La relation entre l'Arabie saoudite et les États-Unis est un «mariage catholique», affirme Anthony Scaramucci

En tant que visiteur régulier de l'Arabie saoudite, M. Scaramucci a félicité les dirigeants du Royaume pour leurs innovations politiques et leurs réformes (Photo, AN).
En tant que visiteur régulier de l'Arabie saoudite, M. Scaramucci a félicité les dirigeants du Royaume pour leurs innovations politiques et leurs réformes (Photo, AN).
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Publié le Lundi 06 mars 2023

La relation entre l'Arabie saoudite et les États-Unis est un «mariage catholique», affirme Anthony Scaramucci

  • «Nous pouvons nous battre l'un contre l'autre, mais nous restons indubitablement mariés», déclare le fondateur de SkyBridge Capital et des conférences SALT
  • Si SALT devient un événement annuel à Abu Dhabi et qu'il est également lancé à Riyad, «ils ne se feront pas concurrence... ce seront deux événements distincts»

DUBAÏ: Le banquier et entrepreneur américain Anthony Scaramucci a qualifié la relation entre les États-Unis et l'Arabie saoudite de «mariage catholique» dans le dernier épisode de Frankly Speaking, une émission hebdomadaire d'Arab News qui donne la parole à des décideurs politiques et des chefs d'entreprise.

Interrogé sur les conseils qu'il donnerait au président Joe Biden pour améliorer les relations américano-saoudiennes aujourd'hui, tout en rappelant qu'il avait considéré «cruciaux» les liens entre les deux pays, dans un entretien accordé à Arab News en 2021, M. Scaramucci explique: «J'ai appelé cela un mariage catholique. Nous pouvons nous disputer, mais nous restons indubitablement mariés. Quelles que soient les frictions d'interrègne entre les souverains, elles sont temporaires. Nous avons besoin l'un de l'autre.»

Lors de cet entretien réalisé depuis Abu Dhabi, où il participe à la deuxième conférence d'Investopia, M. Scaramucci a abordé un large éventail de sujets, a salué les opportunités économiques de la région du Golfe et a confirmé son intention d'organiser le forum de réflexion et de leadership SALT à Riyad.

S'exprimant sur la relation entre l'Arabie saoudite et les États-Unis, il souligne que «nous avons trouvé un moyen, au cours des 80 à 90 dernières années, d'être imbriqués. Nos économies, nos gouvernements, nos services de renseignement, nos départements de la défense sont étroitement liés. Donc, je demanderais simplement aux membres de la Maison-Blanche, mais aussi aux Émirats arabes unis et à Riyad, de considérer ces éléments dans la durée.»

M. Scaramucci, qui a brièvement occupé le poste de directeur de la communication de la Maison-Blanche en juillet 2017 sous la présidence de Donald Trump, ajoute: «Nous avons eu tendance dans le monde ces derniers temps à... retomber dans le tribalisme et à se froisser les uns les autres. Une sorte de "c’est ça ou rien". Nous devons revenir à un esprit de coopération et reconnaître que nous sommes mieux ensemble et que nous pouvons être plus prospères. Telle serait ma recommandation générale (à la Maison Blanche de Biden).»

En tant que visiteur régulier de l'Arabie saoudite, M. Scaramucci a félicité les dirigeants du Royaume pour leurs innovations et leurs réformes politiques.

«À mesure qu'il entreprend ces réformes, qu'il construit davantage d'infrastructures, qu'il adopte une stratégie zéro carbone et qu'il érige ces magnifiques villes comme NEOM, le Royaume s'ouvre au reste du monde. La culture du Royaume est belle et accueillante», confie-t-il.

Selon lui, la priorité accordée par l'Arabie saoudite à son industrie touristique favorise les échanges culturels et la bonne entente avec la communauté mondiale.

«J'applaudis le Royaume pour les réformes (qu'il) entreprend. Et je pense que ses meilleures années sont devant lui», indique-t-il à Katie Jensen, l'animatrice de Frankly Speaking.

Aux yeux de M. Scaramucci, outre la diversification de l'économie en faveur de secteurs tels que le tourisme, en dehors du pétrole et des combustibles fossiles, la stratégie économique du Royaume vise à créer un environnement favorable aux investissements directs étrangers.

Depuis le lancement de sa Vision 2030 en 2016, l'Arabie saoudite a pris de multiples mesures pour encourager les investissements étrangers, notamment en autorisant les entreprises étrangères à être cotées à la Bourse saoudienne et en accordant à des centaines d'entreprises internationales en 2020 une licence d'exploitation dans le Royaume.

Interrogé sur la position de l'Arabie saoudite en tant que destination pour les investissements directs étrangers et sur les conseils qu'il lui donnerait pour atteindre son plein potentiel, M. Scaramucci affirme que «si vous étudiez les meilleurs gouvernements, vous constaterez qu'ils ont une stratégie d'imposition faible, qu'ils ont une stratégie favorable aux entreprises privées et qu'ils respectent l'État de droit.»

En tant que fondateur et président de SALT, un forum mondial consacré à la finance, à la technologie et aux politiques publiques, M. Scaramucci est optimiste quant à la possibilité d'organiser des conférences de ce genre dans la région du Golfe (Photo, AN).

«En fin de compte, les chefs d'entreprise veulent être certains que s'ils concluent des contrats, achètent des biens immobiliers ou investissent des capitaux dans une région du monde, celle-ci est sûre du point de vue de la propriété et du point de vue juridique», note-t-il.

«C'est ce que fait l'Arabie saoudite. C'est pourquoi les capitaux vont affluer dans le pays.»

M. Scaramucci reconnaît que la hausse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine (Fed) ainsi que le conflit entre l'Ukraine et la Russie ont freiné l'esprit d'investissement mondial. «Il y a une certaine léthargie en cours, mais elle est davantage liée à la macroéconomie qu'à une industrie ou une région spécifique», explique-t-il.

«Une fois que la Fed aura réglé le problème de l'inflation aux États-Unis, qu'elle aura desserré les freins, pour ainsi dire, de l'économie et que nous commencerons à voir un pivotement des taux d'intérêt... l'argent affluera dans cette région parce que je crois vraiment que (la région du Golfe) est bien positionnée géographiquement», affirme M. Scaramucci.

«Elle est bien positionnée en ce qui concerne la manière dont les gouvernements travaillent avec le secteur privé pour favoriser l'innovation. Les capitaux vont (à nouveau) affluer, mais nous devons traverser cette période macroéconomique dès maintenant.»

Après seulement deux mois écoulés, l’année 2023 s'avère être l'année des conférences dans la région du Golfe. En février, des géants de la tech se sont réunis pour la conférence LEAP à Riyad; l'événement d'investissement Investopia x SALT vient de s’achever dans la capitale des Émirats arabes unis; et une conférence internationale attire en ce moment d'éminents juristes dans la capitale saoudienne pour discuter de la manière dont la justice peut tirer parti de la transformation numérique.

Évoquant son expérience à la conférence Investopia, qui a réuni de grands noms tels que l'ancien secrétaire d'État américain John Kerry, l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair et le ministre de l'économie des Émirats arabes unis Abdullah bin Touq, M. Scaramucci confie que «nous jouissons d'un excellent partenariat avec le gouvernement et nos groupes collaborent parfaitement. C'est un hybride intéressant entre... une sorte d'entité publique, une entité gouvernementale et une entreprise privée. Il y a une bonne synergie. Je suis donc confiant dans la pérennité de cette relation.»

En tant que fondateur et président de SALT, un forum mondial consacré à la finance, à la technologie et aux politiques publiques, M. Scaramucci est optimiste quant à la possibilité d'organiser des conférences de ce genre dans la région du Golfe.

S'il a refusé de confirmer si Investopia x SALT Abu Dhabi allait devenir un événement annuel («Il y a une bonne synergie. Je suis donc confiant dans la pérennité de cette relation»), il a assuré que s'il devait organiser sa conférence à Riyad, «elles ne se feraient pas concurrence».

«Il s'agirait de deux événements distincts, bien espacés dans le calendrier, et nous ferons en sorte que la saveur de cet événement corresponde davantage à ce que les Saoudiens souhaitent, une sorte d'accent sur Riyad, de la même manière que nous le faisons aux Émirats arabes unis», révèle-t-il.

«Il est très important pour nous, en tant que partenaires, d'insuffler un caractère local à la conférence. Je ne veux pas être l'Occidental qui arrive et qui, de manière arrogante, met en place un programme sans que les autorités nationales et la génération d'idées locales n'aient leur mot à dire.»

Les pays du Golfe accueillant nombre des événements les plus influents du monde, plusieurs personnalités économiques estiment que la route vers l'avenir du commerce et de l'investissement pourrait passer par le Royaume. M. Scaramucci pense-t-il lui aussi que l'avenir des investissements se déplace vers l'est, vers des pays comme les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite?

«Je pense que c'est le cas, mais cela a été ainsi au cours des trois dernières décennies. Il commence maintenant à croître de manière plus exponentielle, car il y a une plus grande ouverture vers la communauté internationale», observe-t-il.

«Ma première visite aux Émirats arabes unis remonte à 2005. Le pays connaissait alors un développement considérable, mais depuis, il a connu une croissance exponentielle. Les 10 ou 15 prochaines années dans cette région, y compris en Arabie saoudite d'ailleurs, seront donc très bonnes.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'armée américaine annonce une nouvelle «vague de frappes» mercredi en Iran

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
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  • L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines
  • Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé avoir lancé une nouvelle "vague de frappes"  en Iran, à partir de 10H00 GMT mercredi.

"Ces frappes ont pour objectif de réduire encore les capacités militaires des forces iraniennes, utilisées pour attaquer la navigation commerciale dans le détroit d'Ormuz", a détaillé le commandement central américain sur son compte X.

La guerre entre Iran et Etats-Unis s'installe, Ormuz de nouveau paralysé

L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines. Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi.

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains.

Les affrontements avaient repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, mais Téhéran est pour l'heure épargnée, comme les installations pétrolières et gazières du Golfe.

Et Israël n'y participe pas pour l'instant.

"Tous les jours, je me réveille en me demandant si la situation va s'apaiser ou empirer", témoigne auprès de l'AFP Moustafa Mohammed, un comptable soudanais de 39 ans vivant au Koweït. "L'incertitude étreint tout le monde".

30 civils morts 

Mercredi, la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par les Etats-Unis, comme les environs de ville d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués dans leur caserne, selon l'armée iranienne qui a recensé 13 tirs de missiles américains.

Téhéran avait déjà rapporté des bombardements la veille puis dans la nuit, notamment dans la région du détroit d'Ormuz - à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm -, et dans la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

L'armée américaine a elle annoncé une nouvelle "vague de frappes" mercredi.

Plus de 30 civils sont morts depuis que la confrontation a repris, selon le gouvernement iranien.

En riposte, Téhéran a ciblé Bahreïn, le Koweït et la Jordanie. Les Gardiens de la Révolution ont notamment dit avoir visé des installations de la Cinquième flotte des Etats-Unis à Bahreïn, et le centre logistique de Mina Abdullah utilisé par l'armée américaine.

"Graves conséquences" 

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises et par lequel transitait d'ordinaire 20% du brut et du gaz liquéfié (GNL) mondial, plusieurs pétroliers ont été attaqués ces derniers jours et le trafic s'est raréfié.

Outre l'impact sur le commerce mondial d'hydrocarbures, l'ONU s'est alarmée mardi des "graves conséquences socio-économiques et humanitaires" du blocage de cette "voie de passage essentielle dont dépendent des millions de personnes" pour la nourriture, les médicaments et autres produits de première nécessité.

Le baril de Brent, référence internationale, qui s'est envolé depuis la reprise des hostilités, progressait légèrement mercredi, se situant autour de 85 dollars.

Les Gardiens iraniens, qui ont affirmé que le détroit "resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis mettent fin à leurs actes d'agression", ont aussi évoqué la possible fermeture "d'autres voies d'exportation de pétrole et de gaz qui servent les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés", sans détailler.

Avec la réimposition du blocus, le président américain entend lui faire pression sur Téhéran qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

Comme Téhéran, qui envisage de faire payer la traversée, Donald Trump avait assuré vouloir prélever une redevance en échange de la protection de cette route maritime, au mépris du droit international et du principe de la liberté de navigation.

Mais il a fait marche arrière mardi, évoquant plutôt "des accords de commerce et d'investissements" avec les monarchies du Golfe.

"Vraiment mal tourner" 

Le président américain a lancé un nouvel ultimatum aux Iraniens: soit ils reprennent les négociations, soit "la semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux", a-t-il dit, évoquant la possibilité de bombarder des ponts et des centrales électriques.

Il avait envoyé la semaine dernière une notice officielle au Congrès pour signaler la reprise du conflit.

Durant le précédent blocus, décidé en avril en représailles au verrouillage d'Ormuz par Téhéran, l'Iran n'avait pas pu exporter "un seul baril de pétrole", selon son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'opération avait "joué un rôle déterminant dans la conclusion du protocole d'accord", selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).


Trump fait l'éloge d'un Premier ministre irakien en quête d'investissements

Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
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  • Donald Trump a salué le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi, qui promet de désarmer les groupes armés pro-iraniens d'ici fin septembre et d'ouvrir davantage l'Irak aux investissements américains
  • Bagdad cherche à renforcer son partenariat avec Washington tout en préservant son équilibre diplomatique avec l'Iran, dans un contexte de fortes tensions régionales

WASHINGTON: Donald Trump a salué mardi le leadership du Premier ministre irakien Ali al-Zaidi qui a de son côté promis de désarmer les groupes pro-iraniens présents dans le pays et s'est dit prêt à accueillir les entreprises américaines.

Parlant d'une "formidable alchimie" entre eux, le président américain a jugé que le dirigeant irakien était "un champion".

"Il a remporté une élection que beaucoup de gens n'avaient pas prévue", a-t-il affirmé devant la presse dans le Bureau ovale au côté du dirigeant irakien, insistant sur le fait qu'il l'avait "endossé".

"C'est un grand combattant, et c'est un grand admirateur des Etats-Unis", a ajouté le président américain en rappelant que le pays disposait d'énormes réserves de pétrole.

La visite du Premier ministre irakien -- son premier déplacement à l'étranger depuis sa prise de fonction en avril -- intervient en pleine reprise des affrontements entre les deux grands alliés de l'Irak, l'Iran et les Etats-Unis, dont l'opposition de longue date a fait du pays un terrain d'affrontement par procuration.

Ali al-Zaidi est arrivé lundi aux Etats-Unis pour ce déplacement d'une semaine. Il doit rencontrer également des représentants de compagnies pétrolières et des élus.

L'ex-homme d'affaires, arrivé au pouvoir avec l'appui du président américain, s'est engagé à dynamiser la fragile économie de son pays, qui dépend fortement de ses exportations de pétrole.

Il est surtout sous pression pour désarmer les groupes armés irakiens pro-iraniens, accusés d'avoir mené des centaines d'attaques sur des infrastructures américaines en Irak pendant la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l'Iran fin février.

"Il s'agit de ma première visite aux Etats-Unis, non pas d'un simple voyage d'agrément, mais d'une déclaration de partenariat économique", a lancé pour sa part M. Zaidi.

"Le 30 septembre, les forces américaines se retireront et les entreprises américaines s'installeront" en Irak, a-t-il dit en soulignant que le gouvernement prendrait "le monopole sur les armes".

"Après le 30 septembre, les factions n'auront plus lieu d'être (..) et nous n'autoriserons aucune entité à porter des armes en dehors de l'Etat", a-t-il dit, condition indispensable selon lui pour attirer les investissements.

- "Maintenir l'équilibre" -

Son gouvernement a donné aux groupes armés, désignés comme organisations terroristes par les Etats-Unis, jusqu'au 30 septembre pour se désarmer, date coïncidant avec le retrait d'Irak de la coalition internationale dirigée par Washington pour combattre les jihadistes.

Si Bagdad a adopté récemment une position plus favorable aux Etats-Unis, cela ne "signifie pas que l'Irak tourne le dos à l'Iran", a souligné un haut responsable irakien à l'AFP, sous couvert d'anonymat.

L'Irak "doit maintenir l'équilibre en vigueur de longue date" entre ses alliés, a-t-il déclaré.

La semaine dernière, des villes saintes chiites irakiennes ont accueilli d'immenses cortèges à l'occasion des funérailles de l'ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué dans les frappes en Iran fin février.

En signe de soutien au dirigeant irakien, Washington a repris les envois de liquidités au titre des revenus pétroliers de l'Irak, gérés par la Réserve fédérale de New York depuis 2003, année de l'invasion américaine de l'Irak qui avait plongé le pays dans des années de violences.

Ces transferts de fonds avaient été suspendus plus tôt cette année pour accentuer la pression sur Bagdad afin qu'il désarme les groupes armés pro-iraniens.

Certains d'entre eux ont dit qu'ils coopéreraient avec le gouvernement irakien, mais d'autres refusent toujours de rendre les armes.

"Tant qu'il y a une guerre dans la région, ni eux ni l'Iran n'accepteront" le désarmement, a estimé le haut responsable irakien.

Ces groupes, dont la puissance politique et financière a augmenté au fil des années, demandent depuis longtemps le retrait des troupes américaines de la coalition antijihadiste, établie en 2014 pour lutter contre l'organisation Etat islamique.

- En quête d'investissements -

L'Irak tente de tourner la page de décennies de violences, mais souffre toujours d'infrastructures et de services publics défaillants et d'une corruption endémique.

"C'est un fardeau qu'il faut partager avec un partenaire stratégique. Le partenaire stratégique le plus important au monde, ce sont les Etats-Unis", a relevé M. Zaidi.

Ces derniers mois, l'Irak a conclu plusieurs accords avec des compagnies pétrolières américaines.

D'autres accords devraient être signés cette semaine à Washington, notamment l'un portant sur la création d'un fonds auquel l'Irak apportera 500.000 barils de pétrole par jour contre l'amélioration de son approvisionnement en électricité.

Pays fondateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'Irak dépend fortement de ses exportations de brut, qui représentent ordinairement 90% de ses recettes budgétaires et transitent en grande majorité par le détroit d'Ormuz, au coeur des hostilités actuelles.


Nouveaux échanges de frappes au Moyen-Orient, Washington reprend son blocus des ports iraniens

Des navires sont amarrés le long d'un quai du terminal à conteneurs de Khor Fakkan, seul port naturel en eau profonde de la région et l'un des principaux ports à conteneurs de l'émirat de Charjah, sur le golfe d'Oman, le 14 juillet 2026. (AFP)
Des navires sont amarrés le long d'un quai du terminal à conteneurs de Khor Fakkan, seul port naturel en eau profonde de la région et l'un des principaux ports à conteneurs de l'émirat de Charjah, sur le golfe d'Oman, le 14 juillet 2026. (AFP)
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  • Les États-Unis ont repris leurs frappes contre l'Iran et rétabli un blocus naval, tandis que Téhéran affirme maintenir la fermeture du détroit d'Ormuz jusqu'à la fin des attaques américaines
  • L'escalade militaire fragilise le cessez-le-feu et les efforts diplomatiques, avec des risques majeurs pour le commerce mondial de l'énergie et la sécurité régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont lancé une nouvelle série de frappes contre l'Iran et réimposé un blocus de ses ports, Téhéran promettant mercredi que le détroit maritime d'Ormuz resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines.

La reprise du blocus naval - effective depuis 20H00 GMT mardi - et l'intensification des bombardements minent les efforts diplomatiques pour rendre durable le protocole d'accord signé le 17 juin par les Etats-Unis et l'Iran, qui entérinait le cessez-le-feu conclu en avril.

L'armée américaine a achevé mardi soir "une nouvelle série de frappes" visant des "dizaines de cibles militaires" iraniennes, a déclaré le Commandement central américain (Centcom).

L'Iran, après avoir rapporté des bombardements tous azimuts sur son sol, a riposté mercredi en attaquant des installations américaines dans plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ont également affirmé que le détroit d'Ormuz "resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis mettent fin à leurs actes d'agression", dans un communiqué diffusé par la télévision d'Etat iranienne.

Sans donner de détails, ils ont aussi évoqué une possible fermeture "d'autres voies d'exportation de pétrole et de gaz qui servent les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés".

Dans le détroit d'Ormuz et ses environs, où le trafic maritime s'est raréfié, plusieurs pétroliers ont été attaqués, faisant au moins deux morts et plusieurs blessés depuis lundi soir, selon l'Organisation maritime internationale.

Outre l'impact sur le commerce mondial d'hydrocarbures, l'ONU s'est alarmée mardi des "graves conséquences socio-économiques et humanitaires" du blocage de cette "voie de passage essentielle dont dépendent des millions de personnes" pour la nourriture, les médicaments et autres produits de première nécessité.

- Protocole "démantelé" -

Après la décision des Etats-Unis de réinstaurer un blocus naval du pays, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a estimé que Washington avait "démantelé" le protocole d'accord.

Donald Trump a, lui, renouvelé ses menaces à l'encontre de Téhéran.

"La semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux", à moins qu'ils ne "s'assoient à la table des négociations", a-t-il déclaré sur Fox News, évoquant la possibilité de bombarder des ponts et des centrales électriques du pays.

Comme Téhéran, qui envisage de faire payer la traversée du détroit d'Ormuz, il avait assuré lundi vouloir prélever une redevance en échange de la protection de cette route maritime, au mépris du droit international et du principe de la liberté de navigation. Mais il a fait marche arrière mardi, remplaçant ce projet par "des accords de commerce et d'investissements" avec les monarchies du Golfe.

- Quatrième nuit de frappes -

Sur le terrain, l'Iran a rapporté tout au long de la journée, puis dans la nuit de mardi à mercredi, des bombardements sur son territoire notamment à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm - sur le détroit d'Ormuz - et dans la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

Le Centcom américain a de son côté affirmé que des frappes avaient été menées "sur des sites de missiles et de drones iraniens, des capacités navales et des systèmes de défense côtière".

Il s'agit de la quatrième nuit de frappes américaines d'affilée. Donald Trump a envoyé la semaine dernière une notice officielle au Congrès pour signaler la reprise du conflit, déclenché le 28 février par des bombardements des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran.

Téhéran a, en retour, attaqué des installations américaines dans plusieurs monarchies du Golfe.

Le Koweït, touché mardi par des frappes iraniennes ayant blessé quatre militaires, a fait état dans la nuit de nouvelles attaques de drones. L'Iran a dit y avoir frappé le centre logistique de Mina Abdullah utilisé par l'armée américaine, selon les Gardiens iraniens.

A Bahreïn, où les sirènes d'alerte ont retenti, ces derniers ont affirmé avoir visé des installations de la marine américaine.

En Jordanie, l'armée a déclaré avoir abattu trois missiles lancés par l'Iran qui, selon la télévision d'Etat iranienne, y a mobilisé des drones contre des hangars sur la base Al-Azraq et contre une installation abritant des chasseurs F-18.

- "Pas un seul baril" -

Avec la réimposition du blocus naval, le président américain entend faire pression sur Téhéran, qui veut garder la main sur le détroit où il n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

Durant le précédent blocus, décidé en avril en représailles au verrouillage du détroit d'Ormuz par Téhéran, l'Iran n'avait pas pu exporter "un seul baril de pétrole", selon son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'opération avait "joué un rôle déterminant dans la conclusion du protocole d'accord", selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).