Carlos Ghosn : La France m'a abandonné «sur le bord de la route»

«On aurait dû me le dire tout de suite, je serais sorti, tout ça aurait pu être évité. Parce que, moi je suis une victime bien sûr, mais il n’y a pas que moi...» confie Carlos Ghosn à Arab News en français. (AFP).
«On aurait dû me le dire tout de suite, je serais sorti, tout ça aurait pu être évité. Parce que, moi je suis une victime bien sûr, mais il n’y a pas que moi...» confie Carlos Ghosn à Arab News en français. (AFP).
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Publié le Lundi 09 novembre 2020

Carlos Ghosn : La France m'a abandonné «sur le bord de la route»

  • Carlos Ghosn accorde un entretien spécial à Arab News à l’occasion de la sortie de son livre, « le Temps de la vérité »
  • Le Japon ne pourra continuer d’être une grande puissance économique et une bonne destination touristique si le système de l’otage n’est pas aboli

Carlos Ghosn, quelle vérité est la plus dure à admettre ?

Il n’y a pas qu’une … il y a beaucoup de vérités, plutôt des réalités dures à admettre. Que je dédie une très grande partie de ma vie professionnelle à une entreprise à l’époque donnée pour morte (…) dix-sept ans de direction générale de Nissan donc, puisque j’ai abandonné ce poste fin 2016, dans un pays qui n’est pas particulièrement connu pour son ingratitude, et là tout d’un coup: ce choc, ce traitement, cette haine, cette revanche!

La deuxième réalité, c’est le lâchage et l’abandon de la France ! Je n’étais pas allé au Japon en tant que touriste, mais bien en tant que patron d’une entreprise française d’envergure, en tant que patron d’une alliance où les intérêts français étaient dominants.

Et là, coup de théâtre, au bout de quelques jours ils disent : «les intérêts supérieurs de la France résident dans l’alliance, dans les relations avec les Japonais».

Et moi, j’ai été abandonné sur le bord de la route !

Mon arrestation portait un objectif particulier; les Japonais se sont dit : «on en a marre de l’influence de l’État français sur Renault, et des demandes faites par l’administration française vis-à-vis des Japonais» (Photo, AFP)
Mon arrestation portait un objectif particulier; les Japonais se sont dit : «On en a marre de l’influence de l’État français sur Renault, et des demandes faites par l’administration française vis-à-vis des Japonais» (Photo, AFP)

Comment un fin renard comme vous, connu pour son flair et sa vision, n’a rien vu venir ?

J’avais des doutes de temps en temps, je restais prudent, mais il est vrai que j’ai été surpris par toute cette action. Il pouvait y avoir quelques malentendus, notamment sur les engagements salariaux qui pouvaient être faits après la retraite. Mais ils n’étaient ni décidés ni payés, et jamais je n’aurais imaginé qu'un différend de ce genre finirait par une arrestation, c’était un choc !

C’était une vaste supercherie! Mon arrestation portait un objectif particulier; les Japonais se sont dit : «On en a marre de l’influence de l’État français sur Renault, et des demandes faites par l’administration française vis-à-vis des Japonais». Ils ont très vite constaté que le seul moyen de couper cette influence, c’était de me sortir.

Vous êtes donc le bouc émissaire ?

Bouc émissaire ou pas, je ne sais pas, mais une décision a été prise. Ça aurait pu se passer différemment car je suis ferme, décisif, mais je ne suis pas partisan d'une ligne dure. (…) Je savais très bien que si les Japonais ne voulaient plus de cette alliance, la garder en vie serait compliqué.

On aurait dû me le dire tout de suite, je serais sorti, tout ça aurait pu être évité. Parce que, moi je suis une victime bien sûr, mais il n’y a pas que moi. Nissan en tant qu’entreprise est une victime, au même titre que Renault. Tous les petits génies qui ont monté cette opération, (…) j’espère les voir un jour rendre des comptes.

Carlos Ghosn, en quelques minutes, vous êtes passé de personnage à… une « affaire ». Comment pouvez-vous résumer cette affaire ?  

C’est une mauvaise affaire. Pour moi c’est un complot, une machination menée avec succès. Elle naît dans un petit groupe qui lie le gouvernement japonais au Procureur, et prend son envol avec la collusion de la presse japonaise, ravie de rendre service. La presse n’était que louanges jusqu’au moment de mon arrestation, et puis, tout d’un coup, en vingt-quatre heures, c’était fini!

J’étais devenu le vilain canard, le dictateur cupide ! C’est la description faite devant le public japonais, qui n’en revenait pas. J’ai passé plusieurs mois au Japon après mon arrestation, et quand je me baladais à Tokyo les gens étaient toujours très aimables, comme si de rien n’était! Ils étaient surpris de voir cet homme, présenté comme étant un «role model» pendant dix-sept ans, traité tout d’un coup en pestiféré. Non seulement on l’accuse d’actes ignobles, mais on critique de surcroît son management, soi-disant absolument horrible, alors que, vous le savez bien, plusieurs bouquins de management ont été écrits, qu’il y avait des références... ! Ça ne tient pas la route !

J’étais devenu le vilain canard, le dictateur cupide ! C’est la description faite devant le public japonais, qui n’en revenait pas (Photo, AFP)
J’étais devenu le vilain canard, le dictateur cupide ! C’est la description faite devant le public japonais, qui n’en revenait pas (Photo, AFP)

Le fait d’écrire ce livre est pour vous une catharsis ?

Je n’écris pas ce livre pour me soigner, je l’écris car il y a eu tellement de mensonges et de manipulations, avec la complicité de la presse internationale. Il faut par conséquent créer un contrepoids de vérité, avec des éléments solides qui racontent les événements tels qu’ils ont eu lieu. La vérité finit toujours par triompher.

Il n’y a pas que ce livre, un deuxième est prévu pour mars ou avril, sur un thème différent. Deux séries télévisées sont en préparation, l’une documentaire et l’autre fictive, parce que cette histoire est extrêmement riche, complexe, et met en cause plusieurs aspects de notre époque.

Dans toute cette affaire, y a-t-il un moment qui vous révolte le plus ?

La façon dont ma famille a été traitée: c’est incompréhensible!

Quelle question a-t-elle été la plus sensible de votre interrogatoire ?

Il y avait cette rengaine qui revenait constamment dans le discours des procureurs : «vous feriez mieux d’avouer tel ou tel crime, sinon on va rajouter des accusations. Et si vous persistez dans cette attitude, on ira enquêter du côté de votre épouse, de votre famille». Cela m’a fait réaliser que même s’ils n’avaient rien contre moi, mon nom paraissait dans la presse dans un contexte de suspicion, et le mal était déjà fait.

On l’appelle « système de l’otage » au Japon, et le terme ne vient pas de moi, mais de l’Organisation des Nations Unies (Photo, AFP)
On l’appelle « système de l’otage » au Japon, et le terme ne vient pas de moi, mais de l’Organisation des Nations unies (Photo, AFP)

C’est le «character assassination» dont vous parliez…

Oui, mais «collective character assassination!»

On l’appelle « système de l’otage » au Japon, et le terme ne vient pas de moi, mais de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’ONU a d’ailleurs déjà mis en cause ce système il y a quatre ans.

Je trouve absolument choquant que le Japon obtienne des accords internationaux, comme ceux du libre-échange avec l’Europe, sur la base du respect des droits de l’homme. On signe ces ententes mais on ne les respecte pas ! C’est une affaire de dupes !

Comment avez-vous vécu cette « chute » ?

Je débarquais d’un univers où j’avais trois entreprises et un emploi du temps saturé, et tout d’un coup, plus rien. Imaginez-vous dans une cellule de prison, démuni, vous n’avez pas de montre, pas de ceinture, quelques bouquins, c’est tout ! Du jour au lendemain! Le choc est très dur, mais il faut s’adapter, ça s’est fait.

Des «fuites» quotidiennes dans la presse, orchestrées par le procureur de Tokyo, à votre fuite, la cavale du siècle orchestrée avec brio! Quelle revanche pour vous ! Qu’avez-vous éprouvé ?

Franchement, je n’ai pas quitté le Japon par défi, je l’ai quitté par désespoir, le désespoir d’obtenir gain de cause. (…) Une peine de mort avait été prononcée quelque part contre moi, et on était en train de l’exécuter. Et ce n’est pas une mort spectaculaire non plus: on vous met en prison, on prend cinq ans avant de vous juger, on vous ruine, on salit votre réputation, et on ne vous laisse pas parler!

C’est le sadisme du procureur japonais, en collusion avec le Vieux Nissan et des membres du gouvernement. Il ne faut pas oublier cette composante : jamais une affaire de ce type ne serait arrivée sans la complicité, si ce n’est l’initiative, du ministère de l'Industrie qui est très puissant au Japon.

Il a été question de l’affaire Juffali, mais aussi de l’affaire d’Oman qui a permis au procureur de vous renvoyer en prison ! Pourquoi cible-t-on des personnalités du Golfe à votre avis ?

D’abord, ils connaissent mes racines orientales, moi je venais assez souvent au Liban pour traiter des affaires qui concernait le Moyen-Orient.

De plus, il y avait une très grande sympathie pour moi dans le monde arabe, j’étais l’un des rares grands chefs d’entreprises issu du monde arabe. Auraient-ils trouvé un dealer japonais, ça n’aurait pas été aussi salace comme histoire qu’un saoudien ou un omanais !

Ils l’ont fait sciemment parce qu’ils savaient que j’avais des relations d’amitié avec un certain nombre d’entre eux. Mais ce n’est pas une amitié compromettante, ce sont de très bons distributeurs, de très bons hommes d’affaires, et ça, n’est pas du tout contesté. Ils l’ont fait pour introduire un côté un peu louche, se disant : «Au Moyen Orient, les relations ne sont pas aussi nettes que dans d’autres pays ». Ils ont utilisé ce préjugé, c’était très bien ficelé comme stratagème. C’est un coup monté avec la collaboration d’entreprises spécialisées dans la démolition de réputations. La facture était salée. Selon Bloomberg, plus de 200 millions de dollars ont été dépensés par Nissan, pour des prétendus dommages de 5 millions de dollars!

Quel est votre message aux Japonais ?

D’abord, que le véritable Carlos Ghosn n’est pas celui qu’on vous dépeint dans les médias, mais bien celui que vos connaissiez pendant dix-sept ans. Je leur dirai aussi que le Japon ne pourra continuer d’être une grande puissance économique et une bonne destination touristique si le système de l’otage n’est pas aboli ! Nombreux sont ceux qui le demandent au Japon.

D’après ce livre, vous avez été poignardé dans le dos par le Japon et lâché par la France. C’est au Liban que vous avez trouvé refuge finalement. C’est donc le seul pays sur lequel vous pouvez compter ?

C’est un fait, je ne peux pas le nier. Le président de la République libanaise a tenu une position très courageuse, même s’il n’a pas d’intérêt politique particulier dans cette affaire. J’étais patron de Renault, patron de Nissan et non pas patron d’une grande entreprise libanaise. C’est pourtant le seul à prendre position, et il a interrogé les autorités japonaises et l’ambassadeur du Japon. C’est le seul que mon épouse ait pu voir. Aucun officiel français ne l’a reçue à part l’ancien président Sarkozy, à l’attitude remarquable dans cette affaire d’ailleurs. Quiconque dit que la France ne m’a pas lâché, n’a pas suivi cette histoire et ne l’a pas comprise.

Et si je suis aujourd’hui au Liban, entre autres, c’est que j’ai senti une sincérité, une authenticité chez les autorités libanaises qui ne comprenaient pas: «Cet homme, qu’est-ce qu’il vous a fait ?»


France: le budget en voie d'adoption définitive après des mois de blocage

Après des mois de blocage politique, le budget de l'Etat français pour 2026 devrait être adopté définitivement lundi, après le rejet de dernières motions de censure contre le gouvernement qui tente de tourner cette page douloureuse. (AFP)
Après des mois de blocage politique, le budget de l'Etat français pour 2026 devrait être adopté définitivement lundi, après le rejet de dernières motions de censure contre le gouvernement qui tente de tourner cette page douloureuse. (AFP)
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  • Il aura fallu quatre mois de débats houleux au sixième exécutif en place depuis la réélection du président Emmanuel Macron, en 2022, pour doter la France d'un budget
  • Pour y parvenir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dû accepter d'importantes concessions en direction de la gauche

PARIS: Après des mois de blocage politique, le budget de l'Etat français pour 2026 devrait être adopté définitivement lundi, après le rejet de dernières motions de censure contre le gouvernement qui tente de tourner cette page douloureuse.

Il aura fallu quatre mois de débats houleux au sixième exécutif en place depuis la réélection du président Emmanuel Macron, en 2022, pour doter la France d'un budget, sous l'oeil des marchés financiers inquiets de l'ampleur des déficits.

Pour y parvenir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dû accepter d'importantes concessions en direction de la gauche, menacer de convoquer de nouvelles législatives anticipées et finalement renier sa promesse de ne pas passer en force en engageant la responsabilité du gouvernement.

"Il faut savoir terminer une crise politique", avait justifié il y a dix jours M. Lecornu, qui sera présent à l'Assemblée nationale lundi en fin d'après-midi pour l'examen de deux nouvelles motions de censure censées clôturer cet épisode.

Le rejet probable de ces deux textes, l'un déposé par l'extrême-droite et l'autre par une partie de la gauche, vaudra adoption définitive du budget.

Dans un Parlement fracturé depuis la dissolution de 2024, les députés ne sont jamais parvenus à s'accorder sur ce sujet marqueur d'opposition ou de soutien au gouvernement et qui a déjà provoqué la chute des prédécesseurs de M. Lecornu.

Pour éviter de subir le même sort, ce dernier, un proche de M. Macron venu de la droite et nommé en septembre, a largement négocié avec les socialistes pour obtenir un compromis.

Après avoir dès l'automne suspendu la réforme des retraites pourtant essentielle pour le président, le Premier ministre a accepté des hausses de taxes pour les entreprises, des aides en faveur des travailleurs modestes et des étudiants ou encore des mesures pour le logement.

Si certaines dépenses ont été réduites, les crédits de la Défense, priorité érigée par Emmanuel Macron dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine, vont augmenter de 6,5 milliards d'euros.

Le coordinateur du parti de gauche radicale France insoumise Manuel Bompard a qualifié le budget "obtenu" par les socialistes d'"embrouille", tandis qu'à l'extrême-droite, Marine Le Pen a accusé Sébastien Lecornu d'avoir "sorti le carnet de chèques des Français" pour "acheter le PS": "l'aggravation du déficit (...) va être la conséquence".

"Ajustement" 

Du côté de la coalition présidentielle, les choix budgétaires de M. Lecornu laissent un goût amer, alors que plusieurs de ses soutiens de la droite et du centre craignent que la promesse d'un déficit à 5% du PIB -le plus lourd de la zone euro- ne puisse pas être tenue.

Les entreprises montent aussi au front, déplorant dans La Tribune dimanche une pression fiscale trop importante et un épisode budgétaire "calamiteux" qui "aura fissuré la confiance" avec le monde politique.

Après cette séquence qui l'aura monopolisé pendant quatre mois, le Premier ministre souhaite passer à autre chose.

Bien que sa marge de manoeuvre soit réduite par l'absence de majorité, il veut se concentrer sur des projets "réalistes", réfutant tout "immobilisme" à quinze mois de la présidentielle.

Il assure qu'il n'est "pas candidat" à l'Elysée et recommande à ses ministres à se tenir "éloignés" de ce scrutin, qui occupera tous les débats après des municipales en mars.

Il compte procéder à un "ajustement" gouvernemental après le départ annoncé de sa ministre de la Culture Rachida Dati, candidate à la mairie de Paris.

D'ici là, il invite ses ministres à se concentrer sur "l'essentiel" dans les domaines militaire, agricole ou énergétique. Sont attendus notamment une actualisation de la loi de programmation militaire, un projet de loi "d'urgence" face aux manifestations des agriculteurs, ainsi que des textes sur le territoire d'outre-mer de Nouvelle Calédonie ou encore la fin de vie.

 


Agriculture: pour ses cantines, l'Etat ne devra plus se fournir en produits hors UE, promet Lecornu

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse dans le cadre d'une visite visant à promouvoir l'agriculture locale et diversifiée, à Baigneaux, dans le centre de la France, le 30 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse dans le cadre d'une visite visant à promouvoir l'agriculture locale et diversifiée, à Baigneaux, dans le centre de la France, le 30 janvier 2026. (AFP)
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  • Le gouvernement veut que la restauration collective de l’État s’approvisionne exclusivement en produits agricoles et alimentaires issus de l’Union européenne, afin de soutenir les filières locales et réduire l’empreinte carbone
  • Sébastien Lecornu affiche son soutien aux « contrats d’avenir » pour aider les agriculteurs à adapter leurs productions au changement climatique

PARIS: Le Premier ministre Sébastien Lecornu, en déplacement dans une ferme de l'Eure-et-Loir, a souhaité vendredi que la restauration collective dépendant de l'Etat se fournisse exclusivement en produits agricoles et alimentaires venus de l'Union européenne.

"Il est impensable que pour l'ensemble des marchés publics à venir, il y ait des matières premières agricoles, alimentaires qui viennent d'en dehors de l'Union européenne", a-t-il dit à la presse.

Sur quelque 900 millions à un milliard d'euros de commandes de cantines de l'Etat (armées, universités, etc.), "j'ai demandé aux différents services combien allait en dehors de l'Union européenne et combien reste en France, et on n'a toujours pas la réponse", a-t-il admis.

"Cela va nous amener à reprendre complètement en main la commande publique, à devoir aussi récompenser ou punir les acheteurs publics en fonction de ces objectifs" et "nous l'inscrirons (...) dans les lois à venir de décentralisation comme la loi agricole que nous préparons", a-t-il ajouté.

Les agriculteurs, et notamment les éleveurs, largement mobilisés contre le traité commercial UE-Mercosur, accusent régulièrement la puissance publique, qui sous-traite parfois sa restauration collective, de ne pas respecter les quotas de produits locaux ou biologiques figurant dans ses engagements voire dans la loi.

"Certains disent préférence nationale. Je pense que c'est une hérésie parce que la France est un grand pays d'exportation au sein de l'Union européenne", a précisé M. Lecornu vendredi.

"En revanche, plus personne ne peut comprendre dans le monde dans lequel nous vivons que l'argent du contribuable puisse permettre encore d'acheter de la nourriture qui en plus a un bilan carbone et climatique absolument épouvantable et qui vient du bout du monde".

Le chef du gouvernement a aussi exprimé son appui aux "contrats d'avenir", projet porté par le syndicat Jeunes agriculteurs (JA) et destiné à aider les exploitants à diversifier leur production face au réchauffement climatique, via une planification territoriale puis des contrats tripartites entre agriculteurs, pouvoirs publics et transformateurs.

"On est dans un moment dans lequel on n'a pas suffisamment tiré les conclusions du réchauffement climatique et de l'impact sur les productions", a estimé M. Lecornu.

Le Premier ministre qui, chaussé de bottes kaki, a visité une exploitation céréalière diversifiée dans la production d'amandes, n'a cependant pas abordé la mise en action ou le financement de tels "contrats".

Pierrick Horel, le président des JA, a salué "une prise de conscience collective, un engagement pris au plus haut niveau du gouvernement autour de ce sujet, cela pose les bonnes bases".

Les "transitions jusqu'à aujourd'hui se sont opérées de façon individuelle, sur des fonds propres, cela ne répond pas à l'enjeu des dérèglements climatiques. L'agriculteur seul ne peut supporter ces transitions", a-t-il dit à l'AFP, exprimant sa satisfaction "à quelques jours du lancement du Salon de l'agriculture", le 21 février.


Budget: Lecornu dégaine un ultime 49.3, l'épilogue approche

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
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  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu va recourir pour la troisième fois à l’article 49.3 pour faire adopter définitivement le budget 2026, malgré de nouvelles motions de censure attendues lundi
  • Le texte vise un déficit ramené à 5 % du PIB en 2026 et prévoit plusieurs concessions sociales, mais continue de susciter une forte opposition à gauche et à l’extrême droite

PARIS: La ligne d'arrivée du marathon budgétaire est proche: le Premier ministre Sébastien Lecornu va activer vendredi matin pour la troisième fois l'article 49 alinéa 3 de la Constitution à l'Assemblée nationale, ultime étape avant l'adoption définitive du budget de l'Etat, attendue lundi.

Après quatre mois de très denses discussions au Parlement, le projet de loi de finances pour 2026 va pouvoir aboutir.

Examiné à partir de 9H00 à l'Assemblée nationale en lecture définitive, le projet de budget ne sera pas discuté très longtemps: le chef du gouvernement est attendu au Palais Bourbon pour activer d'emblée un nouveau 49.3 sur le texte.

En engageant ainsi la responsabilité du gouvernement, Sébastien Lecornu devrait s'exposer à nouveau à deux motions de censure, issues de la gauche hors-PS et du Rassemblement national.

Celles-ci seront soumises aux députés "probablement lundi après-midi", ont indiqué des sources gouvernementales et parlementaires à l'AFP. Et sauf immense surprise, elles seront rejetées comme les deux précédentes grâce à la clémence des Républicains et surtout du Parti socialiste. Le gouvernement dispose en effet d'un matelas relativement confortable d'une vingtaine de voix d'avance.

Le rejet des motions vaudra alors adoption définitive du budget de l'Etat, qui devra tout de même passer le filtre du Conseil constitutionnel avant d'être promulgué. Sa mise en place mettra fin au régime fragile de la loi spéciale, votée fin décembre faute d'accord parlementaire pour assurer la continuité de l'Etat.

S'il est certes "imparfait", ce budget "est un texte utile pour les Français, car il nous permet de sortir du climat d'incertitude qui s'est installé depuis quelques mois", a salué jeudi la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin.

Elle s'exprimait devant les sénateurs, très mécontents de la copie finale. Ces derniers, qui devaient être saisis du texte avant son retour à l'Assemblée selon les règles de procédure parlementaire, n'ont pas souhaité retarder l'échéance, préférant le rejeter d'emblée sans rouvrir la discussion.

Si certains parlementaires, tout comme l'agence de notation Moody's, en doutent, le texte entend ramener le déficit à 5% du PIB en 2026, contre 5,4% en 2025.

Il prévoit diverses concessions en direction notamment du PS, comme les repas à un euro pour les étudiants ou la hausse de la prime d'activité pour les salariés modestes.

Mais il continue de susciter l'hostilité de l'extrême droite et d'une grande partie de la gauche (Insoumis, écologistes, communistes), qui ont déposé à chaque occasion des motions de censure.

Il s'agira de la troisième utilisation du 49.3 par Sébastien Lecornu, qui s'était engagé à y renoncer au début de l'automne, à la demande du PS. Les deux premiers ont été activés lors de la "nouvelle lecture" du texte, l'un sur la partie "recettes", l'autre sur la partie "dépenses".