Ce que la mort d'otages détenus par le Hamas révèle sur les règles d'engagement de l'armée israélienne

Trois otages enlevés dans des communautés israéliennes près de la frontière de Gaza, de gauche à droite: Alon Shamriz, Samer al-Talalka et Yotam Haim. Les troupes israéliennes ont abattu par erreur les trois otages. (Photo, AFP)
Trois otages enlevés dans des communautés israéliennes près de la frontière de Gaza, de gauche à droite: Alon Shamriz, Samer al-Talalka et Yotam Haim. Les troupes israéliennes ont abattu par erreur les trois otages. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 23 décembre 2023

Ce que la mort d'otages détenus par le Hamas révèle sur les règles d'engagement de l'armée israélienne

  • Alon Shamriz, Samer al-Talalka et Yotam Haim ont été abattus par erreur par l'armée israélienne le 15 décembre
  • Les critiques affirment que l'incident mortel est révélateur d'un manque de discipline et d'un mépris persistant pour la vie des civils

LONDRES: L'armée israélienne fait face à de nouvelles accusations selon lesquelles elle continue à ne pas respecter les règles d'engagement pendant la guerre à Gaza, après que ses troupes ont abattu trois otages israéliens la semaine dernière.

Les critiques ont estimé que cette erreur était le résultat inévitable du recours excessif à la violence par les forces de défense israéliennes (FDI), ou peut-être de l'indiscipline.

Le fait que les trois hommes aient été tués par des sauveteurs potentiels de leur propre camp est déjà une tragédie. Mais le fait que les troupes israéliennes aient jugé acceptable d'ouvrir le feu sur des individus non armés, qui avaient les mains levées et agitaient le drapeau blanc de la reddition, met en lumière le déroulement brutal de la guerre.

Lorsqu'ils ont été tués dans le quartier de Shejaiya, à Gaza, le 15 décembre, les trois hommes − Alon Shamriz, Samer al-Talalka et Yotam Haim − criaient à l'aide en hébreu et agitaient un drap blanc portant les lettres «SOS» en s'approchant des soldats. 

Les forces de défense israéliennes ont rapidement dénoncé les meurtres comme une violation de ses propres règles d'engagement et ont déclaré que les trois hommes avaient été «identifiés par erreur comme une menace». Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a exprimé sa «profonde tristesse» à la suite de leur mort.

Cependant, Avi Shamriz, le père de l'un des hommes tués, a déclaré à NBC News que les tirs indiquaient que la guerre était menée sans tenir compte de la sécurité et du bien-être des otages.

Environ 250 personnes ont été capturées lorsque les militants du Hamas ont attaqué le sud d'Israël le 7 octobre, tuant 1 139 personnes, pour la plupart des civils, selon des chiffres israéliens actualisés.

Plus de 100 otages israéliens et étrangers ont été libérés en échange de 240 prisonniers palestiniens au cours d'une trêve d'une semaine le mois dernier, avec la médiation du Qatar et de l'Égypte.

Alors que des manifestations ont eu lieu à Tel Aviv pour protester contre la gestion de la crise des otages par le gouvernement, Herzi Halevi, chef de l'état-major général d'Israël, a clarifié les règles d'engagement en cas de reddition.

«Vous voyez deux personnes qui ont les mains en l'air et pas de chemise, prenez deux secondes», a indiqué Halevi aux soldats en référence à l'incident de la fusillade, au cours duquel les trois hommes avaient enlevé leur chemise afin de montrer qu'ils ne portaient pas de gilet pare-balles.

«Et s'il s'agit de deux Gazaouis avec un drapeau blanc? Devons-nous tirer? Absolument pas. Même ceux qui se sont battus mais qui maintenant déposent leurs armes et lèvent les mains, nous les capturons, nous ne tirons pas sur eux», a-t-il précisé.

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Des personnes se joignent aux membres des familles des otages détenus par le Hamas alors qu'ils se rassemblent pour manifester devant le domicile du Secrétaire général de l'ONU António Guterres, le 15 décembre 2023 à New York. (Photo, AFP)

Malgré ces assurances, les critiques indiquent que l'incident au cours duquel les otages ont été tués est conforme aux antécédents controversés des FDI en matière de recours à la force et à la priorité accordée à la sécurité des Israéliens à Gaza et dans d'autres territoires palestiniens occupés.

Citant des données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, des sources ont déclaré à Arab News que ce comportement des forces militaires israéliennes avait entraîné la mort de plus de 5 300 Palestiniens, en grande partie causée par des bombes et des balles, entre 2008 et un mois avant le début du conflit actuel.

Muhannad Ayyash, professeur de sociologie à l'université Mount Royal de Calgary, au Canada, a révélé qu'il était bien connu que l'armée israélienne jouait rapidement avec les règles d'engagement avant l'attaque du Hamas du 7 octobre.

Sur la base de témoignages d'officiers israéliens, Ayyash a affirmé que ces règles ont encore été assouplies depuis le début du conflit actuel, afin de «permettre aux soldats de faire moins de vérifications avant de tirer sur des ennemis présumés», notamment dans des cas de reddition apparente.

«Je fais confiance aux rapports de ces officiers, sur la base des faits que nous avons observés depuis  lors», a signalé Ayyash à Arab News.

«Par exemple, des snipers tirent sur des civils, en particulier dans des hôpitaux, et on a signalé au moins une exécution massive de femmes, d'enfants et de bébés qui se trouvaient à l'intérieur d'une école, ainsi que de nombreux autres exemples», a-t-il indiqué.

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Cette photo diffusée par l'armée israélienne le 17 décembre 2023 montre un panneau de fortune portant l'inscription en hébreu «Au secours, 3 otages». Les restes de nourriture des trois otages israéliens qui ont été tués par erreur par les forces israéliennes ont été trouvés après des recherches dans un bâtiment adjacent à l'endroit où l'incident a eu lieu. (Photo, AFP/ l'armée israélienne)

Ayyash et d'autres ont établi un lien direct entre le meurtre accidentel d'otages israéliens par les FDI et la volonté apparente du personnel de tirer sur des Palestiniens qui ne représentent aucune menace.

Parmi ces incidents, citons les fusillades d'Eyad Hallaq, un homme de 32 ans atteint d'autisme, en mai 2020, et de la journaliste Shireen Abu Akleh en mai 2022.

L'organisation israélienne de défense des droits de l'Homme B'Tselem accuse également les troupes israéliennes d'avoir «exécuté illégalement» deux Palestiniens, dont l'un était hors d'état de nuire et l'autre non armé, lors d'un raid en Cisjordanie.

Roy Yellin, directeur de l'action publique de B'Tselem, a déclaré au magazine Time que l'assassinat des trois otages israéliens le 15 décembre était «déchirant mais pas surprenant».

Au fil des ans, son organisation a documenté «d'innombrables incidents au cours desquels des personnes qui s'étaient clairement rendues ont tout de même été abattues», en violation de toutes les règles de la guerre, et sans que les responsables soient vraiment punis afin de dissuader et aider à prévenir d'autres incidents.

Cependant, Kobi Michael, chercheur principal à l'Institut d'études de sécurité nationale, un groupe de réflexion indépendant affilié à l'université de Tel-Aviv, et à l'Institut Misgav de sécurité nationale, a rejeté les affirmations selon lesquelles ces incidents font partie de la procédure opérationnelle standard des FDI.

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Des Palestiniens transportent un civil israélien capturé du kibboutz Kfar Azza, près de la frontière de Gaza, vers la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Photo, AP)

«Ce qui s'est passé à Shejaiya vendredi est une exception à la règle, une exception très douloureuse, et je pense que tout le monde comprend qu'il s'agit d'une erreur, d'une violation du règlement», a-t-il déclaré à Arab News.

«Mais cela n'indique pas que les FDI font preuve d'un mépris généralisé. Nous devons le comprendre dans son contexte. Nous parlons d'un incident dans un endroit où 10 soldats israéliens et un commandant supérieur ont été tués», a-t-il ajouté.

«Il s'agit d'une zone remplie de combattants du Hamas qui font tout leur possible pour confondre les soldats de Tsahal par la tromperie. Les soldats ont moins d'une seconde pour décider de tirer ou de ne pas tirer. C'est quelque chose qui ne correspond pas aux règles d'engagement israéliennes», a expliqué Michael.

Il a ajouté que l'armée israélienne «se conforme au droit de la guerre» et s'efforce de minimiser les pertes civiles, même au détriment de ses propres troupes.

Hassan Ben Imran, membre du conseil d'administration de l'organisation de défense des droits de l'Homme Law For Palestine, basée au Royaume-Uni, n'est pas convaincu par cette évaluation.

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Des Palestiniens évacuent un site touché par un bombardement israélien à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, mercredi 20 décembre 2023. (Photo, AP)

«De telles réponses ressemblent à celles que l'on trouve dans un guide qu'ils lisent tous» plutôt que de refléter la réalité sur le terrain, a éclairci Imran à Arab News.

Les témoignages d'anciens soldats des FDI, recueillis par le groupe d'anciens combattants israéliens Breaking the Silence, indiquent également que les incidents au cours desquels les règles d'engagement n'ont pas été respectées sont plus fréquents et plus répandus que le gouvernement israélien ou son armée ne veulent bien l'admettre.

Avner Gvaryahu, qui dirige le groupe, a déclaré au magazine Time qu'il était «sceptique» quant à la déclaration des FDI selon laquelle les trois otages israéliens ont été tués en «violation des règles d'engagement».

Il a souligné que les récits de soldats ayant servi lors de précédentes campagnes militaires dans la bande de Gaza indiquaient qu'une fois que les FDI considèrent qu'une zone a été «nettoyée des civils», les soldats ont pour instruction de «tirer sur tout ce qui bouge».

Les FDI avaient cherché à évacuer les civils de la zone dans laquelle Shamriz, Al-Talalka et Haim ont été tués, déclarant qu'il s'agit d'une zone de combat active. La raison pour laquelle les trois hommes se trouvaient là n'est pas claire, une théorie voulant qu'ils aient réussi à échapper à leurs ravisseurs.

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Cette photo diffusée par l'armée israélienne le 21 décembre 2023 montre des soldats opérant dans la bande de Gaza, alors que les combats se poursuivent entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas. (Photo, AFP/ l'armée israélienne)

«Quiconque pense qu'il est facile pour les soldats de prendre des décisions en une fraction de seconde dans le chaos des combats urbains est naïf», a déclaré à Arab News Geoffrey Corn, titulaire de la chaire de droit pénal et directeur du Centre de droit militaire et de politique de l'Université Texas Tech.

«La réalité, c'est que des erreurs se produisent tout le temps en temps de guerre et que, malheureusement, des violations délibérées des règles se produisent aussi parfois», a-t-il estimé.

«Il est impossible de savoir à ce stade où se situe cet incident dans ce continuum, mais peu importe, il s'agit d'une tragédie. S'il s'agit d'une erreur, il est important de reconnaître que le mépris généralisé des règles de la guerre par le Hamas a très certainement influencé la réaction des soldats israéliens à ce qu'ils ont vu et entendu», a-t-il ajouté.

«C'est pourquoi la trahison et la violation des règles de la guerre dans le but d'obtenir un avantage en exploitant le respect de ces règles constituent en soi une violation du droit international humanitaire», a expliqué Corn.

S'exprimant lors d'un événement organisé mardi, le président américain, Joe Biden, a déclaré qu'il reconnaissait que les FDI étaient confrontées à un ennemi n'ayant qu'un seul objectif: «l'élimination, par le terrorisme, de l'ensemble de l'État d'Israël».

Mais malgré ce qu'il a qualifié de «charges supplémentaires», il a soutenu que les forces israéliennes devaient faire la distinction entre les membres du Hamas et les civils palestiniens, et les a exhortées à réduire au minimum le nombre de morts parmi les non-combattants.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Qatar affirme que les pays du Golfe sont «unis» dans leur appel à la désescalade

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  • "Il nous semble qu'il y a une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre", a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari
  • Les riches états pétroliers de la région ont été visés par des centaines de missiles et de drones iraniens depuis le lancement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février

DOHA: Les pays du Golfe sont "unis" dans leur appel à une désescalade dans la guerre au Moyen-Orient, a affirmé mardi le Qatar, alors que l'Iran poursuit ses attaques de représailles contre ses voisins de la région.

"Il nous semble qu'il y a une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre", a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

Les riches états pétroliers de la région ont été visés par des centaines de missiles et de drones iraniens depuis le lancement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février, tandis que leurs exportations d'hydrocarbures sont affectées par la fermeture de facto du détroit d'Ormuz.

Lundi, une commission parlementaire iranienne a approuvé un projet visant à imposer des droits de passage aux navires transitant par ce détroit stratégique par lequel passait environ un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

Le détroit a été "fermé en raison d'une opération militaire", et son avenir est "une question que l'ensemble de la région et les partenaires internationaux doivent décider collectivement", a déclaré le responsable qatari.

"Je pense que nous avons pris une décision collective, dans le Golfe, pour traiter cela comme une menace collective", a-t-il insisté.

Pays le plus visé par les attaques iraniennes, les Emirats arabes unis se sont démarqués ces derniers jours de leurs voisins en adoptant un ton plus offensif à l'égard de Téhéran.

"Un simple cessez-le-feu n'est pas suffisant. Nous avons besoin d'un résultat concluant qui réponde à l'ensemble des menaces iraniennes: capacités nucléaires, missiles, drones, mandataires terroristes et blocages des voies maritimes internationales", a écrit leur ambassadeur à Washington, Yousef Al Otaiba, la semaine dernière dans une tribune du Wall Street Journal.

Le diplomate émirati a affirmé que son pays était prêt "à rejoindre une initiative internationale pour rouvrir le détroit et le maintenir ouvert".


Plus de 200.000 personnes sont parties du Liban vers la Syrie depuis le début de la guerre 

Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
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  • "Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie
  • "Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR

GENEVE: Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie par les trois points de passage officiels", a déclaré Aseer al-Madaien, représentante par intérim du HCR en Syrie, lors d'un point presse donné en visioconférence à Genève depuis Damas.

"Ces chiffres ont été fournis par les autorités et confirmés par nos collègues sur le terrain", a-t-elle ajouté, précisant que "la grande majorité" de ces personnes, soit "près de 180.000, sont des Syriens, notamment des réfugiés syriens qui avaient déjà fui la Syrie pour trouver refuge au Liban et qui sont aujourd'hui contraints de fuir à nouveau".

"Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles aux frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le Liban avait accueilli plus d'un million de réfugiés syriens qui ont fui leur pays pendant la guerre civile déclenchée par la répression d'un soulèvement populaire contre le pouvoir de Bachar al-Assad en 2011.

Plus d'un demi-million de ces réfugiés ont regagné leur pays depuis la chute d'Assad fin 2024.

Le HCR a indiqué que son plan d'urgence pour les personnes rejoignant précipitamment la Syrie depuis le Liban prévoyait "un nombre pouvant atteindre de 300 à 350.000 personnes".

"Ce nombre dépendra en grande partie d'éventuelles opérations terrestres supplémentaires. Parallèlement, le gouvernement syrien nous a informés qu'il mettait en place un plan d'urgence au cas où davantage de Libanais se dirigeraient vers la Syrie", a ajouté Mme al-Madaien.


Israël occupera une partie du sud du Liban après la guerre, déclare son ministre de la Défense

 Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
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  • "Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties"
  • "Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza"

JERUSALEM: Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz.

"A la fin de cette opération, Tsahal (l'armé israélienne, NDLR) s'installera dans une zone de sécurité à l'intérieur du Liban, sur une ligne défensive contre les missiles antichars, et maintiendra le contrôle sécuritaire de toute la zone jusqu'au Litani", fleuve qui s'écoule à une trentaine de kilomètres au nord de la ligne de démarcation entre Israël et le Liban, a déclaré M. Katz, dans une vidéo diffusée par son bureau.

"Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties", a ajouté M. Katz.

"Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza, afin d'éliminer une fois pour toutes les menaces le long de la frontière qui pèsent sur les habitants du nord", a encore ajouté M. Katz en référence à deux villes de la bande de Gaza dévastées par les opérations militaires d'Israël dans sa guerre contre le Hamas après le 7 octobre 2023.

Le Liban a été entraîné dans la guerre entre Israël et les Etats-Unis d'une part et l'Iran d'autre part par une attaque le 2 mars du mouvement islamiste Hezbollah contre Israël en représailles à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour du conflit.

Depuis lors, les frappes israéliennes massives sur le pays du Cèdre ont tué plus de 1.200 personnes et en ont blessé plus de 3.600, selon le dernier bilan du ministère de la Santé. L'armée israélienne affirme elle avoir éliminé "850 terroristes" au Liban.

M. Katz ne cesse de multiplier les déclarations martiales à l'encontre du Liban et des Libanais.

Dimanche, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a indiqué lui avoir écrit pour exprimer ses "vives préoccupations concernant (des propos tenus récemment par des responsables israéliens) qui sapent le respect du droit international humanitaire" et dénotent selon elle une volonté de s'y soustraire.

Dans une copie de la lettre publiée par HRW, cette dernière lui reproche nommément ses propos du 16 mars, dans lesquels il menaçait déjà d'empêcher le retour des personnes ayant fui la région au sud du Litani.

"Utiliser le refus du retour des civils comme outil de négociation constitue un déplacement forcé, ce qui est interdit par les lois de la guerre et peut constituer un crime de guerre", écrit l'ONG.

Depuis le 2 mars, le Hezbollah a tiré "entre 4.000 et 5.000 roquettes, drones et missiles, ainsi que des mortiers (...) en direction d'Israël, certains en direction de nos troupes, d'autres vers des communautés civiles", a déclaré mardi le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole international de l'armée israélienne.