À Gaza, femmes enceintes et nouveau-nés victimes de traumatismes, d'infections et de malnutrition

Un enfant blessé est amené à l'hôpital Al-Aqsa après l'attaque israélienne. (Photo, Getty Images)
Un enfant blessé est amené à l'hôpital Al-Aqsa après l'attaque israélienne. (Photo, Getty Images)
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Publié le Samedi 18 novembre 2023

À Gaza, femmes enceintes et nouveau-nés victimes de traumatismes, d'infections et de malnutrition

  • Même si elles survivent à l'accouchement, les mères et leurs bébés ne sont pas à l'abri des pénuries qui menacent la santé et le développement
  • Le siège des hôpitaux et le blocage de l'aide privent les femmes qui accouchent d'analgésiques et les nouveau-nés prématurés de couveuses

LONDRES: Ce qui aurait dû être une période de grande joie et d'excitation est devenu un véritable cauchemar pour des milliers de nouvelles et futures mères vivant sous le siège et les bombardements israéliens constants dans la bande de Gaza. 

Pour Layla, 28 ans, dont le nom a été modifié pour des raisons de sécurité, mettre au monde une nouvelle vie à un moment où il y a tant de morts et de destructions la remplit d'effroi. «Ce qui m'inquiète le plus, c'est de tomber amoureuse de la vie, au milieu de toute cette mort, une fois que j'aurai tenu mon bébé dans mes bras», a-t-elle déclaré à Arab News

Comme 5 500 autres femmes enceintes de la bande de Gaza, Layla doit accoucher très prochainement dans le contexte d'un conflit entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas, qui a dévasté les infrastructures de santé et privé la population d'accès à des aliments nutritifs, à de l'eau propre et à des installations sanitaires publiques. 

La fermeture des hôpitaux et des cliniques sous les bombardements intenses et les pénuries chroniques d'électricité, de carburant et de médicaments comptent parmi les plus grands défis auxquels sont confrontées les quelque 50 000 femmes enceintes de Gaza. 

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Des bébés palestiniens nés prématurément à l'hôpital Al-Shifa de la ville de Gaza. (Photo, Dr. Marawan Abu Saada via AP) 

Au 10 novembre, quelque 18 hôpitaux et 51 centres de soins primaires dans l'enclave assiégée n'étaient plus opérationnels, ce qui signifie que moins de 60% des hôpitaux et 30% des centres de santé publique fonctionnent d'une manière ou d'une autre. 

Fikr Shalltoot, directrice à Gaza auprès de Medical Aid for Palestinians (MAP), une organisation caritative britannique opérant dans l'enclave palestinienne, a déclaré que les femmes enceintes de Gaza «sont confrontées à une réalité désastreuse, avec un accès limité aux services de santé essentiels dans un contexte de catastrophe humanitaire quasi-totale». 

«Avec plus de 180 naissances par jour et 235 attaques contre les infrastructures de santé depuis le 7 octobre, la situation est critique», a signalé Shalltoot à Arab News. Les femmes sont donc privées de services obstétriques d'urgence et beaucoup sont contraintes d'accoucher dans des conditions dangereuses. 

«Les hôpitaux fermés obligent les femmes à accoucher dans des abris, des maisons et des rues au milieu des décombres, ce qui augmente les risques d'infection», a-t-elle indiqué. «Les maternités, comme celle d'Al-Hilo, font l'objet d'attaques.» 

Les hôpitaux de Gaza sont en première ligne du conflit, submergés de civils blessés depuis le début de la campagne militaire israélienne, qui a été lancée en représailles aux attaques du Hamas du 7 octobre, ayant causé 1 200 morts et entraîné la prise en otage de plus de 200 personnes, Israéliens et étrangers.

Quelque 135 établissements de santé ont été endommagés ou détruits dans la bande de Gaza. Bien que ces installations soient protégées par le droit humanitaire international, Israël affirme que le Hamas a utilisé les hôpitaux, en particulier le plus grand de Gaza, Al-Shifa, pour abriter des centres de commandement souterrains. 

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Les dégâts causés par une explosion à l'hôpital Al-Ahli Arabi dans le centre de Gaza. (Photo, AFP) 

Le Hamas et le personnel médical nient que ces installations soient utilisées pour stocker des armes, cacher des otages ou déplacer des combattants le long d'un réseau sophistiqué de tunnels. Les forces israéliennes qui ont pris le contrôle d'Al-Shifa mercredi n'ont pas encore fourni de preuves à l'appui de leurs affirmations. 

Selon les médias locaux, Al-Shifa compte au moins 650 patients, dont 22 en soins intensifs et 36 bébés prématurés, ainsi que quelque 400 membres du personnel médical. Plus de 2 000 habitants de Gaza ont également trouvé refuge dans l'établissement. 

Au milieu des destructions et des pénuries, aggravées par les restrictions imposées par Israël à l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza via le poste frontière de Rafah avec l'Égypte, les médecins ont été contraints de prendre des mesures extrêmes, comme pratiquer des césariennes sans anesthésie ni analgésiques. 

«Certaines femmes souffrent de complications lors de l'accouchement et, pour résoudre le problème, faute de moyens, d'outils ou de temps, les médecins sont confrontés à l'option extrême de l'ablation de l'utérus», a révélé à Arab News Soraida Hussein-Sabbah, spécialiste des questions de genre et de la défense des droits à ActionAid Espagne. 

À l'hôpital Al-Awda, le seul fournisseur de services de maternité dans le nord de Gaza, les médecins ont pratiqué 16 césariennes le week-end dernier dans des conditions extrêmement difficiles, selon les médias locaux. 

Hussein-Sabbah a déclaré que bien qu'il y ait de nombreux médecins et infirmières obstétriciens formés et spécialisés dans la bande de Gaza, ainsi que des maternités privées et publiques, «ils ne peuvent pas fonctionner normalement en ce moment».

EN CHIFFRES

- 50 000 femmes enceintes à Gaza. 

- 5 500 femmes devant accoucher prochainement. 

- 180: Nombre moyen de naissances par jour. 

Malgré cela, «toute personne spécialisée qui se trouve dans un refuge, ou n'importe où... continuera à servir autant que possible», a-t-elle ajouté. 

Zaher Sahloul, directeur de MedGlobal, une ONG médicale basée aux États-Unis, a expliqué les dangers des césariennes dans des circonstances aussi extrêmes. Alors que «les médecins essaient généralement de faire accoucher les femmes le plus rapidement possible», une telle opération les oblige à «couper à travers plusieurs couches» et à «suturer plusieurs couches». 

Effectuer une telle opération sans anesthésie, ni même une dose partielle d'analgésique, serait atroce. 

«C'est, comme vous pouvez l'imaginer, une expérience extrêmement traumatisante, quelque chose qui serait associé au syndrome de stress post-traumatique», a expliqué Sahloul à Arab News. Les professionnels de la santé sont également contraints de faire sortir les nouvelles mères dans les trois heures, ce qui présente des risques supplémentaires. 

Les nouvelles mères sont généralement surveillées pendant au moins 24 heures, car la période post-partum est associée à diverses complications, notamment des hémorragies. Même avant la dernière flambée de violence à Gaza, «les deux principales causes de décès maternels étaient les hémorragies et le sepsis», a souligné Sahloul. 

«Le manque d'eau et d'assainissement les expose à un risque encore plus élevé d'infection et de sepsis. Les hôpitaux n'ont même pas de sang à transfuser à ces patientes si elles commencent à avoir des complications», a-t-il indiqué. 

Même s’ils survivent à l'épreuve de l'accouchement dans ces conditions, la mère et le bébé ne sont pas hors de danger. Le manque d'installations d'hygiène, d'aliments nutritifs, d'eau potable, d'espaces de sommeil sûrs et d'autres conforts et besoins de base menacent la santé et le développement. 

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Une manifestante tient une pancarte à La Haye en soutien aux enfants palestiniens. (Photo, Getty Images) 

Les carences en acides gras et en vitamines chez les mères allaitantes peuvent compromettre le système immunitaire des nouveau-nés, ce qui les expose à des risques de maladies transmissibles et à des problèmes de développement cognitif, a éclairci Sahloul. 

Fatema, une autre femme piégée à l'intérieur de Gaza, a eu recours à des vêtements propres pour gérer ses pertes car elle n'a pas accès à des serviettes hygiéniques. Embarrassée et ne disposant que d'une intimité limitée, elle a ensuite enterré ces vêtements, a-t-elle affirmé à ActionAid. 

Plus de 1,4 million de Palestiniens ont été déplacés depuis le 7 octobre, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). Nombre d'entre eux ont installé des tentes de fortune devant les hôpitaux, tandis que d'autres se sont entassés dans les couloirs des écoles ou ont dormi en plein air. 

Sahloul, de MedGlobal, a averti qu'avec un accès limité à la nourriture et à l'eau, les femmes souffrant de malnutrition courent le risque d'un «accouchement prématuré», qui est également associé à la morbidité et à la mortalité fœtales et néonatales. 

Shalltoot, de Medical Aid for Palestinians (MAP), a mis en garde contre le fait que l'accès aux services obstétriques devenant de plus en plus difficile, «les décès maternels augmenteront, les complications liées au stress monteront en flèche et la malnutrition s'aggravera, affectant la survie de l'enfant». De plus, «sans carburant, les prématurés qui dépendent des soins néonatals sont confrontés à une crise qui met leur vie en danger». 

Elle a ajouté: «Les soins de maternité à l'hôpital Al-Awda sont en péril. Les médecins signalent une augmentation des naissances prématurées causées par les bombardements des habitations, une crise déchirante où les accouchements prématurés sont pratiqués alors que les mères sont à l'agonie.» 

Trois bébés prématurés sont morts mardi à l'hôpital Al-Shifa après que l'unité de soins intensifs néonatals a été mise hors service. La vie d'au moins 36 autres bébés est en danger en raison d'un manque d'électricité et de carburant pour les couveuses, selon le directeur de l'établissement. 

Les femmes et les enfants représentant plus de 70% des victimes, dont une femme sur quatre en âge de procréer, l'accès aux services de santé maternelle est essentiel, a souligné Shalltoot. 

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Des Palestiniens font la queue en attendant d'acheter du pain dans une boulangerie, dans un contexte de pénurie de denrées alimentaires et de carburant. (Photo, Reuters) 

«Gaza a un besoin urgent de soutien pour protéger la vie des mères et des nouveau-nés», a-t-elle insisté, ajoutant qu’«un cessez-le-feu est impératif pour les femmes enceintes et les nourrissons». 

Elle a poursuivi: «Sans un accès immédiat au carburant, à l'aide et aux experts médicaux, nous sommes confrontés à la menace imminente des maladies infectieuses. La famine de masse, les maladies mortelles et un système de santé en ruine sont imminents si une action rapide n'est pas entreprise.» 

«L'ouverture de plusieurs points de passage est essentielle afin d’éviter une chute libre de l'aide humanitaire. Notre appel est clair: agissez maintenant pour éviter une crise catastrophique», a averti Shalltoot. 

La MAP a livré une série d'articles, notamment des médicaments et des articles médicaux jetables qui peuvent être utilisés pour soutenir l'accouchement et le traitement des femmes et des bébés. «Avec notre partenaire à Gaza, Ard El Insan, nous avons distribué tous nos médicaments et produits alimentaires pour les enfants souffrant de malnutrition et leurs familles», a-t-elle ajouté. 

Save the Children et ActionAid ont également appelé à un cessez-le-feu immédiat et à l'ouverture d'un corridor d'aide humanitaire. 

«Pour que cela se produise, il est nécessaire de lancer un appel unifié et coordonné et de faire pression pour que le point de passage de Rafah soit ouvert et que les forces d'occupation israéliennes respectent le droit humanitaire international et permettent l'acheminement de l'aide et le sauvetage des civils», a expliqué Hussein-Sabbah, d'ActionAid. 

Au 14 novembre, au moins 11 320 Palestiniens ont été tués à Gaza, dont plus de 4 650 enfants et plus de 3 145 femmes, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas. Au total, 198 membres du personnel médical ont également trouvé la mort. 

Au début de ce mois, Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, a qualifié Gaza de «cimetière pour enfants» et de «crise de l'humanité». 

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Une mère couvre le visage de son enfant pour le protéger de la fumée alors que les Palestiniens quittent la partie nord de la bande de Gaza. (Photo, Getty Images) 

Dans un communiqué adressé à Arab News, Save the Children a déclaré: «Au cours de cette catastrophe humanitaire, les civils, en particulier les enfants, continuent de payer le plus lourd tribut à la violence actuelle.» 

«Des enfants sont tués à un rythme effréné, des familles entières sont rayées du registre et un nombre croissant de personnes, notamment des enfants, se retrouvent sans aucun membre survivant de leur famille», s’est désolée l’organisation humanitaire Save the Children. 

Les attaques contre les écoles et les hôpitaux sont considérées par les Nations unies comme «une violation grave à l'encontre des enfants et peuvent constituer des violations du droit humanitaire international», a précisé l’ONG. 

Appelant à la fin des «attaques continues et systématiques», Save the Children a soutenu que «les hôpitaux et les écoles ne peuvent pas être des champs de bataille, et les enfants ne peuvent pas être des cibles. Pourtant, à Gaza, ces trois éléments sont attaqués quotidiennement».

«Même en temps de guerre, les éléments fondamentaux de l'humanité doivent prévaloir», a-t-elle conclu. 

  

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Hamas exhorte l'Iran à cesser de bombarder ses voisins

Le Hamas a appelé samedi l’Iran à s’abstenir de viser les pays voisins, tout en affirmant le droit de Téhéran à se défendre contre Israël et les États-Unis. (AFP)
Le Hamas a appelé samedi l’Iran à s’abstenir de viser les pays voisins, tout en affirmant le droit de Téhéran à se défendre contre Israël et les États-Unis. (AFP)
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  • Le Hamas appelle l’Iran à cesser de frapper les pays voisins en représailles aux attaques américano-israéliennes, tout en affirmant le droit de Téhéran à se défendre
  • Le mouvement palestinien exhorte aussi la communauté internationale à agir pour mettre fin immédiatement à la guerre régionale

Gaza, Territoires palestiniens: Le mouvement islamiste palestinien Hamas a exhorté samedi Téhéran à cesser ses frappes contre les pays voisins en représailles aux attaques américano-israéliennes dont il est la cible, tout en affirmant le droit de son allié à se défendre.

Le Hamas a également appelé la communauté internationale à "œuvrer à l'arrêt" immédiat de la guerre.

Il s'agit de la première déclaration en ce sens du Hamas, dont la République islamique est traditionnellement l'un des principaux soutiens, depuis le début, le 28 février, de l'offensive menée conjointement par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

"Tout en affirmant le droit de la République islamique d'Iran à riposter à cette agression par tous les moyens disponibles, conformément aux normes et au droit international, le mouvement appelle ses frères en Iran à ne pas prendre pour cible les pays voisins", a écrit le Hamas sur Telegram.

Le Hamas avait auparavant condamné l'assassinat du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué par une frappe israélienne à Téhéran au premier jour de la guerre, le qualifiant de "crime odieux".

"Il a fourni toutes les formes de soutien politique, diplomatique et militaire à notre peuple, à notre cause et à notre résistance", avait déclaré le mouvement peu après la mort de l'ayatollah Khamenei.

Mercredi, le Hamas a souhaité au fils de Khamenei, Mojtaba Khamenei, nommé nouveau guide suprême en remplacement de son père, de "vaincre l'agression israélo-américaine".

Face à l'offensive américano-israélienne, l'Iran a riposté par des tirs contre une dizaine de pays. Samedi, le Qatar a annoncé avoir intercepté deux missiles après des explosions entendues dans la capitale Doha.

Le mouvement libanais Hezbollah, lui aussi allié de Téhéran, est entré en guerre le 2 mars en tirant des roquettes sur le sol israélien, provoquant une campagne de bombardements massifs menée par Israël au Liban.

Le Hamas et le Hezbollah, comme les rebelles houthis du Yémen, font partie des groupes armés soutenus par l'Iran contre Israël dans la région. Parmi les objectifs affichés de son offensive contre Téhéran, Israël avait affirmé vouloir détruire le soutien iranien à ces mouvements.

- "Semer la discorde" -

Selon une source au sein du Hamas, interrogée par l'AFP, la direction du mouvement est en contact avec les dirigeants iraniens "depuis plusieurs jours en les appelant à ne pas viser des États voisins comme les pays du Golfe, d'autres pays arabes et la Turquie".

Israël "cherche à semer la discorde entre l'Iran et ses voisins arabes et musulmans", a ajouté cette source sous couvert d'anonymat. "La direction du Hamas a également pris contact avec des responsables de plusieurs pays, dont le Qatar, la Turquie et l'Irak, les exhortant à œuvrer pour mettre un terme" à l'offensive israélo-américaine.

Plusieurs pays majoritairement sunnites entretiennent aussi des liens avec le Hamas, notamment la Turquie et le Qatar, qui héberge depuis 2012 la direction politique du mouvement et a joué un rôle-clé dans les négociations indirectes avec Israël en vue de mettre un terme à la guerre dans la bande de Gaza.

Ces négociations ont abouti à un cessez-le-feu fragile qui se maintient depuis le 10 octobre 2025, après deux ans de guerre provoquée par l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

Le Qatar a aussi fourni une importante aide financière à Gaza depuis la prise de pouvoir du Hamas dans le territoire palestinien en 2007, en grande partie présentée comme une aide humanitaire ou à la reconstruction.

La Turquie de son côté fournit principalement un soutien politique et diplomatique plutôt qu'un financement direct à grande échelle au Hamas.

Vendredi, la Turquie a annoncé qu'un troisième missile balistique tiré depuis l'Iran, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, avait été abattu dans l'espace aérien turc par les forces de l'Otan.


Le chef de l’ONU affirme que « le temps des groupes armés est révolu » après sa rencontre avec le président libanais

Sur cette photo diffusée par le bureau de presse de la présidence libanaise, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’adresse aux journalistes après sa rencontre avec le président libanais Joseph Aoun au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beirut, le vendredi 13 mars 2026. (Bureau de presse de la présidence libanaise via AP)
Sur cette photo diffusée par le bureau de presse de la présidence libanaise, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’adresse aux journalistes après sa rencontre avec le président libanais Joseph Aoun au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beirut, le vendredi 13 mars 2026. (Bureau de presse de la présidence libanaise via AP)
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  • Antonio Guterres était à Beyrouth « en ami du peuple libanais »
  • Il a appelé à ce que l’intégrité territoriale du pays soit « pleinement rétablie »

NEW YORK : Le secrétaire général de l’ONU a appelé vendredi à un État libanais fort détenant le monopole de l’usage de la force, après une rencontre avec le président Joseph Aoun.

« Ce n’est plus le temps des groupes armés », a déclaré Antonio Guterres. « C’est le temps des États forts. »

S’exprimant après la réunion à Beirut, il a ajouté : « J’appelle fermement les deux parties, le Hezbollah et Israël, à un cessez-le-feu afin d’arrêter la guerre et d’ouvrir la voie à une solution. »

Une telle solution, a-t-il précisé, devrait permettre au Liban d’émerger comme un État souverain doté d’une pleine intégrité territoriale et d’institutions étatiques contrôlant l’usage de la force.

Arrivé plus tôt à Beyrouth pour une visite de solidarité « en ami du peuple libanais », il a déclaré aux journalistes : « C’est dans les moments difficiles que l’amitié et la solidarité sont essentielles. »

Il a déclaré être conscient de la souffrance « énorme » des Libanais alors que le mois sacré musulman du Ramadan coïncide avec la période chrétienne du Carême. « Ce devraient être des moments de paix, ce devraient être des moments de solidarité », a-t-il ajouté.

« Malheureusement, le Liban a été entraîné dans une guerre qui n’est pas une guerre que son peuple aurait souhaitée. »

« J’espère sincèrement que lors de ma prochaine visite au Liban, je pourrai voir un Liban en paix, un Liban où l’État détient le monopole de l’usage de la force et où l’intégrité territoriale est pleinement rétablie », a-t-il conclu. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les Etats-Unis frappent le hub pétrolier de l'Iran dans le Golfe

Le président américain Donald Trump s’adresse aux médias avant d’embarquer à bord d’Air Force One pour se rendre en Floride, à la base conjointe Andrews, dans le Maryland (États-Unis), le 13 mars 2026. (REUTERS)
Le président américain Donald Trump s’adresse aux médias avant d’embarquer à bord d’Air Force One pour se rendre en Floride, à la base conjointe Andrews, dans le Maryland (États-Unis), le 13 mars 2026. (REUTERS)
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  • Donald Trump affirme que l’armée américaine a « totalement détruit » des cibles militaires sur l’île iranienne de Kharg Island et menace de viser ses infrastructures pétrolières si l’Iran entrave la navigation dans le dans le détroit d’Ormuz
  • Le conflit régional se poursuit avec des frappes et représailles entre l’Iran, les États-Unis et leurs alliés, tandis que Washington envisage d’escorter des pétroliers dans ce détroit stratégique par où transite environ 20% du pétrole mondial

TEHERAN: Donald Trump a déclaré vendredi soir avoir "complètement détruit" des cibles militaires sur l'île de Kharg, le hub pétrolier de l'Iran, et menacé de s'en prendre à ses infrastructures pétrolières si Téhéran entrave la libre circulation des navires dans le détroit stratégique d'Ormuz.

"J'ai choisi de NE PAS détruire les infrastructures pétrolières de l'île. Cependant si l'Iran, ou quiconque d'autre venait à faire quoi que ce soit pour entraver le passage libre et sûr des navires dans le détroit d'Ormuz, je reconsidérerais immédiatement ma décision", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

Il a annoncé que l'armée américaine "a mené l'un des raids aériens les plus puissants de l'histoire au Moyen-Orient, et a totalement détruit toutes les cibles militaires" sur Kharg.

La veille, le président du Parlement iranien, l'influent Mohammad Bagher Ghalibaf, avait déclaré que Téhéran "abandonnera toute retenue" si les Etats-Unis et Israël attaquent ses îles du Golfe.

Bande de terre broussailleuse située dans le nord du Golfe, à environ 30 kilomètres des côtes, Kharg abrite le plus grand terminal d'exportation de pétrole brut de l'Iran.

Après deux semaines de guerre qui n'ont pas fait céder le pouvoir iranien, l'intransigeance de l'ensemble des belligérants, qui poursuivent samedi matin leurs frappes, ne laisse présager aucun répit dans ce conflit qui déchire le Moyen-Orient et perturbe de plus en plus le commerce mondial faisant flamber les prix du pétrole.

L'Iran continue ainsi ses représailles aériennes contre les Etats du Golfe. Des explosions ont été entendues tôt samedi à Doha, la capitale du Qatar, par des journalistes de l'AFP, après que le ministère de l'Intérieur a ordonné l'évacuation de certaines zones clefs.

Donald Trump a également déclaré que la marine américaine allait commencer "très bientôt" à escorter des pétroliers dans le détroit d'Ormuz, par où transite 20% de la production mondiale d'hydrocarbures.

- Frapper "très fort" -

Selon la presse américaine, les Etats-Unis vont aussi envoyer des renforts au Moyen-Orient, le New York Times parlant de quelque 2.500 Marines et trois navires de plus.

Le Wall Street Journal cite lui des responsables américains selon lesquels le navire d'assaut Tripoli, basé au Japon, et les Marines qui lui sont attachés, se dirigent vers la même région.

Combien de temps va durer cette guerre? Elle se poursuivra la semaine prochaine, où les Etats-Unis veulent frapper l'Iran "très fort", a annoncé Donald Trump.

Mais le président américain a aussi admis qu'un renversement du pouvoir par le peuple à Téhéran, espéré par Washington dans la foulée du déclenchement de cette guerre le 28 février, ne se produirait "peut-être pas immédiatement".

Les Etats-Unis ont annoncé offrir 10 millions de dollars en échange d'informations qui permettront de savoir où sont dix des plus hauts dirigeants iraniens, dont le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, et le chef de la sécurité Ali Larijani.

L'état de santé de Mojtaba Khamenei reste incertain après qu'il a été lui-même blessé dans un bombardement. Vendredi, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a avancé qu'il était "probablement défiguré".

Téhéran a été visée vendredi par de nouveaux bombardements, du matin jusqu'en début de soirée où une brève série de fortes explosions a été entendue, selon des journalistes de l'AFP.

- "Trump ne comprend pas" -

Dans la matinée, Ali Larijani était apparu en public au coeur de Téhéran, aux côtés du président Massoud Pezeshkian, défiant l'ennemi en participant à une manifestation pro-gouvernementale.

La manifestation a rassemblé une importante foule - difficile à évaluer même si elle tapissait complètement certaines grandes artères - malgré la pluie et la peur des frappes meurtrières qui ont fait plus de 1.200 morts selon le dernier bilan des autorités, et plus de 1.800 selon l'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA).

"Le problème de Trump, c'est qu'il ne comprend pas que le peuple iranien est une nation courageuse, une nation forte, une nation déterminée", a lancé Ali Larijani. "Plus il accentuera sa pression, plus la détermination de la nation se renforcera".

- "Longue confrontation" -

L'armée israélienne a annoncé avoir mené 7.600 frappes en Iran en deux semaines, et 1.100 frappes au Liban, où elle pilonne le mouvement islamiste Hezbollah, allié de Téhéran. Ses bombardements au Liban ont tué 773 personnes, dont 103 enfants, et blessé près de 2.000, selon les autorités locales.

Une frappe israélienne contre un centre de santé dans le sud du Liban a tué au moins 12 membres du personnel médical, a annoncé samedi le ministère libanais de la Santé.

L'Agence nationale d'information (Ani, officielle) a également fait part de frappes israéliennes ayant touché vendredi un quartier général des casques bleus dans le sud du Liban.

Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a affiché son inflexibilité, déclarant que son groupe était prêt à "une longue confrontation" avec Israël.

Les Gardiens ont annoncé avoir tiré avec le Hezbollah des missiles et drones sur Israël en réplique aux attaques américano-israéliennes.