Le sauvetage du pétrolier Safer comporte des «risques évidents», estime l'ONU

L'une des premières images du FSO Safer prises depuis le navire de sauvetage Ndeavor près de la côte du Yémen en 2013 (Photo, Boskalis/AFP).
L'une des premières images du FSO Safer prises depuis le navire de sauvetage Ndeavor près de la côte du Yémen en 2013 (Photo, Boskalis/AFP).
Short Url
Publié le Jeudi 01 juin 2023

Le sauvetage du pétrolier Safer comporte des «risques évidents», estime l'ONU

  • Le FSO Safer, vieux de 47 ans, transformé en terminal flottant de stockage et de déchargement, est ancré au large du port stratégique de Hodeida
  • En cas de marée noire en mer Rouge liée au Safer, les Nations unies estiment à 20 milliards de dollars le coût du seul nettoyage

NATIONS UNIES: Le transfert d'une énorme cargaison de pétrole d'un supertanker délabré au large du Yémen comporte des "risques évidents", mais attendre une marée noire "inévitable", sans rien faire, n'était "pas une option", a insisté mercredi un haut responsable de l'ONU.

Le FSO Safer, vieux de 47 ans, transformé en terminal flottant de stockage et de déchargement, est ancré au large du port stratégique de Hodeida, sans avoir été entretenu depuis 2015, alors que le Yémen est plongé dans l'une des pires crises humanitaires au monde en raison de la guerre qui oppose le pouvoir aux rebelles Houthis.

Les premières images envoyées cette semaine par l'équipage du navire de soutien technique Ndeavor, de l'entreprise Boskalis et dont la filiale SMIT Salvage mènera les opérations, ont montré "un vieux pétrolier rouillé", a commenté auprès de l'AFP Achim Steiner, patron du Programme de l'ONU pour le développement (PNUD), à la manoeuvre dans ce dossier.

Le tour du bateau et le premier visuel des experts montés à bord mercredi "n'ont rien révélé que nous n'attendions pas", explique-t-il. Mais il faudra attendre plusieurs jours pour une véritable évaluation.

Dans tous les cas, le transfert prévu de l'équivalent de plus d'un million de barils de pétrole du Safer vers le Nautica, supertanker acheté par le PNUD qui attend à Djibouti, ne sera pas une promenade de santé.

Quatre fois la quantité de pétrole de l'Exxon Valdez

"Les risques que quelque chose se passe mal sont réels, ils sont évidents. Et si quelque chose se passe mal, beaucoup de questions seront posées", reconnaît Achim Steiner.

"Des questions auxquelles on peut répondre : tourner le dos n'était pas une option".

Parce que "le scénario du pire", la menace que le Safer se brise, explose ou prenne feu, "était de plus en plus considérée comme un risque inévitable", insiste-t-il.

Or selon l'ONU, il contient quatre fois la quantité de pétrole de l'Exxon Valdez, pétrolier qui a provoqué en 1989 l'une des plus grandes catastrophes environnementales de l'histoire des États-Unis.

En cas de marée noire en mer Rouge liée au Safer, les Nations unies estiment à 20 milliards de dollars le coût du seul nettoyage.

Alors "les Nations unies ont pris la décision de se porter volontaires, parce que l'alternative aurait été simplement de ne rien faire et d'attendre l'accident", lance le patron du PNUD, assurant que tout est fait pour "réduire les risques".

D'abord, la sécurisation du Safer dont les systèmes ne sont plus opérationnels. Ainsi, dans les prochains jours, "des gaz inertes" vont être injectés dans les réservoirs pour "réduire les risques d'explosion ou d'incendie".

Si le pire se produisait, le PNUD et l'Organisation maritime internationale ont prévu un "plan de secours qui dépasse de loin le site du Safer", incluant l'hypothèse d'une marée noire atteignant des côtes où le nettoyage serait compliqué par la présence de mines.

«Complexité immense»

Une "complexité immense" qui a impliqué avocats, experts, consortium d'assurances, sans oublier l'accord des parties au conflit au Yémen. Des risques qui ont aussi découragé certains donneurs potentiels : il manque encore 29 millions de dollars pour cette opération de plus de 140 millions de dollars.

Même quand le pompage du pétrole vers le Nautica sera terminé -- "si tout se passe comme prévu" d'ici début ou mi-juillet -- le responsable onusien ne sera pas complètement soulagé.

Le pompage concerne uniquement le brut liquide. Or au fil des ans, "une sorte de boue" de pétrole s'est créée au fond des réservoirs, boue que les experts de SMIT devront aller enlever, explique-t-il.

Le sauvetage ne sera terminé que lorsque le Safer sera remorqué vers un parc à ferraille.

D'ici là, la qualité du pétrole sera évaluée.

S'il n'a pas été contaminé par l'eau de mer ou d'autres substances, il pourrait représenter "plusieurs dizaines de millions de dollars", estime Achim Steiner. "Des revenus qui pourraient être utilisés pour aider la population du Yémen désespérée, qui se bat pour survivre".

Mais l'ONU s'est concentrée dans ses négociations sur l'opération de sauvetage, et non sur la destination de possibles revenus.

Le coordinateur de l'ONU au Yémen David Gressly "continuera à discuter" avec les deux parties au conflit, "en espérant parvenir à une conclusion à laquelle tout le monde peut adhérer".


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.


Accord-cadre entre Liban et Israël, qui laisse deux "zones pilotes" à l'armée libanaise

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
  • Israël, le Liban et les États-Unis ont signé un accord-cadre pour avancer vers une paix durable, incluant le désarmement progressif du Hezbollah
  • Israël maintiendra ses troupes dans le sud du Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah, tandis que Washington promet un soutien humanitaire et sécuritaire

WASHINGTON: Israël, le Liban et les Etats-Unis ont signé vendredi à Washington un accord-cadre visant à trouver "une paix durable" entre les deux pays du Proche-Orient, Israël assurant que son armée resterait au Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah pro-iranien.

"Nous sommes heureux d'annoncer un accord-cadre entre le gouvernement souverain du Liban et le gouvernement d'Israël, avec la médiation et le soutien des Etats-Unis", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio avant la signature.

Ce texte pose la première pierre d'"un cadre pour une paix et une sécurité durables", a-t-il estimé.

Il s'agit d'un "premier pas" vers la restauration de la souveraineté du Liban, sans "occupation", "subordination", ni "tutelle", a déclaré de son côté le président libanais Joseph Aoun.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a lui estimé que le texte faisait courir un risque de "guerre civile" en cas d'application par les autorités libanaises.

L'un des points clés est le "désarmement vérifié des groupes armés non étatiques et du démantèlement des infrastructures qui leur sont associées", dont le Hezbollah pro-Téhéran qui s'est toujours opposé aux négociations.

Après l'annonce de l'accord, des partisans du mouvement ont manifesté dans les rues de Beyrouth, notamment dans les quartiers proches du Parlement et le long d'une route menant à l'aéroport, et ont bloqué au moins une route avec des pneus enflammés, selon l'ANI, une agence officielle.

Un correspondant de l'AFP a également vu des postes de contrôle temporaires de l'armée libanaise être mis en place dans plusieurs rues.

- "Zones pilotes" -

Le Liban et Israël avaient entamé mi-avril des discussions directes à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Cette session de pourparlers était la cinquième.

L'accord-cadre prévoit notamment de confier progressivement à l'armée libanaise le contrôle de deux "zones pilotes", qui ont vocation à se multiplier jusqu'à ce que les forces étatiques aient la main sur tous les secteurs concernés, devant y permettre à terme le retour des civils.

L'une des deux premières zones est située au sud et l'autre au nord du fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël.

Le retrait israélien devrait être limité puisque Benjamin Netanyahu a répété que son armée resterait dans le sud du Liban jusqu'à ce que le Hezbollah "soit désarmé".

La disparition de cette menace" éliminera toute nécessité future d'une intervention militaire ou d'une présence des Forces de défense d'Israël au Liban", et "le gouvernement israélien déclare n'avoir aucune ambition territoriale au Liban", dispose ainsi l'accord.

- "Début du début" -

A Washington, Marco Rubio a décrit le texte comme "le début du début". Il a annoncé dans un communiqué une "aide humanitaire immédiate de 100 millions de dollars, en coordination avec les Nations unies", ainsi qu'un versement de "plus de 30 millions de dollars" aux Forces armées libanaises "en faveur d'une paix durable au Liban".

Le chef de l'aide humanitaire à l'ONU, Tom Fletcher, a ainsi plaidé pour un accès "sûr, continu et libre" des organisations aux personnes dans le besoin, un déminage et la réparation prioritaire des infrastructures essentielles.

Selon l'accord-cadre, les Etats-Unis soutiendront plus généralement le gouvernement libanais pour la reconstruction du pays, la relance économique et les "perspectives de prospérité". De son côté, Beyrouth s'engage à s'assurer que les fonds n'atterrissent pas entre les mains de groupes armés et d'entités liées.

Les hostilités sur le front libanais ont repris début mars après des tirs du Hezbollah pro-iranien vers Israël, déclenchés en soutien à Téhéran visé par une offensive militaire israélo-américaine.

L'armée israélienne a mené de vastes frappes aériennes au Liban et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon les autorités libanaises. Elle occupe une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de sa frontière, censée protéger les habitants du nord d'Israël.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.


Le président libanais salue les efforts de Paris et Rome pour former une coalition succédant à la Finul

Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
  • Le Liban soutient le projet franco-italien de coalition multinationale pour remplacer la Finul après 2026 et renforcer sa souveraineté
  • Les tensions persistent dans le sud malgré une accalmie, tandis que l'ONU défend le maintien d'une présence internationale

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a salué vendredi les efforts de la France et de l'Italie pour former une coalition multinationale appelée à succéder à la force de maintien de la paix de l'ONU dans son pays, dont le mandat expire fin 2026.

Sous pression américaine, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé en août dernier de fixer à décembre la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Rome et Paris, importants contributeurs à cette mission, veulent préparer un relais.

Dans un communiqué, M. Aoun a qualifié cette initiative d'"expression sincère de l'engagement international en faveur du soutien à la souveraineté et à la stabilité du Liban, et une reconnaissance réelle du rôle joué par l'(armée libanaise) dans le maintien de la sécurité et l'extension de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble de son territoire", en particulier dans le sud du pays, actuellement occupé en partie par l'armée israélienne.

Le Liban, a-t-il ajouté, est disposé à adopter "toute formule internationale qui renforce les capacités de ses forces armées et préserve son intégrité territoriale".

Le président français Emmanuel Macron et la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, ont annoncé jeudi vouloir mettre en place une "coalition" multinationale sous leur direction, pour renforcer la "souveraineté au Liban" et empêcher que le pays ne devienne "une base pour une escalade régionale".

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays.

Ils sont déployés dans le sud du Liban, le long de la Ligne bleue qui s'étend sur 120 kilomètres, traçant une frontière de facto entre le Liban et Israël.

Depuis le 2 mars, le conflit entre Israël et le mouvement islamiste pro-iranien Hezbollah, fortement implanté dans cette région, a repris après l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

L'armée israélienne a entrepris son incursion militaire la plus profonde au Liban depuis l'an 2000.

Malgré une accalmie sur le terrain, les frappes israéliennes se sont poursuivies ces derniers jours, faisant au moins sept morts depuis mardi, selon les autorités libanaises.

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU.

Il a proposé trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme pour permettre notamment de surveiller le cessez-le-feu et soutenir les forces armées libanaises.