Frankly Speaking : Israël a-t-il le droit de se défendre ?

Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'Homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, avec Katie Jensen, animatrice de l'émission «Frankly Speaking» (Photo AN).
Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'Homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, avec Katie Jensen, animatrice de l'émission «Frankly Speaking» (Photo AN).
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Publié le Lundi 30 octobre 2023

Frankly Speaking : Israël a-t-il le droit de se défendre ?

  • Francesca Albanese déclare que l'assaut d'Israël sur Gaza est sans fondement juridique car «la légitime défense ne peut s'appliquer dans un contexte d'occupation militaire»
  • Elle souhaite que les alliés d'Israël demandent à Netanyahou ce qu'il entend par changer le Moyen-Orient, car cela «ferait émerger une autre forme de résistance»

DUBAÏ : Israël n'a pas le droit à l'autodéfense qu'il revendique dans la bande de Gaza en raison de son statut de puissance occupante, selon le rapporteur spécial de l'ONU sur les territoires palestiniens occupés.

Francesca Albanese, qui a été nommée à ce poste en mai 2022 pour un mandat de trois ans, estime également que la réponse militaire d'Israël à l'attaque protéiforme du Hamas le 7 octobre est allée au-delà de la simple défense de son propre territoire et de ses citoyens.

«Le droit à l'autodéfense invoqué par Israël au titre de l'article 51 de la Charte des Nations unies est très clair. Il autorise un État à repousser une attaque provenant d'un autre État. L'action nécessaire pour la repousser doit donc être basée sur son intensité et sa portée. Sans compter qu’elle doit être proportionnelle», a-t-elle dit lors de l'émission d'actualité d'Arab News « Frankly Speaking ».

Mme Albanese a ajouté : «la Cour internationale de justice a établi une jurisprudence selon laquelle la légitime défense ne peut s'appliquer dans un contexte d'occupation militaire comme, dans c’est le cas ici, où Israël occupe un autre État et un autre peuple».

En décrivant le concept de «proportionnalité» dans sa réponse, elle a indiqué qu'Israël avait repris le contrôle de son territoire en vingt-quatre ou trente heures. Par conséquent, le droit à l'autodéfense sur son propre territoire, s'il peut être qualifié d'autodéfense, était devenu non applicable».

«Est-ce à dire qu'Israël devait rester les bras croisés après ce que le Hamas lui avait infligé? Non, comme je l'ai précisé, la priorité était de protéger les citoyens israéliens et de contrer la présence militaire du Hamas, ce qui a été accompli», ajoute-t-elle.

Alors que le sort de 2,3 millions de Palestiniens reste incertain en raison de l'intensification des opérations militaires israéliennes et de l'augmentation rapide du nombre de victimes, Francesca Albanese, universitaire italienne et avocate internationale spécialisée dans les droits de l'Homme, s'est exprimée sur la dynamique sous-jacente du conflit, et sur la question de savoir si des poursuites allaient être engagées pour crimes de guerre des civils tout en se demandant si l'ONU avait une fois de plus failli à sa mission auprès du peuple palestinien.

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Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l'Homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, a expliqué que les représailles d'Israël avaient été aveugles, provoquant la destruction de plus de 42 % des habitations à Gaza, ciblant des zones civiles, y compris des hôpitaux, et causant la mort de milliers de Palestiniens. (Photo AN)

Les combats ont éclaté lorsque le Hamas a lancé des roquettes depuis Gaza sur le territoire israélien avant de s'infiltrer à la frontière et de tuer des civils et des militaires dans plusieurs villes frontalières, des kibboutzim et même dans un festival de musique le 7 octobre.

Des centaines de citoyens et de soldats israéliens, ainsi que de nombreuses personnes originaires d'autres pays, ont également été emmenés à Gaza et sont retenus en otage.

Après avoir débarrassé son territoire des militants du Hamas, Israël a mené des opérations de représailles à Gaza, déclarant officiellement la guerre au groupe armé.

Selon Albanese, le fait qu'Israël ait bombardé l'ensemble de la bande de Gaza sans objectif militaire précis soulève d'importantes questions. «Un objectif militaire clair pourrait être le démantèlement de la capacité militaire du Hamas. Mais ce n'est pas ce qui a été dit. Ce n'était pas l'intention exprimée», a-t-elle déclaré.

«L'objectif a été d'éradiquer le Hamas dans son ensemble. Mais le Hamas est aussi une entité politique. Alors, qu'est-ce que cela signifie en pratique?»

«Des déclarations de politiciens et de dirigeants israéliens ont affirmé que tous les Palestiniens de Gaza étaient responsables des actions du Hamas et qu'il fallait donc leur briser l’échine. Le langage utilisé est extrêmement dangereux. Un langage génocidaire a été employé et des centaines d'universitaires ont tiré la sonnette d'alarme.»

Albanese a déclaré que la campagne militaire israélienne avait été extrêmement destructrice et aveugle, provoquant la destruction de plus de 42% des habitations à Gaza, ciblant des zones civiles, y compris des hôpitaux, des lieux de culte et des marchés publics.

Les autorités sanitaires palestiniennes ont déclaré que plus de 8 000 personnes avaient été tuées par les frappes aériennes de représailles d'Israël jusqu’à ce jour.

En réponse à la question de savoir si le dernier conflit à Gaza avait changé son point de vue, Mme Albanese a déclaré que «la seule manière de faire valoir une voix juridique et morale forte, claire et indiscutable en ce moment est de condamner sans équivoque les attaques contre des civils, quels qu’ils soient».

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Des Palestiniens récupèrent des sacs de léguminueuses séchées dans un centre d'aide géré par l'ONU, distribuant de la nourriture aux Palestiniens locaux et aux personnes déplacées suite à l'appel d'Israël demandant à plus d'un million d'habitants du nord de Gaza de se déplacer vers le sud pour leur sécurité, à Deir al-Balah, dans le cadre des batailles en cours entre Israël et le groupe palestinien Hamas. (AFP)

«Ce que le Hamas a fait le 7 octobre dépasse le champ d’une résistance légitime, car le massacre de civils ne saurait en aucun cas être justifié», a-t-elle déclaré à Katie Jensen, animatrice de l'émission «Frankly Speaking».

Mme Albanese a poursuivi: «Le Hamas est à blâmer pour le meurtre brutal de civils, car dans un contexte d'hostilités, alors que les cibles militaires sont légitimes et que tuer un soldat est une tragédie, tuer un civil est un crime de guerre. Il est absolument interdit d’éliminer des civils.»

D'autre part, elle a affirmé que le conflit israélo-palestinien n'a pas commencé le 7 octobre.  «L'occupation qu'Israël maintient en Cisjordanie, y compris à Jérusalem et dans la bande de Gaza, est illégale pour de nombreuses raisons. Cette occupation s'est transformée en un apartheid de facto, servant à coloniser les terres palestiniennes, à déplacer des populations manu militari, à procéder à des arrestations arbitraires d’adultes et d’enfants, à imposer la loi martiale à des millions de Palestiniens, y compris dans la bande de Gaza déjà soumise à un blocus», a-t-elle déclaré.

«Gaza subit un blocus illégal depuis seize ans au cours desquels cinq guerres ont déjà eu lieu à Gaza – en 2008, en 2012, en 2014, en 2021, en 2022 – ayant causé la mort de 4 200 personnes, dont 1 100 enfants.»

Les opinions de Mme Albanese sur le droit d'Israël à l'autodéfense et sur les actions menées à Gaza ont suscité la controverse; des médias, des organismes de surveillance d'ONG et des responsables israéliens l'ont accusée d'antisémitisme.

En avril de cette année, un ministre israélien a adressé une demande d'exclusion de Mme Albanese au Secrétaire général des Nations unies et au Haut-Commissaire aux droits de l'Homme des Nations unies pour exprimer ses préoccupations quant à son maintien en fonction, l'accusant de continuer à propager la haine, l'antisémitisme et à inciter à la violence.

Mme Albanese estime que les efforts déployés pour la démettre de ses fonctions actuelles visent à détourner l'attention des événements qui se déroulent à Gaza et en Palestine en général. «Ce n'est pas nouveau. Ce type d'attaques personnelles a été utilisé contre tous ceux qui ont osé critiquer les politiques et les pratiques israéliennes à l'égard des Palestiniens», a-t-elle déclaré.

«Je n'ai donc pas été particulièrement surprise. Oui, ils sont très véhéments, mais encore une fois, plus le message est fort, plus la dénonciation est forte, et plus la réponse est violente».

Soutenant que les données sur lesquelles ses détracteurs tentent de détourner l'attention sont bien plus importantes que leurs accusations, elle a affirmé : «Rien de ce que j'ai dit dans mes trois rapports sur l'autodétermination et les violations commises par Israël la privation arbitraire, généralisée et systématique de liberté dans les territoires palestiniens occupés, les violations commises à l'encontre des enfants palestiniens n'a jamais été contesté. La substance de mon analyse factuelle et juridique reste valable, et c'est pourquoi je demande instamment à la communauté internationale d'en tenir compte avant tout».

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Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, a déclaré dans l'émission Frankly Speaking que la réponse militaire d'Israël à l'attaque meurtrière du 7 octobre menée par le Hamas allait bien au-delà de la simple défense de son territoire et de ses citoyens. (Photo AN)

Alors que les statistiques de l'ONU indiquent que plus de 1,6 million de Palestiniens ont été contraints de fuir leur domicile à la date de samedi, Albanese a déclaré qu’il semble que Gaza ait atteint le point de non-retour.

De nombreux organes de presse ont rapporté qu'à la suite de l'ordre d'évacuation, des frappes aériennes ont tué des dizaines de Palestiniens qui tentaient de fuir la ville de Gaza. Les Palestiniens ne peuvent pas se réfugier sur leur propre territoire ou dans un autre pays; l'Égypte, qui borde Gaza, n'a pas ouvert de corridors qui permettraient aux Palestiniens de s'y réfugier.

«Israël a ordonné l'évacuation de 1,1 million de personnes, soit la moitié de la population du nord de la bande de Gaza», a précisé Albanese.

«Comment cela peut-il être considéré comme légal alors que des personnes se trouvent hospitalisées, sans compter le femmes, les enfants et les personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer? Parce que le sud, où les gens ont reçu l'ordre de se rendre, est bombardé. Il a été bombardé et est détruit. Il n’offre aucune capacité d'accueil pour ces gens.»

Mme Albanese a par ailleurs condamné les tentatives des médias visant, selon elle, à désinformer ou à propager de fausses informations, ce qui a été très courant tout au long du conflit en cours.

«Chaque journaliste doit vérifier les informations avant de les diffuser, mais aussi rapporter tous les faits, toutes les circonstances afin de fournir une information complète. J'ai constaté qu'il y avait beaucoup de parti pris», a-t-elle affirmé.

L'un des événements les plus controversés en termes de couverture médiatique a été l'explosion de l'hôpital Al-Ahli Arab dans la ville de Gaza le 17 octobre. Les circonstances entourant l'explosion varient considérablement et l'entité à l'origine de l'attaque fait l'objet d'un débat acharné.

Plusieurs agences de renseignement affirment que l'explosion a été provoquée par une roquette mal tirée du groupe palestinien Jihad islamique, tandis que le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, a affirmé qu'une frappe aérienne israélienne en était responsable.

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Des chars israéliens manœuvrent à l'intérieur de la bande de Gaza, vus d'Israël, le 29 octobre 2023. (Reuters)

«J'ai été témoin de récits contradictoires, car au début, l'armée israélienne a lancé de nombreux avertissements à l'hôpital pour qu'il soit évacué. Le personnel médical responsable de l'hôpital a fait savoir qu'il n'était pas en mesure de procéder à l'évacuation parce qu'il y avait des blessés graves entre autres patients», a poursuivi Albanese.

Immédiatement après l'attentat, des messages rapidement effacés sur les réseaux sociaux ont suggéré que l'armée israélienne avait frappé l'hôpital parce que des agents du Hamas s’y trouvaient à l'intérieur.

Lorsqu'on lui a demandé si ces suppressions avaient éveillé des soupçons dans son esprit, Mme Albanese a répondu: «Une commission d'enquête examine actuellement tous les actes de violences et tous les crimes qui ont été commis depuis le 7 octobre. Il s'agit de la commission d'enquête nommée par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies en mai 2021. J'attendrai les conclusions de leur enquête.»

Étant donné que la communauté internationale n'a pas réussi à forcer Israël à accepter un cessez-le-feu, nombreux sont ceux qui affirment que l'ONU a une fois de plus failli à ses obligations envers le peuple palestinien.

Toutefois, Mme Albanese estime que l'ONU manque à ses obligations envers le peuple palestinien et le peuple israélien «car tous deux méritent la paix et la stabilité, ce qui relève de la responsabilité du Conseil de sécurité de l'ONU».

«Ce qui se produit est une catastrophe politique et humanitaire aux proportions incommensurables», a-t-elle déclaré.

Enfin, Albanese a souligné que les alliés d'Israël devraient demander au Premier ministre Benjamin Netanyahou de s’expliquer sur ses propos tenus dans une allocution télévisée après l'assaut du Hamas du 7 octobre, lorsqu’il a déclaré que «ce que nous ferons à nos ennemis se répercutera sur plusieurs générations».

Albanese a ajouté: «Je suis préoccupée par ce que cela sous-entend,  car, certes, vous pouvez éliminer tous les partisans et militants du Hamas, mais en maintenant la population sous oppression, comme Israël l'a fait avec les Palestiniens pendant des décennies, une autre forme de résistance réapparaîtra forcément», a expliqué Albanese.

«Je crains vraiment que la situation ne s'étende à toute la région, qui est déjà gravement touchée. Les rues et les places des villes arabes sont remplies de gens qui protestent. Ils manifestent parce qu'ils pensent que les Palestiniens méritent justice».

En ce qui la concerne, Mme Albanese a déclaré qu'elle adoptait une «approche claire et centrée sur l'être humain» dans son travail.

«Il n'y a pas de vie plus importante qu'une autre», a-t-elle affirmé. «Dans l'intérêt des Palestiniens et des Israéliens, les hostilités actuelles doivent cesser. Une solution réaliste, axée sur le droit international, doit être trouvée dès à présent, car demain, il sera peut-être trop tard.»

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


La médiation saoudienne permet la libération de détenus pakistanais en Afghanistan

Les trois Pakistanais ont été remis à la délégation saoudienne en visite. (X/@Zabehulah_M33)
Les trois Pakistanais ont été remis à la délégation saoudienne en visite. (X/@Zabehulah_M33)
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  • Le porte-parole du gouvernement afghan a indiqué que les détenus ont été libérés en signe de bonne volonté

DUBAÏ : L’Arabie saoudite a facilité la libération de trois détenus pakistanais retenus en Afghanistan, suite à une demande du Royaume et à la visite d’une délégation saoudienne à Kaboul avant le mois sacré du Ramadan.

Le porte-parole du gouvernement afghan, Zabihullah Mujahid, a déclaré mardi que les détenus avaient été libérés en signe de bonne volonté, reflétant la politique de l’Afghanistan de maintenir des relations positives avec les autres pays et en reconnaissance des efforts de médiation saoudiens.

Les trois Pakistanais avaient été capturés lors d’affrontements frontaliers entre les forces afghanes et pakistanaises le 12 octobre 2025, et ont été remis à la délégation saoudienne en visite.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Israël accusé de vouloir étendre Jérusalem vers la Cisjordanie

Des ONG israéliennes ont dénoncé mardi un projet gouvernemental prévoyant la construction d'une nouvelle colonie en bordure de Jérusalem, qui reviendrait selon elles à étendre la ville en empiétant sur la Cisjordanie, occupée depuis 1967. (AFP)
Des ONG israéliennes ont dénoncé mardi un projet gouvernemental prévoyant la construction d'une nouvelle colonie en bordure de Jérusalem, qui reviendrait selon elles à étendre la ville en empiétant sur la Cisjordanie, occupée depuis 1967. (AFP)
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  • Ces mesures ont été qualifiées d'"illégales" par l'ONU et nombre de capitales arabes et occidentales, alors que la croissance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée atteint un niveau record
  • Le ministère de la Construction et du Logement a annoncé le 3 février un projet d'extension vers l'ouest de la colonie de Geva Binyamin, ou Adam, située en Cisjordanie occupée, qui aboutirait à la création d'un nouveau quartier en bordure de Jérusalem-Est

JERUSALEM: Des ONG israéliennes ont dénoncé mardi un projet gouvernemental prévoyant la construction d'une nouvelle colonie en bordure de Jérusalem, qui reviendrait selon elles à étendre la ville en empiétant sur la Cisjordanie, occupée depuis 1967, à l'heure où les critiques se multiplient face à une annexion rampante du territoire.

Ce projet, encore au stade initial, a été publié début février alors que différentes mesures gouvernementales visant à renforcer le contrôle israélien sur la Cisjordanie font redouter une annexion par Israël de ce territoire palestinien.

Ces mesures ont été qualifiées d'"illégales" par l'ONU et nombre de capitales arabes et occidentales, alors que la croissance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée atteint un niveau record.

Le ministère de la Construction et du Logement a annoncé le 3 février un projet d'extension vers l'ouest de la colonie de Geva Binyamin, ou Adam, située en Cisjordanie occupée, qui aboutirait à la création d'un nouveau quartier en bordure de Jérusalem-Est, la partie de la ville sainte occupée et annexée par Israël en 1967 après la conquête de la Cisjordanie.

Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est, dont l'annexion n'est pas reconnue par la communauté internationale, la capitale du futur Etat auquel ils aspirent.

Un projet "symbolique" 

Le nouveau projet, selon le ministère, prévoit la construction de "2.780 unités de logement et une vaste modernisation des infrastructures" dans le cadre de l'extension de Geva Binyamin, pour un montant d'environ 120 millions de shekels (33 millions d'euros).

Mais selon l'ONG La Paix maintenant, opposée à la colonisation, ce projet reviendrait à "une extension" pure et simple de Jérusalem en Cisjordanie, sans précédent depuis 1967.

"Le nouveau quartier sera partie intégrante de la ville de Jérusalem et en particulier de la colonie de Neve Yaakov, construite dans le nord de Jérusalem", a expliqué mardi à l'AFP Lior Amihai, directeur exécutif de La Paix maintenant.

"Ce qui est unique dans ce cas, c'est que le quartier sera relié directement à Jérusalem (...) mais se trouvera intégralement sur le territoire de la Cisjordanie, adjacent à Jérusalem", a-t-il ajouté, en voyant dans ce projet une dimension "symbolique".

"Tout changement touchant à Jérusalem est sensible, pour l'opinion israélienne mais aussi pour les Palestiniens", souligne-t-il.

"Comme des habitants de Jérusalem" 

Aviv Tatarsky, un chercheur de l'ONG Ir Amim, qui travaille sur la place de Jérusalem dans le conflit israélo-palestinien, affirme lui aussi que ce projet équivaut dans les faits à une expansion de la ville.

"Si des gens y vivent, ils vivront là comme des habitants de Jérusalem", a-t-il déclaré à l'AFP. "Dans la pratique, ce n'est pas la colonie qui sera étendue, mais Jérusalem".

A l'heure où une annexion formelle reste difficilement réalisable, "il est beaucoup plus facile de créer une situation de fait sur le terrain", ajoute le chercheur.

La Paix maintenant a souligné, dans un communiqué illustré par une carte, que le nouveau quartier serait séparé de la colonie d'Adam par le mur érigé par Israël dans les années 2000, qui longe la quasi-totalité de la frontière avec la Cisjordanie mais dont le tracé à cet endroit ne suit pas exactement la limite administrative et dévie vers l'est en contournant une colline.

Il n'existera donc "aucune connexion territoriale" entre la nouvelle colonie et celle d'Adam, ajoute l'ONG.

Hormis Jérusalem-Est, plus de 500.000 Israéliens vivent aujourd'hui en Cisjordanie dans des colonies que l'ONU juge illégales au regard du droit international, au milieu de quelque trois millions de Palestiniens.

La colonisation s'est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite depuis 1967. Elle s'est nettement intensifiée sous l'actuel gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu, l'un des plus à droite de l'histoire d'Israël, en particulier depuis le début de la guerre à Gaza le 7 octobre 2023.

L'expansion de la colonisation juive en Cisjordanie est considérée par l'ONU, avec la poursuite des violences entre populations locales palestiniennes, colons juifs et armée israélienne, comme l'un des principaux obstacles à la résolution du conflit israélo-palestinien.

La croissance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée a atteint en 2025 un niveau record depuis le début du suivi de l'ONU en 2017, selon un rapport de l'ONU.


Syrie: les autorités évacuent le camp de proches de jihadistes d'al-Hol

Les autorités syriennes ont commencé à transférer mardi les habitants restants du camp d'al-Hol vers un autre site du nord de la Syrie, après l'évasion de milliers de proches de jihadistes étrangers qui y étaient détenus. (AFP)
Les autorités syriennes ont commencé à transférer mardi les habitants restants du camp d'al-Hol vers un autre site du nord de la Syrie, après l'évasion de milliers de proches de jihadistes étrangers qui y étaient détenus. (AFP)
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  • Selon un responsable gouvernemental ayant requis l'anonymat, les autorités ont commencé à transférer les familles d'al-Hol vers le camp d'Akhtarin, au nord d'Alep
  • Al-Hol, le plus grand camp de proches de jihadistes de l'Etat islamique (EI) en Syrie, était contrôlé par les forces kurdes jusqu'à fin janvier. Elles s'en sont retirées sous pression militaire du pouvoir central, qui a ensuite repris la main

DAMAS: Les autorités syriennes ont commencé à transférer mardi les habitants restants du camp d'al-Hol vers un autre site du nord de la Syrie, après l'évasion de milliers de proches de jihadistes étrangers qui y étaient détenus.

"L'évacuation a commencé aujourd'hui", a déclaré à l'AFP le responsable intérimaire du camp, Fadi al-Qassem, ajoutant: "le camp va être entièrement évacué d'ici une semaine, et il ne restera personne".

"Nous avons évalué les besoins du camp et avons constaté qu'il manquait les conditions essentielles pour y habiter, et avons donc décidé en urgence de transférer" la population vers "des camps existants à Alep", a-t-il ajouté.

Selon un responsable gouvernemental ayant requis l'anonymat, les autorités ont commencé à transférer les familles d'al-Hol vers le camp d'Akhtarin, au nord d'Alep.

Al-Hol, le plus grand camp de proches de jihadistes de l'Etat islamique (EI) en Syrie, était contrôlé par les forces kurdes jusqu'à fin janvier. Elles s'en sont retirées sous pression militaire du pouvoir central, qui a ensuite repris la main.

Entre temps, des milliers de femmes et d'enfants de jihadistes étrangers se sont enfuis du camp qui abritait quelque 24.000 personnes, dont environ 6.300 étrangers, pour une destination inconnue.

Des sources humanitaires et des témoins avaient indiqué la semaine dernière à l'AFP que l'Annexe, une section de haute sécurité du camp où étaient détenues les familles de jihadistes étrangers, était désormais presque vide.

L'Annexe comptait des familles de 42 nationalités, dont un grand nombre originaires de Russie, du Caucase et des républiques d'Asie centrale, que leurs pays respectifs refusent de rapatrier.

"Diminution significative" 

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a constaté "une diminution significative du nombre de résidents dans le camp d'Al-Hol au cours des dernières semaines", a précisé sa porte-parole Céline Schmitt.

"Il reste important que le gouvernement puisse identifier les ressortissants étrangers partis afin que les processus de rapatriement appropriés puissent être poursuivis", a-t-elle souligné, précisant que le HCR avait aussi été informé par les autorités du plan de transfert vers le camp d'Akhtarin.

Les forces kurdes avaient été le fer de lance de la lutte contre l'EI en Syrie, avec l'appui de la coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis. Elles avaient incarcéré des milliers de jihadistes dans des prisons, et placé leurs familles dans des camps.

Après la prise de contrôle par les forces gouvernementales de vastes pans du nord et du nord-est de la Syrie et le retrait des Kurdes, les Etats-Unis ont transféré plus de 5.700 jihadistes de 61 nationalités vers l'Irak voisin.

Parmi eux figurent 3.543 Syriens, 467 Irakiens et 710 ressortissants d'autres pays arabes, ainsi que plus de 980 autres étrangers, notamment des Européens (Allemagne, Pays-Bas, France, Belgique, entre autres), des Américains et des Australiens.

Ces détenus transférés en Irak "risquent la disparition forcée, des procès inéquitables, la torture, les mauvais traitements et des violations du droit à la vie", a prévenu mardi Human Rights Watch dans un communiqué.

Les forces kurdes gardent pour le moment le contrôle d'un camp plus petit, Roj, où sont détenus des proches de jihadistes, pour la plupart des étrangers dont des Occidentaux, parmi lesquels des Français.

Lundi, les autorités kurdes avaient libéré 34 Australiens, proches de jihadistes, mais ils ont dû revenir dans ce camp en raison d'un problème de papiers. L'Australie a affirmé qu'elle ne leur fournirait aucune aide.