Dérapages racistes, ennuis judiciaires: un édile encombrant pour le clan Zemmour

Des manifestants tiennent une banderole indiquant "Zone antiraciste, revirement d'Eric Zemmour", lors d'une manifestation contre l'inauguration d'un bureau du parti politique d'extrême droite Reconquete à Marseille, dans le sud de la France, le 2 février 2023. (AFP)
Des manifestants tiennent une banderole indiquant "Zone antiraciste, revirement d'Eric Zemmour", lors d'une manifestation contre l'inauguration d'un bureau du parti politique d'extrême droite Reconquete à Marseille, dans le sud de la France, le 2 février 2023. (AFP)
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Publié le Mercredi 29 mars 2023

Dérapages racistes, ennuis judiciaires: un édile encombrant pour le clan Zemmour

  • Après son SMS, le président LR de l'Isère Jean-Pierre Barbier l'a exclu de la majorité départementale. Il «a ses opinions, que je ne partage pas»
  • Gérard Dézempte est un électron libre passé par le RPR, l'UMP et LR avant de fonder son petit parti, Ensemble pour la France, puis de rejoindre le camp Zemmour

CHARVIEU-CHAVAGNEUX: Abonné aux polémiques, le maire Reconquête de Charvieu-Chavagneux (Isère) Gérard Dézempte est accusé de racisme par un opposant, dernier épisode d'une série de coups d'éclat et ennuis judiciaires, potentiellement embarrassants pour le parti d'Eric Zemmour.

Maire indéboulonnable depuis 1983 de cette commune ouvrière proche de l'aéroport de Lyon, Gérard Dézempte, 71 ans, est un électron libre passé par le RPR, l'UMP et LR avant de fonder son petit parti, Ensemble pour la France (EPF), puis de rejoindre le camp Zemmour pendant la dernière campagne présidentielle.

Le parcours de celui qui flirte depuis longtemps avec l'extrême droite est jalonné de controverses, la dernière en date soulevée par un SMS aux termes très crus, dans lequel il traite M. Dissa de "bonobo"

Ce message révélé par Le Dauphiné Libéré vise son principal opposant au conseil municipal Mamadou Dissa.

"Je suis choqué, consterné", déplore cet élu de 56 ans, en annonçant à l'AFP son intention de porter plainte pour "injure raciste".

"Lorsque je demande un éclairage sur un sujet, le maire me dit +M. Dissa vous resterez dans le noir+, c'est ça la réalité des conseils municipaux", explique-t-il.

"Il n'est pas méchant Gérard, c'est vrai qu'il y a toujours des histoires avec lui, mais il fait partie du paysage", tempère André Faure, un retraité de 76 ans rencontré dans les rues de Charvieu-le-Haut.

Samia Othman, elle, désespère. "On commence à le connaître celui-là, on sait tous ce qu'il pense et c'est fatigant", témoigne cette quinquagénaire sans emploi qui a toujours vécu dans cette cité de quelque 10.000 habitants.

«Décomplexé»

Par le passé, l'édile aux fines lunettes et à la moustache fournie, également conseiller départemental, s'est attiré les foudres des associations antiracistes avec ses délibérations polémiques.

Interdiction de l’enseignement de l’arabe et du turc, accueil de réfugiés sous condition de chrétienté, interdiction des menus de substitution à la viande de porc dans les cantines, couvre-feu pour les mineurs après des dégradations... La liste est longue.

Accusé par M. Dissa de distiller sa "haine", le maire n'a pas souhaité s'exprimer auprès de l'AFP. "Je suis à la limite mais je ne dérape jamais", a-t-il récemment assuré au Dauphiné.

"Dans les transfuges des gaullistes du RPR, surtout en Isère, ils ne sont pas si nombreux à être passés à des positions aussi extrêmes, mais M. Dézempte n'a pas de raison d'être moins décomplexé, ses électeurs lui font confiance depuis 40 ans", pointe le chercheur Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite.

Aux dernières municipales, il l'avait emporté avec près de 64% des voix contre M. Dissa, l'abstention frisant les 50%.

«A l'ancienne»

Après son SMS, le président LR de l'Isère Jean-Pierre Barbier l'a exclu de la majorité départementale. Il "a ses opinions, que je ne partage pas. Si ce message est vérifié c'est un délit, donc il n'a pas de place dans notre majorité", explique-t-il à l'AFP.

L'horizon du maire s'obscurcit également côté judiciaire. Le parquet de Vienne a ouvert en juillet une enquête contre X pour "détournement de fonds publics, favoritisme et prise illégale d’intérêts", puis des perquisitions ont été menées le 15 mars à l'hôtel de ville.

L'enquête résulte d'un signalement de la Cour régionale des comptes (CRC), qui a fustigé sa gestion dans un rapport, pointant les conditions d'organisation d'une visite d'Éric Zemmour en novembre 2021, et des pratiques irrégulières diverses.

La CRC a notamment pointé des signatures de la belle-fille et adjointe du maire "concernant son époux ou ses fils".

"Ca va bien avec la figure du personnage politique à l'ancienne, qui reste dans une logique de fief féodal, de baronnie personnelle", souligne M. Camus.

Le maire avait déjà été condamné en 2013 pour "prise illégale d’intérêts" dans un dossier de parcelles foncières dont il est propriétaire. En 2015, il avait été relaxé en appel d'une condamnation pour discrimination envers un couple de Français d'origine maghrébine voulant acquérir un pavillon dans sa commune.

Contactés par l'AFP sur un éventuel "malaise Dézempte", les responsables de Reconquête n'ont pas donné suite.


Guerre au Moyen-Orient: la gauche française appelle Macron à rester dans une logique défensive

Mathilde Panot (2e à droite), présidente du groupe LFI–NFP, s’exprime après le premier vote sur les motions de censure contre le budget 2026, adopté via le 49.3, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
Mathilde Panot (2e à droite), présidente du groupe LFI–NFP, s’exprime après le premier vote sur les motions de censure contre le budget 2026, adopté via le 49.3, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
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  • La gauche française appelle à la prudence, demandant au président Emmanuel Macron de rester dans une posture défensive et de ne pas soutenir une guerre jugée « illégale » menée par Donald Trump et Benjamin Netanyahou sans mandat international
  • Malgré le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle et d’autres moyens militaires, plusieurs responsables de gauche (LFI, PS, PCF) réclament un cessez-le-feu immédiat, le respect du droit international et refusent toute escalade régionale

PARIS: La gauche française a appelé mercredi le président Emmanuel Macron à rester dans une logique défensive et à ne pas soutenir "une guerre illégale" après l'annonce du déploiement de moyens militaires pour protéger les intérêts de la France et de ses alliés frappés par la riposte iranienne aux attaques israélo-américaines.

"La France a raison d'honorer ses engagements mais nous ferons très attention à ce que la France ne mette pas un doigt dans une guerre illégale qui a été décidée uniquement par Trump et Netanyahou", a prévenu la cheffe des députés insoumis (LFI, gauche radicale) Mathilde Panot sur France inter.

"La France doit se situer du côté du cessez-le-feu immédiat, du droit international. Je suis très inquiète quand j'entends un ancien Premier ministre, Gabriel Attal, expliquer qu'il faudrait envoyer valser l'ONU qu'il compare à une ONG climatique", a-t-elle plaidé.

Lors de son allocution solennelle mardi soir, Emmanuel Macron a annoncé le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle, d'avions Rafale, d'une frégate et de moyens de défense anti-aérienne au Moyen-Orient.

Le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a reconnu sur X que "la protection de nos compatriotes, de nos alliés, le respect de nos engagements vis à vis de Chypre, l’intégrité territoriale du Liban ami, doivent être soutenus".

Mais cela ne doit pas "conduire à un soutien implicite à la guerre conduite sans mandat par Trump et Netanyahu", a-t-il ajouté en demandant "le retour du droit international" et "le refus d'une escalade régionale dont personne ne maîtrise l'ampleur".

Le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel a lui jugé que l'envoi du porte-avions Charles de Gaulle "constitue un nouveau palier dans l'escalade militaire".


Moyen-Orient: Macron annonce des renforts militaires dont le Charles de Gaulle

Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
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  • "J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée"
  • Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran

PARIS: Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée.

"J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée", a affirmé le président dans une allocution télévisée. Il a aussi annoncé l'envoi dans la région d'avions Rafale, de systèmes de défense anti-aérienne et de radar aéroporté, qui ont été déployés "ces dernières heures", ainsi que l'envoi à Chypre de la frégate Languedoc et de moyens anti-aériens.

Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran, et que deux bases françaises avaient subi dans ce conflit des "frappes limitées, ayant causé des dégâts matériels".

 


Dans le quartier de Belleville à Paris, un ramadan entre ferveur et inquiétude

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
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  • Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne
  • L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré

PARIS: Des étals chargés de pâtisseries, d’épices et d’olives, des pains encore tièdes, des galettes dorées, des montagnes de dattes et des rangées de sodas. Comme chaque année, le traditionnel marché du ramadan a investi les trottoirs du boulevard de Belleville (dans le XIe arrondissement de Paris), transformant le lieu en un vaste théâtre gourmand à ciel ouvert.

Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne. L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré.

belleville

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. Certains restaurants ont même fermé leur salle pour la transformer en cuisine de production, où l’on pétrit du pain à la chaîne, nature ou farci.

Pour les commerçants, c’est le moment le plus intense de l’année : les odeurs de pain grillé et de pâtisseries au miel attirent les passants, souvent sans idée précise de ce qu’ils vont acheter. « On ne sait jamais vraiment ce qu’on vient chercher, mais on trouve toujours ce qui nous plaît », sourit Nahel, venu faire ses courses avec sa fille, dans ses sacs : des feuilles de brick, de la crème et du pain arabe.

À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire

Le marché est devenu bien plus qu’un lieu d’approvisionnement : c’est un rendez-vous collectif, un moment attendu, une tradition solidement ancrée dans la vie du quartier. À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire ; même les commerces qui ne vendent habituellement pas de nourriture participent.

Monsef, gérant d’une boutique de téléphonie, a installé devant sa vitrine des cageots de menthe et de fruits. « Ça ne rapporte pas grand-chose, mais on veut faire partie de la fête », explique-t-il.

Pour beaucoup, le ramadan est avant tout un temps de lien social et de générosité : les repas partagés se multiplient, les dons aussi. « On distribue des repas, on aide les plus démunis, on se rend davantage à la mosquée ; le mois sacré reste un moment de spiritualité et de solidarité », indique un restaurateur.

belleville

Mais cette année, la ferveur est traversée par une inquiétude persistante : les conversations glissent régulièrement vers l’actualité internationale marquée, depuis quelques jours, par la guerre au Proche-Orient. Impossible pour certains de ne pas penser à ce qui se passe à Gaza ou, plus largement, dans l’ensemble de la région. « Quand on voit qu’ici on profite du ramadan et qu’ailleurs certains vivent sous les bombes, ça met mal à l’aise », confie Majid, commerçant.

Les télévisions allumées au moment de la rupture du jeûne en témoignent : certains préfèrent les séries traditionnelles du mois sacré, d’autres suivent en continu les chaînes d’information. La fête existe, mais elle est plus grave, plus retenue, comme si la joie devait désormais cohabiter avec l’inquiétude.

À cela s’ajoute une autre préoccupation : le budget. Car le ramadan reste un mois de générosité et d’abondance, mais cette abondance a un prix. Les commerçants constatent que les habitudes changent : les clients comparent davantage, achètent plus prudemment ; l’inflation est dans tous les esprits. « Les prix ont augmenté comme tout le reste, observe un épicier. Même si les gens ne le disent pas toujours, on sent qu’ils sont touchés. »

Pour beaucoup de familles modestes, le mois sacré exige une véritable préparation financière : certains mettent de l’argent de côté toute l’année pour pouvoir garnir la table plus généreusement qu’à l’ordinaire. Car le ramadan est aussi une fête domestique, rythmée par les invitations, les repas partagés et l’abondance symbolique, mais cette générosité pèse.

« On dépense beaucoup. On est obligés de prévoir, sinon on ne s’en sort pas », reconnaît une habituée du quartier, venue acheter des pâtisseries qui lui rappellent son pays d’origine, la Tunisie, et plus précisément Tunis.

belleville

Pour les habitants issus de l’immigration, le ramadan à Belleville est aussi une manière de recréer un peu du pays quitté : les saveurs, les odeurs, les produits traditionnels permettent de maintenir un lien affectif avec les racines. Certains viennent même de loin pour retrouver cette ambiance. Salma, franco-libanaise, a fait le déplacement simplement pour ressentir cette atmosphère familière, qui la rapproche de ses souvenirs malgré la distance et les inquiétudes liées à l’actualité de sa région d’origine.

Entre abondance et retenue, joie et gravité, le ramadan 2026 s’inscrit dans une époque troublée. À Belleville, on continue de célébrer, de partager, mais cela n’atténue pas le ressentiment face aux souffrances du monde et aux difficultés du quotidien.