Les défenseurs des droits dénoncent «le tapis rouge» à Sissi

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (Photo, Costas BALTAS/AFP/POOL).
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (Photo, Costas BALTAS/AFP/POOL).
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Publié le Samedi 05 décembre 2020

Les défenseurs des droits dénoncent «le tapis rouge» à Sissi

  • Une manifestation est prévue mardi devant l'Assemblée nationale à l'appel d'une vingtaine d'ONG pour dénoncer « le partenariat stratégique » entre la France et l'Egypte
  • « On est stupéfait que la France déroule le tapis rouge à un dictateur alors qu'il y a plus de 60 000 détenus d'opinion aujourd'hui en Egypte »

PARIS: « Stupéfaits de voir le tapis rouge déroulé » aux pieds du président égyptien, les défenseurs des droits humains demandent à l'occasion de sa prochaine visite à Paris que la France « passe des discours aux actes » et conditionne son soutien militaire à l'Egypte à la libération des prisonniers politiques.

Une manifestation est prévue mardi à 18H00 (17H00 GMT) devant l'Assemblée nationale à l'appel d'une vingtaine d'ONG pour dénoncer « le partenariat stratégique » entre la France et l'Egypte au nom de la lutte antiterroriste.

« On est stupéfait que la France déroule le tapis rouge à un dictateur alors qu'il y a plus de 60 000 détenus d'opinion aujourd'hui en Egypte », a déclaré Antoine Madelin, un des responsables de la FIDH (Fédération internationale des droits humains), une des organisatrices de la manifestation.

La « visite d'Etat » d'Abdel Fattah al-Sissi, de dimanche à mardi, prévoit notamment une procession militaire des Invalides à l'Elysée, un passage à l'Arc de Triomphe ainsi que des rencontres au plus haut niveau politique.

Dans leur appel, les ONG fustigent un pouvoir égyptien qui « se sert abusivement de la législation antiterroriste pour éradiquer le travail légitime en faveur des droits humains et supprimer toute dissidence pacifique ».

Alors qu'en visite au Caire début 2019, Emmanuel Macron avait demandé à Al-Sissi de « protéger les droits humains », il y a eu depuis « une escalade dans la répression » pour aboutir à « la situation la plus grave de l'histoire moderne de l'Egypte », selon Madelin.

« Les avocats, les journalistes, les défenseurs des droits humains y sont poursuivis, harcelés, réprimés », déclare-t-il.

Pour lui, « passer du discours aux actes » signifie « arrêter les ventes d'armes et de matériel de surveillance électronique par des sociétés françaises dans les conditions actuelles, au risque sinon de se retrouver complices de la répression ».

La FIDH s'est félicitée de la libération annoncée jeudi de trois dirigeants de l'organisation égyptienne EIPR, après un appel de 17 ONG internationales et de personnalités comme les actrices Scarlet Johansson et Emma Thompson. 

Mais « l'Egypte reste une dictature, si deux ou trois personnes sont libérées aujourd'hui, d'autres seront arrêtées la semaine prochaine », selon la FIDH.

Selon les défenseurs des droits, avec 1,4 milliard d'euros en 2017, la France devance désormais les Etats-Unis pour les ventes d'armes à l'Egypte.

Céline Lebrun est l'épouse de l'égypto-palestinien Ramy Shaath, une des figures du Printemps arabe cairote de 2011, en détention « préventive » depuis son arrestation le 5 juillet 2019.

« Son dossier est complètement vide, les accusations (de « troubles contre l'Etat ») sont dénuées de tout élément de preuve », explique cette enseignante en sciences politiques. Sa détention provisoire a été renouvelée à 19 reprises en 17 mois, Céline Lebrun n'a pu l'avoir au téléphone que deux fois, la première en mai 2020 et en août. Il est emprisonné avec 13 codétenus dans une cellule de 25 m2 : « il dort à même le sol sur des couvertures » alors que sa santé est précaire. 

« Message fort et cohérent »

Au-delà de son mari, Lebrun souligne les « milliers de personnes détenues sans preuves ou pour des charges liées au terrorisme alors que les Nations Unies ont critiqué l'utilisation par l'Egypte de cette législation ».

Elle attend du président Macron et des responsables politiques qu'al-Sissi rencontrera à Paris, « un message fort et cohérent » aboutissant à la libération de son « époux et des autres prisonniers d'opinion égyptiens ».

Pour Lebrun, la France et l'Union européenne et les institutions internationales « détiennent des moyens pour faire entendre raison à l'Egypte ».

Les défenseurs des droits recommandent de conditionner toute aide à l'Egypte à des avancées en matière de droits de l'homme comme a promis de recommencer à le faire le président élu américain Joe Biden.

Quant à la conviction de la France que l'Egypte d'al-Sissi serait un « facteur de stabilisation régionale », les défenseurs des droits s'inscrivent en faux.

« J'ai l'impression que l'Egypte ressemble de plus en plus à une cocotte minute prête à exploser », estime Céline Lebrun, alors que des acteurs de la société civile comme son mari pourraient « canaliser une opposition pacifique et démocratique ».


L'Iran dément avoir visé l'ambassade américaine à Ryad 

L'ambassadeur d'Iran en Arabie saoudite, Alireza Enayati, a catégoriquement démenti jeudi que son pays ait frappé l'ambassade des Etats-Unis dans le royaume cette semaine, comme l'en avait accusé Ryad. (AFP)
L'ambassadeur d'Iran en Arabie saoudite, Alireza Enayati, a catégoriquement démenti jeudi que son pays ait frappé l'ambassade des Etats-Unis dans le royaume cette semaine, comme l'en avait accusé Ryad. (AFP)
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  • L'Arabie saoudite a accusé à plusieurs reprises Téhéran d'avoir lancé des salves de missiles et des attaques de drones sur son territoire et a averti que le royaume se réservait le droit de se défendre, y compris par des représailles
  • Ryad a notamment accusé l'Iran d'avoir attaqué à deux reprises avec des drones la vaste raffinerie de Ras Tanura, l'une des plus importantes du Moyen-Orient, ce que Téhéran a démenti

RYAD: L'ambassadeur d'Iran en Arabie saoudite, Alireza Enayati, a catégoriquement démenti jeudi que son pays ait frappé l'ambassade des Etats-Unis dans le royaume cette semaine, comme l'en avait accusé Ryad.

"Aucun drone n'a été lancé depuis l'Iran vers l'ambassade des Etats-Unis à Ryad", a-t-il déclaré dans un entretien exclusif à l'AFP.

"Si le commandement des opérations à Téhéran attaque quelque part, il en assume la responsabilité", a-t-il assuré.

L'Iran mène depuis samedi des frappes sur les pays du Golfe, disant y viser les installations américaines, après l'attaque lancée par les Etats-Unis et Israël, prélude à une guerre qui déborde en dehors de la région.

L'Arabie saoudite a accusé à plusieurs reprises Téhéran d'avoir lancé des salves de missiles et des attaques de drones sur son territoire et a averti que le royaume se réservait le droit de se défendre, y compris par des représailles.

Ryad a notamment accusé l'Iran d'avoir attaqué à deux reprises avec des drones la vaste raffinerie de Ras Tanura, l'une des plus importantes du Moyen-Orient, ce que Téhéran a démenti.

De la même manière, l'Iran n'a "aucun rôle dans l'attaque (de drone, NDLR) qui a ciblé l'ambassade américaine" et provoqué un incendie, a affirmé Alireza Enayati.

Guerre "imposée" 

Le diplomate a exprimé sa reconnaissance envers l'Arabie saoudite pour son engagement à ne pas autoriser l'utilisation de son espace aérien, ni de son territoire, pendant la guerre.

"Nous apprécions ce que nous avons entendu à plusieurs reprises de la part de l'Arabie saoudite: qu'elle n'autorise pas l'utilisation de son espace aérien, de ses eaux ou de son territoire contre la République islamique d'Iran", a-t-il dit.

Avant le déclenchement de la guerre, Ryad avait apporté son soutien aux efforts diplomatiques visant à apaiser les tensions entre Téhéran et Washington et avait promis de ne pas autoriser l'utilisation de son espace aérien pour des attaques contre l'Iran.

Après des années d'hostilité, l'Iran, à majorité chiite, et l'Arabie saoudite, à majorité sunnite, avaient renoué leurs relations en 2023, à la suite d'un accord surprise négocié par l'intermédiaire de la Chine.

Ryad avait rompu en 2016 ses relations diplomatiques avec la République islamique après que son ambassade à Téhéran et son consulat à Mashhad, dans le nord-ouest du pays, avaient été attaqués lors de manifestations. Celles-ci avaient suivi l'exécution par l'Arabie saoudite du religieux chiite saoudien Nimr al-Nimr.

Depuis que la guerre lancée par des frappes américano-israéliennes contre l'Iran embrase le Moyen-Orient, au moins 13 personnes ont été tuées dans le Golfe, dont sept civils.

"Ceci n'est pas une guerre régionale et ça n'est pas notre guerre. Elle a été imposée à la région", a regretté Alireza Enayati.

 

 


Le ministre saoudien de la Défense s'entretient avec son homologue des Émirats arabes unis et condamne les attaques iraniennes

 Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid bin Salman, s'est entretenu avec son homologue émirati, le cheikh Hamdan bin Mohammed Al-Maktoum, jeudi. (@DXBMediaOffice)
Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid bin Salman, s'est entretenu avec son homologue émirati, le cheikh Hamdan bin Mohammed Al-Maktoum, jeudi. (@DXBMediaOffice)
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  • Les ministres ont condamné l'agression iranienne contre le Royaume, les Émirats arabes unis et d'autres pays
  • Ils ont déclaré que leurs pays se réservaient le droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder leurs capacités

RIYAD: Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, s'est entretenu jeudi avec son homologue émirati, le cheikh Hamdan bin Mohammed Al-Maktoum.

Au cours de cet entretien, les ministres ont condamné l'agression iranienne contre le Royaume, les Émirats arabes unis et d'autres nations, a écrit le prince Khalid sur X.

Les attaques iraniennes ont été décrites comme une "violation claire des conventions internationales, ainsi que de la souveraineté, de la sécurité et de la sûreté des nations", a déclaré le Dubai Media Office.

"Les deux parties ont souligné que de tels actes ont de graves implications pour la sécurité et la stabilité régionales et internationales", a ajouté le bureau.

Les deux ministres ont également affirmé leur entière solidarité et leur engagement à soutenir toutes les mesures prises en réponse à ces actes, a déclaré le prince Khalid.

Ils ont ajouté que leurs pays se réservaient le droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder leurs capacités et assurer la sécurité de tous ceux qui vivent dans les deux pays.


Liban: frappe sur la banlieue sud de Beyrouth après un avis d'évacuation 

La banlieue sud de Beyrouth a été visée jeudi soir par une frappe israélienne après un avis d'évacuation, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).
La banlieue sud de Beyrouth a été visée jeudi soir par une frappe israélienne après un avis d'évacuation, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).
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  • La banlieue sud de Beyrouth a été visée jeudi soir par une frappe israélienne après un avis d'évacuation, selon l'Agence nationale d'information
  • La panique s'est emparée de Beyrouth dans l'après-midi, après un appel inédit d'Israël à évacuer toute la banlieue sud qu'il pilonne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale, lundi

BEYROUTH: La banlieue sud de Beyrouth a été visée jeudi soir par une frappe israélienne après un avis d'évacuation, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Un panache de fumée se dégage du lieu du site, selon des images de l'AFPTV.

La panique s'est emparée de Beyrouth dans l'après-midi, après un appel inédit d'Israël à évacuer toute la banlieue sud qu'il pilonne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale, lundi.