Gaza: Washington veut peser sur son allié israélien et entrevoit l'«après»

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken assiste à une conférence de presse à l’hôtel Okura de Tokyo le 8 novembre 2023, après avoir assisté à deux jours de pourparlers lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7. (Photo, AFP)
Le secrétaire d’État américain Antony Blinken assiste à une conférence de presse à l’hôtel Okura de Tokyo le 8 novembre 2023, après avoir assisté à deux jours de pourparlers lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 09 novembre 2023

Gaza: Washington veut peser sur son allié israélien et entrevoit l'«après»

  • "La seule façon de s'assurer que cette crise ne se reproduise plus jamais est de commencer à poser les conditions d'une paix durable (...) et de diriger nos efforts diplomatiques dans cette direction", a déclaré Antony Blinken
  • Les Etats-Unis ne veulent "aucun déplacement contraint des Palestiniens de Gaza. Pas maintenant et pas après la guerre", a affirmé M. Blinken, alors que l'Egypte craint par dessus tout un afflux massif de réfugiés

TOKYO: Les Etats-Unis, premier soutien d'Israël, n'ont fixé jusqu'à présent aucune ligne rouge à leur allié dans la guerre contre le Hamas, mais assurent exercer une pression maximale sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu face à la crise humanitaire à Gaza, et cherchent à lui imposer des limites pour l'après-guerre.

"La seule façon de s'assurer que cette crise ne se reproduise plus jamais est de commencer à poser les conditions d'une paix durable (...) et de diriger nos efforts diplomatiques dans cette direction", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken à l'issue d'une réunion mercredi avec ses pairs des pays du G7 à Tokyo.

Le G7 a appelé à la mise en place de "pauses et de couloirs humanitaires" dans la bande de Gaza, assiégée et pilonnée par l'armée israélienne en représailles à l'attaque sanglante et sans précédent du mouvement islamiste palestinien, le 7 octobre, qui a fait plus de 1.400 morts, essentiellement civils, en Israël.

Les Etats-Unis ne veulent "aucun déplacement contraint des Palestiniens de Gaza. Pas maintenant et pas après la guerre", a affirmé M. Blinken, alors que l'Egypte craint par dessus tout un afflux massif de réfugiés.

Comme Israël, Washington souhaite que Gaza ne puisse plus à l'avenir servir "de plateforme au terrorisme ou à d'autres attaques violentes", a-t-il souligné. Pour autant, les Etats-Unis ne veulent "pas de réoccupation de Gaza après la fin du conflit. Pas de blocus ou de siège de Gaza. Pas de réduction de territoire", a martelé le diplomate.

Nervosité

C'est la première fois que les Etats-Unis affichent aussi clairement certaines limites à leur allié israélien, eux qui assurent depuis le début qu'Israël a le droit et l'obligation de se défendre contre le Hamas, considéré comme une organisation terroriste par Washington et l'Union européenne.

Cela témoigne d'une certaine nervosité des responsables américains par rapport à la manière dont Israël conduit la guerre, alors que les appels se multiplient pour un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, où plus de 10.500 personnes, majoritairement des civils, sont morts en un mois selon le ministère de la Santé du Hamas.

Il faudra "placer les voix et les aspirations du peuple palestinien au coeur de la gouvernance à Gaza" après la guerre, et voir ce territoire "unifié" avec la Cisjordanie sous le contrôle de l'Autorité palestinienne, a ajouté M. Blinken.

Le secrétaire d'Etat a effectué une visite surprise à Ramallah dimanche pour s'y entretenir avec le président Mahmoud Abbas, après s'être rendu vendredi en Israël et samedi en Jordanie, ainsi qu'en Irak et en Turquie.

Un "mécanisme durable de reconstruction de Gaza", dévastée, devra par ailleurs être mis en place, et il faudra trouver "une voie permettant aux Israéliens et aux Palestiniens de vivre côte à côte dans leurs propres espaces, dans de mêmes conditions de sécurité, de liberté, d'opportunités et de dignité", a souligné le chef de la diplomatie américaine.

Période de «transition»

Les propos de M. Blinken sonnent comme un avertissement au Premier ministre israélien qui a déclaré que son pays prendrait la "responsabilité générale de la sécurité" à Gaza "pour une durée indéterminée".

Dans l'entourage de M. Blinken, qui se trouve jeudi à Séoul, on ne cache pas la volonté de faire pression sur Israël.

"Il est clair qu'Israël ne peut pas occuper Gaza. La réalité est qu'il pourrait y avoir besoin d'une sorte de transition à la fin du conflit mais il est impératif que le peuple palestinien soit au centre de la gouvernance à Gaza et en Cisjordanie", a insisté M. Blinken.

Selon lui, les Israéliens n'ont aucune "intention de réoccuper Gaza".

D'ici là, les Etats-Unis s'alignent sur Israël en refusant toute notion de cessez-le-feu qui bénéficierait au Hamas et privilégient, avec le soutien du G7, des "pauses humanitaires" pour permettre l'acheminement d'une aide urgente, la libre circulation des civils pris au piège des combats et la libération des otages au main du Hamas.

Washington assure être engagé dans d'intenses négociations avec Israël -- le président Joe Biden est en contact quasi quotidien avec M. Netanyahu -- mais les contours de telles pauses restent à définir, notamment si elles concerneraient l'ensemble de la bande de Gaza ou juste la partie sud, où se massent désormais la majorité des civils.

En réponse aux appels des pays arabes notamment qui réclament un cessez-le-feu immédiat, M. Blinken a rétorqué mercredi qu'ils auraient alors "l'obligation d'expliquer comment répondre au résultat inacceptable qui s'ensuivrait de voir le Hamas rester en place, détenant plus de 200 otages, avec la capacité et la volonté déclarée de faire et refaire le 7 octobre, encore et encore".


Gaza: des tirs israéliens font 9 morts, selon les secours

Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël. (AFP)
Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël. (AFP)
  • L'hôpital Nasser, situé dans le sud de Gaza à Khan Younès, a annoncé avoir reçu les dépouilles de quatre personnes, dont une femme, âgées de 10 à 39 ans et tuées dans une frappe aérienne visant une tente de déplacés
  • L'établissement a également indiqué avoir reçu le corps d'Ahmad Salim, un chauffeur de camion tué par des tirs israéliens à al-Mawasi, une zone située dans le sud de Gaza

GAZA: Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël.

La Défense civile, un organisme opérant sous l'autorité du mouvement islamiste Hamas, a recensé neuf morts en plusieurs endroits, dans des frappes aériennes et des tirs.

L'hôpital Nasser, situé dans le sud de Gaza à Khan Younès, a annoncé avoir reçu les dépouilles de quatre personnes, dont une femme, âgées de 10 à 39 ans et tuées dans une frappe aérienne visant une tente de déplacés.

L'établissement a également indiqué avoir reçu le corps d'Ahmad Salim, un chauffeur de camion tué par des tirs israéliens à al-Mawasi, une zone située dans le sud de Gaza.

L'armée israélienne a affirmé que M. Salim s'était dirigé en courant vers des soldats qui interrogeaient d'autres chauffeurs de camion interpellés.

Les soldats ont ouvert le feu dans sa direction après "avoir identifié une menace immédiate", a précisé l'armée, affirmant enquêter sur les autres incidents survenus mercredi.

L'hôpital Al-Chifa, à Gaza-ville, a de son côté déclaré avoir reçu quatre corps: celui d'un enfant tué par des tirs israéliens dans l'est de la ville, celui d'un homme tué dans une frappe aérienne dans l'ouest et deux autres tués dans un bombardement ayant visé un véhicule.

L'armée israélienne a confirmé à l'AFP avoir mené une frappe aérienne sur la ville de Gaza, mais a dit ne pas "être au courant" d'un bombardement dans l'ouest de la ville.

Israël et le Hamas s'accusent presque quotidiennement de violer le cessez-le-feu dans le territoire dévasté.

Au moins 1.084 Palestiniens y ont été tués depuis son entrée en vigueur en octobre, selon le ministère de la Santé du territoire, également placé sous l'autorité du Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU.

Dans le même temps, Israël a recensé cinq soldats et un contractuel travaillant pour le ministère de la Défense tués dans le territoire palestinien.

Les restrictions imposées aux médias et l'accès limité à Gaza empêchent l'AFP de vérifier de manière indépendante les bilans ou de couvrir librement les violences sur place.


La justice libanaise remet en liberté un célèbre chanteur libano-palestinien devenu islamiste

  • Cet artiste connu dans le monde arabe s'était rendu après douze ans de cavale passés dans le camp de réfugiés palestiniens d'Aïn al-Heloué, près de Saïda (sud), qui échappe au contrôle aux autorités libanaises
  • Il est poursuivi dans quatre affaires liées à sa participation présumée en 2013 à des affrontements à Saïda, aux côtés du cheikh radical Ahmad al-Assir, contre l'armée libanaise, dont 18 soldats avaient été tués

BEYROUTH: La justice libanaise a décidé mercredi de remettre en liberté un célèbre chanteur libano-palestinien devenu islamiste, Fadl Chaker, qui s'était rendu aux autorités en octobre 2025, a indiqué une source judiciaire à l'AFP.

Cet artiste connu dans le monde arabe s'était rendu après douze ans de cavale passés dans le camp de réfugiés palestiniens d'Aïn al-Heloué, près de Saïda (sud), qui échappe au contrôle aux autorités libanaises.

Il est poursuivi dans quatre affaires liées à sa participation présumée en 2013 à des affrontements à Saïda, aux côtés du cheikh radical Ahmad al-Assir, contre l'armée libanaise, dont 18 soldats avaient été tués.

Il va être remis en liberté moyennant deux cautions d'une valeur cumulée de près de 3.500 dollars, a précisé la source judiciaire.

Le montant a été versé et Fadl Chaker doit sortir de prison mercredi, a-t-elle ajouté.

Pendant ses années de fuite, la justice l'avait condamné par contumace à des peines allant de cinq à 15 ans de prison avec travaux forcés dans ces dossiers.

Quelques mois avant de s'être rendu, Fadl Chaker avait sorti des chansons qui arrivaient en tête des classements dans le monde arabe. Ses clips vidéo, tournés dans le camp de Aïn el-Heloué, atteignaient des centaines de millions de vues sur YouTube.

Assir avait lui été arrêté en 2015, et condamné à mort avec sursis en 2017 pour "terrorisme".

 


Le Liban exige le retrait d'Israël de deux «zones pilotes» pour participer à des négociations à Rome 

  • Israël et le Liban avaient conclu un accord-cadre à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington le 26 juin en vue d'une "paix durable" entre les deux pays, en état de guerre depuis des décennies
  • Il prévoit que l'armée libanaise commence à se déployer dans des "zones pilotes" dont se retirerait Israël, qui occupe une partie du sud du pays, sous réserve du désarmement du Hezbollah

BEYROUTH: Le Liban exige qu'Israël se retire de deux "zones pilotes" dans le sud du pays avant de participer à un nouveau cycle de pourparlers prévu à Rome, a indiqué mercredi à l'AFP une source diplomatique au courant des négociations.

L'Italie et Israël ont annoncé que ces négociations se tiendraient les 15 et 16 juillet à Rome, mais les autorités libanaises n'ont pas confirmé leur participation dans l'immédiat.

Israël et le Liban avaient conclu un accord-cadre à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington le 26 juin en vue d'une "paix durable" entre les deux pays, en état de guerre depuis des décennies.

Il prévoit que l'armée libanaise commence à se déployer dans des "zones pilotes" dont se retirerait Israël, qui occupe une partie du sud du pays, sous réserve du désarmement du Hezbollah.

"Le Liban pose comme condition le retrait d'Israël de deux zones pilotes pour participer aux négociations", a affirmé la source diplomatique ayant requis l'anonymat.

Le Hezbollah est opposé à ces négociations et refuse d'être désarmé.

La formation pro-iranienne a entraîné le Liban dans la guerre régionale en mars, en soutien à Téhéran.

Israël a riposté par une vaste campagne de bombardements et une offensive terrestre, qui ont tué près de 4.300 personnes, selon Beyrouth.

Discussions "cruciales" 

Selon la source diplomatique, le département d'Etat américain a informé les deux délégations qu'il ne pouvait pas accueillir les négociations "de façon permanente", d'où le choix de Rome.

Elle a expliqué que des discussions "cruciales" étaient attendues et que les négociateurs auraient besoin de se concerter avec leurs autorités, ce qui ne serait "pas possible" à Washington du fait de la distance avec Israël et le Liban.

La source diplomatique a ajouté qu'Israël avait rapidement accepté la tenue des négociations à Rome, dans l'idée de "réduire la pression exercée directement" sur la partie israélienne pendant les précédentes discussions par le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

La partie libanaise a cependant reçu la garantie de Washington qu'il maintiendrait le "même niveau d'engagement et la même ligne de conduite dans la gestion des pourparlers" de Rome, selon cette source diplomatique.

L'accord-cadre n'établit pas de calendrier de retrait du sud du Liban, où Israël a annoncé vouloir maintenir ses troupes dans une zone pouvant s'étendre jusqu'à dix km de sa frontière.

L'armée israélienne poursuit ponctuellement des frappes meurtrières, malgré une trêve entrée en vigueur le 21 juin, à la suite de la signature d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

L'Iran a exigé que le cessez-le-feu au Liban soit inclus dans cet accord, mais Beyrouth "veut négocier par lui-même" et rejette toute ingérence, a souligné la source diplomatique.

Les négociations à Rome seront suivies par une visite courant juillet du président libanais, Joseph Aoun, à Washington, à l'invitation de son homologue américain.

M. Aoun a estimé mercredi que cette invitation traduisait "le soutien des Etats-Unis à un processus visant à trouver une solution durable à la série de guerres et d'agressions israéliennes contre notre pays".