Pourquoi Israël n'a-t-il pas réussi à déjouer l’attaque du Hamas malgré les avertissements?

Des militants palestiniens ont franchi la barrière frontalière pour lancer des attaques et ont pris des otages dans le sud d'Israël le 7 octobre, pendant que des barrages de roquettes étaient tirés sur Israël. (Photo, réseaux sociaux)
Des militants palestiniens ont franchi la barrière frontalière pour lancer des attaques et ont pris des otages dans le sud d'Israël le 7 octobre, pendant que des barrages de roquettes étaient tirés sur Israël. (Photo, réseaux sociaux)
Des Palestiniens et des militants des Brigades Ezzedine al-Qassam courent vers le point de passage d'Erez entre Israël et le nord de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AFP)
Des Palestiniens et des militants des Brigades Ezzedine al-Qassam courent vers le point de passage d'Erez entre Israël et le nord de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AFP)
Sur cette photo prise le 13 avril 2018, des soldats israéliens maintiennent leur position dans le kibboutz sud de Nahal Oz, de l'autre côté de la frontière avec la bande de Gaza, alors que les manifestants palestiniens se rassemblent le long de la barrière frontalière. (Photo, AFP)
Sur cette photo prise le 13 avril 2018, des soldats israéliens maintiennent leur position dans le kibboutz sud de Nahal Oz, de l'autre côté de la frontière avec la bande de Gaza, alors que les manifestants palestiniens se rassemblent le long de la barrière frontalière. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 09 décembre 2023

Pourquoi Israël n'a-t-il pas réussi à déjouer l’attaque du Hamas malgré les avertissements?

  • L'inaction est d'autant plus remarquable qu'Israël avait obtenu une copie du plan de bataille avant l'assaut
  • Les médias sociaux bruissent de théories conspirationnistes: le gouvernement israélien était au courant des événements imminents mais les a laissés se produire

LONDRES: Le 6 octobre 1973, Israël a été totalement pris au dépourvu par une attaque menée par une coalition d'États du Moyen-Orient, dirigée par l'Égypte, qui a failli le rayer de la carte.

En fin de compte, Israël, soutenu par un pont aérien massif d'armes de pointe et d'autres aides des États-Unis, a survécu à la guerre du Kippour, bien qu'à un prix élevé − plus de 2 600 de ses soldats ont été tués et des milliers d'autres ont été blessés.

Mais «il s'agit d'un échec grave en matière de renseignement», a expliqué Ahron Bregman, historien, auteur et politologue israélien basé au Royaume-Uni.

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Des Palestiniens prennent le contrôle d'un char de combat Merkava israélien après avoir franchi la barrière frontalière avec Israël depuis Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AFP)

Par la suite, dans une société laissée «dans un état de choc collectif profond», des questions difficiles ont été posées aux politiciens israéliens, à l'armée et à la communauté du renseignement et, «soi-disant, des leçons ont été tirées».

Mais presque 50 ans plus tard, jour pour jour, le 7 octobre 2023, Israël a de nouveau été pris par surprise, cette fois par un assaut du Hamas qui a fait au moins 1 200 morts parmi les citoyens et les soldats israéliens et en a ramené près de 250 à Gaza en tant qu'otages.

Aujourd'hui, dans un Israël déchiré et divisé par le doute, l'anxiété et la colère face à l'incapacité de son gouvernement et de ses forces militaires tant vantées non seulement à anticiper et à prévenir l'attaque, mais aussi à y répondre en temps utile, des questions difficiles sont à nouveau posées sur ce qui a mal tourné et sur les personnes à blâmer.

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Des militants du Hamas capturent des otages israéliens dans le kibboutz Be'eri lors d'une attaque massive contre l'État juif le 7 octobre 2023. (Photo X)

«Comme lors de la guerre du Kippour, les Israéliens disposaient de toutes les informations, de tous les détails», a déclaré Bregman, chargé d'enseignement au département des études sur la guerre du King's College de Londres au Royaume-Uni, qui a servi dans l'armée israélienne pendant six ans.

«Il s'agit là d'une nouvelle défaillance grave des services de renseignement israéliens», a-t-il précisé.

«À l'avenir, l'attaque du Hamas le 7 octobre sera enseignée dans les écoles militaires, au même titre que Pearl Harbor, l'opération Barbarossa (l'attaque surprise de l'Allemagne contre la Russie en 1941) et la guerre du Kippour», a jugé Bregman.

EN NOMBRES

• 1200 personnes, dont des Israéliens et des étrangers, tuées lors de l'attaque du Hamas en octobre.

• Plus de 240 personnes prises en otage par le Hamas et des groupes alliés, dont certaines ont été libérées par la suite.

• 17 177 personnes tuées en Palestine depuis qu'Israël a lancé sa campagne de représailles.

Grâce à une fuite surprenante, provenant vraisemblablement des services de renseignement israéliens, il est clair que l'échec de la préparation du 7 octobre a été d'autant plus remarquable qu'Israël avait obtenu une copie du plan de bataille du Hamas avant l'attaque.

Le 30 novembre, le New York Times a publié un article exclusif affirmant que les responsables israéliens avaient obtenu le plan «plus d'un an avant qu'il ne se produise». Mais les responsables de l'armée et des services de renseignement israéliens ont rejeté le plan comme étant ambitieux, estimant qu'il était trop difficile pour le Hamas de le mettre en œuvre.

Le Hamas avait «suivi le plan avec une précision choquante», conclut le Times, «ce qui aurait pu être un coup des services de renseignement qui s'est transformé en l'une des pires erreurs de calcul en 75 ans d'histoire d'Israël».

Les agents de renseignement désenchantés ne sont pas les seuls Israéliens à faire des révélations sur les manquements d'Israël à la veille du 7 octobre.

Il apparaît aujourd'hui que, dans les mois, les semaines et les jours qui ont précédé l'attaque du Hamas, les avertissements répétés des observateurs de l'armée israélienne chargés de surveiller le «mur de fer» entre Israël et Gaza ont été ignorés ou rejetés.

Les images des caméras placées le long de la clôture de haute technologie, qui a été rénovée en 2021 pour un milliard de dollars, sont surveillées jour et nuit par des membres du corps de collecte de renseignements de combat des forces de défense israéliennes.

Le mur semblait redoutable: une clôture de 6 mètres de haut, surmontée de fils barbelés et encastrée dans de profondes fondations en béton pour empêcher le creusement de tunnels, hérissée de systèmes de surveillance sophistiqués et de mitrailleuses télécommandées montées sur des tours tout au long de son parcours.

Mais le 7 octobre, le mur high-tech a été battu par une combinaison de bulldozers low-tech, d'explosifs et de drones qui ont largué des bombes sur les nids de mitrailleuses.

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Sur cette photo prise le 13 avril 2018, des soldats israéliens gardent leur position dans le kibboutz méridional de Nahal Oz, de l'autre côté de la frontière avec la bande de Gaza, alors que des manifestants palestiniens se rassemblent le long de la clôture frontalière. (Photo, AFP)

L'une des premières cibles des combattants du Hamas qui se sont engouffrés dans la brèche de la clôture a été une base militaire située dans le kibboutz de Nahal Oz, à environ un kilomètre à l'intérieur d'Israël. C'est là que 25 des 27 observatrices ont été tuées.

Alors que les Israéliens cherchent des réponses pour expliquer pourquoi l'attaque du Hamas a été si réussie et la réponse de l'armée israélienne si inadéquate, les deux femmes qui ont survécu à l'attaque de la base viennent de se manifester en affirmant que les avertissements répétés qu'elles et leurs collègues ont donnés ont été ignorés par les officiers supérieurs.

Selon un rapport du Times of Israel, pendant au moins trois mois avant l'attaque, les observateurs ont repéré et signalé des activités répétées et de plus en plus suspectes, notamment «des agents du Hamas menant des séances d'entraînement plusieurs fois par jour, creusant des trous et plaçant des explosifs le long de la frontière».

Pourtant, tous ces signes ont été «ignorés par les responsables du renseignement, qui les ont jugés sans importance».

L'une des deux survivantes de Nahal Oz a révélé à la chaîne publique israélienne Kan qu'elle avait vu des agents du Hamas s'entraîner à la barrière frontalière pendant des semaines.

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Des Palestiniens conduisent un tracteur israélien qui a été saisi après avoir franchi la frontière avec Israël depuis Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AFP)

Maya Desiatnik a compris que ce n'était qu'une «question de temps» avant que quelque chose d'important ne se produise, mais ses avertissements répétés ont été ignorés. Et le 7 octobre, quelque chose d'important s'est produit.

Ce jour-là, elle a commencé son service à 3h30 du matin. Tout était calme au début, mais à 6h30, «nous avons vu des gens courir de tous côtés vers la frontière, armés», a-t-elle raconté à Kan. «Nous avons vu des motos et des camionnettes se diriger directement vers la clôture.»

«Nous les avons vus faire sauter la clôture et la détruire. Nous avons peut-être pleuré, mais nous avons continué à faire notre travail», a-t-elle ajouté.

«C'est exaspérant», a signalé Desiatnik à Kan. «Nous avons vu ce qui se passait, nous leur en avons parlé, et c'est nous qui avons été assassinés.»

Israël fait grand cas du fait que les femmes servent aux côtés des hommes dans ses forces armées. À quelques exceptions près, tout citoyen juif, druze ou circassien âgé de plus de 18 ans effectue son service militaire obligatoire.

Les hommes sont censés servir pendant au moins 32 mois et les femmes, qui apparaissent fréquemment dans les vidéos des FDI, pendant au moins 24 mois.

Mais l'une des explications de l’échec du 7 octobre, a estimé Bregman, «est à mon avis liée au sexe des soldats».

«La plupart des observateurs le long de la frontière, qui suivent et rendent compte des activités du Hamas, sont des femmes soldats», a-t-il expliqué.

Pourtant, dans les semaines et les mois qui ont précédé le 7 octobre, elles n'ont cessé de faire des rapports à leurs supérieurs, qui étaient tous des hommes, bien sûr, en disant: «Écoutez, ils préparent une attaque contre nous, voici toutes les informations», et elles ont été ignorées.

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Des soldats israéliens patrouillent le long de la barrière frontalière du Kibutz Beeri, près de la frontière avec la bande de Gaza, le 25 octobre 2023, à la suite de l'attaque du 7 octobre par des militants palestiniens du Hamas. (Photo, AFP)

«Et je crois que l'une des raisons pour lesquelles elles ont été ignorées est le fait qu'il s'agissait de jeunes femmes», a-t-il clarifié.

Mais le manque de confiance mortel de l'armée dans ses observatrices n'est que l'une des nombreuses défaillances qui ont contribué au désastre du 7 octobre, explique Bregman, notamment «l'existence même de la clôture».

«Il y a là une dimension psychologique. On se dit: ‘J'ai une clôture, je suis protégé’, puis on commence à faire des économies, en pensant qu'on n'a pas besoin d'autant de troupes dans cette zone.»

«Le 7 octobre, oui, il y avait une clôture très sophistiquée, comme il n'y en a nulle part ailleurs dans le monde. Mais il n'y avait personne pour la protéger, car la majorité des troupes se trouvait ailleurs, en Cisjordanie», a-t-il dévoilé.

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Ahron Bregman

Selon lui, Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, a également beaucoup de comptes à rendre.

Netanyahou pensait qu'il suffisait de fournir le Hamas avec de l'argent et des emplois en Israël pour qu'il se tienne tranquille. En Israël, on pensait que le Hamas était dissuadé d'entrer en guerre, mais cette croyance était dans la tête des Israéliens, et non dans celle du Hamas.

«Netanyahou voulait croire que le Hamas n'irait pas à la guerre, et cette idée s’est répandue parmi les militaires eux-mêmes, qui ont fini par y croire», a illustré Bregman.

Inévitablement, les médias sociaux bruissent de théories conspirationnistes sur le 7 octobre, notamment sur le fait que le gouvernement israélien était au courant de l'attaque imminente mais qu'il l'a laissée se produire, afin de justifier un assaut massif sur Gaza.

La lenteur de la réaction de l'armée israélienne à l'attaque est attribuée à une affirmation, accompagnée du hashtag #BibiKnew, selon laquelle Netanyahou aurait ordonné aux forces de défense israéliennes de se retirer le jour même.

«Mais je pense que nous avons trop d'explications solides à cet échec des services de renseignement pour commencer à croire aux théories du complot», a affirmé Bregman.

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Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, "voulait croire que le Hamas n'entrerait pas en guerre, et cette idée s'est propagée jusqu'à l'armée elle-même, et ils ont fini par y croire", explique l'historien israélien Ahron Bregman, basé au Royaume-Uni. (Photo, AFP)

«Il n'était pas dans l'intérêt de Netanyahou d'entrer en guerre. Toute sa stratégie consistait à mettre le Hamas au pouvoir afin de ne pas avoir à mettre en œuvre la solution des deux États», a-t-il jugé.

Le succès de l'attaque n'est pas entièrement dû aux défaillances israéliennes.

«Si l'on se penche sur l'histoire militaire du Hamas, on constate qu'il s'agit d'une organisation capable de s'adapter, et les Israéliens ne l'ont pas compris», a déclaré Bregman.

Il est également clair que, selon «une source proche du Hamas» qui s'est confiée à Reuters, «le Hamas a utilisé une tactique de renseignement sans précédent pour tromper Israël au cours des derniers mois, en donnant publiquement l'impression qu'il n'était pas disposé à entrer dans un combat ou une confrontation avec Israël tout en se préparant à cette opération de grande envergure».

Dans le cadre de ce stratagème, le Hamas s'est abstenu d'attaquer Israël pendant deux ans et a donné l'impression «qu'il se souciait davantage de veiller à ce que les travailleurs de Gaza aient accès à des emplois de l'autre côté de la frontière et qu'il n'avait aucun intérêt à déclencher une nouvelle guerre».

Yossi Mekelberg, professeur de relations internationales et membre associé du programme MENA au sein du groupe de réflexion sur les affaires internationales Chatham House, basé au Royaume-Uni, n'a aucun doute sur le fait que le désastre du 7 octobre fera l'objet d'un compte rendu complet lorsque les combats cesseront enfin.

«Il y a des rumeurs et des fuites, et bien qu'il soit clair qu'il y a eu une défaillance systémique, il est difficile de savoir exactement ce qui s'est passé tant que nous n'aurons pas entendu des témoignages sous serment dans le cadre d'une enquête», a-t-il souligné.

Il a ajouté: «Mais il doit y avoir une enquête, il n'y a pas d'autres options. Lorsque la guerre sera terminée et que de nombreux réservistes seront libérés, ils seront les premiers à demander une enquête, les familles de ceux qui ont été tués le 7 octobre, les familles de ceux qui ont été pris en otage, les familles des soldats qui ont été tués depuis le 7 octobre, ils demanderont tous sans relâche une enquête, et à juste titre.»

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Des Palestiniens regardent les secouristes rechercher les corps de trois militants du Hamas dans un tunnel ciblé par une frappe aérienne israélienne, près de la frontière entre Israël et Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 2 novembre 2013. (Photo, AFP)

Il hésite à prédire l'issue politique de ce désastre pour Netanyahou et son parti de droite, le Likoud: «Qui sait, en politique, mais je serais très surpris s'il n'était pas fini.»

Cinquante ans après Yom Kippour, Israël est à nouveau en état de «choc collectif profond».

Pourtant, en fin de compte, au milieu de la consternation nationale face aux échecs d'Israël avant, pendant et après le 7 octobre, et de l'inquiétude croissante dans le pays et à l'étranger face à l'usage disproportionné de la mort et de la destruction par les forces de défense israéliennes à Gaza, c'est peut-être la réponse israélienne plutôt que l'attaque du Hamas elle-même qui s'avère être un point de basculement dans le cycle apparemment sans fin de la violence.

«Je crois vraiment que nous sommes à la croisée des chemins», a déclaré Mekelberg.

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Le général de division Aharon Haliva, chef de la direction du renseignement militaire de Tsahal, ainsi que le chef de l’agence de sécurité du Shin Bet et chef d’état-major de Tsahal, ont reconnu l’entière responsabilité de l’attaque meurtrière du Hamas. (Photo fournie)

«J'aimerais que les gens tirent la conclusion que les conflits et les effusions de sang ne servent à rien, mais qu'ils ne font qu'accroître la colère, l'amertume et le besoin de vengeance, et qu'il faut que cela change», a-t-il insisté.

«Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est d'un leadership différent, qui suscitera un peu d'espoir, et il pourrait y avoir un avenir bien meilleur tant pour Israël que pour les Palestiniens − et je pense que le potentiel est infini», a soutenu Mekelberg.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Chef de la diplomatie française : il faut donner à l’armée libanaise les « moyens » de désarmer le Hezbollah

Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, tient un point presse à la résidence de l’ambassadeur de France (résidence des Pins) à Beyrouth, le 6 février 2026. (AFP)
Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, tient un point presse à la résidence de l’ambassadeur de France (résidence des Pins) à Beyrouth, le 6 février 2026. (AFP)
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  • La France appelle à renforcer l’armée libanaise pour lui permettre de désarmer le Hezbollah et restaurer le monopole de l’État sur les armes
  • Paris prépare une conférence de soutien à l’armée libanaise le 5 mars, alors que la deuxième phase du désarmement doit débuter au sud du pays

BEYROUTH: Il faut donner à l'armée libanaise les moyens de désarmer le Hezbollah pro-iranien, a affirmé à l'AFP le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot, attendu vendredi à Beyrouth dans le cadre d'une tournée régionale.

"La vision de la France au Liban, c'est celle d'un État fort, souverain, disposant du monopole des armes (...). La première étape pour accomplir cette mission, c'est de donner aux forces armées libanaises les moyens de poursuivre le travail de désarmement du Hezbollah", a déclaré le ministre.

Jean-Noël Barrot a indiqué se rendre à Beyrouth "pour préparer la conférence consacrée au soutien aux forces armées libanaises" que Paris accueille le 5 mars.

Seul groupe libanais armé, le Hezbollah est sorti affaibli de sa dernière guerre avec Israël, qui a pris fin en novembre 2024.

Conformément à l'accord de cessez-le-feu, l'armée libanaise a annoncé début janvier avoir achevé la première phase de son plan de désarmement du Hezbollah, qui couvre la région entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, une trentaine de kilomètres plus au nord.

"Le gouvernement libanais a pris ses responsabilités en engageant et en menant jusqu'à son terme la première phase de ce plan de désarmement", a souligné Jean-Noël Barrot.

"C'est la deuxième phase qui doit désormais s'ouvrir et le plan associé à cette deuxième phase doit être présenté dans les prochains jours, et en tout état de cause avant que la conférence ne se tienne", a-t-il poursuivi.

La deuxième phase du plan concerne le secteur entre le Litani et le fleuve Awali, à une quarantaine de km au sud de Beyrouth. Le Hezbollah affirme refuser de remettre ses armes au nord du Litani.

Le ministre français des Affaires étrangères doit rencontrer vendredi les principaux responsables libanais à Beyrouth, dernière étape d'une tournée qui l'a mené en Syrie et en Irak.


Des attaques de colons en Cisjordanie provoquent des déplacements record depuis octobre 2023

Une photographie montre des drapeaux israéliens et un drapeau du conseil de Gush Etzion sur le nouvel avant-poste de colons israéliens « Yatziv », construit en périphérie de la ville palestinienne de Beit Sahur, en Cisjordanie occupée par Israël. (Archives/AFP)
Une photographie montre des drapeaux israéliens et un drapeau du conseil de Gush Etzion sur le nouvel avant-poste de colons israéliens « Yatziv », construit en périphérie de la ville palestinienne de Beit Sahur, en Cisjordanie occupée par Israël. (Archives/AFP)
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  • Près de 700 Palestiniens ont été déplacés en janvier 2025 en Cisjordanie occupée en raison des violences et du harcèlement de colons israéliens, un niveau inédit depuis le début de la guerre à Gaza, selon l’ONU
  • L’ONU et des ONG dénoncent une impunité systémique, accusant les colons d’agir avec le soutien ou la passivité des autorités israéliennes, dans un contexte d’expansion continue des colonies jugées illégales par le droit international

RAMALLAH, TERRITOIRES PALESTINIENS: Les violences et le harcèlement exercés par des colons israéliens en Cisjordanie occupée ont déplacé près de 700 Palestiniens en janvier, a indiqué l'ONU jeudi, un niveau inédit depuis le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023.

Au moins 694 Palestiniens ont été contraints de quitter leur domicile le mois dernier, selon des chiffres de l'agence humanitaire des Nations unies (Ocha), qui compile des données provenant de diverses agences onusiennes.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a déclaré fin janvier que la violence des colons était devenue un motif clé des déplacements forcés en Cisjordanie.

Les chiffres particulièrement élevés de janvier s'expliquent en partie par le déplacement de la population entière d'un village d'agriculteurs dans la vallée du Jourdain, Ras Ein al-Auja, dont les 130 familles sont parties après des mois de harcèlement.

"Ce qui se passe aujourd'hui, c'est l'effondrement total de la communauté à cause des attaques continues et répétées des colons, jour et nuit, depuis deux ans", avait déclaré à l'AFP en janvier Farhan Jahaleen, un habitant de ce village bédouin.

Des colons israéliens en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967, s'installent sur des terres agricoles utilisées par les Palestiniens et leur en refusent progressivement l'accès, selon un rapport de 2025 de l'ONG israélienne anti-colonisation La Paix Maintenant.

Pour contraindre les Palestiniens à partir, les colons recourent au harcèlement, à l'intimidation et à la violence, "avec le soutien du gouvernement et de l'armée israélienne", selon cette ONG.

"Personne ne met la pression sur Israël ou sur les autorités israéliennes pour arrêter cela, et les colons le ressentent: ils ont le sentiment d'une impunité totale, qu'ils sont libres de continuer", a déclaré Allegra Pacheco, directrice du West Bank Protection Consortium, un groupe d'ONG œuvrant pour soutenir les Palestiniens face aux déplacements.

"Tous les regards sont tournés vers Gaza lorsqu'on parle de la Palestine, alors que nous assistons à un nettoyage ethnique en cours en Cisjordanie et que personne n'y prête attention", a-t-elle déclaré à l'AFP.

L'expansion de la colonisation juive en Cisjordanie est considérée par l'ONU, avec la poursuite des violences, comme l'un des principaux obstacles à la résolution du conflit israélo-palestinien.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales au regard du droit international.


Gaza: 400 tonnes d'aide alimentaire envoyées par la France arrivent en Egypte

L'aide internationale à destination de la bande de Gaza, où la situation humanitaire reste dramatique malgré le cessez-le-feu entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, arrive généralement par les ports égyptiens de Port-Saïd ou d'al-Arich. (AFP)
L'aide internationale à destination de la bande de Gaza, où la situation humanitaire reste dramatique malgré le cessez-le-feu entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, arrive généralement par les ports égyptiens de Port-Saïd ou d'al-Arich. (AFP)
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  • L'aide a été accueillie à Port-Saïd par le gouverneur de cette ville, Mohab Habachi, l'ambassadeur de France au Caire, Eric Chevallier, et le directeur régional du Programme alimentaire mondial (PAM), Samer Abdeljaber
  • Elle a été réceptionnée par le PAM qui doit l'acheminer dans la bande de Gaza

PORT-SAID: Un porte-conteneur transportant près de 400 tonnes d'aide alimentaire envoyée par la France à Gaza est arrivé mercredi sur les côtes égyptiennes, ont annoncé le gouverneur de Port-Saïd et l'ambassade française en Egypte.

L'aide internationale à destination de la bande de Gaza, où la situation humanitaire reste dramatique malgré le cessez-le-feu entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, arrive généralement par les ports égyptiens de Port-Saïd ou d'al-Arich, la ville la plus proche du territoire palestinien, dans le nord de l'Egypte.

L'aide a été accueillie à Port-Saïd par le gouverneur de cette ville, Mohab Habachi, l'ambassadeur de France au Caire, Eric Chevallier, et le directeur régional du Programme alimentaire mondial (PAM), Samer Abdeljaber.

Elle a été réceptionnée par le PAM qui doit l'acheminer dans la bande de Gaza.

L'aide est destinée à "plus de 42.000 enfants âgés de 6 mois à 2 ans", a indiqué l'ambassade française dans un communiqué, sans dire quand la marchandise devait arriver à Gaza.

M. Habachi a assuré dans un communiqué de son bureau que "toutes les dispositions ont été prises pour garantir le passage fluide" du convoi humanitaire français vers Gaza.

"Il est impératif qu'Israël supprime tous les obstacles entravant la capacité de l'ONU et des ONG à acheminer l'aide humanitaire de manière indépendante et neutre dans l'ensemble de la bande de Gaza", a indiqué l'ambassade.

Affrété par la fondation de l'armateur français CMA CGM, le paquebot Tokyo qui transporte l'aide était parti du Havre mi-janvier, selon l'ambassade.

Le point de passage de Rafah --le seul entre Gaza et le monde extérieur qui ne passe pas par Israël-- a rouvert cette semaine au compte-gouttes.

Les autorités israéliennes, qui l'avaient fermé en mai 2024, n'ont pas accepté pour l'heure l'ouverture totale réclamée par les organisations humanitaires pour permettre une entrée massive de l'aide internationale.

Jusqu'à présent, quelques dizaines de Palestiniens l'ont emprunté dans les deux sens, essentiellement des malades ou des blessés évacués vers l'Egypte et accompagnés de leurs proches, ou des habitants de retour après avoir reçu des soins.

Israël et le Hamas s'accusent quotidiennement de violer les termes de l'accord de cessez-le-feu en place depuis le 10 octobre.

Mercredi, des bombardements israéliens ont fait 23 morts dans le territoire palestinien, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Après le cessez-le-feu, le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un organisme de l'ONU basé à Rome, avait déclaré que la famine était terminée à Gaza, mais avait alerté sur des niveaux élevés d'insécurité alimentaire.