Arabie saoudite: Le sommet mondial de l'archéologie d'AlUla se dévoile

Une vue de la salle de concert Maraya, le plus grand bâtiment en miroir du monde, à AlUla, un site classé au patrimoine mondial de l'Unesco dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite, le 19 février 2023 (Photo, AFP).
Une vue de la salle de concert Maraya, le plus grand bâtiment en miroir du monde, à AlUla, un site classé au patrimoine mondial de l'Unesco dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite, le 19 février 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 13 septembre 2023

Arabie saoudite: Le sommet mondial de l'archéologie d'AlUla se dévoile

  • Cet événement vise à créer un environnement de collaboration interdisciplinaire et d'échange de connaissances
  • L’Arabie saoudite accueille également la 45e session du Comité du patrimoine mondial de l'Unesco

DHAHRAN : L'Arabie saoudite abrite une multitude de trésors archéologiques qui s'étendent de l'ère néolithique au début du XXe siècle.

Il n'y a donc peut-être pas de meilleur endroit dans la région pour accueillir un rassemblement des plus grands cerveaux du monde en matière de patrimoine et d'antiquité.

L’Arabie saoudite organisera le premier sommet mondial de l'archéologie d'AlUla dans l'ancienne ville-oasis éponyme du 13 au 15 septembre. Organisé par la Commission royale pour AlUla, le sommet se tiendra dans la salle de concert Maraya d'AlUla.

Cet évènement survient alors que le gouvernement saoudien met en œuvre des politiques visant à faciliter l'accès des archéologues étrangers et locaux aux sites du patrimoine culturel qui abondent dans le nord-ouest du pays et à leur permettre de les examiner.

Le sommet réunira 60 conférenciers de tous horizons professionnels et de toutes spécialités – du patrimoine culturel et de l'archéologie aux médias et à l'entrepreneuriat – venus du monde entier.

Vue du ciel de l'oasis d'AlUla (Photo, Commission royale pour AlUla).

Abdel Rahmane Alsuhaibani, directeur exécutif de l'archéologie, de la conservation et des collections de la Commission royale pour AlUla, a déclaré à Arab News : «Le sommet mondial de l'archéologie d'AlUla favorisera un environnement de collaboration interdisciplinaire et d'échange de connaissances.»

«Inspirés par le passé commun de l'humanité, nous nous concentrerons sur des solutions innovantes susceptibles d'avoir un impact durable sur le monde. Nous sommes ravis d'accueillir le sommet inaugural à AlUla, où le monde s'est réuni et où nous nous réunirons à nouveau», a-t-il ajouté.

La Commission royale pour AlUla a été fondée par décret royal en 2017 et chargée de préserver et de développer AlUla conformément au programme de réforme sociale et de diversification économique de l'Arabie saoudite, la Vision 2030.

Alsuhaibani a indiqué que l'événement d’AlUla avait été classé comme un sommet plutôt que comme une simple conférence à cause de l'étendue de l'expertise que les délégués apporteraient à la table.

«Il ne s'agit pas d'une conférence scientifique où l'on discute de problèmes scientifiques liés au domaine de l'archéologie», a-t-il précisé.

«Il s'agit d'un sommet qui vise à permettre à tous les archéologues et à ceux qui travaillent dans d'autres domaines liés à l'archéologie, comme les musées et l'anthropologie – tous les domaines liés à l'archéologie – de se réunir et de collaborer», a-t-il poursuivi.

EN BREF

Au moins 60 experts arriveront en Arabie saoudite pour discuter des développements dans le domaine de l'archéologie.

Le sommet vise à renforcer la coopération entre les archéologues du monde entier.


L'Arabie saoudite possède plusieurs sites patrimoniaux qui étaient jusqu'à présent difficiles à visiter pour les experts étrangers.

Le sommet offrira «une plate-forme et une scène» pour discuter des développements dans ce domaine, non seulement en ce qui concerne l'Arabie saoudite et le Moyen-Orient, mais aussi dans le monde entier.

«Ce sommet doit également permettre de discuter des défis auxquels nous sommes confrontés dans le monde par le biais de l'archéologie et d'autres domaines similaires», a mentionné Alsuhaibani.

L'un des principaux sujets à débattre est l'identité et la manière dont l'archéologie pouvait façonner ou remodeler les perceptions de celle-ci. Le programme principal de l'événement sur invitation seulement se concentrera sur les quatre thèmes de l'identité, de la résilience, des paysages de ruines et de l'accessibilité.

L'événement ne sera pas ouvert au public, mais les principaux thèmes et sujets abordés seront disponibles, ainsi que des extraits vidéo, peu après la fin de l'événement.

L'une des discussions importantes prévues pour le sommet portera sur la manière dont l'archéologie pourrait être utilisée pour faire face aux problèmes mondiaux.

Le sommet mettra également en évidence la manière dont les découvertes archéologiques en Arabie saoudite pourraient faire plus qu'améliorer la compréhension de l'identité et de l'histoire locales, mais aussi améliorer la connaissance et l'appréciation d'une humanité commune partagée.

Le quartier des arts d'Al-Jadidah à AlUla (Photo, Commission royale pour AlUla).

AlUla est un lieu approprié pour accueillir une telle discussion. Les découvertes passées et récentes sur ce riche site archéologique de la province occidentale de Médine, en Arabie saoudite, montrent qu'il a été un carrefour pour diverses cultures anciennes et une voie commerciale mondiale principale reliant l'Orient et l'Occident.

Dans l'Antiquité, AlUla était une ville marchande et faisait partie de la route commerciale de l'encens – un réseau complexe de routes pour le commerce des pierres précieuses, de la soie, des perles, des épices et d'autres produits de luxe qui reliait la région méditerranéenne à l'Inde en passant par l'Égypte, le Levant et, bien sûr, l'Arabie saoudite d'aujourd'hui.

En août, Majed al-Zahoufi, passionné d'astronomie, a expliqué le lien intime entre les sites historiques d'AlUla et le cosmos. Pendant des millénaires, les premières civilisations ont entretenu un lien étroit avec les étoiles, indispensables pour naviguer lors de longs voyages, qui continue d'influencer la région jusqu'à ce jour.

Outre les nombreuses preuves matérielles de l'existence d'une civilisation antique dynamique à AlUla, les histoires racontées par les guides révèlent que la voûte étoilée de la vaste région désertique a joué un rôle essentiel pour guider les voyageurs et les caravanes commerciales à travers les vastes paysages arides.

Tout porte à croire que la région a été une importante route commerciale à travers les âges.

La région d'Al-Gharameel à AlUla est un paradis pour l'observation des étoiles, où l'on peut voir environ 6 000 étoiles scintillantes (Photo fournie).

Les découvertes faites à AlUla et ailleurs en Arabie saoudite au cours des dernières décennies se sont avérées cruciales pour la compréhension archéologique commune de l'humanité. Aujourd'hui, AlUla jouera à nouveau un rôle important dans l'élargissement de cette compréhension grâce au prochain sommet.

Robert Bewley, directeur des projets d'archéologie aérienne en Jordanie et à Oman, et délégué à l'événement prochain, a déclaré à Arab News : «En organisant un sommet, vous réunissez toutes les personnes qui ont travaillé au cours des deux ou trois dernières décennies, et plus particulièrement au cours des cinq dernières années.»

«La raison pour laquelle ce sommet est important, c'est que les archéologues ne peuvent faire leur interprétation que sur la base des preuves qu'ils ont. Ils ont toujours su que l'Arabie saoudite possédait un énorme patrimoine archéologique, mais il était difficile d'y avoir accès.

«Pour moi, ce sommet ouvre une porte qui a été fermée pendant trop longtemps», a estimé Bewley.

Alsuhaiban a souligné qu'AlUla était rapidement devenu l'un des plus grands centres d'activités archéologiques au monde, et a indiqué qu'il y avait actuellement 14 projets de terrain en cours à AlUla.

Les formations rocheuses de Gharameel sont composées de couches sédimentaires façonnées par d'anciens environnements marins et fluviaux (Photo fournie).

D'octobre à décembre de cette année, plus de 150 archéologues du monde entier devraient effectuer des travaux de terrain dans la région.

En ce qui concerne la place de la péninsule arabique dans l'histoire du monde, Bewley a souligné sa «connectivité» en tant que carrefour des civilisations.

«Si l'on renverse la Méditerranée et qu'au lieu de regarder vers le nord et le sud et de voir la Méditerranée comme l'Est et l'Ouest, on peut voir qu'il y a eu une quantité massive d'échanges et de mouvements entre les peuples, de l'Afrique à l'Inde, puis jusqu'à la péninsule arabique», a-t-il expliqué.

Par conséquent, les sociétés modernes réparties en Europe, en Afrique et en Asie sont davantage liées par le sang et par la culture qu'elles ne le croient ou ne le réalisent – un point que le sommet d'AlUla espérait faire ressortir.

«L'histoire et la culture anciennes dépassent nos frontières nationales actuelles. C'est pourquoi ce sommet est si important, car je suis sûr que nous pourrons avoir ces conversations», a ajouté Bewley.

Paysage de l'oasis d'AlUla (Photo, Commission royale pour AlUla).

Le sommet mondial de l'archéologie d'AlUla reflétera également les objectifs des réformes de la Vision 2030 de l'Arabie saoudite, qui visent à développer les secteurs et les industries non pétroliers du pays, notamment la recherche universitaire, les sciences, la conservation et le tourisme patrimonial.

Le sommet coïncidera également avec l'accueil de la 45e session du Comité du patrimoine mondial de l'Unesco par l'Arabie saoudite, un événement organisé pour la première fois par l’Arabie saoudite. La session a débuté dans la capitale Riyad le 10 septembre et s'achèvera le 25 septembre.

Ces deux événements montrent que le pays est en train de devenir une plaque tournante pour les discussions de haut niveau et les événements culturels dans la région et au-delà.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


A Tyr, dans le sud du Liban, des joyaux de l'antiquité sous les bombes israéliennes

Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
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  • Le site antique de Tyr, classé à l’UNESCO, est protégé symboliquement par l’initiative « Boucliers bleus », mais reste exposé aux frappes israéliennes dans le contexte du conflit avec le Hezbollah
  • Les attaques ont déjà causé des victimes civiles à proximité des vestiges, suscitant des inquiétudes sur la protection du patrimoine archéologique du sud du Liban en pleine guerre

TYR: Le "bouclier" pourra-t-il arrêter la foudre? Sur le site archéologique d'Al-Bass, dans le sud du Liban, aucune présence militaire mais un panneau symbolique de l'Unesco flanqué d'un écusson bleu et blanc, unique rempart pour protéger les ruines antiques des bombes israéliennes.

Située à une vingtaine de km de la frontière avec Israël, Tyr, l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, a été la cible de plusieurs frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah le 2 mars.

L'initiative "Boucliers bleus", lancée par un comité lié à l'Unesco, concerne une trentaine de sites au Liban, dont celui de Tyr. C'est d'abord un message adressé à l'armée israélienne: la convention de la Haye de 1954 oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé.

Le 6 mars, une frappe israélienne s'est abattue à quelques mètres des poteries anciennes. Huit personnes, une famille entière, ont été tuées, selon les autorités. Leur maison, pulvérisée par l'explosion, n'est plus qu'un amas de gravats, à côté d'une voiture calcinée. 

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Un emblème de protection renforcée, symbole du droit international humanitaire, est affiché sur le site de l’hippodrome romain à Tyr, le 23 mars 2026. À Al-Bass, aucun dispositif militaire, seulement un signe censé protéger les ruines antiques, désormais touchées par les frappes. (AFP)

"C'était nos voisins, ils vivaient ici depuis des décennies (...) Ils pensaient que la proximité du site les protégerait parce qu'il est classé au patrimoine mondial de l'Unesco, qu'il ne serait pas touché", raconte Nader Saqlaoui, directeur des fouilles archéologiques dans le sud, rattaché au ministère de la Culture.

Détail macabre, l'équipe venue inspecter d'éventuels dégâts sur les monuments a, dit-il, "découvert des restes humains sur le toit du musée" encore en construction.

Celui-ci a subi quelques dommages, ses vitres ont volé en éclats, mais l'explosion n'a pas atteint la nécropole des IIe et IIIe siècles, ni l'arc de triomphe monumental, les aqueducs ou encore l'hippodrome qui s'élèvent sur le site, témoins d'une époque romaine prospère.

Beaucoup d'habitants de la ville ont fui, à la suite d'un appel à évacuer d'Israël, mais quelques milliers sont restés, avec des combattants du Hezbollah pro-iranien - et les précieux vestiges.

Durant l'Antiquité, la ville fut un important port phénicien, avant d'être conquise par Alexandre le Grand, puis l'Empire romain.

Le ministre de la Culture Ghassan Salamé a dénoncé une "agression" d'Israël.

"Il n'existe aucune présence militaire ou sécuritaire sur ces sites (archéologiques, NDLR) et un tel argument ne peut être utilisé pour les bombarder ou y porter atteinte", a-t-il fustigé dans un communiqué.

Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne, qui dit viser le Hezbollah, n'a pas commenté dans un premier temps.

- Transport risqué -

Les archéologues doivent encore examiner les vieilles pierres pour détecter d'éventuelles fissures ou altérations qui pourraient avoir été provoquées par l'onde de choc.

"Le Liban est plein de richesses archéologiques (...) et les dépôts de Beyrouth n'ont pas la capacité d'accueillir tous ces objets" menacés, raconte David Sassine, expert de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine (Aliph), une fondation qui aide le gouvernement à aménager des lieux sécurisés pour les objets de valeur.

Le dilemme est double: rien ne garantit qu'ils seront davantage en sécurité dans la capitale, elle-même bombardée régulièrement par Israël, et le transport des objets depuis le sud du pays, même sous escorte militaire, "reste risqué", dit-il. 

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Caisses remplies de fragments de poteries antiques après une frappe israélienne près de l’hippodrome romain à Tyr, au sud du Liban, le 23 mars 2026. À Al-Bass, un simple emblème de protection marque un site archéologique désormais touché par les frappes. (AFP)

Lors du précédent conflit de 2023-2024, des pièces d'or, des amphores plurimillénaires et des sarcophages de grande valeur avaient ainsi été transférés à Beyrouth - où ils se trouvent encore.

Les environs immédiats de Tyr avaient déjà été touchés. Et la citadelle de Chamaa, une forteresse médiévale de la zone frontalière, a été à moitié détruite par l'armée israélienne.

Le directeur des fouilles ne se fait pas beaucoup d'illusion.

"Les Israéliens savent tout, même la pointure de vos chaussures (...) Ils savaient très bien où se trouvait le site", assure M. Saqlaoui. "Nous avons vécu au moins six guerres avec Israël (...) ça ne les a pas empêché d'attaquer des sites archéologiques". 

Mustafa Najdi, employé comme gardien, était présent à Al-Bass le jour du bombardement: "j'ai entendu un choc très violent et j'ai pris la fuite avant de prévenir les responsables", dit-il.

"Personne ne s'intéresse à nous", dénonce le trentenaire à la barbe épaisse, appelant "tous ceux qui le peuvent à faire pression pour mettre fin à cette barbarie".

"Cette civilisation représente l'histoire et elle nous représente tous, Libanais comme non Libanais".


Leïla Slimani ausculte son rapport à la langue arabe avec son nouveau livre

L’écrivaine et journaliste franco-marocaine Leïla Slimani, lors d’une séance photo à Paris, le 17 mars 2026. (AFP)
L’écrivaine et journaliste franco-marocaine Leïla Slimani, lors d’une séance photo à Paris, le 17 mars 2026. (AFP)
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  • Leïla Slimani évoque une relation complexe à l’arabe, dont l’enseignement rigide et dévalorisé dans le système scolaire français a accentué son éloignement et son sentiment d’étrangeté culturelle
  • Aujourd’hui, elle adopte une vision plus apaisée et transmet une relation libérée à la langue à ses enfants, affirmant que l’identité et les liens linguistiques peuvent toujours se reconstruire

PARIS: Dans "Assaut contre la frontière", publié jeudi en France, Leïla Slimani interroge son rapport à la langue arabe, qu'elle déplore de ne pas parler, au point d'en "avoir honte" en tant que Franco-Marocaine "aux identités boiteuses".

L'autrice de 44 ans, prix Goncourt (le plus prestigieux en France) en 2016 pour "Chanson douce", explique dans un entretien à l'AFP avoir commencé à parler l'arabe dialectal, la darija, "toute petite avec (sa) grand-mère, (sa) nounou, dans la rue" au Maroc, mais pas avec ses parents, des bourgeois francophiles.

"Ils ne me parlaient qu'en français. Et je les entendais peu discuter en arabe", affirme cette mère de deux enfants qui vit désormais à Lisbonne, où elle s'est mise au portugais.

Elle découvre l'arabe classique en cours préparatoire, car "c'était obligatoire", et poursuit jusqu'en terminale. Mais l'enseignement ne lui plaît pas: "On y allait un peu à reculons" et "j'avais l'impression d'une sorte de langue qui était étrangère".

Et puis, à l'époque, "c'était très dévalorisé: à l'école française, les gens se moquaient des profs d'arabe", se remémore-t-elle. "Il y avait quelque chose de vraiment méchant, de condescendant à leur égard. Ils étaient beaucoup moins bien payés. Et donc, nous, les élèves, on les prenait moins au sérieux."

En arrivant à Paris, où elle est élève en classe préparatoire littéraire puis à Sciences Po, elle est "obligée d'expliquer à des Français pourquoi (elle) ne parle pas l'arabe", ce qu'elle vit comme une "humiliation".

"Parfois, je mens en leur disant que je parle très bien et ça me met dans des situations très inconfortables, parce qu'on commence à me demander de traduire des trucs, ce dont je suis incapable", raconte-t-elle.

- "Mal à l'aise" -

En même temps, "je me rends compte que les gens en France ont une vision très parcellaire, très caricaturale, à la fois de mon pays, de ces questions linguistiques, et je me sens très mal à l'aise vis-à-vis de ça", ajoute-t-elle.

C'est alors que la question de la langue se mêle à celle de son identité arabe, que jusqu'à présent elle ne s'était pas posée, car ses parents en "avaient une vision extrêmement ouverte, extrêmement plastique".

"Quand j'arrive en France, je me retrouve dans une identité qui vient beaucoup plus des autres que de moi-même", analyse la romancière. "Ça m'amène à beaucoup de contradictions, de chagrins aussi parfois et un sentiment de solitude."

Pour en sortir, elle se met à écrire car cela lui permet "de se détacher d'une identité qui (lui) serait assignée par les autres".

L'autrice de la trilogie "Le pays des autres" va plus loin: "Quand on écrit, on peut ajouter de la nuance, de la fêlure. Moi, mes identités, elles sont boiteuses, imparfaites, infirmes, pleines de maladresse."

D'ailleurs, poursuit-elle, "je pense que beaucoup de gens, en France ou ailleurs, sont très insatisfaits de la manière dont on veut nous vendre l'identité: comme une sorte de fierté, de bandoulière héroïque qu'il faudrait qu'on porte en étendard, qu'il faudrait mériter, prouver constamment".

Aujourd'hui, son rapport à l'arabe est "apaisé": il lui arrive toujours d'avoir "honte" de ne pas le parler mais, avec ce livre édité par Gallimard, elle veut dire à ceux qui seraient dans sa situation que "rien n'est jamais perdu".

La preuve: ses enfants apprennent l'arabe, "avec un grand plaisir, en étant détachés de toutes ces pressions, de toutes ces connotations".


Immersion à « Byblos, cité millénaire du Liban », à l'IMA

Derrière la présentation d’objets antiques d’une valeur inestimable, c’est toute une nation qui cherche à affirmer son existence, sa continuité et sa place dans l’histoire du monde. (Arlette Khouri)
Derrière la présentation d’objets antiques d’une valeur inestimable, c’est toute une nation qui cherche à affirmer son existence, sa continuité et sa place dans l’histoire du monde. (Arlette Khouri)
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  • Dès l’ouverture, la présidente de l’Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre, insiste sur la portée exceptionnelle de cette exposition, dont la tenue relève presque de l’exploit
  • Il a fallu surmonter des obstacles logistiques majeurs, des incertitudes constantes et surtout un contexte de guerre qui fragilise chaque étape du projet

PARIS: À l’Institut du monde arabe, l’inauguration de l’exposition consacrée à Byblos ne ressemble pas à un événement culturel ordinaire.

Intitulée « Byblos, cité millénaire du Liban », elle s’impose comme un moment chargé d’émotion, de mémoire et de résistance, dans un contexte où le Liban traverse une nouvelle épreuve dramatique.

Derrière la présentation d’objets antiques d’une valeur inestimable, c’est toute une nation qui cherche à affirmer son existence, sa continuité et sa place dans l’histoire du monde.

ima byblos

Dès l’ouverture, la présidente de l’Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre, insiste sur la portée exceptionnelle de cette exposition, dont la tenue relève presque de l’exploit.

Il a fallu surmonter des obstacles logistiques majeurs, des incertitudes constantes et surtout un contexte de guerre qui fragilise chaque étape du projet.

L’acheminement des œuvres, parfois interrompu ou retardé, témoigne de cette tension permanente. Certaines pièces n’ont d’ailleurs pas pu quitter le Liban, rappelant brutalement que le patrimoine n’est pas seulement fragile : il est aujourd’hui directement menacé.

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Car cette exposition se tient alors que le conflit entre le Hezbollah et Israël provoque destructions et pertes humaines. Dans ce contexte, montrer Byblos à Paris devient un acte profondément symbolique, « un cri de résistance », selon les mots de la présidente de l’IMA.

Résistance face à la destruction, mais aussi face à l’oubli, car l’exposition rappelle que le Liban ne se résume pas à ses conflits : il est l’héritier d’une histoire parmi les plus anciennes et les plus riches de l’humanité.

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Occupée depuis plus de 9 000 ans, Byblos est considérée comme l’un des plus anciens ports du monde. Elle fut un carrefour majeur d’échanges entre la Méditerranée, la Mésopotamie et l’Égypte.

Le commerce du bois de cèdre, notamment, a contribué à sa prospérité et à son rayonnement, mais son rôle ne s’arrête pas à l’économie : Byblos est aussi associée à l’émergence de l’écriture alphabétique, une innovation fondamentale dans l’évolution de la communication humaine.

L’exposition met en lumière cette richesse à travers une sélection d’objets remarquables : statuettes, bijoux, armes, mosaïques ou encore éléments issus de nécropoles royales.

Chaque pièce raconte une époque, une civilisation, un échange. Pourtant, le parcours est ponctué de mentions explicites : « absent, fait de guerre ».

Ces absences deviennent elles-mêmes signifiantes et témoignent des risques encourus pour protéger ces trésors, ainsi que du prix à payer pour leur préservation.

Pour le directeur des sites archéologiques, Sarkis el-Khoury, la situation est alarmante. Il rappelle que plusieurs sites classés à l’UNESCO sont aujourd’hui en danger, notamment dans le sud du Liban.

Des villages entiers ont été détruits, emportant avec eux non seulement des bâtiments, mais aussi des paysages culturels façonnés depuis des millénaires.

Selon lui, les sites archéologiques, parfois encore enfouis, risquent de disparaître avant même d’avoir été étudiés, et préserver ce patrimoine devient ainsi une mission urgente, presque désespérée.

Cette urgence est également portée par la responsable du site archéologique de Byblos, Tania Zaven, dont le témoignage donne à l’exposition une dimension profondément humaine.

Venue initialement pour valoriser la beauté et l’importance du patrimoine libanais, elle se retrouve aujourd’hui investie d’une mission différente : celle de défendre l’existence même de ce patrimoine.

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Elle aussi parle d’une « résistance culturelle », d’un besoin de prouver que le Liban est toujours vivant, qu’il ne doit pas être relégué au passé. « On ne veut pas être un souvenir », affirme-t-elle, mais un présent et un avenir.

Face à cette situation, l’exposition se veut aussi un acte de solidarité, puisque l’IMA annonce une contribution financière destinée à soutenir la préservation du patrimoine libanais, notamment via des organisations spécialisées.

D’autres acteurs, comme l’Œuvre d’Orient, se mobilisent également. Ces initiatives rappellent que la protection du patrimoine dépasse les frontières nationales et engage une responsabilité collective.

Enfin, la dimension politique de l’événement est manifeste. La présence annoncée d’Emmanuel Macron et de plusieurs ministres souligne l’importance accordée au Liban par la France.

Au-delà du geste diplomatique, cette mobilisation traduit une volonté de soutenir un pays ami et de défendre, à travers lui, une certaine idée de la culture comme bien commun de l’humanité.

L’exposition doit durer jusqu’au 23 août.