Le Nord doit écouter le Sud, déclare l'ancien président slovène Danilo Turk à Arab News

Danilo Turk est l'ancien président de la Slovénie et l'actuel président du Club de Madrid (Photo, Arab News).
Danilo Turk est l'ancien président de la Slovénie et l'actuel président du Club de Madrid (Photo, Arab News).
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Publié le Mardi 26 septembre 2023

Le Nord doit écouter le Sud, déclare l'ancien président slovène Danilo Turk à Arab News

  • L'impasse diplomatique entre l'Occident et la Russie au sujet de l'Ukraine est un obstacle majeur au progrès, selon M. Turk
  • Le président du Club de Madrid salue la prise de conscience par l'Arabie saoudite de «sa responsabilité mondiale croissante»

NEW YORK: Alors que le monde est confronté à des défis allant du développement durable au changement climatique en passant par les conflits, l'attention se porte de plus en plus sur l'évolution du multilatéralisme, sur le rôle des puissances émergentes et sur l'impératif de coopération sur des questions telles que les migrations et les droits de l'homme.

En marge de la 78e session de l'Assemblée générale des Nations unies, Danilo Turk, ancien président de la Slovénie et actuel président du Club de Madrid, une organisation regroupant d'anciens chefs d'État ou de gouvernement du monde entier, livre à Arab News son point de vue sur certaines des grandes questions du moment.  

L'ONU est un lieu de prédilection pour M. Turk, qui a été le premier ambassadeur de son pays auprès des Nations unies. C'est en tant que président du Club de Madrid qu'il effectue sa visite la plus récente.

Cette organisation, qui représente 126 anciens dirigeants de 73 pays, entretient des liens étroits avec les Nations unies, nombre de ses membres ayant servi d'envoyés spéciaux du secrétaire général de l'ONU.

Selon M. Turk, l'ONU est en pleine transformation, s'agrandit et se diversifie, impliquant non seulement les États membres, mais aussi un large éventail d'acteurs mondiaux. Selon lui, une visite à l'ONU aujourd'hui est révélatrice d'un monde complexe qui se rassemble et cherche des solutions aux défis mondiaux.

L'une des principales priorités de M. Turk et de Club de Madrid pour l'Assemblée générale des Nations unies est de mettre l'accent sur les objectifs de développement durable, en insistant particulièrement sur le développement social.

«Les objectifs de développement durable ne concernent pas seulement l'environnement, si je puis m'exprimer ainsi. Il s'agit de toute la transformation des sociétés, de nouveaux modèles de développement social. Nous devons commencer à en discuter très sérieusement», a-t-il déclaré.

Réunion de chefs d'État et de gouvernement au siège de l'ONU à New York (Photo, AFP).

Une déclaration politique solide sur les objectifs de développement durable adoptée la semaine dernière par les États membres a souligné la nécessité d'intensifier les efforts en vue du Sommet pour l'avenir de l'année prochaine et du Sommet social mondial de 2025.

Ces rencontres, conçues et promues par le Club de Madrid, dont le chef de l'ONU Antonio Guterres est membre, servent de plateformes vitales pour consolider les stratégies et les approches des modèles de développement, «en mesurant le développement social d'une manière plus complète, en donnant un espace approprié aux femmes pour qu'elles jouent un rôle à part entière dans le processus de développement social et en définissant plus clairement d'autres priorités».

M. Turk a décrit la conférence qui doit se tenir au Brésil en novembre comme une étape cruciale dans l'élaboration de cette approche. Le financement de ces efforts représente un défi, c'est pourquoi M. Turk a souligné la nécessité d'aligner les ressources financières sur les priorités du développement social.

«Les financements publics et privés devraient être combinés de manière novatrice», a-t-il affirmé. «Le financement privé devrait être renforcé. Mais d'un autre côté, les finances publiques doivent prendre davantage de risques que jusqu'à présent.»

Le thème principal de l'Assemblée générale de cette année est le multilatéralisme, un concept qui a suscité des débats sur sa viabilité et sa pertinence. Certains cercles diplomatiques de l'ONU répètent souvent qu'avec la prolifération des conflits et l'aggravation des inégalités, le système multilatéral est devenu dysfonctionnel, voire complètement obsolète, tandis que ses partisans continuent à défendre sa pertinence.

La conclusion du traité international pour la protection de la haute-mer (BBNJ), un ajout important à l'architecture internationale sur le droit de la mer, et l'inclusion des pertes et dommages dans l'accord de la COP27, qui vise à fournir une assistance financière aux nations les plus pauvres pour les aider à faire face aux risques liés au changement climatique, sont deux exemples de réussite qui démontrent que le multilatéralisme peut effectivement produire des résultats, selon ses défenseurs.

M. Turk reconnaît les «changements et transformations très importants» que connaît le paysage mondial. Il note que le monde n'est plus unipolaire. La période libérale unipolaire touchant à sa fin, un nouveau monde multipolaire prend forme, introduisant des complexités dans la dynamique mondiale.

« Le monde n'est plus sous la domination de la période libérale et unipolaire. Celle-ci a changé. Aujourd'hui, un nouveau monde multipolaire est en train d'émerger, et on ne sait pas encore très bien à quoi ressembleront les relations entre les nouveaux centres de pouvoir dans le monde. Bien sûr, ces nouveaux centres ont toujours existé, mais ils n'ont pas eu le rôle critique qu'ils assument aujourd'hui, dans le contexte des Brics, par exemple», a-t-il déclaré.

Alors que les relations entre ces nouveaux centres de pouvoir évoluent, une diplomatie patiente reste essentielle pour éviter les crises, a averti M. Turk.

«Nous devons être (très) patients car cela ne se fera pas du jour au lendemain. Mais nous devons aussi être attentifs, car les choses peuvent devenir incontrôlables», a-t-il ajouté.

Dans ce contexte, les cadres multilatéraux, y compris les Nations unies, restent précieux parce qu'ils offrent un espace de rassemblement crucial pour les peuples du monde entier, a indiqué M. Turk.

«Les Nations unies sont un merveilleux lieu de rencontre, un lieu où tout le monde vient, un lieu où tout le monde peut se rencontrer, un lieu où des éclaircissements peuvent être apportés de manière informelle et discrète dans le bâtiment des Nations unies et ailleurs. C'est ce que la charte des Nations unies a demandé aux Nations unies d'être. Et c'est la fonction que les Nations unies remplissent.»

«Je ne suis donc pas excessivement pessimiste. Je suis inquiet, mais je ne suis pas pessimiste.»

Alors que les relations entre ces nouveaux centres de pouvoir évoluent, la diplomatie patiente reste la clé pour éviter les crises, estime M. Turk (Photo, AFP/AP).

L'Agenda 2030 pour le développement durable a marqué une étape importante en tant que première stratégie mondiale de développement entièrement négociée, officiellement adoptée à la fois par le Sud et le monde développé. Il a été largement célébré comme l'aube d'une nouvelle ère de collaboration en matière de développement.

Malgré des progrès significatifs en matière de développement à l'échelle mondiale, qui ont permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté absolue, les Nations unies affirment que l'inégalité entre les pays les plus riches et les plus pauvres se creuse, une anomalie qui a été particulièrement mise en évidence lors de l'Assemblée générale des Nations unies de cette année, où il est devenu évident que le Sud et le Nord abordent les questions en adoptant des positions diamétralement opposées.

Réfléchissant à la dynamique entre le monde développé et le monde en développement, M. Turk a déclaré: «Le problème est, comme il l'a toujours été, toute la question de la compréhension du développement.»

«Vous savez, les inégalités entre les États se creusent. La marge de manœuvre fiscale est réduite dans une grande partie du monde en développement. Le problème des migrations est devenu incontrôlable. Aucun de ces problèmes n'est nouveau. Ils ont tous existé auparavant. Ce qu'il faut maintenant, c'est une sorte d'effort renouvelé. Les Nations unies offrent (non seulement) un bon cadre institutionnel, mais aussi une plateforme pour la recherche de solutions», a-t-il ajouté.

Se référant au groupe du Brésil, de la Russie, de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique du Sud (Brics), M. Turk a indiqué: «Je suis très encouragé par l'émergence d'initiatives, par le fait que les Brics deviennent de plus en plus – je ne devrais pas dire assertifs – certainement plus imaginatifs...»

«En bref, l'ordre du jour n'est pas du tout nouveau. La configuration du pouvoir et du potentiel des nouveaux acteurs est là, et elle devra se refléter dans les solutions.»

EN BREF

  • Danilo Turk a salué la prise de conscience par l'Arabie saoudite de «sa responsabilité croissante et de sa responsabilité mondiale» comme étant «bonne pour le monde».
  • Le Club de Madrid est composé de 126 membres issus de 73 pays.

«Autrefois, nous avions le G77 et ce type de dialogue Nord-Sud, qui s'apparentait à un bloc. Aujourd'hui, ce dialogue est beaucoup plus diversifié, beaucoup plus inventif et beaucoup plus, je dirais, prometteur. Et le Nord doit écouter. Je pense que le problème est que le Nord n'a pas l'habitude d'écouter les messages qui viennent du Sud. Le Nord doit commencer à écouter.

Dans ce nouveau paysage politique mondial, M. Turk a souligné le rôle transformateur des puissances émergentes, dont l'Arabie saoudite.

Il a observé que le Royaume joue un rôle de plus en plus important non seulement au Moyen-Orient, mais aussi sur la scène internationale, en particulier dans le contexte du changement climatique.

«L'Arabie saoudite développe un très grand nombre de nouvelles politiques et un nouvel activisme au niveau mondial. C'est nouveau, et il n'est pas facile de développer un nouveau modèle basé sur la multipolarité», a-t-il déclaré.

Élaborant sur ce point, M. Turk a relevé que l'Arabie saoudite avait toujours été un acteur important dans le contexte du Moyen-Orient, mais qu'elle était désormais un acteur important dans le contexte mondial, «et c'est différent».

«En ce qui concerne le climat, par exemple, je pense que les pays qui ont bénéficié des prix élevés de l'énergie au cours de la période écoulée ont maintenant la possibilité d'investir les recettes de manière à contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable et à sauver la planète. Nous voyons donc que la responsabilité de l'Arabie saoudite est maintenant beaucoup plus grande parce que le pouvoir est beaucoup plus important.»

«Heureusement, l'Arabie saoudite semble être sur la voie d'assumer cette plus grande responsabilité. C'est une très bonne chose. Bien sûr, je ne peux pas parler au nom de l'Arabie saoudite et je ne peux pas parler des priorités fixées par l'Arabie saoudite, mais il est clair que l'Arabie saoudite est consciente de sa responsabilité croissante et de sa responsabilité mondiale. C'est une bonne chose pour le monde.»

L'Assemblée générale des Nations unies a examiné la mise en œuvre de l'agenda 2030 (Photo, AFP).

Au-delà de la région du Golfe, le Moyen-Orient reste en proie à des conflits complexes et persistants, qu'il s'agisse de la Syrie, du Yémen, du Soudan ou de la question israélo-palestinienne.

Pour M. Turk, trouver des solutions à ces conflits est une «question d'engagement». Il a salué les efforts tels que la réadmission de la Syrie au sein de la Ligue arabe, qui, selon lui, est le signe d'une approche positive par le biais d'un engagement diplomatique. La Ligue arabe «adopte désormais une approche active».

«Une fois encore, l'Arabie saoudite joue un rôle très important à cet égard. Il en va de même pour d'autres pays, dont l'Égypte et d'autres encore. Il existe donc des solutions qui pourraient être développées sur la base de ce qui a déjà été fait», a-t-il ajouté.

M. Turk a également salué les initiatives visant à mettre fin à la guerre au Yémen. «Il y a eu des initiatives très utiles, aidées (indirectement) par la Chine, par exemple, qui ont créé une nouvelle atmosphère politique», a-t-il indiqué.

«J'espère que les pays qui ont une influence dans la région, en particulier l'Arabie saoudite, saisiront cette opportunité pour rétablir la paix au Yémen.»

Bien que l'institution ait changé au fil des ans, il y a encore des domaines où la réforme de l'ONU est nécessaire, estime M. Turk (Photo, AFP).

Quant au conflit israélo-palestinien, pour M. Turk, «la Palestine est une situation très triste, vraiment très triste. Je le dis délibérément parce que nous aurions dû nous diriger vers une solution à deux États beaucoup plus vigoureusement et beaucoup plus tôt. Je ne pense pas qu'une véritable solution puisse ignorer les besoins légitimes de survie du peuple palestinien. Cet aspect doit être placé au centre des préoccupations».

«La communauté internationale devrait s'unir. Nous avons assisté à une sorte de diversification des points de vue concernant la Palestine, ce qui n'est pas une bonne chose. Nous devons maintenant trouver une solution. Une solution à deux États est le seul cadre, et cela est connu depuis 1948, qui peut produire une paix stable, durable et juste dans la région.»

«Mais comment y parvenir? Ce n'est pas clair. C'est peut-être plus difficile aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Mais je pense qu'une prise de conscience et des initiatives dans ce sens seraient les bienvenues.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trump affirme qu'une autre « armada » fait actuellement route vers l'Iran

Donald Trump a affirmé mardi que le pouvoir iranien recherchait le dialogue, tout en laissant planer la menace d'une action militaire contre le pays avec le déploiement d'une force navale américaine dans le Golfe. (AFP)
Donald Trump a affirmé mardi que le pouvoir iranien recherchait le dialogue, tout en laissant planer la menace d'une action militaire contre le pays avec le déploiement d'une force navale américaine dans le Golfe. (AFP)
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  • Le président américain souffle le chaud et le froid: lundi, le porte-avions Abraham Lincoln, accompagné de son escorte, est arrivé dans le Golfe
  • Donald Trump a prévenu que les Etats-Unis avaient "une grande armada près de l'Iran. Plus grande qu'au Venezuela", en référence à l'opération américaine de capture du chef d'Etat vénézuélien Nicolas Maduro début janvier

PARIS: Donald Trump a affirmé mardi que le pouvoir iranien recherchait le dialogue, tout en laissant planer la menace d'une action militaire contre le pays avec le déploiement d'une force navale américaine dans le Golfe.

Dans le même temps, les arrestations continuent mardi en Iran, après les manifestations ayant défié la République islamique début janvier. Au moins 41.880 personnes ont été interpellées, et des milliers de protestataires tués, d'après les derniers chiffres de l'ONG basée aux Etats-Unis Human Rights Activists News Agency (HRANA).

Cette ONG, et d'autres de défense des droits humains, poursuivent leur travail de documentation de la répression, entravé par la coupure générale d'internet imposée depuis le 8 janvier.

Le président américain lui souffle le chaud et le froid: lundi, le porte-avions Abraham Lincoln, accompagné de son escorte, est arrivé dans le Golfe.

Donald Trump a prévenu que les Etats-Unis avaient "une grande armada près de l'Iran. Plus grande qu'au Venezuela", en référence à l'opération américaine de capture du chef d'Etat vénézuélien Nicolas Maduro début janvier.

Mais a-t-il ajouté, dans cet entretien avec le média américain Axios, "ils veulent passer un accord. Je le sais. Ils ont appelé à de nombreuses reprises. Ils veulent parler".

"S'ils veulent nous contacter, et ils connaissent les conditions, alors nous discuterons", a ensuite affirmé un haut responsable américain à des journalistes, selon Axios.

Les analystes estiment que les options envisagées - que Donald Trump n'a pas voulu détailler à Axios - incluent des bombardements de sites militaires, ou des frappes ciblées contre des dirigeants.

Risque "d'instabilité" 

Selon le New York Times, les renseignements américains ont assuré à Donald Trump que le pouvoir iranien "s'affaiblissait", voire était "au plus faible" depuis la fondation de la République islamique en 1979.

L'influent sénateur républicain, Lindsey Graham, a dit au quotidien américain avoir parlé au président ces derniers jours: "l'objectif est de mettre fin au régime", a-t-il assuré.

Côté iranien, Téhéran a déjà signalé qu'un canal de communication était ouvert avec Washington.

Mais dans un appel mardi avec le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, allié des Etats-Unis, le président Massoud Pezeshkian a averti que les "menaces des Américains (...)  n'aboutiraient à rien d'autre qu'à de l'instabilité pour eux".

Le prince héritier "a indiqué que le Royaume ne permettrait pas que son espace aérien ou son territoire soient utilisés pour des actions militaires contre l'Iran", a insisté le ministère saoudien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Mohammad Akbarzadeh, un haut responsable des forces navales des Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, a menacé d'un blocage par l'Iran du stratégique détroit d'Ormuz, passage clé pour le transport mondial de pétrole et gaz naturel liquéfié.

L'Iran considérera les pays voisins comme "hostiles" si leur territoire est utilisé pour le frapper, a-t-il aussi averti, alors que Ryad et Abou Dhabi ont déjà assuré qu'ils n'autoriseraient pas un tel usage de leurs territoires.

Donald Trump "décidera ce qu'il décide" mais dans tous les cas "si l'Iran commet une erreur et nous attaque, il y aura une riposte qu'il ne peut même pas imaginer", a de son côté affirmé le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

"Aveux" et chasse aux blessés 

Si le mouvement de contestation s'est essoufflé, le bilan de la répression lui n'est toujours pas connu.

HRANA a annoncé mardi avoir vérifié la mort de 6.126 personnes, dont 5.777 manifestants, mais enquête toujours sur quelque 17.000 autres décès potentiels. Et accuse à nouveau les autorités de pourchasser les blessés jusque dans les hôpitaux, malgré les dénégations du ministère de la Santé.

Le bilan total jusque là annoncé par les autorités iraniennes est de 3.117 morts, dont 2.427 sont, selon elles, des membres des forces de sécurité ou des passants.

La chaîne d'opposition Iran International, basée à l'étranger, a recensé pour sa part plus de 36.500 personnes tuées, citant notamment des documents classifiés et des sources sécuritaires.

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, affirme avoir vérifié la mort de 3.428 manifestants, mais dit craindre un bilan dépassant les 25.000 morts.

En France, le nom de domaine du site de l'association Iran Justice, qui documente l'état des droits humains en Iran, a été racheté et diffuse désormais du "contenu pro-régime" de Téhéran, a dénoncé mardi à l'AFP sa présidente Chirinne Ardakani.

Elle a pointé une opération de "propagande orchestrée selon toute vraisemblance par des agents iraniens".

 


Russes, Ukrainiens et Américains vont se réunir vendredi à Abou-Dhabi

Selon Kiev, l'Ukraine sera représentée par le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, son chef de cabinet Kyrylo Boudanov et son chef-adjoint Serguiï Kyslytsia, par le chef du parti présidentiel David Arakhamia et par le chef d'état-major des forces armées, le général Andriï Gnatov. (AFP)
Selon Kiev, l'Ukraine sera représentée par le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, son chef de cabinet Kyrylo Boudanov et son chef-adjoint Serguiï Kyslytsia, par le chef du parti présidentiel David Arakhamia et par le chef d'état-major des forces armées, le général Andriï Gnatov. (AFP)
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  • "Il a été convenu que dès aujourd'hui, la première réunion d'un groupe de travail trilatéral chargé des questions de sécurité aura lieu à Abou-Dhabi"
  • L'équipe russe, menée par le général Igor Kostioukov, haut responsable de l'état-major, "se rendra dans les prochaines heures à Abou-Dhabi"

MOSCOU: La Russie, l'Ukraine et les Etats-Unis vont tenir une réunion trilatérale vendredi à Abou-Dhabi, a annoncé dans la nuit le Kremlin après un entretien à Moscou entre le président Vladimir Poutine et l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Il a été convenu que dès aujourd'hui, la première réunion d'un groupe de travail trilatéral chargé des questions de sécurité aura lieu à Abou-Dhabi", a déclaré tôt vendredi à la presse le conseiller diplomatique du Kremlin, Iouri Ouchakov.

L'équipe russe, menée par le général Igor Kostioukov, haut responsable de l'état-major, "se rendra dans les prochaines heures à Abou-Dhabi", a-t-il dit.

Selon Kiev, l'Ukraine sera représentée par le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, son chef de cabinet Kyrylo Boudanov et son chef-adjoint Serguiï Kyslytsia, par le chef du parti présidentiel David Arakhamia et par le chef d'état-major des forces armées, le général Andriï Gnatov.

M. Ouchakov a souligné que l'entretien jeudi entre MM. Poutine et Witkoff à Moscou, avait été "utile à tous points de vue", notamment pour permettre cette trilatérale.

"Les Américains ont beaucoup fait pour préparer cette réunion et ils espèrent qu'elle sera un succès et ouvrira des perspectives pour avancer sur l'ensemble de questions liées à la fin du conflit" en Ukraine, a souligné M. Ouchakov, évoquant des pourparlers de "très substantiels" avec M. Witkoff.

Une autre rencontre, consacrée aux questions économiques, aura lieu également vendredi à Abou-Dhabi entre M. Witkoff et l'émissaire du Kremlin aux questions économiques internationales, Kirill Dmitriev, a-t-il précisé.

"Nous sommes sincèrement intéressés par un réglement (du conflit) par les moyens politico-diplomatiques", a assuré M. Ouchakov. Mais "tant que ce n'est pas encore le cas, la Russie va continuer d'atteindre ses objectifs (...) sur le champ de bataille", a-t-il ajouté.

Garanties de sécurité 

Steve Witkoff, qui était accompagné par le gendre du président américain, Jared Kushner, s'est entretenu avec Vladimir Poutine pendant plus de trois heures et demie. L'émissaire a déjà rencontré le président russe à plusieurs reprises depuis un an, dans le cadre des efforts américains pour mettre fin à quatre ans de combats en Ukraine.

Depuis Davos, M. Witkoff avait auparavant vanté les progrès "significatifs" accomplis lors de sa rencontre, le week-end dernier à Miami, avec les négociateurs ukrainiens.

"Je pense que nous avons réduit le problème à un seul point", a-t-il déclaré.

A Davos, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est brièvement entretenu jeudi avec M. Trump, et a évoqué devant la presse une rencontre "positive" mais un dialogue "pas simple".

Il a toutefois assuré être parvenu à un accord sur les garanties de sécurité qui doivent être offertes par les Etats-Unis à l'Ukraine pour dissuader la Russie d'attaquer à nouveau après une éventuelle fin du conflit.

"Les garanties de sécurité, c'est prêt", a-t-il déclaré, indiquant que "le document doit être signé par les parties, par les présidents, et ensuite il ira aux parlements nationaux".

M. Zelensky a en revanche dit que l'épineuse question des territoires de l'est de l'Ukraine revendiqués par Moscou n'est "pas encore résolue".

"Sans règlement de la question territoriale (…) il ne faut pas compter obtenir un règlement à long terme", a répété vendredi le conseiller diplomatique du Kremlin après la réunion entre MM. Poutine et Witkoff.

"Kaléidoscope" 

Des négociations directes entre la Russie et l'Ukraine avaient déjà eu lieu lors de la première année de la guerre, en 2022, et à plusieurs reprises en 2025, à Istanbul. Ces pourparlers n'avaient abouti qu'à des échanges de prisonniers et de dépouilles de soldats, sans régler le conflit.

La Russie exige un retrait des troupes ukrainiennes du Donbass, dans l'est industriel de l'Ukraine, et un engagement de Kiev à ne pas adhérer à l'Otan. Elle a multiplié ces derniers mois les frappes sur le réseau énergétique ukrainien, provoquant des coupures d'électricité et de chauffage massives notamment dans la capitale, par des températures glaciales.

De plus en plus critique envers les Européens ces dernières semaines, M. Zelensky a prononcé un discours particulièrement dur à Davos jeudi envers ses principaux soutiens, disant voir une Europe "fragmentée" et "perdue" lorsqu'il s'agit d'influer sur les positions de Donald Trump, et manquant de "volonté politique" face à Vladimir Poutine.

Il a également jugé, malgré les promesses européennes de déploiement de troupes en Ukraine après la guerre, "qu'aucune garantie de sécurité ne peut fonctionner sans les Etats-Unis".


«Promoteur dans l'âme», Trump révèle son projet immobilier de «Nouveau Gaza»

Donald Trump a révélé jeudi son plan pour un "Nouveau Gaza", qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans. (AFP)
Donald Trump a révélé jeudi son plan pour un "Nouveau Gaza", qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans. (AFP)
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  • "Je vais avoir beaucoup de succès à Gaza, ça va être beau à voir", a déclaré le président américain alors qu'il présentait à Davos son "Conseil de paix" controversé
  • "Je suis un promoteur immobilier dans l'âme (...) et j'ai dit, regardez ce site en bord de mer, regardez ce superbe lot foncier, ce que ce pourrait être pour tant de gens"

DAVOS: Donald Trump a révélé jeudi son plan pour un "Nouveau Gaza", qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans.

La guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël en octobre 2023, a ravagé le territoire et poussé la majorité des habitants à fuir. Un cessez-le-feu négocié par les Etats-Unis est entré en vigueur en octobre, mais la crise humanitaire perdure pour la plupart des Gazaouis.

"Je vais avoir beaucoup de succès à Gaza, ça va être beau à voir", a déclaré le président américain alors qu'il présentait à Davos son "Conseil de paix" controversé, initialement conçu pour superviser la reconstruction du territoire palestinien.

"Je suis un promoteur immobilier dans l'âme (...) et j'ai dit, regardez ce site en bord de mer, regardez ce superbe lot foncier, ce que ce pourrait être pour tant de gens", a-t-il dit au Forum économique mondial qui se tient dans la station de sports d'hiver suisse.

Son gendre Jared Kushner, qui n'a aucune fonction officielle mais fait office d'émissaire parmi d'autres pour le conflit à Gaza, a estimé que ce "maître projet" était voué à un "succès effrayant".

Exhibant une esquisse aux dizaines de tours d'appartements avec terrasse surplombant une allée ombragée, il a promis que ce paysage remplacerait les ruines laissées par la guerre.

"Au Moyen-Orient ils construisent des villes comme ça, pour deux ou trois millions de personnes, ils le font en trois ans", a-t-il dit. "C'est faisable en trois ans si nous voulons que ce le soit".

Il a estimé à 25 milliards de dollars les investissements nécessaires pour reconstruire les infrastructures et les services publics du territoire palestinien.

En 10 ans, le PIB de Gaza serait de 10 milliards de dollars, et le revenu moyen par foyer atteindrait 13.000 dollars, grâce "au plein emploi à 100% et aux possibilités offertes à tous".

Il a affirmé que le "Comité national pour l'administration de Gaza", censé travailler sous l'autorité du "Conseil de paix" de Donald Trump, avait reçu une proposition du promoteur immobilier israélien Yakir Gabay.

"Il s'est porté volontaire pas pour le profit, mais vraiment en écoutant son coeur", a assuré Jared Kushner. "Donc dans les 100 jours à venir nous allons continuer sans relâche à nous assurer que cela se réalise", a-t-il ajouté.

Il a estimé qu'un désarmement complet du Hamas, prévu par l'accord de cessez-le-feu conclu en octobre, convaincrait les investisseurs et les donateurs.

"Il va y avoir de fantastiques opportunités d'investissement", a conclu M. Kushner.

Sa présentation ne mentionnait pas le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, dont le pays avait porté en 2025 un plan de reconstruction de Gaza soutenu par des pays arabes et accueilli favorablement par l'Union européenne.

Selon un communiqué de ses services, M. Sissi est rentré à l'aube jeudi, quelques heures après un tête-à-tête avec M. Trump au cours duquel les deux hommes ont échangé des compliments, le président américain le qualifiant de "grand leader" et de "type génial".