L'enfer dans les vestiges du plus grand hôpital de Gaza

Les environs de l'hôpital al-Chifa, le 26 novembre à Gaza (Photo, AFP).
Les environs de l'hôpital al-Chifa, le 26 novembre à Gaza (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 11 décembre 2023

L'enfer dans les vestiges du plus grand hôpital de Gaza

  • Au moins 30.000 personnes sont venues se réfugier dans l'enceinte de l'hôpital, vidé de la quasi-totalité de ses patients
  • Le matériel médical d'al-Chifa a été lourdement endommagé, et il est pratiquement impossible d'y soigner des blessés

GAZA: Des centaines de tentes de fortune se dressent au milieu d'un paysage désolé, entre les tas de gravats et d'ordures, au pied de bâtiments en ruines de l'hôpital al-Chifa, le plus grand de Gaza qui avait été assiégé par l'armée israélienne en novembre.

Au moins 30.000 personnes sont venues se réfugier dans l'enceinte de l'établissement, vidé de la quasi-totalité de ses patients lors d'une incursion de l'armée israélienne débutée le 15 novembre et qui avait duré plusieurs jours.

Les hôpitaux, protégés par le droit international humanitaire, ont été touchés à plusieurs reprises dans la bande de Gaza par des frappes israéliennes depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée après une attaque sans précédent du mouvement palestinien sur le sol israélien le 7 octobre.

Au total, 1.200 personnes, en majorité des civils, ont été tuées ce jour-là, selon les autorités israéliennes. En représailles, Israël, qui veut "anéantir" le Hamas, bombarde la bande de Gaza où des combats au sol ont également lieu.

Plus de 17.900 personnes ont été tuées dans le petit territoire palestinien assiégé, d'après le gouvernement du Hamas.

"Pour votre sécurité, Tsahal vous exhorte à évacuer (...) vers des abris", énonçait samedi le nouveau message envoyé par l'armée israélienne aux habitants du nord de la bande de Gaza, où les conditions humanitaires sont déplorables.

Dimanche, un journaliste de l'AFP s'est entretenu avec des personnes à al-Chifa disant manquer de tout, du lait infantile aux bâches pour se protéger de la pluie et du froid.

Souhail Abou Dhalfa est venu de Shuja'iyya, un quartier de l'est de la ville de Gaza, où les bombardements ne cessaient pas. Sa maison a fini par être touchée et son fils de 20 ans a été blessé. La famille a alors pris la route pour se réfugier dans l'hôpital.

«Bricolé»

"Nous avons bricolé une tente", raconte ce père de famille de 56 ans, "nous ne savons pas s'ils (Israël) prendront à nouveau d'assaut al-Chifa, et peu importe, partout où nous irons, la mort nous suivra".

Près de 1,9 million de personnes, soit près de 80% de la population, ont dû quitter leur logement depuis le début de la guerre, selon l'ONU. Des centaines de milliers de personnes déplacées seraient toujours dans le nord, où les combats font rage.

Mohammed Daloul est arrivé à al-Chifa "avec beaucoup de difficultés" et décrit "des bombardements et des tirs" aux abords de l'hôpital, où il espère néanmoins être "en sécurité".

Selon cet homme de 38 ans, qui a fui avec sa femme et ses trois enfants, les tirs d'artillerie n'ont pas cessé depuis "plusieurs jours".

"Notre vie est devenue un enfer, il n'y a pas d'électricité, pas d'eau, pas de farine, pas de pain, pas de médicaments pour les enfants, qui sont tous malades", explique-t-il à l'AFP en précisant ne trouver ni antalgique ni antipyrétique pour faire retomber la fièvre.

"Nous ne pensons qu'à survivre", lâche-t-il en précisant qu'il n'a rien pu emporter de sa maison d'al-Zaytoun, quartier de la vieille ville de Gaza, entièrement détruite.

«Personne ne nous pleurera»

Le matériel médical de l'hôpital a été lourdement endommagé, selon un journaliste de l'AFP, et il est pratiquement impossible d'y soigner des blessés.

Après la prise du bâtiment par l'armée israélienne mi-novembre, l'état-major a convié des journalistes à venir visiter un tunnel sous le complexe, mais le gain stratégique reste pour l'heure encore flou. Plusieurs personnes, dont le directeur de l'établissement, ont été arrêtées et interrogées.

Raed, qui n'a pas souhaité donner son nom, dort sur une vieille couverture posée sous des escaliers, près de l'ancien service des urgences. Sa famille, qui compte neuf personnes, n'a "pas d'argent" pour une tente.

"Personne ne nous pleurera", dit avec fatalité le jeune homme de 24 ans après un récit détaillé du dangereux périple vers al-Chifa.

Sa soeur Manal, huit ans, est endormie la tête sur une boule de vêtements. Assise à côté d'elle, leur mère garde précieusement une bouteille d'eau entamée, un peu de pain et de fromage fondu.


Le CCG déclare que les hostilités iraniennes compromettent le dialogue et les relations régionales

Photo de groupe lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du CCG à Koweït City, le 2 juin 2025. (File/AFP)
Photo de groupe lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du CCG à Koweït City, le 2 juin 2025. (File/AFP)
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  • Le communiqué indique que la poursuite de l'agression iranienne ne fera qu'accentuer l'isolement de l'Iran
  • Affirmation du droit des États du CCG à se défendre conformément au droit international

LONDRES : Un communiqué du Conseil de coopération du Golfe a déclaré mercredi que les hostilités iraniennes sapaient la confiance et fermaient la porte au dialogue.

Le communiqué souligne que "l'agression ne permet pas d'établir des relations ni de favoriser la compréhension ou le rapprochement".

La déclaration ajoute que la poursuite de l'approche agressive de l'Iran ne fera qu'accentuer son isolement, avertissant que de telles politiques affaiblissent la stabilité régionale.

Elle précise également que la porte de la compréhension reste ouverte à ceux "qui choisissent le langage de la sagesse et du bon voisinage".

Le Conseil a réaffirmé son entière solidarité avec le Bahreïn, le Koweït et la Jordanie, soulignant que la sécurité des États du Golfe est indivisible et que toute attaque contre un membre constitue une attaque contre tous.

Le Conseil a condamné les actions de l'Iran, a tenu Téhéran pour responsable de leurs conséquences sur la sécurité régionale, la navigation internationale et l'approvisionnement en énergie, et a appelé la communauté internationale à demander des comptes aux responsables.

Il a également affirmé le droit des États du CCG à se défendre conformément au droit international et à la charte des Nations unies.

Cette déclaration a été faite alors que les ministres des affaires étrangères du CCG participaient à la 167e session du conseil ministériel du CCG à Bahreïn.

La réunion du CCG pour les États arabes du Golfe s'est tenue à Manama sous la présidence du ministre des affaires étrangères de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al-Zayani.


Liban: au moins 12 morts dans des frappes israéliennes dans le sud

Un ambulancier court devant des voitures calcinées qui ont été touchées lors d'une frappe aérienne israélienne à Sidon, dans le sud du Liban, mercredi. (AP)
Un ambulancier court devant des voitures calcinées qui ont été touchées lors d'une frappe aérienne israélienne à Sidon, dans le sud du Liban, mercredi. (AP)
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  • Malgré l'annonce le 4 juin d'un accord entre Israël et le Liban pour un nouveau cessez-le-feu, l'armée israélienne poursuit ses raids sur le pays, et le Hezbollah revendique des attaques quotidiennes contre ses forces dans le sud
  • "Israël n’est pas en guerre contre vous. Nous sommes en guerre contre le Hezbollah, qui a pris votre pays en otage (...) Nous aspirons à la paix avec vous, avec le Liban (...). Rejoignez Israël"

BEYROUTH: Israël a poursuivi mercredi ses frappes au Liban, faisant au moins 12 morts, selon une source médicale à l'AFP, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, appelant les Libanais à "rejoindre" la lutte de son pays contre le Hezbollah pro-iranien.

L'armée israélienne a en outre arrêté et enlevé en Israël, pour interrogatoire, deux habitants d'un village frontalier du sud, avant leur remise en liberté dans la soirée.

Malgré l'annonce le 4 juin d'un accord entre Israël et le Liban pour un nouveau cessez-le-feu, l'armée israélienne poursuit ses raids sur le pays, et le Hezbollah revendique des attaques quotidiennes contre ses forces dans le sud.

"Israël n’est pas en guerre contre vous. Nous sommes en guerre contre le Hezbollah, qui a pris votre pays en otage (...) Nous aspirons à la paix avec vous, avec le Liban (...). Rejoignez Israël", a déclaré M. Netanyahu dans un message en anglais adressé au peuple libanais.

Dans le même temps, Donald Trump a douché mercredi les espoirs d'un accord avec Téhéran pour mettre fin à la guerre régionale. Il a affirmé que son armée allait "attaquer" l'Iran dès mercredi, l'accusant de duplicité.

Dans le sud, près de Tyr, huit personnes ont été tuées dans des frappes sur le village de Tayr Debba et quatre autres dans la localité de Deir Qanoun an-Nahr, a indiqué une source médicale à l'AFP.

L'Agence nationale d'information (Ani, officielle) a aussi rapporté d'autres bombardements sur une trentaine de localités dans le sud et l'est du Liban, dont trois villages méridionaux dont Israël avait ordonné plus tôt l'évacuation.

La veille, de violents raids sur la ville de Tyr avaient fait 11 morts et Israël avait ordonné à l'ensemble des habitants de la ville millénaire et de ses environs d'évacuer, provoquant un exode précipité.

Plus au nord, une frappe israélienne a visé une voiture dans le centre de la grande ville côtière de Saïda, porte du sud du Liban, a indiqué l'Ani.

Un correspondant de l'AFP y a vu des secours retirer deux personnes d'un véhicule en feu.

Villages chrétiens isolés 

De son côté, le Hezbollah a revendiqué de nouvelles attaques contre des troupes israéliennes dans des localités qu'elles occupent dans le sud.

Dans la zone frontalière, une patrouille israélienne a enlevé "un membre du conseil municipal de Kfar Chouba et un employé de la municipalité alors qu'ils effectuaient des travaux de pompage d'eau", selon l'Ani.

L'armée israélienne a indiqué pour sa part avoir interpellé et "transféré sur le territoire israélien pour y être interrogés", deux "suspects" qui "s'étaient approchés de la zone où les soldats israéliens mènent des opérations".

La municipalité de Kfar Chouba a annoncé qu'ils étaient revenus libres au village dans la soirée. Affirmant qu'ils "n'avaient aucune intention de s’approcher des forces israéliennes", elle a condamné un "acte hostile envers deux innocents qui accomplissaient une mission humanitaire".

Kfar Chouba est l'un des rares villages frontaliers dont les habitants sont restés malgré les ordres d'évacuation de l'armée israélienne, qui occupe désormais une partie du sud du pays.

Parmi ces villages figure une poignée de localités chrétiennes, dont les représentants ont appelé mardi soir l'État libanais à "ouvrir des couloirs humanitaires".

Le communiqué du "Rassemblement des villages chrétiens frontaliers" souligne que les routes les desservant sont désormais "coupées ou extrêmement dangereuses".

Depuis le début, le 2 mars, de la nouvelle guerre au Liban entre le Hezbollah et Israël, les frappes israéliennes ont fait 3.696 morts, selon le dernier bilan des autorités.

Le mouvement chiite a entraîné le Liban dans cette guerre régionale pour soutenir l'Iran, qui exige que tout accord de paix avec Washington inclut la fin des hostilités sur le front libanais.


Liban: les «négociations directes» avec Israël, seule voie pour sortir de la guerre 

Jean-Pierre Lacroix (à droite), sous-secrétaire général des Nations unies chargé des opérations de paix, serre la main du ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, lors d'une rencontre à Beyrouth le 7 janvier 2026. (AFP)
Jean-Pierre Lacroix (à droite), sous-secrétaire général des Nations unies chargé des opérations de paix, serre la main du ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, lors d'une rencontre à Beyrouth le 7 janvier 2026. (AFP)
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  • "La prétendue résistance menée par le Hezbollah (pro-iranien) n'a ni libéré Jérusalem, ni pu sauver Gaza, n'a même pas pu défendre le Liban"
  • "Au contraire, ça nous a précipité dans encore plus de violence, encore plus d'occupation (israélienne)"

PARIS: Les "négociations directes" entre le gouvernement libanais et Israël sont "la seule voie" pour rétablir la paix au Liban, a estimé mercredi le ministre libanais des Affaires étrangères lors d'une audition devant l'Assemblée nationale française.

"Le Hezbollah fait tout ce qu'il peut pour empêcher ces négociations directes", a déploré Youssef Raggi, entendu par la Commission des Affaires étrangères. "Mais pour l'Etat libanais, pour le gouvernement, c'est la seule voie pour essayer de voir comment régler le problème dans sa globalité", a-t-il ajouté, appelant au pragmatisme et soulignant que l'option militaire avait "prouvé son inefficacité".

"La prétendue résistance menée par le Hezbollah (pro-iranien) n'a ni libéré Jérusalem, ni pu sauver Gaza, n'a même pas pu défendre le Liban", a également affirmé le ministre libanais, violemment hostile au Hezbollah et à son parrain iranien.

"Au contraire, ça nous a précipité dans encore plus de violence, encore plus d'occupation (israélienne)".

Il a en outre jugé "absurde" l'argumentaire du Hezbollah qui dit défendre "le pays contre l'invasion et contre l'occupation israélienne" puisque Israël a assuré n'avoir "aucune ambition territoriale sur le Liban".

Israël occupe une partie du sud du Liban le long de sa frontière, et a avancé en profondeur dans le Liban comme jamais en près de 30 ans depuis le début de cette nouvelle guerre.

Le ministre a enfin avancé qu'il ne s'agissait pas de désarmer le Hezbollah "pour faire plaisir aux Etats-Unis, ni aux Arabes, ni à la communauté internationale". C'est une demande, c'est une exigence purement libanaise" - également réclamée avec force par Israël.

"Nous voulons que le Hezbollah, comme toutes les autres petites organisations qui lui sont alliées (...) soient désarmées pour que nous puissions enfin vivre dans un pays normal".

Le Hezbollah a entraîné le 2 mars le Liban dans la guerre pour soutenir l'Iran attaqué par les Etats-Unis et Israël.

Les frappes israéliennes ont depuis fait 3.666 morts, selon le dernier bilan des autorités libanaises.