Dans les hôpitaux du sud de la bande de Gaza, le chaos

Une Palestinienne pleure à l'hôpital al-Najjar, près des corps ensevelis de ses proches tués dans les bombardements israéliens sur Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 3 décembre 2023 (Photo, AFP).
Une Palestinienne pleure à l'hôpital al-Najjar, près des corps ensevelis de ses proches tués dans les bombardements israéliens sur Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 3 décembre 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 03 décembre 2023

Dans les hôpitaux du sud de la bande de Gaza, le chaos

  • Entre deux grands sacs, un petit linceul est logé, celui d'un enfant qu'on garde près de ses parents, jusque dans la mort
  • Des femmes en larmes s'accroupissent pour toucher une dernière fois un visage

JÉRUSALEM: Des proches tiennent les poches de sérum de blessés allongés à même le sol, d'autres emportent un corps pour aller l'envelopper dans un linceul. Et, chaque jour affluent de nouveaux blessés: dans les hôpitaux du sud de la bande de Gaza, c'est le chaos.

Après huit semaines de guerre interrompues par une maigre pause de sept jours, les médecins sont exténués. Ils doivent choisir quand et dans quels services faire tourner les générateurs, dont les réserves de fuel sont quasiment à sec, l'électricité étant coupée dans la bande de Gaza depuis qu'Israël en a ordonné le "siège complet".

Aujourd'hui, rapporte l'ONU, "plus aucun hôpital du nord ne peut assurer d'opération chirurgicale". Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) convoie chaque jour les blessés les plus graves vers le sud où, toujours selon l'ONU, "les douze hôpitaux restants ne sont qu'en partie fonctionnels".

Abdelkarim Abou Warda et Houda viennent d'arriver à bord d'un de ces convois à l'hôpital de Deir al-Balah, dans le sud.

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Elle ne répond plus

Vendredi, quand les hostilités ont repris entre le Hamas, au pouvoir à Gaza, et Israël, l'aviation israélienne a largué une bombe sur leur maison de Jabaliya, l'immense camp de réfugiés du nord.

Houda, neuf ans, a été touchée à la tête. "Elle a fait une hémorragie cérébrale, elle a été placée sous respirateur en soins intensifs", raconte son père à l'AFP.

Depuis, "elle ne réagit à rien", dit-il en levant les bras de la petite, dont le visage dodeline sans que ses yeux s'ouvrent. "Elle ne me répond plus", répète-t-il entre deux sanglots.

Maintenant que le jour se lève, les premières prières des morts résonnent. Ici, quelques dizaines d'hommes se recueillent devant des sacs mortuaires blancs alignés au sol.

Entre deux grands sacs, un petit linceul est logé, celui d'un enfant qu'on garde près de ses parents, jusque dans la mort.

Des femmes en larmes s'accroupissent pour toucher une dernière fois un visage, embrasser un proche parti avant que des hommes ne chargent précautionneusement des corps à l'arrière d'un pick-up.

"C'est Adam qui part, et là, Abdallah", lance une femme en sanglots.

A l'hôpital Nasser de Khan Younès, le plus grand du sud de la bande de Gaza, c'est le même engorgement.

Le patron de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a évoqué dimanche cet hôpital, disant "ne pas pouvoir trouver de mots assez forts" pour décrire la situation.

Ici aussi, on reçoit les évacués des hôpitaux du nord, où, en plus des frappes venues des airs, de la mer et de l'artillerie postée en territoire israélien, des combats au sol ont lieu jusque dans des hôpitaux.

J'ai vu la bombe tomber

Les frappes, qui ont fait selon le gouvernement du Hamas plus de 15.200 morts -- dont 280 soignants -- depuis qu'elles ont débuté le 7 octobre, en représailles à l'attaque sanglante du Hamas en Israël qui a fait 1.200 morts selon Israël, se concentrent désormais sur Khan Younès.

Chaque jour désormais, l'armée israélienne avertit dans des tracts largués sur certains quartiers qu'une "terrible attaque est imminente" et ordonne aux habitants d'en partir.

Chaque jour aussi, ces avertissements se rapprochent du quartier de l'hôpital.

A chaque explosion qui secoue la ville, affluent de nouveaux blessés, de nouveaux mutilés et de nouveaux corps parfois sans personne pour les identifier.

Alors, en courant, des brancardiers poussent une civière encore tachée de sang pour aller chercher les derniers arrivés, souvent dans des voitures de particuliers car les ambulances n'ont plus le temps de sortir.

Dans les couloirs, familles, blessés, soignants se poussent pour approcher des lits. D'autres glissent un pull ou un T-shirt sous la tête d'un blessé allongé à même le carrelage froid, maculé de sang.

Les blessés ont le visage crayeux, certains sont trop faibles pour crier leur douleur.

Ehab al-Najjar, lui, laisse éclater sa colère.

"Je suis rentré chez moi et j'ai vu la bombe tomber sur notre maison ; des femmes, des enfants sont morts, qu'est-ce qu'ils ont fait pour mériter ça?", hurle-t-il, avant de se lancer dans une longue diatribe contre les dirigeants arabes et la communauté internationale.


Trêve Israël-Hamas: progrès en vue d'une sortie de crise, selon des sources proches des discussions

Conformément à la première phase de l'accord, les deux parties devaient entamer des négociations indirectes pour la deuxième phase 16 jours après l'entrée en vigueur de la première phase, le 19 janvier. (AFP)
Conformément à la première phase de l'accord, les deux parties devaient entamer des négociations indirectes pour la deuxième phase 16 jours après l'entrée en vigueur de la première phase, le 19 janvier. (AFP)
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  • "Le Hamas a confirmé à des responsables égyptiens (l'Egypte étant un des médiateurs, NDLR) son engagement (...) à réaliser le sixième échange de prisonniers dans les temps, samedi, dès qu'(Israël) honore son engagement"
  • Après la confirmation par les médiateurs de l'accord d'Israël, les "pré-fabriqués, les tentes, le carburant, l'équipement lourd, les médicaments, les matériaux de rénovation des hôpitaux et tout ce qui est lié au protocole humanitaire"

LE CAIRE: Deux sources palestiniennes proches des discussions en cours pour sortir de la crise menaçant la trêve entre Israël et le Hamas ont fait état jeudi matin de progrès susceptibles de mener à la tenue d'un nouvel échange de prisonniers samedi comme prévu.

"Il y a des progrès", a déclaré à l'AFP une de ces sources, indiquant que les médiateurs avaient obtenu une "promesse israélienne de mettre en oeuvre les dispositions du protocole humanitaire (de l'accord de trêve, NDLR) dès ce matin".

"Le Hamas a confirmé à des responsables égyptiens (l'Egypte étant un des médiateurs, NDLR) son engagement (...) à réaliser le sixième échange de prisonniers dans les temps, samedi, dès qu'(Israël) honore son engagement", a ajouté l'autre source.

Après la confirmation par les médiateurs de l'accord d'Israël, les "pré-fabriqués, les tentes, le carburant, l'équipement lourd, les médicaments, les matériaux de rénovation des hôpitaux et tout ce qui est lié au protocole humanitaire" pourront commencer à être acheminés dans la bande de Gaza, a précisé la première source.

L'accord de cessez-le-feu en cours a été mis à rude épreuve ces derniers jours et, mardi, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a averti que les combats pourraient reprendre si les otages n'étaient pas libérés samedi.

Sa menace fait écho à celle du président américain, Donald Trump, qui avait déclaré un jour plus tôt que "l'enfer" se déchaînerait si le Hamas ne libérait pas "tous" les otages israéliens d'ici samedi.

Mercredi, le ministre de la Défense Israël Katz a renchérit en menaçant le Hamas d'une "nouvelle guerre (...) d'une intensité différente de celle qui a précédé le cessez-le-feu" si le Hamas ne libérait pas les otages israéliens d'ici samedi.

L'accord de cessez-le-feu a été négocié par le Qatar, l'Egypte et les Etats-Unis après des mois d'efforts sous l'administration de l'ancien président américain Joe Biden.

Conformément à la première phase de l'accord, les deux parties devaient entamer des négociations indirectes pour la deuxième phase 16 jours après l'entrée en vigueur de la première phase, le 19 janvier.

Jusqu'à présent, ces négociations n'ont pas commencé, bien qu'il y ait eu cinq échanges d'otages et de prisonniers comme convenu.

Le Hamas a libéré 16 otages israéliens lors de ces échanges, et Israël des centaines de prisonniers palestiniens.

Le sixième échange est prévu pour samedi, mais le Hamas a annoncé le report de la libération d'otages, accusant Israël de ne pas autoriser l'entrée à Gaza de denrées humanitaires essentielles et de retarder les négociations pour la deuxième phase.


Gaza: Sissi et Abdallah II de Jordanie soulignent "l'unité" de leurs positions

Le président égyptien Abdel Fattah El-Sisi et le roi Abdallah II de Jordanie. (File/AFP)
Le président égyptien Abdel Fattah El-Sisi et le roi Abdallah II de Jordanie. (File/AFP)
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  • Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le roi Abdallah II de Jordanie ont souligné mercredi l'"unité" des positions de leurs pays sur Gaza, au lendemain d'une rencontre à Washington entre le souverain hachémite et le président américain
  • Un communiqué du palais royal jordanien a pour sa part indiqué que les deux dirigeants ont souligné leur "position commune" rejetant le déplacement forcé des Palestiniens

Le Caire: Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le roi Abdallah II de Jordanie ont souligné mercredi l'"unité" des positions de leurs pays sur Gaza, au lendemain d'une rencontre à Washington entre le souverain hachémite et le président américain Donald Trump.

"Les deux dirigeants ont affirmé l'unité des positions égyptienne et jordanienne, notamment sur la nécessité de la mise en œuvre complète de l'accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza, la poursuite de la libération des otages et des prisonniers, ainsi que la facilitation de l'entrée de l'aide humanitaire", a indiqué la présidence égyptienne dans un communiqué.

Les deux dirigeants ont également affirmé l'importance du "lancement immédiat du processus de reconstruction dans la bande de Gaza, sans déplacer le peuple palestinien de sa terre."

Un communiqué du palais royal jordanien a pour sa part indiqué que les deux dirigeants ont souligné leur "position commune" rejetant le déplacement forcé des Palestiniens.

Les deux pays ont également fait part de leur volonté de "coopérer" avec le président Trump en vue d'aboutir à une "paix juste et durable" au Proche-Orient.

L'Egypte et la Jordanie ont affirmé ces derniers jours leur vive opposition au plan de Donald Trump visant à relocaliser les Palestiniens de la bande de Gaza vers leurs pays.

M. Trump a laissé entendre qu'il pourrait suspendre l'aide à l'Egypte et à la Jordanie si ces pays refusaient d'accueillir les Palestiniens sur leur territoire.

Après ses entretiens avec M. Trump à Washington mardi, Abdallah II a réitéré la "position ferme de son pays contre le déplacement des Palestiniens de Gaza et la Cisjordanie".

"C'est la position arabe unifiée", a-t-il écrit sur les réseaux sociaux après les discussions.

Dans le cadre de son offensive, l'Egypte a annoncé cette semaine la tenue d'un sommet arabe extraordinaire au Caire à la fin du mois et affirmé qu'elle "présenterait une vision globale" pour la reconstruction de Gaza garantissant que les Palestiniens restent sur leur terre.

Le Caire a également obtenu un accord de principe pour la tenue d'une réunion ministérielle d'urgence de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) après le sommet.

L'Egypte et la Jordanie, toutes deux alliées clés des Etats-Unis, dépendent fortement de la dette extérieure, Washington étant considéré comme l'un de leurs principaux bailleurs de fonds.


Liban: le Premier ministre s'engage à restaurer l'autorité de l'Etat

Le Premier ministre Nawaf Salam arrive au palais présidentiel pour assister à la première réunion du nouveau gouvernement libanais à Baabda, à l'est de Beyrouth, le 11 février 2025. (AFP)
Le Premier ministre Nawaf Salam arrive au palais présidentiel pour assister à la première réunion du nouveau gouvernement libanais à Baabda, à l'est de Beyrouth, le 11 février 2025. (AFP)
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  • Le nouveau Premier ministre libanais Nawaf Salam a déclaré mardi que l'Etat devait exercer son contrôle sur l'ensemble du territoire libanais, quelques jours avant la date limite de mise en œuvre de l'accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah
  • Le gouvernement de M. Salam, dont la formation a été annoncée samedi, fait face à de nombreux défis, notamment l'application de cet accord entré en vigueur le 27 novembre

BEYROUTH: Le nouveau Premier ministre libanais Nawaf Salam a déclaré mardi que l'Etat devait exercer son contrôle sur l'ensemble du territoire libanais, quelques jours avant la date limite de mise en œuvre de l'accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah.

Le gouvernement de M. Salam, dont la formation a été annoncée samedi, fait face à de nombreux défis, notamment l'application de cet accord entré en vigueur le 27 novembre et qui a mis fin à une guerre entre le puissant mouvement libanais et Israël.

Selon ce texte, l'armée libanaise doit être déployée dans le sud du Liban aux côtés des Casques bleus de l'ONU, tandis que l'armée israélienne doit se retirer sur une période de 60 jours, prolongée jusqu'au 18 février.

Le Hezbollah est également censé quitter ses positions dans le sud, près de la frontière israélienne, durant cette période.

"Ce qui doit être appliqué, c'est (...) que l'Etat libanais doit exercer son autorité, avec ses propres forces, sur l'ensemble de son territoire", a-t-il dit lors d'une rencontre avec des journalistes diffusée par la télévision publique.

"Nous voulons que le retrait israélien ait lieu (...) et nous continuerons à mobiliser tous les efforts diplomatiques et politiques jusqu'à ce que ce soit accompli", a-t-il ajouté.

Le Premier ministre a déclaré que les estimations de la Banque mondiale avaient évalué le coût de la reconstruction des zones touchées par la guerre entre 8 et 9 milliards de dollars, mais que ce montant se situait à présent entre 10 et 11 milliards de dollars.