Le Premier ministre thaïlandais: la Thaïlande est «ouverte aux affaires» et l’Arabie saoudite offre une énorme potentiel

Le Premier ministre Srettha Thavisin, au centre, salue des touristes dans le quartier chinois de Bangkok le jour du Nouvel An chinois, une fête importante. (Photo AN, Abdelrahman Fahad ben Shulhub)
Le Premier ministre Srettha Thavisin, au centre, salue des touristes dans le quartier chinois de Bangkok le jour du Nouvel An chinois, une fête importante. (Photo AN, Abdelrahman Fahad ben Shulhub)
Le Premier ministre Srettha Thavisin (G) s’est entretenu avec le rédacteur en chef d’Arab News, Faisal J. Abbas, dans un Starbucks du quartier chinois de Bangkok, samedi, à l’occasion du Nouvel An chinois. (Photo AN, Abdelrahman Fahad ben Shulhub)
Le Premier ministre Srettha Thavisin (G) s’est entretenu avec le rédacteur en chef d’Arab News, Faisal J. Abbas, dans un Starbucks du quartier chinois de Bangkok, samedi, à l’occasion du Nouvel An chinois. (Photo AN, Abdelrahman Fahad ben Shulhub)
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Publié le Lundi 12 février 2024

Le Premier ministre thaïlandais: la Thaïlande est «ouverte aux affaires» et l’Arabie saoudite offre une énorme potentiel

  • Srettha Thavisin affirme que c’est son travail de voyager et de «vendre» la Thaïlande au monde entier
  • Il salue les réformes saoudiennes et évoque les possibilités de renforcer les liens entre les deux pays et appelle les dirigeants du monde entier à mettre en œuvre un cessez-le-feu à Gaza

BANGKOK: Rien n’est probablement plus symbolique de l’équilibre délicat que la Thaïlande maintient entre l’Orient et l’Occident que le fait que le Premier ministre thaïlandais ait proposé à Arab News de l’interviewer au Starbucks local, dans le quartier chinois, le jour du Nouvel An chinois, une fête importante.

Mais Srettha Thavisin n’est pas un politicien comme les autres. Avant de devenir Premier ministre, il était un homme d’affaires prospère, connu pour gérer son emploi du temps avec la régularité d’une montre suisse. En fait, il lance immédiatement la conversation en déclarant que son travail consiste à «vendre la Thaïlande», ce qui, selon lui, n’était pas le cas dans le passé. Aujourd’hui, près de six mois après son entrée en fonction, le magnat de l’immobilier devenu homme politique affirme que sa priorité absolue est de voyager et de dire au monde entier que son pays est ouvert aux affaires.

«Les gens ne connaissent pas le monde des affaires en Thaïlande parce que, pendant les neuf ou dix dernières années, la Thaïlande n’est pas allée à l’extérieur pour vendre la Thaïlande. Cependant, depuis que j’ai pris mes fonctions (en août de l’année dernière), ma priorité absolue est de voyager et de dire au monde que la Thaïlande est ouverte aux affaires, que ce soit pour l’investissement et le commerce ou pour l’échange de personnes comme le tourisme, l’éducation et l’assistance technique», assure-t-il.

Sans exagération (ou plutôt parce que c’est à l’œuvre qu’on connaît l’artisan), Srettha est venu à la réunion avec un T-shirt rouge, la couleur traditionnelle du Nouvel An chinois. Lorsque nous sommes sortis du café américain pour entrer dans le quartier chinois animé, il a été assailli par les touristes et les habitants, certains Chinois, d’autres Européens et de nombreux Thaïlandais. Une famille danoise est repartie très heureuse d’avoir réussi à prendre un selfie inattendu avec le Premier ministre du royaume.

M. Srettha plaisante en se référant à une tradition locale qui veut que l’on ne travaille pas le jour du Nouvel An chinois : «Les gens disent que si l’on travaille le jour du Nouvel An chinois, on doit travailler dur toute l’année. Mais je travaille car chaque année, même lorsque je prends un congé pour le Nouvel An, je dois travailler dur tous les jours.»

Lorsqu’on lui demande comment la Thaïlande parvient à maintenir un équilibre dans ses liens avec l’Orient et l’Occident, notamment parce que la Chine (son deuxième partenaire commercial, avec une composante ethnique et une influence culturelle) ne s’entend pas avec les États-Unis (le premier partenaire commercial de Bangkok, qui coopère également en matière de sécurité), il répond : «Nous sommes un pays neutre. Nous ne sommes en conflit avec personne ici. Vous voyez des Européens de l’Est, des Russes, des Chinois, des Indiens, des Japonais, des Coréens, des Européens et des Américains.»

«En raison de notre position diplomatique, nous ne faisons pas partie du conflit. Nous croyons en une paix durable et en une prospérité commune.» 

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a rencontré le Premier ministre thaïlandais Srettha Thavisin en marge du sommet CCG-ASEAN à Riyad, le 20 octobre 2023. (SPA/Photo d'archives)
Le Premier ministre thaïlandais Srettha Thavisin faisait partie de la délégation de l'ANASE lors de la réunion des dirigeants du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est qui s'est tenue à Riyad en octobre dernier. Pour le Premier ministre Srettha, la priorité absolue est de voyager et de dire au monde que son pays est ouvert aux affaires. (Photo SPA)

Évoquant les avantages de l’investissement dans son pays, M. Srettha a expliqué que pour attirer des travailleurs expatriés qualifiés, il fallait leur fournir des services de qualité.

«C’est très important pour les hommes et femmes d’affaires», affirme-t-il. «Par exemple, il faut de bonnes écoles internationales. Les expatriés, comme vous, viennent avec leur famille. Où leurs enfants vont-ils à l’école ? Nous devons faire en sorte d’avoir d’excellentes écoles internationales.»

En tant qu’ancien homme d'affaires, il sait clairement où se trouvent les principales opportunités, et le pays qui figure en tête de liste est l’Arabie saoudite. En fait, cette interview avec Arab News a été demandée, à l’origine, pour marquer le deuxième anniversaire du rétablissement des relations entre l’Arabie saoudite et la Thaïlande, suspendues du début des années 1990 jusqu’en janvier 2022 en raison d’un incident diplomatique.

Depuis la réconciliation, les relations se sont considérablement améliorées, favorisant les échanges commerciaux, les investissements et les relations interpersonnelles. Toutefois, M. Srettha estime qu’il existe un grand potentiel d’approfondissement des liens, ayant été très impressionné par ce qu’il a vu lors d’une visite dans le Royaume en octobre dernier.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a rencontré le Premier ministre thaïlandais Srettha Thavisin en marge du sommet CCG-ASEAN à Riyad, le 20 octobre 2023. (SPA/Photo d'archives)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a rencontré le Premier ministre thaïlandais Srettha Thavisin en marge du sommet CCG-ASEAN à Riyad, le 20 octobre 2023. (SPA/Photo d'archives)

«Je me suis entretenu avec la Saudi Basic Industries Corporation (Sabic)», dit-il. «Ils veulent faire tout ce qui concerne l’agriculture. Je me suis entretenu avec Aramco, la plus grande compagnie pétrolière du monde, avec le PIF, le fonds souverain, et avec le prince héritier Mohammed ben Salmane.»

«J’ai été stupéfait par l’ampleur de ce que vous essayez de faire et par le potentiel du pays. Encore une fois, les investissements transfrontaliers que vous avez réalisés dans le monde entier sont une source d’admiration et d’inspiration pour le reste du monde.»

«Vous n’avez pas seulement la puissance financière. Vous avez la capacité de déterminer ce que vous n’avez pas et d’essayer de l’obtenir pour votre pays. Par exemple, la sécurité alimentaire est très importante.»

«La logistique, The Line (le projet phare de Neom), l’aéroport de Riyad — votre aéroport sera deux fois plus grand que celui de Dubaï dans les dix prochaines années. C’est admirable. C’est vraiment admirable.» 

Rappelant les politiques environnementales de l’Arabie saoudite, notamment l’Initiative verte saoudienne (SGI), qui vise à planter 10 milliards d’arbres dans le Royaume au cours des prochaines années, M. Srettha a indiqué qu’il s’agissait d’un domaine dans lequel la Thaïlande pouvait apporter son soutien, notamment en exportant de jeunes arbres destinés à être replantés.

Le projet de verdissement de l’Arabie saoudite vise à planter 10 milliards d’arbres dans le cadre de l’initiative verte saoudienne. (Photo fournie)
Le projet de verdissement de l’Arabie saoudite vise à planter 10 milliards d’arbres dans le cadre de l’initiative verte saoudienne. (Photo fournie)

La Thaïlande exporte beaucoup de main-d’œuvre. Les travailleurs thaïlandais sont présents dans le monde entier, dans de nombreux secteurs, et sont réputés pour leur éthique de travail et leur amabilité. Environ 8000 travailleurs thaïlandais se trouvent actuellement en Arabie saoudite. Le réchauffement des relations entre les deux pays signifie que ce nombre pourrait rapidement augmenter.

Selon M. Srettha, la récente escalade du conflit entre Israël et le Hamas a fortement ébranlé l’un des marchés les plus lucratifs pour la main-d’œuvre thaïlandaise qualifiée, à savoir Israël. Lors de l’attaque menée par le Hamas contre le sud d’Israël le 7 octobre dernier, environ 1200 personnes ont été tuées, dont au moins 39 ressortissants thaïlandais. Les combattants ont pris en otage quelque 240 personnes, dont 32 travailleurs thaïlandais.

Jusqu’à présent, 23 d’entre eux ont été libérés dans le cadre d’un accord distinct entre la Thaïlande et le Hamas, négocié par des tiers. Le Premier ministre thaïlandais souhaite que les otages restants soient libérés.

«Sommes-nous impliqués dans le conflit ? Nous ne sommes pas impliqués dans le conflit. Tout ce que nous voulons, c’est la paix et la prospérité communes. Tout ce que nous voulons, c’est la sécurité pour notre peuple. Tout ce que nous voulons, c’est la libération des huit otages restants. À ce jour, nous ne savons toujours pas s’ils sont en vie», ajoute-t-il.

«Faut-il nous blâmer ? Non. Nous sommes allés là-bas pour contribuer au développement de l’économie. Ce ne sont pas des espions. Ils étaient sur le terrain.»

Le Premier ministre thaïlandais, Srettha Thavisin, est vu sur un écran d’affichage alors qu’il s’adresse aux ressortissants thaïlandais libérés par leurs ravisseurs du Hamas à leur arrivée à l’aéroport Suvarnabhumi de Bangkok, le 30 novembre 2023. (Photo, AFP)
Le Premier ministre thaïlandais, Srettha Thavisin, est vu sur un écran d’affichage alors qu’il s’adresse aux ressortissants thaïlandais libérés par leurs ravisseurs du Hamas à leur arrivée à l’aéroport Suvarnabhumi de Bangkok, le 30 novembre 2023. (Photo, AFP)

Malgré les torts causés aux ressortissants thaïlandais lors de l’attaque du 7 octobre, la Thaïlande s’est jointe à d’autres pays pour demander à Israël de cesser sa campagne de représailles dans la bande de Gaza, s’en tenant fermement à sa politique de neutralité.

«Nous voulons un cessez-le-feu», insiste M. Srettha. «(Lorsque je m’adresse aux dirigeants du monde, je leur demande) : “Comment mettre fin au conflit ?”»

«Comment pouvons-nous parler d’énergie verte ? Comment pouvons-nous parler de développement économique ? Comment peut-on parler d’échanges et de commerce alors que des gens meurent ? Ce n’est pas juste. Ce n’est tout simplement pas juste.»

Le conflit entre Israël et le Hamas n’est pas le seul conflit régional où les travailleurs thaïlandais ont eu besoin d’être rapatriés. Lorsque la crise a éclaté au Soudan le 15 avril dernier, l’Arabie saoudite a ouvert son espace aérien pour permettre à l’armée de l’air thaïlandaise d'évacuer ses ressortissants de ce pays d’Afrique de l’Est ravagé par la guerre.

«Nous sommes reconnaissants à l’Arabie saoudite pour cela», déclare M. Srettha. 

Sur cette photo prise le 3 mars 2022, des responsables saoudiens accueillent des pèlerins thaïlandais arrivant à l’aéroport international du roi Abdelaziz de Djeddah à bord du premier avion de la compagnie Saudia à relier directement la Thaïlande à l’Arabie saoudite après une interruption de trois décennies. (X : @HajMinistry)
Sur cette photo prise le 3 mars 2022, des responsables saoudiens accueillent des pèlerins thaïlandais arrivant à l’aéroport international du roi Abdelaziz de Djeddah à bord du premier avion de la compagnie Saudia à relier directement la Thaïlande à l’Arabie saoudite après une interruption de trois décennies. (X : @HajMinistry)

Quelque 5% de la population thaïlandaise est musulmane. Chaque année, des milliers de Thaïlandais se rendent en Arabie saoudite pour accomplir le pèlerinage du Hajj. Ce phénomène s’est poursuivi même pendant les longues années où les liens entre les deux pays ont été rompus.

«Des millions et des millions de personnes se rendaient à La Mecque», raconte M. Srettha.

Les Thaïlandais musulmans qui se sont adressés à Arab News souhaitent que le gouvernement augmente le quota de pèlerins autorisés à se rendre en Arabie saoudite pour le pèlerinage et ainsi que le nombre de vols proposés.

«Je ne suis pas au courant qu’ils n’ont pas assez de quotas. Évidemment, leurs vols sont déjà prêts à être assurés. En tant que gouvernement issu du peuple, nous devons être à l’écoute des besoins de la population», souligne-t-il.

Le Premier ministre Srettha a reçu des dattes de la part du rédacteur en chef d’Arab News, Faiçal J. Abbas, après une interview dans un Starbucks du quartier chinois de Bangkok, samedi, à l’occasion du Nouvel An chinois. (Photo AN, Abdelrahman Fahad ben Shulhub)
Le Premier ministre Srettha a reçu des dattes de la part du rédacteur en chef d’Arab News, Faiçal J. Abbas, après une interview dans un Starbucks du quartier chinois de Bangkok, samedi, à l’occasion du Nouvel An chinois. (Photo AN, Abdelrahman Fahad ben Shulhub)

Les provinces du sud de la Thaïlande, à majorité musulmane, ont connu des décennies de troubles. C’est pourquoi M. Srettha explique que son gouvernement s’efforce de soutenir l’économie locale du sud afin d’encourager la stabilité.

«Si vous suivez la Thaïlande depuis longtemps, vous constaterez qu’il y a un problème dans l’extrême sud, dans les trois ou quatre provinces de l’extrême sud, et qu’il y a eu des troubles récemment», précise-t-il.

«J’aimerais que davantage de personnes vivant dans les zones rurales tirent des revenus plus importants des produits agricoles.»

M. Srettha souhaite que les citoyens jouissent de plus de libertés individuelles et d’une plus grande prospérité.

«Je souhaite le bien-être de la population en général et plus d’argent dans les poches», dit-il. «Libérez votre cœur pour faire ce que vous voulez, être ce que vous voulez être.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Les Etats-Unis frappent l'Iran qui réplique en visant une base américaine

Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu. (AFP)
Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu. (AFP)
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  • Les forces iraniennes ont par ailleurs effectué des tirs de semonce à l'intention de quatre navires qui tentaient de franchir le détroit d'Ormuz, a indiqué jeudi la télévision d'Etat (Irib)
  • Ces incidents sont les plus sérieux depuis la trêve entrée en vigueur depuis le 8 avril, après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts

TEHERAN: Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu.

Quatre drones d'attaque qui représentaient une "menace autour du détroit d'Ormuz" ont été abattus, a affirmé un responsable américain sous couvert d'anonymat, ajoutant que l'armée américaine avait aussi frappé "une station de contrôle au sol à Bandar Abbas qui menaçait de lancer un cinquième drone."

"Ces actions étaient mesurées, uniquement défensives et menées avec l'intention de maintenir le cessez-le-feu", a-t-il affirmé.

Les médias iraniens avaient auparavant rapporté trois fortes explosions près de Bandar Abbas, ville portuaire sur le détroit stratégique d'Ormuz, vers 01h30 jeudi (22h00 GMT mercredi).

En représailles, les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé jeudi avoir visé une base américaine. Ils n'ont pas précisé laquelle, mais de son côté, l'armée koweïtienne a annoncé jeudi faire face à "des attaques menées par des missiles et des drones".

Les forces iraniennes ont par ailleurs effectué des tirs de semonce à l'intention de quatre navires qui tentaient de franchir le détroit d'Ormuz, a indiqué jeudi la télévision d'Etat (Irib), sans fournir de détails sur le type de navires ni sur leur nationalité.

Ces incidents sont les plus sérieux depuis la trêve entrée en vigueur depuis le 8 avril, après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts.

Frappes au Liban 

Bombardements et combats se poursuivent par ailleurs au Liban, malgré un autre cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé des cibles du mouvement chiite pro-iranien Hezbollah à Tyr, dans le sud du pays, un jour après avoir averti qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire situé au sud du Zahrani, fleuve s'écoulant à une quarantaine de kilomètres au nord de la frontière entre Israël et le Liban.

Les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis pour mettre un terme au conflit sont laborieuses, et le détroit d'Ormuz reste verrouillé par l'Iran, ce qui a renchéri l'or noir et fait vaciller l'économie mondiale.

Mercredi, le président américain Donald Trump a une nouvelle fois agité la menace d'une reprise des hostilités.

L'Iran "veut vraiment conclure un accord. Ils n'y sont pas encore. Nous ne sommes pas satisfaits mais nous finirons par l'être (...). Ou alors nous devrons simplement finir le travail", a-t-il dit.

Dans les échanges matinaux jeudi en Asie, le baril de Brent de la mer du Nord, principale référence internationale, progressait de près de 2% pour s'établir à 96,13 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine du pétrole brut, gagnait 1,75 % à 90,23 dollars le baril.

Passer "du pire au mauvais" 

En Iran, l'accès à internet a été en partie rétabli après une coupure de près de trois mois. Les connexions restent erratiques, les données mobiles étant encore largement coupées, de nombreux sites filtrés et des services de messagerie difficilement accessibles.

"Ce n'est pas du bonheur ou de la joie (que je ressens, NDLR), j'ai juste l'impression qu'on est passé du pire au mauvais", a réagi auprès de l'AFP Bahareh, 32 ans, nutritionniste à Téhéran.

"On se demande tous les jours: +Y aura-t-il des frappes de missiles ce soir?+", décrit Amir, un développeur de logiciel de 27 ans, également depuis la capitale iranienne.

L'Iran a affirmé être en train de finaliser un accord-cadre en 14 points avec les Etats-Unis, donnant la priorité à la fin de la guerre "sur tous les fronts", y compris au Liban.

"Le projet d'accord-cadre (...) est une totale invention", a réagi la Maison Blanche.

Selon la télévision iranienne, le protocole en discussion prévoit notamment un engagement des Etats-Unis à lever leur blocus des ports iraniens en contrepartie du rétablissement du trafic commercial dans le détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

Mercredi, le Trésor américain a annoncé des sanctions à l'encontre de l'Autorité iranienne du détroit du golfe Persique, la nouvelle agence de Téhéran chargée de percevoir les droits de passage à Ormuz.

Téhéran cherche aussi à obtenir le déblocage de 24 milliards d'avoirs gelés à l'étranger, "avec mise à disposition de la moitié dès l'annonce du protocole d'accord", selon l'agence iranienne Isna.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps.

Les Etats-Unis réclament la destruction de son stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain. Téhéran dément de son côté vouloir se doter de la bombe atomique.


L'Iran juge peu probable une reprise de la guerre, Trump demande plus de concessions pour un accord

L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, au moment où les deux pays négocient un accord pour mettre fin à la guerre, Donald Trump déclarant toutefois ne pas être satisfait en l'état des propositions de l'Iran. (AFP)
L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, au moment où les deux pays négocient un accord pour mettre fin à la guerre, Donald Trump déclarant toutefois ne pas être satisfait en l'état des propositions de l'Iran. (AFP)
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  • Avant cette intervention, soufflant le chaud et le froid comme M. Trump en a coutume, les marchés avaient cédé à regain d'optimisme sur un possible règlement, avec un recul des cours du pétrole
  • Dans le même temps, l'accès à internet a été en partie rétabli en Iran après une coupure de près de trois mois, lançant un signal de détente mais sans enthousiasmer les Iraniens au vu des restrictions maintenues

TEHERAN: L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, au moment où les deux pays négocient un accord pour mettre fin à la guerre, Donald Trump déclarant toutefois ne pas être satisfait en l'état des propositions de l'Iran.

L'Iran "veut vraiment conclure un accord. Ils n'y sont pas encore. Nous ne sommes pas satisfaits mais nous finirons par l'être (...) Ou alors nous devrons simplement finir le travail", a dit le président américain, lors d'un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Avant cette intervention, soufflant le chaud et le froid comme M. Trump en a coutume, les marchés avaient cédé à regain d'optimisme sur un possible règlement, avec un recul des cours du pétrole.

Dans le même temps, l'accès à internet a été en partie rétabli en Iran après une coupure de près de trois mois, lançant un signal de détente mais sans enthousiasmer les Iraniens au vu des restrictions maintenues.

Si les armes se sont quasiment tues depuis le 8 avril après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts, les négociations sont laborieuses, et le détroit d'Ormuz reste verrouillé par l'Iran, ce qui fait flamber les prix de l'or noir et vaciller l'économie mondiale.

"Des frappes ce soir?" 

Dans ce contexte, des Iraniens témoignent de leur désarroi.

"J'ai l'impression que rien n'est encore certain, même si le cessez-le-feu est toujours en vigueur et qu'il est question d'un possible accord. On se demande tous les jours: y aura-t-il des frappes de missiles ce soir?", dit à l'AFP Amir, un développeur de logiciel de 27 ans dans la capitale iranienne.

Les Gardiens de la Révolution ont cependant jugé la probabilité d'une reprise de la guerre "faible en raison de la faiblesse de l'ennemi". Mais "les forces armées se tiennent en alerte", a prévenu Mohammad Akbarzadeh, un haut responsable des forces navales cité par l'agence de presse Tasnim.

Selon le ministère iranien du Renseignement, les Etats-Unis et Israël ont raté, avec leur attaque lancée le 28 février, leur "objectif de renverser et de diviser le pays", mais poursuivent désormais ce but "par d'autres moyens".

La veille, Téhéran avait accusé Washington d'avoir violé le cessez-le-feu dans le sud du pays, après l'annonce américaine de frappes nocturnes sur des sites de lancement de missiles.

L'Iran n'a pas officiellement confirmé l'information, mais les médias d'Etat ont rapporté des explosions dans la ville portuaire de Bandar Abbas.

Accès aux avoirs 

Mercredi, les cours du pétrole ont plongé: vers 15H45 GMT (17H45 à Paris), le cours du baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, perdait 3,94% à 96,10 dollars.

"Il subsiste un air d'optimisme prudent quant à la signature et aux détails d'un protocole d'accord (MoU)", commente Chris Weston, responsable de la recherche chez le courtier Pepperstone.

L'agence iranienne Isna a fait état de "négociations globalement positives" après la visite de hauts responsables iraniens au Qatar, une première depuis le début des hostilités marquées par des tirs de représailles iraniens sur ses voisins du Golfe.

L'enjeu était de discuter des "modalités d'accès" aux fonds gelés à l'étranger, dont une partie au Qatar, en raison des sanctions américaines. Téhéran exige le déblocage de 24 milliards d'avoirs, "avec mise à disposition de la moitié dès l'annonce du protocole d'accord", selon Isna.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps.

"Totale invention" 

Les Etats-Unis réclament la destruction de son stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain. Téhéran dément de son côté vouloir se doter de la bombe atomique.

La télévision iranienne a fait état mercredi d'une ébauche du protocole d'accord en discussion, prévoyant notamment selon elle un engagement des Etats-Unis à lever leur blocus des ports iraniens en contrepartie du rétablissement du trafic commercial dans le détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

"Cette information des médias d'Etat iraniens n'est pas vraie et le projet d'accord-cadre (...) est une totale invention", a réagi la Maison Blanche.

Mercredi, les Gardiens de la Révolution ont insisté sur le fait que seuls les navires "prêts à se conformer aux ordres iraniens" seraient autorisés à passer le détroit, selon la télévision d'Etat.

Sur l'autre front du conflit, au Liban - dont Téhéran réclame l'inclusion dans tout accord de paix - Israël intensifie ses raids aériens et opérations terrestres contre le Hezbollah pro-iranien, qui poursuit aussi ses attaques, malgré un cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a averti dans la soirée qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais situé au sud du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière entre les deux pays, appelant à son évacuation.


L'ONU condamne l'attaque d'un drone près de la centrale nucléaire de Barakah, aux Émirats arabes unis

Le Conseil a fait référence aux résolutions du Conseil de sécurité et aux résolutions adoptées par la Conférence générale de l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui font état de la préoccupation internationale de longue date concernant les attaques contre les sites nucléaires civils. (Photo ONU)
Le Conseil a fait référence aux résolutions du Conseil de sécurité et aux résolutions adoptées par la Conférence générale de l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui font état de la préoccupation internationale de longue date concernant les attaques contre les sites nucléaires civils. (Photo ONU)
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  • La frappe du 17 mai a posé de sérieux risques pour la vie des civils, les infrastructures critiques et l'environnement, avertissent les membres du Conseil
  • Sans nommer l'Iran, ils décrivent l'incident comme "une violation flagrante du droit international" et une escalade dangereuse impliquant des infrastructures nucléaires civiles

NEW YORK : Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné mardi ce qu'il a décrit comme une "attaque de drone flagrante" qui a visé un générateur d'électricité à l'extérieur du périmètre intérieur de la centrale nucléaire de Barakah, dans les Émirats arabes unis.

Cette attaque, qui a eu lieu le 17 mai, présente de graves risques pour la vie des civils, les infrastructures essentielles et l'environnement, a averti le Conseil.

Sans nommer l'Iran, les membres du Conseil ont déclaré que l'attaque constituait "une violation flagrante du droit international" et ont exprimé leur profonde inquiétude face à ce qu'ils décrivent comme une dangereuse escalade impliquant des infrastructures civiles et nucléaires.

"Les membres du Conseil de sécurité condamnent avec la plus grande fermeté l'attaque flagrante de drones", ont-ils déclaré dans un communiqué, ajoutant que les attaques ou les menaces contre des installations nucléaires pacifiques étaient inacceptables et devaient cesser immédiatement.

Ils ont également demandé "la cessation immédiate et permanente de toutes les attaques contre les civils et les infrastructures civiles dans les Émirats arabes unis".

Le Conseil a fait référence aux résolutions du Conseil de sécurité et aux résolutions adoptées par la Conférence générale de l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui font état des préoccupations internationales de longue date concernant les attaques contre les sites nucléaires civils.

La déclaration prend également acte des commentaires du directeur général de l'AIEA, Rafael Mariano Grossi, qui s'est déclaré "gravement préoccupé" par l'incident survenu dans les Émirats arabes unis et a averti que "les activités militaires qui menacent la sûreté nucléaire sont inacceptables".

Réaffirmant l'importance des normes de sécurité nucléaire, le Conseil a appelé tous les États à respecter les niveaux les plus élevés de sûreté, de sécurité et de garanties nucléaires, et à éviter toute action susceptible de compromettre les opérations nucléaires ou de créer une plus grande instabilité régionale.

Les membres du Conseil ont également souligné le fait que l'installation de Barakah a été "conçue, construite et exploitée conformément aux normes internationales les plus strictes", sous la supervision de l'autorité fédérale des Émirats arabes unis chargée de la réglementation nucléaire, et conformément aux exigences de l'AIEA en matière de sécurité.

La centrale, qui se trouve dans la région d'Al-Dhafra à Abou Dhabi et qui entrera officiellement en service en 2021, est la première centrale nucléaire commerciale du monde arabe et constitue un élément clé de la stratégie énergétique à long terme des Émirats arabes unis.