Inquiétudes autour d'une zone tampon qu'Israël veut établir à Gaza

Vus de Sderot, Israël, des bâtiments endommagés se dressent au milieu des décombres à Gaza, dans le cadre du conflit actuel entre Israël et le groupe islamiste palestinien Hamas, le 3 février 2024. (REUTERS)
Vus de Sderot, Israël, des bâtiments endommagés se dressent au milieu des décombres à Gaza, dans le cadre du conflit actuel entre Israël et le groupe islamiste palestinien Hamas, le 3 février 2024. (REUTERS)
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Publié le Dimanche 04 février 2024

Inquiétudes autour d'une zone tampon qu'Israël veut établir à Gaza

  • Ces dernières semaines, l'armée israélienne a donc entrepris de rendre inhabitable une bande d'un kilomètre de large, d'un bout à l'autre de Gaza
  • Israël songe à cette zone tampon depuis au moins 2005, date à laquelle l'armée avait unilatéralement évacué les quelque 8.000 colons israéliens qui s'y étaient établis

NAHAL OZ, Israël : Israël s'applique à créer, au sein de la bande de Gaza, une zone tampon censée renforcer la sécurité du sud du pays, empiétant sur un territoire palestinien déjà exigu et faisant craindre de sérieuses violations des droits de ses habitants.

Le 7 octobre, les combattants du mouvement islamiste palestinien Hamas ont mené l'attaque la plus violente de son histoire, après avoir enfoncé les grillages censés justement l'en empêcher.

Ces dernières semaines, l'armée israélienne a donc entrepris de rendre inhabitable une bande d'un kilomètre de large, d'un bout à l'autre de Gaza, a montré un expert à l'AFP. Dans sa partie la plus étroite, le territoire ne dépasse pas les 6 kilomètres de large.

Plus de 30% des bâtiments de cette langue de terre ont été détruits, affirme Adi Ben Nun, professeur à l'université hébraïque de Jérusalem, sur la base d'images satellites. «C'est une question ouverte, ce n'est pas secret».

En janvier, le chef de l'armée israélienne Herzi Halevi avait été contraint de se justifier sur «une opération dans la zone tampon entre les communautés israéliennes et Gaza». Pas moins de 21 réservistes y avaient été tués, le pire bilan quotidien pour Israël depuis le début de la guerre.

L'armée n'a pas répondu aux questions de l'AFP sur cette zone tampon.

Mais des experts soulignent aujourd'hui que le déplacement forcé de Gazaouis pourrait constituer une violation des droits de la guerre.

- «Ne pas empiéter» sur Gaza -

«Nous voyons des preuves croissantes qu'Israël rend inhabitables de vastes zones de Gaza (...). Cela pourrait relever de crimes de guerre», dit à l'AFP Nadia Hardman, spécialiste des droits des réfugiés pour l'organisation Human Rights Watch.

«Si le gouvernement israélien veut une zone tampon, il a tous les droits d'en créer une en Israël» mais «pas de s'approprier du territoire dans Gaza», renchérit sur X Ken Roth, professeur à l'Université Princeton aux Etats-Unis.

Washington, allié indéfectible d'Israël, l'a elle même averti sans détour. «Nous restons clairs sur le fait de ne pas empiéter» sur le territoire de Gaza, déclarait en janvier le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken.

Israël songe pourtant à cette zone tampon depuis au moins 2005, date à laquelle l'armée avait unilatéralement évacué les quelque 8.000 colons israéliens qui s'y étaient établis.

Ce retrait avait mis fin à la présence israélienne sur le territoire, qui datait de la guerre de 1967.

Israël, considéré internationalement comme un occupant illégal, avait finalement renoncé au projet, mais a conservé depuis le contrôle des frontières et  imposé un blocus sur Gaza.

L'Egypte, de son côté, maintient une zone tampon avec le sud du territoire, mais sur son propre sol.

La sécurité à la frontière - non reconnue internationalement - entre Gaza et Israël est une priorité pour les Israéliens déplacés des villes et villages les plus proches de Gaza, lourdement frappés le 7 octobre.

- Pas pour les enfants –

«La zone tampon est importante pour que ceux qui veulent rentrer chez eux se sentent en sécurité», fait valoir Israela Oron, ancien général.

Mais l'heure n'est pas venue. Aucun des 400 habitants de Nahal Oz, évacué après le 7 octobre, n'est rentré. «Ce n'est pas un endroit où on peut revenir avec ses enfants. Pas encore, malheureusement», admet auprès de l'AFP Eran Braverman, un agriculteur de 63 ans, qui participe aux travaux de remise en état du kibboutz.

Plus de 1.160 personnes, en majorité des civils, ont été tuées dans l'attaque lancée le 7 octobre par des commandos du Hamas depuis la bande de Gaza, la plus violente dans l'histoire d'Israël, selon un décompte de l'AFP à partir de données officielles israéliennes.

Sur les quelque 250 personnes emmenées à Gaza le 7 octobre, selon Israël, 132 otages y sont toujours retenus, dont 27 ont été déclarés morts par l'armée.

En riposte, le gouvernement de Benjamin Netanyahu a juré d'«anéantir» le Hamas, qui a pris le pouvoir à Gaza en 2007, et lancé une offensive militaire qui a fait plus de 27.000 morts, en grande majorité des civils, selon le ministère de la Santé du mouvement palestinien.

Dans les scénarios de l'après guerre, l'idée d'une zone tampon «est revenue sur la table», note Cecilie Hellestveitde, de l'Académie norvégienne de droit international.

Fin janvier, la plus haute juridiction de l'ONU, saisie par l'Afrique du Sud, a appelé Israël à empêcher tout acte éventuel de «génocide» à Gaza.

Selon l'experte, les responsables israéliens pourraient devoir répondre d'accusations sur le risque «d'épuration ethnique, le transfert (illégal de populations) ou l'absence de reconstruction, qui fera que les Palestiniens seront forcés de complètement quitter la zone».


Les discussions entre le Liban et Israël à Washington vont se poursuivre vendredi

Un barbier coupe les cheveux d'un client dans son salon, endommagé par des frappes militaires israéliennes, dans le village de Srifa, au sud du Liban, le 24 juin 2026. (Photo : Fadel Itani / AFP)
Un barbier coupe les cheveux d'un client dans son salon, endommagé par des frappes militaires israéliennes, dans le village de Srifa, au sud du Liban, le 24 juin 2026. (Photo : Fadel Itani / AFP)
  • Les pourparlers entre Israël et le Liban, sous médiation américaine à Washington, se poursuivront vendredi afin de tenter de parvenir à un accord
  • Malgré les négociations, les tensions persistent : le Hezbollah accuse Israël d'avoir violé le cessez-le-feu après une frappe meurtrière, tandis qu'Israël affirme avoir ciblé des combattants du mouvement

WASHINGTON: La cinquième session de pourparlers entre Israël et le Liban sous médiation américaine censée se terminer jeudi va finalement se poursuivre vendredi à Washington, a annoncé le département d'Etat américain.

"Les discussions entre Israël et le Liban sont toujours en cours alors que nous continuons à les faciliter. Les deux parties reprendront demain à 9h00 (13h00 GMT) pour continuer leur travail en vue d'un accord", a déclaré le département d'Etat à l'AFP jeudi.

Le Hezbollah pro-iranien a de nouveau accusé jeudi Israël de "violation flagrante" du cessez-le-feu après qu'une frappe de drone a fait trois morts. L'armée israélienne a affirmé avoir tué des combattants de la formation chiite.

Le protocole d'accord irano-américain signé le 17 juin prévoit la cessation des hostilités, y compris au Liban. L'Iran a imposé que cette question soit incluse dans le protocole d'accord.


Le Hezbollah accuse Israël de nouvelle «violation» de la trêve après une frappe meurtrière dans le sud du Liban

Le Hezbollah a accusé Israël d'une nouvelle "violation" du cessez-le-feu mercredi, après qu'un drone israélien a fait deux morts dans le sud du Liban, au lendemain de la mort de deux autres personnes tuées par des tirs israéliens. (FADEL ITANI / AFP)
Le Hezbollah a accusé Israël d'une nouvelle "violation" du cessez-le-feu mercredi, après qu'un drone israélien a fait deux morts dans le sud du Liban, au lendemain de la mort de deux autres personnes tuées par des tirs israéliens. (FADEL ITANI / AFP)
  • Le Hezbollah "réitère que les actions de l'ennemi constituent une violation flagrante du cessez-le-feu auquel il a adhéré jusqu'à présent, et qu'il surveille et documente ces violations"
  • L'Agence nationale d'information (ANI), agence officielle libanaise, a rapporté que "deux personnes ont été tuées" lorsqu'un drone israélien a visé leur véhicule près de la localité de Kfar Roummane

BEYROUTH: Le Hezbollah a accusé Israël d'une nouvelle "violation" du cessez-le-feu mercredi, après qu'un drone israélien a fait deux morts dans le sud du Liban, au lendemain de la mort de deux autres personnes tuées par des tirs israéliens.

"Pour la deuxième fois en moins de 48 heures, l'armée ennemie israélienne a délibérément visé des citoyens libanais qui inspectaient leurs maisons" près de la localité de Kfar Roummane, a déclaré le groupe soutenu par l'Iran dans un communiqué.

Le Hezbollah "réitère que les actions de l'ennemi constituent une violation flagrante du cessez-le-feu auquel il a adhéré jusqu'à présent, et qu'il surveille et documente ces violations".

L'Agence nationale d'information (ANI), agence officielle libanaise, a rapporté que "deux personnes ont été tuées" lorsqu'un drone israélien a visé leur véhicule près de la localité de Kfar Roummane.

L'armée israélienne avait indiqué plus tôt avoir visé "deux terroristes armés du Hezbollah dans le secteur de la crête d'Ali al-Taher", près de la ville de Nabatieh, "qui représentaient une menace", affirmant qu'elle "continuerait d'agir pour éliminer les menaces immédiates".

Elle a ensuite précisé avoir également visé "un véhicule transportant des suspects (...) traversant la zone de sécurité dans le secteur de la crête d'Ali al-Taher, représentant une menace pour les soldats (israéliens)".

Le Pakistan et le Qatar — médiateurs dans le conflit impliquant l'Iran — ont annoncé lundi que Téhéran et Washington avaient convenu de mettre en place une cellule préventive afin de limiter les flambées de violence au Liban.

Cette décision fait suite à des pourparlers en Suisse visant à mettre fin au conflit plus large au Moyen-Orient, un dossier que Téhéran lie à l'arrêt du conflit parallèle au Liban.

Si les violences au Liban ont reflué ces derniers jours, le ministre israélien de la Défense a insisté sur le fait que ses troupes présentes dans le sud du pays voisin n'allaient pas se retirer.

"Nous avons annoncé que, dans tous les cas, nous ne nous retirerons pas et qu'à l'heure actuelle (...) il n'y a aucune exigence américaine pour qu'Israël se retire du Liban", a dit M. Katz lors d'une interview à Tel-Aviv.

Sous la pression des Etats-Unis, des responsables libanais ont entamé en avril des pourparlers directs avec Israël à Washington, les autorités libanaises cherchant à dissocier ces négociations de l'accord entre les États-Unis et l'Iran.

Le président libanais Joseph Aoun a souligné mercredi que "les négociations à Washington sont distinctes de ce qui a découlé des réunions en Suisse" entre les Etats-Unis et l'Iran.


Rubio poursuit à Bahreïn sa tournée pour rassurer les alliés de Washington dans le Golfe

  • Avant son étape au Koweït, Marco Rubio avait assuré depuis Abou Dhabi le président émirati de l'engagement de Washington en faveur de la sécurité de son pays
  • Il a ensuite rallié Bahreïn pour une réunion jeudi du Conseil de coopération du Golfe (CCG)

MANAMA: Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio est jeudi à Bahreïn, poursuivant sa tournée destinée à rassurer les pays du Golfe sur la volonté des Etats-Unis de protéger leurs intérêts dans les discussions avec l'Iran.

Mercredi au Koweït, le secrétaire d'Etat américain avait assuré que les Etats-Unis entendaient "discuter avec eux de chaque décision prise concernant" les négociations en cours avec Téhéran.

Les pays du Golfe ont payé un lourd tribut à l'offensive américano-israélienne lancée le 28 février contre l'Iran. Ils accueillent des bases militaires américaines et ont été visés par des missiles et drones iraniens en représailles.

Avant son étape au Koweït, Marco Rubio avait assuré depuis Abou Dhabi le président émirati de l'engagement de Washington en faveur de la sécurité de son pays. Il a ensuite rallié Bahreïn pour une réunion jeudi du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

En parallèle, des discussions sur une réconciliation entre les pays du Golfe et l'Iran sont prévues en Arabie saoudite, à une date encore indéterminée, a indiqué à l'AFP un diplomate.

Trump refuse tout péage 

L'Iran et les Etats-Unis ont signé le 17 juin un protocole pour mettre fin aux hostilités, ouvrant la voie à 60 jours de négociations en vue d'un règlement durable.

Une réunion technique avec la délégation iranienne est prévue les 29 ou 30 juin en Suisse, a précisé Marco Rubio.

Mais de nombreuses divergences subsistent, comme le nucléaire ou le détroit d'Ormuz. Et les critiques se multiplient aux Etats-Unis sur les concessions accordées par Donald Trump, soucieux de mettre un terme au plus vite à cette guerre impopulaire.

La Maison Blanche a dû demander aux parlementaires américains une rallonge budgétaire de près de 88 milliards de dollars, notamment pour reconstituer ses stocks de munitions après la guerre.

Le protocole d'accord a "la valeur d'une déclaration de défaite pour l'Amérique", s'est prévalu mercredi le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Si le texte prévoit une réouverture du détroit d'Ormuz, après des mois de blocage qui ont fait flamber les cours de l'or noir, l'Iran a dit vouloir imposer des frais de service, assurant que cette voie maritime stratégique ne retrouvera pas son fonctionnement libre d'avant-guerre.

"AUCUN PEAGE, AUCUN FRAIS D'ASSURANCE ET AUCUN AUTRE FRAIS" ne sera accepté par Washington, a tonné Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.

Aucun pays autre que l'Iran ne soutient l'imposition de frais pour son passage, a assuré pour sa part Marc Rubio.

Pour l'heure, les cours du baril de pétrole Brent continuent leur décrue. Le Brent de la mer du Nord, référence internationale, est brièvement retombé jeudi sous son niveau d'avant-guerre. Durant le conflit, la flambée des cours du brut avaient provoqué une poussée d'inflation mondiale et des pénuries de carburant dans certains pays.

Sur le volet nucléaire, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a assuré mercredi que des inspections en Iran auraient bien lieu, sans fixer de date.

Téhéran a toujours nié vouloir se doter de la bombe atomique, mais campe sur son droit à une filière civile complète.

"Comme le phénix" 

Sur le Liban, dont l'Iran a imposé l'inclusion dans le protocole d'accord, Mohammad Bagher Ghalibaf a estimé que la fin de la guerre y était "aussi importante" que la fin des hostilités dans son propre pays.

Or le Hezbollah libanais a accusé mercredi Israël d'une nouvelle "violation" du cessez-le-feu après qu'un drone israélien a fait deux morts dans le sud du pays. Deux autres personnes avaient été tuées par des tirs israéliens la veille.

L'Iran a par ailleurs accusé jeudi l'Otan, de "complicité" dans la guerre déclenchée contre lui par les Etats-Unis et Israël, reprochant notamment à l'Italie et à la Roumanie d'avoir permis à des avions américains d'utiliser leurs bases pendant le conflit.

"Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale", a écrit sur X le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï.