Ce que la mort d'otages détenus par le Hamas révèle sur les règles d'engagement de l'armée israélienne

Trois otages enlevés dans des communautés israéliennes près de la frontière de Gaza, de gauche à droite: Alon Shamriz, Samer al-Talalka et Yotam Haim. Les troupes israéliennes ont abattu par erreur les trois otages. (Photo, AFP)
Trois otages enlevés dans des communautés israéliennes près de la frontière de Gaza, de gauche à droite: Alon Shamriz, Samer al-Talalka et Yotam Haim. Les troupes israéliennes ont abattu par erreur les trois otages. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 23 décembre 2023

Ce que la mort d'otages détenus par le Hamas révèle sur les règles d'engagement de l'armée israélienne

  • Alon Shamriz, Samer al-Talalka et Yotam Haim ont été abattus par erreur par l'armée israélienne le 15 décembre
  • Les critiques affirment que l'incident mortel est révélateur d'un manque de discipline et d'un mépris persistant pour la vie des civils

LONDRES: L'armée israélienne fait face à de nouvelles accusations selon lesquelles elle continue à ne pas respecter les règles d'engagement pendant la guerre à Gaza, après que ses troupes ont abattu trois otages israéliens la semaine dernière.

Les critiques ont estimé que cette erreur était le résultat inévitable du recours excessif à la violence par les forces de défense israéliennes (FDI), ou peut-être de l'indiscipline.

Le fait que les trois hommes aient été tués par des sauveteurs potentiels de leur propre camp est déjà une tragédie. Mais le fait que les troupes israéliennes aient jugé acceptable d'ouvrir le feu sur des individus non armés, qui avaient les mains levées et agitaient le drapeau blanc de la reddition, met en lumière le déroulement brutal de la guerre.

Lorsqu'ils ont été tués dans le quartier de Shejaiya, à Gaza, le 15 décembre, les trois hommes − Alon Shamriz, Samer al-Talalka et Yotam Haim − criaient à l'aide en hébreu et agitaient un drap blanc portant les lettres «SOS» en s'approchant des soldats. 

Les forces de défense israéliennes ont rapidement dénoncé les meurtres comme une violation de ses propres règles d'engagement et ont déclaré que les trois hommes avaient été «identifiés par erreur comme une menace». Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a exprimé sa «profonde tristesse» à la suite de leur mort.

Cependant, Avi Shamriz, le père de l'un des hommes tués, a déclaré à NBC News que les tirs indiquaient que la guerre était menée sans tenir compte de la sécurité et du bien-être des otages.

Environ 250 personnes ont été capturées lorsque les militants du Hamas ont attaqué le sud d'Israël le 7 octobre, tuant 1 139 personnes, pour la plupart des civils, selon des chiffres israéliens actualisés.

Plus de 100 otages israéliens et étrangers ont été libérés en échange de 240 prisonniers palestiniens au cours d'une trêve d'une semaine le mois dernier, avec la médiation du Qatar et de l'Égypte.

Alors que des manifestations ont eu lieu à Tel Aviv pour protester contre la gestion de la crise des otages par le gouvernement, Herzi Halevi, chef de l'état-major général d'Israël, a clarifié les règles d'engagement en cas de reddition.

«Vous voyez deux personnes qui ont les mains en l'air et pas de chemise, prenez deux secondes», a indiqué Halevi aux soldats en référence à l'incident de la fusillade, au cours duquel les trois hommes avaient enlevé leur chemise afin de montrer qu'ils ne portaient pas de gilet pare-balles.

«Et s'il s'agit de deux Gazaouis avec un drapeau blanc? Devons-nous tirer? Absolument pas. Même ceux qui se sont battus mais qui maintenant déposent leurs armes et lèvent les mains, nous les capturons, nous ne tirons pas sur eux», a-t-il précisé.

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Des personnes se joignent aux membres des familles des otages détenus par le Hamas alors qu'ils se rassemblent pour manifester devant le domicile du Secrétaire général de l'ONU António Guterres, le 15 décembre 2023 à New York. (Photo, AFP)

Malgré ces assurances, les critiques indiquent que l'incident au cours duquel les otages ont été tués est conforme aux antécédents controversés des FDI en matière de recours à la force et à la priorité accordée à la sécurité des Israéliens à Gaza et dans d'autres territoires palestiniens occupés.

Citant des données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, des sources ont déclaré à Arab News que ce comportement des forces militaires israéliennes avait entraîné la mort de plus de 5 300 Palestiniens, en grande partie causée par des bombes et des balles, entre 2008 et un mois avant le début du conflit actuel.

Muhannad Ayyash, professeur de sociologie à l'université Mount Royal de Calgary, au Canada, a révélé qu'il était bien connu que l'armée israélienne jouait rapidement avec les règles d'engagement avant l'attaque du Hamas du 7 octobre.

Sur la base de témoignages d'officiers israéliens, Ayyash a affirmé que ces règles ont encore été assouplies depuis le début du conflit actuel, afin de «permettre aux soldats de faire moins de vérifications avant de tirer sur des ennemis présumés», notamment dans des cas de reddition apparente.

«Je fais confiance aux rapports de ces officiers, sur la base des faits que nous avons observés depuis  lors», a signalé Ayyash à Arab News.

«Par exemple, des snipers tirent sur des civils, en particulier dans des hôpitaux, et on a signalé au moins une exécution massive de femmes, d'enfants et de bébés qui se trouvaient à l'intérieur d'une école, ainsi que de nombreux autres exemples», a-t-il indiqué.

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Cette photo diffusée par l'armée israélienne le 17 décembre 2023 montre un panneau de fortune portant l'inscription en hébreu «Au secours, 3 otages». Les restes de nourriture des trois otages israéliens qui ont été tués par erreur par les forces israéliennes ont été trouvés après des recherches dans un bâtiment adjacent à l'endroit où l'incident a eu lieu. (Photo, AFP/ l'armée israélienne)

Ayyash et d'autres ont établi un lien direct entre le meurtre accidentel d'otages israéliens par les FDI et la volonté apparente du personnel de tirer sur des Palestiniens qui ne représentent aucune menace.

Parmi ces incidents, citons les fusillades d'Eyad Hallaq, un homme de 32 ans atteint d'autisme, en mai 2020, et de la journaliste Shireen Abu Akleh en mai 2022.

L'organisation israélienne de défense des droits de l'Homme B'Tselem accuse également les troupes israéliennes d'avoir «exécuté illégalement» deux Palestiniens, dont l'un était hors d'état de nuire et l'autre non armé, lors d'un raid en Cisjordanie.

Roy Yellin, directeur de l'action publique de B'Tselem, a déclaré au magazine Time que l'assassinat des trois otages israéliens le 15 décembre était «déchirant mais pas surprenant».

Au fil des ans, son organisation a documenté «d'innombrables incidents au cours desquels des personnes qui s'étaient clairement rendues ont tout de même été abattues», en violation de toutes les règles de la guerre, et sans que les responsables soient vraiment punis afin de dissuader et aider à prévenir d'autres incidents.

Cependant, Kobi Michael, chercheur principal à l'Institut d'études de sécurité nationale, un groupe de réflexion indépendant affilié à l'université de Tel-Aviv, et à l'Institut Misgav de sécurité nationale, a rejeté les affirmations selon lesquelles ces incidents font partie de la procédure opérationnelle standard des FDI.

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Des Palestiniens transportent un civil israélien capturé du kibboutz Kfar Azza, près de la frontière de Gaza, vers la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AP)

«Ce qui s'est passé à Shejaiya vendredi est une exception à la règle, une exception très douloureuse, et je pense que tout le monde comprend qu'il s'agit d'une erreur, d'une violation du règlement», a-t-il déclaré à Arab News.

«Mais cela n'indique pas que les FDI font preuve d'un mépris généralisé. Nous devons le comprendre dans son contexte. Nous parlons d'un incident dans un endroit où 10 soldats israéliens et un commandant supérieur ont été tués», a-t-il ajouté.

«Il s'agit d'une zone remplie de combattants du Hamas qui font tout leur possible pour confondre les soldats de Tsahal par la tromperie. Les soldats ont moins d'une seconde pour décider de tirer ou de ne pas tirer. C'est quelque chose qui ne correspond pas aux règles d'engagement israéliennes», a expliqué Michael.

Il a ajouté que l'armée israélienne «se conforme au droit de la guerre» et s'efforce de minimiser les pertes civiles, même au détriment de ses propres troupes.

Hassan Ben Imran, membre du conseil d'administration de l'organisation de défense des droits de l'Homme Law For Palestine, basée au Royaume-Uni, n'est pas convaincu par cette évaluation.

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Des Palestiniens évacuent un site touché par un bombardement israélien à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, mercredi 20 décembre 2023. (Photo, AP)

«De telles réponses ressemblent à celles que l'on trouve dans un guide qu'ils lisent tous» plutôt que de refléter la réalité sur le terrain, a éclairci Imran à Arab News.

Les témoignages d'anciens soldats des FDI, recueillis par le groupe d'anciens combattants israéliens Breaking the Silence, indiquent également que les incidents au cours desquels les règles d'engagement n'ont pas été respectées sont plus fréquents et plus répandus que le gouvernement israélien ou son armée ne veulent bien l'admettre.

Avner Gvaryahu, qui dirige le groupe, a déclaré au magazine Time qu'il était «sceptique» quant à la déclaration des FDI selon laquelle les trois otages israéliens ont été tués en «violation des règles d'engagement».

Il a souligné que les récits de soldats ayant servi lors de précédentes campagnes militaires dans la bande de Gaza indiquaient qu'une fois que les FDI considèrent qu'une zone a été «nettoyée des civils», les soldats ont pour instruction de «tirer sur tout ce qui bouge».

Les FDI avaient cherché à évacuer les civils de la zone dans laquelle Shamriz, Al-Talalka et Haim ont été tués, déclarant qu'il s'agit d'une zone de combat active. La raison pour laquelle les trois hommes se trouvaient là n'est pas claire, une théorie voulant qu'ils aient réussi à échapper à leurs ravisseurs.

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Cette photo diffusée par l'armée israélienne le 21 décembre 2023 montre des soldats opérant dans la bande de Gaza, alors que les combats se poursuivent entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas. (Photo, AFP/ l'armée israélienne)

«Quiconque pense qu'il est facile pour les soldats de prendre des décisions en une fraction de seconde dans le chaos des combats urbains est naïf», a déclaré à Arab News Geoffrey Corn, titulaire de la chaire de droit pénal et directeur du Centre de droit militaire et de politique de l'Université Texas Tech.

«La réalité, c'est que des erreurs se produisent tout le temps en temps de guerre et que, malheureusement, des violations délibérées des règles se produisent aussi parfois», a-t-il estimé.

«Il est impossible de savoir à ce stade où se situe cet incident dans ce continuum, mais peu importe, il s'agit d'une tragédie. S'il s'agit d'une erreur, il est important de reconnaître que le mépris généralisé des règles de la guerre par le Hamas a très certainement influencé la réaction des soldats israéliens à ce qu'ils ont vu et entendu», a-t-il ajouté.

«C'est pourquoi la trahison et la violation des règles de la guerre dans le but d'obtenir un avantage en exploitant le respect de ces règles constituent en soi une violation du droit international humanitaire», a expliqué Corn.

S'exprimant lors d'un événement organisé mardi, le président américain, Joe Biden, a déclaré qu'il reconnaissait que les FDI étaient confrontées à un ennemi n'ayant qu'un seul objectif: «l'élimination, par le terrorisme, de l'ensemble de l'État d'Israël».

Mais malgré ce qu'il a qualifié de «charges supplémentaires», il a soutenu que les forces israéliennes devaient faire la distinction entre les membres du Hamas et les civils palestiniens, et les a exhortées à réduire au minimum le nombre de morts parmi les non-combattants.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Kurde Nizar Amedi élu président de l'Irak, Al-Maliki pressenti pour Premier ministre

Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Nizar Amedi a prêté serment après avoir obtenu la majorité des voix des députés, selon une retransmission en direct du vote par la chaîne officielle Al-Iraqiya. Il succède Abdel Latif Rachid
  • Agé de 58 ans, il était le candidat de l'une des deux principales formations kurdes, le Parti de l’Union patriotique du Kurdistan

BAGDAD: Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient.

Conformément au système de partage du pouvoir en vigueur en Irak, la présidence de la République, un poste largement honorifique, est attribuée à un Kurde, la fonction de Premier ministre à un chiite et la présidence du Parlement à un sunnite.

Nizar Amedi a prêté serment après avoir obtenu la majorité des voix des députés, selon une retransmission en direct du vote par la chaîne officielle Al-Iraqiya. Il succède Abdel Latif Rachid.

Agé de 58 ans, il était le candidat de l'une des deux principales formations kurdes, le Parti de l’Union patriotique du Kurdistan.

M. Amedi a été ministre de l’Environnement entre 2022 et 2024 dans le gouvernement du Premier ministre sortant Mohammed Chia al-Soudani.

Il a également été conseiller des anciens présidents de la République, Jalal Talabani, Fouad Massoum et Barham Saleh.

Après les élections législatives de novembre, la date de l'élection du président avait été fixée à janvier mais avait été reportée deux fois en raison de désaccords politiques, reculant d'autant la nomination d'un Premier ministre.

Le président dispose désormais de 15 jours pour nommer un Premier ministre, qui devrait être Nouri al-Maliki.

Déjà deux fois consécutives à ce poste (entre 2006 et 2014), M. Maliki avait reçu en janvier l'appui de la principale alliance chiite du pays, le Cadre de coordination, qui détient la majorité au Parlement et a des liens avec Téhéran, pour redevenir Premier ministre.

Ce probable retour au pouvoir de M. Maliki avait suscité de vives inquiétudes à Washington.

M. Maliki avait dans un premier temps bénéficié du soutien américain après l'invasion de 2003 et la chute de Saddam Hussein, mais s'était brouillé avec Washington après s'être rapproché de l'Iran.

L'Irak a longtemps été un terrain de confrontation par procuration entre les Etats-Unis et l'Iran, les gouvernements successifs négociant un équilibre délicat entre ses deux partenaires, eux-même ennemis.

Les Etats-Unis et l'Iran ont entamé samedi à Islamabad des négociations pour tenter d'obtenir une trêve durable après plusieurs semaines de guerre au Moyen-Orient.

L'Irak a été happé par le conflit, des groupes pro-iraniens attaquant des intérêts américains dans le pays et ces mêmes groupes étant l'objet de frappes imputées aux Etats-Unis et à Israël.


Le Liban dit œuvrer pour un retrait israélien total, nouvel incident visant les Casques bleus 

Des soldats israéliens ont percuté dimanche "à deux reprises" des véhicules des Casques bleus avec un char Merkava, causant "des dégâts significatifs" à l'un des véhicules, a annoncé dans un communiqué la force de l'ONU, présente dans le sud du pays depuis 1978, date de la première invasion israélienne. (AFP)
Des soldats israéliens ont percuté dimanche "à deux reprises" des véhicules des Casques bleus avec un char Merkava, causant "des dégâts significatifs" à l'un des véhicules, a annoncé dans un communiqué la force de l'ONU, présente dans le sud du pays depuis 1978, date de la première invasion israélienne. (AFP)
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  • Au moins six personnes sont mortes dimanche dans de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays, a précisé le ministère de la Santé, dont un secouriste de la Croix-Rouge libanaise
  • L'organisation a indiqué que son équipe avait été "directement visée par un drone israélien" alors qu'elle menait une mission humanitaire et que le logo de la Croix-Rouge était visible

BEYROUTH: Le Premier ministre du Liban, Nawaf Salam, a assuré dimanche œuvrer pour un retrait israélien total du territoire, alors que son homologue israélien Benjamin Netanyahu venait d'annoncer la poursuite de la guerre à ses troupes dans le sud du Liban.

Au moins six personnes sont mortes dimanche dans de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays, a précisé le ministère de la Santé, dont un secouriste de la Croix-Rouge libanaise.

L'organisation a indiqué que son équipe avait été "directement visée par un drone israélien" alors qu'elle menait une mission humanitaire et que le logo de la Croix-Rouge était visible.

Le secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), Jagan Chapagain, s'est dit "consterné et attristé" par la mort d'un deuxième volontaire de la Croix-Rouge libanaise en quelques semaines.

Le ministère a lui dénoncé "une nouvelle violation du droit international humanitaire", précisant qu'un secouriste avait été également blessé dans la frappe, à Beit Yahoun.

Le ministère "engagera des poursuites judiciaires au niveau international afin de garantir que les responsables de ces crimes répondent de leurs actes", a-t-il ajouté, dans un communiqué.

Israël accuse régulièrement le Hezbollah d'utiliser des ambulances à des fins militaires, sans fournir de preuves à ces accusations.

Au total, plus de 80 secouristes et personnels de santé ont été tués dans des frappes israéliennes depuis le début de la guerre, selon les autorités.

"Nous allons œuvrer pour arrêter cette guerre et obtenir le retrait israélien de l'ensemble de notre territoire", a déclaré Nawaf Salam dans un discours télévisé aux Libanais, à la veille de la commémoration du début de la guerre civile (1975-1990).

"Nous continuons nos efforts (...) en négociant pour arrêter la guerre", a-t-il ajouté.

Mardi, des responsables libanais, israéliens et américains doivent se rencontrer à Washington pour des pourparlers directs, une initiative rejetée par la formation pro-iranienne Hezbollah.

Lors d'une visite dans le sud du Liban, sa première depuis le début de la guerre le 2 mars contre le Hezbollah, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré: "la guerre continue, y compris dans la zone de sécurité au Liban".

"Nous avons contrecarré la menace d'une invasion à partir du Liban grâce à cette zone de sécurité", a-t-il ajouté, après avoir fait état la veille de la création "d'une zone tampon de sécurité de huit à dix kilomètres" à l'intérieur du territoire libanais pour protéger Israël des attaques du Hezbollah.

Nouvel incident visant les Casques bleus 

La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a dénoncé pour sa part un nouvel incident visant les Casques bleus.

Des soldats israéliens ont percuté dimanche "à deux reprises" des véhicules des Casques bleus avec un char Merkava, causant "des dégâts significatifs" à l'un des véhicules, a annoncé dans un communiqué la force de l'ONU, présente dans le sud du pays depuis 1978, date de la première invasion israélienne.

Israël, qui a annoncé que la fragile trêve au Moyen-Orient ne s'appliquait pas au Liban, a continué à bombarder le pays.

Une trentaine de localités du sud et quelques unes dans la Békaa (est), ont été visées dimanche, a affirmé l'Agence nationale d'information (Ani).

Une frappe israélienne sur le village de Qana (sud) a tué au moins cinq personnes et en a blessé 25 autres, a indiqué le ministère de la Santé.

Un photographe de l'AFP y a vu d'importantes destructions et une pelleteuse qui dégageait des gravats, pendant que des secouristes évacuaient un corps des décombres.

"Notre centre de secours a été touché et a été complètement détruit, avec tout ce qu'il contenait, notamment des lits et des équipements médicaux", a raconté à Bazouriyeh (sud) Hassan Berro, un secouriste de l'association Risala affiliée au mouvement Amal, parti allié du Hezbollah.

Un correspondant de l'AFP y a vu des vitres brisées et des lits médicalisés recouverts de débris dans le bâtiment endommagé.

L'armée israélienne a accusé le Hezbollah d'utiliser le complexe hospitalier de cette ville "à des fins militaires".

Les frappes israéliennes au Liban ont tué 2.055 personnes et en ont blessé plus de 6.500 autres depuis le début de la guerre entre le Hezbollah et Israël, a indiqué dimanche le ministère de la Santé.


Léon XIV est arrivé en Algérie pour une visite historique, la première d'un pape dans le pays 

La basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger. (AFP)
La basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger. (AFP)
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  • Première étape d'une grande tournée dans quatre pays d'Afrique, le pape américain se rend en Algérie pendant deux jours "pour continuer à construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman "
  • Le pape américain est arrivé peu avant 10H00 locales (09H00 GMT) à l'aéroport d'Alger et doit rendre hommage aux victimes algériennes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-1962)

ALGER: Léon XIV est arrivé lundi matin en Algérie pour une visite de deux jours hautement symbolique, la première d'un pape dans ce pays à majorité musulmane, terre natale de Saint Augustin, a constaté l'AFP à bord de l'avion papal.

Le pape américain est arrivé peu avant 10H00 locales (09H00 GMT) à l'aéroport d'Alger et doit rendre hommage aux victimes algériennes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-1962).

Une visite historique 

Le pape Léon XIV est parti lundi matin pour un voyage historique en Algérie, marquant le début d'une tournée de onze jours en Afrique, premier voyage international de son pontificat mais qui risque d'être éclipsé par les critiques du président américain Donald Trump.

Son avion a décollé peu après 07H00 GMT de l'aéroport romain de Fiumicino.

Première étape d'une grande tournée dans quatre pays d'Afrique, le pape américain se rend en Algérie pendant deux jours "pour continuer à construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman ", a déclaré à l'AFP l'archevêque d'Alger, le cardinal Jean-Paul Vesco.

Ce déplacement revêt aussi une forte dimension personnelle pour le pape américain: il marchera dans les pas de Saint Augustin, grand penseur chrétien du IVe siècle dont l'héritage spirituel irrigue son pontificat.

Dans un contexte international tendu par la guerre au Moyen-Orient, la coexistence pacifique sera au cœur du message du pape dans ce pays de 47 millions d'habitants, où l'islam sunnite est religion d'Etat.

Sa récente allocution antiguerre lui a valu dimanche soir une diatribe de Donald Trump: "Je ne suis pas un grand fan du pape Léon (...), c'est un homme qui ne croit pas à la lutte contre la criminalité", a déclaré le président américain à la presse. Puis d'ajouter sur son réseau Truth Social: "Je ne veux pas d'un pape qui critique le président des Etats-Unis" - même si celui-ci n'avait nommé personne dans son discours.

Première grande tournée 

Attendu à 10H00 (09H00 GMT) à Alger, Léon XIV sera accueilli avec les honneurs. Il rendra d'abord hommage, devant le monument des martyrs, aux victimes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-62), un geste de reconnaissance de la douloureuse histoire nationale.

Dans la foulée, il sera reçu par le président Abdelmadjid Tebboune et prononcera un premier discours devant les autorités et le corps diplomatique.

L'après-midi, il visitera la Grande Mosquée, complexe monumental au plus haut minaret du monde (267 m), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger.

Au cours d'une célébration à dimension interreligieuse mêlant chrétiens et musulmans, le chef des 1,4 milliard de catholiques y lancera un appel à la fraternité dans le pays où les catholiques représentent moins de 0,01 % de la population.

Ce déplacement ouvre la première grande tournée internationale du pape de 70 ans, qui le conduira ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale (13-23 avril), un marathon de 18.000 km à l'agenda très dense.

Fleurs et travaux 

Pour cette visite historique, Alger a sorti ses plus beaux atours, et l'ambiance des grands jours règne dans la capitale algérienne.

Les murs de certaines façades ont été rafraîchis, des routes refaites à neuf, des espaces verts agrémentés de plantes et de grands pots de fleurs déposés sur une partie du parcours.

Dans certains quartiers, comme celui de Bab El Oued, les travaux se sont poursuivis pendant la nuit, créant parfois des embouteillages à des heures tardives.

Des barrières ont été posées le long du parcours qu'empruntera le souverain pontife. Aucun bain de foule n'est cependant prévu dans la capitale et la fameuse papamobile, ce véhicule blanc emblématique, restera à l'aéroport, selon le site d'information Casbah Tribune.

Lundi, Léon XIV se recueillera aussi en privé dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002), symbole du prix payé par les religieux engagés dans le dialogue avec l'islam.

Mais aucun déplacement n'est prévu au monastère de Tibhirine, dont les moines furent enlevés et assassinés en 1996, un épisode encore entouré de zones d'ombre.

Dans un pèlerinage à la dimension plus personnelle, le pape se rendra mardi à Annaba (est), près de la frontière tunisienne, l'antique Hippone dont Saint Augustin (354-430) fut l'évêque.

Dans son premier discours en tant que pape, depuis le balcon de la basilique Saint‑Pierre, Léon XIV s'était présenté comme "un fils de Saint Augustin" en référence à l'ordre qui porte son nom.

Avant son élection à la tête de l'Eglise catholique en mai 2025, Robert Francis Prevost s'était rendu deux fois en Algérie, en tant que responsable de cet ordre, fondé au XIIIe siècle sur des préceptes de vie commune et de partage.