Depuis sa prison à Téhéran, Narges Mohammadi juge le changement «irréversible» en Iran

Sur cette photo datée du 25 juin 2007, Narges Mohammadi, militante de l'opposition iranienne pour les droits de l'Homme, est au Centre des défenseurs des droits de l'homme à Téhéran. (AFP)
Sur cette photo datée du 25 juin 2007, Narges Mohammadi, militante de l'opposition iranienne pour les droits de l'Homme, est au Centre des défenseurs des droits de l'homme à Téhéran. (AFP)
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Publié le Vendredi 06 octobre 2023

Depuis sa prison à Téhéran, Narges Mohammadi juge le changement «irréversible» en Iran

  • Elle n'a pas vu ses enfants depuis huit ans, a passé la majeure partie de ces dernières années en prison, et n'a «presque aucune perspective de liberté»
  • Les femmes y sont bien sûr en première ligne, et leur rôle est «déterminant» en raison de décennies «de discriminations et d'oppression» dans leur vie publique et personnelle, pointe Mohammadi

PARIS: Le changement est "irréversible" en Iran, affirmait le mois dernier Narges Mohammadi. La militante iranienne emprisonnée, couronnée vendredi par le Prix Nobel de la Paix, avait fait parvenir des réponses écrites depuis sa prison de Téhéran. Revoici cet entretien à l'AFP diffusé le 14 septembre.

Elle n'a pas vu ses enfants depuis huit ans, a passé la majeure partie de ces dernières années en prison, et n'a "presque aucune perspective de liberté". Pourtant, depuis la prison d'Evin à Téhéran, où elle est de nouveau incarcérée depuis plus d'un an, Narges Mohammadi, 51 ans, poursuit son combat.

"Le gouvernement de la République islamique n'a pas réussi à étouffer les protestations du peuple iranien, et la société a accompli (des choses) qui ont ébranlé et affaibli les fondements du gouvernement religieux despotique", écrit la quinquagénaire, figure historique de la défense des droits humains en Iran, lauréate de plusieurs prix internationaux, dont celui de la liberté de la Presse Unesco en mai dernier.

"Le mouvement a accéléré le processus de démocratie, de liberté et d'égalité", désormais "irréversible" selon elle, malgré une répression impitoyable (des centaines de morts selon des ONG, et des milliers d'arrestations depuis un an).

Née de la mort de la jeune kurde iranienne Mahsa Amini après son arrestation par la police des moeurs pour non respect du strict code vestimentaire islamique, la contestation, qui s'est d'abord exprimée dans des manifestations d'ampleur, est désormais plus diffuse mais elle se répand dans la société, selon Mme Mohammadi.

Les femmes y sont bien sûr en première ligne, et leur rôle est "déterminant" en raison de décennies "de discriminations et d'oppression" dans leur vie publique et personnelle, pointe-t-elle.

Scènes encore inimaginables il y a un an, des femmes apparaissent aujourd'hui dévoilées dans l'espace public, malgré les risques -le port du foulard étant un des piliers de la République islamique. De jeunes journalistes sont emprisonnées pour avoir enquêté sur la mort de Mahsa Amini.

«Perte d'influence religieuse»

Mais le "mouvement révolutionnaire" dépasse les élites jeunes et urbanisées, insiste Mme Mohammadi. "L'insatisfaction et les protestations touchent les régions périphériques et les villages", affirme-t-elle, citant le chômage, l'inflation, la corruption comme facteurs alimentant la colère.

"Les gens sont devenus mécontents et hostiles, même envers la religion", affirme la militante, estimant que les différents cycles de protestation qui ont secoué l'Iran ces dernières années, notamment contre la cherté de la vie, "montrent l'irréversibilité et l'ampleur de la contestation".

Une contestation dont les pays occidentaux ne veulent ou ne peuvent voir l'importance, s'irrite la prisonnière. "Je suis très critique de la politique d'apaisement des gouvernements occidentaux qui ne reconnaissent pas les forces et les figures progressistes en Iran, ainsi que de leurs politiques visant à perpétuer la dictature religieuse", assène-t-elle.

Les pays occidentaux sont toujours engagés dans de très difficiles négociations avec Téhéran pour relancer l'accord de 2015 sur le nucléaire. Par ailleurs, l'Iran, souvent accusé de pratiquer une "diplomatie des otages", détient des dizaines d'étrangers dans ses prisons.

«Douleur indescriptible»

"Cela fait plus de huit ans que je n'ai pas vu Kiana et Ali, et cela fait plus d'un an et demi que je n'ai même pas entendu leur voix. C'est une douleur insupportable et indescriptible", écrit Mme Mohammadi. Son mari et ses deux enfants, des jumeaux de 17 ans, vivent en France.

Parfois contrainte à l'isolement ou privée d'appels téléphoniques, l'Iranienne fait l'objet "d'un acharnement judiciaire et policier pour la faire taire", depuis plus de 20 ans, selon l'organisation Reporters sans Frontières.

"Le prix de la lutte n’est pas seulement la torture et l’emprisonnement, c’est un cœur qui se déchire à chaque privation, une souffrance qui pénètre jusqu’à la moelle de tes os", écrit Mme Mohammadi.

Pourtant, "le quartier des femmes d'Evin est l'un des quartiers de détenues politiques les plus actifs, résistants et joyeux en Iran. Au cours de mes années en prison, à trois reprises, j'ai partagé la détention avec au moins 600 femmes et je suis fière de chacune".

"La prison a toujours été le coeur de l'opposition et de la résistance en Iran, et pour moi elle incarne aussi l'essence de la vie dans toute sa beauté", déclare Mme Mohammadi.


L'Iran appelle les civils à quitter les zones situées à proximité des forces américaines dans la région

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont appelé vendredi les civils à se tenir à l'écart des lieux abritant des forces américaines au Moyen-Orient, près d'un mois après le début de la guerre. (AFP)
Les Gardiens de la Révolution iraniens ont appelé vendredi les civils à se tenir à l'écart des lieux abritant des forces américaines au Moyen-Orient, près d'un mois après le début de la guerre. (AFP)
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  • Les "lâches" forces américano-israéliennes "tentent d'utiliser des sites civils et des innocents comme boucliers humains", ont affirmé les Gardiens sur leur site Sepah News, après que l'Iran a menacé de cibler les hôtels du Golfe
  • "Nous vous recommandons de quitter de toute urgence les lieux où sont stationnées les troupes américaines afin qu'aucun mal ne vous soit fait", ajoutent-ils

TEHERAN: Les Gardiens de la Révolution iraniens ont appelé vendredi les civils à se tenir à l'écart des lieux abritant des forces américaines au Moyen-Orient, près d'un mois après le début de la guerre.

Les "lâches" forces américano-israéliennes "tentent d'utiliser des sites civils et des innocents comme boucliers humains", ont affirmé les Gardiens sur leur site Sepah News, après que l'Iran a menacé de cibler les hôtels du Golfe.

"Nous vous recommandons de quitter de toute urgence les lieux où sont stationnées les troupes américaines afin qu'aucun mal ne vous soit fait", ajoutent-ils.

 


Attaque de drones sur le principal port de Koweït, des dégâts

Le principal port commercial de Koweït a été visé vendredi à l'aube par une attaque de drones "ennemis", ont annoncé les autorités portuaires. (AFP)
Le principal port commercial de Koweït a été visé vendredi à l'aube par une attaque de drones "ennemis", ont annoncé les autorités portuaires. (AFP)
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  • L'attaque sur le port de Shuwaikh a fait des dégâts matériels mais pas de victimes, ont-elles précisé dans un communiqué publié sur X
  • Une deuxième port, en construction et situé dans le nord de l'émirat a également été visé, a ensuite annoncé le ministère des travaux publics

KOWEIT: Le principal port commercial de Koweït a été visé vendredi à l'aube par une attaque de drones "ennemis", ont annoncé les autorités portuaires.

L'attaque sur le port de Shuwaikh a fait des dégâts matériels mais pas de victimes, ont-elles précisé dans un communiqué publié sur X.

Une deuxième port, en construction et situé dans le nord de l'émirat a également été visé, a ensuite annoncé le ministère des travaux publics.

Selon cette source, le port de Mubarak al-Kabeer a été touché tôt vendredi matin par des drones et des missiles qui ont causé, là aussi, des dégâts matériels mais n'ont pas fait de victimes.

Les pays du Golfe font l'objet d'une campagne de représailles iraniennes depuis le début de l'offensive américano-israélienne sur l'Iran il y a un mois et les tirs - pour la plupart interceptés - sont quasiment quotidiens.


L'armée israélienne dit avoir mené des frappes d'ampleur sur Téhéran

L'armée israélienne a dit tôt vendredi avoir mené des frappes d'ampleur dans la capitale iranienne Téhéran, presqu'un mois après le début de la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
L'armée israélienne a dit tôt vendredi avoir mené des frappes d'ampleur dans la capitale iranienne Téhéran, presqu'un mois après le début de la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • "Il y a peu, l'armée a terminé une série de frappes à grande échelle visant des infrastructures du régime terroriste iranien au coeur de Téhéran", a-t-elle indiqué dans un bref communiqué, sans plus de détails
  • Quelques heures plus tard, elle a précisé avoir "pris pour cible des sites et des infrastructures" utilisés par l'Iran "pour produire des armes, principalement des missiles balistiques"

JERUSALEM: L'armée israélienne a dit tôt vendredi avoir mené des frappes d'ampleur dans la capitale iranienne Téhéran, presqu'un mois après le début de la guerre au Moyen-Orient.

"Il y a peu, l'armée a terminé une série de frappes à grande échelle visant des infrastructures du régime terroriste iranien au coeur de Téhéran", a-t-elle indiqué dans un bref communiqué, sans plus de détails.

Quelques heures plus tard, elle a précisé avoir "pris pour cible des sites et des infrastructures" utilisés par l'Iran "pour produire des armes, principalement des missiles balistiques".

Elle a aussi annoncé avoir "frappé diverses cibles liées aux dispositifs de puissance de feu du régime" dans l'ouest de l'Iran, dont "des lanceurs de missiles et des sites de stockage de missiles, qui constituaient une menace" pour Israël.

Le Moyen-Orient est plongé depuis le 28 février dans une guerre déclenchée par des frappes conjointes des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran, auxquelles Téhéran a riposté par des tirs de missiles et de drones visant Israël et plusieurs pays de la région.