Le chirurgien d'al-Chifa qui ne veut plus voir de blessés

Des patients et des personnes déplacées sont photographiés à l'hôpital Al-Shifa dans la ville de Gaza le 10 novembre 2023, alors que les combats se poursuivent entre Israël et le mouvement palestinien Hamas. (Photo AFP)
Des patients et des personnes déplacées sont photographiés à l'hôpital Al-Shifa dans la ville de Gaza le 10 novembre 2023, alors que les combats se poursuivent entre Israël et le mouvement palestinien Hamas. (Photo AFP)
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Publié le Samedi 25 novembre 2023

Le chirurgien d'al-Chifa qui ne veut plus voir de blessés

  • «Nous avons opéré sur le sol, sur des brancards, nous n'avions plus de lits», raconte ce ressortissant allemand d'origine palestinienne, âgé de 47 ans
  • Questionné sur la présence du Hamas dans le centre hospitalier, Ahmed Abunada répond laconiquement: «j'y ai exercé en tant que médecin et je ne l'ai pas constaté»

BERLIN : Ahmed Abunada «ne veut plus voir de blessés». Début novembre, le chirurgien a quitté al-Chifa, le plus grand hôpital de Gaza, où il exerçait sans relâche depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, pour se réfugier en Allemagne.

«Nous avons opéré sur le sol, sur des brancards, nous n'avions plus de lits», raconte ce ressortissant allemand d'origine palestinienne, âgé de 47 ans.

Il a été reçu vendredi à Berlin par le président allemand Frank-Walter Steinmeier avec sept de ses compatriotes qui, comme lui, ont pu quitter la bande de Gaza après l'ouverture du point d'entrée de Rafah à la frontière égyptienne.

«La semaine de mon départ de l'hôpital, la situation a empiré: nous n'avions plus de courant, plus d'eau, plus d'oxygène». Or, sans oxygène, il est impossible d'opérer: «C'est pour cela que j'ai quitté l'hôpital, au 28ème jour du conflit».

Al-Chifa a été, jusqu'à très récemment, présenté par Israël comme le principal centre de commandement des opérations du Hamas dans la bande de Gaza, ce que le mouvement islamiste palestinien dément.

Questionné par l'AFP sur la présence du Hamas dans le centre hospitalier, Ahmed Abunada répond laconiquement: «j'y ai exercé en tant que médecin et je ne l'ai pas constaté».

Jeudi, le directeur d'al-Chifa, Mohammed Abou-Salmiya, a été arrêté pour être interrogé par les services de renseignement israéliens. «J'espère qu'il sera bientôt libéré», a simplement commenté Ahmed Abunada.

Ahmed Abunada a étudié en Allemagne et une partie de sa famille vit dans la région de Hesse. Depuis huit ans, il demeurait à Gaza avec son épouse et ses quatre enfants, dont l'un d'eux a été blessé avant leur départ.

- «Qui je laisse mourir ?»-

La guerre a été déclenchée par l'attaque sanglante du Hamas 7 octobre, au cours de laquelle, selon les chiffres israéliens, environ 1.200 personnes ont été tuées, des civils pour l'essentiel, et 240 personnes prises en otage. Certaines ont été détenues sous l'hôpital al-Chifa, selon l'armée israélienne.

En représailles, Israël a juré d'«anéantir» le Hamas, pilonnant sans relâche la bande de Gaza où, selon le Hamas, près de 15.000 personnes ont été tuées. Pendant des jours, des soldats israéliens ont fouillé méticuleusement chaque pièce de l'hôpital al-Chifa, dans lequel ils ont commencé à pénétrer mi-novembre.

Médecin chef du service de chirurgie vasculaire dans cet hôpital, Ahmed Abunada a dû prendre des décisions «particulièrement difficiles» après le début de la guerre.

«Qui je laisse mourir, cette femme ou cet homme ? (...) Je n'ai pas le temps de reconstruire cet enfant, alors je dois l'amputer: c'est très dur pour un docteur», confie-t-il.

Seul chef dans son service, il avait à peine le temps de se reposer: «Naturellement, j'ai dû faire des pauses pour dormir. Mais dormir sans pouvoir s'allonger, c'est difficile.»

«Les bombardements étaient partout. Il y avait trop de bruit pour dormir une nuit entière», ajoute-t-il.

La semaine avant son départ, les cadavres s'entassaient devant l'entrée de l'hôpital. «Les corps sentaient et les chiens s'en approchaient pour les dévorer», explique-t-il, «j'ai entendu que des morts ont été enterrés dans l'hôpital après mon départ».

Ahmed Abunada a décrit vendredi au président allemand la situation à Gaza et l'a prié de venir en aide aux Palestiniens.

«J'ai appelé à la création d'un pont médical aérien qui fournirait du matériel, des médicaments, en passant par l'Egypte», dit-il.

«Il y a beaucoup de médecins allemands d'origine palestinienne. Ils pourraient être mis en congé pour exercer là-bas. Tout patient a le droit d'être soigné», insiste-t-il.

Il espère que la communauté internationale juge le conflit «en tenant compte des deux côtés» et en regardant aussi «les questions humanitaires et humaines».

Une partie de la famille d'Ahmed Abunada est restée dans la bande de Gaza. Il dit «s'inquiéter beaucoup pour sa mère». A 85 ans, elle a dû quitter sa maison pour se rendre dans le sud. A pied.


La position de l'Arabie saoudite sur l'escalade régionale n'a pas changé, selon une source saoudienne à Asharq Al-Awsat

Un haut responsable saoudien a rejeté les informations selon lesquelles le Royaume aurait changé de position sur l'escalade dans la région, selon un rapport publié dimanche par Asharq Al-Awsat. (AN)
Un haut responsable saoudien a rejeté les informations selon lesquelles le Royaume aurait changé de position sur l'escalade dans la région, selon un rapport publié dimanche par Asharq Al-Awsat. (AN)
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  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a souligné mardi que Riyad respectait la souveraineté de Téhéran
  • Lors d'un appel téléphonique avec le président iranien Masoud Pezeshkian, il a souligné le soutien de l'Arabie saoudite à tous les efforts qui aideraient à résoudre les différends par le dialogue

RIYAD: Un haut responsable saoudien a rejeté les informations selon lesquelles le Royaume aurait changé de position sur l'escalade dans la région, selon un rapport publié dimanche par Asharq Al-Awsat.

La source a souligné au journal que l'Arabie saoudite soutient les efforts visant à trouver une solution pacifique par la diplomatie et le dialogue à tous les différends entre les États-Unis et l'Iran.

La source a également réitéré le rejet par le Royaume de l'utilisation de son espace aérien et de ses territoires dans toute opération militaire contre l'Iran.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane a souligné mardi que Riyad respecte la souveraineté de Téhéran et que le Royaume ne permettra pas que son espace aérien ou ses territoires soient utilisés dans toute opération militaire contre l'Iran.

Lors d'un appel téléphonique avec le président iranien Masoud Pezeshkian, il a souligné le soutien de l'Arabie saoudite à tous les efforts qui aideraient à résoudre les différends par le dialogue dans le but de soutenir la sécurité et la stabilité régionales.

M. Pezeshkian a déclaré que ses entretiens avec le prince héritier avaient porté sur l'évolution de la situation en Iran et sur le dossier nucléaire.

Il a exprimé sa gratitude à l'Arabie saoudite pour sa position ferme en matière de respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Iran. Il a également salué le rôle et les efforts du prince Mohammed dans l'instauration de la sécurité et de la stabilité dans la région.


Les Palestiniens de Gaza dans l'attente de la réouverture du passage de Rafah

Première étape d'un processus qui s'annonce pour l'instant très partiel: selon des images et des sources palestiniennes interrogées par l'AFP, des camions-citerne et ambulances ont traversé dimanche la frontière du côté égyptien, sans pénétrer dans Gaza. (AFP)
Première étape d'un processus qui s'annonce pour l'instant très partiel: selon des images et des sources palestiniennes interrogées par l'AFP, des camions-citerne et ambulances ont traversé dimanche la frontière du côté égyptien, sans pénétrer dans Gaza. (AFP)
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  • Les autorités israéliennes, qui contrôlent le poste, ont annoncé que le passage des habitants dans les deux sens pourrait commencer lundi, une fois "les préparatifs achevés"
  • Elles n'ont cependant pas mentionné en l'état une éventuelle augmentation de l'aide vers le territoire palestinien, ravagé par deux ans de guerre entre Israël et le Hamas

RAFAH: Israël doit commencer à autoriser lundi, sous strictes conditions, le passage des habitants de Gaza à travers le poste-frontière de Rafah, fermé depuis mai 2024, sans promettre d'augmentation de l'aide humanitaire vers le territoire.

La réouverture de cet accès stratégique à la frontière de Gaza et l'Egypte est prévue par le plan du président américain Donald Trump visant à mettre fin définitivement à la guerre déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas sur le sol israélien.

Première étape d'un processus qui s'annonce pour l'instant très partiel: selon des images et des sources palestiniennes interrogées par l'AFP, des camions-citerne et ambulances ont traversé dimanche la frontière du côté égyptien, sans pénétrer dans Gaza.

Les autorités israéliennes, qui contrôlent le poste, ont annoncé que le passage des habitants dans les deux sens pourrait commencer lundi, une fois "les préparatifs achevés".

Elles n'ont cependant pas mentionné en l'état une éventuelle augmentation de l'aide vers le territoire palestinien, ravagé par deux ans de guerre entre Israël et le Hamas.

Même très limitée pour l'instant, cette réouverture du seul passage entre Gaza et le monde extérieur est attendue avec impatience notamment par les malades ou blessés qui espèrent recevoir des soins à l'étranger. Environ 200 malades, selon un responsable du ministère de la Santé de Gaza, attendaient dimanche de pouvoir passer en Egypte.

"Plus j'attends, plus mon état empire et je crains que les médecins ne doivent m'amputer des deux jambes", souligne Zakaria, un homme de 39 ans blessé en décembre 2024 dans un bombardement israélien, qui espère pouvoir partir rapidement. "Je suis alité, je n'ai pas de fauteuil roulant et j'attends toujours l'autorisation de voyager pour me faire soigner. J'ai préparé mes papiers et rangé mes affaires dans un petit sac pour être prêt à partir."

Une quarantaine de fonctionnaires de l'Autorité palestinienne attendaient aussi depuis l'Egypte le feu vert israélien, selon un responsable palestinien.

Le porte-parole à Gaza du mouvement islamiste palestinien Hamas, Hazem Qassem, a prévenu que "toute obstruction ou condition préalable imposée par Israël" constituerait "une violation de l'accord de cessez-le-feu".

"Porte d'espoir" 

Israël avait prévenu que Rafah ne rouvrirait qu'une fois rendue la dépouille de Ran Gvili, le dernier otage retenu à Gaza, finalement récupérée le 26 janvier.

"Cette ouverture partielle entrouvre une petite porte d'espoir pour les malades et les étudiants", remarque Amine Al-Hilou, un homme de 53 ans qui vit sous une tente dans le camp d'Al-Chati, dans le nord du territoire, en réclamant l'ouverture "sans restrictions" du passage.

Les autorités israéliennes ont en effet conditionné tout passage à l'obtention d'"une autorisation sécuritaire préalable" pour sortir de Gaza et y entrer, en coordination avec l'Egypte et sous la supervision de la mission européenne à Rafah.

Les Palestiniens souhaitant retourner à Gaza seront autorisés à emporter un nombre limité de bagages, sans objets métalliques ni électroniques, et avec des quantités limitées de médicaments, selon l'ambassade palestinienne au Caire.

Le poste-frontière est situé dans un secteur encore occupé par l'armée israélienne en deçà de la Ligne jaune, qui marque son retrait d'environ la moitié de la bande de Gaza aux termes de la première phase du plan Trump.

Sa réouverture devrait aussi permettre l'entrée à Gaza, à une date qui n'est pas connue, des 15 membres du Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), chargés de gérer le territoire pendant une période transitoire sous l'autorité du "Conseil de paix" présidé par Donald Trump.

Le représentant sur le terrain du "Conseil de paix", le diplomate bulgare Nickolay Mladenov, a appelé dimanche les deux camps "à la retenue", se disant "profondément inquiet" après des frappes israéliennes meurtrières et l'annonce par Israël de la présence de combattants palestiniens dans un tunnel à Rafah.

 


L'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et leurs alliés condamnent les violations du cessez-le-feu à Gaza

Une Palestinienne tient dans ses bras sa petite fille, qui souffre de brûlures, alors qu'elle est soignée à l'hôpital des Martyrs d'Al-Aqsa, à Deir Al-Balah. (Reuters)
Une Palestinienne tient dans ses bras sa petite fille, qui souffre de brûlures, alors qu'elle est soignée à l'hôpital des Martyrs d'Al-Aqsa, à Deir Al-Balah. (Reuters)
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  • Dans une déclaration commune, les ministres des affaires étrangères du Royaume, des Émirats arabes unis, de l'Indonésie, du Pakistan et de la Turquie ont déclaré que ces violations représentaient une escalade dangereuse
  • Ils ont rejoint le Qatar, la Jordanie et l'Égypte, qui ont également condamné samedi les violations en cours

RIYAD: L'Arabie saoudite a pris la tête d'une nouvelle condamnation régionale des violations répétées par Israël du cessez-le-feu à Gaza, qui ont fait plus de 1 000 morts et blessés parmi les Palestiniens.

Dans une déclaration commune, les ministres des affaires étrangères du Royaume, des Émirats arabes unis, de l'Indonésie, du Pakistan et de la Turquie ont déclaré que ces violations représentaient une escalade dangereuse qui risquait d'attiser les tensions et de compromettre les efforts visant à rétablir le calme et la stabilité, a rapporté l'agence de presse saoudienne.

Ils ont rejoint le Qatar, la Jordanie et l'Égypte, qui ont condamné samedi ce qu'ils ont décrit comme des violations continues du cessez-le-feu et ont averti qu'elles menaçaient les efforts de désescalade et la stabilité régionale.

Les ministres ont déclaré que les derniers développements surviennent à un moment critique, alors que les efforts régionaux et internationaux s'intensifient pour faire avancer la deuxième phase du plan de paix proposé par le président américain Donald Trump et mettre en œuvre la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l'ONU, a ajouté SPA.

Ils ont averti que les violations répétées constituent une menace directe pour le processus politique et pourraient faire dérailler les tentatives visant à créer les conditions d'une phase plus stable à Gaza, à la fois en termes de sécurité et en termes humanitaires. Ils ont souligné la nécessité d'une adhésion totale au cessez-le-feu pour assurer le succès de la prochaine phase du plan de paix.

La déclaration appelle toutes les parties à assumer leurs responsabilités au cours de cette période sensible, à faire preuve de la plus grande retenue, à maintenir le cessez-le-feu et à éviter toute action susceptible de saper les efforts diplomatiques actuels. Elle demande également que des mesures soient prises pour faciliter le redressement et la reconstruction rapides de la bande de Gaza.

Réaffirmant leur engagement en faveur d'une paix juste, globale et durable, les ministres ont déclaré que celle-ci devait être fondée sur le droit inaliénable du peuple palestinien à l'autodétermination et à la création d'un État indépendant, conformément au droit international, aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies et à l'initiative de paix arabe.