Pourquoi Israël n'a-t-il pas réussi à déjouer l’attaque du Hamas malgré les avertissements?

Des militants palestiniens ont franchi la barrière frontalière pour lancer des attaques et ont pris des otages dans le sud d'Israël le 7 octobre, pendant que des barrages de roquettes étaient tirés sur Israël. (Photo, réseaux sociaux)
Des militants palestiniens ont franchi la barrière frontalière pour lancer des attaques et ont pris des otages dans le sud d'Israël le 7 octobre, pendant que des barrages de roquettes étaient tirés sur Israël. (Photo, réseaux sociaux)
Des Palestiniens et des militants des Brigades Ezzedine al-Qassam courent vers le point de passage d'Erez entre Israël et le nord de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AFP)
Des Palestiniens et des militants des Brigades Ezzedine al-Qassam courent vers le point de passage d'Erez entre Israël et le nord de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AFP)
Sur cette photo prise le 13 avril 2018, des soldats israéliens maintiennent leur position dans le kibboutz sud de Nahal Oz, de l'autre côté de la frontière avec la bande de Gaza, alors que les manifestants palestiniens se rassemblent le long de la barrière frontalière. (Photo, AFP)
Sur cette photo prise le 13 avril 2018, des soldats israéliens maintiennent leur position dans le kibboutz sud de Nahal Oz, de l'autre côté de la frontière avec la bande de Gaza, alors que les manifestants palestiniens se rassemblent le long de la barrière frontalière. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 09 décembre 2023

Pourquoi Israël n'a-t-il pas réussi à déjouer l’attaque du Hamas malgré les avertissements?

  • L'inaction est d'autant plus remarquable qu'Israël avait obtenu une copie du plan de bataille avant l'assaut
  • Les médias sociaux bruissent de théories conspirationnistes: le gouvernement israélien était au courant des événements imminents mais les a laissés se produire

LONDRES: Le 6 octobre 1973, Israël a été totalement pris au dépourvu par une attaque menée par une coalition d'États du Moyen-Orient, dirigée par l'Égypte, qui a failli le rayer de la carte.

En fin de compte, Israël, soutenu par un pont aérien massif d'armes de pointe et d'autres aides des États-Unis, a survécu à la guerre du Kippour, bien qu'à un prix élevé − plus de 2 600 de ses soldats ont été tués et des milliers d'autres ont été blessés.

Mais «il s'agit d'un échec grave en matière de renseignement», a expliqué Ahron Bregman, historien, auteur et politologue israélien basé au Royaume-Uni.

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Des Palestiniens prennent le contrôle d'un char de combat Merkava israélien après avoir franchi la barrière frontalière avec Israël depuis Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AFP)

Par la suite, dans une société laissée «dans un état de choc collectif profond», des questions difficiles ont été posées aux politiciens israéliens, à l'armée et à la communauté du renseignement et, «soi-disant, des leçons ont été tirées».

Mais presque 50 ans plus tard, jour pour jour, le 7 octobre 2023, Israël a de nouveau été pris par surprise, cette fois par un assaut du Hamas qui a fait au moins 1 200 morts parmi les citoyens et les soldats israéliens et en a ramené près de 250 à Gaza en tant qu'otages.

Aujourd'hui, dans un Israël déchiré et divisé par le doute, l'anxiété et la colère face à l'incapacité de son gouvernement et de ses forces militaires tant vantées non seulement à anticiper et à prévenir l'attaque, mais aussi à y répondre en temps utile, des questions difficiles sont à nouveau posées sur ce qui a mal tourné et sur les personnes à blâmer.

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Des militants du Hamas capturent des otages israéliens dans le kibboutz Be'eri lors d'une attaque massive contre l'État juif le 7 octobre 2023. (Photo X)

«Comme lors de la guerre du Kippour, les Israéliens disposaient de toutes les informations, de tous les détails», a déclaré Bregman, chargé d'enseignement au département des études sur la guerre du King's College de Londres au Royaume-Uni, qui a servi dans l'armée israélienne pendant six ans.

«Il s'agit là d'une nouvelle défaillance grave des services de renseignement israéliens», a-t-il précisé.

«À l'avenir, l'attaque du Hamas le 7 octobre sera enseignée dans les écoles militaires, au même titre que Pearl Harbor, l'opération Barbarossa (l'attaque surprise de l'Allemagne contre la Russie en 1941) et la guerre du Kippour», a jugé Bregman.

EN NOMBRES

• 1200 personnes, dont des Israéliens et des étrangers, tuées lors de l'attaque du Hamas en octobre.

• Plus de 240 personnes prises en otage par le Hamas et des groupes alliés, dont certaines ont été libérées par la suite.

• 17 177 personnes tuées en Palestine depuis qu'Israël a lancé sa campagne de représailles.

Grâce à une fuite surprenante, provenant vraisemblablement des services de renseignement israéliens, il est clair que l'échec de la préparation du 7 octobre a été d'autant plus remarquable qu'Israël avait obtenu une copie du plan de bataille du Hamas avant l'attaque.

Le 30 novembre, le New York Times a publié un article exclusif affirmant que les responsables israéliens avaient obtenu le plan «plus d'un an avant qu'il ne se produise». Mais les responsables de l'armée et des services de renseignement israéliens ont rejeté le plan comme étant ambitieux, estimant qu'il était trop difficile pour le Hamas de le mettre en œuvre.

Le Hamas avait «suivi le plan avec une précision choquante», conclut le Times, «ce qui aurait pu être un coup des services de renseignement qui s'est transformé en l'une des pires erreurs de calcul en 75 ans d'histoire d'Israël».

Les agents de renseignement désenchantés ne sont pas les seuls Israéliens à faire des révélations sur les manquements d'Israël à la veille du 7 octobre.

Il apparaît aujourd'hui que, dans les mois, les semaines et les jours qui ont précédé l'attaque du Hamas, les avertissements répétés des observateurs de l'armée israélienne chargés de surveiller le «mur de fer» entre Israël et Gaza ont été ignorés ou rejetés.

Les images des caméras placées le long de la clôture de haute technologie, qui a été rénovée en 2021 pour un milliard de dollars, sont surveillées jour et nuit par des membres du corps de collecte de renseignements de combat des forces de défense israéliennes.

Le mur semblait redoutable: une clôture de 6 mètres de haut, surmontée de fils barbelés et encastrée dans de profondes fondations en béton pour empêcher le creusement de tunnels, hérissée de systèmes de surveillance sophistiqués et de mitrailleuses télécommandées montées sur des tours tout au long de son parcours.

Mais le 7 octobre, le mur high-tech a été battu par une combinaison de bulldozers low-tech, d'explosifs et de drones qui ont largué des bombes sur les nids de mitrailleuses.

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Sur cette photo prise le 13 avril 2018, des soldats israéliens gardent leur position dans le kibboutz méridional de Nahal Oz, de l'autre côté de la frontière avec la bande de Gaza, alors que des manifestants palestiniens se rassemblent le long de la clôture frontalière. (Photo, AFP)

L'une des premières cibles des combattants du Hamas qui se sont engouffrés dans la brèche de la clôture a été une base militaire située dans le kibboutz de Nahal Oz, à environ un kilomètre à l'intérieur d'Israël. C'est là que 25 des 27 observatrices ont été tuées.

Alors que les Israéliens cherchent des réponses pour expliquer pourquoi l'attaque du Hamas a été si réussie et la réponse de l'armée israélienne si inadéquate, les deux femmes qui ont survécu à l'attaque de la base viennent de se manifester en affirmant que les avertissements répétés qu'elles et leurs collègues ont donnés ont été ignorés par les officiers supérieurs.

Selon un rapport du Times of Israel, pendant au moins trois mois avant l'attaque, les observateurs ont repéré et signalé des activités répétées et de plus en plus suspectes, notamment «des agents du Hamas menant des séances d'entraînement plusieurs fois par jour, creusant des trous et plaçant des explosifs le long de la frontière».

Pourtant, tous ces signes ont été «ignorés par les responsables du renseignement, qui les ont jugés sans importance».

L'une des deux survivantes de Nahal Oz a révélé à la chaîne publique israélienne Kan qu'elle avait vu des agents du Hamas s'entraîner à la barrière frontalière pendant des semaines.

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Des Palestiniens conduisent un tracteur israélien qui a été saisi après avoir franchi la frontière avec Israël depuis Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AFP)

Maya Desiatnik a compris que ce n'était qu'une «question de temps» avant que quelque chose d'important ne se produise, mais ses avertissements répétés ont été ignorés. Et le 7 octobre, quelque chose d'important s'est produit.

Ce jour-là, elle a commencé son service à 3h30 du matin. Tout était calme au début, mais à 6h30, «nous avons vu des gens courir de tous côtés vers la frontière, armés», a-t-elle raconté à Kan. «Nous avons vu des motos et des camionnettes se diriger directement vers la clôture.»

«Nous les avons vus faire sauter la clôture et la détruire. Nous avons peut-être pleuré, mais nous avons continué à faire notre travail», a-t-elle ajouté.

«C'est exaspérant», a signalé Desiatnik à Kan. «Nous avons vu ce qui se passait, nous leur en avons parlé, et c'est nous qui avons été assassinés.»

Israël fait grand cas du fait que les femmes servent aux côtés des hommes dans ses forces armées. À quelques exceptions près, tout citoyen juif, druze ou circassien âgé de plus de 18 ans effectue son service militaire obligatoire.

Les hommes sont censés servir pendant au moins 32 mois et les femmes, qui apparaissent fréquemment dans les vidéos des FDI, pendant au moins 24 mois.

Mais l'une des explications de l’échec du 7 octobre, a estimé Bregman, «est à mon avis liée au sexe des soldats».

«La plupart des observateurs le long de la frontière, qui suivent et rendent compte des activités du Hamas, sont des femmes soldats», a-t-il expliqué.

Pourtant, dans les semaines et les mois qui ont précédé le 7 octobre, elles n'ont cessé de faire des rapports à leurs supérieurs, qui étaient tous des hommes, bien sûr, en disant: «Écoutez, ils préparent une attaque contre nous, voici toutes les informations», et elles ont été ignorées.

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Des soldats israéliens patrouillent le long de la barrière frontalière du Kibutz Beeri, près de la frontière avec la bande de Gaza, le 25 octobre 2023, à la suite de l'attaque du 7 octobre par des militants palestiniens du Hamas. (Photo, AFP)

«Et je crois que l'une des raisons pour lesquelles elles ont été ignorées est le fait qu'il s'agissait de jeunes femmes», a-t-il clarifié.

Mais le manque de confiance mortel de l'armée dans ses observatrices n'est que l'une des nombreuses défaillances qui ont contribué au désastre du 7 octobre, explique Bregman, notamment «l'existence même de la clôture».

«Il y a là une dimension psychologique. On se dit: ‘J'ai une clôture, je suis protégé’, puis on commence à faire des économies, en pensant qu'on n'a pas besoin d'autant de troupes dans cette zone.»

«Le 7 octobre, oui, il y avait une clôture très sophistiquée, comme il n'y en a nulle part ailleurs dans le monde. Mais il n'y avait personne pour la protéger, car la majorité des troupes se trouvait ailleurs, en Cisjordanie», a-t-il dévoilé.

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Ahron Bregman

Selon lui, Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, a également beaucoup de comptes à rendre.

Netanyahou pensait qu'il suffisait de fournir le Hamas avec de l'argent et des emplois en Israël pour qu'il se tienne tranquille. En Israël, on pensait que le Hamas était dissuadé d'entrer en guerre, mais cette croyance était dans la tête des Israéliens, et non dans celle du Hamas.

«Netanyahou voulait croire que le Hamas n'irait pas à la guerre, et cette idée s’est répandue parmi les militaires eux-mêmes, qui ont fini par y croire», a illustré Bregman.

Inévitablement, les médias sociaux bruissent de théories conspirationnistes sur le 7 octobre, notamment sur le fait que le gouvernement israélien était au courant de l'attaque imminente mais qu'il l'a laissée se produire, afin de justifier un assaut massif sur Gaza.

La lenteur de la réaction de l'armée israélienne à l'attaque est attribuée à une affirmation, accompagnée du hashtag #BibiKnew, selon laquelle Netanyahou aurait ordonné aux forces de défense israéliennes de se retirer le jour même.

«Mais je pense que nous avons trop d'explications solides à cet échec des services de renseignement pour commencer à croire aux théories du complot», a affirmé Bregman.

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Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, "voulait croire que le Hamas n'entrerait pas en guerre, et cette idée s'est propagée jusqu'à l'armée elle-même, et ils ont fini par y croire", explique l'historien israélien Ahron Bregman, basé au Royaume-Uni. (Photo, AFP)

«Il n'était pas dans l'intérêt de Netanyahou d'entrer en guerre. Toute sa stratégie consistait à mettre le Hamas au pouvoir afin de ne pas avoir à mettre en œuvre la solution des deux États», a-t-il jugé.

Le succès de l'attaque n'est pas entièrement dû aux défaillances israéliennes.

«Si l'on se penche sur l'histoire militaire du Hamas, on constate qu'il s'agit d'une organisation capable de s'adapter, et les Israéliens ne l'ont pas compris», a déclaré Bregman.

Il est également clair que, selon «une source proche du Hamas» qui s'est confiée à Reuters, «le Hamas a utilisé une tactique de renseignement sans précédent pour tromper Israël au cours des derniers mois, en donnant publiquement l'impression qu'il n'était pas disposé à entrer dans un combat ou une confrontation avec Israël tout en se préparant à cette opération de grande envergure».

Dans le cadre de ce stratagème, le Hamas s'est abstenu d'attaquer Israël pendant deux ans et a donné l'impression «qu'il se souciait davantage de veiller à ce que les travailleurs de Gaza aient accès à des emplois de l'autre côté de la frontière et qu'il n'avait aucun intérêt à déclencher une nouvelle guerre».

Yossi Mekelberg, professeur de relations internationales et membre associé du programme MENA au sein du groupe de réflexion sur les affaires internationales Chatham House, basé au Royaume-Uni, n'a aucun doute sur le fait que le désastre du 7 octobre fera l'objet d'un compte rendu complet lorsque les combats cesseront enfin.

«Il y a des rumeurs et des fuites, et bien qu'il soit clair qu'il y a eu une défaillance systémique, il est difficile de savoir exactement ce qui s'est passé tant que nous n'aurons pas entendu des témoignages sous serment dans le cadre d'une enquête», a-t-il souligné.

Il a ajouté: «Mais il doit y avoir une enquête, il n'y a pas d'autres options. Lorsque la guerre sera terminée et que de nombreux réservistes seront libérés, ils seront les premiers à demander une enquête, les familles de ceux qui ont été tués le 7 octobre, les familles de ceux qui ont été pris en otage, les familles des soldats qui ont été tués depuis le 7 octobre, ils demanderont tous sans relâche une enquête, et à juste titre.»

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Des Palestiniens regardent les secouristes rechercher les corps de trois militants du Hamas dans un tunnel ciblé par une frappe aérienne israélienne, près de la frontière entre Israël et Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 2 novembre 2013. (Photo, AFP)

Il hésite à prédire l'issue politique de ce désastre pour Netanyahou et son parti de droite, le Likoud: «Qui sait, en politique, mais je serais très surpris s'il n'était pas fini.»

Cinquante ans après Yom Kippour, Israël est à nouveau en état de «choc collectif profond».

Pourtant, en fin de compte, au milieu de la consternation nationale face aux échecs d'Israël avant, pendant et après le 7 octobre, et de l'inquiétude croissante dans le pays et à l'étranger face à l'usage disproportionné de la mort et de la destruction par les forces de défense israéliennes à Gaza, c'est peut-être la réponse israélienne plutôt que l'attaque du Hamas elle-même qui s'avère être un point de basculement dans le cycle apparemment sans fin de la violence.

«Je crois vraiment que nous sommes à la croisée des chemins», a déclaré Mekelberg.

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Le général de division Aharon Haliva, chef de la direction du renseignement militaire de Tsahal, ainsi que le chef de l’agence de sécurité du Shin Bet et chef d’état-major de Tsahal, ont reconnu l’entière responsabilité de l’attaque meurtrière du Hamas. (Photo fournie)

«J'aimerais que les gens tirent la conclusion que les conflits et les effusions de sang ne servent à rien, mais qu'ils ne font qu'accroître la colère, l'amertume et le besoin de vengeance, et qu'il faut que cela change», a-t-il insisté.

«Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est d'un leadership différent, qui suscitera un peu d'espoir, et il pourrait y avoir un avenir bien meilleur tant pour Israël que pour les Palestiniens − et je pense que le potentiel est infini», a soutenu Mekelberg.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le ministre des Affaires étrangères d'Oman en Iran pour discuter d'Ormuz

Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • M. al-Busaidi mènera les "consultations politiques en cours entre les deux parties, en tant qu'États riverains du détroit d'Ormuz, afin de contribuer à renforcer la paix et la sécurité dans la région"
  • Le ministre omanais doit également rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, pour "renforcer la coopération bilatérale" et "discuter des enjeux régionaux"

TEHERAN: Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz.

M. al-Busaidi mènera les "consultations politiques en cours entre les deux parties, en tant qu'États riverains du détroit d'Ormuz, afin de contribuer à renforcer la paix et la sécurité dans la région", a déclaré lundi le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, dans un communiqué.

Le ministre omanais doit également rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, pour "renforcer la coopération bilatérale" et "discuter des enjeux régionaux".

En riposte aux frappes israélo-américaines sur son sol le 28 février, qui ont déclenché la guerre au Moyen-Orient, l'Iran a verrouillé le stratégique détroit d'Ormuz, par lequel circulait, avant le conflit, un cinquième des hydrocarbures mondiaux.

Téhéran a indiqué qu'il entendait imposer des frais de navigation pour des services aux navires y transitant, ce que refusent fermement les Etats-Unis et certains pays de la région. L'Iran a pris pour cible des navires qui tentent de traverser le détroit sans demander d'autorisation.

De son côté, le président américain Donald Trump martèle avoir le "contrôle total" du détroit et a affirmé qu'il en ferait, après la guerre un "territoire américain".

Il a également menacé de bombarder Oman si le pays se mettait "en travers" du chemin des Etats-Unis.

L'Iran et Oman discutent depuis plusieurs semaines pour établir une nouvelle route de navigation dans le détroit.

Mardi, le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit, les a appelés à conclure leurs négociations, pour permettre de "reprendre" les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran.

Téhéran affirme que la voie maritime restera fermée tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord conclu mi-juin, dont la levée du blocus imposé par les Etats-Unis aux  ports iraniens.


La Syrie dit vouloir désamorcer les tensions avec Israël après l'attaque d'une base

Cette photo, diffusée par la page Telegram de la présidence syrienne, montre le président syrien Ahmed al-Sharaa (à droite) serrant la main de l'envoyé américain Tom Barrack au palais présidentiel de Damas, le 18 janvier 2026. (AFP)
Cette photo, diffusée par la page Telegram de la présidence syrienne, montre le président syrien Ahmed al-Sharaa (à droite) serrant la main de l'envoyé américain Tom Barrack au palais présidentiel de Damas, le 18 janvier 2026. (AFP)
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  • Selon des sources interrogées par l'AFP, le chef de la diplomatie syrienne, Assaad al-Chaibani, et le chef du Mossad, les services de renseignement extérieur israéliens, Roman Gofman, se sont rencontrés en Jordanie
  • Ils ont abordé, entre autres, la question de la mise en place d'une "salle des opérations spéciales" en Jordanie, sous supervision américaine, afin d'éviter tout affrontement en Syrie, y compris avec la Turquie

DAMAS: La Syrie et Israël ont tenu dimanche des discussions de haut niveau en Jordanie, Damas affirmant vouloir désamorcer la crise provoquée par une attaque israélienne et rester à l'écart des tensions entre Israël et la Turquie.

Avec cette frappe sur une base aérienne du nord du pays, vivement condamnée par Damas, Israël avait dit vouloir y empêcher le déploiement de troupes turques. Ankara a démenti toute présence militaire.

Selon des sources interrogées par l'AFP, le chef de la diplomatie syrienne, Assaad al-Chaibani, et le chef du Mossad, les services de renseignement extérieur israéliens, Roman Gofman, se sont rencontrés en Jordanie.

Ils ont abordé, entre autres, la question de la mise en place d'une "salle des opérations spéciales" en Jordanie, sous supervision américaine, afin d'éviter tout affrontement en Syrie, y compris avec la Turquie, selon ces sources qui ont requis l'anonymat.

L'agence de presse officielle syrienne Sana, citant une source au ministère syrien des Affaires étrangères, a confirmé que des pourparlers parrainés par les Etats-Unis avaient eu lieu en Jordanie, dans l'objectif d'"une désescalade après le récent bombardement israélien du territoire syrien".

D'après Sana, un groupe mené par le chef de la diplomatie syrienne s'est entretenu avec une "délégation israélienne de haut niveau". Les discussions devaient, entre autres, "faire en sorte que les tensions actuelles entre les deux pays ne se répercutent pas sur le territoire syrien", de même source.

La Turquie a été le premier pays à majorité musulmane à reconnaître Israël, mais les relations sont tendues avec le président Recep Tayyip Erdogan, qui a été qualifié vendredi par Benjamin Netanyahu de "dictateur antisémite".

Un porte-parole du bureau du Premier ministre israélien a, lui, indiqué à l'AFP ne pas avoir de commentaire à faire à ce sujet.

Selon une source diplomatique, ces négociations entre Israël et la Syrie sont les premières depuis plusieurs mois.

Après l'arrivée au pouvoir fin 2024 de l'islamiste Ahmad al-Chareh, dont la coalition de rebelles a renversé le président Bachar al-Assad, Israël a lancé des centaines de frappes contre la Syrie.

L'armée israélienne a également mené des incursions dans le sud du pays et déployé des troupes dans la zone tampon placée sous surveillance de l'ONU, qui séparait les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan, où Israël revendique la mise en place d'une "zone de sécurité" qu'il entend maintenir.

"Violation flagrante" 

En parallèle, les deux pays ont tenu, sous la pression des Etats-Unis, plusieurs cycles de discussions directes.

A l'issue de négociations en janvier, les deux pays avaient convenu de mettre en place un mécanisme de partage de renseignements.

Un diplomate arabe à Damas avait indiqué à l'époque à l'AFP qu'une salle d'opérations conjointe basée en Jordanie devait notamment suivre les questions de coordination sécuritaire et de contrôle des frontières.

Tom Barrack, l'envoyé spécial américain en Syrie qui est également ambassadeur en Turquie, a condamné le bombardement israélien de mardi, accusant Israël d'"escalade inutile".

Dans un entretien accordé à l'influenceur Mario Nawfal et diffusé vendredi, il a aussi suggéré que la frappe pourrait avoir cherché à provoquer un conflit avec la Turquie dans le cadre d'une manœuvre électoraliste du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, qui aborde en position difficile les législatives d'octobre en Israël.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a dénoncé des "positions qui contredisent la ligne du président américain Donald Trump".

M. Barrack a également déclaré que le plateau du Golan - un territoire syrien dont Israël s'est emparé en 1967 avant de l'annexer en 1981 - était "occupé" par Israël, alors que les Etats-Unis sont parmi les rares pays à avoir reconnu son annexion par Israël, sous le premier mandat de Donald Trump en 2019.

Les discussions ont par ailleurs eu lieu au lendemain de frappes israéliennes visant, selon Israël, des combattants en Syrie, près du plateau du Golan.

Damas a fait état d'un blessé et dénoncé une "violation flagrante" de sa souveraineté.


De Riyad à Paris : pourquoi les Saoudiens reviennent toujours en France

Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
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  • Pour les voyageurs saoudiens, la France offre bien plus que ses monuments, avec une culture, une histoire et une gastronomie qui laissent une impression durable
  • Des lunes de miel aux carrières dans la pâtisserie, en passant par des années d’études à Paris, les visiteurs racontent des expériences qui continuent de les attirer en France

RIYAD : Le secteur touristique français a franchi une étape remarquable en 2025, en accueillant 102 millions de visiteurs internationaux et en confortant sa position de destination la plus visitée au monde.

Pour de nombreux voyageurs saoudiens, la France n’est pas simplement une destination incontournable : c’est une expérience enrichissante, façonnée par les rencontres avec sa culture, son histoire, sa gastronomie, son art et sa vie intellectuelle.

Les deux pays sont de plus en plus connectés grâce à des liaisons aériennes directes. Saudia assure des vols directs entre Paris et Riyad ainsi qu’entre Paris et Djeddah. Dans le même temps, Air France a lancé sa liaison directe Paris-Riyad à l’été 2025, élargissant les possibilités de voyage entre les deux capitales.

Pour les visiteurs saoudiens, ces liaisons ouvrent la porte aux attractions emblématiques, mais surtout à une ville qui peut se découvrir à travers sa culture, son histoire, ses musées, sa gastronomie et la vie quotidienne.

Marwan Alrasheed, traducteur et consultant culturel, s’est rendu en France à l’automne 2025, animé précisément par cette curiosité.

« Je suis venu découvrir la richesse culturelle de Paris, qu’elle soit artistique, historique, philosophique ou culinaire », a-t-il déclaré à Arab News, décrivant Paris comme occupant « une place prépondérante dans l’histoire de la culture humaine ».

Alrasheed a séjourné pendant dix jours dans le Quartier latin, près de la Sorbonne, l’un des quartiers les plus étroitement associés à l’histoire intellectuelle de la ville.

Son itinéraire, riche et varié, reflétait ces centres d’intérêt. Il s’est notamment rendu aux Deux Magots, le célèbre café associé à des écrivains, artistes et philosophes tels que Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et Albert Camus.

Il a également exploré le Louvre, où il a admiré la Joconde de Léonard de Vinci et la Victoire de Samothrace.

Alrasheed s’est aussi arrêté à Shakespeare and Company, la librairie anglophone de la rive gauche associée à plusieurs générations d’écrivains, qualifiant son voyage d’« hors du commun et instructif ».

La gastronomie a constitué une autre manière de découvrir la ville.

Passionné d’histoire, Alrasheed a participé à une visite consacrée aux boulangeries historiques parisiennes, explorant l’univers culinaire de la capitale parallèlement à ses visites de musées et de lieux littéraires.

Pris dans leur ensemble, ces expériences ont durablement marqué sa perception de Paris et lui ont donné toutes les raisons d’y revenir. « La gastronomie, la culture, l’art et l’histoire vous invitent tous à revenir », a-t-il déclaré.

Pour Dania Halawani, originaire de Djeddah, la France a offert un autre type de lien personnel. Sa première visite a eu lieu pendant sa lune de miel, lorsqu’elle a passé une semaine à voyager entre Paris, Versailles et Marseille.

« En plus d’être d’une beauté à couper le souffle et incroyablement riche en culture à chaque coin de rue, c’est un pays absolument romantique », a-t-elle déclaré à Arab News.

Versailles a été l’un des temps forts du voyage. « Nous avons parcouru le palais et nous avions l’impression de revivre son histoire et de la respirer », a-t-elle raconté.

Le séjour lui a également permis de se familiariser davantage avec la langue française, l’anglais ne lui permettant pas toujours de communiquer, et elle a commencé à apprendre des mots et des expressions au fil de son voyage.

Pour d’autres visiteurs saoudiens, la France a été une source d’inspiration professionnelle.

Les voyages répétés à Paris de la cheffe pâtissière saoudienne Al-Batoul Al-Maddah l’ont aidée à transformer son intérêt pour la pâtisserie en véritable carrière.

« Je voyageais à Paris à chaque vacances et je découvrais de nouvelles pâtisseries et de nouvelles saveurs, car la pâtisserie ressemble à la mode : tout est question de nouvelles tendances », a-t-elle déclaré à Arab News.

Elle a ensuite choisi d’étudier à Paris, attirée par la culture culinaire de la ville et la créativité de sa scène pâtissière.

« Ma vie étudiante à Paris a été remarquable et j’ai eu la chance d’en apprendre davantage sur ce que j’aime vraiment », a-t-elle déclaré.

Pour Hadeel Al-Nufaiey, l’expérience est allée encore plus loin. Elle a vécu cinq ans à Paris pendant ses études à l’université Paris Descartes, décrivant cette période comme une expérience culturelle, éducative et sociale déterminante.

La vie à Paris l’a amenée à participer à des conversations sur l’Arabie saoudite avec des personnes qui connaissaient peu le Royaume.

Elle a expliqué qu’elle se retrouvait souvent à présenter la société et la culture saoudiennes à des personnes dont la perception était largement façonnée par la couverture médiatique.

« J’ai essayé de contribuer au changement autant que possible et j’espère avoir représenté l’Arabie saoudite de la meilleure manière », a-t-elle déclaré.

À son retour à Riyad, la France était également devenue une partie de sa vie familiale : ses deux jeunes enfants parlent couramment français.

Cafés philosophiques, bibliothèques historiques, pâtisseries et bien d’autres découvertes sont autant d’expériences que les voyageurs saoudiens rapportent de France. Ce qui les relie souvent, c’est le sentiment que le pays offre bien plus qu’une simple liste d’attractions incontournables : il offre la possibilité de découvrir des idées, des goûts et des traditions qui continuent de façonner leurs souvenirs longtemps après la fin du voyage. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com