Frankly Speaking : Israël a-t-il le droit de se défendre ?

Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'Homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, avec Katie Jensen, animatrice de l'émission «Frankly Speaking» (Photo AN).
Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'Homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, avec Katie Jensen, animatrice de l'émission «Frankly Speaking» (Photo AN).
Short Url
Publié le Lundi 30 octobre 2023

Frankly Speaking : Israël a-t-il le droit de se défendre ?

  • Francesca Albanese déclare que l'assaut d'Israël sur Gaza est sans fondement juridique car «la légitime défense ne peut s'appliquer dans un contexte d'occupation militaire»
  • Elle souhaite que les alliés d'Israël demandent à Netanyahou ce qu'il entend par changer le Moyen-Orient, car cela «ferait émerger une autre forme de résistance»

DUBAÏ : Israël n'a pas le droit à l'autodéfense qu'il revendique dans la bande de Gaza en raison de son statut de puissance occupante, selon le rapporteur spécial de l'ONU sur les territoires palestiniens occupés.

Francesca Albanese, qui a été nommée à ce poste en mai 2022 pour un mandat de trois ans, estime également que la réponse militaire d'Israël à l'attaque protéiforme du Hamas le 7 octobre est allée au-delà de la simple défense de son propre territoire et de ses citoyens.

«Le droit à l'autodéfense invoqué par Israël au titre de l'article 51 de la Charte des Nations unies est très clair. Il autorise un État à repousser une attaque provenant d'un autre État. L'action nécessaire pour la repousser doit donc être basée sur son intensité et sa portée. Sans compter qu’elle doit être proportionnelle», a-t-elle dit lors de l'émission d'actualité d'Arab News « Frankly Speaking ».

Mme Albanese a ajouté : «la Cour internationale de justice a établi une jurisprudence selon laquelle la légitime défense ne peut s'appliquer dans un contexte d'occupation militaire comme, dans c’est le cas ici, où Israël occupe un autre État et un autre peuple».

En décrivant le concept de «proportionnalité» dans sa réponse, elle a indiqué qu'Israël avait repris le contrôle de son territoire en vingt-quatre ou trente heures. Par conséquent, le droit à l'autodéfense sur son propre territoire, s'il peut être qualifié d'autodéfense, était devenu non applicable».

«Est-ce à dire qu'Israël devait rester les bras croisés après ce que le Hamas lui avait infligé? Non, comme je l'ai précisé, la priorité était de protéger les citoyens israéliens et de contrer la présence militaire du Hamas, ce qui a été accompli», ajoute-t-elle.

Alors que le sort de 2,3 millions de Palestiniens reste incertain en raison de l'intensification des opérations militaires israéliennes et de l'augmentation rapide du nombre de victimes, Francesca Albanese, universitaire italienne et avocate internationale spécialisée dans les droits de l'Homme, s'est exprimée sur la dynamique sous-jacente du conflit, et sur la question de savoir si des poursuites allaient être engagées pour crimes de guerre des civils tout en se demandant si l'ONU avait une fois de plus failli à sa mission auprès du peuple palestinien.

''
Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l'Homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, a expliqué que les représailles d'Israël avaient été aveugles, provoquant la destruction de plus de 42 % des habitations à Gaza, ciblant des zones civiles, y compris des hôpitaux, et causant la mort de milliers de Palestiniens. (Photo AN)

Les combats ont éclaté lorsque le Hamas a lancé des roquettes depuis Gaza sur le territoire israélien avant de s'infiltrer à la frontière et de tuer des civils et des militaires dans plusieurs villes frontalières, des kibboutzim et même dans un festival de musique le 7 octobre.

Des centaines de citoyens et de soldats israéliens, ainsi que de nombreuses personnes originaires d'autres pays, ont également été emmenés à Gaza et sont retenus en otage.

Après avoir débarrassé son territoire des militants du Hamas, Israël a mené des opérations de représailles à Gaza, déclarant officiellement la guerre au groupe armé.

Selon Albanese, le fait qu'Israël ait bombardé l'ensemble de la bande de Gaza sans objectif militaire précis soulève d'importantes questions. «Un objectif militaire clair pourrait être le démantèlement de la capacité militaire du Hamas. Mais ce n'est pas ce qui a été dit. Ce n'était pas l'intention exprimée», a-t-elle déclaré.

«L'objectif a été d'éradiquer le Hamas dans son ensemble. Mais le Hamas est aussi une entité politique. Alors, qu'est-ce que cela signifie en pratique?»

«Des déclarations de politiciens et de dirigeants israéliens ont affirmé que tous les Palestiniens de Gaza étaient responsables des actions du Hamas et qu'il fallait donc leur briser l’échine. Le langage utilisé est extrêmement dangereux. Un langage génocidaire a été employé et des centaines d'universitaires ont tiré la sonnette d'alarme.»

Albanese a déclaré que la campagne militaire israélienne avait été extrêmement destructrice et aveugle, provoquant la destruction de plus de 42% des habitations à Gaza, ciblant des zones civiles, y compris des hôpitaux, des lieux de culte et des marchés publics.

Les autorités sanitaires palestiniennes ont déclaré que plus de 8 000 personnes avaient été tuées par les frappes aériennes de représailles d'Israël jusqu’à ce jour.

En réponse à la question de savoir si le dernier conflit à Gaza avait changé son point de vue, Mme Albanese a déclaré que «la seule manière de faire valoir une voix juridique et morale forte, claire et indiscutable en ce moment est de condamner sans équivoque les attaques contre des civils, quels qu’ils soient».

''
Des Palestiniens récupèrent des sacs de léguminueuses séchées dans un centre d'aide géré par l'ONU, distribuant de la nourriture aux Palestiniens locaux et aux personnes déplacées suite à l'appel d'Israël demandant à plus d'un million d'habitants du nord de Gaza de se déplacer vers le sud pour leur sécurité, à Deir al-Balah, dans le cadre des batailles en cours entre Israël et le groupe palestinien Hamas. (AFP)

«Ce que le Hamas a fait le 7 octobre dépasse le champ d’une résistance légitime, car le massacre de civils ne saurait en aucun cas être justifié», a-t-elle déclaré à Katie Jensen, animatrice de l'émission «Frankly Speaking».

Mme Albanese a poursuivi: «Le Hamas est à blâmer pour le meurtre brutal de civils, car dans un contexte d'hostilités, alors que les cibles militaires sont légitimes et que tuer un soldat est une tragédie, tuer un civil est un crime de guerre. Il est absolument interdit d’éliminer des civils.»

D'autre part, elle a affirmé que le conflit israélo-palestinien n'a pas commencé le 7 octobre.  «L'occupation qu'Israël maintient en Cisjordanie, y compris à Jérusalem et dans la bande de Gaza, est illégale pour de nombreuses raisons. Cette occupation s'est transformée en un apartheid de facto, servant à coloniser les terres palestiniennes, à déplacer des populations manu militari, à procéder à des arrestations arbitraires d’adultes et d’enfants, à imposer la loi martiale à des millions de Palestiniens, y compris dans la bande de Gaza déjà soumise à un blocus», a-t-elle déclaré.

«Gaza subit un blocus illégal depuis seize ans au cours desquels cinq guerres ont déjà eu lieu à Gaza – en 2008, en 2012, en 2014, en 2021, en 2022 – ayant causé la mort de 4 200 personnes, dont 1 100 enfants.»

Les opinions de Mme Albanese sur le droit d'Israël à l'autodéfense et sur les actions menées à Gaza ont suscité la controverse; des médias, des organismes de surveillance d'ONG et des responsables israéliens l'ont accusée d'antisémitisme.

En avril de cette année, un ministre israélien a adressé une demande d'exclusion de Mme Albanese au Secrétaire général des Nations unies et au Haut-Commissaire aux droits de l'Homme des Nations unies pour exprimer ses préoccupations quant à son maintien en fonction, l'accusant de continuer à propager la haine, l'antisémitisme et à inciter à la violence.

Mme Albanese estime que les efforts déployés pour la démettre de ses fonctions actuelles visent à détourner l'attention des événements qui se déroulent à Gaza et en Palestine en général. «Ce n'est pas nouveau. Ce type d'attaques personnelles a été utilisé contre tous ceux qui ont osé critiquer les politiques et les pratiques israéliennes à l'égard des Palestiniens», a-t-elle déclaré.

«Je n'ai donc pas été particulièrement surprise. Oui, ils sont très véhéments, mais encore une fois, plus le message est fort, plus la dénonciation est forte, et plus la réponse est violente».

Soutenant que les données sur lesquelles ses détracteurs tentent de détourner l'attention sont bien plus importantes que leurs accusations, elle a affirmé : «Rien de ce que j'ai dit dans mes trois rapports sur l'autodétermination et les violations commises par Israël la privation arbitraire, généralisée et systématique de liberté dans les territoires palestiniens occupés, les violations commises à l'encontre des enfants palestiniens n'a jamais été contesté. La substance de mon analyse factuelle et juridique reste valable, et c'est pourquoi je demande instamment à la communauté internationale d'en tenir compte avant tout».

''
Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, a déclaré dans l'émission Frankly Speaking que la réponse militaire d'Israël à l'attaque meurtrière du 7 octobre menée par le Hamas allait bien au-delà de la simple défense de son territoire et de ses citoyens. (Photo AN)

Alors que les statistiques de l'ONU indiquent que plus de 1,6 million de Palestiniens ont été contraints de fuir leur domicile à la date de samedi, Albanese a déclaré qu’il semble que Gaza ait atteint le point de non-retour.

De nombreux organes de presse ont rapporté qu'à la suite de l'ordre d'évacuation, des frappes aériennes ont tué des dizaines de Palestiniens qui tentaient de fuir la ville de Gaza. Les Palestiniens ne peuvent pas se réfugier sur leur propre territoire ou dans un autre pays; l'Égypte, qui borde Gaza, n'a pas ouvert de corridors qui permettraient aux Palestiniens de s'y réfugier.

«Israël a ordonné l'évacuation de 1,1 million de personnes, soit la moitié de la population du nord de la bande de Gaza», a précisé Albanese.

«Comment cela peut-il être considéré comme légal alors que des personnes se trouvent hospitalisées, sans compter le femmes, les enfants et les personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer? Parce que le sud, où les gens ont reçu l'ordre de se rendre, est bombardé. Il a été bombardé et est détruit. Il n’offre aucune capacité d'accueil pour ces gens.»

Mme Albanese a par ailleurs condamné les tentatives des médias visant, selon elle, à désinformer ou à propager de fausses informations, ce qui a été très courant tout au long du conflit en cours.

«Chaque journaliste doit vérifier les informations avant de les diffuser, mais aussi rapporter tous les faits, toutes les circonstances afin de fournir une information complète. J'ai constaté qu'il y avait beaucoup de parti pris», a-t-elle affirmé.

L'un des événements les plus controversés en termes de couverture médiatique a été l'explosion de l'hôpital Al-Ahli Arab dans la ville de Gaza le 17 octobre. Les circonstances entourant l'explosion varient considérablement et l'entité à l'origine de l'attaque fait l'objet d'un débat acharné.

Plusieurs agences de renseignement affirment que l'explosion a été provoquée par une roquette mal tirée du groupe palestinien Jihad islamique, tandis que le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, a affirmé qu'une frappe aérienne israélienne en était responsable.

''
Des chars israéliens manœuvrent à l'intérieur de la bande de Gaza, vus d'Israël, le 29 octobre 2023. (Reuters)

«J'ai été témoin de récits contradictoires, car au début, l'armée israélienne a lancé de nombreux avertissements à l'hôpital pour qu'il soit évacué. Le personnel médical responsable de l'hôpital a fait savoir qu'il n'était pas en mesure de procéder à l'évacuation parce qu'il y avait des blessés graves entre autres patients», a poursuivi Albanese.

Immédiatement après l'attentat, des messages rapidement effacés sur les réseaux sociaux ont suggéré que l'armée israélienne avait frappé l'hôpital parce que des agents du Hamas s’y trouvaient à l'intérieur.

Lorsqu'on lui a demandé si ces suppressions avaient éveillé des soupçons dans son esprit, Mme Albanese a répondu: «Une commission d'enquête examine actuellement tous les actes de violences et tous les crimes qui ont été commis depuis le 7 octobre. Il s'agit de la commission d'enquête nommée par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies en mai 2021. J'attendrai les conclusions de leur enquête.»

Étant donné que la communauté internationale n'a pas réussi à forcer Israël à accepter un cessez-le-feu, nombreux sont ceux qui affirment que l'ONU a une fois de plus failli à ses obligations envers le peuple palestinien.

Toutefois, Mme Albanese estime que l'ONU manque à ses obligations envers le peuple palestinien et le peuple israélien «car tous deux méritent la paix et la stabilité, ce qui relève de la responsabilité du Conseil de sécurité de l'ONU».

«Ce qui se produit est une catastrophe politique et humanitaire aux proportions incommensurables», a-t-elle déclaré.

Enfin, Albanese a souligné que les alliés d'Israël devraient demander au Premier ministre Benjamin Netanyahou de s’expliquer sur ses propos tenus dans une allocution télévisée après l'assaut du Hamas du 7 octobre, lorsqu’il a déclaré que «ce que nous ferons à nos ennemis se répercutera sur plusieurs générations».

Albanese a ajouté: «Je suis préoccupée par ce que cela sous-entend,  car, certes, vous pouvez éliminer tous les partisans et militants du Hamas, mais en maintenant la population sous oppression, comme Israël l'a fait avec les Palestiniens pendant des décennies, une autre forme de résistance réapparaîtra forcément», a expliqué Albanese.

«Je crains vraiment que la situation ne s'étende à toute la région, qui est déjà gravement touchée. Les rues et les places des villes arabes sont remplies de gens qui protestent. Ils manifestent parce qu'ils pensent que les Palestiniens méritent justice».

En ce qui la concerne, Mme Albanese a déclaré qu'elle adoptait une «approche claire et centrée sur l'être humain» dans son travail.

«Il n'y a pas de vie plus importante qu'une autre», a-t-elle affirmé. «Dans l'intérêt des Palestiniens et des Israéliens, les hostilités actuelles doivent cesser. Une solution réaliste, axée sur le droit international, doit être trouvée dès à présent, car demain, il sera peut-être trop tard.»

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


« Les Émirats arabes unis ont exploité la légitimité de la coalition », déclare le gouverneur de Hadhramout

Salam Al-Khanbashi, gouverneur de Hadhramout. (Arab News)
Salam Al-Khanbashi, gouverneur de Hadhramout. (Arab News)
Short Url
  • Action judiciaire nécessaire contre Al-Zubaidi et tous ceux qui sont impliqués dans ces violations, avertit Khanbashi
  • Les Émirats arabes unis « ont exploité la légitimité de la coalition visant à rétablir la légitimité au Yémen pour atteindre leurs propres objectifs (au Yémen) »

RIYAD:  Les Émirats arabes unis "ont exploité la légitimité de la coalition de rétablissement de la légitimité au Yémen pour réaliser leur propre agenda (au Yémen)", a déclaré aujourd'hui Salam Al-Khanbashi, le gouverneur de l'Hadhramaout. "Nous pensions que les Émirats arabes unis nous soutiendraient et nous aideraient, mais nous avons été choqués par leurs actions", a-t-il ajouté. Il a confirmé que la province souffrait de groupes armés affiliés à Aidrous Al-Zubaidi, soutenus par les Émirats arabes unis. Al Khanbashi a indiqué que ces groupes avaient mené des actes d'invasion et de terreur contre les citoyens, commettant des crimes de vol, d'enlèvement, de meurtre et de déplacement, en plus de détruire les biens de l'État et de piller ses locaux, causant des dommages étendus à divers segments de la population de la province. Lors d'une conférence de presse, le gouverneur de l'Hadhramout a confirmé que le gouvernement yéménite avait découvert dans la base de Rayyan à Mukalla des équipements et des pratiques émiratis suspects qui ne sont pas conformes aux objectifs déclarés de la coalition de soutien à la légitimité ou aux principes de la fraternité, de l'islam et de l'arabisme. Il a expliqué que l'équipement comprenait des fils, des explosifs, des détonateurs et des appareils de communication utilisés pour commettre des assassinats, des meurtres et des actes de torture. Il a noté que la présence de ces outils dans le camp de l'aéroport de Rayyan n'est pas cohérente avec la nature des tâches du camp et reflète son utilisation comme quartier général pour la planification et la mise en œuvre de crimes et de violations visant des civils. Khanbashi a ajouté que le type de matériel découvert et la manière dont il a été préparé ne correspondent pas aux outils et équipements utilisés par les armées régulières dans les bases militaires, ce qui confirme que la base a été utilisée pour commettre des actes criminels contre des civils. Il a déclaré que les groupes armés fidèles à Al-Zubaidi avaient exploité la juste cause du Sud pour couvrir leurs crimes contre les habitants du Sud, en marginalisant leurs demandes légitimes et en servant ce qu'il a décrit comme un agenda émirati visant à répandre le chaos et à entraver toute initiative politique visant à résoudre la question du Sud. Le gouverneur de l'Hadhramaut a fait valoir que ces récentes révélations expliquent l'empressement des Émirats arabes unis à faire passer clandestinement Al-Zubaidi par la Somalie vers Abou Dhabi, afin de le protéger de toute poursuite judiciaire pour les crimes et les violations commis contre les habitants du sud, et d'empêcher qu'il ne soit révélé comme un instrument de mise en œuvre de l'agenda d'Abou Dhabi au Yémen. Il a noté que les preuves présentées ont également révélé l'existence de prisons secrètes gérées par les forces émiraties dans la ville de Mukalla, utilisées pour des détentions arbitraires en dehors de la loi, des disparitions forcées et des actes de torture. M. Khanbashi a souligné que les autorités compétentes prendront les mesures juridiques nécessaires à l'encontre d'Al-Zubaidi et de toutes les personnes impliquées dans ces violations, conformément à la loi et de manière à garantir la protection de la sécurité des citoyens et la stabilité de la province du Hadhramaut. Il a affirmé que les provinces du sud se libèrent de plus en plus de l'oppression et de la domination qui leur sont imposées.

 


Liban: l'armée israélienne dit avoir frappé des sites du Hezbollah

Israël a annoncé lundi avoir frappé des sites du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban, alors que le Liban a annoncé ce mois-ci des progrès dans le désarmement du mouvement. (AFP)
Israël a annoncé lundi avoir frappé des sites du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban, alors que le Liban a annoncé ce mois-ci des progrès dans le désarmement du mouvement. (AFP)
Short Url
  • Ces bombardements interviennent alors que l'armée libanaise a indiqué début janvier avoir achevé le désarmement du Hezbollah dans la partie du sud située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord
  • Or les villages cités par l'Ani se situent au nord du Litani, donc hors de la zone concernée par cette première phase du désarmement.

JERUSALEM: Israël a annoncé lundi avoir frappé des sites du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban, alors que le Liban a annoncé ce mois-ci des progrès dans le désarmement du mouvement.

Malgré un cessez-le-feu qui a mis fin en novembre 2024 à une guerre avec le Hezbollah, l'armée israélienne continue de mener régulièrement des frappes sur le territoire libanais, affirmant viser la formation pro-iranienne qu'il accuse de se réarmer.

"L'armée israélienne a détruit des structures militaires utilisées par le Hezbollah pour mener des exercices et des entraînements destinés aux terroristes, ainsi que pour planifier et mener des attaques contre les troupes de l'armée israélienne et les civils israéliens", détaille le communiqué militaire.

Parmi les cibles, il mentionne notamment des tunnels. L'armée n'a pas pas précisé où exactement les frappes avaient été menées dans le sud du Liban.

Peu après la publication du communiqué israélien lundi, l'agence de presse nationale libanaise Ani a rapporté "une série de frappes israéliennes" sur au moins cinq villages libanais (Ansar, Zarariyeh, Kfar Melki, Nahr al-Shita et Bousslaïa).

Ces bombardements interviennent alors que l'armée libanaise a indiqué début janvier avoir achevé le désarmement du Hezbollah dans la partie du sud située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Or les villages cités par l'Ani se situent au nord du Litani, donc hors de la zone concernée par cette première phase du désarmement.

Un homme a été tué vendredi dans une frappe israélienne qui a visé une camionnette dans le sud du Liban, a annoncé le ministère de la Santé, au lendemain de raids contre des localités éloignées de la frontière avec Israël.


Le président syrien et les forces kurdes annoncent un accord de cessez-le-feu

 Le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé dimanche un accord avec les Kurdes syriens, prévoyant un cessez-le-feu et l'intégration de leurs puissantes forces au sein de l'Etat syrien. (AFP)
Le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé dimanche un accord avec les Kurdes syriens, prévoyant un cessez-le-feu et l'intégration de leurs puissantes forces au sein de l'Etat syrien. (AFP)
Short Url
  • L'accord est un coup dur pour les Kurdes qui ambitionnaient de préserver leur administration autonome, instaurée de facto depuis plus d'une décennie
  • Le texte en quatorze points publié par la présidence prévoit l'intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS) et des forces de sécurité kurdes dans les ministères de la Défense et de l'Intérieur du pays

DAMAS: Le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé dimanche un accord avec les Kurdes syriens, prévoyant un cessez-le-feu et l'intégration de leurs puissantes forces au sein de l'Etat syrien, après deux jours de rapide progression de ses troupes dans les zones tenues par les Kurdes dans le nord et le nord-est du pays.

Le chef des forces kurdes de Syrie Mazloum Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), a confirmé avoir accepté "pour que cette guerre ne devienne pas une guerre civile" que ses forces se "retirent des régions de Deir Ezzor et de Raqa vers Hassaké".

L'accord est un coup dur pour les Kurdes qui ambitionnaient de préserver leur administration autonome, instaurée de facto depuis plus d'une décennie.

Le texte en quatorze points publié par la présidence prévoit l'intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS) et des forces de sécurité kurdes dans les ministères de la Défense et de l'Intérieur du pays.

Il stipule aussi la remise immédiate au gouvernement des provinces sous contrôle kurde et peuplées notamment d'Arabes de Deir Ezzor et Raqa, ainsi que la prise en charge par Damas des prisonniers du groupe jihadiste Etat islamique (EI) et de leurs familles détenus dans des prisons et des camps contrôlés par les Kurdes.

M. Chareh a précisé devant la presse avoir signé l'accord à distance avec Mazloum Abdi.

Selon le président, qui a annulé une visite prévue mardi à Berlin, les détails de l'accord doivent être finalisés lors de pourparlers lundi avec M. Abdi.

La France sera présente à ces pourparlers, selon l'entourage du président Emmanuel Macron.

"Je recommande un cessez-le-feu complet", a insisté le président syrien juste après une rencontre avec l'émissaire américain pour la Syrie Tom Barrack, qui s'était entretenu la veille avec M. Abdi, à Erbil en Irak.

"Tournant décisif" 

Les Etats-Unis, qui soutiennent depuis des années les combattants kurdes syriens mais sont désormais également un allié clé de Damas, ont salué l'accord, M. Barrack parlant d'un "tournant décisif, avec d'anciens adversaires privilégiant le partenariat plutôt que la division".

Avant l'offensive de l'armée syrienne, des négociations entre le pouvoir central et les Kurdes visant à intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'Etat, aux termes d'un accord conclu en mars 2025, étaient dans l'impasse.

Dans un geste apparent de bonne volonté, le président avait accordé vendredi par décret des droits nationaux inédits aux Kurdes, reconnaissant notamment le kurde comme langue officielle. Une mesure jugée insuffisante par l'administration autonome kurde du nord de la Syrie.

Le président syrien, qui a renversé Bachar al-Assad il y a plus d'un an, a insisté dimanche sur une nécessaire "souveraineté de la Syrie sur l'ensemble de son territoire".

Reprise d'un grand champ pétrolier 

L'armée a notamment repris dimanche aux forces kurdes le plus grand champ pétrolifère de Syrie, celui d'al-Omar. Les FDS avaient pris le contrôle de ce champ après en avoir expulsé l'EI en 2017.

Pendant des années, ce site avait abrité la plus grande base de la coalition internationale antijihadiste menée par les Etats-Unis, qui a aidé les FDS à combattre l'EI, finalement défait en Syrie en 2019.

A l'aube, les FDS "se sont retirées de tous les secteurs sous leur contrôle" dans l'est de la province de Deir Ezzor, peuplée en majorité d'Arabes, dont "les champs pétrolifères de al-Omar", le plus grand du pays "et al-Tanak", selon une ONG.

La minorité kurde s'était emparée pendant la guerre civile (2011-2024) de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, incluant champs pétroliers et gaziers.

La semaine dernière, les forces gouvernementales ont délogé les combattants kurdes de quartiers d'Alep, puis les ont sommés de se retirer d'une zone située entre cette ville du nord du pays et l'Euphrate, plus à l'est.

A mesure que les forces kurdes se repliaient sans opposer de véritable résistance, les troupes gouvernementales ont progressé samedi et dimanche vers l'est, où elles ont notamment pris le contrôle de la ville de Tabqa.

Après le départ des forces kurdes, des résidents de Tabqa ont déboulonné une immense statue honorant une combattante kurde tuée en 2017 par les jihadistes de l'EI, attestent des photos de l'AFP.

L'armée a poursuivi dimanche son avancée jusqu'à Raqa, dans la province éponyme, qui était la "capitale" du groupe Etat islamique avant sa défaite et où les habitants avaient souffert des pires exactions.

Selon l'agence Sana, deux civils ont été tués dimanche à Raqa par des tirs des FDS. Le correspondant de l'AFP aux abords de la ville a entendu des tirs d'armes automatiques, et indiqué que les forces gouvernementales avaient acheminé des renforts et ratissaient des quartiers de la ville.

La minorité kurde, notamment répartie entre la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran, a souffert de décennies d'oppression en Syrie, où elle est estimée à quelque deux millions de personnes, sur 20 millions d'habitants.