Le foulard flotte sur le Parlement avant les élections en Turquie

Des manifestants participent à une manifestation à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes à Istanbul, le 25 novembre 2022. (AFP)
Des manifestants participent à une manifestation à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes à Istanbul, le 25 novembre 2022. (AFP)
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Publié le Jeudi 08 décembre 2022

Le foulard flotte sur le Parlement avant les élections en Turquie

  • Pour les féministes turques, qui soutiennent ardemment le mouvement de révolte des Iraniennes, le chef de l'Etat a surtout voulu s'assurer du soutien des franges les plus conservatrices de ce pays
  • Un site web intitulé «Tu ne marcheras jamais seule» s'adresse d'ailleurs aux femmes qui, forcées de porter le foulard par leur famille, l’enlèvent désormais

ISTANBUL: Le parti au pouvoir du président turc Recep Tayyip Erdogan s'apprête à déposer au Parlement un amendement à la Constitution pour graver dans le marbre le droit de porter, ou non, le foulard islamique dans la vie courante, au lycée et au bureau.

Dans cet Etat laïque, la décision, très politique à quelques mois des élections, ravive un débat que le fondateur de la République de Turquie, Mustafa Kemal, avait voulu clore au début du XXè siècle.

Preuve que le sujet est d'actualité: dans la série à succès de Netflix "Bir Baskadir", qui confronte une jeune paysanne (voilée) à deux psy, citadines et émancipées, l'une d'elles lâche en zappant devant sa télé: "C'est la nouvelle mode: dans toutes les séries maintenant, il y a une fille voilée".

L'approche des scrutins présidentiel et législatif l'an prochain a convaincu le président Recep Tayyip Erdogan de monter au créneau, brandissant même la possibilité d'un référendum sur la question.

M. Erdogan, au pouvoir depuis 2003 et son parti islamo-conservateur, l'AKP, espèrent bien se maintenir à la tête du pays.

Mais c'est son probable concurrent, le leader de l'opposition et du parti historiquement laïque, le CHP (social-démocrate) de Mustafa Kemal Atatürk, qui a le premier relancé la question en accusant le président de vouloir "garder les femmes voilées en otages".

Interdictions levées 

Kemal Kiliçdaroglu voulait ainsi rassurer les milieux conservateurs en assurant qu'une fois élu, il inscrirait dans la loi le droit de porter le foulard.

"Y a-t-il discrimination envers les voilées ou pas voilées aujourd'hui dans la fonction publique? Dans les écoles? Non!", lui a renvoyé M. Erdogan en s'emparant du débat. "Nous avons réussi ceci!".

"Découragé" au nom de la modernité à la proclamation de la République, puis progressivement banni dans l’éducation et la fonction publique, le foulard islamique a été pas à pas réintroduit depuis 2008.

L'AKP a levé d'abord l’interdiction à l'université, puis au collège, dans la fonction publique, au Parlement et même dans la police.

Des mesures reçues en Turquie comme une libération des droits des femmes et sur lesquelles elles ne veulent pas revenir, explique Berrin Sönmez, historienne, militante et ardente défenseure des droits des femmes.

"Ceux qui considèrent le foulard comme un symbole religieux contraire au principe de laïcité devraient comprendre qu'il s'agit d'une discrimination: interdit ou obligatoire, le foulard est une même violation des droits des femmes si la règle est imposée par l'Etat", martèle Mme Sönmez, elle même couverte.

Face aux objections de certaines féministes et à la grave crise économique qui secoue le pays, elle fait valoir que "l'assurance que les femmes voilées puissent exercer leurs droits (...) est un moyen de prévenir les crises économiques et d'augmenter le niveau de développement humain" en leur permettant d'étudier et de travailler.

Faute d'étude récente, elle estime que la moitié des femmes turques portent le foulard - en 2012 elles étaient 65%.

"Ne pas le comprendre m'est incompréhensible", ajoute-t-elle.  "La proposition de loi de [Kemal] Kilicdaroglu est une mesure importante pour faire obstacle à Erdogan", conclut cette intellectuelle, opposante au président sortant.

«Femme idéale»

Car pour les féministes turques, qui soutiennent ardemment le mouvement de révolte des Iraniennes, le chef de l'Etat a surtout voulu s'assurer du soutien des franges les plus conservatrices de ce pays - à majorité musulmane sunnite.

"L'interdiction laïque du foulard et (sa levée) ont toutes deux été lancées au nom de l'émancipation des femmes. En réalité, les deux ont cherché à imposer leur propre vision de la femme idéale", estime Gönül Tol, directrice fondatrice du Programme Turquie du Middle East Institute, dans un article posté sur le site.

"Lever l'interdiction du foulard est emblématique de l'agenda populiste islamiste plus large d'Erdoğan", dénonce-t-elle.

"Il n'a jamais vraiment voulu libérer (les femmes), qu'elles portent ou non le foulard. Pour lui, les femmes ne sont que des mères ou des épouses, pas des individus", insiste la chercheuse.

"La clé pour vraiment les libérer est (...) de légiférer sur le droit des femmes de choisir. Décider quand ou s'il faut être enceinte, combien d'enfants avoir, ou de porter ou non un foulard, les femmes doivent être libres de choisir par elles-mêmes", martèle-t-elle.

Un site web intitulé "Tu ne marcheras jamais seule" s'adresse d'ailleurs aux femmes qui, forcées de porter le foulard par leur famille, l’enlèvent désormais.

En face, le parti AKP a offert ces derniers mois un "soutien" appuyé à plusieurs manifestations contre les droits des personnes LGBT et pour "la défense de la famille". Dans les rangs desquelles les femmes apparaissaient toutes voilées.


Israël: la procureure générale alerte sur un «démantèlement» des institutions démocratiques

Mme Baharav-Miara, qui est également conseillère juridique du gouvernement, a pointé du doigt deux projets de loi. (AFP)
Mme Baharav-Miara, qui est également conseillère juridique du gouvernement, a pointé du doigt deux projets de loi. (AFP)
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  • "A l'approche de la fin du mandat de la Knesset actuelle, une course a commencé pour démanteler les institutions démocratiques", s'est-elle alarmée lors d'une conférence de l'Association du barreau israélien à Eilat (sud)
  • Elle a également déploré le fait que le gouvernement "appelle à ne pas respecter des décisions de justice" de la Cour suprême

JERUSALEM: La procureure générale d'Israël a mis en garde lundi contre un recul démocratique en Israël, où le Parlement examine un projet de dissolution qui pourrait mener à des élections anticipées.

Depuis que le gouvernement de Benjamin Netanyahu a été mis sur pied fin 2022, Gali Baharav-Miara conteste la légalité de certaines de ses décisions, et fait en conséquence l'objet d'une procédure de destitution intentée par l'exécutif.

"A l'approche de la fin du mandat de la Knesset actuelle, une course a commencé pour démanteler les institutions démocratiques", s'est-elle alarmée lors d'une conférence de l'Association du barreau israélien à Eilat (sud).

Mme Baharav-Miara, qui est également conseillère juridique du gouvernement, a pointé du doigt deux projets de loi.

Le premier vise à réduire les pouvoirs de la procureure générale, en créant un poste similaire mais qui serait nommé exclusivement par le ministre de la Justice.

Le second accorderait davantage de pouvoirs au ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir (extrême droite).

Si ces deux textes sont adoptés, "le système d'application de la loi dans l'Etat d'Israël changera complètement de nature", a-t-elle prévenu, d'après un communiqué de son bureau.

Elle a également déploré le fait que le gouvernement "appelle à ne pas respecter des décisions de justice" de la Cour suprême.

La procureure générale faisait référence notamment à l'inaction du gouvernement après une décision de la Cour suprême de 2024, obligeant l'Etat à imposer des sanctions aux juifs ultra-orthodoxes qui s'opposent à la conscription.

"Le chef d'état-major réclame des soldats et il n'est plus possible de l'ignorer", a déclaré la procureure générale. "L'Etat ne peut pas ignorer la loi qui impose la conscription pour tous, ni le tort causé au principe d'égalité".

Israël mène depuis mars de vastes opérations militaires au Liban contre le Hezbollah pro-iranien, et depuis plus de deux ans dans la bande de Gaza, où il combat le Hamas palestinien.


«Pas de calme à Beyrouth» tant que durent les attaques du Hezbollah, avertit Israël

L'armée israélienne a reçu l'ordre de frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement Hezbollah. (AFP)
L'armée israélienne a reçu l'ordre de frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement Hezbollah. (AFP)
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  • "La banlieue sud de Beyrouth n'est pas différente des localités du nord d'Israël: s'il n'y a pas de calme dans le nord, il n'y aura pas de calme à Beyrouth", a assuré M. Katz dans une vidéo diffusée par son bureau
  • "Nous ne permettrons pas une situation dans laquelle nos localités et nos citoyens sont attaqués tandis que le calme est maintenu à Beyrouth", a-t-il ajouté

JERUSALEM: Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a affirmé lundi qu'il n'y aurait "pas de calme" à Beyrouth sans l'arrêt des attaques du Hezbollah pro-iranien, disant en outre vouloir établir une zone sous contrôle militaire dans une vaste partie du sud du Liban.

"La banlieue sud de Beyrouth n'est pas différente des localités du nord d'Israël: s'il n'y a pas de calme dans le nord, il n'y aura pas de calme à Beyrouth", a assuré M. Katz dans une vidéo diffusée par son bureau.

"Nous ne permettrons pas une situation dans laquelle nos localités et nos citoyens sont attaqués tandis que le calme est maintenu à Beyrouth", a-t-il ajouté.

Ces propos surviennent après que l'armée israélienne a reçu l'ordre de frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement Hezbollah.

L'armée a aussi intensifié ses opérations terrestres dans le sud.

M. Katz a indiqué qu'elle opérait "afin d'éloigner les menaces (...) et de faire de la zone du fleuve Litani une zone placée sous contrôle sécuritaire de Tsahal (l'armée, NDLR), débarrassée des armes et des terroristes".

Le fleuve Litani est situé à une trentaine de km de la frontière avec Israël.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait annoncé vendredi que l'armée l'avait traversé, après avoir déclaré qu'une grande partie du sud du Liban était désormais considérée une "zone de combat", en dépit d'un cessez-le-feu en vigueur le 17 avril.


Un soldat israélien tué dans le sud du Liban 

Au total, 26 Israéliens ont été tués, dont 25 soldats et un contractuel civil, depuis la reprise des hostilités entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, quand le mouvement chiite avait rouvert un front en soutien à l'Iran après l'offensive israélo-américaine le visant. (AFP)
Au total, 26 Israéliens ont été tués, dont 25 soldats et un contractuel civil, depuis la reprise des hostilités entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, quand le mouvement chiite avait rouvert un front en soutien à l'Iran après l'offensive israélo-américaine le visant. (AFP)
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  • Le sergent-chef Adam Tzarfati, 20 ans, "est tombé au combat dans le sud du Liban", a indiqué l'armée dans un bref communiqué
  • Une source militaire a précisé à l'AFP qu'il avait été tué par un drone du Hezbollah

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé lundi que l'un de ses soldats avait été tué lors de combats dans le sud du Liban, portant à 26 le nombre de morts dans ses rangs depuis début mars.

Le sergent-chef Adam Tzarfati, 20 ans, "est tombé au combat dans le sud du Liban", a indiqué l'armée dans un bref communiqué.

Une source militaire a précisé à l'AFP qu'il avait été tué par un drone du Hezbollah. Dimanche, l'armée avait annoncé la mort d'un autre soldat au Liban, également tué par un drone explosif du mouvement pro-iranien, selon elle.

Au total, 26 Israéliens ont été tués, dont 25 soldats et un contractuel civil, depuis la reprise des hostilités entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, quand le mouvement chiite avait rouvert un front en soutien à l'Iran après l'offensive israélo-américaine le visant.