En Irak, l'exil amer des jeunes Kurdes d'Iran ayant fui la répression

Une Kurde irakienne travaille dans la cuisine d'un magasin de bonbons portant le nom de Mahsa Amini, à Arbil, la capitale de la région kurde autonome du nord de l'Irak, le 22 juin 2023. (Photo de Safin HAMID / AFP)
Une Kurde irakienne travaille dans la cuisine d'un magasin de bonbons portant le nom de Mahsa Amini, à Arbil, la capitale de la région kurde autonome du nord de l'Irak, le 22 juin 2023. (Photo de Safin HAMID / AFP)
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Publié le Samedi 22 juillet 2023

En Irak, l'exil amer des jeunes Kurdes d'Iran ayant fui la répression

  • Les liens entre Kurdistan d'Irak et Kurdistan d'Iran voisins sont étroits: des deux côtés de la frontière, on parle le même dialecte et nombreux sont ceux qui comptent des parents dans les deux pays
  • Quelque 10.500 Iraniens sont installés au Kurdistan d'Irak, certains depuis des années, selon le gouvernement régional

ERBIL, Irak : Serveuse au Kurdistan d'Irak, Sarina fait profil bas. Dans une autre vie, l'adolescente kurde manifestait en Iran contre la mort en détention de Mahsa Amini, mais la répression implacable ne lui a laissé d'autre choix que celui de l'exil.

Depuis plusieurs mois, Sarina, 17 ans, vit à Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan, dans le nord de l'Irak, qui partage avec l'Iran une longue frontière poreuse. Le matin, elle sert le thé dans une agence immobilière, le soir elle est serveuse dans un restaurant, de quoi gagner 800 dollars pour son loyer et les dépenses du quotidien.

«Ma famille est inquiète pour moi», confie-t-elle, s'abstenant de donner son nom de famille par mesure de sécurité. Mais «elle est contrainte d'accepter ma présence ici».

En septembre 2022, de passage chez sa mère à Mahabad, ville kurde du nord-ouest de l'Iran, elle apprenait comme le monde entier la mort de Mahsa Amini, jeune Kurde arrêtée par la police qui lui reprochait d'avoir enfreint le code vestimentaire strict imposé aux femmes, comme le port du voile.

L'adolescente rejoint alors les manifestations à Mahabad, bravant la répression sanglante. De retour dans sa ville d'Oshnavieh, elle reste mobilisée. Mais quand un ami est arrêté, elle bascule dans la clandestinité.

«Au début, je pensais rester deux jours loin de la maison: si les forces de sécurité ne venaient pas, ça signifiait que je ne risquais rien», se souvient-elle. Mais les forces de l'ordre font irruption chez elle et son oncle est arrêté.

Sarina n'a plus le choix: elle franchit en octobre la frontière, et arrive au Kurdistan d'Irak, où vivent de nombreux Kurdes iraniens.

- Peur d'être reconnue -

Craignant d'être reconnue à Erbil, elle porte encore un masque anti-covid. Mais elle ne veut pas partir plus loin.

«S'il se passe quelque chose (en Iran), je veux pouvoir rentrer rapidement», dit-elle.

La répression des manifestations en Iran a provoqué un afflux vers l'Irak, mais difficile de chiffrer ces arrivées.

Les liens entre Kurdistan d'Irak et Kurdistan d'Iran voisins sont étroits: des deux côtés de la frontière, on parle le même dialecte et nombreux sont ceux qui comptent des parents dans les deux pays.

Certains viennent travailler dans le nord de l'Irak, fuyant les difficultés économiques en Iran, visé par des sanctions américaines.

C'est aussi au Kurdistan d'Irak que sont implantés depuis des décennies les groupes armés de l'opposition kurde iranienne. L'Iran a d'ailleurs bombardé plusieurs fois leurs positions, les accusant d'être impliqués dans les manifestations, et a demandé à l'Irak de renforcer la sécurité à la frontière.

Mi-juillet, un commandant militaire iranien a brandi la menace d'une reprise des bombardements, si l'Irak ne désarmait pas ces groupes d'ici septembre.

Originaire de la ville kurde de Piranshahr (nord-ouest de l'Iran), Fouad est arrivé en janvier à Erbil, après avoir franchi les montagnes enneigées à la frontière.

L'architecte de 27 ans qui préfère utiliser un pseudonyme vend désormais des ordinateurs portables dans un magasin d'informatique. Son patron le laisse dormir sur un matelas dans la réserve.

- «Vie sans but» -

«Les jours et les nuits se succèdent et je vis une vie sans but», déplore-t-il. «J'ai laissé tout ce que j'avais en Iran: mes parents, ma maison, mon travail».

Lui aussi a manifesté en Iran. Quand le frère d'un ami est arrêté, c'est le début de 40 jours de cavale. «Les forces de sécurité ont débarqué à la maison», assure-t-il.

Il porte sur ses frêles épaules le poids de l'inquiétude familiale. «Quand ma mère appelle, elle a les larmes aux yeux. Mon père aussi». Mais il ne se voit pas rentrer en Iran. «Je ne m'y sentirais pas en sécurité, je pourrais être arrêté».

Quelque 10.500 Iraniens sont installés au Kurdistan d'Irak, certains depuis des années, selon le gouvernement régional. Parmi eux, le pâtissier Rizgar Khasraw, à Erbil depuis plus d'une décennie avec sa famille.

Originaire de la ville kurde de Mariwan (ouest de l'Iran), il a soutenu les manifestations dans son pays.

Le quadragénaire a même donné à son deuxième magasin le nom de Mahsa Amini, faisant figurer sur l'enseigne un portrait de la jeune femme, souriante, fleur dans les cheveux: «Elle est un symbole de liberté», confie-t-il.


Le président syrien dément vouloir intervenir au Liban

Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer. (AFP)
Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer. (AFP)
  • "Nous recherchons des canaux économiques entre le Liban et la Syrie et non des canaux militaires", a affirmé le chef de l'Etat syrien dans un entretien diffusé sur la chaîne de télévision Al Mashhad
  • Le même jour, Donald Trump a déclaré à Fox News être "déçu qu'Israël ne parvienne pas à vaincre le Hezbollah" libanais pro-iranien, ajoutant, au sujet de la lutte contre ce groupe armé: "Je suis sur le point de la confier à la Syrie"

DAMAS: Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer.

"Nous recherchons des canaux économiques entre le Liban et la Syrie et non des canaux militaires", a affirmé le chef de l'Etat syrien dans un entretien diffusé sur la chaîne de télévision Al Mashhad.

Le même jour, Donald Trump a déclaré à Fox News être "déçu qu'Israël ne parvienne pas à vaincre le Hezbollah" libanais pro-iranien, ajoutant, au sujet de la lutte contre ce groupe armé: "Je suis sur le point de la confier à la Syrie".

Peu auparavant, au sommet du G7 en France, le président américain avait dit: "si Israël ne peut pas faire le boulot sans tuer tout le monde, il (M. al-Chareh, ndlr) le fera".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars en tirant des roquettes sur Israël pour venger l'assassinat, quelques jours plus tôt, du guide suprême iranien Ali Khamenei, son soutien, au cours de frappes américano-israéliennes.

Israël a riposté par des bombardements aériens et une offensive terrestre.

L'accord irano-américain signé cette semaine visant à mettre fin au conflit au Moyen-Orient inclut le Liban, où les combats se sont arrêtés samedi soir.

Dans son interview dimanche, le chef de l'Etat syrien a assuré que son pays avait "proposé aux Etats-Unis que la guerre cesse", ajoutant : "il faut trouver diverses solutions, notamment économiques, politiques et sociales, y compris le rétablissement des relations et de l'axe économique vital entre la Syrie et le Liban".

"Parallèlement, il est nécessaire de mettre en place des mesures de sécurité qui répondent en priorité aux préoccupations syriennes et libanaises mais aussi à celles d'Israël", a-t-il poursuivi.

Le Hezbollah a combattu pendant la guerre civile en Syrie aux côtés de l'ex-président Bachar el-Assad.

De ce fait, Ahmad al-Chareh, qui a renversé ce dernier en 2024, est profondément hostile à ce mouvement.

La Syrie a dominé le Liban pendant des décennies à la suite de l'intervention de son armée au moment de la guerre civile de 1975-1990, ne se retirant qu'en 2005, ce qui rend toute nouvelle implication militaire extrêmement délicate.

"La Syrie dispose de nombreux moyens pour avoir un impact positif au Liban mais cela dépend avant tout de l'accord du Liban", a encore dit le chef de l'Etat.

"La Syrie est très préoccupée par la situation intérieure du Liban car la sécurité et la stabilité du Liban sont indissociables de celles de la Syrie", a martelé Ahmad al-Chareh.

Interrogé sur la possibilité de dialoguer avec le Hezbollah, il a répondu : "si cela sert les intérêts du Liban et préserve ceux de la Syrie, pourquoi pas?".


Liban: le chef du Hezbollah dit refuser toute zone de sécurité israélienne dans le sud

  • "Israël est un agresseur et doit partir. Les Etats-Unis assument l'entière responsabilité" des actions israéliennes, a réagi Naïm Qassem
  • "Même si Israël multiplie ses actes criminels, nous (nous) défendrons", a-t-il assuré

BEYROUTH: Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a refusé dimanche toute zone de sécurité israélienne dans le sud du Liban, après qu'Israël a dit vouloir y maintenir son armée.

Le maintien de forces israéliennes sur le sol libanais est "impossible" et "il n'y a pas de zones de sécurité pour Israël", a déclaré le chef du groupe pro-iranien dans une adresse télévisée.

"Nous avons une armée libanaise seule à même de se déployer et responsable de la sauvegarde de la souveraineté" du Liban, "et c'est avec elle que nous coopérons", a-t-il ajouté.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars par le Hezbollah, en soutien à Téhéran visé par une offensive israélo-américaine.

Depuis, l'armée israélienne mène une offensive terrestre dans le sud du pays et opère dans ce qui est présenté comme une zone de sécurité d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de la frontière, devant protéger les habitants du nord d'Israël.

Un cessez-le-feu avait été annoncé vendredi, après un précédent qui n'avait pas été respecté.

L'armée israélienne restera dans le sud du Liban "aussi longtemps que nécessaire", a déclaré dimanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, sur fond de négociations entre l'Iran et les Etats-Unis en Suisse pour mettre fin au conflit dans la région.

Le ministre de la Défense, Israël Katz, a en outre affirmé que les troupes israéliennes pouvaient agir "sans aucune restriction" pour "éliminer les menaces" au Liban.

"Israël ne se retirera pas de la zone de sécurité au Liban", a-t-il répété.

"Israël est un agresseur et doit partir. Les Etats-Unis assument l'entière responsabilité" des actions israéliennes, a réagi Naïm Qassem.

"Même si Israël multiplie ses actes criminels, nous (nous) défendrons", a-t-il assuré.

Le chef du Hezbollah a tenu ces propos après l'ouverture en Suisse dimanche des pourparlers censés finaliser un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran.

L'Iran, qui a dit qu'aucun accord avec les Etats-Unis ne serait possible sans cessation des hostilités au Liban, avait annoncé samedi une nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz en représailles aux attaques israéliennes sur ce pays.

Le Liban connaît depuis samedi soir une accalmie, l'armée israélienne ayant reçu l'ordre de cesser les affrontements avec le Hezbollah.

"J'invite le pouvoir libanais à tirer profit du protocole d'entente", a affirmé Naïm Qassem.

L'Iran "a fermé le détroit d'Ormuz pour le Liban. C'est une arme entre vos mains (...). Utilisez-la", a-t-il ajouté.

Sous la pression des Etats-Unis, le Liban a entamé en avril des pourparlers directs avec Israël à Washington, que le Hezbollah rejette. Un cinquième cycle de négociations doit débuter la semaine prochaine.


Nouvel embrasement au Liban: quatre soldats israéliens tués, « tout le Liban doit brûler» estime Ben Gvir 

Des frappes israéliennes dans la nuit de jeudi à vendredi dans le sud du Liban ont fait 18 morts et 33 blessés selon Beyrouth, Israël déplorant de son côté la perte de quatre soldats. (AFP)
Des frappes israéliennes dans la nuit de jeudi à vendredi dans le sud du Liban ont fait 18 morts et 33 blessés selon Beyrouth, Israël déplorant de son côté la perte de quatre soldats. (AFP)
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  • "Les frappes aériennes israéliennes intensives menées à partir de minuit et jusqu'à ce matin ont empêché l'évacuation des martyrs et des blessés, et ont fait 18 morts et 33 blessés, selon un bilan provisoire", a indiqué le ministère libanais de la Santé
  • Elles ont touché au moins 10 localités, à proximité de la ville de Nabatiyé dans le sud du Liban, dont celle de Harouf, où huit personnes sont mortes, selon l'Agence nationale d'information libanaise (ANI)

BEYROUTH: Des frappes israéliennes dans la nuit de jeudi à vendredi dans le sud du Liban ont fait 18 morts et 33 blessés selon Beyrouth, Israël déplorant de son côté la perte de quatre soldats.

Il s'agit des bombardements les plus massifs et du bilan le plus lourd depuis l'annonce lundi d'un protocole irano-américain, qui prévoit une cessation des hostilités, y compris au Liban, où s'affrontent Israël et le mouvement islamiste Hezbollah, allié de Téhéran.

"Les frappes aériennes israéliennes intensives menées à partir de minuit et jusqu'à ce matin ont empêché l'évacuation des martyrs et des blessés, et ont fait 18 morts et 33 blessés, selon un bilan provisoire", a indiqué le ministère libanais de la Santé dans un communiqué.

Elles ont touché au moins 10 localités, à proximité de la ville de Nabatiyé dans le sud du Liban, dont celle de Harouf, où huit personnes sont mortes, selon l'Agence nationale d'information libanaise (ANI).

D'autres frappes israéliennes ont visé la région de Baalbek dans l'est du pays, relativement épargnée depuis le début du conflit le 2 mars.

De nombreux habitants ont fui le sud après ces raids, selon l'Agence nationale d'information libanaise (ANI). Des voitures bondées, avec matelas et effets personnels, ont envahi les routes, quittant la région de Tyr, a constaté un correspondant de l'AFP.

"Tout le Liban doit brûler" 

L'armée israélienne a affirmé de son côté avoir frappé des infrastructures du Hezbollah en riposte à la mort de ces soldats, dont le char a été touché peu après minuit dans la zone de Kfar Tebnit, près de Nabatiyé.

Les correspondants militaires des médias israéliens évoquent l'impact d'"un missile ou d'un drone".

"Le lieutenant-colonel Dor Gedalia Ben Simhon est tombé au combat" dans le sud du Liban avec "trois autres soldats" dont les noms seront publiés ultérieurement, a précisé l'armée. Elle dénonce les "violations répétées du cessez-le-feu par le Hezbollah", qui "continue de préparer et mener des attaques terroristes contre des soldats israéliens".

"Tout le Liban doit brûler", a réagi de son côté le ministre de la Sécurité nationale israélien Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite et allié politique clef du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

"Ça suffit le ping-pong. Au Proche-Orient, on ne gagne pas avec des réactions mesurées et de la retenue", a-t-il ajouté. "Il faut être fou, éradiquer. Et vaincre le terrorisme".

"Il faut faire parler le feu (...) Ouvrir les portes de l'enfer", a déclaré sur X son collègue et rival d'extrême droite Bezalel Smotrich, ministre des Finances, sans mentionner explicitement le Liban mais en faisant allusion à la mort des soldats.

Dans une déclaration publiée au petit matin, le groupe pro-iranien a annoncé que ses combattants avaient ciblé les forces israéliennes près des collines d'Ali Taher, qui surplombent la ville de Nabatiyé, par des tirs "de roquettes et d'obus de mortier".

Il avait affirmé dans la nuit avoir détruit trois chars israéliens lors d'affrontements entre ses combattants et une unité de l'armée israélienne dans le sud du Liban.