Les gangs, le fléau au coeur des élections en Suède

Malgré diverses mesures prises par le gouvernement social-démocrate contre les gangs, dont un durcissement des peines et un renforcement des moyens de la police, les morts et les blessés continuent à s'accumuler . (AFP).
Malgré diverses mesures prises par le gouvernement social-démocrate contre les gangs, dont un durcissement des peines et un renforcement des moyens de la police, les morts et les blessés continuent à s'accumuler . (AFP).
Short Url
Publié le Mardi 06 septembre 2022

Les gangs, le fléau au coeur des élections en Suède

  • "Avant on tirait dans les jambes, maintenant dans la tête": la Suède peine à enrayer une hécatombe de règlements de compte mortels
  • Ces assassinats sont selon la police la plupart du temps des règlements de compte commis par des bandes rivales contrôlées par des clans

STOCKHOLM: "Avant on tirait dans les jambes, maintenant dans la tête": la Suède peine à enrayer une hécatombe de règlements de compte mortels entre bandes criminelles, devenu un grave problème de société au coeur de la campagne des élections de dimanche.

"Voici mon fils, Marley, quand il avait 19 ans", raconte à l'AFP Maritha Ogilvie, 51 ans, en tenant entre ses mains une des photos du jeune homme souriant. Son appartement stockholmois en est recouvert.

"On lui a tiré dans la tête pendant qu'il était assis dans une voiture avec un ami".

Le meurtre, commis le 24 mars 2015 à Vårby, un quartier défavorisé au sud de la capitale, n'a jamais été élucidé, et l'enquête classée après dix mois.

Ces assassinats sont selon la police la plupart du temps des règlements de compte commis par des bandes rivales contrôlées par des clans, composées majoritairement de Suédois issus de l'immigration, souvent dans des lieux publics et parfois en plein jour.

Attribués à une guerre pour contrôler le trafic d'armes et de drogue, ils se sont multipliés ces dernières années, au point que la Suède, un des pays les plus riches et égalitaires du monde, occupe désormais le haut du classement européen pour les homicides par balles.

Elections en Suède: les trois principaux visages d'un scrutin indécis

La Première ministre sortante Magdalena Andersson, le chef de file de l'opposition de droite Ulf Kristersson et le leader de l'extrême droite Jimmie Åkesson sont les trois poids lourds qui s'affrontent dimanche pour les élections en Suède.

« Magda » Andersson, un « bulldozer »

Première femme cheffe du gouvernement dans un pays parmi les plus féministes au monde, Magdalena Andersson, 55 ans, est arrivée à son poste en novembre avec l'objectif de redresser son camp en vue des élections, et mener la candidature historique de son pays à l'Otan.

Essoufflés après sept années au gouvernement sous la direction de son prédécesseur Stefan Löfven, les sociaux-démocrates ont retrouvé des couleurs.

L'ancienne championne de natation, mariée et mère de deux enfants, est arrivée au pouvoir avec le surnom de "bulldozer", allusions à ses manières directes voire cassantes lorsqu'elle était ministre des Finances (2014-2021), qui déroutent parfois dans un pays soucieux de consensus.

Hésitante au début, elle change de pied en choisissant de demander l'adhésion de la Suède à l'Otan quelques semaines après l'invasion de l'Ukraine par Moscou, quitte à rompre avec la ligne historique des sociaux-démocrates et à deux siècles de non alignement militaire suédois.

"Elle a réussi à maintenir, et même à renforcer, la position du parti et le soutien des électeurs", note le politologue Ulf Bjereld.

Sa défense de l'Etat-providence, totem social-démocrate, est classique, mais elle a poursuivi le durcissement de la ligne du parti sur l'immigration. "L'intégration a échoué", avait-elle lâché eprès des émeutes entre jeunes immigrés et la police en avril.

En cas de défaite, elle sera le chef de gouvernement au mandat le plus court depuis 1936.

Sur la scène internationale, son dossier le plus épineux aura été de négocier avec la Turquie, qui menace de bloquer l'adhésion de la Suède à l'Otan en accusant le pays nordique d'être un refuge pour des "terroristes" kurdes.

Ulf Kristersson, le conservateur qui a tendu la main à l'extrême-droite

Il espère rafler le poste de Premier ministre au prix d'un rapprochement inédit avec l'extrême-droite: Ulf Kristersson, 58 ans, doit montrer que la nouvelle alliance historique est payante pour son camp.

Petites lunettes rondes et physique de poids plume, le chef du parti conservateur des Modérés en est à son deuxième essai pour devenir chef du gouvernement.

Après les précédentes élections très serrées de 2018, cet ancien gymnaste avait échoué l'acrobatie consistant à s'assurer à la fois l'appui des nationalistes des Démocrates de Suède (SD) et des petits partis de centre-droit, alliés historique des Modérés.

Mais un an plus tard, il s'était dit prêt pour la première fois à discuter avec les SD, et le rapprochement s'est approfondi depuis.

Ses détracteurs, comme la dirigeante du parti du Centre Annie Lööf, lui reprochent un pacte faustien, ressortant à l'envi ses promesses passées de ne jamais collaborer avec eux.

Diplômé d'économie et féru de Tintin, ce grand partisan de la baisse et du contrôle des allocations sociales est marié et père de trois filles adoptées de Chine.

Selon les analystes, un deuxième revers de rang pour devenir Premier ministre pourrait lui coûter sa place de chef de parti.

Jimmie Åkesson, le nationaliste qui a policé l'extrême droite suédoise

En 17 ans à la tête des Démocrates de Suède (SD), Jimmie ("Yimmie", dans la prononciation suédoise) Åkesson a fait passer le parti d'extrême droite du statut de paria du paysage politique suédois à un poids lourd indispensable à la droite pour gouverner après les élections de dimanche.

Cheveux impeccablement peignés mais qui laisse volontiers tomber la cravate, ce brun à lunettes de 43 ans à la carrure solide et à la barbe bien taillée cultive l'image du Suédois normal.

A l'image d'une ligne politique qui a transformé un parti héritier d'un groupe néonazi, l'organisation "Bevara Sverige Svensk" (Gardons la Suède suédoise), en un nationalisme bon teint à logo à fleur.

"Il veut donner l'image d'une personne ordinaire (...) qui fait griller des saucisses, part en voyage aux îles Canaries en vol charter et parle de façon ordinaire", de ce "voisin vivant dans un lotissement abordable dans une petite agglomération", dit à l'AFP Jonas Hinnfors, professeur en sciences politiques à l'université de Göteborg.

Son parti siphonne les électeurs conservateurs, mais aussi sociaux-démocrates, notamment chez les hommes de la classe ouvrière, et pourrait pour la première fois constituer une coalition au Parlement avec la droite traditionnelle.

Au fur et à mesure de leur progression rapide dans la politique suédoise, les Démocrates de Suède ont toutefois cherché à polir leurs discours, comme d'autres formations nationalistes en Europe.

Exit les formules controversées, comme lorsqu'Åkesson avait qualifié les musulmans de "plus grande menace étrangère depuis la Seconde Guerre mondiale", ou la proposition d'une sortie de l'Union européenne.

Séparé, il a un fils.

Litanie de morts

Selon un rapport publié l'an dernier par le Conseil suédois de la prévention du crime (Brå), parmi 22 pays d'Europe disposant de données comparables, seule la Croatie devance le pays scandinave, et aucun autre pays n'affiche une telle progression au cours de la dernière décennie.

Depuis le 1er janvier, 48 personnes ont ainsi été tuées par balle, déjà trois de plus que pour toute l'année 2021.

Malgré diverses mesures prises par le gouvernement social-démocrate contre les gangs, dont un durcissement des peines et un renforcement des moyens de la police, les morts et les blessés continuent à s'accumuler dans une longue litanie, tout comme des attaques à l'explosif ou à la voiture piégée.

La criminalité - thème central de la campagne électorale avec les prix de l'énergie - ressort selon les sondages comme la première préoccupation des Suédois.

Le 19 août à Malmö, dans le sud du pays, un homme de 31 ans, identifié comme l'un des chefs d'un gang de la troisième ville de Suède, a été abattu en plein milieu du centre commercial Emporia, quelques mois après la mort de son frère. Un adolescent de 15 ans a été arrêté et inculpé.

Une semaine plus tard, une femme et son fils étaient blessés par des balles perdues alors qu'ils jouaient dans un square à Eskilstuna, une ville à l'ouest de Stockholm.

La droite menée par le parti des Modérés et l'extrême droite des Démocrates de Suède, qui espèrent prendre le pouvoir après les élections de dimanche, ont promis de restaurer "la loi et l'ordre".

« Sociétés parallèles »

Soucieuse de répliquer au procès lancinant en laxisme contre la gauche, la Première ministre Magdalena Andersson a promis "une offensive nationale".

Selon elle, l'émergence de ces crimes est due à l'apparition de "sociétés parallèles", du fait d'une "trop forte immigration et d'une trop faible intégration".

Jacob Fraiman, un gangster repenti qui oeuvre désormais dans une structure d'assistance sociale, constate aussi à quel point le niveau de violence s'est envolé.

"Je suis d'une ancienne génération, on avait des armes chez nous, mais ce n'était pas souvent que l'on devait tirer sur quelqu'un", expose-t-il à l'AFP depuis sa ville de Södertälje, une grande banlieue industrielle de Stockholm à la population mixte.

"Le plus souvent on tirait dans les jambes. Aujourd'hui, on encourage à tirer dans la tête", déplore-t-il.

Dans le commissariat de Rinkeby, une des banlieues difficiles de Stockholm, Michael Cojocaru, un policier de terrain de 26 ans, détaille les saisies d'armes, y compris lourdes, et les graves règlements de compte dans le quartier.

"Vous allez voir des blessures, des gens blessés par des AK47, des coups de couteaux, des gens avec des blessures de guerre. C'est comme si c'était une autre société (...) une autre sorte de Suède", dit-il à l'AFP.

Très forte ségrégation, problèmes d'intégration et de pauvreté, porosité de la circulation des armes sont parmi les raisons avancées pour expliquer le fléau suédois.

Sept ans plus tard, Maritha Ogilvie assure ne pas comprendre pourquoi son fils, "juste un gamin normal", a été tué.

"Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé avec notre société, et je ne sais pas comment ils ont perdu le contrôle de certains quartiers, mais ils l'ont perdu", soupire-t-elle. "Et c'est de pire en pire".

Elections en Suède: cinq choses à savoir

Voici cinq choses à savoir pour comprendre le scrutin.

Une majorité difficile à atteindre

Les 349 sièges du Riksdag, le Parlement monocaméral suédois, sont attribués à la proportionnelle, mais seuls les partis réunissant plus de 4% obtiennent des députés.

Une majorité de "pour" n'est pas nécessaire pour gouverner, mais un Premier ministre ne doit pas être rejeté par une majorité absolue, soit 175 sièges.

Pour la première fois, la droite traditionnelle menée par le parti conservateur des Modérés, allié aux Libéraux (L) et aux chrétiens-démocrates (KD), est prête à gouverner avec l'appui direct ou indirect de l'extrême droite des Démocrates de Suède (SD). Mais une place trop importante des SD, par exemple une entrée au gouvernement, risque d'effrayer les libéraux et bloquer la formation d'un exécutif.

A gauche, le parti social-démocrate de la Première ministre Magdalena Andersson compte lui sur le soutien des Verts, du parti de Gauche (ex-communiste) et du parti du Centre. Mais ces deux derniers ont de nombreux désaccords et ne veulent pas collaborer directement.

Covid: «amnésie collective» sur la «stratégie suédoise»

La "stratégie suédoise" contre le Covid-19, moins coercitive qu'ailleurs, avait fait les gros titres dans le monde au début de la pandémie. Mais elle a été remarquablement absente des débats.

"L'opposition n'a rien à y gagner. La plupart des gens ont été plutôt satisfaits de la stratégie", observe Jens Liljestrand, éditorialiste au quotidien Expressen, évoquant une 'amnésie collective" et le fait que "les gens sont passés à autre chose", malgré le souvenir de la surmortalité des premiers mois de la pandémie liée à cette stratégie.

Avec 1.901 morts par million d'habitants début septembre, la Suède fait moins bien que ses voisins nordiques, mais mieux que l'UE (2.529 par million), selon Our World in Data.

L'Otan en ligne de mire

Le prochain Premier ministre - sauf accident, la sortante sociale-démocrate Magdalena Andersson ou son rival de droite Ulf Kristersson - devra boucler la candidature d'adhésion de la Suède à l'Otan, commune avec la Finlande voisine.

La Suède est restée hors des alliances militaires depuis la fin des guerres napoléoniennes, et a été officiellement neutre jusqu'à la fin de la Guerre froide et son adhésion à l'Union européenne en 1995.

Avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'extrême droite de SD puis les sociaux-démocrates - pourtant historiquement opposés à une candidature - ont changé de position en faveur de l'Otan, permettant la candidature déposée mi-mai.

Longtemps ligne rouge en Suède, le sujet fait désormais l'objet d'un large consensus parmi les principaux partis. Seuls le parti de Gauche (ex-communiste) et les Verts y restent opposés.

Le point le plus épineux est d'obtenir la ratification de l'adhésion par la Turquie, qui menace de bloquer l'entrée de la Suède et de la Finlande, accusées notamment de positions prokurdes.

Greta, insatisfaite

Deux semaines avant les dernières élections de 2018, une adolescente âgée alors de 15 ans débarque devant le parlement suédois avec une simple pancarte "Grève de l'école pour le climat".

Depuis, Greta Thunberg est devenue le visage d'une jeunesse mobilisée pour le climat mais insatisfaite de l'action politique. Y compris dans son pays, où même le parti des Verts n'a pas réussi à engranger son soutien.

La campagne a vu les questions climatiques cantonnées à l'arrière-plan, quand les prix élevés de l'énergie ont dominé, avec la criminalité.

Lors du quatrième anniversaire du début de sa "grève", le 20 août, Greta Thunberg a déploré que la "crise du climat soit toujours absente du débat".

Des élections simulées dans les écoles

Les adolescents suédois - à partir de la cinquième, soit environ 12-13 ans - peuvent aussi voter pour leur parti favori grâce à une simulation des élections législatives dans les collèges et les lycées.

Organisée par l'Agence suédoise de la jeunesse et la société civile, l'initiative lancée il y a 20 ans vise à sensibiliser les élèves à la démocratie et la politique.

Cette année, plus d'un demi-million d'élèves sont appelés à voter au "Skolval", soit plus des trois quarts de la classe d'âge, avec près de 1.580 établissements inscrits.

Lors du dernier scrutin, contrairement à leurs aînés qui avaient mis les sociaux-démocrates en tête, les élèves avaient voté en premier pour les Modérés (conservateurs) avec environ 21,2%. Avaient suivi les sociaux-démocrates (centre-gauche) à 19,5% et les Démocrates de Suèdes (extrême droite) à 15,5%.

 


Bras de fer irano-américain dans le détroit d'Ormuz

Les Etats-Unis et l'Iran poursuivent jeudi leur bras de fer dans le détroit d'Ormuz, Téhéran excluant de rouvrir ce passage maritime crucial tant que Washington bloque les ports iraniens, une situation compromettant la reprise de pourparlers diplomatiques. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran poursuivent jeudi leur bras de fer dans le détroit d'Ormuz, Téhéran excluant de rouvrir ce passage maritime crucial tant que Washington bloque les ports iraniens, une situation compromettant la reprise de pourparlers diplomatiques. (AFP)
Short Url
  • Selon Téhéran, les navires doivent obtenir une autorisation pour quitter ou entrer dans le Golfe via Ormuz, tandis que les Etats-Unis, eux, bloquent l'accès aux ports iraniens depuis le 13 avril
  • Le nombre de franchissements du détroit a chuté depuis dimanche, en raison des restrictions imposées par l'Iran et les Etats-Unis, tandis que les incidents touchant des bateaux se sont multipliés

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran poursuivent jeudi leur bras de fer dans le détroit d'Ormuz, Téhéran excluant de rouvrir ce passage maritime crucial tant que Washington bloque les ports iraniens, une situation compromettant la reprise de pourparlers diplomatiques.

Ormuz, voie maritime cruciale pour le transport mondial des hydrocarbures, est devenu un enjeu majeur du conflit et cristallise les tensions en dépit de la prolongation unilatérale de la trêve par Donald Trump, entrée en vigueur le 8 avril.

Depuis le 28 février, date du début de la guerre déclenchée par une attaque israélo-américaine contre l'Iran, Téhéran n'a autorisé qu'un nombre très limité de navires à franchir le détroit qui, outre les exportations mondiales de pétrole et de gaz, sert au transport d’autres biens essentiels.

Selon Téhéran, les navires doivent obtenir une autorisation pour quitter ou entrer dans le Golfe via Ormuz, tandis que les Etats-Unis, eux, bloquent l'accès aux ports iraniens depuis le 13 avril.

Le nombre de franchissements du détroit a chuté depuis dimanche, en raison des restrictions imposées par l'Iran et les Etats-Unis, tandis que les incidents touchant des bateaux se sont multipliés, selon des données compilées par l'AFP.

L'Iran a ainsi saisi mercredi deux navires dans le détroit, et un troisième a essuyé des tirs au large d'Oman.

"Réouverture d'Ormuz impossible" 

"La réouverture du détroit d'Ormuz est impossible tant que le cessez-le-feu est ouvertement violé", a affirmé le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, dans un message sur X, Téhéran dénonçant régulièrement le blocus américain des ports iraniens.

Téhéran a par ailleurs reçu ses premiers revenus issus des droits de passage qu'il a unilatéralement imposés dans le détroit, selon un haut responsable iranien.

Dans le cadre de son blocus, Washington de son côté a ordonné à 31 navires, des pétroliers pour la plupart, de retourner au port, selon le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Pour Danny Citronowicz, chercheur au Tel-Aviv Institute for National Security Studies, "il est tentant de croire que le temps et la pression finiront par contraindre l’Iran à céder. Ce ne sera pas le cas. Prolonger un cessez-le-feu ou renforcer un blocus maritime peut faire gagner du temps à Washington, mais aucune de ces options n’offre une voie vers une issue durable", a-t-il écrit sur X.

Le blocage du détroit pèse lourdement sur l'économie mondiale, et la grande incertitude sur l'issue du conflit inquiète les marchés.

Les prix du pétrole ont ainsi bondi brièvement jeudi de plus de 4% en début d'échanges en Asie, avant de se modérer.

Même si les belligérants trouvaient un accord, déminer le détroit d'Ormuz pourrait prendre six mois, pesant d'autant sur les cours des hydrocarbures à l'échelle mondiale, a estimé le Pentagone lors d'une présentation classifiée au Congrès américain, révélé mercredi par le Washington Post.

Les négociations entre Américains et Iraniens, qui étaient censées reprendre en début de semaine à Islamabad, après une première session le 11 avril, sont toujours en suspens, en dépit de l'optimisme du président américain Donald Trump qui a jugé "possible" une reprise d'ici vendredi.

La capitale pakistanaise, sous haute surveillance policière et militaire, fonctionne depuis plusieurs jours au ralenti -écoles et commerces fermés dans la zone devant accueillir les pourparlers- dans l'attente d'une hypothétique arrivée des délégations.

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a dit espérer que les deux parties parviendraient "à conclure un +accord de paix+" à l'issue de la guerre, qui a fait des milliers de morts, essentiellement en Iran et au Liban.

 


L'Iran annonce avoir saisi deux navires dans le détroit d'Ormuz malgré la prolongation de la trêve

Cette photo fournie par la Marine américaine et publiée le 21 avril 2026 par le service des relations publiques du Commandement central américain montre des forces américaines en patrouille dans la mer d'Oman, près du Touska, un cargo battant pavillon iranien, le 20 avril 2026. (AFP)
Cette photo fournie par la Marine américaine et publiée le 21 avril 2026 par le service des relations publiques du Commandement central américain montre des forces américaines en patrouille dans la mer d'Oman, près du Touska, un cargo battant pavillon iranien, le 20 avril 2026. (AFP)
Short Url
  • Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont annoncé avoir intercepté deux navires qui tentaient de franchir le stratégique détroit, soumis à un double blocus américain et iranien
  • "Les deux navires en infraction ont été saisis par les forces navales des Gardiens de la Révolution et dirigés vers la côte iranienne", ont-ils indiqué dans un communiqué

TEHERAN: L'Iran a annoncé mercredi avoir saisi deux navires dans le détroit d'Ormuz, au coeur du bras de fer avec Washington, quelques heures après la prolongation de la trêve décidée unilatéralement par Donald Trump.

Le pouvoir iranien ne s'est toujours pas exprimé sur cette prolongation. Mais Téhéran en "étudie différents aspects", selon la télévision d'Etat iranienne.

Côté américain, le président a jugé "possible" une reprise des discussions entre les belligérants dans les prochains jours. "C'est possible! Président DJT", a-t-il écrit en réponse à un texto d'une journaliste du New York Post, qui l'interrogeait sur la probabilité que des discussions se tiennent dans les prochaines "36 à 72 heures", soit d'ici vendredi.

En attendant, la tension reste forte dans le détroit d'Ormuz, passage crucial pour le transport mondial d'hydrocarbures et enjeu majeur du conflit déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont annoncé avoir intercepté deux navires qui tentaient de franchir le stratégique détroit, soumis à un double blocus américain et iranien.

"Les deux navires en infraction ont été saisis par les forces navales des Gardiens de la Révolution et dirigés vers la côte iranienne", ont-ils indiqué dans un communiqué.

Selon Téhéran, les navires doivent obtenir une autorisation pour quitter ou entrer dans le Golfe via le détroit d'Ormuz.

Un troisième bateau a essuyé des tirs alors qu'il se trouvait à 8 milles nautiques à l'ouest de l'Iran, selon l'agence de sécurité maritime britannique UKTMO, mais il a pu quitter le détroit en direction du port saoudien de Jeddah, selon le site Marinetraffic.

Ces incidents illustrent la précarité de la trêve entrée en vigueur le 8 avril, d'autant que les discussions entre Washington et Téhéran n'ont toujours pas repris.

Islamabad en attente 

Les pourparlers, qui étaient censés se tenir en début de semaine après une première session le 11 avril, visent à trouver une fin durable à une guerre régionale qui a fait des milliers de morts -essentiellement en Iran et au Liban- et ébranlé l'économie mondiale.

Donald Trump a prolongé sine die le cessez-le-feu avec l'Iran mardi soir, à quelques heures de l'expiration annoncée, afin, a-t-il dit, de laisser davantage de temps aux Iraniens pour joindre les négociations de paix sous l'égide des médiateurs pakistanais.

Il a parlé d'une extension jusqu'à ce que "l'Iran présente une proposition et que les discussions soient conclues, d'une manière ou d'une autre".

En attendant, aucune délégation ne s'est encore envolée pour Islamabad, bouclée et sous haute surveillance depuis le début de la semaine, provoquant la lassitude d'habitants privés d'écoles et limités dans leur déplacements.

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a dit espérer que les deux parties parviendraient "à conclure un +accord de paix+ lors du deuxième cycle de négociations prévu à Islamabad". Il a reçu mercredi matin l'ambassadeur iranien à Islamabad.

Trois morts au Liban 

Sur l'autre front principal de la guerre, trois personnes ont été tuées mercredi dans des frappes israéliennes au Liban malgré la trêve, qui expire dimanche, et dont Beyrouth va demander l'extension lors de pourparlers prévus jeudi entre les deux pays à Washington.

"Le Liban demandera l'extension pour un mois de la trêve, le strict respect du cessez-le-feu et l'arrêt par Israël des opérations de dynamitage et de destruction dans les zones où il est présent", a indiqué une source libanaise officielle à l'AFP.

Israël a affirmé avant ces discussions ne pas avoir de "désaccords sérieux" avec le Liban, l'appelant à "travailler ensemble" contre le Hezbollah pro-iranien.

Selon le dernier bilan officiel, au moins 2.454 personnes ont été tuées au Liban en six semaines de guerre.

Par ailleurs, le président français Emmanuel Macron a annoncé mercredi la mort d'un 2e militaire français de la force de paix de l'ONU au Liban, Finul, blessé dans une embuscade samedi au cours de laquelle un premier Casque Bleu français avait été tué. Paris a attribué l'attaque au Hezbollah, ce que le groupe islamiste chiite a nié.


Londres accueille des discussion sur la mission à Ormuz

Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Short Url
  • Cette conférence permettra de "faire progresser la planification détaillée" de la réouverture du détroit dès que les conditions le permettront, à la suite des "avancées" réalisées lors des pourparlers de Paris la semaine dernière
  • "L'objectif aujourd'hui et demain est de traduire le consensus diplomatique en un plan commun pour garantir la liberté de navigation dans le détroit et soutenir un cessez-le-feu durable"

LONDRES: Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz.

Cette conférence permettra de "faire progresser la planification détaillée" de la réouverture du détroit dès que les conditions le permettront, à la suite des "avancées" réalisées lors des pourparlers de Paris la semaine dernière, a précisé le ministère britannique de la Défense.

"L'objectif aujourd'hui et demain est de traduire le consensus diplomatique en un plan commun pour garantir la liberté de navigation dans le détroit et soutenir un cessez-le-feu durable", a déclaré le ministre britannique de la Défense John Healey, cité dans un communiqué.

Il s'est dit confiant que "des progrès concrets puissent être accomplis".

Ces discussions intervient dans la foulée de pourparlers sur ce détroit stratégique, ayant réuni vendredi à Paris plus de 40 pays sous la houlette du Premier ministre britannique Keir Starmer et du président français Emmanuel Macron.

M. Starmer a indiqué que la France et le Royaume-Uni dirigeraient une mission multinationale pour assurer la liberté de navigation dans le détroit "dès que les conditions le permettront".

La Grande-Bretagne et la France ont insisté sur le fait que cette force serait exclusivement défensive et ne serait déployée qu'une fois la paix durable dans la région instaurée.

Les Etats-Unis et l'Iran, parties belligérantes, n'ont pas participé aux pourparlers.

Avant la réunion de Paris, Downing Street avait annoncé la tenue d'un sommet de planification militaire cette semaine, sans donner plus de précisions.