Les 1.001 vies du milliardaire Mohed Altrad, du désert syrien au Bouclier de Brennus

Le président franco-syrien de Montpellier Mohed Altrad (C) s'entretient avec le président français Emmanuel Macron (D) tandis que le président de l'union française de rugby Bernard Laporte (G) regarde devant le match final du Top14 entre Castres Olympique et Montpellier Herault Club au Stade de France à Saint-Denis, au nord de Paris, le 24 juin 2022. ( FRANCK FIFE / AFP)
Le président franco-syrien de Montpellier Mohed Altrad (C) s'entretient avec le président français Emmanuel Macron (D) tandis que le président de l'union française de rugby Bernard Laporte (G) regarde devant le match final du Top14 entre Castres Olympique et Montpellier Herault Club au Stade de France à Saint-Denis, au nord de Paris, le 24 juin 2022. ( FRANCK FIFE / AFP)
Short Url
Publié le Lundi 05 septembre 2022

Les 1.001 vies du milliardaire Mohed Altrad, du désert syrien au Bouclier de Brennus

  • Depuis 1972, il n'est jamais retourné dans son pays d'origine, où il ne pourrait «plus trouver aucune trace» de ce qu'il a connu, dit-il à propos du conflit qui déchire la Syrie
  • «J'ai tout fait ici à Montpellier: l'apprentissage de la langue, les études, mon groupe, le club de rugby...»

PARIS: "Enfant du désert" syrien, le milliardaire Mohed Altrad s'est forgé un destin hors du commun. Grand patron, romancier, homme clef du rugby français, candidat à la mairie de Montpellier, il est jugé partir de mercredi pour des soupçons de favoritisme autour du sponsoring du XV de France.

"Je suis resté un enfant du désert qui a bravé de nombreuses difficultés", raconte Mohed Altrad d'une voix feutrée.

Sacré "Entrepreneur mondial de l'année" en 2015, 31e fortune de France en 2021 selon Challenges, avec un patrimoine estimé à près de quatre milliards d'euros, le Français a raconté dans un de ses romans les circonstances de sa naissance, à une date non déterminée entre 1948 et 1951.

Fruit du viol par un chef de tribu d'une adolescente bédouine morte de chagrin, l'orphelin a misé sur l'instruction.

Bon élève, il a fini par décrocher une bourse du gouvernement syrien pour étudier à Montpellier, ville de sa "seconde naissance", où il est arrivé en 1970, sans parler français et sans le sou.

"Imbibé de culture orientale", Mohed Altrad dit se sentir depuis des décennies "pleinement français". Depuis 1972, il n'est jamais retourné dans son pays d'origine, où il ne pourrait "plus trouver aucune trace" de ce qu'il a connu, dit-il à propos du conflit qui déchire la Syrie.

"J'ai tout fait ici à Montpellier: l'apprentissage de la langue, les études, mon groupe, le club de rugby...", résume-t-il.

«Dureté»

En 1985, Mohed Altrad a repris une modeste entreprise héraultaise d'échafaudage qu'il transforme en empire international, via de multiples acquisitions et une réorientation vers les services industriels.

Employant 52.000 personnes dont environ 15.000 en France, le groupe Altrad, basé à Montpellier, reste peu connu en France, mais est très actif dans le domaine du pétrole et du gaz et présent en Grande-Bretagne, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie.

Parallèlement, en 2011, ce joueur de tennis qui ne s'était jamais intéressé au ballon ovale reprend le club de Montpellier, au bord de la faillite. Il redresse le MHR mais se fait de nombreux ennemis, notamment parmi les présidents du Top 14, "un petit monde très conservateur", dont il fustige le modèle économique "pas viable".

Qu'importe, après avoir tenté de décrocher le Bouclier de Brennus en débauchant des Sud- Africains à tour de bras, qui a valu au MHR le surnom de "Langueboks" (association de Languedoc et de Springboks), Mohed Altrad a décroché le Graal la saison dernière avec une équipe de revanchards (les grognards Ouedraogo, Paillaugue, Guirado ou l'ex-sélectionneur des Bleus Philippe Saint-André...).

Très secret, Mohed Altrad, qui se présente comme un "humaniste", auteur de romans, d'essais et d'ouvrages de management, est décrit par ses soutiens comme un "homme de vision et de solutions". Mais ses adversaires soulignent son "ambition démesurée" et sa "dureté quand on s'oppose à sa volonté".

A propos de collaborateurs dont il s'est séparé parfois abruptement, comme l'entraîneur Fabien Galthié, aujourd'hui sélectionneur des Bleus, il tranche: "quelqu'un qui ne fait pas son travail malgré tout ce qu'on lui prodigue comme conseils, on le +sort+, car c'est la réussite collective qui est en jeu".

Ambition sociale

En 2017, Mohed Altrad, dont le nom apparaît sur le célèbre maillot noir des All Blacks, est le premier sponsor à inscrire son nom sur le maillot du XV de France.

Mais ses liens controversés avec le président de la Fédération française de rugby (FFR) Bernard Laporte ont conduit le Parquet national financier (PNF) à ouvrir une enquête.

Corruption et favoritisme: Bernard Laporte au tribunal avec d'autres pontes du rugby français

Des piliers du rugby à la barre: le patron de la Fédération française (FFR) Bernard Laporte est jugé à partir de mercredi pour soupçons de corruption et trafic d'influence avec deux autres figures de l'ovalie, dans un procès scruté à un an de la Coupe du monde en France.

Devant le tribunal correctionnel, l'ancien sélectionneur du XV tricolore (2000-2007) tentera de contrer l'accusation qui fait de lui la pierre angulaire d'un système de favoritisme impliquant l'homme d'affaires multimilliardaire et président du Montpellier Hérault Rugby (MHR), Mohed Altrad, et Claude Atcher, récemment suspendu de ses fonctions de directeur général de la Coupe du monde 2023.

Le vice-président de la Fédération Serge Simon figure également parmi les cinq prévenus qui seront jugés jusqu'au 22 septembre.

"Les griefs faits à Bernard Laporte sont parfaitement artificiels, notamment parce que les actes accomplis l'ont tous été dans l'intérêt de la fédération", assure à l'AFP son avocat, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi.

Le Parquet national financier (PNF) a une autre analyse. Selon son enquête, l'ancien secrétaire d'Etat aux Sports de Nicolas Sarkozy (2007-2009) s'est notamment rendu coupable de "prise illégale d'intérêt", "corruption passive" et "trafic d'influence passif" au bénéfice principal de Mohed Altrad, patron du géant éponyme du BTP.

Leurs liens d'amitié et d'affaires forment le cœur du dossier.

En février 2017, les deux hommes signent un contrat d'un an aux termes duquel Bernard Laporte, président de la FFR depuis décembre 2016, accepte de participer à des séminaires pour le groupe Altrad et lui cède son droit à l'image. Le tout en contrepartie d'une rétribution de 180.000 euros.

Soupçons

Problème, selon l'accusation: si cette somme est bien versée dès 2017, le contrat ne sera jamais exécuté.

Parallèlement, pendant cette période, le patron du rugby français intervient plusieurs fois en soutien de M. Altrad, alimentant des soupçons de favoritisme dont la justice sera saisie fin 2017 sur signalement du ministère des Sports.

En mars 2017, Bernard Laporte signe ainsi, au nom de la FFR mais sans aviser sa division marketing, un contrat de partenariat de 1,8 million d'euros qui fait d'Altrad le premier sponsor maillot de l'histoire du XV de France.

Le nom du groupe y figure encore aujourd'hui en vertu d'un autre contrat de 35 millions d'euros, conclu en janvier 2018 sous les auspices de M. Laporte et dans lequel le PNF voit la marque d'une corruption.

D'autres interventions ont fait tiquer les enquêteurs.

En juin 2017, M. Laporte prend attache avec la commission fédérale de discipline qui a infligé en appel au MHR, propriété de M. Altrad, une amende de 70.000 euros et ordonné la suspension de son stade pour un match. Après ce coup de téléphone, la sanction sera ramenée à 20.000 euros.

En mars 2017, M. Laporte et sa fédération s'opposent également à la décision de la Ligue nationale de rugby (LNR) de reporter deux matches du Top 14 dont l'un devait être disputé par Montpellier, un report auquel M. Altrad était notoirement opposé.

«Légalité»

Saisi, le Conseil d'Etat donnera raison à la Ligue en mettant en doute "la légalité" de la décision de la FFR.

Derrière toutes ces interventions, le PNF décèle des renvois d'ascenseur illicites quand la défense de M. Laporte dénonce de "faux liens de causalité" et rappelle qu'il a renoncé à son contrat avec M. Altrad à l'été 2017, après les premières révélations dans la presse.

Le procès se penchera également sur les liens de Claude Atcher avec la FFR en 2017-2018, quand sa société Sport XV se voit confier quatre missions, en lien principalement avec la candidature française à la Coupe du monde 2023.

Selon l'accusation, l'une d'elles (des conseils de gouvernance évalués à 21.000 euros) n'a jamais été réalisée, ce qui n'empêchera pas M. Laporte de signer un avenant octroyant à Sport XV une prime de 30.000 euros.

Au total, le préjudice pour la FFR sera évalué par les enquêteurs à 80.400 euros.

Depuis 2017, cette enquête à tiroirs a secoué le monde du rugby et fragilisé Bernard Laporte, sans l'empêcher toutefois d'être réélu à la tête de la FFR fin 2020. "Il est serein", affirme son avocat, "il a l'état d’esprit d'un compétiteur".

Marié et père de cinq enfants, le milliardaire reçoit au "Cottage", sa belle demeure montpelliéraine nichée dans un parc. "Je ne suis pas attiré par l'argent, ce sont les grandes réalisations qui m'intéressent", commente le septuagénaire à la barbe soignée et à la chevelure poivre et sel.

A la tête d'une équipe éclectique, il échoue à la troisième place au second tour des municipales 2020 avec 18,2% des voix.

Absent depuis lors du conseil municipal et plus généralement de la politique locale, Mohed Altrad entretient des rapports apaisés avec le maire socialiste de la septième ville de France, Michaël Delafosse, qui a fêté à ses côtés le récent sacre du MHR en Top 14.

"Je ne suis ni de gauche parce que je suis né pauvre, ni de droite parce que je suis devenu riche", affirmait alors ce candidat atypique.


La canicule se poursuit, 50 millions de Français voient rouge

Dans son bulletin actualisé de 06H00, Météo France a annoncé la levée de la vigilance rouge canicule dans 11 départements de l'Ouest ce soir. Tous les départements de la façade atlantique ainsi que la Manche, les Côtes-d'Armor et les Hautes-Pyrénées repasseront en orange à partir de 22H00. (AFP)
Dans son bulletin actualisé de 06H00, Météo France a annoncé la levée de la vigilance rouge canicule dans 11 départements de l'Ouest ce soir. Tous les départements de la façade atlantique ainsi que la Manche, les Côtes-d'Armor et les Hautes-Pyrénées repasseront en orange à partir de 22H00. (AFP)
  • Avec 72 départements en vigilance rouge, jeudi pourrait être le pic de l'épisode caniculaire que connaît la France depuis le début de semaine
  • Les températures devraient à nouveau monter à des niveaux "exceptionnellement élevés", après avoir atteint jusqu'à 43,8°C à Palluau (Vendée) mercredi, selon Météo-France

LILLE: "Ça devient épuisant, à la fois pour le corps et pour le mental": la lassitude gagne les Français toujours confrontés à une canicule historique, qui pourrait atteindre jeudi un nouveau pic, avant un début d'amélioration attendu en soirée sur la façade atlantique.

Avec 72 départements en vigilance rouge, jeudi pourrait être le pic de l'épisode caniculaire que connaît la France depuis le début de semaine.

Les températures devraient à nouveau monter à des niveaux "exceptionnellement élevés", après avoir atteint jusqu'à 43,8°C à Palluau (Vendée) mercredi, selon Météo-France.

Du Sud-Ouest au Nord-Est, 51,1 millions de Français sont jeudi en vigilance rouge, dont 5,6 millions de personnes de 75 ans et plus, selon un décompte de l'AFP.

Quelque 3.500 établissements scolaires sont fermés jeudi et 10.000 ont aménagé leurs horaires, essentiellement des écoles primaires, a déclaré le ministre de l'Education nationale Edouard Geffray sur France 2.

"J'ai beau aérer tôt le matin et le soir, j'ai l'impression que la chaleur s'accumule chez moi au fil des jours, jusque dans les murs en fait. Ça devient épuisant, à la fois pour le corps et pour le mental", témoigne Arthur, un ingénieur de 28 ans qui n'a pas souhaité donner son nom de famille, à Rennes.

"Plusieurs fois par jour, j’ai l'impression que mon cerveau tourne au ralenti. Si c'était autorisé, je crois que je pourrais venir dormir à mon travail, où le bureau est climatisé", ajoute-t-il.

"Il faut prendre sa peine en patience", estime Bénédicte War, une Lilloise de 49 ans, avant de reconnaître avoir hâte que cette vague de chaleur se termine, "pour pouvoir revivre un petit peu".

Températures "jamais connues" 

Dans son bulletin actualisé de 06H00, Météo France a annoncé la levée de la vigilance rouge canicule dans 11 départements de l'Ouest ce soir. Tous les départements de la façade atlantique ainsi que la Manche, les Côtes-d'Armor et les Hautes-Pyrénées repasseront en orange à partir de 22H00.

A partir de 16H00, les Côtes-d'Armor, l'Ille-et-Vilaine et la Manche passeront en vigilance orange orages, suivis par les Pyrénées-Atlantiques, les Landes, la Gironde, le Lot-et-Garonne, la Dordogne, les Hautes-Pyrénées et le Gers à 18H00.

A Strasbourg, dans la famille de Sophie, tout le monde dort depuis mardi soir "en mode camping", dans la même chambre, pour bénéficier de l'unique climatiseur mobile.

"Avec 31 degrés dans l'appartement, c'est très compliqué. Le weekend dernier, je ne m'endormais pas avant 02H00 du matin", explique à l'AFP cette mère de 46 ans qui a souhaité rester anonyme.

Chaque jour, la France plonge un peu plus dans l'inconnu. Avant l'épisode actuel, jamais plus de 20 départements n'avaient été placés simultanément en vigilance rouge canicule depuis la création de ce dispositif en 2004, dans le sillage de la canicule historique d'août 2003.

Mercredi a été la journée la plus chaude jamais enregistrée en France, selon Météo-France, effaçant le précédent record établi seulement la veille.

"On n'est qu'au début de l'histoire", craint sur la Grand'Place de Lille Amandine Rogeau, 42 ans, qui s'inquiète de températures qu'elle n'a "jamais connues".

La ministre de la Santé Stéphanie Rist a lancé mercredi soir sur France 2 un "cri du coeur": "Je voudrais que tout le monde (...) se mobilise pour les personnes qui sont isolées. Si vous êtes vous-même à côté de quelqu'un qui est isolé, allez voir votre voisin, demandez-lui s'il va bien".

"L'impact de la chaleur arrive cinq à dix jours après le début de la canicule", a-t-elle également rappelé, alors que le pays vit jeudi son cinquième jour consécutif de vigilance rouge.

Risque de feux de forêts 

Le maire de Paris Emmanuel Grégoire a rapporté jeudi une "mortalité en hausse" dans la capitale à cause de la canicule, sans donner de chiffres, et appelé "solennellement" à la prudence, y compris les plus jeunes.

La préfecture du Pas-de-Calais a fait état mercredi soir de trois décès "constatés à domicile, pour lesquels la canicule est susceptible d'avoir eu un effet".

Quatre noyades ont été recensées en France par la gendarmerie mercredi, dans des piscines à Simard (Saône-et-Loire) et Saint-Estève (Pyrénées-Orientales), dans une rivière à Saint-Pavace (Sarthe) et au bord d’une plage à Noirmoutier (Vendée).

Les températures entraînent aussi un épisode de pollution à l'ozone dans plusieurs départements du nord, de l'est et de l'ouest du pays, placés en niveau d'alerte mercredi et jeudi. Les préfectures y ont réduit la vitesse autorisée sur les routes.

La panne d'électricité qui a touché le Finistère, provoquée par des incidents sur les infrastructures liés aux fortes chaleurs et ayant touché près de 120.000 foyers, est désormais terminée, a annoncé jeudi la préfecture.

Pour la première fois de l'année, deux départements, la Haute-Garonne et les Deux-Sèvres, ont basculé mercredi en "danger très élevé" de feux de forêts.

La canicule touche aussi d'autres pays européens: les températures devraient dépasser 35 degrés pour plus de 100 millions de personnes jeudi en Europe, selon un calcul de l'AFP.


La France dans la fournaise, ruée et débat sur la climatisation

Un homme regarde des ventilateurs électriques exposés dans un supermarché pendant une vague de chaleur à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 23 juin 2026. (AFP)
Un homme regarde des ventilateurs électriques exposés dans un supermarché pendant une vague de chaleur à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 23 juin 2026. (AFP)
  • La France connaît une canicule record : 44 millions de personnes sont sous vigilance rouge et des températures supérieures à 42°C ont été relevées
  • La demande de climatiseurs explose, relançant le débat entre adaptation immédiate et investissements durables dans l’isolation des bâtiments

BORDEAUX: Sous des chaleurs historiques, deux Français sur trois sont désormais confrontés à la vigilance rouge canicule, étendue mercredi à 58 départements, alors que la ruée sur les climatiseurs alimente le débat sur l'adaptation au changement climatique.

Mardi a été la journée "la plus chaude jamais enregistrée en France", avec une moyenne de températures diurnes et nocturnes de 29,9°C, selon Météo-France.

L'indicateur thermique national (ITN) des températures maximales, moyenne issue de 30 stations de référence, a lui aussi battu un record à 38,2°C, dépassant les 37,7°C du 5 août 2003.

À Bordeaux, où plus de 42°C ont été enregistrés, Martine Belloc, 62 ans, juge "difficile" d'être seule dans un appartement sans climatisation. Pour prendre le frais, rompre l'"isolement" et retrouver "du lien", elle se rend en journée à La ManuCo, espace de coworking mobilisé dans le cadre de l'opération "Oasis Solidaires" de l'association Petits Frères des Pauvres.

Avec quatre nouveaux départements en vigilance rouge dans les Hauts-de-France, 44 millions d'habitants sont concernés au moins jusqu'à jeudi, selon un calcul de l'AFP.

Des infrastructures sont aussi mises à l'épreuve: dans le Finistère, jusqu'à 120.000 foyers ont été privés d'électricité après un incident lié à la chaleur mardi soir sur un transformateur du réseau RTE, près de Quimper.

"Rien ne refroidit et tous les moteurs sont en surchauffe", constatait mercredi matin Thibault Roblot, tourier dans une boulangerie de Rennes. Et impossible d'installer un climatiseur en raison des contraintes architecturales: "On n'a de toute façon pas la place".

- 90% des Français exposés -

Au total, plus de 90% des Français sont exposés à des chaleurs extrêmes, avec 39 à 43°C encore attendus mercredi sur une grand moitié ouest du pays.

La canicule est "fortement aggravée par le changement climatique d'origine humaine", sans lequel les températures subies actuellement auraient été 2 à 4°C plus fraîches, selon une étude scientifique publiée cette semaine.

Une immense masse d'air chaud venue d'Afrique s'est positionnée sur l'Europe de l'Ouest. De hautes pressions en altitude "viennent peser" sur elle, la rendant "encore plus chaude", explique Sébastien Léas, prévisionniste de Météo-France.

Le phénomène, par son intensité et sa durée, est comparé à la canicule de 2003 qui avait fait 15.000 morts en France. En 2025, la chaleur a tué quelque 5.700 personnes, les trois quarts ayant plus de 75 ans, selon l'agence Santé publique France.

Selon le Premier ministre Sébastien Lecornu, l'épisode actuel a provoqué "40 morts" par noyade depuis le 18 juin, "essentiellement des jeunes".

Accusé d'avoir tardé à réagir lors d'une première vague de chaleur en mai, le gouvernement a renforcé la mobilisation du système de santé, redoutant un afflux de patients quand les organismes les plus fatigués lâcheront prise.

La situation est pour l'heure "normale" dans les hôpitaux, a déclaré mercredi la ministre de la Santé, évoquant des déprogrammations de soins "ciblées" et des passages aux urgences en hausse localement.

Mais patients et soignants "crèvent de chaud" dans nombre de bâtiments mal isolés et non climatisés, selon les professionnels.

- "32°C en classe" -

Le monde du travail jongle, lui, entre horaires remaniés, chantiers interdits l'après-midi et pénibilité accrue.

Selon le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, la mise en œuvre par les entreprises du plan d'adaptation aux fortes chaleurs a fait l'objet de "1.400 contrôles en moins d'un mois". Il reçoit mercredi organisations syndicales et patronales pour "un retour d'expérience".

Plus de 8.000 établissements scolaires (sur 60.000) sont perturbés, dont environ 1.800 fermés, selon le gouvernement. Des oraux du bac ont été reportés pour quelque 10.000 candidats mais les épreuves du brevet sont maintenues vendredi matin.

"Il fait 32°C depuis une semaine en classe, c'est impossible... Il faut rénover", réclamait mardi, sous couvert d'anonymat, une enseignante d'une vieille école de Bordeaux.

Mardi, le ministre de l'Économie Roland Lescure a demandé à la Caisse des dépôts et EDF de "réfléchir à des solutions". Sa collègue de la Transition écologique, Monique Barbut, a évoqué mercredi "un mur d'investissements".

En attendant, climatiseurs et ventilateurs s'arrachent, selon des distributeurs. Lundi, le groupe Carrefour a vendu "mille fois plus" d'appareils qu'à l'ordinaire, a indiqué son PDG Alexandre Bompard.

Cette ruée divise les responsables politiques – le RN propose un "plan massif", là où les Écologistes ne croient pas à une "solution miracle" – et anime les copropriétés.

"J'étais longtemps contre mais on vient de voter en AG pour les autoriser avec des règles précises... sinon, tout le monde met des clim' mobiles fenêtres ouvertes, ça consomme et pollue bien plus", explique David, néo-propriétaire dans un immeuble récent de Bordeaux.

Pour Christophe Rodriguez, directeur de l'Institut français de la performance du bâtiment (Ifpeb), "quand toute la France aura des volets et des toitures isolés, on aura une assise plus confortable pour débattre" de la climatisation.


Budget des armées: députés et sénateurs s'accordent sur la hausse, vote final le 1er juillet

La ministre française de la Défense, Catherine Vautrin, quitte le palais de l’Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 10 juin 2026. (AFP)
La ministre française de la Défense, Catherine Vautrin, quitte le palais de l’Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 10 juin 2026. (AFP)
  • Les parlementaires français ont trouvé un compromis sur la loi de programmation militaire, maintenant un budget total de 436 milliards d’euros d’ici 2030, avec une accélération des dépenses dès 2028 pour renforcer plus rapidement les capacités des armées
  • Malgré cet accord, plusieurs élus, notamment au Sénat, jugent l’enveloppe insuffisante face aux défis sécuritaires futurs. Le texte reste dépendant des futurs arbitrages budgétaires et du gouvernement issu de la prochaine présidentielle

PARIS: Les parlementaires ont trouvé mardi un compromis sur l'effort supplémentaire consacré aux armées, 36 milliards de plus d'ici 2030, une enveloppe jugée insuffisante par la droite sénatoriale, qui a toutefois obtenu le principe d'un effort budgétaire plus rapide que dans la trajectoire initiale.

Sept députés et sept sénateurs se sont accordés en commission mixte paritaire (CMP) sur une version commune de ce texte gouvernemental, actualisant la dernière loi de programmation militaire de 2023, selon plusieurs sources parlementaires.

Leur mouture devra encore être adoptée le 30 juin au Sénat, puis le lendemain à l'Assemblée, Emmanuel Macron espérant la promulguer symboliquement avant le 14 juillet.

La trajectoire sur laquelle se sont accordés députés et sénateurs mardi prévoit, comme dans le texte initial, 436 milliards d'euros d'ici 2030, pour atteindre un budget militaire annuel de 76,3 milliards, soit 2,5% du PIB.

Une enveloppe validée à l'Assemblée, mais rejetée à la chambre haute. La droite sénatoriale, qui réclamait une manne supplémentaire de 14 milliards d'euros pour faire face aux crises potentielles, avait décidé de supprimer l'article pour marquer son opposition, laissant virtuellement le texte sans trajectoire d'investissement.

Et la ministre des Armées Catherine Vautrin a ensuite tenté de trouver un compromis auprès des parlementaires.

Celui trouvé mardi prévoit d'accélérer l'effort, à enveloppe constante. En clair, une partie des dépenses prévues en 2029 et 2030 seraient avancées à 2028, représentant environ "1,2 milliard d'euros", selon le rapporteur au Sénat, Cédric Perrin (LR), à la manoeuvre.

Un compromis qui "reporte le problème à plus tard", a regretté le sénateur, qui estime toujours qu'il faut aller au-delà des 436 milliards.

Les sénateurs revendiquent aussi avoir obtenu en CMP des mécanismes de compensation aux armées sur d'éventuels "surcoûts liés aux opérations extérieures" par exemple, ou au "remplacement des équipements et matériels perdus dans le cadre d'une mission opérationnelle".

"Il faudra faire plus et plus vite, mais ça suppose un soutien national post-présidentielle", juge son homologue à l'Assemblée Jean-Louis Thiériot.

Non contraignante sur le papier, la "LPM" doit encore être validée annuellement lors des discussions budgétaires au Parlement, et une partie importante des choix d'investissements incombera donc au gouvernement installé après la présidentielle, qui pourrait lancer sa propre loi de programmation.

"C'est une LPM de transition, pas à la hauteur, qui ne compte que pour les quelques mois qui viennent", a réagi mardi le député RN Laurent Jacobelli. Les parlementaires RN se sont d'ailleurs abstenus en CMP, échaudés notamment par une formulation sur les possibles partenariats européens pour développer un avion du futur, qui a causé plusieurs suspensions de séance.

Anna Pic (PS), a confirmé que son groupe devrait voter pour un "ajustement budgétaire nécessaire" pour les armées, malgré des inquiétudes sur les leviers qui permettront de financer les efforts consentis.

Les Insoumis, qui estiment que le texte ne répond pas sur le fond aux besoins d'un nouveau modèle d'armée, voteront contre, a confirmé Aurélien Saintoul, soulignant aussi que l'essentiel des efforts seront conditionnés par la prochaine présidentielle.