Les 1.001 vies du milliardaire Mohed Altrad, du désert syrien au Bouclier de Brennus

Le président franco-syrien de Montpellier Mohed Altrad (C) s'entretient avec le président français Emmanuel Macron (D) tandis que le président de l'union française de rugby Bernard Laporte (G) regarde devant le match final du Top14 entre Castres Olympique et Montpellier Herault Club au Stade de France à Saint-Denis, au nord de Paris, le 24 juin 2022. ( FRANCK FIFE / AFP)
Le président franco-syrien de Montpellier Mohed Altrad (C) s'entretient avec le président français Emmanuel Macron (D) tandis que le président de l'union française de rugby Bernard Laporte (G) regarde devant le match final du Top14 entre Castres Olympique et Montpellier Herault Club au Stade de France à Saint-Denis, au nord de Paris, le 24 juin 2022. ( FRANCK FIFE / AFP)
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Publié le Lundi 05 septembre 2022

Les 1.001 vies du milliardaire Mohed Altrad, du désert syrien au Bouclier de Brennus

  • Depuis 1972, il n'est jamais retourné dans son pays d'origine, où il ne pourrait «plus trouver aucune trace» de ce qu'il a connu, dit-il à propos du conflit qui déchire la Syrie
  • «J'ai tout fait ici à Montpellier: l'apprentissage de la langue, les études, mon groupe, le club de rugby...»

PARIS: "Enfant du désert" syrien, le milliardaire Mohed Altrad s'est forgé un destin hors du commun. Grand patron, romancier, homme clef du rugby français, candidat à la mairie de Montpellier, il est jugé partir de mercredi pour des soupçons de favoritisme autour du sponsoring du XV de France.

"Je suis resté un enfant du désert qui a bravé de nombreuses difficultés", raconte Mohed Altrad d'une voix feutrée.

Sacré "Entrepreneur mondial de l'année" en 2015, 31e fortune de France en 2021 selon Challenges, avec un patrimoine estimé à près de quatre milliards d'euros, le Français a raconté dans un de ses romans les circonstances de sa naissance, à une date non déterminée entre 1948 et 1951.

Fruit du viol par un chef de tribu d'une adolescente bédouine morte de chagrin, l'orphelin a misé sur l'instruction.

Bon élève, il a fini par décrocher une bourse du gouvernement syrien pour étudier à Montpellier, ville de sa "seconde naissance", où il est arrivé en 1970, sans parler français et sans le sou.

"Imbibé de culture orientale", Mohed Altrad dit se sentir depuis des décennies "pleinement français". Depuis 1972, il n'est jamais retourné dans son pays d'origine, où il ne pourrait "plus trouver aucune trace" de ce qu'il a connu, dit-il à propos du conflit qui déchire la Syrie.

"J'ai tout fait ici à Montpellier: l'apprentissage de la langue, les études, mon groupe, le club de rugby...", résume-t-il.

«Dureté»

En 1985, Mohed Altrad a repris une modeste entreprise héraultaise d'échafaudage qu'il transforme en empire international, via de multiples acquisitions et une réorientation vers les services industriels.

Employant 52.000 personnes dont environ 15.000 en France, le groupe Altrad, basé à Montpellier, reste peu connu en France, mais est très actif dans le domaine du pétrole et du gaz et présent en Grande-Bretagne, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie.

Parallèlement, en 2011, ce joueur de tennis qui ne s'était jamais intéressé au ballon ovale reprend le club de Montpellier, au bord de la faillite. Il redresse le MHR mais se fait de nombreux ennemis, notamment parmi les présidents du Top 14, "un petit monde très conservateur", dont il fustige le modèle économique "pas viable".

Qu'importe, après avoir tenté de décrocher le Bouclier de Brennus en débauchant des Sud- Africains à tour de bras, qui a valu au MHR le surnom de "Langueboks" (association de Languedoc et de Springboks), Mohed Altrad a décroché le Graal la saison dernière avec une équipe de revanchards (les grognards Ouedraogo, Paillaugue, Guirado ou l'ex-sélectionneur des Bleus Philippe Saint-André...).

Très secret, Mohed Altrad, qui se présente comme un "humaniste", auteur de romans, d'essais et d'ouvrages de management, est décrit par ses soutiens comme un "homme de vision et de solutions". Mais ses adversaires soulignent son "ambition démesurée" et sa "dureté quand on s'oppose à sa volonté".

A propos de collaborateurs dont il s'est séparé parfois abruptement, comme l'entraîneur Fabien Galthié, aujourd'hui sélectionneur des Bleus, il tranche: "quelqu'un qui ne fait pas son travail malgré tout ce qu'on lui prodigue comme conseils, on le +sort+, car c'est la réussite collective qui est en jeu".

Ambition sociale

En 2017, Mohed Altrad, dont le nom apparaît sur le célèbre maillot noir des All Blacks, est le premier sponsor à inscrire son nom sur le maillot du XV de France.

Mais ses liens controversés avec le président de la Fédération française de rugby (FFR) Bernard Laporte ont conduit le Parquet national financier (PNF) à ouvrir une enquête.

Corruption et favoritisme: Bernard Laporte au tribunal avec d'autres pontes du rugby français

Des piliers du rugby à la barre: le patron de la Fédération française (FFR) Bernard Laporte est jugé à partir de mercredi pour soupçons de corruption et trafic d'influence avec deux autres figures de l'ovalie, dans un procès scruté à un an de la Coupe du monde en France.

Devant le tribunal correctionnel, l'ancien sélectionneur du XV tricolore (2000-2007) tentera de contrer l'accusation qui fait de lui la pierre angulaire d'un système de favoritisme impliquant l'homme d'affaires multimilliardaire et président du Montpellier Hérault Rugby (MHR), Mohed Altrad, et Claude Atcher, récemment suspendu de ses fonctions de directeur général de la Coupe du monde 2023.

Le vice-président de la Fédération Serge Simon figure également parmi les cinq prévenus qui seront jugés jusqu'au 22 septembre.

"Les griefs faits à Bernard Laporte sont parfaitement artificiels, notamment parce que les actes accomplis l'ont tous été dans l'intérêt de la fédération", assure à l'AFP son avocat, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi.

Le Parquet national financier (PNF) a une autre analyse. Selon son enquête, l'ancien secrétaire d'Etat aux Sports de Nicolas Sarkozy (2007-2009) s'est notamment rendu coupable de "prise illégale d'intérêt", "corruption passive" et "trafic d'influence passif" au bénéfice principal de Mohed Altrad, patron du géant éponyme du BTP.

Leurs liens d'amitié et d'affaires forment le cœur du dossier.

En février 2017, les deux hommes signent un contrat d'un an aux termes duquel Bernard Laporte, président de la FFR depuis décembre 2016, accepte de participer à des séminaires pour le groupe Altrad et lui cède son droit à l'image. Le tout en contrepartie d'une rétribution de 180.000 euros.

Soupçons

Problème, selon l'accusation: si cette somme est bien versée dès 2017, le contrat ne sera jamais exécuté.

Parallèlement, pendant cette période, le patron du rugby français intervient plusieurs fois en soutien de M. Altrad, alimentant des soupçons de favoritisme dont la justice sera saisie fin 2017 sur signalement du ministère des Sports.

En mars 2017, Bernard Laporte signe ainsi, au nom de la FFR mais sans aviser sa division marketing, un contrat de partenariat de 1,8 million d'euros qui fait d'Altrad le premier sponsor maillot de l'histoire du XV de France.

Le nom du groupe y figure encore aujourd'hui en vertu d'un autre contrat de 35 millions d'euros, conclu en janvier 2018 sous les auspices de M. Laporte et dans lequel le PNF voit la marque d'une corruption.

D'autres interventions ont fait tiquer les enquêteurs.

En juin 2017, M. Laporte prend attache avec la commission fédérale de discipline qui a infligé en appel au MHR, propriété de M. Altrad, une amende de 70.000 euros et ordonné la suspension de son stade pour un match. Après ce coup de téléphone, la sanction sera ramenée à 20.000 euros.

En mars 2017, M. Laporte et sa fédération s'opposent également à la décision de la Ligue nationale de rugby (LNR) de reporter deux matches du Top 14 dont l'un devait être disputé par Montpellier, un report auquel M. Altrad était notoirement opposé.

«Légalité»

Saisi, le Conseil d'Etat donnera raison à la Ligue en mettant en doute "la légalité" de la décision de la FFR.

Derrière toutes ces interventions, le PNF décèle des renvois d'ascenseur illicites quand la défense de M. Laporte dénonce de "faux liens de causalité" et rappelle qu'il a renoncé à son contrat avec M. Altrad à l'été 2017, après les premières révélations dans la presse.

Le procès se penchera également sur les liens de Claude Atcher avec la FFR en 2017-2018, quand sa société Sport XV se voit confier quatre missions, en lien principalement avec la candidature française à la Coupe du monde 2023.

Selon l'accusation, l'une d'elles (des conseils de gouvernance évalués à 21.000 euros) n'a jamais été réalisée, ce qui n'empêchera pas M. Laporte de signer un avenant octroyant à Sport XV une prime de 30.000 euros.

Au total, le préjudice pour la FFR sera évalué par les enquêteurs à 80.400 euros.

Depuis 2017, cette enquête à tiroirs a secoué le monde du rugby et fragilisé Bernard Laporte, sans l'empêcher toutefois d'être réélu à la tête de la FFR fin 2020. "Il est serein", affirme son avocat, "il a l'état d’esprit d'un compétiteur".

Marié et père de cinq enfants, le milliardaire reçoit au "Cottage", sa belle demeure montpelliéraine nichée dans un parc. "Je ne suis pas attiré par l'argent, ce sont les grandes réalisations qui m'intéressent", commente le septuagénaire à la barbe soignée et à la chevelure poivre et sel.

A la tête d'une équipe éclectique, il échoue à la troisième place au second tour des municipales 2020 avec 18,2% des voix.

Absent depuis lors du conseil municipal et plus généralement de la politique locale, Mohed Altrad entretient des rapports apaisés avec le maire socialiste de la septième ville de France, Michaël Delafosse, qui a fêté à ses côtés le récent sacre du MHR en Top 14.

"Je ne suis ni de gauche parce que je suis né pauvre, ni de droite parce que je suis devenu riche", affirmait alors ce candidat atypique.


France - Liban: Report de la conférence de soutien aux forces libanaises

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  • À l’issue de leurs discussions, les deux chefs d’État ont décidé de reporter au mois d’avril la conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises et aux Forces de sécurité intérieure libanaises
  • Les deux dirigeants ont souligné que la gravité de la situation renforce la nécessité de préserver la stabilité libanaise, de soutenir les institutions légitimes du pays et d’assurer le rétablissement complet de sa souveraineté

PARIS: Le président du Liban, Joseph Aoun, et son homologue de la France, Emmanuel Macron, se sont entretenus le 1er mars afin d’examiner les derniers développements affectant la sécurité régionale, y compris celle de pays alliés, selon un communiqué conjoint.

À l’issue de leurs discussions, les deux chefs d’État ont décidé de reporter au mois d’avril la conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises et aux Forces de sécurité intérieure libanaises, initialement prévue le 5 mars à Paris. Les conditions actuelles, marquées par une conjoncture régionale tendue, n’étaient pas réunies pour maintenir l’événement à la date prévue.

Les deux dirigeants ont souligné que la gravité de la situation renforce la nécessité de préserver la stabilité libanaise, de soutenir les institutions légitimes du pays et d’assurer le rétablissement complet de sa souveraineté.

Ils ont également affirmé que Beyrouth, Paris et leurs partenaires internationaux continueront à coordonner leurs efforts afin de soutenir ces objectifs dans un contexte régional jugé particulièrement sensible.


Iran: la France va rehausser sa «posture» militaire dans le Golfe

La France va rehausser sa "posture" de défense au Moyen-Orient pour y protéger ses ressortissants et ses bases et soutenir les pays de la région visés par l'Iran en riposte à l'offensive israélo-américaine, a annoncé dimanche soir Emmanuel Macron. (AFP)
La France va rehausser sa "posture" de défense au Moyen-Orient pour y protéger ses ressortissants et ses bases et soutenir les pays de la région visés par l'Iran en riposte à l'offensive israélo-américaine, a annoncé dimanche soir Emmanuel Macron. (AFP)
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  • Tous les pays du Golfe ont été ciblés par des frappes iraniennes, notamment les Émirats arabes unis où un hangar d'une base française a aussi été "touché dans une attaque de drone" sur le port d'Abu Dhabi
  • La France est également en train de s'organiser pour "pouvoir rapatrier (ses ressortissants) dès que les espaces aériens seront ouverts"

PARIS: La France va rehausser sa "posture" de défense au Moyen-Orient pour y protéger ses ressortissants et ses bases et soutenir les pays de la région visés par l'Iran en riposte à l'offensive israélo-américaine, a annoncé dimanche soir Emmanuel Macron.

"Tout cela nous conduit à rehausser notre posture et notre accompagnement défensif pour être au côté de ceux avec lesquels nous avons des traités de défense", a dit le chef de l'Etat au début du deuxième conseil de défense consacré au conflit en Iran en deux jours.

Il faut "adapter la posture à l'évolution des dernières heures que rien ne justifie et que nous ne laisserons pas passer", a-t-il martelé, suggérant une possible augmentation des moyens militaires français déployés dans la région.

Tous les pays du Golfe ont été ciblés par des frappes iraniennes, notamment les Émirats arabes unis où un hangar d'une base française a aussi été "touché dans une attaque de drone" sur le port d'Abu Dhabi, sans faire de victime, a rappelé Emmanuel Macron.

La France est également en train de s'organiser pour "pouvoir rapatrier (ses ressortissants) dès que les espaces aériens seront ouverts", a-t-il ajouté.

"Nous sommes prêts à procéder aux évacuations pour nos compatriotes qui le demanderaient quand la situation le permettra", avait déjà indiqué la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.

Au deuxième jour des frappes menées par Israël et les États-Unis sur l'Iran et de la riposte de Téhéran notamment sur les pays du Golfe, Maud Bregeon a aussi assuré que la France ne pouvait "que se satisfaire" de la mort du guide suprême, Ali Khamenei.


Une attaque iranienne provoque un incendie sur une base accueillant des forces françaises

Une attaque de drones iraniens contre une base navale d'Abou Dhabi accueillant des forces françaises a provoqué un incendie sans faire de victime, ont indiqué dimanche le ministère émirati de la Défense et la ministre française des Armées. (AFP)
Une attaque de drones iraniens contre une base navale d'Abou Dhabi accueillant des forces françaises a provoqué un incendie sans faire de victime, ont indiqué dimanche le ministère émirati de la Défense et la ministre française des Armées. (AFP)
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  • "Des équipes spécialisées sont intervenues aujourd'hui à la suite d'un incident résultant d'une attaque de deux drones iraniens contre un entrepôt de la base navale d'Al Salam, à Abou Dhabi"
  • "L'attaque a provoqué un incendie dans deux conteneurs de matériel divers, mais il n'y a pas eu de victimes"

DUBAI: Une attaque de drones iraniens contre une base navale d'Abou Dhabi accueillant des forces françaises a provoqué un incendie sans faire de victime, ont indiqué dimanche le ministère émirati de la Défense et la ministre française des Armées.

Pour la deuxième journée consécutive, des salves de drones et de missiles iraniens sont lancées en représailles aux frappes américaines et israéliennes contre la République islamique, qui ont tué son guide suprême Ali Khamenei samedi.

"Des équipes spécialisées sont intervenues aujourd'hui à la suite d'un incident résultant d'une attaque de deux drones iraniens contre un entrepôt de la base navale d'Al Salam, à Abou Dhabi", a déclaré le ministère.

"L'attaque a provoqué un incendie dans deux conteneurs de matériel divers, mais il n'y a pas eu de victimes", a-t-il précisé.

La base émiratie, également connue sous le nom de Camp de la Paix, accueille des forces françaises à l'invitation des Emirats arabes unis.

"Un hangar de notre base navale mitoyenne de celle des Emiriens a été touché dans une attaque de drones qui a ciblé le port d'Abou Dhabi. Les dégâts ne sont que matériels et limités. Aucun blessé n'est à déplorer" a affirmé sur X la ministre des Armées, Catherine Vautrin.

"La vigilance de nos forces est maximale face à une situation qui évolue d'heure en heure", a-t-elle ajouté.