Combats acharnés à Gaza, différend Israël-Washington sur un Etat palestinien

Une photo prise à Rafah montre de la fumée s'élevant au-dessus de Khan Yunis dans le sud de la bande de Gaza lors d'un bombardement israélien le 19 janvier 2024, au milieu des batailles en cours entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas. (Photo AFP)
Une photo prise à Rafah montre de la fumée s'élevant au-dessus de Khan Yunis dans le sud de la bande de Gaza lors d'un bombardement israélien le 19 janvier 2024, au milieu des batailles en cours entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas. (Photo AFP)
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Publié le Samedi 20 janvier 2024

Combats acharnés à Gaza, différend Israël-Washington sur un Etat palestinien

  • Le secteur de Khan Younès, dans le sud, est désormais épicentre des opérations militaires après une première phase dans le nord du territoire
  • Une frappe israélienne a visé samedi un immeuble à Damas qui accueillait une réunion de responsables pro-iraniens, faisant cinq morts

TERRITOIRES PALESTINIENS : Israël mène samedi des combats acharnés dans la bande de Gaza, où le Hamas a fait état de plus de 160 morts ces dernières 24 heures, sur fond de dissensions du gouvernement israélien avec l'allié américain quant à la création d'un éventuel Etat palestinien.

Tôt samedi, un correspondant de l'AFP a rapporté d'intenses tirs d'artillerie et frappes aériennes, en particulier dans le secteur de Khan Younès, dans le sud, désormais épicentre des opérations militaires après une première phase dans le nord du territoire.

Les troupes israéliennes, supportées par des forces aériennes et navales détruisent des «infrastructures terroristes» dans toute la bande côtière, et ont frappé des lanceurs de roquettes à Khan Younès, selon l'armée.

Le mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, a fait part de combats acharnés dans le nord du territoire palestinien assiégé et dévasté.

Durant les dernières 24 heures, les frappes israéliennes ont tué 165 Palestiniens, selon le ministère de la Santé du Hamas.

- «En enfer» -

L'Organisation mondiale de la Santé déplore des «conditions de vie inhumaines» dans le territoire, dont les 2,4 millions d'habitants manquent de tout. Près de 20.000 bébés y sont nés «en enfer» depuis le début de l'offensive israélienne, a pointé l'Unicef.

La guerre a été déclenchée par une attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre dans le sud d'Israël qui a entraîné la mort de 1.140 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP à partir de chiffres officiels israéliens.

Quelque 250 personnes ont été enlevées et emmenées à Gaza, dont une centaine libérées fin novembre. Selon les médias israéliens, des familles d'otages se sont rassemblées dans la nuit devant la résidence privée du Premier ministre Benjamin Netanyahu réclamant un accord pour la libération de leurs proches.

En représailles à l'attaque, Israël a juré «d'anéantir» le Hamas, et reste sourd aux appels émanant de l'ONU et de la communauté internationale à un cessez-le-feu humanitaire.

Selon un nouveau bilan samedi du ministère de la Santé du Hamas, 24.927 personnes, en grande majorité des femmes, enfants et adolescents ont été tuées et 62.108 blessées dans les opérations israéliennes.

- Biden vs. Netanyahu –

Principal allié et soutien d'Israël, les Etats-Unis l'ont appelé à limiter le nombre des victimes civiles, et ont réitéré leur appui à la création d'un Etat palestinien, rejetée par le gouvernement de Benjamin Netanyahu.

«Israël doit avoir le contrôle de la sécurité sur l'ensemble du territoire situé à l'ouest du Jourdain», englobant la Cisjordanie occupée et Gaza, «il s'agit d'une condition nécessaire, qui est en contradiction avec l'idée de souveraineté (palestinienne)», a réaffirmé jeudi M. Netanyahu.

Au lendemain de ses déclarations, il s'est entretenu au téléphone avec le président américain Joe Biden sur le futur de la solution à «deux Etats», un Etat palestinien viable aux côtés d'Israël.

Joe Biden «croit toujours à la perspective et à la possibilité» d'un Etat palestinien, mais «reconnaît qu'il faudra beaucoup de travail pour en arriver là», a indiqué la Maison Blanche après cet entretien, le premier depuis le 23 décembre.

- Frappe contre des chefs pro-Iran -

A défaut d'entente avec Washington sur cette question centrale pour l'après-guerre, Israël a donné son feu vert à la livraison, via le port israélien d'Ashdod, de farine destinées à Gaza, selon la Maison Blanche.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a pour sa part soutenu que la solution à «deux Etats doit être imposée de l'extérieur», accusant Israël d'avoir «créé» et «financé» le Hamas pour «empêcher» la fondation d'un Etat palestinien et «affaiblir» l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas.

Entré dans son quatrième mois, le conflit exacerbe les tensions régionales entre Israël et l'«axe de la résistance», rassemblant autour de l'Iran des groupes anti-israéliens comme le Hamas, le Hezbollah libanais et les Houthis yéménites.

Les rebelles Houthis ont revendiqué de nouveaux tirs contre un pétrolier américain dans le Golfe d'Aden, provoquant de nouvelles frappes américaines vendredi contre eux.

A la frontière israélo-libanaise, où leurs échanges de tirs sont quotidiens, l'armée israélienne a dit avoir frappé vendredi des sites du Hezbollah dans le sud Liban, le mouvement libanais revendiquant trois attaques contre le territoire israélien.

En Syrie voisine, Israël a aussi intensifié ses opérations visant le régime et les groupes pro-iraniens. Une frappe israélienne a visé samedi un immeuble à Damas qui accueillait une réunion de responsables pro-iraniens, faisant cinq morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.


Des «dizaines de munitions chimiques non déclarées» découvertes en Syrie, selon l'OIAC

L'organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a indiqué mardi que des "dizaines de munitions chimiques non déclarées" ont été découvertes en Syrie, dans un rapport mensuel sur ses activités dans le pays. (AFP)
L'organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a indiqué mardi que des "dizaines de munitions chimiques non déclarées" ont été découvertes en Syrie, dans un rapport mensuel sur ses activités dans le pays. (AFP)
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  • L'OIAC a déclaré être "déjà en mesure d'indiquer que, entre autres, des dizaines de munitions chimiques non déclarées (...) ont été retrouvées sur plusieurs de ces sites non déclarés, aux côtés de milliers de pages de documents"
  • La Syrie avait rejoint l'OIAC en 2013, et accepté de révéler et de remettre ses stocks de produits toxiques en vue de leur destruction sous la pression de la Russie et des Etats-Unis

LA HAYE: L'organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a indiqué mardi que des "dizaines de munitions chimiques non déclarées" ont été découvertes en Syrie, dans un rapport mensuel sur ses activités dans le pays.

L'organisation a indiqué avoir déployé en début de mois une équipe chargée de mener des activités "visant à vérifier l'exactitude et l'exhaustivité" de la déclaration de la Syrie concernant son stock d'armes chimiques dans des sites "hautement prioritaires" et "non déclarés", dans les régions côtières du nord ainsi que dans le centre du pays.

L'OIAC a déclaré être "déjà en mesure d'indiquer que, entre autres, des dizaines de munitions chimiques non déclarées (...) ont été retrouvées sur plusieurs de ces sites non déclarés, aux côtés de milliers de pages de documents".

La Syrie avait rejoint l'OIAC en 2013, et accepté de révéler et de remettre ses stocks de produits toxiques en vue de leur destruction sous la pression de la Russie et des Etats-Unis, et pour écarter la menace de frappes aériennes des Etats-Unis et de leurs alliés.

L'OIAC estime cependant que la déclaration était incomplète et que d'autres armes n'ont toujours pas été recensées.

Les munitions récemment découvertes comprennent des "bombes aériennes et des roquettes", ainsi que des "produits chimiques et du matériel connexe découverts séparément, dont la nature fait actuellement l'objet d'une analyse", a précisé le rapport.

L'OIAC, dont le siège se situe à La Haye (Pays-Bas), a indiqué que le déploiement de son équipe en Syrie était toujours en cours, et que ses activités étaient menées en coordination avec les autorités nationales compétentes, conformément aux exigences du Département de la sûreté et de la sécurité des Nations unies.

Les résultats de ce déploiement feront l'objet d'un rapport plus détaillé "en temps voulu", a précisé l'organisation.

L'ancien président syrien Bachar al-Assad avait été accusé à plusieurs reprises d'avoir employé des armes chimiques au cours des 13 années de guerre civile en Syrie. Depuis son éviction en 2024, le sort des stocks syriens suscite de vives inquiétudes.

Le ministre des Affaires étrangères du nouveau gouvernement syrien s'est engagé l'an dernier à démanteler tout vestige du programme d'armes chimiques d'Assad.


Les fidèles musulmans sur le mont Arafat, étape phare du hajj

Quelque 30.000 pèlerins iraniens ont fait le voyage à La Mecque, soit beaucoup moins que les 86.000 initialement annoncés, en raison des tensions, selon la compagnie Iran Air, citée par l'agence de presse officielle Irna. (SPA)
Quelque 30.000 pèlerins iraniens ont fait le voyage à La Mecque, soit beaucoup moins que les 86.000 initialement annoncés, en raison des tensions, selon la compagnie Iran Air, citée par l'agence de presse officielle Irna. (SPA)
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  • Plus de 1,5 million de personnes participent au hajj cette année, à l'ombre de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre l'Iran
  • Téhéran avait riposté en visant des bases militaires et infrastructures énergétiques chez ses voisins du Golfe, notamment en Arabie saoudite. Un fragile cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril

LA MECQUE: Une foule de musulmans a prié mardi sur le mont Arafat, pour l'étape phare du grand pèlerinage à La Mecque, bravant la chaleur brûlante du désert pour accomplir le rêve d'une vie.

Dès l'aube, les fidèles se sont rassemblés pour réciter le Coran sur et autour de cette colline de 70 mètres de haut, située à environ 20 kilomètres de La Mecque, où le prophète Mahomet a prononcé, selon la tradition musulmane, son dernier sermon.

Le site offrant peu ou pas d'ombre, des bénévoles distribuaient de l'eau, des parasols et des collations aux pèlerins, tandis que des hélicoptères survolaient régulièrement la zone.

"C'est un sentiment indescriptible", a affirmé Ahmed Abou al-Ezz, un ingénieur égyptien de 35 ans, en marchant vers le mont Arafat pour la première fois de sa vie.

Plus de 1,5 million de personnes participent au hajj cette année, à l'ombre de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

Téhéran avait riposté en visant des bases militaires et infrastructures énergétiques chez ses voisins du Golfe, notamment en Arabie saoudite. Un fragile cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril.

Quelque 30.000 pèlerins iraniens ont fait le voyage à La Mecque, soit beaucoup moins que les 86.000 initialement annoncés, en raison des tensions, selon la compagnie Iran Air, citée par l'agence de presse officielle Irna.

Malgré la situation régionale, la ville sainte a accueilli plus de fidèles étrangers que l'année dernière, selon les autorités saoudiennes.

Pour Karim Hazem, un pèlerin tunisien de 40 ans, "cet endroit est celui où le Seigneur rassemble la communauté des croyants, et nous rappelle que nous pouvons être réunis en tant que peuples".

Chaleur intense 

Le pèlerinage, l'un des cinq piliers de l'islam, est censé être accompli par tout musulman au moins une fois dans sa vie s'il en a les moyens. Il consiste en une série de rites codifiés sur plusieurs jours au cœur de La Mecque et dans ses environs.

Avec des températures atteignant les 44 degrés ces derniers jours, les autorités saoudiennes ont exhorté les pèlerins à boire beaucoup d'eau et à se protéger du soleil pendant les rites qui se déroulent principalement en plein air.

Les scientifiques affirment que le changement climatique causé par l'activité humaine amplifient les phénomènes météorologiques extrêmes, notamment les vagues de chaleur intenses.

Le port de chapeaux étant interdit pour les hommes durant le hajj, de nombreux pèlerins utilisent des parasols pour se protéger du soleil.

Après la mort de plus de 1.300 personnes en 2024, sous des températures dépassant les 50 degrés, les autorités saoudiennes ont mis en place des mesures visant à limiter les effets de la chaleur, notamment davantage de zones ombragées.

Plus de 50.000 agents de santé et 3.000 ambulances ont également été déployés pour aider les pèlerins dans le besoin, a indiqué le ministère saoudien de la Santé.

Après le mont Arafat, les fidèles se rendent à Muzdalifah, où ils ramassent des cailloux afin de procéder à la symbolique "lapidation du diable" mercredi.

L'Arabie saoudite, qui abrite les sanctuaires les plus sacrés de l'islam à La Mecque et à Médine, génère des milliards de dollars chaque année grâce au hajj et à la Omra, le petit pèlerinage entrepris à d'autres moments de l'année.


Liban: frappes sur la ville de Nabatiyé dans le sud, 11 morts dans un raid sur l'est

Des frappes ont visé mardi la ville de Nabatiyé dans le sud du Liban après un ordre israélien d'évacuation inédit, au lendemain de la mort d'au moins 11 personnes dans un raid israélien sur l'est du pays, selon les autorités. (AFP)
Des frappes ont visé mardi la ville de Nabatiyé dans le sud du Liban après un ordre israélien d'évacuation inédit, au lendemain de la mort d'au moins 11 personnes dans un raid israélien sur l'est du pays, selon les autorités. (AFP)
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  • A Nabatiyé, un correspondant de l'AFP a fait état de plusieurs frappes après l'avertissement d'Israël, et a pu voir de la fumée s'élever de plusieurs endroits
  • "Vous devez évacuer vos maisons immédiatement et vous déplacer au nord de la rivière Zahrani", avait indiqué plus tôt sur X un porte-parole militaire arabophone, Avichay Adraee, en s'adressant aux habitants de cette grande ville du sud

BEYROUTH: Des frappes ont visé mardi la ville de Nabatiyé dans le sud du Liban après un ordre israélien d'évacuation inédit, au lendemain de la mort d'au moins 11 personnes dans un raid israélien sur l'est du pays, selon les autorités.

Dans le même temps, l'armée israélienne a annoncé étendre ses opérations terrestres contre le Hezbollah au-delà de la "ligne jaune" qu'elle a établie dans le sud du Liban.

Cette pression accrue intervient au lendemain de la menace du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d'intensifier les frappes pour "écraser" le mouvement pro-iranien.

A Nabatiyé, un correspondant de l'AFP a fait état de plusieurs frappes après l'avertissement d'Israël, et a pu voir de la fumée s'élever de plusieurs endroits.

"Vous devez évacuer vos maisons immédiatement et vous déplacer au nord de la rivière Zahrani", avait indiqué plus tôt sur X un porte-parole militaire arabophone, Avichay Adraee, en s'adressant aux habitants de cette grande ville du sud.

Désertée par une grande partie de ses habitants depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, Nabatiyé continue d'être pilonnée malgré la trêve entrée en vigueur le 17 avril.

D'autres frappes dans le sud ont fait au moins un mort et deux blessés parmi des secouristes affiliés au mouvement Amal, allié du Hezbollah, à Srifa, selon le ministère de la Santé, ce qui porte à 120 le nombre de secouristes tués dans le conflit.

Plusieurs localités du sud, notamment dans la région de Tyr, ont aussi été ciblées, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

La veille, des ordres d'évacuation pour Tyr avaient provoqué la panique et un mouvement d'exode parmi les habitants encore présents dans la ville millénaire, d'après un correspondant de l'AFP.

Un barrage menacé 

L'armée israélienne a également émis mardi un ordre d'évacuation pour Machghara et Sohmor, deux localités dans l'est du Liban, où elle a en outre visé les environs du barrage de Qaraoun, selon l'Ani.

L'organisme chargé du barrage a appelé les autorités libanaises à faire pression sur la communauté internationale pour empêcher toute attaque aux "risques catastrophiques pour les habitants".

Des bombardements avaient eu lieu lundi soir dans cette région du pays, faisant au moins 11 morts à Machghara, dont deux enfants et une femme, et 15 blessés, a annoncé mardi le ministère de la Santé.

L'armée israélienne avait indiqué avoir frappé dans la nuit plus de 100 cibles du Hezbollah.

De son côté, le Hezbollah a annoncé que ses combattants avaient fait barrage mardi à l'aube à "une force israélienne (...) qui avançait en direction de Zaoutar", village surplombant Nabatiyé, situé à une dizaine de kilomètres de la frontière.

Le groupe a dit avoir eu recours notamment à "des obus et drones d'attaques", ajoutant que les "combats directs" se poursuivaient dans la zone.

"Nous allons intensifier les coups, en intensifier la puissance et nous allons écraser" le Hezbollah, a averti lundi soir Benjamin Netanyahu.

"Pour chaque drone explosif, dix immeubles doivent tomber à Beyrouth", a estimé pour sa part le ministre des Finances d'extrême droite, Bezalel Smotrich.

Malgré la trêve, Israël poursuit ses frappes et opérations au Liban en disant viser le Hezbollah et son infrastructure, alors que les chances d'un accord rapide entre les Etats-Unis et l'Iran semblent s'amenuiser.

Les frappes israéliennes ont fait au moins 3.213 morts depuis le début du conflit début mars, selon le dernier bilan du ministère de la Santé publié mardi, soit 28 morts de plus par rapport au bilan de la veille.