Cent jours après, la guerre fait toujours rage à Gaza

Des Palestiniens fouillent les décombres de leurs maisons détruites par les bombardements israéliens à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 13 janvier 2024 (Photo, AFP).
Des Palestiniens fouillent les décombres de leurs maisons détruites par les bombardements israéliens à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 13 janvier 2024 (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 15 janvier 2024

Cent jours après, la guerre fait toujours rage à Gaza

  • Intenses bombardements nocturnes dans le sud de la bande de Gaza, dans la grande ville de Khan Younes, devenue épicentre des combats, et à Rafah, près de la frontière avec l'Egypte, où des centaines de milliers de Gazaouis ont afflué en quête d'un refuge
  • L'armée israélienne a annoncé avoir détruit des dizaines de sites de tirs de roquettes, et tué par des frappes aériennes quatre «terroristes» à Khan Younès lors de diverses opérations

JÉRUSALEM: La guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas a franchi dimanche le cap des 100 jours, avec davantage de civils tués à Gaza et des proches d'otages israéliens toujours dans l'angoisse sur leur sort.

L'armée israélienne a encore bombardé dimanche la bande de Gaza, dont la population vit une crise humanitaire majeure, tandis que la poursuite du conflit exacerbe les tensions régionales.

Les Israéliens ont exprimé dimanche leur solidarité avec les otages retenus dans le territoire palestinien par le Hamas et ses alliés pour marquer les 100 jours de leur détention et soutenir la mobilisation de leurs familles.

Mais le porte-parole de la branche militaire du Hamas, Abou Obeida, a affirmé dans la soirée que beaucoup d'otages ont "probablement été tués récemment", les autres étant "en grand danger", ce dont il a rejeté la "pleine responsabilité" sur Israël.

La branche armée du Hamas a ensuite diffusé une vidéo montrant trois otages israéliens en vie, deux hommes et une femme. Cette vidéo ne donne aucune indication sur la date à laquelle elle a été filmée. Les trois otages y demandent en hébreu aux autorités israéliennes d'agir pour leur libération.

Le retour des otages est un des objectifs de la guerre menée par Israël après l'attaque sans précédent du Hamas sur son sol le 7 octobre, qui a fait environ 1.140 morts, majoritairement des civils, selon un décompte de l'AFP à partir du bilan israélien.

Quelque 250 personnes ont été prises en otages lors de cette attaque, et 132 sont toujours à Gaza, dont au moins 25 auraient été tués, selon les autorités israéliennes. Une centaine ont été libérées en vertu d'une trêve fin novembre.

En représailles, Israël a juré d'anéantir le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, qu'il classe groupe terroriste comme les Etats-Unis et l'Union européenne. Dans la bande de Gaza, le conflit a fait au moins 23.968 morts, principalement des femmes et mineurs, selon le dernier bilan du ministère de la Santé du Hamas.

«Mort» et «destruction»

D'épais nuages de fumée se sont élevés dimanche matin au-dessus des villes de Rafah et de Khan Younès, dans le sud, selon un correspondant de l'AFP.

Selon le bureau des médias du gouvernement du Hamas, plus de 100 personnes ont été tuées dans les bombardements israéliens nocturnes à travers le territoire, notamment à Khan Younès.

Les Brigades d'Al-Qassam, branche armée du Hamas, ont parlé de combats notamment à Al-Maghazi, Deir Al-Balah (centre) et Khan Younès.

L'armée israélienne a dit ces derniers jours concentrer ses opérations contre le Hamas sur cette dernière ville située dans le sud du territoire où sont massés des centaines de milliers de civils après avoir fui les bombardements massifs dans le nord du territoire au début de la guerre.

Elle a fait état dimanche de la mort d'un soldat, portant à 188 le nombre de militaires tués depuis le début des opérations terrestres à Gaza le 27 octobre.

Le blocus israélien, renforcé avec la guerre, provoque de graves pénuries de vivres et de carburant dans toute la bande de Gaza.

"La mort, la destruction, le déplacement, la faim, la perte et le chagrin massifs de ces 100 derniers jours entachent notre humanité commune", a déclaré le patron de l'agence d'aide aux réfugiés palestiniens de l'ONU (Unrwa), Philippe Lazzarini, en visite dans le territoire côtier assiégé.

Tensions régionales 

La pluie et le froid compliquent la survie au quotidien des familles, qui campent dans la cour du complexe médical al-Nasser, à Khan Younès.

L'ONU estime que 1,9 million de personnes, soit près de 85% de la population, ont dû quitter leur logement.

Nombreux sont ceux cherchant un refuge dans le sud du territoire, alors que le ministère de la Santé local répète qu'il n'y a pas d'infrastructures pour les accueillir.

Par ailleurs, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), moins de la moitié des hôpitaux de la bande de Gaza fonctionnent, et ce, partiellement.

En dehors de Gaza, les craintes d'un embrasement régional grandissent, avec des attaques dans la région de groupes armés soutenant le Hamas.

Un homme est mort dimanche dans le nord d'Israël, tué par un missile antichar tiré depuis le Liban sur une maison dans un village frontalier, selon les services médicaux d'urgence et l'armée israéliens. Le Hezbollah a dit de son côté avoir mené six attaques sur le sol israélien.

L'armée israélienne avait dit plus tôt avoir tué dans la nuit "trois terroristes" qui s'étaient infiltrés en Israël depuis le sud du Liban, selon un bilan revu à la baisse.

Les échanges de tirs entre le Hezbollah et les forces israéliennes sont quasi quotidiens depuis le 7 octobre.

Les tensions se sont aussi accentuées en mer Rouge après de nouvelles frappes contre les Houthis, des rebelles yéménites soutenus par l'Iran qui multiplient les attaques contre des navires qui seraient liés à Israël, en solidarité avec les Palestiniens.

Les Etats-Unis ont déclaré que leurs forces avaient atteint un "site radar au Yémen" après que des sites des rebelles ont été touchés par des frappes américaines et britanniques.

Otages: Macron appelle à «reprendre encore et encore les négociations pour leur libération»

"La nation française est déterminée à ce que (...) tous les otages des attaques terroristes du 7 octobre dernier soient libérés. La France n'abandonne pas ses enfants. C'est pourquoi il faut reprendre encore et encore les négociations pour leur libération", a dit M. Macron.

"Ne rien céder, ne jamais abandonner parce que nous n'acceptons et n'accepterons aucun sacrifice. Alors nous allons tout faire et vous pouvez compter sur moi pour les ramener tous à la maison avec nous", a-t-il poursuivi dans ce court message.

En Cisjordanie occupée, où les violences connaissent un regain depuis le 7 octobre, l'armée israélienne a fait état de l'arrestation, pour "incitation au terrorisme", de deux sœurs du numéro deux du Hamas Saleh al-Arouri, tué le 2 janvier au Liban dans une attaque de drone attribuée à l'armée israélienne.

En Israël, familles et proches d'otages poursuivent leur mobilisation pour obtenir le retour de leurs proches, tentant de faire pression sur le gouvernement.

Mobilisation «place des otages»

Des centaines de milliers de personnes ont observé dans la matinée une grève de 100 minutes pour marquer les 100 jours de détention des otages, a annoncé la grande centrale syndicale Histadrout.

"Nous sommes ici pour rappeler au monde entier que 136 hommes et femmes brutalement enlevées sont encore en captivité (...) à Gaza, dans des tunnels et des caves", a déclaré son chef Arnon Bar-David, lors d'un rassemblement à Tel-Aviv.

Des dizaines de personnes se sont réunies sur une place rebaptisée "place des otages", certaines portant des ballons jaunes, couleur devenue symbole des captifs, d'autres des pancartes avec leur photos.

Des concerts débutés samedi soir se sont poursuivis dimanche.

Bashir al-Zayadna, 27 ans, dont l'oncle et le cousin, Youssef et Hamza al-Zayadna, 53 et 22 ans, sont otages dit n'espérer qu'une chose: pouvoir serrer ses proches dans ses bras et "leur dire que tout est fini".

Dimanche au Caire, les ministres des Affaires étrangères égyptien et chinois ont plaidé ensemble pour un cessez-le-feu et la création d'un "Etat de Palestine".

Des milliers de manifestants à Washington et à Londres réclament un cessez-le-feu

Agitant des drapeaux palestiniens et arborant pour beaucoup le traditionnel keffieh, des milliers de personnes, en grande majorité des jeunes, se sont rassemblées dans le centre de la capitale américaine.

"Cessez-le-feu immédiat !", ont scandé les participants, qui brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Liberté pour la Palestine" ou "Laissez Gaza vivre, arrêtez de financer le génocide".

"Le président Biden pourrait facilement arrêter cette folie" en faisant pression sur le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, a lancé l'un d'entre eux sous les acclamations.

A Londres s'est déroulée samedi la septième manifestation de soutien à la population de la bande de Gaza depuis le 7 octobre.

Après une pause pendant les fêtes de fin d'année, la mobilisation est repartie de plus belle dans la capitale britannique comme dans une trentaine d'autres pays du monde, avec une marche au départ de la City et en direction de Parliament Square, où se trouve le palais de Westminster.

«Continuer à vivre»

Quelque 250 personnes ont été prises en otage par le Hamas, dont une centaine libérées à la faveur d'une trêve fin novembre.

Les opérations militaires israéliennes menées depuis dans la bande de Gaza ont tué 23.843 personnes, majoritairement des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas.

A Rafah, frappes et privations n'ont pas empêché Afnan et Moustapha d'unir leur destinée, même si la cérémonie a été réduite au minimum. "Nous vivons tous la même tragédie. Mais nous devons continuer à vivre, et la vie doit continuer", confie à l'AFP Ayman Shamlakh, oncle du marié.

Parallèlement, des négociations se poursuivent sur le sort des otages. Leurs proches ont tenu samedi un nouveau rassemblement à Tel-Aviv, autour d'un simulacre des tunnels truffant Gaza et utilisés par le Hamas pour ses opérations.

La guerre alimente aussi les violences à la frontière israélo-libanaise, en Cisjordanie occupée et en Syrie et Irak, où les attaques contre les bases américaines se sont multipliées.

En Cisjordanie, l'armée israélienne a indiqué avoir tué vendredi trois personnes ayant attaqué la colonie juive d'Adora, à une vingtaine de km d'Hébron. Selon l'agence palestinienne Wafa, il s'agit d'un jeune de 19 ans et de deux adolescents.

Dans un incident séparé, dans le nord de la Cisjordanie, un Palestinien de 19 ans est mort après avoir une frappe de l'armée israélienne dans le secteur de Tulkarem, selon Wafa.

Après deux jours d'audience historiques, la Cour internationale de justice, à La Haye, aux Pays-Bas, doit par ailleurs rendre sa décision, possiblement ces prochaines semaines, après les accusations de "génocide" portées par l'Afrique du Sud.

Israël les a rejetées comme "totalement dénaturées" et "malveillantes".


Liban: "assiégés" par Israël, les derniers habitants de Tyr résistent

Un panache de fumée et un fragment de béton s’élèvent du site d’une frappe aérienne israélienne à la périphérie est de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Un panache de fumée et un fragment de béton s’élèvent du site d’une frappe aérienne israélienne à la périphérie est de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • À Tyr, des milliers de civils refusent de fuir malgré les bombardements israéliens et la menace d’une invasion, affirmant leur attachement à leur terre malgré la peur et les destructions
  • La ville est presque assiégée : infrastructures détruites, pénuries imminentes et situation humanitaire critique, tandis que les combats entre Hezbollah et Israël s’intensifient

TYR: "Ils devront nous faire partir par la force": malgré les bombes et la menace d'une invasion israélienne, Khalil est de ceux qui ont décidé de rester à Tyr, dans le sud du Liban, désormais très isolée du reste du pays.

Retranché avec sa femme et leur fils de deux ans dans un théâtre de la vieille ville après avoir fui leur maison bombardée, le trentenaire assure qu'il "ne (se) rendra pas": "Nous n'abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici".

Bravant les ordres d'évacuation lancés par l'armée israélienne, environ 20.000 personnes dont quelque 15.000 déplacés des villages environnants s'entassent dans le quartier chrétien - le seul encore épargné - et dans quelques écoles.

Mais beaucoup se demandent combien de temps la ville millénaire pourra tenir.

Mardi, une dizaine d'explosions ont secoué Tyr et ses environs immédiats, ont constaté des journalistes de l'AFP. Il s'agissait des pires bombardements que la ville ait connus depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars.

Avions de chasse et drones israéliens tournoyaient dans le ciel jusqu'à la nuit tombée, larguant des bombes qui ont fait au moins 24 blessés dans le centre et provoquant d'immenses panaches de fumée noire.

Le groupe chiite pro-iranien, dont le drapeau jaune flanqué d'une kalachnikov flotte sur chaque lampadaire, est très implanté dans la cité célèbre pour ses plages de sable et ses ruines antiques.

Véritables maîtres d'une ville quasi-fantôme, ses hommes reconnaissables à leurs vêtements noirs, sont partout: postés aux abords des rond-points, sillonnant à scooter les rues désertes, inspectant les immeubles réduits en poussière.

Avant chaque frappe israélienne, ils tirent en l'air pour prévenir du danger immédiat les rares civils qui s'aventurent à l'extérieur.

Mercredi, l'armée israélienne a accusé le Hezbollah "d'implanter ses infrastructures militaires au sein des zones résidentielles" de Tyr.

- "Tout le monde a peur" -

Mustafa Ibrahim Al Sayed, 50 ans, ne quitte pas l'enceinte de l'école où il s'est réfugié avec ses deux femmes et leurs 11 enfants. Originaires d'un village frontalier, ils avaient déjà échoué à Tyr lors du précédent conflit, en 2024.

Malgré les menaces d'invasion terrestre, "je ne veux pas être déplacé ailleurs (...) Mes enfants se sont habitués à la guerre et ils connaissent tout le monde ici", dit-il.

L'armée israélienne a annoncé mardi son intention de s'emparer d'une partie du sud, dont Tyr, pour créer une zone tampon de 30 km de large.

"Tout le monde a peur pour sa maison et sa terre, mais que pouvons-nous faire?", poursuit M. Al Sayed. "Depuis 1978 (première invasion israélienne, NDLR), c'est la cinquième fois que je suis déplacé, j'ai passé toute ma vie en exil".

Plusieurs responsables de la mairie et des secours ont raconté à l'AFP que des officiers israéliens les ont directement appelés ces derniers jours pour leur ordonner de faire respecter les avis d'évacuation.

"Vous faites votre boulot, je fais le mien!", assure leur avoir répondu Mortada Mhanna, à la tête de l'unité de gestion des catastrophes de Tyr, qui court partout pour aider les déplacés.

"On a conseillé aux gens de partir, on leur a expliqué qu'on pouvait affréter des navettes escortées par l'armée, ils n'ont rien voulu savoir", ajoute-t-il.

Pour ce quadragénaire énergique, hors de question de quitter la ville tant qu'il y a des civils. "Je serai le dernier à quitter cet endroit", dit-il avec aplomb.

- Ville isolée -

Tyr est de plus en plus isolée. L'aviation a bombardé les principaux ponts qui enjambent le fleuve Litani, affirmant vouloir empêcher le Hezbollah de se réapprovisionner en armes.

Un seul relie encore Tyr à la capitale Beyrouth et au nord du pays, sur l'ancienne route côtière.

"Si le dernier pont tombe, nous allons tout droit vers une catastrophe humanitaire", s'alarme Alwan Charafeddine, le maire adjoint de Tyr. "La ville sera assiégée et les convois de ravitaillement ne pourront plus l'atteindre".

"Nos stocks sont déjà presque épuisés", dit-il en énumérant les besoins en nourriture, en kits d'hygiène, mais aussi en carburant pour faire tourner les générateurs qui fournissent une bonne partie de l'électricité.

A 82 ans, Nada Reda Abu Sari n'est pas restée par choix. Cela fait des mois qu'elle dort sur un matelas jeté au sol, dans une salle de classe.

"Je suis malade, je n’ai même pas les moyens de m’acheter des médicaments", dit-elle en brandissant quelques boîtes vides. "Je ne dors plus. A chaque frappe, on se réveille, chaque jour, on meurt un peu plus".

La vieille dame n'a jamais revu sa maison de Dhaïra, l'un des villages frontaliers entourés de collines verdoyantes complètement détruits par les soldats israéliens en 2024.

"Nous n'avons plus ni foyer, ni terres, ni vignes, rien (...) mes enfants sont tous éparpillés et je n'ai aucune nouvelle d'eux", confie-t-elle sans pouvoir retenir ses sanglots.

"Est-ce que c'est ça, la vie? Parfois je me dis que je devrais me jeter à la mer".


Au moins 9 morts dans des raids israéliens contre le sud du Liban

Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 9 morts et plusieurs blessés, tandis que des ordres d’évacuation ont été donnés dans la banlieue sud de Beyrouth
  • Les tensions s’intensifient : Israël affirme cibler des infrastructures du Hezbollah, tandis que le mouvement riposte par des attaques de roquettes vers le nord d’Israël

BEYROUTH: Au moins neuf personnes, selon les médias officiels libanais, ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids israéliens contre des localités du sud du Liban, qu'Israël considère comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah.

D'après l'Agence nationale d'information (ANI), une attaque israélienne a fait au moins trois morts et 18 blessés dans la région de Nabatiyeh, et une autre quatre morts et un blessé à Aadloun, au sud de la ville de Saïda, également appelée Sidon.

Selon la même source, une frappe israélienne contre un appartement du camp de réfugiés de Mieh Mieh, également près de Saïda, a par ailleurs fait deux morts et quatre blessés.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Elle a aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, avoir "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants du mouvement, sans en préciser le nombre.

De son côté, le Hezbollah a affirmé mercredi matin avoir attaqué un char et des soldats israéliens près de la frontière, et tiré un "barrage de roquettes" vers Kiryat Shmona, dans le nord d'Israël.

Les sirènes d'alerte ont retenti dans cette ville de la vallée de la Houla, proche de la frontière libanaise. Les autorités israéliennes n'ont fait état d'aucune victime.

Mardi, une Israélienne d'une trentaine d'années avait été tuée dans le nord du pays par un autre tir de roquettes depuis le Liban.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

- Traces de sang -

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi, des frappes israéliennes avaient déjà tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud.

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, un village dans les montagnes au sud-est de Beyrouth qui est pourtant à l'écart des zones contrôlées par le Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

Beyrouth accuse les Gardiens de la révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah contre Israël, et a interdit leurs activités sur son territoire.

Mardi, la décision des autorités d'expulser l'ambassadeur d'Iran a provoqué une vive réaction du Hezbollah, qui leur a demandé de se rétracter.

"Nous demanderons à l’ambassadeur iranien de rester à Beyrouth et de considérer la mesure comme nulle et non avenue", a affirmé une source de l'organisation à l'AFP.


Nouvelles vagues d'attaques au Moyen-Orient, les négociations Washington-Téhéran restent à confirmer

Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
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  • L’Iran a intensifié les frappes (missiles et drones) contre Israël et plusieurs pays du Golfe, tandis qu’Israël poursuit ses bombardements en Iran et au Liban, aggravant le conflit régional
  • Les États-Unis proposent un plan de paix incluant un cessez-le-feu temporaire, des restrictions sur le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions, alors que le détroit d’Ormuz rouvre partiellement, faisant baisser les prix du pétrole

TEHERAN: L'Iran a tiré mercredi des salves de missiles et de drones contre ses voisins du Golfe et Israël, et celui-ci continue de bombarder Téhéran et le Liban, malgré la promesse américaine de négociations de paix qui a calmé les marchés.

Iran et Etats-Unis négocient "en ce moment" pour tenter de mettre un terme au conflit, a affirmé mardi Donald Trump, ajoutant que son émissaire Steve Witkoff, son gendre Jared Kushner, le vice-président JD Vance et le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio participent au processus.

Plusieurs médias, dont le New York Times et la chaîne de télévision israélienne Channel 12, avancent que l'administration Trump a proposé un plan de paix en 15 points à l'Iran par l'entremise du Pakistan, qui entretient de bonnes relations avec les deux parties.

Selon trois sources non identifiées citées par Channel 12, les Etats-Unis proposent un cessez-le-feu d'un mois, le temps que les autorités iraniennes étudient leurs demandes.

Toujours selon la chaîne israélienne, parmi les 15 points, cinq concernent le programme nucléaire iranien, d'autres imposent l'abandon du soutien aux alliés de l'Iran dans la région, comme le Hezbollah ou le Hamas, et un point insiste pour que le détroit d'Ormuz reste ouvert à la navigation maritime. En contrepartie l'Iran obtiendrait une levée des sanctions internationales à son encontre et un soutien pour son programme nucléaire civil.

- L'Iran desserre l'étreinte sur Ormuz -

L'Iran a justement affirmé que les "navires non hostiles" pouvaient désormais "bénéficier d'un passage sûr par le détroit d'Ormuz en coordination avec les autorités compétentes", selon l'Organisation maritime internationale (OMI).

Près de 20% de la production mondiale d'hydrocarbures transite par ce détroit stratégique, dont le blocage de fait par Téhéran ces dernières semaines a fait flamber les prix du pétrole.

Donald Trump a évoqué mardi "un très gros cadeau" lié aux hydrocarbures, sans donner de précisions, qui pourrait justement être lié à cette réouverture partielle du détroit.

En réaction à ces informations les cours du pétrole retombent mercredi, et les Bourses d'Asie sont revenues dans le vert.

Mais l'Iran, pour l'heure, n'a pas confirmé la moindre négociation.

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien - présenté par le site d'informations Axios comme l'interlocuteur des Etats-Unis - a démenti en bloc. La diplomatie iranienne a juste reconnu en début de semaine avoir reçu, via des "pays amis", des "messages transmettant une demande américaine de négociations".

- Incendie à l'aéroport de Koweït -

La presse américaine évoque en outre l'envoi de 3.000 soldats parachutistes en renfort au Moyen-Orient, où la guerre ne donne aucun signe d'accalmie avec de nouvelles vagues d'attaques israéliennes contre l'Iran et le Liban, et de nouveaux tirs de missiles et de drones iraniens vers Israël, la Jordanie et plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, ont annoncé mercredi avoir lancé des attaques contre le nord et le centre d'Israël, dont la région de Tel-Aviv, ainsi que sur deux bases militaires américaines au Koweït, une en Jordanie et une au Bahreïn.

Selon les secours israéliens, 12 personnes ont été blessées mardi soir près de Tel-Aviv par un ou plusieurs missiles iraniens.

Au Koweït, une attaque de drones a mis le feu à un réservoir de carburant à l'aéroport international de l'émirat, selon l'Autorité de l'aviation civile du pays, qui n'a pas fait état de victime.

De son côté, comme au cours des nuits précédentes, l'armée israélienne a annoncé avoir "lancé une série de frappes visant les infrastructures du régime terroriste iranien à Téhéran".

"Les bruits, les explosions et les missiles font désormais partie de notre vie quotidienne", a confié à l'AFP par téléphone une femme de 35 ans, originaire du Kurdistan iranien et résidant à Téhéran.

- Au moins 9 morts au Liban -

Israël poursuit également son offensive au Liban, où au moins neuf personnes ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids dans le sud du pays, région considérée par Israël comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah, selon l'agence de presse officielle libanaise ANI.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes y ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.