large visant à faire évoluer la perception du Royaume.

Pour Paris et Riyad, la relation ne se limite plus à la diplomatie bilatérale traditionnelle. Elle se présente de plus en plus comme un partenariat stratégique couvrant la sécurité régionale, l’investissement, la culture et les médias, en phase avec la transformation plus large de l’Arabie saoudite.