Malaise dans la diplomatie française sur la politique de Macron au Moyen-Orient

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron (à gauche) lors d'une conférence de presse conjointe à Jérusalem le 24 octobre 2023. (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron (à gauche) lors d'une conférence de presse conjointe à Jérusalem le 24 octobre 2023. (AFP)
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Publié le Jeudi 16 novembre 2023

Malaise dans la diplomatie française sur la politique de Macron au Moyen-Orient

  • Depuis le général de Gaulle jusqu'à Jacques Chirac, la question israélo-palestinienne était «un élément structurant de la politique étrangère de la France»
  • «On considère de plus en plus dans les pays arabes que la France est alignée sur les Etats-Unis et apporte un soutien quasi inconditionnel à Israël», dit un conseiller du Premier ministre irakien

PARIS: Un groupe de diplomates français au Moyen-Orient a rédigé une note critiquant la politique d'Emmanuel Macron dans la région et déplorant un parti pris pro-israélien, un geste hautement inhabituel qui témoigne du malaise de certains fonctionnaires au ministère des Affaires étrangères.

L'existence de cette note confidentielle a été révélée dans des cercles de diplomates qui en ont dévoilé la tonalité au quotidien Le Figaro. Son contenu exact n'a pas filtré.

"C'est une note interne à caractère professionnel qui est inhabituelle dans sa forme puisqu'elle est collective, signée par une dizaine d'ambassadeurs du Moyen-Orient", a expliqué à l'AFP Denis Bauchard, ancien ambassadeur en Jordanie, qui s'est entretenu avec une des personnes ayant eu connaissance de la note.

Des dizaines -- voire plus -- de notes dites diplomatiques, autrefois appelées télégrammes, sont envoyées chaque jour par les ambassades et consulats au ministère des Affaires étrangères. Mais elles n'ont pas vocation, loin s'en faut, à devenir publiques.

La fuite n'est "pas fortuite", souligne un diplomate à Paris, qui requiert l'anonymat, alors que le conflit israélo-palestinien fait débat dans toute la société française, le Quai d'Orsay n'y échappant pas.

Cette note "apparaît comme une véritable démarche d'ambassadeurs qui font un constat identique", remarque Denis Bauchard, également ex-directeur pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient au ministère.

"C'est l'expression d'une inquiétude, celle de voir la France perdre de son influence y compris dans des pays avec lesquels les relations sont traditionnellement bonnes que ce soit au Liban, en Jordanie ou en Egypte".

"Le Quai d'Orsay ne commente pas la correspondance diplomatique de nature confidentielle", a réagi Anne-Claire Legendre, la porte-parole du ministère. "La diplomatie n'est pas affaire d'opinions individuelles exprimées dans la presse. Le devoir de réserve et l'obligation de loyauté s'appliquent aux diplomates comme à tous les fonctionnaires", a-t-elle ajouté en forme de rappel à l'ordre.

Pour l'ancien ambassadeur en Irak et en Tunisie Yves Aubin de la Messuzière, cette note résulte de "prises de position successives du président sur le conflit israélo-palestinien qui suscitent l'incompréhension" chez certains ambassadeurs.

"On a le sentiment, dit-il, d'initiatives ou de propositions irréfléchies ou totalement improvisées, comme celle qui consistait à élargir les missions de la coalition internationale de lutte contre l'Etat islamique au combat contre le (groupe islamiste palestinien) Hamas", auteur des massacres du 7 octobre en Israël.

C'était "inutile et inopérant", poursuit-il, en référence au fait que de nombreux pays arabes n'auraient jamais adhéré à une telle initiative.

Perte d'influence

Il souligne aussi que les positions du président rendent "illisible" la politique étrangère de la France, compliquant la tâche des diplomates sur le terrain.

Depuis le général de Gaulle jusqu'à Jacques Chirac, la question israélo-palestinienne était "un élément structurant de la politique étrangère de la France", rappelle-t-il, regrettant que la question ait perdu "de sa centralité".

"La situation est très sérieuse car il en va de la perte d'influence dans la région", estime-t-il.

"Le président français a perdu sa crédibilité dans le monde arabe et sa réputation, en particulier après ses déclarations lors de sa visite en Israël où il a apporté son soutien inconditionnel à Israël", assénait ainsi début novembre à l'AFP un conseiller du Premier ministre irakien Mohamed Chia al-Soudani, sous couvert d'anonymat.

Denis Bauchard note que la France a perdu l'image "d'un pays qui avait une position originale au Moyen-Orient", équilibrée entre Israéliens et Palestiniens. "On considère de plus en plus dans les pays arabes que la France est alignée sur les Etats-Unis et apporte un soutien quasi inconditionnel à Israël", dit-il.

Denis Bauchard et Yves Aubin expliquent que les diplomates sont en outre "préoccupés par la méthode", avec une cellule diplomatique à l'Elysée qui leur semble avoir pris "trop d'ampleur" et qui ne tiendrait pas suffisamment compte des experts du Quai d'Orsay.

"Le président n'est bien évidemment pas tenu de suivre les conseils que lui donnent les diplomates, qu'ils soient à l'Elysée ou au Quai d'Orsay mais le sentiment est trop souvent, à tort ou à raison, celui de l'improvisation intuitive", résume Denis Bauchard.

Des critiques rejetées par la porte-parole du Quai qui souligne que "chaque situation internationale fait l'objet de contributions nombreuses de nos postes diplomatiques".


Les images du vol spectaculaire du Louvre dévoilées

Les images du braquage spectaculaire au musée du Louvre, en octobre en plein Paris, filmées par des caméras de vidéosurveillance ont été montrées pour la première fois dimanche par les chaines TF1 et France Télévision. (AFP)
Les images du braquage spectaculaire au musée du Louvre, en octobre en plein Paris, filmées par des caméras de vidéosurveillance ont été montrées pour la première fois dimanche par les chaines TF1 et France Télévision. (AFP)
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  • On y voit notamment deux des cambrioleurs: l'un porte une cagoule noire et un gilet jaune, l'autre est vêtu de noir et d'un casque de moto. Tous deux s’introduisent dans la galerie Apollon où se trouvaient les bijoux.
  • Ces images les montrent enjambant la porte-fenêtre, après être montés via un monte-charge

PARIS: Les images du braquage spectaculaire au musée du Louvre, en octobre en plein Paris, filmées par des caméras de vidéosurveillance ont été montrées pour la première fois dimanche par les chaines TF1 et France Télévision.

On y voit notamment deux des cambrioleurs: l'un porte une cagoule noire et un gilet jaune, l'autre est vêtu de noir et d'un casque de moto. Tous deux s’introduisent dans la galerie Apollon où se trouvaient les bijoux.

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Ces images les montrent enjambant la porte-fenêtre, après être montés via un monte-charge.

L'un des deux hommes, s'attaque, muni d'une disqueuse, à la vitrine dans laquelle se trouvait le diadème de l'Impératrice Eugénie, qu'il parvient à saisir après avoir donné des coups de poings dans le verre.

Il vient ensuite en aide au deuxième malfaiteur s'affairant sur la vitrine voisine, qui attrape plusieurs bijoux à toute vitesse.

Le tout aura duré moins de quatre minutes, sous les yeux de quelques agents impuissants, l'un d'eux brandissant un poteau de guidage sans savoir que faire, selon les images de France Télévisions.

Le butin a été estimé à 88  millions d'euros.

Les voleurs auraient pu être stoppés "à 30 secondes près", a notamment estimé mi-décembre Noël Corbin, chef de l'Inspection générale des affaires culturelles (Igac).


Budget: des chiffrages en cours pour la surtaxe des bénéfices des entreprises, dit Roland Lescure

Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure (au centre), s'exprime lors d'un examen solennel et d'un vote sur le projet de loi de finances rectificative présenté par le gouvernement afin de continuer à financer provisoirement l'État et les administrations, au Sénat, la chambre haute du Parlement français, à Paris, le 23 décembre 2025. (AFP)
Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure (au centre), s'exprime lors d'un examen solennel et d'un vote sur le projet de loi de finances rectificative présenté par le gouvernement afin de continuer à financer provisoirement l'État et les administrations, au Sénat, la chambre haute du Parlement français, à Paris, le 23 décembre 2025. (AFP)
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  • Roland Lescure indique que le gouvernement finalise les chiffrages pour une éventuelle surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, en négociation avec le Sénat, tandis que l’opposition et le PS réclament des montants différents
  • La prime d’activité sera augmentée de 50 € en moyenne pour plus de trois millions de ménages, et le gouvernement décidera bientôt de recourir au 49.3 ou à une ordonnance pour faire passer le budget

PARIS: Le ministre de l'Economie et des Finances Roland Lescure a évoqué samedi des chiffrages en cours au sujet d'une éventuelle surtaxe des bénéfices des grandes entreprises samedi, une mesure réclamée par le parti socialiste mais repoussée à l'Assemblée.

"On est en train encore de caler les derniers chiffrages. Pourquoi? Parce qu'on est encore en train de négocier avec les groupes parlementaires du Sénat l'évolution des dépenses des collectivités locales", a commenté le ministre sur France info, rappelant que la mesure figurait dans le budget initial du gouvernement. "Ce n'est pas seulement une demande du PS", a-t-il ajouté.

Lors de son allocution vendredi, le Premier ministre Sébastien Lecornu n'a rien dit de cette éventuelle surtaxe sur les bénéfices des entreprises, censée aider à la négociation avec le PS mais repoussée à l'Assemblée.

Opposés à cette mesure, les groupes LR et Renaissance n'ont pas apporté leur soutien à un amendement du gouvernement jeudi, qui aurait porté le rendement de la surtaxe à 6,3 milliards d'euros, contre 8 milliards en 2025 et 4 milliards dans le projet de loi initial du gouvernement pour 2026.

Les socialistes réclamaient quant à eux le maintien de la surtaxe à 8 milliards. Début janvier, Roland Lescure avait plaidé pour la réintroduction de cette surtaxe à l'Assemblée, après sa suppression au Sénat, nécessaire au compromis, selon lui.

"On est en train de caler ça. Donc on aura l'occasion de vous donner les chiffres exacts dans les 2-3 jours qui viennent au maximum", a précisé le ministre de l'Economie samedi.

M. Lescure a par ailleurs confirmé l'augmentation de 50 euros en moyenne de la prime d'activité, un complément de revenu versé aux travailleurs à revenus modestes, pour plus de trois millions de ménages, une mesure annoncée par le Premier ministre vendredi.

"Il y avait des économies prévues sur la prime d'activité (...) Tout ça, c'est terminé. Mais il y a en plus une hausse de la prime d'activité qui fait à peu près 50 euros pour quelqu'un qui gagne le SMIC", a expliqué Roland Lescure.

Le gouvernement doit trancher d'ici mardi entre un recours au 49.3 ou à une ordonnance budgétaire pour tenter de faire passer le projet de budget sans vote.

"Le vote du budget, j'allais dire traditionnel, est malheureusement proscrit du fait de la manière dont les débats se sont produits. Moi, j'ai été élu à l'Assemblée nationale. Je préfère toujours que l'Assemblée nationale puisse se prononcer. Et on verra dans les heures qui viennent ce qu'on décide", a répondu Roland Lescure, interrogé sur l'option qui sera retenue par le gouvernement.


France: le gouvernement abat ses dernières cartes pour arracher un budget

Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, prononce un discours lors du débat sur le projet de loi de finances pour l'année 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 13 janvier 2026. (AFP)
Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, prononce un discours lors du débat sur le projet de loi de finances pour l'année 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 13 janvier 2026. (AFP)
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  • Sébastien Lecornu est engagé dans une phase décisive de négociations avec les socialistes pour faire adopter le budget 2026 et éviter une censure, dans un contexte d’impasse parlementaire
  • Faute d’accord, le gouvernement devra choisir entre le recours au 49.3 ou une ordonnance budgétaire inédite, au risque de provoquer une crise politique et d’éventuelles législatives anticipées

PARIS: Le premier ministre Sébastien Lecornu, nommé en octobre pour sortir de l'impasse budgétaire dans laquelle la France se trouve depuis des mois, entre dans la toute dernière ligne droite pour trouver un accord sur le budget 2026 avec les socialistes qui lui éviterait une censure, se résignant à une adoption sans vote.

Il s'exprimera "en fin de journée depuis Matignon afin de présenter les éléments de fond pour construire le contenu d'un accord sur le projet de loi de finances pour l'année 2026", a fait savoir vendredi matin son entourage.

Le chef du gouvernement s'est donné jusqu'à mardi pour trouver une solution acceptable aux yeux du parti socialiste (PS) qui l'a jusqu'à présent épargné. Sur le fond mais aussi sur la forme, les deux outils constitutionnels à sa disposition - article 49.3 ou ordonnance (article 47) - étant perçus par ses opposants comme des "passages en force".

Le gouvernement a pris jeudi soir la décision de suspendre les interminables débats budgétaires à l'Assemblée nationale. Un coup de théâtre justifié par l'impossibilité d'aller à un vote sur le budget de l'État.

Le Premier ministre, qui s'est rendu vendredi matin à l'Élysée pour rencontrer le président Emmanuel Macron, a averti qu'un renversement de son gouvernement serait quasi automatiquement synonyme d'élections législatives anticipées qui pourraient coïncider avec les municipales (15 et 22 mars).

- "Saboteurs" -

"On a donné toutes ses chances au débat" mais "nous avons des saboteurs à l'Assemblée nationale", la France insoumise (LFI, gauche radicale) et le Rassemblement national (RN, extrême droite), a accusé à la télévision la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, en première ligne dans les discussions avec les forces politiques qu'elle a déjà réunies à plusieurs reprises.

La ministre a esquissé quelques pistes de propositions du gouvernement, sur les collectivités locales, en attente d'engagements financiers à quelques semaines des élections municipales, ou la fiscalité.

Pour le cadre général, Matignon a prévenu qu'il souhaitait arriver à un déficit de 5% maximum du PIB, déplorant qu'il atteigne "à ce stade" 5,3%.

Une fois les propositions sur la table, le chef du gouvernement va devoir trancher sur la manière de les faire entrer dans la loi.

Les discussions budgétaires sont théoriquement censées reprendre mardi après-midi, et le Premier ministre devrait donc avoir d'ici là choisir de recourir soit à l'article 49.3, soit à une ordonnance budgétaire.

Amélie de Montchalin a dit qu'elle n'avait "pas de préférence" mais qu'elle souhaitait "de la stabilité et un budget".

Un recours à l'article 49.3, auquel Sébastien Lecornu avait solennellement renoncé à la demande du PS pour éviter une censure, permettrait au gouvernement de faire passer un budget sans vote en retenant les amendements de son choix.

- "Heures décisives" -

Mais il devrait l'utiliser potentiellement trois fois (sur les dépenses, les recettes, puis sur l'ensemble du texte), s'exposant à chaque fois à une censure.

L'ordonnance budgétaire, c'est-à-dire la traduction du budget dans un texte qui n'a pas besoin de passer devant le Parlement, serait inédite, et constituerait un précédent potentiellement lourd de conséquences.

Sauf que, contrairement au 49.3, elle permettrait de doter le pays d'un budget même si le gouvernement devait être censuré par la suite.

Le député socialiste Emmanuel Grégoire a jugé à la télévision "inacceptable" le recours à une ordonnance qui voudrait dire "forcément censure, puisque sur les ordonnances il ne peut pas y avoir d'amendements, d'enrichissement" du texte.

Sur le 49.3, "ça dépend évidemment de la copie finale" et des propositions du gouvernement, a-t-il estimé. "Et donc nous allons vivre évidemment des heures décisives".

Pour Sébastien Lecornu, comme pour les socialistes, un recours au 49.3 aurait un goût amer. Son abandon était un marqueur d'action du Premier ministre et, pour le PS, le signe d'un retour au parlementarisme.