Frankly Speaking : Israël a-t-il le droit de se défendre ?

Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'Homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, avec Katie Jensen, animatrice de l'émission «Frankly Speaking» (Photo AN).
Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'Homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, avec Katie Jensen, animatrice de l'émission «Frankly Speaking» (Photo AN).
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Publié le Lundi 30 octobre 2023

Frankly Speaking : Israël a-t-il le droit de se défendre ?

  • Francesca Albanese déclare que l'assaut d'Israël sur Gaza est sans fondement juridique car «la légitime défense ne peut s'appliquer dans un contexte d'occupation militaire»
  • Elle souhaite que les alliés d'Israël demandent à Netanyahou ce qu'il entend par changer le Moyen-Orient, car cela «ferait émerger une autre forme de résistance»

DUBAÏ : Israël n'a pas le droit à l'autodéfense qu'il revendique dans la bande de Gaza en raison de son statut de puissance occupante, selon le rapporteur spécial de l'ONU sur les territoires palestiniens occupés.

Francesca Albanese, qui a été nommée à ce poste en mai 2022 pour un mandat de trois ans, estime également que la réponse militaire d'Israël à l'attaque protéiforme du Hamas le 7 octobre est allée au-delà de la simple défense de son propre territoire et de ses citoyens.

«Le droit à l'autodéfense invoqué par Israël au titre de l'article 51 de la Charte des Nations unies est très clair. Il autorise un État à repousser une attaque provenant d'un autre État. L'action nécessaire pour la repousser doit donc être basée sur son intensité et sa portée. Sans compter qu’elle doit être proportionnelle», a-t-elle dit lors de l'émission d'actualité d'Arab News « Frankly Speaking ».

Mme Albanese a ajouté : «la Cour internationale de justice a établi une jurisprudence selon laquelle la légitime défense ne peut s'appliquer dans un contexte d'occupation militaire comme, dans c’est le cas ici, où Israël occupe un autre État et un autre peuple».

En décrivant le concept de «proportionnalité» dans sa réponse, elle a indiqué qu'Israël avait repris le contrôle de son territoire en vingt-quatre ou trente heures. Par conséquent, le droit à l'autodéfense sur son propre territoire, s'il peut être qualifié d'autodéfense, était devenu non applicable».

«Est-ce à dire qu'Israël devait rester les bras croisés après ce que le Hamas lui avait infligé? Non, comme je l'ai précisé, la priorité était de protéger les citoyens israéliens et de contrer la présence militaire du Hamas, ce qui a été accompli», ajoute-t-elle.

Alors que le sort de 2,3 millions de Palestiniens reste incertain en raison de l'intensification des opérations militaires israéliennes et de l'augmentation rapide du nombre de victimes, Francesca Albanese, universitaire italienne et avocate internationale spécialisée dans les droits de l'Homme, s'est exprimée sur la dynamique sous-jacente du conflit, et sur la question de savoir si des poursuites allaient être engagées pour crimes de guerre des civils tout en se demandant si l'ONU avait une fois de plus failli à sa mission auprès du peuple palestinien.

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Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l'Homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, a expliqué que les représailles d'Israël avaient été aveugles, provoquant la destruction de plus de 42 % des habitations à Gaza, ciblant des zones civiles, y compris des hôpitaux, et causant la mort de milliers de Palestiniens. (Photo AN)

Les combats ont éclaté lorsque le Hamas a lancé des roquettes depuis Gaza sur le territoire israélien avant de s'infiltrer à la frontière et de tuer des civils et des militaires dans plusieurs villes frontalières, des kibboutzim et même dans un festival de musique le 7 octobre.

Des centaines de citoyens et de soldats israéliens, ainsi que de nombreuses personnes originaires d'autres pays, ont également été emmenés à Gaza et sont retenus en otage.

Après avoir débarrassé son territoire des militants du Hamas, Israël a mené des opérations de représailles à Gaza, déclarant officiellement la guerre au groupe armé.

Selon Albanese, le fait qu'Israël ait bombardé l'ensemble de la bande de Gaza sans objectif militaire précis soulève d'importantes questions. «Un objectif militaire clair pourrait être le démantèlement de la capacité militaire du Hamas. Mais ce n'est pas ce qui a été dit. Ce n'était pas l'intention exprimée», a-t-elle déclaré.

«L'objectif a été d'éradiquer le Hamas dans son ensemble. Mais le Hamas est aussi une entité politique. Alors, qu'est-ce que cela signifie en pratique?»

«Des déclarations de politiciens et de dirigeants israéliens ont affirmé que tous les Palestiniens de Gaza étaient responsables des actions du Hamas et qu'il fallait donc leur briser l’échine. Le langage utilisé est extrêmement dangereux. Un langage génocidaire a été employé et des centaines d'universitaires ont tiré la sonnette d'alarme.»

Albanese a déclaré que la campagne militaire israélienne avait été extrêmement destructrice et aveugle, provoquant la destruction de plus de 42% des habitations à Gaza, ciblant des zones civiles, y compris des hôpitaux, des lieux de culte et des marchés publics.

Les autorités sanitaires palestiniennes ont déclaré que plus de 8 000 personnes avaient été tuées par les frappes aériennes de représailles d'Israël jusqu’à ce jour.

En réponse à la question de savoir si le dernier conflit à Gaza avait changé son point de vue, Mme Albanese a déclaré que «la seule manière de faire valoir une voix juridique et morale forte, claire et indiscutable en ce moment est de condamner sans équivoque les attaques contre des civils, quels qu’ils soient».

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Des Palestiniens récupèrent des sacs de léguminueuses séchées dans un centre d'aide géré par l'ONU, distribuant de la nourriture aux Palestiniens locaux et aux personnes déplacées suite à l'appel d'Israël demandant à plus d'un million d'habitants du nord de Gaza de se déplacer vers le sud pour leur sécurité, à Deir al-Balah, dans le cadre des batailles en cours entre Israël et le groupe palestinien Hamas. (AFP)

«Ce que le Hamas a fait le 7 octobre dépasse le champ d’une résistance légitime, car le massacre de civils ne saurait en aucun cas être justifié», a-t-elle déclaré à Katie Jensen, animatrice de l'émission «Frankly Speaking».

Mme Albanese a poursuivi: «Le Hamas est à blâmer pour le meurtre brutal de civils, car dans un contexte d'hostilités, alors que les cibles militaires sont légitimes et que tuer un soldat est une tragédie, tuer un civil est un crime de guerre. Il est absolument interdit d’éliminer des civils.»

D'autre part, elle a affirmé que le conflit israélo-palestinien n'a pas commencé le 7 octobre.  «L'occupation qu'Israël maintient en Cisjordanie, y compris à Jérusalem et dans la bande de Gaza, est illégale pour de nombreuses raisons. Cette occupation s'est transformée en un apartheid de facto, servant à coloniser les terres palestiniennes, à déplacer des populations manu militari, à procéder à des arrestations arbitraires d’adultes et d’enfants, à imposer la loi martiale à des millions de Palestiniens, y compris dans la bande de Gaza déjà soumise à un blocus», a-t-elle déclaré.

«Gaza subit un blocus illégal depuis seize ans au cours desquels cinq guerres ont déjà eu lieu à Gaza – en 2008, en 2012, en 2014, en 2021, en 2022 – ayant causé la mort de 4 200 personnes, dont 1 100 enfants.»

Les opinions de Mme Albanese sur le droit d'Israël à l'autodéfense et sur les actions menées à Gaza ont suscité la controverse; des médias, des organismes de surveillance d'ONG et des responsables israéliens l'ont accusée d'antisémitisme.

En avril de cette année, un ministre israélien a adressé une demande d'exclusion de Mme Albanese au Secrétaire général des Nations unies et au Haut-Commissaire aux droits de l'Homme des Nations unies pour exprimer ses préoccupations quant à son maintien en fonction, l'accusant de continuer à propager la haine, l'antisémitisme et à inciter à la violence.

Mme Albanese estime que les efforts déployés pour la démettre de ses fonctions actuelles visent à détourner l'attention des événements qui se déroulent à Gaza et en Palestine en général. «Ce n'est pas nouveau. Ce type d'attaques personnelles a été utilisé contre tous ceux qui ont osé critiquer les politiques et les pratiques israéliennes à l'égard des Palestiniens», a-t-elle déclaré.

«Je n'ai donc pas été particulièrement surprise. Oui, ils sont très véhéments, mais encore une fois, plus le message est fort, plus la dénonciation est forte, et plus la réponse est violente».

Soutenant que les données sur lesquelles ses détracteurs tentent de détourner l'attention sont bien plus importantes que leurs accusations, elle a affirmé : «Rien de ce que j'ai dit dans mes trois rapports sur l'autodétermination et les violations commises par Israël la privation arbitraire, généralisée et systématique de liberté dans les territoires palestiniens occupés, les violations commises à l'encontre des enfants palestiniens n'a jamais été contesté. La substance de mon analyse factuelle et juridique reste valable, et c'est pourquoi je demande instamment à la communauté internationale d'en tenir compte avant tout».

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Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, a déclaré dans l'émission Frankly Speaking que la réponse militaire d'Israël à l'attaque meurtrière du 7 octobre menée par le Hamas allait bien au-delà de la simple défense de son territoire et de ses citoyens. (Photo AN)

Alors que les statistiques de l'ONU indiquent que plus de 1,6 million de Palestiniens ont été contraints de fuir leur domicile à la date de samedi, Albanese a déclaré qu’il semble que Gaza ait atteint le point de non-retour.

De nombreux organes de presse ont rapporté qu'à la suite de l'ordre d'évacuation, des frappes aériennes ont tué des dizaines de Palestiniens qui tentaient de fuir la ville de Gaza. Les Palestiniens ne peuvent pas se réfugier sur leur propre territoire ou dans un autre pays; l'Égypte, qui borde Gaza, n'a pas ouvert de corridors qui permettraient aux Palestiniens de s'y réfugier.

«Israël a ordonné l'évacuation de 1,1 million de personnes, soit la moitié de la population du nord de la bande de Gaza», a précisé Albanese.

«Comment cela peut-il être considéré comme légal alors que des personnes se trouvent hospitalisées, sans compter le femmes, les enfants et les personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer? Parce que le sud, où les gens ont reçu l'ordre de se rendre, est bombardé. Il a été bombardé et est détruit. Il n’offre aucune capacité d'accueil pour ces gens.»

Mme Albanese a par ailleurs condamné les tentatives des médias visant, selon elle, à désinformer ou à propager de fausses informations, ce qui a été très courant tout au long du conflit en cours.

«Chaque journaliste doit vérifier les informations avant de les diffuser, mais aussi rapporter tous les faits, toutes les circonstances afin de fournir une information complète. J'ai constaté qu'il y avait beaucoup de parti pris», a-t-elle affirmé.

L'un des événements les plus controversés en termes de couverture médiatique a été l'explosion de l'hôpital Al-Ahli Arab dans la ville de Gaza le 17 octobre. Les circonstances entourant l'explosion varient considérablement et l'entité à l'origine de l'attaque fait l'objet d'un débat acharné.

Plusieurs agences de renseignement affirment que l'explosion a été provoquée par une roquette mal tirée du groupe palestinien Jihad islamique, tandis que le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, a affirmé qu'une frappe aérienne israélienne en était responsable.

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Des chars israéliens manœuvrent à l'intérieur de la bande de Gaza, vus d'Israël, le 29 octobre 2023. (Reuters)

«J'ai été témoin de récits contradictoires, car au début, l'armée israélienne a lancé de nombreux avertissements à l'hôpital pour qu'il soit évacué. Le personnel médical responsable de l'hôpital a fait savoir qu'il n'était pas en mesure de procéder à l'évacuation parce qu'il y avait des blessés graves entre autres patients», a poursuivi Albanese.

Immédiatement après l'attentat, des messages rapidement effacés sur les réseaux sociaux ont suggéré que l'armée israélienne avait frappé l'hôpital parce que des agents du Hamas s’y trouvaient à l'intérieur.

Lorsqu'on lui a demandé si ces suppressions avaient éveillé des soupçons dans son esprit, Mme Albanese a répondu: «Une commission d'enquête examine actuellement tous les actes de violences et tous les crimes qui ont été commis depuis le 7 octobre. Il s'agit de la commission d'enquête nommée par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies en mai 2021. J'attendrai les conclusions de leur enquête.»

Étant donné que la communauté internationale n'a pas réussi à forcer Israël à accepter un cessez-le-feu, nombreux sont ceux qui affirment que l'ONU a une fois de plus failli à ses obligations envers le peuple palestinien.

Toutefois, Mme Albanese estime que l'ONU manque à ses obligations envers le peuple palestinien et le peuple israélien «car tous deux méritent la paix et la stabilité, ce qui relève de la responsabilité du Conseil de sécurité de l'ONU».

«Ce qui se produit est une catastrophe politique et humanitaire aux proportions incommensurables», a-t-elle déclaré.

Enfin, Albanese a souligné que les alliés d'Israël devraient demander au Premier ministre Benjamin Netanyahou de s’expliquer sur ses propos tenus dans une allocution télévisée après l'assaut du Hamas du 7 octobre, lorsqu’il a déclaré que «ce que nous ferons à nos ennemis se répercutera sur plusieurs générations».

Albanese a ajouté: «Je suis préoccupée par ce que cela sous-entend,  car, certes, vous pouvez éliminer tous les partisans et militants du Hamas, mais en maintenant la population sous oppression, comme Israël l'a fait avec les Palestiniens pendant des décennies, une autre forme de résistance réapparaîtra forcément», a expliqué Albanese.

«Je crains vraiment que la situation ne s'étende à toute la région, qui est déjà gravement touchée. Les rues et les places des villes arabes sont remplies de gens qui protestent. Ils manifestent parce qu'ils pensent que les Palestiniens méritent justice».

En ce qui la concerne, Mme Albanese a déclaré qu'elle adoptait une «approche claire et centrée sur l'être humain» dans son travail.

«Il n'y a pas de vie plus importante qu'une autre», a-t-elle affirmé. «Dans l'intérêt des Palestiniens et des Israéliens, les hostilités actuelles doivent cesser. Une solution réaliste, axée sur le droit international, doit être trouvée dès à présent, car demain, il sera peut-être trop tard.»

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


L’Arabie saoudite appelle l’ONU à agir contre l’islamophobie

L’ambassadeur saoudien auprès de l’ONU, Abulaziz Alwasil, a appelé lundi la communauté internationale à prendre des mesures décisives pour lutter contre l’islamophobie. (Capture d’écran/UNTV)
L’ambassadeur saoudien auprès de l’ONU, Abulaziz Alwasil, a appelé lundi la communauté internationale à prendre des mesures décisives pour lutter contre l’islamophobie. (Capture d’écran/UNTV)
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  • Le harcèlement public, les stéréotypes nuisibles et le vandalisme des mosquées « créent la division, approfondissent la méfiance et compromettent les efforts pour bâtir des sociétés inclusives et stables », déclare l’envoyé
  • L’ambassadeur Abulaziz Alwasil exhorte les gouvernements et les plateformes en ligne à renforcer les protections légales et à garantir la responsabilité pour les crimes haineux visant les musulmans

NEW YORK : L’ambassadeur saoudien auprès de l’ONU, Abulaziz Alwasil, a appelé lundi la communauté internationale à prendre des mesures décisives pour lutter contre l’islamophobie, soulignant en particulier l’importance des protections légales, de l’éducation et de la coopération internationale.

Il a décrit l’islamophobie comme « un défi sérieux et croissant » et a mis en garde contre ses effets sociaux plus larges.

« Lorsque les musulmans sont harcelés dans l’espace public, lorsque des mosquées sont vandalisées et que des stéréotypes nuisibles se diffusent dans le discours public et sur les plateformes numériques, les conséquences vont bien au-delà d’une seule communauté », a-t-il déclaré.

« Elles créent la division, renforcent la méfiance et compromettent les efforts pour construire des sociétés inclusives et stables. »

Abulaziz Alwasil a exhorté les gouvernements, les autorités éducatives et les plateformes numériques à agir.

« Les gouvernements doivent renforcer les protections légales contre la discrimination et garantir la responsabilité en cas de crimes haineux visant les musulmans, les mosquées et les institutions islamiques », a-t-il ajouté.

« Les efforts doivent également s’attaquer à la propagation des discours de haine sur les plateformes numériques, où la désinformation et les narratifs hostiles peuvent rapidement influencer les perceptions et alimenter l’intolérance. »

L’envoyé saoudien a souligné l’importance de la coopération internationale et l’engagement de Riyad sur cette question.

« L’Arabie saoudite réaffirme que lutter contre l’islamophobie est une part indispensable de la promotion du respect de la diversité religieuse », a-t-il déclaré.

« Lorsque les nations travaillent ensemble pour promouvoir la tolérance et le respect mutuel, elles renforcent les bases d’une coexistence mondiale pacifique. »

« Le Royaume d’Arabie saoudite reste fermement engagé à faire progresser les efforts internationaux pour combattre l’islamophobie, contrer les narratifs qui incitent à l’hostilité et à la discrimination contre les musulmans, en renforçant la coopération, en poursuivant l’engagement avec l’ONU et en soutenant les initiatives qui favorisent la compréhension et le dialogue. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Guerre en Iran: Israël annonce avoir éliminé Ali Larijani

Ali Larijani, chef de la sécurité nationale iranienne, assiste à une cérémonie du mouvement chiite libanais Hezbollah marquant le premier anniversaire de l’assassinat de Hassan Nasrallah par Israël, dans la banlieue sud de Beyrouth le 27 septembre 2025. (AFP)
Ali Larijani, chef de la sécurité nationale iranienne, assiste à une cérémonie du mouvement chiite libanais Hezbollah marquant le premier anniversaire de l’assassinat de Hassan Nasrallah par Israël, dans la banlieue sud de Beyrouth le 27 septembre 2025. (AFP)
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  • Le ministre israélien de la Défense Israël Katz annonce la mort d’Ali Larijani et du général Gholamréza Soleimani lors de frappes israéliennes en Iran, un nouveau coup porté aux structures du régime
  • Israël intensifie ses opérations contre des cibles iraniennes et alliées, visant aussi un chef du Jihad islamique, sur ordre du Premier ministre Benjamin Netanyahu

Jérusalem: Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé mardi "l'élimination" d'Ali Larijani, l'un des principaux dirigeants iraniens, et du général Gholamréza Soleimani, commandant de la milice du Bassidj, après des frappes menées dans la nuit en Iran par l'armée israélienne.

"Le chef d'état-major vient de m'informer que Larijani, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, et Soleimani, chef du Bassidj — l'appareil répressif central de l'Iran, ont été éliminés hier soir", a déclaré M. Katz dans un message vidéo.

"Ils ont rejoint dans les profondeurs de l'enfer (Ali) Khamenei", guide suprême de la Révolution islamique, tué avec plusieurs autres haut-responsables iraniens aux premières heures des bombardements israélo-américains sur l'Iran le 28 février.

Depuis l'élimination du guide suprême Khamenei, M. Larijani était l'un des principaux visages du pouvoir iranien.

- Sous la tente -

Il "est le dirigeant de facto du régime iranien, surtout depuis deux semaines, mais même avant cela, il était considéré comme celui qui prenait les décisions et tirait les ficelles", a commenté un responsable militaire, sous couvert d'anonymat.

C'est Larijani qui "a orienté les attaques vers la région" et a ordonné des frappes contre Israël et les pays du Golfe, a affirmé ce même responsable.

Le chef de la milice du Bassidj, le général Soleimani, a quant à lui été "éliminé lors d'une frappe de l'armée de l'Air visant le quartier général de fortune sous tente qu'ils utilisaient, par crainte d'utiliser leurs bases habituelles".

Avec les Gardiens de la Révolution, le Bassidj est depuis plusieurs jours la cible des frappes aériennes d'Israël. Cette milice recrute essentiellement dans la jeunesse, et agit comme une organisation idéologique insérée dans toutes les institutions et strates de la société.

Elle "fait partie de l'appareil armé du régime terroriste iranien" et a "mené les principales opérations de répression, recourant à une violence extrême, à des arrestations massives et à l'usage de la force contre des manifestants civils", a commenté l'armée israélienne.

"L'élimination de Soleimani s'ajoute à celle de dizaines de hauts commandants des forces armées du régime iranien qui ont été éliminés au cours de l'opération, et constitue un nouveau coup dur porté aux structures de commandement et de contrôle du régime en matière de sécurité", affirme l'armée.

- Jihad islamique aussi visé -

Le responsable militaire a par ailleurs fait état d'une frappe contre l'un des principaux chefs du Jihad islamique palestinien, Akram Al-Ajouri, chef des brigades al-Qods, la branche militaire de ce mouvement, active surtout dans la bande de Gaza.

Akram Al-Ajouri "séjournait en Iran, où il résidait habituellement (...). Nous ne disposons pas encore de données" sur les résultats de la frappe, a ajouté cette même source.

"Le Premier ministre (israélien Benjamin Netanyahu) et moi-même avons donné pour instruction à l'armée israélienne de poursuivre sans relâche les dirigeants du régime de terreur et d'oppression en Iran", a ajouté le ministre Katz.

L'armée israélienne "poursuit ses opérations en Iran avec une grande intensité, en ciblant les ressources du régime, en neutralisant ses capacités de lancement de missiles et en détruisant des infrastructures stratégiques clés (...)". La Révolution islamique "est en train d'être démantelée, et ses dirigeants ainsi que ses capacités sont en train d'être neutralisés", a-t-il assuré.

M. Katz a félicité "les pilotes et les équipes au sol de l'armée de l'Air, ainsi que toutes les branches et tout le personnel du renseignement" pour cette "opération qui restera dans les annales de l'histoire des guerres et des campagnes aériennes modernes comme un exploit sans précédent".

"Bravo à l'armée israélienne, continuez comme ça!" a-t-il conclu.

"Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ordonne l'élimination de hauts responsables du régime iranien", a par ailleurs annoncé un peu plus tôt son bureau, publiant une photo légendée de M. Netanyahu, tout sourire au téléphone, sous le drapeau frappé de l'étoile de David, un général à ses côtés et un autre collaborateur calepin en main.


Amman et Abou Dhabi : le monde arabe n’est pas partie prenante de la guerre contre l’Iran

Mohammed bin Zayed Al-Nahyan, président des Émirats arabes unis, et Abdallah II ont discuté des développements régionaux lors d’une réunion à Abu Dhabi. (WAM)
Mohammed bin Zayed Al-Nahyan, président des Émirats arabes unis, et Abdallah II ont discuté des développements régionaux lors d’une réunion à Abu Dhabi. (WAM)
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  • Lors d’une réunion à Abu Dhabi, Mohammed bin Zayed Al-Nahyan et le roi Abdallah condamnent les récentes attaques iraniennes contre leurs pays
  • Les pays du Golfe et d’autres nations arabes n’ont ni déclenché ni participé au conflit en cours entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, mais œuvrent à le contenir et à éviter une escalade régionale, ajoutent-ils

​​​​​LONDRES : Les dirigeants de la Jordanie et des Émirats arabes unis ont condamné les récentes attaques iraniennes contre leurs pays et ont réaffirmé que les nations arabes n’avaient ni déclenché ni participé au conflit en cours entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, qui a débuté le 28 février.

Mohammed bin Zayed Al-Nahyan, président des Émirats arabes unis, et le roi Abdallah de Jordanie ont déclaré que le Conseil de coopération du Golfe et d’autres nations arabes s’efforcent plutôt de contenir la crise et d’empêcher une escalade régionale, selon l’agence de presse jordanienne.

Leurs déclarations ont été faites lors de leur rencontre à Abu Dhabi lundi, afin de discuter de l’intensification des actions militaires dans la région et de leurs graves répercussions sur la sécurité et la stabilité.

Ils ont indiqué que l’agression iranienne en cours dans la région viole la souveraineté des États, le droit international et d’autres normes, et constitue une menace pour la paix et la sécurité mondiales, selon l’agence de presse des Émirats.

Les dirigeants ont souligné la nécessité urgente de mettre fin à l’escalade militaire et de privilégier le dialogue et la diplomatie afin d’assurer la sécurité et d’apaiser les tensions. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com