Pourquoi Israël n'a-t-il pas réussi à déjouer l’attaque du Hamas malgré les avertissements?

Des militants palestiniens ont franchi la barrière frontalière pour lancer des attaques et ont pris des otages dans le sud d'Israël le 7 octobre, pendant que des barrages de roquettes étaient tirés sur Israël. (Photo, réseaux sociaux)
Des militants palestiniens ont franchi la barrière frontalière pour lancer des attaques et ont pris des otages dans le sud d'Israël le 7 octobre, pendant que des barrages de roquettes étaient tirés sur Israël. (Photo, réseaux sociaux)
Des Palestiniens et des militants des Brigades Ezzedine al-Qassam courent vers le point de passage d'Erez entre Israël et le nord de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AFP)
Des Palestiniens et des militants des Brigades Ezzedine al-Qassam courent vers le point de passage d'Erez entre Israël et le nord de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AFP)
Sur cette photo prise le 13 avril 2018, des soldats israéliens maintiennent leur position dans le kibboutz sud de Nahal Oz, de l'autre côté de la frontière avec la bande de Gaza, alors que les manifestants palestiniens se rassemblent le long de la barrière frontalière. (Photo, AFP)
Sur cette photo prise le 13 avril 2018, des soldats israéliens maintiennent leur position dans le kibboutz sud de Nahal Oz, de l'autre côté de la frontière avec la bande de Gaza, alors que les manifestants palestiniens se rassemblent le long de la barrière frontalière. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 09 décembre 2023

Pourquoi Israël n'a-t-il pas réussi à déjouer l’attaque du Hamas malgré les avertissements?

  • L'inaction est d'autant plus remarquable qu'Israël avait obtenu une copie du plan de bataille avant l'assaut
  • Les médias sociaux bruissent de théories conspirationnistes: le gouvernement israélien était au courant des événements imminents mais les a laissés se produire

LONDRES: Le 6 octobre 1973, Israël a été totalement pris au dépourvu par une attaque menée par une coalition d'États du Moyen-Orient, dirigée par l'Égypte, qui a failli le rayer de la carte.

En fin de compte, Israël, soutenu par un pont aérien massif d'armes de pointe et d'autres aides des États-Unis, a survécu à la guerre du Kippour, bien qu'à un prix élevé − plus de 2 600 de ses soldats ont été tués et des milliers d'autres ont été blessés.

Mais «il s'agit d'un échec grave en matière de renseignement», a expliqué Ahron Bregman, historien, auteur et politologue israélien basé au Royaume-Uni.

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Des Palestiniens prennent le contrôle d'un char de combat Merkava israélien après avoir franchi la barrière frontalière avec Israël depuis Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AFP)

Par la suite, dans une société laissée «dans un état de choc collectif profond», des questions difficiles ont été posées aux politiciens israéliens, à l'armée et à la communauté du renseignement et, «soi-disant, des leçons ont été tirées».

Mais presque 50 ans plus tard, jour pour jour, le 7 octobre 2023, Israël a de nouveau été pris par surprise, cette fois par un assaut du Hamas qui a fait au moins 1 200 morts parmi les citoyens et les soldats israéliens et en a ramené près de 250 à Gaza en tant qu'otages.

Aujourd'hui, dans un Israël déchiré et divisé par le doute, l'anxiété et la colère face à l'incapacité de son gouvernement et de ses forces militaires tant vantées non seulement à anticiper et à prévenir l'attaque, mais aussi à y répondre en temps utile, des questions difficiles sont à nouveau posées sur ce qui a mal tourné et sur les personnes à blâmer.

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Des militants du Hamas capturent des otages israéliens dans le kibboutz Be'eri lors d'une attaque massive contre l'État juif le 7 octobre 2023. (Photo X)

«Comme lors de la guerre du Kippour, les Israéliens disposaient de toutes les informations, de tous les détails», a déclaré Bregman, chargé d'enseignement au département des études sur la guerre du King's College de Londres au Royaume-Uni, qui a servi dans l'armée israélienne pendant six ans.

«Il s'agit là d'une nouvelle défaillance grave des services de renseignement israéliens», a-t-il précisé.

«À l'avenir, l'attaque du Hamas le 7 octobre sera enseignée dans les écoles militaires, au même titre que Pearl Harbor, l'opération Barbarossa (l'attaque surprise de l'Allemagne contre la Russie en 1941) et la guerre du Kippour», a jugé Bregman.

EN NOMBRES

• 1200 personnes, dont des Israéliens et des étrangers, tuées lors de l'attaque du Hamas en octobre.

• Plus de 240 personnes prises en otage par le Hamas et des groupes alliés, dont certaines ont été libérées par la suite.

• 17 177 personnes tuées en Palestine depuis qu'Israël a lancé sa campagne de représailles.

Grâce à une fuite surprenante, provenant vraisemblablement des services de renseignement israéliens, il est clair que l'échec de la préparation du 7 octobre a été d'autant plus remarquable qu'Israël avait obtenu une copie du plan de bataille du Hamas avant l'attaque.

Le 30 novembre, le New York Times a publié un article exclusif affirmant que les responsables israéliens avaient obtenu le plan «plus d'un an avant qu'il ne se produise». Mais les responsables de l'armée et des services de renseignement israéliens ont rejeté le plan comme étant ambitieux, estimant qu'il était trop difficile pour le Hamas de le mettre en œuvre.

Le Hamas avait «suivi le plan avec une précision choquante», conclut le Times, «ce qui aurait pu être un coup des services de renseignement qui s'est transformé en l'une des pires erreurs de calcul en 75 ans d'histoire d'Israël».

Les agents de renseignement désenchantés ne sont pas les seuls Israéliens à faire des révélations sur les manquements d'Israël à la veille du 7 octobre.

Il apparaît aujourd'hui que, dans les mois, les semaines et les jours qui ont précédé l'attaque du Hamas, les avertissements répétés des observateurs de l'armée israélienne chargés de surveiller le «mur de fer» entre Israël et Gaza ont été ignorés ou rejetés.

Les images des caméras placées le long de la clôture de haute technologie, qui a été rénovée en 2021 pour un milliard de dollars, sont surveillées jour et nuit par des membres du corps de collecte de renseignements de combat des forces de défense israéliennes.

Le mur semblait redoutable: une clôture de 6 mètres de haut, surmontée de fils barbelés et encastrée dans de profondes fondations en béton pour empêcher le creusement de tunnels, hérissée de systèmes de surveillance sophistiqués et de mitrailleuses télécommandées montées sur des tours tout au long de son parcours.

Mais le 7 octobre, le mur high-tech a été battu par une combinaison de bulldozers low-tech, d'explosifs et de drones qui ont largué des bombes sur les nids de mitrailleuses.

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Sur cette photo prise le 13 avril 2018, des soldats israéliens gardent leur position dans le kibboutz méridional de Nahal Oz, de l'autre côté de la frontière avec la bande de Gaza, alors que des manifestants palestiniens se rassemblent le long de la clôture frontalière. (Photo, AFP)

L'une des premières cibles des combattants du Hamas qui se sont engouffrés dans la brèche de la clôture a été une base militaire située dans le kibboutz de Nahal Oz, à environ un kilomètre à l'intérieur d'Israël. C'est là que 25 des 27 observatrices ont été tuées.

Alors que les Israéliens cherchent des réponses pour expliquer pourquoi l'attaque du Hamas a été si réussie et la réponse de l'armée israélienne si inadéquate, les deux femmes qui ont survécu à l'attaque de la base viennent de se manifester en affirmant que les avertissements répétés qu'elles et leurs collègues ont donnés ont été ignorés par les officiers supérieurs.

Selon un rapport du Times of Israel, pendant au moins trois mois avant l'attaque, les observateurs ont repéré et signalé des activités répétées et de plus en plus suspectes, notamment «des agents du Hamas menant des séances d'entraînement plusieurs fois par jour, creusant des trous et plaçant des explosifs le long de la frontière».

Pourtant, tous ces signes ont été «ignorés par les responsables du renseignement, qui les ont jugés sans importance».

L'une des deux survivantes de Nahal Oz a révélé à la chaîne publique israélienne Kan qu'elle avait vu des agents du Hamas s'entraîner à la barrière frontalière pendant des semaines.

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Des Palestiniens conduisent un tracteur israélien qui a été saisi après avoir franchi la frontière avec Israël depuis Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AFP)

Maya Desiatnik a compris que ce n'était qu'une «question de temps» avant que quelque chose d'important ne se produise, mais ses avertissements répétés ont été ignorés. Et le 7 octobre, quelque chose d'important s'est produit.

Ce jour-là, elle a commencé son service à 3h30 du matin. Tout était calme au début, mais à 6h30, «nous avons vu des gens courir de tous côtés vers la frontière, armés», a-t-elle raconté à Kan. «Nous avons vu des motos et des camionnettes se diriger directement vers la clôture.»

«Nous les avons vus faire sauter la clôture et la détruire. Nous avons peut-être pleuré, mais nous avons continué à faire notre travail», a-t-elle ajouté.

«C'est exaspérant», a signalé Desiatnik à Kan. «Nous avons vu ce qui se passait, nous leur en avons parlé, et c'est nous qui avons été assassinés.»

Israël fait grand cas du fait que les femmes servent aux côtés des hommes dans ses forces armées. À quelques exceptions près, tout citoyen juif, druze ou circassien âgé de plus de 18 ans effectue son service militaire obligatoire.

Les hommes sont censés servir pendant au moins 32 mois et les femmes, qui apparaissent fréquemment dans les vidéos des FDI, pendant au moins 24 mois.

Mais l'une des explications de l’échec du 7 octobre, a estimé Bregman, «est à mon avis liée au sexe des soldats».

«La plupart des observateurs le long de la frontière, qui suivent et rendent compte des activités du Hamas, sont des femmes soldats», a-t-il expliqué.

Pourtant, dans les semaines et les mois qui ont précédé le 7 octobre, elles n'ont cessé de faire des rapports à leurs supérieurs, qui étaient tous des hommes, bien sûr, en disant: «Écoutez, ils préparent une attaque contre nous, voici toutes les informations», et elles ont été ignorées.

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Des soldats israéliens patrouillent le long de la barrière frontalière du Kibutz Beeri, près de la frontière avec la bande de Gaza, le 25 octobre 2023, à la suite de l'attaque du 7 octobre par des militants palestiniens du Hamas. (Photo, AFP)

«Et je crois que l'une des raisons pour lesquelles elles ont été ignorées est le fait qu'il s'agissait de jeunes femmes», a-t-il clarifié.

Mais le manque de confiance mortel de l'armée dans ses observatrices n'est que l'une des nombreuses défaillances qui ont contribué au désastre du 7 octobre, explique Bregman, notamment «l'existence même de la clôture».

«Il y a là une dimension psychologique. On se dit: ‘J'ai une clôture, je suis protégé’, puis on commence à faire des économies, en pensant qu'on n'a pas besoin d'autant de troupes dans cette zone.»

«Le 7 octobre, oui, il y avait une clôture très sophistiquée, comme il n'y en a nulle part ailleurs dans le monde. Mais il n'y avait personne pour la protéger, car la majorité des troupes se trouvait ailleurs, en Cisjordanie», a-t-il dévoilé.

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Ahron Bregman

Selon lui, Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, a également beaucoup de comptes à rendre.

Netanyahou pensait qu'il suffisait de fournir le Hamas avec de l'argent et des emplois en Israël pour qu'il se tienne tranquille. En Israël, on pensait que le Hamas était dissuadé d'entrer en guerre, mais cette croyance était dans la tête des Israéliens, et non dans celle du Hamas.

«Netanyahou voulait croire que le Hamas n'irait pas à la guerre, et cette idée s’est répandue parmi les militaires eux-mêmes, qui ont fini par y croire», a illustré Bregman.

Inévitablement, les médias sociaux bruissent de théories conspirationnistes sur le 7 octobre, notamment sur le fait que le gouvernement israélien était au courant de l'attaque imminente mais qu'il l'a laissée se produire, afin de justifier un assaut massif sur Gaza.

La lenteur de la réaction de l'armée israélienne à l'attaque est attribuée à une affirmation, accompagnée du hashtag #BibiKnew, selon laquelle Netanyahou aurait ordonné aux forces de défense israéliennes de se retirer le jour même.

«Mais je pense que nous avons trop d'explications solides à cet échec des services de renseignement pour commencer à croire aux théories du complot», a affirmé Bregman.

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Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, "voulait croire que le Hamas n'entrerait pas en guerre, et cette idée s'est propagée jusqu'à l'armée elle-même, et ils ont fini par y croire", explique l'historien israélien Ahron Bregman, basé au Royaume-Uni. (Photo, AFP)

«Il n'était pas dans l'intérêt de Netanyahou d'entrer en guerre. Toute sa stratégie consistait à mettre le Hamas au pouvoir afin de ne pas avoir à mettre en œuvre la solution des deux États», a-t-il jugé.

Le succès de l'attaque n'est pas entièrement dû aux défaillances israéliennes.

«Si l'on se penche sur l'histoire militaire du Hamas, on constate qu'il s'agit d'une organisation capable de s'adapter, et les Israéliens ne l'ont pas compris», a déclaré Bregman.

Il est également clair que, selon «une source proche du Hamas» qui s'est confiée à Reuters, «le Hamas a utilisé une tactique de renseignement sans précédent pour tromper Israël au cours des derniers mois, en donnant publiquement l'impression qu'il n'était pas disposé à entrer dans un combat ou une confrontation avec Israël tout en se préparant à cette opération de grande envergure».

Dans le cadre de ce stratagème, le Hamas s'est abstenu d'attaquer Israël pendant deux ans et a donné l'impression «qu'il se souciait davantage de veiller à ce que les travailleurs de Gaza aient accès à des emplois de l'autre côté de la frontière et qu'il n'avait aucun intérêt à déclencher une nouvelle guerre».

Yossi Mekelberg, professeur de relations internationales et membre associé du programme MENA au sein du groupe de réflexion sur les affaires internationales Chatham House, basé au Royaume-Uni, n'a aucun doute sur le fait que le désastre du 7 octobre fera l'objet d'un compte rendu complet lorsque les combats cesseront enfin.

«Il y a des rumeurs et des fuites, et bien qu'il soit clair qu'il y a eu une défaillance systémique, il est difficile de savoir exactement ce qui s'est passé tant que nous n'aurons pas entendu des témoignages sous serment dans le cadre d'une enquête», a-t-il souligné.

Il a ajouté: «Mais il doit y avoir une enquête, il n'y a pas d'autres options. Lorsque la guerre sera terminée et que de nombreux réservistes seront libérés, ils seront les premiers à demander une enquête, les familles de ceux qui ont été tués le 7 octobre, les familles de ceux qui ont été pris en otage, les familles des soldats qui ont été tués depuis le 7 octobre, ils demanderont tous sans relâche une enquête, et à juste titre.»

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Des Palestiniens regardent les secouristes rechercher les corps de trois militants du Hamas dans un tunnel ciblé par une frappe aérienne israélienne, près de la frontière entre Israël et Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 2 novembre 2013. (Photo, AFP)

Il hésite à prédire l'issue politique de ce désastre pour Netanyahou et son parti de droite, le Likoud: «Qui sait, en politique, mais je serais très surpris s'il n'était pas fini.»

Cinquante ans après Yom Kippour, Israël est à nouveau en état de «choc collectif profond».

Pourtant, en fin de compte, au milieu de la consternation nationale face aux échecs d'Israël avant, pendant et après le 7 octobre, et de l'inquiétude croissante dans le pays et à l'étranger face à l'usage disproportionné de la mort et de la destruction par les forces de défense israéliennes à Gaza, c'est peut-être la réponse israélienne plutôt que l'attaque du Hamas elle-même qui s'avère être un point de basculement dans le cycle apparemment sans fin de la violence.

«Je crois vraiment que nous sommes à la croisée des chemins», a déclaré Mekelberg.

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Le général de division Aharon Haliva, chef de la direction du renseignement militaire de Tsahal, ainsi que le chef de l’agence de sécurité du Shin Bet et chef d’état-major de Tsahal, ont reconnu l’entière responsabilité de l’attaque meurtrière du Hamas. (Photo fournie)

«J'aimerais que les gens tirent la conclusion que les conflits et les effusions de sang ne servent à rien, mais qu'ils ne font qu'accroître la colère, l'amertume et le besoin de vengeance, et qu'il faut que cela change», a-t-il insisté.

«Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est d'un leadership différent, qui suscitera un peu d'espoir, et il pourrait y avoir un avenir bien meilleur tant pour Israël que pour les Palestiniens − et je pense que le potentiel est infini», a soutenu Mekelberg.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Maroc: au moins quatre morts dans l'effondrement d'un immeuble à Fès

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  • Dans certains quartiers périphériques de Fès, de nombreux bâtiments sont érigés sans respecter les normes de construction en vigueur
  • Les opérations de recherches se poursuivent pour tenter de secourir "d'autres personnes susceptibles d'être piégées sous les décombres", ont précisé les autorités locales

RABAT: Au moins quatre personnes sont décédées jeudi dans l'effondrement d'un immeuble à Fès, dans le nord du Maroc, selon un bilan provisoire des autorités locales qui poursuivent leurs opérations à la recherche d'éventuelles autres victimes coincées sous les décombres.

Six autres personnes ont été blessées à des degrés divers dans l'effondrement de cet immeuble résidentiel de quatre étages, situé dans un quartier périphérique de cette ville, selon les mêmes sources, citées par l'agence officielle MAP.

Dans certains quartiers périphériques de Fès, de nombreux bâtiments sont érigés sans respecter les normes de construction en vigueur.

Les opérations de recherches se poursuivent pour tenter de secourir "d'autres personnes susceptibles d'être piégées sous les décombres", ont précisé les autorités locales.

Le périmètre de l'accident a été sécurisé et les habitants des immeubles mitoyens ont été évacués à titre préventif.

Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances et les causes du sinistre.

Début décembre, 22 personnes avaient été tuées dans l'effondrement de deux immeubles mitoyens déjà à Fès, le pire accident de ce type ces dernières années dans le pays.

Toujours à Fès, neuf personnes avaient péri en mai 2025 dans l'effondrement d'un immeuble d'habitation. En février 2024, cinq personnes étaient aussi mortes dans l'effondrement d'une maison dans la vieille ville.

 


«Flottille pour Gaza»: un ministre d'extrême droite choque avec une vidéo de militants à genoux et mains liées

Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer. (AFP)
Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer. (AFP)
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  • Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jugé de telles images "pas conformes avec les valeurs d'Israël"
  • Et son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux"

ASHDOD: Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jugé de telles images "pas conformes avec les valeurs d'Israël". Et son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux".

"Non, vous n'êtes pas le visage d'Israël", a insisté le chef de la diplomatie, M. Ben Gvir défendant au contraire "une grande source de fierté".

Les forces israéliennes, qui avaient intercepté lundi au large de Chypre les bateaux de la flottille, ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention, dans le sud d'Israël, des centaines de militants propalestiniens qui se trouvaient à bord.

"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance, triomphant, Itamar Ben Gvir sur des images publiées sur sa chaîne Télégram, avec l'hymne national israélien en musique de fond.

On y voit des dizaines de militants agenouillés les uns à côté des autres, visages collés au sol et mains liées, sur le pont d'un bateau de la marine israélienne. Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre, se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

"Monstrueux" 

Les réactions étrangères, tout particulièrement de pays comptant des ressortissants arrêtés, n'ont pas tardé. Le traitement réservé aux détenus a été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses", "monstrueux, indigne et inhumain" par Madrid, "odieux" par Ottawa.

Dublin s'est dit "consterné et choqué", alors que la sœur de la présidente irlandaise Catherine Connolly figure parmi les participants à la flottille.

La France a convoqué l'ambassadeur israélien pour les "agissements inadmissibles" du ministre Ben Gvir, coutumier des outrances, tout comme la Belgique qui a jugé les images "profondément troublantes", l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande.

L'Allemagne, qualifiant l'épisode de "totalement inacceptable", s'est réjouie d'entendre des voix israéliennes critiques du ministre, dont l'ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee a critiqué les "actes méprisables".

La Turquie, d'où était précisément partie la flottille, s'est montrée la plus virulente en dénonçant la "mentalité barbare" du gouvernement israélien.

"Vous n'avez pas le droit de traiter ainsi des citoyens polonais qui n'ont commis aucun crime. Dans le monde démocratique, nous n'abusons pas des personnes détenues et nous ne réjouissons pas à leurs dépens", s'est indigné le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski en exigeant des "conséquences" pour M. Ben Gvir.

La ministre australienne des Affaires étrangères Penny Wong a qualifié d'"humiliant" le traitement infligé par Israël aux militants et dénoncé des images "choquantes et inacceptables".

 "Au service du Hamas" 

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales", a fustigé l'organisation de défense des droits humains Adalah.

Une cinquantaine de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

S'il a critiqué le comportement de son ministre, Benjamin Netanyahu a appelé à expulser les militants "dès que possible". "Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a-t-il jugé dans un communiqué.

Pour le ministère des Affaires étrangères, cette initiative n'est "rien de plus qu'un coup de communication au service" du mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Hamas a également fustigé mercredi la vidéo, en dénonçant la "dépravation morale" d'Israël.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe.


L'armée israélienne appelle à évacuer de nouveaux villages du sud du Liban

L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours. (AFP)
L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours. (AFP)
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  • La majorité des villages énumérés par M. Adraee sont situés au-delà de la "ligne jaune", qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle l'armée israélienne poursuit ses opérations
  • Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs affrontements malgré la trêve, principalement dans le sud du Liban, et l'armée israélienne a déjà mené des frappes au-delà de cette "ligne jaune"

JERUSALEM: L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours.

"Les violations répétées de l'accord de cessez-le-feu par le Hezbollah obligent l'armée israélienne à opérer", écrit sur son compte X le porte-parole de l'armée, Avichay Adraee, quelques jours après la tenue de discussions à Washington entre représentants israéliens et libanais et l'annonce de la prolongation de la trêve entre les deux pays.

La majorité des villages énumérés par M. Adraee sont situés au-delà de la "ligne jaune", qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle l'armée israélienne poursuit ses opérations afin de protéger la population du nord d'Israël des tirs du Hezbollah.

Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs affrontements malgré la trêve, principalement dans le sud du Liban, et l'armée israélienne a déjà mené des frappes au-delà de cette "ligne jaune".

Selon l'agence nationale d'information libanaise ANI, des frappes israéliennes ont visé mardi "plusieurs localités dans le sud" du pays.

Le mouvement pro-iranien Hezbollah a pour sa part affirmé dans un communiqué avoir visé un rassemblement de soldats et de véhicules dans le nord d’Israël avec "un essaim de drones d'attaque".

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué plus de 3.000 personnes au Liban selon les autorités libanaises.

Côté israélien, 20 soldats et un contractuel travaillant pour l'armée ont été tués au Liban depuis le début de la guerre, le 2 mars.