Washington et Berlin vont livrer des chars lourds à l'Ukraine

Des militaires ukrainiens sur un char T-80 non loin de Lyman, dans la région de Donetsk, le 24 janvier 2023, au milieu de l'invasion russe de l'Ukraine (Photo, AFP).
Des militaires ukrainiens sur un char T-80 non loin de Lyman, dans la région de Donetsk, le 24 janvier 2023, au milieu de l'invasion russe de l'Ukraine (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 26 janvier 2023

Washington et Berlin vont livrer des chars lourds à l'Ukraine

  • Washington a annoncé l'envoi de 31 Abrams tandis que le chancelier allemand Olaf Scholz a promis des Leopard 2
  • « Il ne s'agit pas d'une menace offensive contre la Russie», a tenu à assurer le président Joe Biden

WASHINGTON: Après des semaines d'hésitations, les Etats-Unis et l'Allemagne ont annoncé mercredi la livraison de chars lourds à l'Ukraine, traduisant un soutien occidental encore accru à Kiev dans la perspective d'une possible contre-offensive à l'invasion russe.

Washington a annoncé l'envoi de 31 Abrams tandis que le chancelier allemand Olaf Scholz a promis des Leopard 2, des blindés que réclamait Kiev depuis longtemps pour faire face au rouleau compresseur russe.

"Il ne s'agit pas d'une menace offensive contre la Russie", a tenu à assurer le président américain Joe Biden, qui s'est entretenu de l'aide à apporter aux Ukrainiens avec son homologue français Emmanuel Macron, Olaf Scholz, la Première ministre italienne Meloni et le chef du gouvernement britannique Rishi Sunak.

Berlin doit fournir à Kiev 14 Leopard 2 de type 2A6 issus des stocks de son armée, la Bundeswehr, et a décidé d'autoriser ses alliés occidentaux disposant de ces blindés de fabrication allemande à faire de même.

"Nous faisons ce qui est nécessaire et possible pour soutenir l'Ukraine, mais nous empêchons en même temps une escalade de la guerre, vers une guerre entre la Russie et l'Otan", a souligné M. Scholz devant le Bundestag, la chambre basse du parlement allemand.

Colère russe

"C'est une décision extrêmement dangereuse qui va amener le conflit vers un nouveau niveau de confrontation", a réagi l'ambassadeur de Russie à Berlin, Sergueï Netchaev.

"Cela nous persuade une fois encore que l'Allemagne, à l'instar de ses alliés les plus proches, ne veut pas d'une solution diplomatique à la crise ukrainienne et qu'elle veut une escalade permanente", a-t-il dit.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lui salué la décision des Occidentaux, mettant la barre encore plus haut en leur réclamant des missiles de longue portée et des avions de combat.

Dans l'immédiat, "la clé est maintenant la vitesse et le volume" des livraisons des chars, a souligné le président ukrainien. La livraison de ces blindés est "une étape importante pour la victoire finale", a ajouté Volodymyr Zelensky. "Aujourd'hui, le monde libre est uni comme jamais auparavant avec un objectif commun: la libération de l'Ukraine", a-t-il insisté.

Sur le terrain, la Russie, "en supériorité numérique", "intensifie" ses combats dans la région de Donetsk dans l'Est de l'Ukraine, a affirmé la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Maliar. "Les combats s'intensifient", a-t-elle indiqué sur le réseau social Telegram, citant la zone autour de Bakhmout, que les troupes de Moscou tentent de conquérir depuis plusieurs mois, mais aussi celle autour de Vougledar, une localité au sud-ouest de Donetsk.

Selon le ministère colombien des Affaires étrangères, deux Colombiens enrôlés dans l'armée ukrainienne ont trouvé la mort dans des combats contre l'armée russe.

Selon des experts, la crainte d'une escalade militaire avec Moscou était pour beaucoup dans les hésitations du camp occidental à fournir des chars lourds à Kiev.

 

Varsovie fête sa victoire diplomatique après le «oui» de Berlin sur les Leopard

La Pologne a salué mercredi la décision de l'Allemagne d'envoyer des chars de combat Leopard en Ukraine, une victoire diplomatique pour elle après des semaines de querelles avec Berlin.

"Nos démarches diplomatiques et nos discussions bilatérales ont donné le résultat escompté", a déclaré Wojciech Skurkiewicz, vice-ministre polonais de la défense, à la presse après l'annonce de Berlin.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a salué cette décision comme "un grand pas vers l'objectif d'arrêter la Russie", tandis que le conseiller présidentiel Marcin Przydacz a qualifié les efforts de son pays de "diplomatie efficace".

La position particulièrement ferme de la Pologne a été saluée par l'Ukraine, qui réclamait les chars d'assaut, considérés comme essentiels sur le champs de bataille.

"Je remercie la Pologne pour son leadership et sa détermination concernant les chars Leopard 2 pour l'Ukraine et la mise en place d'une coalition internationale", a déclaré sur Twitter l'ambassadeur d'Ukraine en Pologne, Vasyl Zvarych.

La Pologne avait critiqué avec véhémence la réticence initiale de l'Allemagne à approuver l'envoi des fameux chars et avait envisagé de forcer la main de Berlin sur la question en déclarant qu'elle enverrait les chars quoi qu'il arrive.

La voix de Varsovie avait été amplifiée par les trois pays baltes ex-soviétiques, qui avaient ensemble appelé l'Allemagne à envoyer les Leopards le plus rapidement possible.

"L'offensive diplomatique conjointe de la Pologne et d'autres pays alliés a fait changer d'avis l'Allemagne", a déclaré à la presse le porte-parole du gouvernement polonais, Piotr Muller.

Le ministre lituanien de la Défense, Arvydas Anusauskas, a souligné mercredi le rôle qu'a joué l'unité de l'OTAN, "une chose à laquelle l'Allemagne ne peut se soustraire".

Multiples Leopard 2

Le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius a estimé que les premiers chars en provenance d'Allemagne pourraient être en Ukraine dans les trois mois.

La Norvège a aussi promis à l'Ukraine des Léopard 2. Selon plusieurs médias, la coalition de pays prêts à fournir de tels blindés comprend aussi le Danemark et les Pays-Bas, en plus de la Pologne et de la Finlande. L'Espagne a confirmé être "disposée" à livrer aussi des chars.

Les Leopard vont "renforcer la capacité défensive" de l'Ukraine, a estimé le Royaume-Uni qui s'est engagé à livrer 14 chars lourds Challenger 2. Paris et Varsovie ont salué l'envoi de chars lourds à l'Ukraine.

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France et l'Italie sont dans un "soutien indéfectible à l’Ukraine" qui sera maintenu "aussi longtemps que nécessaire pour que l’Ukraine l’emporte", a assuré dans un communiqué la présidence française.

Pour le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, "à un moment critique de la guerre livrée par la Russie", les chars lourds envoyés à Kiev "peuvent aider l'Ukraine à se défendre, à vaincre et à l'emporter en tant que nation indépendante".

Auparavant, l'armée ukrainienne avait admis avoir cédé Soledar, une cité voisine de Bakhmout, deux semaines après l'annonce de sa prise par Moscou.

Dans un autre registre, l'Ukraine a parlé de "victoire diplomatique" après que le centre historique d'Odessa, ville portuaire ukrainienne des bords de la Mer Noire, a été inscrit mercredi sur la liste du patrimoine mondial en péril de l'Unesco en raison des "menaces de destruction" planant sur ce site depuis le début de l'invasion russe.

C'est une décision "politique" prise "à la va-vite", a critiqué de son côté le ministère russe des Affaires étrangères.

En liaison avec le conflit en Ukraine, décision a par ailleurs été prise de ne pas inviter de représentants de la Russie aux célébrations du 78e anniversaire de la libération, par l'Armée Rouge, du camp de la mort nazi d'Auschwitz-Birkenau, a annoncé le musée du site.

 

La France «se félicite» du feu vert allemand

La France "se félicite" du feu vert allemand à l'envoi en Ukraine de chars Leopard, estimant qu'il "prolonge et amplifie" le soutien en armement "engagé" par Paris, a déclaré mercredi l'Elysée.

Le gouvernement français n'a de son côté pas encore pris de décision au sujet de l'envoi de ses propres chars lourds Leclerc, une hypothèse que le président Emmanuel Macron n'exclut pas.

"La France se félicite de la décision allemande qui prolonge et amplifie le soutien que nous avions engagé avec la livraison des AMX10-RC", a réagi l'Elysée.

Paris avait annoncé le 4 janvier l'envoi de ces "chars de combat légers", suivie dans la foulée par une décision similaire de l'Allemagne et des Etats-Unis.

Au sujet des chars Leclerc - un type de matériel comparable au Leopard allemand -, le président Macron a assuré dimanche que "rien" n'était "exclu", mais a émis trois critères: "que ce ne soit pas escalatoire", "que ça puisse apporter un soutien réel et efficace" aux Ukrainiens en tenant compte des délais de formation, et que ça n'affaiblisse pas les capacités de défense françaises.

Selon des responsables français, si les réflexions en cours ont permis d'établir sur le premier point que l'envoi de ce type de chars ne serait pas "escalatoire", les discussions sont toujours en cours sur les deux autres critères. Ces responsables semblent à ce stade réservés sur l'utilité d'envoyer des Leclerc, dont les temps de formation sont longs et qui existent en Europe en nombre beaucoup plus réduit que les Leopard.

Aucune décision sur ce sujet n'est en tout cas attendue à très court terme, prévient-on à Paris.

La France doit par ailleurs accélérer les discussions avec l'Italie pour livrer à l'Ukraine un système de défense sol-air de moyenne portée MAMBA: le ministre français des Armées Sébastien Lecornu ce rend vendredi à Rome pour avancer sur ce dossier.

Elle étudie aussi la fourniture de batteries de missiles Crotale supplémentaires.


Tirs contre un hélicoptère de l'ONU en RDC: un mort et un blessé grave

L'origine des tirs n'est pas encore connue et leur localisation précise reste à déterminer (Photo, AFP).
L'origine des tirs n'est pas encore connue et leur localisation précise reste à déterminer (Photo, AFP).
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  • Le 29 mars 2022, huit Casques bleus (six Pakistanais, un Russe, un Serbe) avaient été tués dans le crash de leur hélicoptère
  • L'armée sud-africaine a confirmé cette information dans la soirée

KINSHASA: Un Casque bleu sud-africain a été tué et un autre grièvement blessé dimanche lors de tirs contre leur hélicoptère dans l'est de la République démocratique du Congo, a déclaré à l'AFP un porte-parole de l'ONU.

L'appareil a essuyé des tirs aux alentours de 15H00 (12H00 GMT) au cours d'un vol à destination de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, où il a finalement réussi à atterrir.

L'armée sud-africaine a confirmé cette information dans la soirée, précisant dans un communiqué que l'hélicoptère Onyx avait essuyé des tirs, qu'un "membre de l'équipage a été tué, un autre blessé, mais il est parvenu à continuer à diriger l'appareil et à le faire atterrir".

La défense sud-africaine, après avoir informé "les familles des soldats impliqués dans ce malheureux incident", communiquera d'autres détails "en temps voulu".

Selon Amadou Ba, un des porte-parole de la mission des Nations unies en RDC (Monusco), l'origine des tirs n'est pas encore connue et leur localisation précise reste à déterminer.

Dans un communiqué publié dimanche soir, Bintou Keita, la cheffe de la Monusco, "condamne fermement cette attaque lâche contre un aéronef porteur de l'emblème des Nations unies" et rappelle que "les attaques contre les Casques bleus peuvent constituer un crime de guerre".

Le 29 mars 2022, huit Casques bleus (six Pakistanais, un Russe, un Serbe) avaient été tués dans le crash de leur hélicoptère au-dessus d'une zone de combats entre l'armée congolaise et les rebelles du M23.

Depuis novembre 2021, la rébellion majoritairement tutsi du M23 s'est emparée de territoires au nord de Goma. La RDC accuse le Rwanda de la soutenir, ce qui est corroboré par des experts de l'ONU et les pays occidentaux, mais Kigali s'en défend.

Ces tirs sur un hélicoptère de l'ONU surviennent au lendemain d'une rencontre au Burundi entre plusieurs chefs d'États d'Afrique de l'Est, y compris les présidents congolais et rwandais entre lesquels les relations sont exécrables ces derniers mois.

Ce sommet s'est conclu par un appel au "cessez-le-feu immédiat de toutes les parties" et un retrait de tous les groupes armés, "y compris les étrangers" dans l'est de la RDC.


L'incident du ballon chinois alimente la bataille politique aux Etats-Unis

Le président américain Joe Biden (Photo, AFP).
Le président américain Joe Biden (Photo, AFP).
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  • L'armée américaine l’a abattu samedi, au large des côtes de Caroline du Sud
  • Des opérations de récupération ont été lancées dès samedi, le panache de débris s'étendant sur environ 11 kilomètres

WASHINGTON: Le ballon chinois abattu par l'armée américaine après avoir survolé les États-Unis durant plusieurs jours alimentait dimanche la bataille politique aux États-Unis, les républicains accusant le président Joe Biden de ne pas avoir eu une réponse plus rapide et plus ferme.

"Comme toujours, quand il s'agit de sécurité nationale et de politique étrangère, l'administration Biden a répondu d'abord de façon trop indécise, puis trop tard", a taclé le chef des républicains au Sénat Mitch McConnell.

"Nous n'aurions pas dû laisser la République populaire de Chine tourner notre espace aérien en ridicule", a-t-il fustigé dans un communiqué, qualifiant l'affaire d'"occasion manquée" de défendre la "souveraineté" américaine.

L'armée américaine a abattu samedi, au large des côtes de Caroline du Sud, dans le sud-est du pays, ce ballon chinois considéré par le Pentagone comme un ballon espion, destiné à récolter des informations sensibles.

L'incident a provoqué une crise diplomatique entre Pékin et Washington avec l'annulation de dernière minute d'une visite en Chine du chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken.

Pékin, qui soutient de son côté qu'il s'agissait d'un aéronef civil, a accusé les États-Unis d'avoir "surréagi" en employant la force, et a dit se "réserver le droit" de répliquer.

Récupération en mer 

M. Biden a indiqué avoir donné l'ordre mercredi d'abattre "dès que possible" le ballon, mais que le Pentagone souhaitait attendre qu'il survole la mer pour le faire, afin d'éviter tout dégât au sol lors de la retombée de débris.

"Abattre le ballon au-dessus de l'eau n'était pas seulement l'option la plus sûre, mais aussi celle permettant de maximiser les informations récoltées" en récupérant les restes de l'engin, a déclaré dimanche le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer. Cela permettra d'"analyser la technologie utilisée par l'armée chinoise".

Des opérations de récupération ont été lancées dès samedi, le panache de débris s'étendant sur environ 11 kilomètres.

M. Schumer a assuré que le gouvernement Biden envisageait "d'autres actions contre la Chine", et annoncé une réunion d'information à huis clos sur l'affaire, pour tous les sénateurs, le 15 février.

Il a qualifié les attaques des républicains de "prématurées" et "motivées politiquement" à deux jours du grand discours de Joe Biden sur l'état de l'Union, prononcé devant le Congrès.

Mais les républicains n'ont pas retenu leurs coups.

"Que le président l'abatte au-dessus de l'Atlantique, c'est un peu comme tacler le quarterback après que le match soit fini", a déploré dimanche matin sur NBC l'élu républicain Mike Turner, président de la commission sur le renseignement de la Chambre des représentants. Le ballon "n'aurait jamais dû pouvoir entrer aux États-Unis, et terminer sa mission", a-t-il ajouté.

"Pourquoi cela a-t-il pris aussi longtemps pour le révéler aux Américains?", a lui demandé sur CNN le sénateur républicain Marco Rubio, vice-président de la commission du Sénat américain sur le renseignement. Le gouvernement "ne voulait pas être forcé d'annuler la visite d'(Antony) Blinken, donc ils ne voulaient pas en parler", a-t-il accusé.

Selon lui, le ballon était utilisé par la Chine pour démontrer qu'elle avait "la capacité de faire cela", sans que les États-Unis ne puissent "rien faire contre".

Long périple

L'ancien chef d'État major américain Mike Mullen, interrogé sur ABC sur l'éventualité que des éléments au sein de l'armée chinoise aient pu ainsi vouloir faire dérailler la visite de M. Blinken, a estimé: "Clairement, je pense que c'est le cas".

Il a rejeté la version chinoise selon laquelle le ballon aurait dévié de sa trajectoire sous l'effet des vents. "Ce n'était pas un accident, c'était délibéré", a-t-il soutenu.

Le ballon était entré une première fois dans l'espace aérien américain le 28 janvier, au nord des îles Aléoutiennes (Alaska). Il avait ensuite pénétré l'espace aérien canadien le 30 janvier, puis était repassé côté américain, au niveau de l'Idaho, dans le nord-ouest des États-Unis, le 31 janvier, soit mardi.

Le grand public n'a lui appris son existence que jeudi, lorsqu'il était au-dessus du Montana. Il avait ensuite continué son périple vers l'est jusqu'à atteindre la côte atlantique.

"Cela défie l'entendement de suggérer qu'il n'y avait nulle part entre les îles Aléoutiennes de l'Alaska et la côte de Caroline où ce ballon aurait pu être abattu d'emblée sans mettre en danger des Américains ou des Canadiens", a déclaré Mitch McConnell.

La Colombie a, elle, annoncé ce week-end qu'un ballon avait survolé son territoire, avant de quitter son espace aérien. Elle a dit procéder à "des vérifications (...) pour établir l'origine de l'objet".

Vendredi, le Pentagone avait déclaré qu'un deuxième ballon chinois avait été repéré survolant l'Amérique latine.


Ukraine: Nouveau ministre de la Défense, la pression des troupes russes s'accroît

«L'ennemi se prépare à avancer. Nous nous préparons à nous» (Photo, Reuters).
«L'ennemi se prépare à avancer. Nous nous préparons à nous» (Photo, Reuters).
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  • Âgé de 37 ans, Kyrylo Boudanov va diriger le ministère de la Défense
  • Oleksiï Reznikov, 56 ans, sera nommé ministre des Industries stratégiques

KIEV: Le chef du renseignement militaire Kyrylo Boudanov va devenir le nouveau ministre de la Défense de l'Ukraine, qui s'attend à une vaste offensive des troupes russes dont la pression augmente actuellement dans l'est.

La nomination de M. Boudanov, 37 ans, est "parfaitement logique en temps de guerre", "la guerre dicte les mouvements de personnel", a expliqué le député David Arakhamia qui a annoncé dimanche soir le remplacement au portefeuille de la Défense d'Oleksiï Reznikov, 56 ans.

Ce dernier venait de promettre quelques heures plus tôt au cours d'une conférence de presse des "audits" au sein de son ministère à la suite d'un scandale de corruption lié à l'approvisionnement de l'armée, en pleine invasion russe.

Il avait reconnu à cette occasion que les services de lutte contre la corruption de son ministère avaient "failli dans leur tâche" et qu'ils devaient être "entièrement restructurés".

Son départ survient à un moment où "la situation très difficile dans la région (orientale) de Donetsk, (où) il y a des batailles féroces", a souligné dans la soirée le président Volodymyr Zelensky.

"De nombreux rapports indiquent d'ores et déjà que les occupants veulent faire quelque chose de symbolique en février. Pour essayer de venger leurs défaites de l'année dernière. Nous constatons cette pression accrue dans différentes zones de la ligne de front", a-t-il ajouté.

Des avions !

"Aujourd'hui, en ce qui concerne l'obtention d'armes, (...) nous avons tout reçu et maintenant nous devons obtenir les avions" pour "protéger notre espace aérien", avait peu auparavant martelé à Kiev le ministre ukrainien de la Défense sortant.

Cela pourrait-être des F-16 américains ou "d'autres" appareils, avait poursuivi Oleksiï Reznikov, avant de lancer : "nous aurons aussi les avions".

Il avait néanmoins déploré les "réticences" à livrer de tels aéronefs à son pays, ce qui va "coûter plus de vies" aux Ukrainiens.

Le ministre avait dans le même temps promis que les armes de longue portée devant être prochainement fournies à l'Ukraine ne serviraient pas à viser le territoire russe, mais seulement les zones occupées, certaines capitales occidentales s'inquiétant d'un risque d'escalade du conflit qui a commencé il y a presque un an.

Combats acharnés à Bakhmout

Interrogé sur un éventuel retrait de Bakhmout, dont les soldats russes, épaulés par les mercenaires du groupe Wagner, tentent depuis l'été de s'emparer, M. Reznikov a assuré dimanche que c'était toujours "une forteresse, un symbole".

Les Russes ont obtenu de petits gains territoriaux ces dernières semaines dans la région avec l'espoir de faire sauter le verrou ukrainien sur cette cité en grande partie détruite et où les deux belligérants subissent de lourdes pertes.

Ils ont notamment pris la bourgade de Soledar et plus récemment le village de Blagodatné.

"Des combats acharnés ont lieu dans les quartiers nord (de Bakhmout) pour chaque rue, chaque maison, chaque cage d'escalier", a raconté dimanche le patron du groupe paramilitaire russe Wagner, Evguéni Prigojine, dont les hommes sont en première ligne sur place.

"Les forces armées ukrainiennes ne battent pas en retraite. Elles luttent jusqu'au dernier homme", a-t-il reconnu.

Dans le sous-sol d'une église 

Des journalistes de l'AFP ont assisté dimanche à Bakhmout à une liturgie organisée dans le sous-sol de l'église au bulbe doré de la Toussaint en présence d'une vingtaine de personnes, dont deux soldats ukrainiens.

Trois femmes ont chanté des hymnes avec en toile de fond sonore les échanges de tirs. La pièce n'était éclairée que par une vingtaine de bougies et une lampe portative utilisée par les deux prêtres pour lire la Bible.

"Aujourd'hui, j'ai prié pour que tout aille mieux pour moi après ma mort", a expliqué à l'extérieur de cette église Serafim Tchernychov, 20 ans.

"La nuit dernière, un missile s'est abattu sur mon jardin et une balle est entrée à l'intérieur de ma maison, elle aurait pu me toucher. Donc, nous devons comprendre que la vie est courte, je peux mourir maintenant ou dans 30 ans", a-t-il encore dit. "Si je suis tué, ce sera la volonté de Dieu", a-t-il ajouté, résigné.

Lioubov Avramenko, 84 ans, a de son côté confié avoir prié "pour la paix". "Nous sommes assis dans un sous-sol sans eau, ni gaz, ni électricité", a-t-elle témoigné.

Samedi soir, le président Zelensky avait reconnu que la situation se "compliquait" sur le front, en particulier à Bakhmout qu'il avait plus tôt juré de défendre "aussi longtemps que possible".

Dans cette région, ces dernières 24 heures, plusieurs missiles ont touché Droujkivka, où quatre personnes ont été blessées, a fait savoir en fin d'après-midi l'état-major des forces ukrainiennes.

Frappes du nord au sud 

Cinq autres civils ont reçu des blessures dimanche dans deux frappes russes sur le centre de Kharkiv, la deuxième agglomération ukrainienne, dans le nord-est, a signalé le chef de l'administration militaire régionale, Oleg Sinegoubov. Un bâtiment de quatre étages a été "totalement détruit", a précisé l'armée.

Dans le sud, la cité de Kherson, reconquise en novembre par les Ukrainiens, a été visée à trois reprises le même jour par l'artillerie russe, ont annoncé les autorités locales qui ont fait état d'un blessé.

Et "des centaines de milliers" d'habitants de la région méridionale d'Odessa" sont toujours privés de courant à la suite d'un incident technique survenu la veille dans une centrale électrique, qui a constamment été victime de bombardements russes ces derniers temps, a regretté dans la soirée Volodymyr Zelensky.