Plus de 20 000 morts en Turquie et en Syrie après le séisme

Le séisme a fait plus de 15000 victime jusqu'à présent (Photo, AFP).
Le séisme a fait plus de 15000 victime jusqu'à présent (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 09 février 2023

Plus de 20 000 morts en Turquie et en Syrie après le séisme

  • Le séisme a fait au moins 17 513 morts, selon les derniers bilans officiels, dont 14 351 en Turquie et 3 162 en Syrie
  • Au total, les pertes économiques pourraient atteindre «quatre milliards de dollars ou plus», selon l'agence de notation Fitch

ANTAKYA :Le séisme qui a frappé le sud-est de la Turquie et le nord syrien lundi a fait plus de 20 000 morts, selon de derniers bilans qui ne cessent d'augmenter, alors qu'un premier convoi d'aide est entré dans les zones rebelles du nord-ouest de la Syrie jeudi, au quatrième jour après la catastrophe.

Un correspondant a vu six camions, chargés notamment de matériel pour des tentes et de produits d'entretien, entrer en territoire syrien depuis la Turquie par le poste-frontière de Bab al-Hawa.

Selon Mazen Allouch, un responsable du poste-frontière, il s'agit d'une aide qui était attendue avant le séisme d'une magnitude de 7,8, suivi de plus d'une centaine de secousses qui ont dévasté la Syrie et la Turquie.

"Elle sera suivie, si Dieu le veut, comme on nous l'a promis, de convois plus importants pour aider notre peuple sinistré", a-t-il ajouté.

L'Organisation internationale pour les Migrations (OIM) a indiqué dans un communiqué que ce convoi, composé de six camions transportant couvertures, matelas, tentes, matériel de secours et lampes solaires devrait couvrir les besoins d'au moins 5.000 personnes.

Mercredi, un responsable onusien avait averti que le stock des Nations unies dans le nord-ouest de la Syrie permettait à peine de nourrir 100.000 personnes pendant une semaine.

Le séisme a fait au moins 20.451 morts, selon les derniers bilans officiels, dont 17.134 en Turquie et 3.317 en Syrie.

Vingt-trois millions de personnes sont "potentiellement exposées, dont environ cinq millions de personnes vulnérables", estime l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle redoute une crise sanitaire majeure qui causerait encore plus de dommages que le séisme.

Les organisations humanitaires s'inquiètent particulièrement de la propagation de l'épidémie de choléra, qui a fait sa réapparition en Syrie.

A Tloul, un village du nord-ouest de la Syrie, les habitants ont dû fuir après qu'un barrage en terre s'est effondré sous les secousses du séisme. "Notre situation est dramatique. Regardez l'eau qui nous entoure", a déclaré Louan Hussein Hamadé, un des rares habitants à être resté dans le village sinistré, tout comme les champs environnants.

«Solidarité»

Réunis en sommet à Bruxelles, les dirigeants de l'Union européenne --qui organise début mars une conférence des donateurs pour la Turquie et la Syrie-- ont observé un moment de silence pour les victimes du séisme.

Ils ont envoyé une lettre à M. Erdogan exprimant leur "solidarité" avec le peuple turc et proposant d'accroître leur aide à la Turquie.

L'UE a envoyé de premiers secours en Turquie quelques heures après le séisme lundi. Mais elle n'a initialement offert qu'une aide minimale à la Syrie par le biais des programmes humanitaires existants, en raison des sanctions internationales en vigueur depuis le début de la guerre civile en 2011.

Mercredi, Damas a officiellement sollicité l'assistance de l'UE et la Commission a demandé aux Etats membres de répondre favorablement à cette requête.

Le commissaire européen Janez Lenarčič, coordinateur de l'assistance de l'Union européenne, était jeudi à Gaziantep, dans le sud-est de la Turquie, où il devait rencontrer des responsables turcs mais aussi les organisations humanitaires actives dans le nord-ouest de la Syrie, a indiqué la commission.

Dans les zones rebelles, le séisme complique l'arrivée d'aide, rendant difficilement praticables les routes d'accès à Bab al-Hawa, unique point de passage actuellement garanti par l'ONU.

L'envoyé spécial de l'ONU, Geir Pedersen, a appelé à Genève "à ne pas politiser" l'aide à ce pays, ajoutant avoir évoqué le sujet avec des représentants des Etats-Unis et de l'Union européenne.

La France a annoncé qu'elle allait mettre en place une aide d'urgence à la population syrienne à hauteur de 12 millions d'euros. De son côté, Londres a annoncé jeudi une aide financière supplémentaire d'au moins 3,4 millions d'euros, soit un montant total de près de 4.3 millions d'euros alloués aux Casques Blancs, les secouristes opérant en zone rebelle.

Séisme: la France débloque 12 millions d'euros pour la population syrienne

La France a annoncé jeudi qu'elle allait mettre en place une aide d'urgence à la population syrienne à hauteur de 12 millions d'euros après le séisme.

Cette aide sera distribuée "en lien avec les organisations non gouvernementales et avec les Nations Unies, dans l'ensemble des régions touchées par les séismes", a déclaré François Delmas, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, précisant que cela ne changeait pas par ailleurs l'"approche politique" de la France vis-à-vis du régime de Bachar al-Assad.

Sur les 12 millions, cinq seront débloqués pour le Fonds humanitaire pour l'aide transfrontalière (SCHF) des Nations unies, cinq millions iront à "plusieurs ONG françaises et internationales oeuvrant pour les interventions d'urgence dans les domaines de la santé, de la mise à l'abri, de l'eau, de l'hygiène, de l'assainissement et de la sécurité alimentaire", a détaillé François Delmas.

Par ailleurs, une contribution de deux millions d'euros est "en cours d'examen" au titre de l'aide alimentaire programmée, pour subvenir aux besoins alimentaires urgents des populations syriennes.

François Delmas a en outre rappelé que depuis 2011, l'aide humanitaire a été "très largement financée" par l'Union européenne et ses états membres: "plus de 27 milliards d'euros". Il a ajouté que des dispositifs et des exemptions aux sanctions ont été mis en place pour pouvoir assurer cette aide.

"Notre approche politique ne change pas", a-t-il ajouté. Contrairement à Bachar al-Assad, nous, nous soutenons la population".

"Notre approche est claire et connue: seul le procesus politique défini par la résolution 22-54 du conseil de sécurité des Nations Unies qui peut conduire à une sortie de crise", a-t-il également réagi.

S'agissant de la Turquie où l'épicentre du séisme s'est produit, la France enverra "dans les prochaines heures 50 000 vaccins anti-diphtérie et tétanos offerts par la Foundation S - Sanofi collective et l'association Tulipe pour les populations sinistrées".

La France va également soutenir "les efforts de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) à hauteur de 500 000 euros".

Deux autres passages

De son côté, la Turquie a annoncé s'employer à ouvrir deux autres passages frontaliers avec la Syrie pour permettre d'acheminer l'aide.

"Pour des raisons humanitaires, nous visons aussi l'ouverture des postes-frontières avec les régions sous contrôle du gouvernement" de Damas, a dit le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu.

Des milliers d'habitations sont détruites de part et d'autre de la frontière et les secouristes poursuivent leurs efforts pour rechercher des rescapés dans les décombres, même si la fenêtre cruciale des 72 premières heures pour retrouver des survivants s'est refermée, la situation étant en outre aggravée par un froid glacial.

A Adiyaman , le séisme a piégé dans leur hôtel totalement effondré des adolescents et leurs accompagnateurs, venus de République turque de  Chypre du  Nord (RTCN, reconnue par la seule Turquie) disputer un tournoi de volley-ball.

Selon Nazim Cavusoglu, ministre chypriote-turc de l'Education venu sur place, un enseignant et trois parents ont été extraits vivants mercredi soir. "Trente-trois personnes sont toujours piégées", a-t-il confié à l'AFP.

Le froid rend les conditions de vie infernales pour les rescapés. Dans la ville turque de Gaziantep (sud), les températures ont chuté tôt jeudi à -5°C.

Dans les camps de tentes du nord de la Syrie en revanche, les réfugiés avaient conscience d'avoir eu de la chance dans leur malheur.

"Le séisme était terrifiant, mais les habitants ont remercié Dieu de vivre sous des tentes après avoir vu ce qui s'est produit autour d'eux", se consolait Fidaa Mohammad, une habitante du camp de Deir Ballout.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, en visite dans les zones sinistrées, a esquissé mercredi un mea culpa face à la montée des critiques: "Bien sûr qu'il y a des lacunes, il est impossible d'être préparé à un désastre pareil".

Les responsables turcs ont ces dernière semaines émis à plusieurs reprises des mises en garde sur l’usage des réseaux sociaux avant les élections présidentielle et législatives du 14 mai, où M. Erdogan brigue un nouveau mandat après 20 ans au pouvoir.

Alep, Antakya, Sanliurfa: des sites historiques frappés par le séisme

Alep en Syrie, Antakya (l'antique Antioche) ou Sanliurfa en Turquie: des villes parmi les plus vieilles du monde, anciennes étapes de la route de la soie, abritant des joyaux architecturaux, ont été frappées par le séisme de lundi.

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Après le séisme de lundi, «des parties des murs défensifs du nord-est se sont fissurées», a signalé la Direction générale des antiquités et des musées à Damas. (Photo, AFP)

Alep

Alep est habitée depuis au moins 4 000 ans avant Jésus Christ, grâce à sa position stratégique entre Méditerranée et Mésopotamie. Spécialisée dans l'industrie manufacturière, capitale du célèbre savon, c'était la deuxième ville de l'Empire ottoman au XIXe siècle.

Pendant la guerre civile en Syrie (2012-2016), les combats entre l'armée syrienne, aidée par son allié russe, et les insurgés dans cette ville du nord-ouest du pays l'avaient déjà fortement endommagée.

La citadelle du XIIIe siècle avait vu une section de ses remparts s'effondrer, tout comme le minaret seldjoukide de la mosquée des Omeyyades, tandis que le souk aux boutiques parfois centenaires avait été partiellement détruit par les flammes. "Plus de 10 % des monuments historiques d'Alep" avaient été détruits", selon l'Unesco.

Après le séisme de lundi, "des parties du moulin ottoman à l'intérieur de la citadelle" sont tombées, et "des parties des murs défensifs du nord-est se sont fissurées", a signalé la Direction générale des antiquités et des musées à Damas. "De grandes parties du dôme du phare de la mosquée ayyoubide", à l'intérieur de la citadelle, se sont également effondrées, "dont l'entrée de la tour défensive mamelouke".

L'Unesco avait inscrit en 1986 la vieille ville au patrimoine mondial, et l'a placée en 2013 sur la liste des sites en péril.

Antakya

Antakya, l'antique Antioche, est aujourd'hui en ruines. La ville fut la rivale d'Alexandrie, romaine, grecque, ottomane, puis une villégiature prisée du mandat français au bord de la Méditerranée après la Première Guerre mondiale.

Elle est située dans le sud de la Turquie, à quelques encablures de la frontière avec la Syrie dont elle accueille de très nombreux réfugiés chassés par la guerre.

Fondée vers -300 avant JC par Séleucos, un général d'Alexandre le Grand, elle fut la capitale de l'immense empire séleucide, qui s'étendit pendant près de trois siècles le long de la Méditerranée et régna sur une partie de l'Asie mineure, de Babylone à la Mésopotamie et l'Anatolie jusqu'à l'Iran. Elle fut aussi une des villes clés de la route de la soie.

Intégrée ensuite à l'empire romain, puis byzantin, Antioche est connue pour son multiculturalisme, Grecs et Juifs notamment s'y côtoient. Elle devint ensuite une ville clé du christianisme naissant et reste importante pour les églises chrétiennes d'Orient.

Des mineurs de la Turkish Hard Coal Enterprises (TTK) de Zonguldak participent à des opérations de recherche à Antakya, le 9 février 2023
Des mineurs de la Turkish Hard Coal Enterprises (TTK) de Zonguldak participent à des opérations de recherche à Antakya, le 9 février 2023. (Photo, AFP)

Sanliurfa

Située dans le sud-est de la Turquie, non loin de la frontière avec la Syrie, la province de Sanliurfa ("Urfa la Glorieuse") abrite notamment le plus vieux sanctuaire connu au monde, Göbekli Tepe.

Ce site inscrit depuis 2018 au patrimoine mondial de l'Unesco figure parmi ceux qui pourraient avoir été endommagés, signalait lundi l'organisation.

Plus de 7 000 ans avant Stonehenge en Angleterre et les pyramides égyptiennes, des milliers d'humains se réunissaient à Göbekli Tepe ("la colline ventrue" en turc), pour se recueillir entre ses mégalithes richement ornés.

Göbekli Tepe est une manne pour cette province pauvre et longtemps négligée, où les réfugiés syriens représentent désormais un quart de la population.

Située sur une route utilisée depuis l'antiquité pour voyager entre l'Anatolie et le nord de la Mésopotamie, l'ancienne Edesse fut un centre majeur de la culture syrienne et occupa une place importante dans les conflits entre les Parthes et Rome.

Le comté d'Edesse fut en 1098 l'un des Etats créés au Moyen-Orient par les croisés, avant d'être annexé à l'Empire ottoman et d'être, sous le nom d'Urfa, le théâtre de massacres d'Arméniens en 1895 et 1915. Pendant la guerre d'indépendance, Urfa s'est illustrée en 1920 par sa résistance aux troupes françaises.


Iran: le bilan des morts s'alourdit, le pouvoir appelle à des contre-manifestations

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
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  • "Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien"
  • D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis

PARIS: Le pouvoir iranien a perpétré un "massacre", selon un groupe de défense des droits humains, pour réprimer le mouvement de contestation dans le pays, où les autorités ont appelé à des manifestations lundi en soutien à la République islamique.

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a déclaré dimanche avoir confirmé la mort d'au moins 192 manifestants, mais averti que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé.

"Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien".

D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis.

Déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants protestant contre la cherté de la vie, il a gagné de nombreuses autres villes. Les autorités ont imposé une coupure d'internet, désormais en vigueur depuis plus de 72 heures, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, a appelé les autorités à "la plus grande retenue" dans l'usage de la force et à rétablir les communications.

L'IHR a aussi estimé à plus de 2.600 les manifestants arrêtés.

Le pouvoir judiciaire a réitéré que les mis en cause seraient traités "avec fermeté", après que le chef de la police a fait état "d'importantes arrestations".

"Deuil national" 

En fin de journée, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national pour les "martyrs de la résistance", en référence notamment aux membres des forces de sécurité tués.

Si les autorités disent comprendre les revendications économiques des manifestants, elles fustigent désormais de plus en plus des "émeutiers" instrumentalisés selon elles par l'étranger, les Etats-Unis et Israël en tête.

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains".

La télévision d'Etat a diffusé des images de bâtiments en feu, dont une mosquée, ainsi que de cortèges funéraires d'agents des forces de l'ordre.

Dimanche, une vidéo largement partagée montrait de nouveau des manifestants se rassemblant dans le quartier de Pounak, à Téhéran, en scandant des slogans en faveur de la monarchie déchue.

La télévision d'Etat s'est efforcée de montrer une forme de retour au calme, diffusant des images d'une circulation fluide. Le gouverneur de Téhéran, Mohammad-Sadegh Motamedian, a affirmé à la télévision que "le nombre de manifestations (était) en baisse".

Très présent sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils en exil du chah renversé en 1979, a de son côté appelé à de nouvelles actions, se disant prêt à retourner dans son pays et mener une transition démocratique.

Hôpitaux "débordés" 

Des images publiées sur les réseaux sociaux  - probablement par des moyens satellitaires - ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l'est du pays.

Dans une autre vidéo authentifiée par l'AFP, on voit des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs devant une morgue de Téhéran, et ce qui semble être des Iraniens à la recherche de leurs proches disparus.

Le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a affirmé que les hôpitaux étaient "débordés" par l'afflux de manifestants blessés, et que les réserves de sang diminuent.

A Téhéran, un journaliste de l'AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne, avec beaucoup de boutiques qui ont baissé le rideau.

Les écoles sont fermées et l'enseignement se fait désormais à distance mais sans internet, il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l'absence de réseau rend toute activité difficile.

Des manifestations de solidarité ont rassemblé des milliers de personnes dimanche à Paris, Londres ou Vienne, tandis qu'à Istanbul, la police turque a bloqué les manifestants devant le consulat iranien.

"Vivant ou non" 

"Nous ne savons rien de nos proches actuellement en Iran", a déploré dans la foule londonienne Fahimeh Moradi, 52 ans. "Mon fils est là-bas, et je ne sais pas s'il est vivant ou non".

Le président américain Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait "prêt à aider" les manifestants "aspirant à la liberté".

En cas de frappes américaines, l'Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des Etats-Unis, a averti le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui dit espérer que Téhéran "serait bientôt délivré du joug de la tyrannie", tandis qu'un haut responsable militaire affirmait que l'armée serait "en mesure de répondre avec force si nécessaire".

La mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec Israël en juin et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l'ONU.


Soudan: chassé par la guerre, le gouvernement annonce son retour à Khartoum

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
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  • "Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants
  • Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés

KHARTOUM: Le Premier ministre soudanais a annoncé dimanche le retour dans la capitale Khartoum du gouvernement qui en avait été chassé en 2023 par la guerre et avait été transféré à Port-Soudan, dans l'est du pays.

"Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants.

Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés.

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire.

Reprise en mars 2024 par l'armée, Khartoum a depuis enregistré le retour de plus d'un  million de personnes, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Mais après plus de 1.000 jours de guerre, les services de base de la capitale -- hôpitaux, aéroports, centrales électriques-- restent dévastés.

L'ONU estime à environ 350 millions de dollars le coût de la réhabilitation des infrastructures.

Dans son discours dimanche, M. Idris a promis de reconstruire les hôpitaux, d'améliorer les services éducatifs, d'électricité, d'eau et d'assainissement.

Lors d'une visite à Khartoum en juillet dernier, la première depuis sa prise de fonction en mai, il avait déjà affirmé que "Khartoum redeviendra une capitale nationale fière".

Depuis, les autorités ont commencé à reconstruire certains quartiers, même si les FSR ont mené à plusieurs reprises des frappes de drones, notamment contre des infrastructures.

Fin octobre, les paramilitaires qui avaient redirigé leurs offensives vers l'ouest du pays après la perte de la capitale, s'étaient emparés d'El-Facher, la dernière des cinq capitales de la vaste région du Darfour qui était encore contrôlée par l'armée.

Depuis, les FSR se concentrent sur la région voisine du Kordofan, terre pétrolifère située sur l'axe entre le Darfour et Khartoum.

La guerre a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes et déraciné plus de 11 millions d'autres, tant à l'intérieur du territoire qu'au-delà de ses frontières.


Syrie: les forces kurdes quittent Alep après des jours de combats meurtriers

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
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  • L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est"
  • Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations

ALEP: Les forces kurdes en Syrie ont annoncé dimanche l'évacuation de leurs combattants des deux quartiers où ils étaient retranchés à Alep, après plusieurs jours de combats meurtriers contre les forces gouvernementales.

"Nous sommes parvenus à un accord qui a conduit à un cessez-le-feu et permis l'évacuation des martyrs, des blessés, des civils pris au piège et des combattants des quartiers d'Achrafieh et de Cheikh Maqsoud vers le nord et l'est de la Syrie", ont écrit les Forces démocratiques kurdes (FDS) dans un communiqué.

L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est".

Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations.

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles.

Accusations mutuelles 

Les deux camps s'accusent mutuellement d'en être à l'origine.

Ces combats ont fragilisé encore plus un accord conclu en mars entre les deux parties pour intégrer les institutions civiles et militaires de l'administration autonome kurde au sein de l'Etat syrien, qui n'a pas encore été appliqué.

L'évacuation des combattants a été obtenue "grâce à la médiation des parties internationales pour mettre fin aux attaques et aux violations commises contre notre peuple à Alep", a affirmé le FDS, après avoir au contraire dénoncé quelques heures plus tôt des déplacements forcés et des enlèvements de civils.

Depuis Damas, l'émissaire américain Tom Barrack avait lancé samedi un appel à la "retenue" et à la fin des hostilités, après avoir rencontré le président Ahmad al-Chareh dont le gouvernement se dit déterminé à asseoir son autorité sur Alep, la deuxième ville du pays.

Un correspondant de l'AFP posté samedi à l'entrée du quartier Cheikh Maqsoud a vu au moins cinq autocars transporter des hommes, escortés par les forces de sécurité.

Prises au piège pendant des jours, des familles hagardes ont enfin pu quitter le lieu des combats.

Des hommes portent leurs enfants sur le dos, des femmes et des enfants pleurent. "Papa, papa", répète une petite fille cherchant son père.

Mais plusieurs dizaines de jeunes gens sont mis à l'écart par les forces de sécurité, qui les forcent à s'asseoir par terre, tête baissée, sous leur garde, avant de les embarquer dans des cars.

Les FDS, qui ont été le fer de lance de la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique en Syrie, sont soutenues par Washington qui appuie également Ahmad al-Chareh.

Les combats ont fait craindre une escalade régionale, la Turquie voisine se disant prête à intervenir aux côtés des autorités syriennes et Israël prenant la défense des Kurdes.

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le pouvoir islamiste s'est engagé à protéger les minorités. Mais les combats d'Alep sont le troisième épisode de violences avec des minorités, après des massacres d'alaouites sur la côte en mars et des combats avec les druzes dans le sud en juillet.

Les Kurdes, qui ont tiré profit du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s'emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, y compris des champs pétroliers et gaziers, réclament notamment un système de gouvernance décentralisé, ce que rejette Damas.