L’ambassadrice de la Norvège à l’ONU: «nous sommes motivés par l'humanitaire en Syrie»

«Nous sommes extrêmement inquiets», a déclaré Mona Juul, représentante permanente de la Norvège auprès de l'ONU, à Arab News dans une interview exclusive à New York (Photo, AFP).
«Nous sommes extrêmement inquiets», a déclaré Mona Juul, représentante permanente de la Norvège auprès de l'ONU, à Arab News dans une interview exclusive à New York (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 01 décembre 2022

L’ambassadrice de la Norvège à l’ONU: «nous sommes motivés par l'humanitaire en Syrie»

  • La Norvège «travaille sans relâche» pour renouveler le mécanisme d'aide transfrontalière pour la Syrie, affirme Mona Juul
  • Avec l'Irlande, la Norvège est l'actuel responsable du dossier humanitaire syrien au Conseil de sécurité

NEW YORK: Les médias du monde entier ont peut-être cessé de compter les morts et les blessés dans le conflit syrien, mais la destruction généralisée des infrastructures civiles et le deuxième plus grand nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays dans le monde montrent bien que la guerre est loin d'être terminée.

Avec 90% de la population vivant sous le seuil de pauvreté, la Syrie continue de traverser l’une des pires crises humanitaires au monde. Selon le Programme alimentaire mondial, quelque 14,6 millions de personnes ont aujourd'hui besoin d'une aide humanitaire pour survivre, soit une augmentation de 1,2 million par rapport à l'année dernière.

L'effondrement économique et la menace d'une pénurie alimentaire mondiale due à la guerre en Ukraine ont rendu la situation encore plus complexe. Aujourd'hui, selon le PAM, la menace de famine est aux portes de la Syrie.

«Nous sommes extrêmement inquiets», a déclaré à Arab News Mona Juul, représentante permanente de la Norvège auprès des Nations unies, dans une interview exclusive à New York.

Selon le Programme alimentaire mondial, quelque 14,6 millions de personnes ont désormais besoin d'une aide humanitaire pour survivre (Photo, AFP).

«Nous sommes inquiets depuis des années. Mais la situation semble empirer de jour en jour. Et inévitablement, avec l’hiver qui arrive, les souffrances de millions et de millions de Syriens qui ont un besoin urgent, un besoin immédiat, d’aide humanitaire s’intensifient.

«Cela concerne pratiquement l’ensemble du pays. Mais nous sommes évidemment très préoccupés par la situation dans le nord-ouest du pays, dans la zone contrôlée par le gouvernement.»

La situation particulièrement alarmante est celle des 4,4 millions de personnes dans le nord-ouest du pays, sous le contrôle de l'opposition, qui dépendent de l'aide étrangère pour survivre et qui ne savent pas s'ils auront suffisamment de pain sur leurs tables en janvier.

C'est à ce moment-là qu'un mécanisme transfrontalier des Nations unies, de plus en plus fragile, permettant d'acheminer l'aide à la Syrie, doit expirer et que son renouvellement doit être soumis au vote du Conseil de sécurité des Nations unies. Les diplomates craignent que la Russie, alliée du régime syrien, n'utilise son veto pour fermer le dernier point d'entrée de l'aide en Syrie, facilité par les Nations unies, à savoir Bab al-Hawa, à la frontière turque.

En tant que co-responsable du dossier humanitaire de la Syrie au Conseil de sécurité, la Norvège, avec l'Irlande, est chargée de suivre la situation humanitaire en Syrie en rédigeant des résolutions, en demandant des réunions d'urgence et en organisant des visites de mission.

Le mécanisme transfrontalier a été créé en 2014 pour permettre l'acheminement de l'aide de l'ONU directement dans les zones tenues par l'opposition en Syrie.

Le droit humanitaire international exige que toutes les livraisons d'aide passent par le gouvernement hôte. Toutefois, la tactique du président syrien, Bachar Assad, consistant à traiter les aides humanitaires comme une arme de guerre a incité le Conseil de sécurité de l’ONU à approuver l'utilisation de quatre points de passage de l'aide – un depuis la Jordanie, un autre depuis l'Irak et deux derniers depuis la Turquie.

La Syrie a subi des années de guerre déclenchée par des manifestations antigouvernementales lors des soulèvements du Printemps arabe dans tout le Moyen-Orient (Photo, AFP).

Jusqu'en décembre 2019, le Conseil de sécurité des Nations unies a renouvelé le mandat de ces points de passage sans obstruction. Cependant, en janvier 2020, la Russie a utilisé son veto pour forcer la fermeture de tous les points de passage sauf un: Bab al-Hawa.

Si ce dernier point de passage est fermé, les agences humanitaires craignent qu'il soit quasiment impossible de trouver une alternative.

«Et c'est pourquoi nous travaillons sans relâche pour nous assurer que nous pouvons prolonger le mandat de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui autorise l'assistance humanitaire transfrontalière à Bab al-Hawa», a expliqué Juul.

Depuis 2020, ce renouvellement fait l'objet de négociations très délicates, à un moment où les canaux diplomatiques entre la Russie et les États-Unis sont pratiquement fermés, ce qui a un impact sur chaque question à l'ordre du jour du Conseil de sécurité.

«Ce n'est un secret pour personne que chaque fois que nous devons renouveler ce mécanisme transfrontalier, le point de départ est qu'au moins un membre du Conseil de sécurité ne veut pas de cette résolution et de ce mécanisme», a insisté Juul. «C'est le point de départ depuis que ce mécanisme a été établi en 2014.»

Moscou affirme que l'opération d'aide internationale viole la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Syrie. Puisque la Syrie a été «libérée», elle souligne que toute l'aide destinée au nord doit passer par la capitale, Damas.

Bien que les expéditions internes depuis Damas vers les zones contrôlées par l'opposition constitueraient un complément bienvenu à la ligne de vie transfrontalière, Juul estime qu'elles ne peuvent la substituer. Même s'ils étaient déployés régulièrement, ces convois ne pourraient pas reproduire l'ampleur et la portée des opérations transfrontalières.

Même si les Nations unies assurent que leurs opérations internes d'acheminement de l'aide sont menées de manière «transparente et conforme aux principes», les organisations humanitaires maintiennent que l'aide fournie à Damas n'atteint pas les zones opposées au régime d'Assad.

Ces organisations accusent le gouvernement de priver délibérément des millions de Syriens de produits et de services de base, notamment de nourriture et d'eau potable, les utilisant comme outil de guerre.

La tactique du président syrien, Bachar Assad, consistant à traiter les aides humanitaires comme une arme de guerre a incité le Conseil de sécurité des Nations unies à approuver l'utilisation de quatre points de passage de l'aide (Photo, AFP).

Une enquête récente sur les opérations d'achat de l'ONU en Syrie, menée par le Syrian Legal Development Program et l’Observatory of Political and Economic Networks, a révélé qu'environ 50% des achats de l'ONU impliquent des acteurs liés au régime, dont beaucoup sont impliqués dans des violations des droits et des crimes de guerre.

Interrogé sur les conclusions du rapport, Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l'ONU, a déclaré à Arab News que l'ONU était «bien consciente des défis» posés par le travail dans de tels contextes.

Il a signalé que l'ONU s'engageait auprès des auteurs du rapport et que les équipes de l'ONU en Syrie continuaient «d'essayer d'améliorer» leurs méthodes.

«L'autre chose, je dirais, c'est qu'il y a une augmentation en termes de valeur des produits achetés en dehors de la Syrie, mais il y a des produits qui ne peuvent être achetés que dans le pays, comme les téléphones, le carburant, etc.

En chiffres

•          4,1 millions de personnes dans le nord-ouest de la Syrie ont besoin d'une aide humanitaire.

•          80% des Syriens recevant une aide transfrontalière sont des femmes et des enfants.

•          1/3 des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition.

•          800 camions par mois en moyenne livrent des produits via la Turquie.

«Il est également important de mentionner que nous opérons en Syrie selon les mêmes règles que dans tous les pays, en termes de change et de vendeurs.

«Nous sommes donc bien conscients des défis posés par notre travail dans de nombreux pays, notamment la Syrie, et je crois que l'effort général a été d'essayer continuellement d'améliorer notre façon de travailler et de gérer l'argent des contribuables mondiaux.»

Pour sa part, Juul a souligné que le plaidoyer de son pays pour la Syrie est ancré dans des valeurs purement humanitaires. «Notre argument très, très fort est qu'il ne s'agit pas d'aider l'opposition ou d'aider l'autre partie plutôt que le gouvernement», a-t-elle avisé.

«Nous sommes purement motivés par l'impératif humanitaire d'aider la population. C'est le peuple syrien qui nous tient à cœur et cela revient à une tradition humanitaire ancrée en Norvège. Nous sommes presque toujours là en cas de crise humanitaire et nous voulons aider.»

Cette longue tradition était au cœur du message de la Norvège lorsqu'elle a fait campagne pour obtenir un siège au Conseil de sécurité il y a deux ans, et qu'elle a également exprimé sa volonté de s’occuper du dossier syrien.

«Nous avons toujours eu une part assez importante de notre aide étrangère uniquement destinée au travail humanitaire», a reconnu Juul.

«Donc pour nous, en rejoignant le conseil, en apportant cette tradition avec nous, en ayant été pendant longtemps l'un des plus grands contributeurs humanitaires en Syrie, pas seulement par habitant, mais en termes réels, et en ayant vu le mérite de l'opération transfrontalière, nous étions tout à fait disposés à reprendre ce dossier difficile, et l'Irlande de même.»

Bien avant de devenir un riche producteur de pétrole et de gaz, la Norvège a été un jour bénéficiaire d'aide et n'est pas étrangère aux invasions, aux guerres et aux déplacements.

«Un tiers de la population norvégienne a migré en Amérique pour trouver des moyens de subsistance parce que nous n'en trouvions pas chez nous. La Norvège est un pays très froid. Il est difficile de survivre en hiver si vous êtes pauvre. Alors nous avons émigré», a expliqué Juul.

«Nous avons été ensuite occupés par les Allemands pendant cinq ans. Nous étions de l'autre côté, du côté des bénéficiaires de l'aide. Nous avons reçu l'aide Marshall des États-Unis. Nous savons ce que c'est que d'avoir besoin d'aide. Et puis, bien sûr, nous avons maintenant les ressources nécessaires pour contribuer.

«Il y a donc cette forte solidarité avec les opprimés, ceux qui souffrent. C'est ce qui nous motive. Nous ne sommes pas naïfs sur la complexité politique de la Syrie, mais nous ne voyons vraiment pas d'alternative à la poursuite de l'opération transfrontalière.»

De nombreux Syriens ont fui la guerre, se dirigeant vers des destinations comme la Jordanie, la Turquie et l'Europe (Photo, AFP).

À l'approche du dernier vote de renouvellement en juillet, d'intenses négociations se sont déroulées à huis clos. On a vu Juul et son homologue irlandaise de l'époque, Geraldine Nason Byrne, se précipiter vers les salles de l'ONU pour essayer de rallier les membres du Conseil de sécurité à la réautorisation de Bab al-Hawa.

Obtenir le vote du prochain renouvellement ne sera probablement pas facile.

«À chaque fois, il faut travailler très dur pour obtenir le renouvellement de la résolution», a déclaré Juul à Arab News. «Cela a été un défi permanent pour le Conseil de sécurité de pouvoir maintenir ce mécanisme crucial.»

Bien que le mandat de la Norvège et de l'Irlande au Conseil de sécurité arrive à son terme à la fin de l'année, Juul a promis de continuer à «faire tout son possible dans le but de préparer le terrain à une prolongation».

Elle tire espoir du renouvellement réussi qu'ils ont obtenu en juillet.

Ils accusent le gouvernement de priver délibérément des millions de Syriens de produits et de services de base, notamment de nourriture et d'eau potable, en tant qu'outil de guerre (Photo, AFP).

«Nous avons dû passer par un veto. Les négociations ont été très difficiles, principalement entre nous et les Russes. Mais nous avons réussi à la fin à trouver – je n'appellerai même pas cela un compromis – nous avons trouvé un moyen de nous mettre d'accord sur une prolongation jusqu'en janvier, mais avec une intention très claire qu'il y aura une autre prolongation dans six mois.»

«C'est ça, la diplomatie. J'ose même dire que c'est l'essence même de la diplomatie lorsque la situation est telle qu'elle est», a-t-elle ajouté.

«Nous ne pouvons pas cesser d'entretenir des relations avec ceux avec qui nous sommes en désaccord sur d'autres dossiers. La Norvège a été très claire sur la condamnation de l'invasion de la Russie et de la guerre en Ukraine. Mais, en même temps, nous voyons qu'il est très important que le Conseil de sécurité ne soit pas paralysé sur tous les autres dossiers.

«Je crois que, jusqu'à présent, le conseil de sécurité a prouvé que nous avons été capables de le faire.»

«Nous avons également beaucoup travaillé avec les autres membres élus. Et nous avons le sentiment que cette résolution est celle des membres élus. Nous avons leur soutien unanime à 100%. Et comme nous le disons, lorsque les 10 membres du conseil de sécurité sont d'accord, nous sommes le sixième pouvoir de veto du conseil», a-t-elle soutenu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Des pourparlers entre Israël et le Liban prévus la semaine prochaine à Washington

Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
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  • Des négociations inédites entre le Liban et Israël sont prévues à Washington, mais restent fragiles en raison des désaccords (cessez-le-feu exigé par le Liban, rejet du Hezbollah)
  • La situation demeure tendue avec la poursuite des frappes israéliennes au Liban malgré les appels internationaux à la retenue, menaçant la trêve régionale

JERUSALEM: Des pourparlers entre le Liban et Israël sont prévus la semaine prochaine à Washington, a dit un responsable américain jeudi, après des frappes meurtrières de l'armée israélienne sur le pays voisin qui font peser un risque sur la trêve précaire conclue entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer que le département d'Etat accueillera une réunion la semaine prochaine pour discuter des négociations de cessez-le-feu avec Israël et le Liban", a dit ce responsable à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

Après un appel à la retenue de Donald Trump, Benjamin Netanyahu a annoncé jeudi avoir ordonné à son cabinet d'engager des "négociations directes" avec le Liban.

Selon le Premier ministre israélien, ces négociations, inédites depuis des décennies, "porteront sur le désarmement du Hezbollah" et sur "l'établissement de relations de paix" entre les deux pays, toujours techniquement en état de guerre.

Le Liban veut cependant "un cessez-le-feu avant tout début de négociations", a déclaré à l'AFP un responsable libanais requérant l'anonymat.

De son côté le Hezbollah pro-iranien a rejeté toute négociation directe entre le Liban et Israël, appelant au "retrait israélien" du sud du pays.

- Retenue -

Benjamin Netanyahu a toutefois averti auparavant que les frappes contre le Hezbollah se poursuivraient pour rétablir la "sécurité pour les habitants du nord" d'Israël.

Dans la soirée, l'armée israélienne a annoncé ainsi avoir commencé à frapper des "sites de tir" du Hezbollah au Liban.

Après deux jours de cessez-le-feu, la communauté internationale redoute que celui-ci ne soit compromis par la poursuite de la campagne israélienne au Liban.

A Beyrouth, l'heure était encore à la recherche de victimes après les frappes menées simultanément par Israël sur plusieurs régions mercredi, qui ont fait plus de 300 morts et un millier de blessés.

Dans le quartier résidentiel d'Ain el Mreisseh, proche de la mer, des corps gisent encore sous l'amas de pierres et de métal d'où émergent, ici un bulletin de notes, là une peluche.

"Regardez, ce sont des cahiers, des cours, des livres! Où est le Hezbollah ici?" s'est insurgé Khaled Salam, sur place.

Donald Trump a confirmé jeudi à NBC News avoir plaidé la retenue auprès de Benjamin Netanyahu, après que le site d'information Axios a fait part d'échanges téléphoniques mercredi entre les deux hommes et l'émissaire américain Steve Witkoff.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a lui jugé "inacceptable" la poursuite des attaques d'Israël contre le Liban lors d'une tournée dans le Golfe.

- Obstacles -

Le Pakistan, médiateur dans le conflit, avait relevé en annonçant le cessez-le-feu que celui-ci s'appliquait "partout, y compris au Liban" -- ce que démentent Israël et Washington.

Le pays doit accueillir à partir de vendredi des négociations entre Iraniens et Américains, ces dernières étant menées par le vice-président JD Vance.

Mais avant même le début des négociations, les obstacles s'amoncellent, d'autant plus après le message sur X du ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, qui a qualifié Israël de "diabolique" et de "malédiction sur l'humanité", l'accusant de commettre un génocide au Liban.

Un message que les services du Premier ministre israélien ont qualifié de "honteux".

"Ce ne sont pas des déclarations qui peuvent être tolérées de la part de n'importe quel gouvernement, particulièrement d'un qui se revendique comme médiateur neutre pour la paix", ont-ils répondu sur X.

Auprès de NBC News, Donald Trump s'est dit "très optimiste" sur la possibilité de conclure un accord de paix, malgré l'écart entre les positions des deux pays.

- "Mauvais boulot" -

Le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique a lui exclu d'emblée toute restriction du programme d'enrichissement d'uranium de son pays, une demande fondamentale des Etats-Unis et d'Israël qui accusent l'Iran de vouloir se doter de la bombe atomique - ce que Téhéran nie.

Un pétrolier non-iranien, le premier depuis le cessez-le-feu, a franchi jeudi le détroit d'Ormuz, dont la réouverture était une condition du cessez-le-feu.

Mais le trafic via cette voie maritime essentielle au commerce mondial est encore loin d'un retour à la normale, et Donald Trump a mis en garde l'Iran jeudi contre toute volonté de mettre en place un péage.

Le président américain a fait état dans un message sur sa plateforme Truth Social "d'informations selon lesquelles l'Iran fait payer des frais aux pétroliers traversant le détroit d'Ormuz".

"Ils ont intérêt à ne pas le faire, et si c'est le cas, ils feraient mieux d'arrêter maintenant!", a-t-il ajouté, accusant l'Iran de faire "vraiment du mauvais boulot, indigne certains diraient, pour permettre au pétrole de traverser le détroit d'Ormuz".


« Le Hezbollah doit choisir entre le Liban et l’Iran », affirme Jean-Yves Le Drian

Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
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  • Les frappes massives sur Beyrouth marquent une escalade majeure malgré une trêve censée s’appliquer à toute la région
  • Jean-Yves Le Drian met en avant la coopération étroite entre la France et l’Arabie saoudite en matière de sécurité régionale, illustrée par des échanges réguliers au plus haut niveau entre le président français et le prince héritier saoudien

DUBAÏ : Au lendemain de frappes israéliennes inédite sur Beyrouth, la communauté internationale s’inquiète d’une nouvelle phase d’escalade au Proche-Orient. En dix minutes, une centaine de frappes ont visé la capitale libanaise, sans avertissement, causant des centaines de morts et de blessés.

Pour Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères, la violence de l’attaque marque un seuil critique, lors d’un entretien accordé à Arab News en français.

Il évoque « un carnage effrayant » et juge ces frappes « intolérable[s] », rappelant qu’elles interviennent alors même qu’une trêve venait d’être acceptée par les principales parties, notamment les États-Unis et l’Iran.

Au cœur de la crise, la trêve apparaît à la fois essentielle et déjà compromise. Selon l’ancien ministre, celle-ci est « claire dans ses principes, sans ambiguïté, et devait s’appliquer à l’ensemble de la région, incluant le Liban ».

Mais la poursuite des opérations militaires en vide largement la portée. En frappant Beyrouth, Israël agit, selon lui, à rebours de la dynamique diplomatique qui avait permis l’instauration de ce cessez-le-feu. Une contradiction qui rend la situation « extrêmement grave » et alimente une méfiance généralisée entre les acteurs.

Dans ce contexte, le Liban apparaît comme un théâtre secondaire d’un affrontement régional qui le dépasse. Jean-Yves Le Drian insiste sur ce point : les combats se poursuivent sur le sol libanais alors même que les protagonistes principaux ne sont pas directement liés au pays.

Cette situation met en péril des éléments fondamentaux de l’État libanais. « Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est l'intégrité et la souveraineté du Liban », souligne-t-il, décrivant un pays pris au piège d’une confrontation extérieure.

Malgré ses failles, la trêve reste, selon lui, une nécessité stratégique. Elle devait permettre de stopper une spirale jugée « inacceptable », tant pour la stabilité régionale que pour l’économie mondiale.

Mais sa fragilité est évidente. « Chacun suspecte l'autre de mensonge, de mauvaise interprétation ou de cacher son jeu », explique M. Le Drian, ajoutant que la poursuite des frappes sur le Liban empêche toute stabilisation réelle.

Dans cette crise, Jean-Yves Le Drian désigne clairement le rôle du Hezbollah, qu’il considère comme à l’origine de l’engrenage initial des frappes contre Israël, en lien avec l’Iran. Mais il dénonce simultanément la riposte israélienne, qu’il juge « complètement disproportionnée ».

Cette dynamique crée une situation paradoxale : loin d’affaiblir le Hezbollah, l’intensification des frappes pourrait renforcer son influence.

« L'aggravation des tensions aujourd'hui et l'aggravation du conflit renforcent indirectement le rôle du Hezbollah qui est en train de s'ériger en protecteur de la nation », ajoute M. Le Drian.

C’est dans ce contexte qu’il formule une mise en garde centrale : « Il faut que le Hezbollah choisisse ou c'est le Liban, ou c'est l'Iran. Il n'y a pas d'alternative. » Un choix qu’il espère voir tranché en faveur de l’État libanais, notamment par une partie de la population chiite.

Il souligne toutefois que le Liban dispose aujourd’hui d’un « gouvernement de qualité », qu’il décrit comme responsable et engagé dans le renforcement de l’État. Celui-ci a notamment affirmé que « seul l'État a le monopole des armes ».

Mais « ce gouvernement est aujourd'hui en difficulté face à l'aggravation de la crise », explique M. Le Drian, insistant sur la nécessité de le soutenir, notamment par les partenaires internationaux et les pays du Golfe.

Malgré l’intensité des combats, une voie politique demeure envisageable. Le gouvernement libanais a récemment proposé l’ouverture de discussions directes avec Israël, une initiative que Jean-Yves Le Drian qualifie d’effort « considérable ».

Il y voit une opportunité rare, estimant que cette initiative pourrait constituer un tournant si elle était saisie. Dans un contexte où la guerre ne produit pas de solution durable, il insiste sur la nécessité de redonner toute sa place à la négociation.

Les pays du Golfe apparaissent également comme des acteurs clés dans cette tentative de désescalade. Indirectement affectés par le conflit, ils ont soutenu les efforts de médiation.

« Il y a eu une offre de négociation […] avec le soutien de plusieurs pays du Golfe, en particulier avec le soutien de l'Arabie saoudite », explique M. Le Drian. 

Depuis le début de la crise, la France continue à soutenir l’Arabie saoudite dans sa défense, souligne M. le Drian. « Nous aidons les Saoudiens à assurer leur propre sécurité et le président français parle très souvent avec Son Altesse le prince héritier pour travailler dans cette direction-là », ajoute-t-il, insistant sur la continuité du dialogue franco-saoudien sur les questions de sécurité régionale. 

Pour Jean-Yves Le Drian, cette implication ouvre la voie à une redéfinition plus large de la sécurité régionale, fondée sur « une sécurité collective ».

Concernant les opérations israéliennes dans le sud du Liban, M. Le Drian met en garde : « toute intervention d'occupation de la part d'Israël sur le Liban est contraire au droit international. »

Il rappelle que les précédentes opérations de ce type ont favorisé le renforcement du Hezbollah, une dynamique qu’il estime à ne pas reproduire.

Au-delà des enjeux stratégiques, la situation humanitaire se dégrade rapidement. « L'intervention israélienne a mis sur la rue quasiment un million de déplacés qui aujourd'hui survivent », explique M. Le Drian.

Jean-Yves Le Drian alerte sur le risque d’une aggravation rapide, avec des conséquences potentiellement graves pour la cohésion interne du pays.

Face à cette crise, la France maintient son engagement. Elle soutient les forces armées libanaises, notamment par la livraison récente de véhicules blindés, et poursuit son action humanitaire.

L’objectif est clair : renforcer l’État libanais dans ses fonctions régaliennes, en particulier sa capacité à assurer le monopole de la force.

Pour Jean-Yves Le Drian, la poursuite du conflit ne peut mener qu’à une impasse. Tous les acteurs en sont conscients, estime-t-il, ce qui rend d’autant plus urgente la reprise des discussions.

Il réaffirme la nécessité d’une solution diplomatique : « La France a toujours considéré qu'il fallait régler les conflits par la voie de la négociation. »

Les paramètres d’un accord existent déjà : « C'est sur la table, il faut en discuter. »

Dans ce contexte, il élargit la réflexion aux enjeux régionaux et internationaux, en particulier la liberté de circulation maritime. « La libre circulation maritime dans le détroit d'Ormuz est essentielle », explique-t-il, avertissant que toute perturbation engendre « des difficultés considérables pour l'économie mondiale ».

Il souligne enfin que des initiatives sont déjà envisagées pour sécuriser cette zone stratégique, notamment par des dispositifs d’escorte maritime, une fois la désescalade suffisamment engagée. À cet égard, le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, ont permis de mobiliser un ensemble de pays volontaires pour accompagner la sécurisation du trafic maritime dans le Golfe.

Dans une région sous tension, le Liban apparaît ainsi à un moment décisif de son histoire — entre effondrement et sortie de crise par la diplomatie, sur fond d’équilibres régionaux et économiques encore fragiles.


Le prince héritier saoudien et le Premier ministre britannique discutent des développements régionaux

Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
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  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré le Premier ministre britannique Keir Starmer pour renforcer la coopération stratégique entre leurs deux pays
  • Les discussions ont porté sur les enjeux régionaux, avec un soutien commun à la stabilité et à un cessez-le-feu durable, notamment concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz

RIYAD : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu mercredi à Djeddah le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Au cours de la rencontre, ils ont passé en revue les relations entre leurs deux pays et examiné les moyens de renforcer davantage leur partenariat stratégique dans divers domaines.

Ils ont également abordé les derniers développements régionaux et internationaux, notamment les évolutions dans la région ainsi que leurs implications en matière de sécurité et d’économie.

Les deux parties ont affirmé leur soutien à tous les efforts visant à renforcer la sécurité et la stabilité de la région. Plusieurs questions d’intérêt commun ont également été discutées.

Keir Starmer est arrivé dans le Royaume plus tôt dans la journée, où il a été accueilli à l’aéroport de Djeddah par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, selon des photos diffusées par l’Agence de presse saoudienne.

Lors de sa visite, Starmer a salué le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, tout en soulignant qu’il restait « beaucoup de travail à faire » pour garantir sa pérennité.

« Il reste également beaucoup à faire concernant le détroit d’Ormuz, qui a un impact à l’échelle mondiale », a-t-il ajouté. 

À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, a rapporté l’Agence de presse saoudienne. Les ambassadeurs respectifs des deux pays étaient également présents.

*Avec SPA, Reuters 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com