À Gaza, femmes enceintes et nouveau-nés victimes de traumatismes, d'infections et de malnutrition

Un enfant blessé est amené à l'hôpital Al-Aqsa après l'attaque israélienne. (Photo, Getty Images)
Un enfant blessé est amené à l'hôpital Al-Aqsa après l'attaque israélienne. (Photo, Getty Images)
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Publié le Samedi 18 novembre 2023

À Gaza, femmes enceintes et nouveau-nés victimes de traumatismes, d'infections et de malnutrition

  • Même si elles survivent à l'accouchement, les mères et leurs bébés ne sont pas à l'abri des pénuries qui menacent la santé et le développement
  • Le siège des hôpitaux et le blocage de l'aide privent les femmes qui accouchent d'analgésiques et les nouveau-nés prématurés de couveuses

LONDRES: Ce qui aurait dû être une période de grande joie et d'excitation est devenu un véritable cauchemar pour des milliers de nouvelles et futures mères vivant sous le siège et les bombardements israéliens constants dans la bande de Gaza. 

Pour Layla, 28 ans, dont le nom a été modifié pour des raisons de sécurité, mettre au monde une nouvelle vie à un moment où il y a tant de morts et de destructions la remplit d'effroi. «Ce qui m'inquiète le plus, c'est de tomber amoureuse de la vie, au milieu de toute cette mort, une fois que j'aurai tenu mon bébé dans mes bras», a-t-elle déclaré à Arab News

Comme 5 500 autres femmes enceintes de la bande de Gaza, Layla doit accoucher très prochainement dans le contexte d'un conflit entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas, qui a dévasté les infrastructures de santé et privé la population d'accès à des aliments nutritifs, à de l'eau propre et à des installations sanitaires publiques. 

La fermeture des hôpitaux et des cliniques sous les bombardements intenses et les pénuries chroniques d'électricité, de carburant et de médicaments comptent parmi les plus grands défis auxquels sont confrontées les quelque 50 000 femmes enceintes de Gaza. 

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Des bébés palestiniens nés prématurément à l'hôpital Al-Shifa de la ville de Gaza. (Photo, Dr. Marawan Abu Saada via AP) 

Au 10 novembre, quelque 18 hôpitaux et 51 centres de soins primaires dans l'enclave assiégée n'étaient plus opérationnels, ce qui signifie que moins de 60% des hôpitaux et 30% des centres de santé publique fonctionnent d'une manière ou d'une autre. 

Fikr Shalltoot, directrice à Gaza auprès de Medical Aid for Palestinians (MAP), une organisation caritative britannique opérant dans l'enclave palestinienne, a déclaré que les femmes enceintes de Gaza «sont confrontées à une réalité désastreuse, avec un accès limité aux services de santé essentiels dans un contexte de catastrophe humanitaire quasi-totale». 

«Avec plus de 180 naissances par jour et 235 attaques contre les infrastructures de santé depuis le 7 octobre, la situation est critique», a signalé Shalltoot à Arab News. Les femmes sont donc privées de services obstétriques d'urgence et beaucoup sont contraintes d'accoucher dans des conditions dangereuses. 

«Les hôpitaux fermés obligent les femmes à accoucher dans des abris, des maisons et des rues au milieu des décombres, ce qui augmente les risques d'infection», a-t-elle indiqué. «Les maternités, comme celle d'Al-Hilo, font l'objet d'attaques.» 

Les hôpitaux de Gaza sont en première ligne du conflit, submergés de civils blessés depuis le début de la campagne militaire israélienne, qui a été lancée en représailles aux attaques du Hamas du 7 octobre, ayant causé 1 200 morts et entraîné la prise en otage de plus de 200 personnes, Israéliens et étrangers.

Quelque 135 établissements de santé ont été endommagés ou détruits dans la bande de Gaza. Bien que ces installations soient protégées par le droit humanitaire international, Israël affirme que le Hamas a utilisé les hôpitaux, en particulier le plus grand de Gaza, Al-Shifa, pour abriter des centres de commandement souterrains. 

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Les dégâts causés par une explosion à l'hôpital Al-Ahli Arabi dans le centre de Gaza. (Photo, AFP) 

Le Hamas et le personnel médical nient que ces installations soient utilisées pour stocker des armes, cacher des otages ou déplacer des combattants le long d'un réseau sophistiqué de tunnels. Les forces israéliennes qui ont pris le contrôle d'Al-Shifa mercredi n'ont pas encore fourni de preuves à l'appui de leurs affirmations. 

Selon les médias locaux, Al-Shifa compte au moins 650 patients, dont 22 en soins intensifs et 36 bébés prématurés, ainsi que quelque 400 membres du personnel médical. Plus de 2 000 habitants de Gaza ont également trouvé refuge dans l'établissement. 

Au milieu des destructions et des pénuries, aggravées par les restrictions imposées par Israël à l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza via le poste frontière de Rafah avec l'Égypte, les médecins ont été contraints de prendre des mesures extrêmes, comme pratiquer des césariennes sans anesthésie ni analgésiques. 

«Certaines femmes souffrent de complications lors de l'accouchement et, pour résoudre le problème, faute de moyens, d'outils ou de temps, les médecins sont confrontés à l'option extrême de l'ablation de l'utérus», a révélé à Arab News Soraida Hussein-Sabbah, spécialiste des questions de genre et de la défense des droits à ActionAid Espagne. 

À l'hôpital Al-Awda, le seul fournisseur de services de maternité dans le nord de Gaza, les médecins ont pratiqué 16 césariennes le week-end dernier dans des conditions extrêmement difficiles, selon les médias locaux. 

Hussein-Sabbah a déclaré que bien qu'il y ait de nombreux médecins et infirmières obstétriciens formés et spécialisés dans la bande de Gaza, ainsi que des maternités privées et publiques, «ils ne peuvent pas fonctionner normalement en ce moment».

EN CHIFFRES

- 50 000 femmes enceintes à Gaza. 

- 5 500 femmes devant accoucher prochainement. 

- 180: Nombre moyen de naissances par jour. 

Malgré cela, «toute personne spécialisée qui se trouve dans un refuge, ou n'importe où... continuera à servir autant que possible», a-t-elle ajouté. 

Zaher Sahloul, directeur de MedGlobal, une ONG médicale basée aux États-Unis, a expliqué les dangers des césariennes dans des circonstances aussi extrêmes. Alors que «les médecins essaient généralement de faire accoucher les femmes le plus rapidement possible», une telle opération les oblige à «couper à travers plusieurs couches» et à «suturer plusieurs couches». 

Effectuer une telle opération sans anesthésie, ni même une dose partielle d'analgésique, serait atroce. 

«C'est, comme vous pouvez l'imaginer, une expérience extrêmement traumatisante, quelque chose qui serait associé au syndrome de stress post-traumatique», a expliqué Sahloul à Arab News. Les professionnels de la santé sont également contraints de faire sortir les nouvelles mères dans les trois heures, ce qui présente des risques supplémentaires. 

Les nouvelles mères sont généralement surveillées pendant au moins 24 heures, car la période post-partum est associée à diverses complications, notamment des hémorragies. Même avant la dernière flambée de violence à Gaza, «les deux principales causes de décès maternels étaient les hémorragies et le sepsis», a souligné Sahloul. 

«Le manque d'eau et d'assainissement les expose à un risque encore plus élevé d'infection et de sepsis. Les hôpitaux n'ont même pas de sang à transfuser à ces patientes si elles commencent à avoir des complications», a-t-il indiqué. 

Même s’ils survivent à l'épreuve de l'accouchement dans ces conditions, la mère et le bébé ne sont pas hors de danger. Le manque d'installations d'hygiène, d'aliments nutritifs, d'eau potable, d'espaces de sommeil sûrs et d'autres conforts et besoins de base menacent la santé et le développement. 

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Une manifestante tient une pancarte à La Haye en soutien aux enfants palestiniens. (Photo, Getty Images) 

Les carences en acides gras et en vitamines chez les mères allaitantes peuvent compromettre le système immunitaire des nouveau-nés, ce qui les expose à des risques de maladies transmissibles et à des problèmes de développement cognitif, a éclairci Sahloul. 

Fatema, une autre femme piégée à l'intérieur de Gaza, a eu recours à des vêtements propres pour gérer ses pertes car elle n'a pas accès à des serviettes hygiéniques. Embarrassée et ne disposant que d'une intimité limitée, elle a ensuite enterré ces vêtements, a-t-elle affirmé à ActionAid. 

Plus de 1,4 million de Palestiniens ont été déplacés depuis le 7 octobre, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). Nombre d'entre eux ont installé des tentes de fortune devant les hôpitaux, tandis que d'autres se sont entassés dans les couloirs des écoles ou ont dormi en plein air. 

Sahloul, de MedGlobal, a averti qu'avec un accès limité à la nourriture et à l'eau, les femmes souffrant de malnutrition courent le risque d'un «accouchement prématuré», qui est également associé à la morbidité et à la mortalité fœtales et néonatales. 

Shalltoot, de Medical Aid for Palestinians (MAP), a mis en garde contre le fait que l'accès aux services obstétriques devenant de plus en plus difficile, «les décès maternels augmenteront, les complications liées au stress monteront en flèche et la malnutrition s'aggravera, affectant la survie de l'enfant». De plus, «sans carburant, les prématurés qui dépendent des soins néonatals sont confrontés à une crise qui met leur vie en danger». 

Elle a ajouté: «Les soins de maternité à l'hôpital Al-Awda sont en péril. Les médecins signalent une augmentation des naissances prématurées causées par les bombardements des habitations, une crise déchirante où les accouchements prématurés sont pratiqués alors que les mères sont à l'agonie.» 

Trois bébés prématurés sont morts mardi à l'hôpital Al-Shifa après que l'unité de soins intensifs néonatals a été mise hors service. La vie d'au moins 36 autres bébés est en danger en raison d'un manque d'électricité et de carburant pour les couveuses, selon le directeur de l'établissement. 

Les femmes et les enfants représentant plus de 70% des victimes, dont une femme sur quatre en âge de procréer, l'accès aux services de santé maternelle est essentiel, a souligné Shalltoot. 

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Des Palestiniens font la queue en attendant d'acheter du pain dans une boulangerie, dans un contexte de pénurie de denrées alimentaires et de carburant. (Photo, Reuters) 

«Gaza a un besoin urgent de soutien pour protéger la vie des mères et des nouveau-nés», a-t-elle insisté, ajoutant qu’«un cessez-le-feu est impératif pour les femmes enceintes et les nourrissons». 

Elle a poursuivi: «Sans un accès immédiat au carburant, à l'aide et aux experts médicaux, nous sommes confrontés à la menace imminente des maladies infectieuses. La famine de masse, les maladies mortelles et un système de santé en ruine sont imminents si une action rapide n'est pas entreprise.» 

«L'ouverture de plusieurs points de passage est essentielle afin d’éviter une chute libre de l'aide humanitaire. Notre appel est clair: agissez maintenant pour éviter une crise catastrophique», a averti Shalltoot. 

La MAP a livré une série d'articles, notamment des médicaments et des articles médicaux jetables qui peuvent être utilisés pour soutenir l'accouchement et le traitement des femmes et des bébés. «Avec notre partenaire à Gaza, Ard El Insan, nous avons distribué tous nos médicaments et produits alimentaires pour les enfants souffrant de malnutrition et leurs familles», a-t-elle ajouté. 

Save the Children et ActionAid ont également appelé à un cessez-le-feu immédiat et à l'ouverture d'un corridor d'aide humanitaire. 

«Pour que cela se produise, il est nécessaire de lancer un appel unifié et coordonné et de faire pression pour que le point de passage de Rafah soit ouvert et que les forces d'occupation israéliennes respectent le droit humanitaire international et permettent l'acheminement de l'aide et le sauvetage des civils», a expliqué Hussein-Sabbah, d'ActionAid. 

Au 14 novembre, au moins 11 320 Palestiniens ont été tués à Gaza, dont plus de 4 650 enfants et plus de 3 145 femmes, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas. Au total, 198 membres du personnel médical ont également trouvé la mort. 

Au début de ce mois, Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, a qualifié Gaza de «cimetière pour enfants» et de «crise de l'humanité». 

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Une mère couvre le visage de son enfant pour le protéger de la fumée alors que les Palestiniens quittent la partie nord de la bande de Gaza. (Photo, Getty Images) 

Dans un communiqué adressé à Arab News, Save the Children a déclaré: «Au cours de cette catastrophe humanitaire, les civils, en particulier les enfants, continuent de payer le plus lourd tribut à la violence actuelle.» 

«Des enfants sont tués à un rythme effréné, des familles entières sont rayées du registre et un nombre croissant de personnes, notamment des enfants, se retrouvent sans aucun membre survivant de leur famille», s’est désolée l’organisation humanitaire Save the Children. 

Les attaques contre les écoles et les hôpitaux sont considérées par les Nations unies comme «une violation grave à l'encontre des enfants et peuvent constituer des violations du droit humanitaire international», a précisé l’ONG. 

Appelant à la fin des «attaques continues et systématiques», Save the Children a soutenu que «les hôpitaux et les écoles ne peuvent pas être des champs de bataille, et les enfants ne peuvent pas être des cibles. Pourtant, à Gaza, ces trois éléments sont attaqués quotidiennement».

«Même en temps de guerre, les éléments fondamentaux de l'humanité doivent prévaloir», a-t-elle conclu. 

  

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué. 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".