Au comité national du parti républicain, Ron DeSantis défie Donald Trump à distance

Un badge "Roll with Ronna for RNC Chair" (campagne pour la présidente actuelle du parti républicain Ronna McDaniel) est vu lors de la réunion d'hiver du Comité national républicain 2023 à Dana Point, en Californie, le 27 janvier 2023. (Photo de Patrick T. Fallon / AFP)
Un badge "Roll with Ronna for RNC Chair" (campagne pour la présidente actuelle du parti républicain Ronna McDaniel) est vu lors de la réunion d'hiver du Comité national républicain 2023 à Dana Point, en Californie, le 27 janvier 2023. (Photo de Patrick T. Fallon / AFP)
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Publié le Samedi 28 janvier 2023

Au comité national du parti républicain, Ron DeSantis défie Donald Trump à distance

  • Les conservateurs sont à couteaux tirés depuis les élections de mi-mandat décevantes en novembre
  • Dans ce contexte électrique, la présidente actuelle du parti, Ronna McDaniel, a dû surmonter pour la première fois deux candidatures concurrentes pour se faire réélire à son poste. Le gouverneur de Floride Ron DeSantis s'est prononcé en sa faveur

DANA POINT, Etats-Unis : Profondément divisé, le parti républicain a reconduit sa présidente vendredi en Californie lors d'une réunion où le gouverneur de Floride Ron DeSantis a avancé ses pions pour concurrencer la candidature de Donald Trump à la Maison Blanche en 2024.

L'hôtel luxueux de la station balnéaire de Dana Point, où sont réunis les 168 membres du comité national du parti depuis mercredi, était le nouveau théâtre de la crise existentielle traversée par le «Grand Old Party».

Les conservateurs sont à couteaux tirés depuis les élections de mi-mandat décevantes en novembre, où la «vague rouge» tant annoncée n'a pas eu lieu et où les républicains ont échoué à regagner le Sénat: la mainmise de M. Trump, candidat déjà déclaré pour la prochaine présidentielle et lesté par les ennuis judiciaires, est largement remise en cause et le parti se déchire.

Début janvier, les électrons libres trumpistes ont ainsi créé une pagaille inédite en plus de 160 ans au Congrès, transformant l'élection de Kevin McCarthy comme «speaker» à la Chambre des représentants en chemin de croix.

Dans ce contexte électrique, la présidente actuelle du parti, Ronna McDaniel, a dû surmonter pour la première fois deux candidatures concurrentes pour se faire réélire à son poste, qu'elle occupe depuis 2016.

Reconduite avec 111 votes, elle a surpassé Mike Lindell, un riche patron complotiste fabricant d'oreillers ultra-minoritaire avec 4 voix ; et surtout Harmeet Dhillon, une avocate qui a récolté 51 voix et était soutenue par de nombreux frondeurs républicains anti-establishment, souvent les mêmes qui ont perturbé l'élection de M. McCarthy au Congrès.

«Avec nous tous unis, les démocrates vont nous entendre en 2024», s'est réjouie la patronne du parti, immédiatement félicitée sur les réseaux sociaux par Donald Trump, qui la soutenait en coulisses.

Avant le vote, Ronna McDaniel avait mis en garde vendredi contre les querelles internes, en citant un verset de la Bible à la tribune. «Tout royaume divisé contre soi-même est promis à la désolation, et tout ville ou maison divisée contre elle-même ne tiendra pas», avait-elle averti.

- «Bataille par procuration» -

Car sa réélection n'a pas été une promenade de santé. Depuis plusieurs semaines, Mme Dhillon faisait campagne pour déloger Ronna McDaniel sur le mécontentement de la base après la défaite présidentielle de 2020 et la contre-performance des élections de mi-mandat en novembre dernier.

«Il y a beaucoup de changements qui ont besoin d'être réalisés pour que nous soyons en mesure de gagner en 2024», a-t-elle déclaré mercredi au Los Angeles Times, en justifiant sa candidature à ce poste clé pour organiser la future primaire qui déterminera le candidat conservateur à la présidentielle. «Je suis fatiguée que les républicains perdent les élections.»

Avec ce discours, l'avocate, dont le cabinet a assuré la défense de M. Trump face à la commission parlementaire sur l'attaque du 6 janvier 2021 à Washington, jouait sur les deux tableaux.

Elle s'adressait à la fois aux conservateurs lassés par l'ex-président, perçu par certains comme «une machine à perdre», et résonne aussi chez les trumpistes les plus extrêmes qui rêvent de renverser la table et de refaire le parti à leur main.

Jeudi, à la veille du vote, elle s'est trouvée un allié de poids: le gouverneur de Floride Ron DeSantis s'est prononcé en sa faveur.

«Je crois que nous avons besoin d'un changement. Je pense que nous avons besoin de sang neuf au sein du comité national républicain», a confié au média Florida's Voice le conservateur, triomphalement réélu en novembre et perçu comme le rival potentiel le plus dangereux pour M. Trump dans la course à la Maison Blanche.

Une déclaration qui montre les divisions tenaces au sein du parti conservateur. La tambouille interne pour choisir la présidente du parti s'est transformée en «une bataille par procuration entre DeSantis et Trump», observe la politologue Wendy Schiller.

En soutenant l'outsider prisée par les membres les plus extrêmes du parti, le gouverneur de Floride voulait «doubler Donald Trump par la droite», explique-t-elle à l'AFP.

«DeSantis tente de se projeter en futur leader du parti», insiste-t-elle. «Il n'y a aucune raison de vouloir peser sur cette élection, à moins que vous n'ayez l'intention de vous présenter à la présidentielle.»

Les républicains étalent leurs divisions pour reconduire la cheffe de leur parti

Le parti républicain a reconduit sa présidente Ronna McDaniel vendredi en Californie, lors d'une réunion qui a une fois de plus souligné les profondes divisions qui minent le camp conservateur avant l'élection présidentielle de 2024.

Aux commandes depuis 2016, cette proche de Donald Trump a été réélue pour un quatrième mandat avec 111 votes sur 167 exprimés, lors du comité national du parti à Dana Point en Californie.

Avec une victoire dès le premier tour, elle s'est épargnée l'humiliation vécue par Kevin McCarthy début janvier, forcé d'accorder d'importantes concessions à la frange la plus dure du parti pour accéder au poste de «speaker» au Congrès, après 14 votes successifs.

Mais ce scrutin n'en a pas moins révélé les fractures du «Grand Old Party» (GOP), échaudé par sa contre-performance lors des élections de mi-mandat en novembre, où il n'a gagné qu'une fragile majorité à la Chambre des représentants et a échoué à reconquérir le Sénat.

Lesté par les ennuis judiciaires, Donald Trump a déjà déclaré sa candidature pour reconquérir la Maison Blanche en 2024, mais sa mainmise sur le parti est de plus en plus contestée. Les candidats qu'il a soutenus en novembre ont pour la plupart échoué à se faire élire, transformant l'ex-président et son goût immodéré pour la provocation en «machine à perdre» aux yeux de beaucoup.

Sa protégée Ronna McDaniel avait jusqu'ici toujours été réélue sans aucune opposition. Mais cette fois-ci, elle a dû se défaire d'Harmeet Dhillon, une avocate qui a récolté 51 voix en capitalisant sur l'amertume de nombreux républicains afin de forger une alliance inattendue.

Ses appels au changement ont à la fois séduit les trumpistes les plus extrêmes et ceux qui cherchent une alternative à M. Trump. A la veille du vote à bulletin secret, le gouverneur de Floride Ron DeSantis, dont les ambitions présidentielles ne font guère de doute, s'est ainsi prononcé en sa faveur.

«Je crois que nous avons besoin d'un changement. Je pense que nous avons besoin de sang neuf au sein du comité national républicain», a confié au média Florida's Voice ce conservateur pur jus, triomphalement réélu en novembre.

- Union de façade -

Loin de la pagaille étalée aux yeux de tous au Congrès début janvier, Ronna McDaniel a tenté de resouder son parti après sa victoire. Elle a fait monter sur scène Mme Dhillon et son autre rival, l'entrepreneur complotiste Mike Lindell, qui a récolté 4 voix.

«Avec nous tous unis, les démocrates vont nous entendre en 2024», s'est-elle réjouie, immédiatement félicitée par Donald Trump sur les réseaux sociaux.

Avant le vote, elle avait mis en garde contre les divisions de son camp. «Rien de ce que nous faisons n'est plus important que de s'assurer que Joe Biden n'ait qu'un seul mandat comme président», avait-elle insisté. «Mais pour cela, nous avons besoin d'être unis».

Un vœu qui risque fort de s'avérer pieux. Dans les couloirs du luxueux hôtel où se déroulait le comité, Mme Dhillon a insisté sur le soutien populaire dont elle bénéficiait et a accusé l'organe d'aveuglement.

«Personne ne va s'unir derrière un parti qui ignore sa base», a-t-elle fustigé devant la presse, en accusant l'establishment du GOP et les conseillers de M. Trump d'avoir faussé l'élection en mettant toutes les ressources du parti au service de Mme McDaniel. «Je pense que le parti va devoir gérer les retombées de cette déconnexion avec la base.»

Les membres du comité «n'ont pas écouté ce que le peuple voulait», a abondé M. Lindell, l'autre perdant, auprès de l'AFP.

Plus qu'un soutien à M. Trump, la réélection de Mme McDaniel sonne comme un moyen de «bloquer la frange la plus extrême du parti de prendre le contrôle» du GOP qui soutenait Mme Dhillon, analyse pour l'AFP la politologue Wendy Schiller.

Selon elle, cette élection d'habitude peu passionnante s'est transformée en «bataille par procuration» entre Donald Trump et Ron DeSantis. De quoi souligner le malaise persistant chez des conservateurs en plein doute.

«Au niveau national, pour remporter les élections ce parti est vraiment en train de se fragmenter et de se désagréger.»

- « Gare à enterrer Donald Trump trop vite »-

Un discours dans l'Etat-clé du New Hampshire avant un autre en Caroline du Sud, à 1.500 km de là: Donald Trump retrouve enfin samedi les meetings de campagne, espérant donner un coup de fouet à sa candidature pour la Maison Blanche.

Deux mois et demi après s'être lancé dans la course à l'élection de 2024, l'ancien président américain quitte les salons dorés de sa résidence de Floride pour un déplacement qui ne doit rien au hasard.

Ces deux Etats seront parmi les premiers à organiser leurs primaires républicaines début 2024. Une victoire garantirait à Donald Trump vainqueur un élan précieux -- et nécessaire -- pour la suite de la campagne.

- «D'autres options» -

Samedi dans la matinée, le septuagénaire se rendra à Salem, une petite ville du New Hampshire, où le parti républicain tient sa convention annuelle.

Mais après avoir régné durant des années sur le «Grand Old Party», Donald Trump ne sera pas forcément en terrain conquis.

Dans cet Etat frontalier du Canada, nombre d'élus locaux reprochent au milliardaire d'avoir plombé les chances des républicains aux récentes élections de mi-mandat en soutenant des candidats jugés trop extrêmes.

«Personnellement, je pense qu'il a perdu beaucoup de son attrait et de son aura», déclare à l'AFP Mike Bordes, élu au parlement local, qui avait pourtant soutenu Donald Trump à l'élection de 2020.

Si cet homme sera bien présent samedi à Salem -- «c'est l'ancien président, donc on se doit de l'accueillir» -- il se dit aussi «prêt à aller de l'avant et à envisager d'autres options» pour l'investiture républicaine.

Même constat en Caroline du Sud, Etat bordé par l'Atlantique où Donald Trump dévoilera son équipe de campagne à 16H00 (21H00 GMT).

Car si officiellement, l'ancien président est le seul candidat républicain déclaré, plusieurs prétendants dans cet Etat semblent aussi prêts à se lancer.

A commencer par son ancienne gouverneure, Nikki Haley, qui a promis à ses partisans une annonce très prochaine.

Donald Trump a aussi vu plusieurs de ses grands donateurs annoncer publiquement qu'ils ne soutiendraient pas sa candidature en 2024, au profit de Ron DeSantis -- gouverneur de Floride et étoile montante du parti, mais lui non plus pas officiellement lancé dans la course.

- Scandales –

Des tracas politiques dont l'ex-président, déjà cerné par une myriade d'enquêtes, se serait bien passé.

En décembre, une commission parlementaire enquêtant sur la responsabilité du républicain dans l'attaque menée par ses partisans contre le Congrès américain a recommandé qu'il soit poursuivi pénalement. Une juge en Géorgie a aussi promis une décision «imminente» concernant les pressions politiques qu'il a exercées dans cet Etat.

Mais gare à enterrer Donald Trump trop vite, répètent sans cesse ses partisans.

Le tribun, dont la chute a été mille fois annoncée, a jusqu'ici survécu à tous les scandales. L'ex-magnat de l'immobilier pourrait aussi grandement profiter de la levée prochaine de la suspension de ses comptes Facebook et Instagram, retrouvant là un mégaphone très lucratif.

- Et chez les démocrates ? -

Donald Trump, ou un(e) autre... Le candidat choisi par le camp républicain à l'issue de ces primaires affrontera celui désigné par le parti démocrate en novembre 2024.

Le président Joe Biden dit jusqu'ici avoir «l'intention de se représenter», et a promis de rendre sa décision publique au début de l'année.

Petit à petit, l'architecture de sa possible candidature commence elle aussi à prendre forme.

Le dirigeant octogénaire sera mardi prochain à New York, puis à Philadelphie vendredi, allant à la rencontre de riches sympathisants pour remplir les caisses de son parti.

Les experts politiques prédisent une possible annonce après son discours sur l'Etat de l'union, traditionnel discours de politique générale des présidents donné devant les parlementaires -- et prévu le 7 février.

Aucun démocrate ne s'est encore manifesté pour le défier.

 

 


UE: accord politique pour sanctionner les colons extrémistes israéliens attendu lundi

L'Union européenne devrait parvenir à se mettre d'accord lundi pour sanctionner les colons extrémistes israéliens coupables de violences contre les Palestiniens en Cisjordanie, a affirmé la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. (AFP)
L'Union européenne devrait parvenir à se mettre d'accord lundi pour sanctionner les colons extrémistes israéliens coupables de violences contre les Palestiniens en Cisjordanie, a affirmé la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. (AFP)
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  • Des sanctions contre des responsables du mouvement palestinien Hamas, également bloquées en raison du veto hongrois sur les colons extrémistes, devraient également être adoptées
  • Sept colons extrémistes, ou leur organisation, sont concernés par ces sanctions ainsi que 12 responsables du Hamas et l'organisation elle-même

BRUXELLES: L'Union européenne devrait parvenir à se mettre d'accord lundi pour sanctionner les colons extrémistes israéliens coupables de violences contre les Palestiniens en Cisjordanie, a affirmé la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas.

"Je m'attends à un accord politique sur les sanctions visant les colons violents, j'espère que nous y parviendrons", a-t-elle déclaré avant le début d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles.

Ces sanctions étaient bloquées depuis des mois par un veto de la Hongrie de Viktor Orban. Mais, depuis la victoire de Peter Magyar aux élections législatives du 12 avril, l'UE espère désormais que la voie est dégagée en vue d'un accord sur ces sanctions, qui prévoient un gel des avoirs dans l'Union européenne et une interdiction d'entrer dans l'UE.

Des sanctions contre des responsables du mouvement palestinien Hamas, également bloquées en raison du veto hongrois sur les colons extrémistes, devraient également être adoptées.

Sept colons extrémistes, ou leur organisation, sont concernés par ces sanctions ainsi que 12 responsables du Hamas et l'organisation elle-même.

Territoire palestinien miné par des violences quotidiennes, la Cisjordanie est occupée par Israël depuis 1967.

Début mai, au moins 1.069 Palestiniens, parmi lesquels de nombreux combattants, mais aussi beaucoup de civils, y ont été tués par des soldats ou des colons israéliens depuis le début de la guerre de Gaza, déclenchée par l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données de l'Autorité palestinienne.

 


Trump rejette la réponse de l'Iran, le pétrole repart à la hausse

Les prix du pétrole sont repartis à la hausse lundi, Donald Trump ayant sèchement rejeté la réponse de l'Iran aux propositions américaines pour mettre fin à la guerre. (AFP)
Les prix du pétrole sont repartis à la hausse lundi, Donald Trump ayant sèchement rejeté la réponse de l'Iran aux propositions américaines pour mettre fin à la guerre. (AFP)
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  • Avant même l'ouverture des marchés asiatiques, les prix du pétrole ont pris l'ascenseur, le baril de Brent gagnant 3,29% à 104,62 dollars lundi vers 02h20 GMT, alors que s'éloignait la perspective d'une réouverture rapide du détroit d'Ormuz
  • D'après le Wall Street Journal, qui cite des sources proches du dossier, la proposition de Téhéran prévoit une réouverture graduelle du détroit d'Ormuz, et une levée simultanée du blocus des ports iraniens par la marine américaine

WASHINGTON: Les prix du pétrole sont repartis à la hausse lundi, Donald Trump ayant sèchement rejeté la réponse de l'Iran aux propositions américaines pour mettre fin à la guerre.

"Je viens de lire la réponse des soi-disant +représentants+ de l'Iran. Je ne l'aime pas — C'EST TOTALEMENT INACCEPTABLE!", a écrit en lettres capitales le président américain dimanche soir dans un bref message sur son réseau Truth Social.

Avant même l'ouverture des marchés asiatiques, les prix du pétrole ont pris l'ascenseur, le baril de Brent gagnant 3,29% à 104,62 dollars lundi vers 02h20 GMT, alors que s'éloignait la perspective d'une réouverture rapide du détroit d'Ormuz, par lequel transite en temps normal un cinquième de l'or noir consommé dans le monde et que l'Iran bloque depuis le début des hostilités le 28 février.

Après plus d'un mois de trêve entre les deux belligérants, les espoirs de règlement du conflit sont nébuleux, aucune des parties n'ayant dévoilé publiquement ses propositions.

Après des jours d'attente, l'Iran a annoncé dimanche avoir répondu au plan américain, mais sans donner de détails. La télévision publique iranienne s'est bornée à rapporter que la réponse de Téhéran, transmise via le médiateur pakistanais, était "axée sur la fin de la guerre (...) sur tous les fronts, en particulier au Liban, et sur la garantie de la sécurité de la navigation maritime".

Réouverture du détroit 

D'après le Wall Street Journal, qui cite des sources proches du dossier, la proposition de Téhéran prévoit une réouverture graduelle du détroit d'Ormuz, et une levée simultanée du blocus des ports iraniens par la marine américaine.

Selon le quotidien américain, Téhéran serait également prêt à "diluer" une partie de son uranium enrichi et à envoyer le reste dans un "pays tiers".

Washington et de nombreux pays soupçonnent Téhéran de vouloir se doter de l'arme atomique via l'enrichissement de l'uranium, ce qu'il dément, défendant son droit au nucléaire civil.

"Il reste encore des matières nucléaires – de l'uranium enrichi – qui doivent être retirées d'Iran" et "des sites d'enrichissement à démanteler", a affirmé plus tôt dimanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la chaîne américaine CBS.

Il a aussi dit espérer la fin du pouvoir iranien, qui signifierait la chute, "comme un échafaudage" selon lui, des supplétifs de l'Iran au Yémen (Houthis), à Gaza (Hamas) et au Liban (Hezbollah).

"Est-ce possible? Oui. Est-ce certain? Non", a-t-il dit. "L'Iran continue à soutenir ces supplétifs, qui cherchent à produire des missiles balistiques. Nous les avons beaucoup réduits mais ils sont toujours là et il reste du travail à faire", a observé le chef du gouvernement israélien.

La guerre, qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, "a permis d'accomplir beaucoup de choses, mais elle n'est pas finie", a-t-il averti.

Drones dans le Golfe 

Dans le Golfe, de nouvelles attaques ont été signalées dimanche.

Au Qatar, un vraquier en provenance d'Abou Dhabi a été visé par un drone dans les eaux territoriales, avant de poursuivre son trajet, selon le ministère de la Défense.

L'agence de presse iranienne Fars a affirmé qu'il "battait pavillon américain et appartenait aux Etats-Unis", sans dire explicitement que l'Iran l'avait visé.

D'autres pays ont été ciblés par des drones: le Koweït n'en a pas précisé la provenance, mais Abou Dhabi a directement accusé Téhéran.

Dès le déclenchement de la guerre par Israël et les Etats-Unis, les monarchies du Golfe, alliées de Washington, avaient fait l'objet de frappes iraniennes.

Ces attaques interviennent deux jours après que l'armée américaine a visé deux pétroliers iraniens dans le golfe d'Oman, voie d'accès au détroit d'Ormuz.

"Notre retenue est terminée", a averti Ebrahim Rezaei, porte-parole de la commission de sécurité nationale du Parlement iranien. "Toute attaque contre nos navires déclenchera une riposte iranienne forte et décisive contre les navires et les bases" des Etats-Unis.

"Nous ne courberons jamais la tête devant l'ennemi, et s'il est question de dialogue ou de négociation, cela ne signifie ni capitulation, ni recul", a de son côté écrit sur X le président Massoud Pezeshkian.

Le Royaume-Uni et la France s'activent de leur côté pour mettre sur pied une coalition internationale visant à sécuriser le détroit, après un règlement du conflit.

Les ministres de la Défense des deux pays coprésideront mardi une réunion en visioconférence avec une quarantaine de leurs homologues de pays prêts à contribuer à une telle mission, a annoncé Londres.

Téhéran a averti que tout déploiement déclencherait une "réponse décisive et immédiate" de l'armée iranienne, après l'annonce par Paris et Londres de l'envoi de bâtiments militaires pour se prépositionner dans la région.

 


Washington frappe deux pétroliers mais attend une réponse de l'Iran

Un avion de chasse américain a neutralisé vendredi deux pétroliers battant pavillon iranien, provoquant des attaques de représailles et fragilisant une trêve déjà précaire. (AFP)
Un avion de chasse américain a neutralisé vendredi deux pétroliers battant pavillon iranien, provoquant des attaques de représailles et fragilisant une trêve déjà précaire. (AFP)
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  • Les États-Unis ont frappé deux pétroliers iraniens dans le golfe d’Oman, tandis que Washington attend une réponse de Téhéran à une proposition de paix visant à mettre fin durablement au conflit
  • La crise continue de peser sur la région et l’économie mondiale : le détroit d’Ormuz reste verrouillé, les prix du pétrole demeurent élevés et les violences se poursuivent entre Israël et le Hezbollah malgré la trêve

TEHERAN: Les Etats-Unis ont frappé vendredi deux pétroliers iraniens, tout en disant attendre incessamment une réponse de Téhéran à sa dernière proposition en vue de mettre durablement fin aux hostilités.

Les navires, qui ne transportaient pas de cargaison selon l'armée, ont été "neutralisés" par un avion de chasse dans le golfe d'Oman, voie d'accès au stratégique détroit d'Ormuz.

Des extraits vidéo en noir et blanc, diffusés par le commandement militaire américain pour la région (Centcom), montrent une épaisse fumée s'échappant de la partie arrière des tankers, dédiée au pilotage.

L'état des bateaux et des personnes à bord n'était pas connu vendredi soir.

Téhéran a dénoncé auprès de l'ONU une "violation flagrante" du cessez-le feu conclu un mois plus tôt.

Une source militaire citée par l'agence Tasnim a fait savoir que les Iraniens n'étaient pas restés les bras croisés: "Après une période d'échanges de tirs, les affrontements ont cessé actuellement et le calme est revenu."

Des échanges de frappes avaient déjà eu lieu la veille.

Téhéran verrouille le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, depuis le début de la guerre le 28 février, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

En rétorsion, Washington applique un blocus des ports iraniens.

- "Précieux" détroit -

A Washington, Donald Trump a dit vendredi attendre dans la soirée une réponse des Iraniens à une proposition de paix, au-delà de la trêve.

"Je devrais recevoir une lettre ce soir, donc on verra bien comment ça se passe", a-t-il dit à des journalistes.

Auparavant, son chef de la diplomatie, Marco Rubio, avait dit attendre une réponse de Téhéran "dans la journée".

"Nous suivons nos propres processus et nous ne faisons pas attention à ces échéances", avait répondu le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, cité par la télévision d'Etat, en précisant que l'Iran étudiait toujours la proposition américaine.

M. Rubio a aussi sommé les Européens de venir en aide aux Etats-Unis pour sécuriser le passage dans le détroit d'Ormuz. Ces derniers ont jusqu'ici refusé de s'engager tant qu'un accord américano-iranien n'est pas conclu.

Le bras de fer entre Téhéran et Washington se traduit par un trafic maritime largement paralysé et des cours du pétrole élevés.

Le baril de Brent de la mer du Nord a terminé la semaine une nouvelle fois au-dessus de cent dollars.

Un conseiller du Guide suprême iranien a estimé que le détroit d'Ormuz représentait pour l'Iran, qui le borde, "une opportunité aussi précieuse qu'une bombe atomique".

"Avoir entre ses mains une position permettant d'influencer l'économie mondiale par une seule décision est une opportunité majeure", a-t-il souligné.

- Dix morts au Liban -

Le Liban est depuis le 2 mars en parallèle le théâtre d'une guerre entre le Hezbollah pro-iranien et Israël.

Malgré une trêve, en vigueur depuis le 17 avril, Israël poursuit ses frappes, en particulier dans le sud du petit pays.

Ces bombardements ont tué dans la journée dix personnes - dont deux enfants et trois femmes, selon le ministère libanais de la Santé.

Le Hezbollah a revendiqué deux attaques contre des bases militaires dans le nord d'Israël.

De nouvelles discussions entre Israël et le Liban, auxquelles le Hezbollah est opposé, sont prévues à Washington les 14 et 15 mai.

"Consolider le cessez-le-feu" fait partie des "objectifs essentiels" que le Liban attend de cette troisième session de négociations avec Israël, selon le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raggi.