L'après-Gaza passe par un Etat palestinien et de nouveaux chefs

Le président Mahmud Abbas (au centre) préside une réunion des dirigeants palestiniens dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie occupée par Israël, le 18 février 2024 (Photo, AFP).
Le président Mahmud Abbas (au centre) préside une réunion des dirigeants palestiniens dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie occupée par Israël, le 18 février 2024 (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 21 février 2024

L'après-Gaza passe par un Etat palestinien et de nouveaux chefs

  • Dans un entretien récent au New York Times, Mohammed Dahlane appelait à un renouvellement du leadership palestinien
  • Antony Blinken, a récemment plaidé pour une «réforme» de l'Autorité palestinienne

JÉRUSALEM: Le changement voulu par "plus de 90% des Palestiniens" après la guerre à Gaza passe par un Etat palestinien pour l'opposant Nasser al-Kidwa qui prône un "divorce à l'amiable" avec le président Mahmoud Abbas et voit le Hamas sortir "affaibli" du conflit.

Ancien chef de la diplomatie palestinienne et neveu de Yasser Arafat, fondateur du Fatah en 1959, M. Kidwa a été écarté du parti en 2021 après avoir déclaré son intention de se présenter aux élections législatives sur une liste concurrente de celle de Mahmoud Abbas, actuel dirigeant de la formation.

A l'époque, il avait déjà fait front commun avec Mohammed Dahlane, ancien chef de la sécurité à Gaza devenu leader d'un courant au sein du Fatah. Exilé à Abou Dhabi, M. Dahlane est aujourd'hui conseiller de Mohammed ben Zayed al-Nahyane, le puissant président des Emirats arabes unis, l'un des rares pays arabes à avoir normalisé ses relations avec Israël.

Originaire de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, où il garde d'importants appuis, M. Dahlane est considéré par certains pays de la région comme un acteur clé de l'après-guerre dans le territoire palestinien alors que des discussions se multiplient sur le sujet à Paris, Washington, Londres, Ryad, Le Caire ou Doha.

Sur le papier, ces pourparlers sont destinés à favoriser une trêve entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, assortie de libération d'otages. Mais en coulisses, elles touchent aux enjeux plus profonds de l'après-guerre: la sécurité après un retrait israélien, la réforme du leadership, la création d'un Etat palestinien, ou la normalisation des relations Israël/Arabie saoudite.

«Divorce» avec Abbas

"Comment assembler toutes les pièces de ce puzzle? Cela peut sembler confus mais dans les faits les positions des différentes parties se rapprochent de plus en plus, à l'exception d'Israël", explique à l'AFP M. Kidwa, qui a passé une partie de 2023, avant la guerre, à Gaza.

L'idée serait d'arriver d'ici le ramadan, qui doit commencer le 10 ou 11 mars, à une trêve d'environ six semaines qui permette des échanges de prisonniers palestiniens aux mains d'Israël contre des otages, explique-t-il. Et de profiter de cette pause pour "intensifier les pourparlers sur les autres éléments" du dossier palestinien.

Dans un entretien récent au New York Times, Mohammed Dahlane appelait à un renouvellement du leadership palestinien, incarné par le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, 88 ans, au pouvoir dans une partie de la Cisjordanie occupée, et le Hamas, qui tenait Gaza jusqu'au début de la guerre le 7 octobre.

M. Kidwa prône "un divorce à l'amiable avec M. Abbas": ce dernier resterait président, mais avec un rôle uniquement honorifique, et pour le reste "le pouvoir serait transféré à un Premier ministre et à un gouvernement responsables à la fois de la Cisjordanie et de Gaza".

Après la guerre, "le Hamas ne sera pas annihilé, comme l'ont dit les Israéliens", mais "il sera affaibli" et "ne gouvernera plus Gaza", estime M. Kidwa. En quoi sera-t-il différent? "Ce sera à ses membres de décider, mais nous devons aider et encourager cette transformation".

Depuis le début de la guerre à Gaza, M. Kidwa est allé à Doha où il a rencontré le bureau politique du Hamas, basé sur place. "Je leur ai dit ce que je pensais vraiment, dont le fait que le Hamas ne restera pas au pouvoir à Gaza", dit-il. "Ce n'était pas facile à accepter pour eux mais je crois qu'ils ont compris".

Souhait de «changement»

Le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant avait proposé en janvier un plan pour l'après-guerre en vertu duquel Gaza ne serait plus contrôlé par le Hamas mais gouverné à terme par "des entités palestiniennes" et non une administration israélienne.

Côté occidental, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a récemment plaidé pour une "réforme" de l'Autorité palestinienne.

Mais au-delà des volontés américaines ou israéliennes, le changement est surtout "le souhait de plus de 90% des Palestiniens", affirme Nasser al-Kidwa.

Trente ans après les accords d'Oslo, "la solution à deux Etats" - une Palestine indépendante et viable aux côtés d'Israël - évoquée à l'époque et à nouveau ces dernières semaines par les Occidentaux, reste un voeu pieux.

"Moi-même, j'ai des doutes sur la solution à deux Etats (car) l'expression est liée à un soi-disant processus de paix qui n'a mené à rien. Les jeunes Palestiniens n'acceptent pas l'idée d'avoir davantage de négociations qui n'aboutissent pas. Et ils ont raison", souligne M. Kidwa.

"Nous devons arrêter de parler d'un processus, d'un horizon, mais plutôt nous engager dès le départ sur un résultat final et une échéance", ajoute-t-il. "Et ce résultat, il n'y en a pas d'autre que celui-ci: diviser cette terre en deux Etats, Israël et la Palestine, vivant côte à côte".


Gaza: 400 tonnes d'aide alimentaire envoyées par la France arrivent en Egypte

L'aide internationale à destination de la bande de Gaza, où la situation humanitaire reste dramatique malgré le cessez-le-feu entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, arrive généralement par les ports égyptiens de Port-Saïd ou d'al-Arich. (AFP)
L'aide internationale à destination de la bande de Gaza, où la situation humanitaire reste dramatique malgré le cessez-le-feu entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, arrive généralement par les ports égyptiens de Port-Saïd ou d'al-Arich. (AFP)
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  • L'aide a été accueillie à Port-Saïd par le gouverneur de cette ville, Mohab Habachi, l'ambassadeur de France au Caire, Eric Chevallier, et le directeur régional du Programme alimentaire mondial (PAM), Samer Abdeljaber
  • Elle a été réceptionnée par le PAM qui doit l'acheminer dans la bande de Gaza

PORT-SAID: Un porte-conteneur transportant près de 400 tonnes d'aide alimentaire envoyée par la France à Gaza est arrivé mercredi sur les côtes égyptiennes, ont annoncé le gouverneur de Port-Saïd et l'ambassade française en Egypte.

L'aide internationale à destination de la bande de Gaza, où la situation humanitaire reste dramatique malgré le cessez-le-feu entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, arrive généralement par les ports égyptiens de Port-Saïd ou d'al-Arich, la ville la plus proche du territoire palestinien, dans le nord de l'Egypte.

L'aide a été accueillie à Port-Saïd par le gouverneur de cette ville, Mohab Habachi, l'ambassadeur de France au Caire, Eric Chevallier, et le directeur régional du Programme alimentaire mondial (PAM), Samer Abdeljaber.

Elle a été réceptionnée par le PAM qui doit l'acheminer dans la bande de Gaza.

L'aide est destinée à "plus de 42.000 enfants âgés de 6 mois à 2 ans", a indiqué l'ambassade française dans un communiqué, sans dire quand la marchandise devait arriver à Gaza.

M. Habachi a assuré dans un communiqué de son bureau que "toutes les dispositions ont été prises pour garantir le passage fluide" du convoi humanitaire français vers Gaza.

"Il est impératif qu'Israël supprime tous les obstacles entravant la capacité de l'ONU et des ONG à acheminer l'aide humanitaire de manière indépendante et neutre dans l'ensemble de la bande de Gaza", a indiqué l'ambassade.

Affrété par la fondation de l'armateur français CMA CGM, le paquebot Tokyo qui transporte l'aide était parti du Havre mi-janvier, selon l'ambassade.

Le point de passage de Rafah --le seul entre Gaza et le monde extérieur qui ne passe pas par Israël-- a rouvert cette semaine au compte-gouttes.

Les autorités israéliennes, qui l'avaient fermé en mai 2024, n'ont pas accepté pour l'heure l'ouverture totale réclamée par les organisations humanitaires pour permettre une entrée massive de l'aide internationale.

Jusqu'à présent, quelques dizaines de Palestiniens l'ont emprunté dans les deux sens, essentiellement des malades ou des blessés évacués vers l'Egypte et accompagnés de leurs proches, ou des habitants de retour après avoir reçu des soins.

Israël et le Hamas s'accusent quotidiennement de violer les termes de l'accord de cessez-le-feu en place depuis le 10 octobre.

Mercredi, des bombardements israéliens ont fait 23 morts dans le territoire palestinien, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Après le cessez-le-feu, le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un organisme de l'ONU basé à Rome, avait déclaré que la famine était terminée à Gaza, mais avait alerté sur des niveaux élevés d'insécurité alimentaire.


Nouvelles frappes israéliennes meurtrières à Gaza

Des bombardements israéliens ont fait 24 morts mercredi à Gaza, selon les services de santé, tandis que l'armée a affirmé avoir riposté à des tirs et tué plusieurs combattants palestiniens, malgré le fragile cessez-le-feu en place depuis le 10 octobre. (AFP)
Des bombardements israéliens ont fait 24 morts mercredi à Gaza, selon les services de santé, tandis que l'armée a affirmé avoir riposté à des tirs et tué plusieurs combattants palestiniens, malgré le fragile cessez-le-feu en place depuis le 10 octobre. (AFP)
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  • Selon les services de santé de la bande de Gaza, 24 Palestiniens ont été tués et une quarantaine blessés mercredi par des frappes aériennes ou tirs d'artillerie israéliens
  • "Nous dormions quand soudain une pluie d'obus et de tirs s'est abattue sur nous", a raconté un survivant

GAZA: Des bombardements israéliens ont fait 24 morts mercredi à Gaza, selon les services de santé, tandis que l'armée a affirmé avoir riposté à des tirs et tué plusieurs combattants palestiniens, malgré le fragile cessez-le-feu en place depuis le 10 octobre.

Le poste frontalier de Rafah avec l'Egypte, seul accès vers le monde extérieur pour les habitants du territoire assiégé par Israël, reste pendant ce temps entrouvert sous de très strictes conditions.

Selon les services de santé de la bande de Gaza, 24 Palestiniens ont été tués et une quarantaine blessés mercredi par des frappes aériennes ou tirs d'artillerie israéliens.

"Nous dormions quand soudain une pluie d'obus et de tirs s'est abattue sur nous", a raconté un survivant, Abou Mohammed Haboush, dont le fils a été tué à Gaza-ville, dans le nord. "De jeunes enfants ont été tués, mon fils et mon neveu sont parmi les morts", a-t-il ajouté.

Des images de l'AFP dans cette ville ont montré des proches de victimes priant dans l'enceinte de l'hôpital Al-Chifa, où étaient allongés des corps enveloppés de linceuls blancs.

Un secouriste tué 

Le directeur de l'hôpital, Mohammed Abu Salmiya, a déclaré que 14 morts et des dizaines de blessés y avaient été transportés. Il a dénoncé "une situation extrêmement difficile dans les hôpitaux du territoire, en raison des graves pénuries de médicaments et d'équipements".

D'autres frappes ont visé le secteur d'Al-Mawasi à Khan Younès, dans le sud de Gaza, où des dizaines de milliers de déplacés vivent sous des abris de fortune.

Le Croissant-Rouge palestinien a annoncé la mort d'un de ses secouristes, Hassan Hussein Al-Samiri, durant une intervention pour évacuer des blessés dans cette zone.

L'armée a déclaré avoir tué mercredi dans une frappe dans le sud de Gaza un commandant du Hamas, Bilal Abou Assi, présenté comme le chef du commando auteur d'un assaut contre le kibboutz Nir Oz le 7 octobre 2023, lors des attaques qui ont déclenché la guerre.

Elle a indiqué avoir mené cette frappe en riposte à des tirs qui ont blessé un officier dans le nord de Gaza.

L'armée a aussi annoncé avoir tué un commandant du Jihad islamique, Ali Raziana, ainsi que le chef d'une "cellule terroriste" du Hamas, Muhammad Issam Hassan al-Habil, accusé d'être l'auteur du meurtre d'une soldate israélienne, Noa Marciano, prise en otage le 7 octobre 2023.

Elle a assuré avoir pris des mesures "afin de limiter autant que possible les dommages aux civils".

"Retrouver mon pays" 

Dans ce contexte de trêve très précaire, Israël avait accepté de rouvrir partiellement lundi le passage de Rafah, fermé depuis mai 2024.

Seuls quelques dizaines de Palestiniens de Gaza ont transité jusqu'à présent dans les deux sens, essentiellement des malades ou blessés évacués vers l'Egypte, accompagnés de leurs proches, ou des habitants de retour après avoir reçu des soins.

Pendant la nuit, un autocar transportant des Palestiniens de retour d'Egypte est arrivé à Khan Younès, selon des images de l'AFP. Des femmes et des enfants en sont descendus, accueillis par leurs proches impatients de les serrer dans leurs bras.

"Je ne peux décrire ce que je ressens", a confié une Palestinienne, Fariza Barabakh. "Je suis si heureuse de retrouver mon mari, mes enfants, ma famille, mes bien-aimés, et bien sûr, retrouver mon pays".

"Le sentiment d'appartenir à une terre est plus important que tout autre", a-t-elle ajouté.

Aux termes du plan de Donald Trump visant à mettre fin définitivement à la guerre, le passage de Rafah devait rouvrir une fois libérés les derniers otages retenus à Gaza.

Mais les autorités israéliennes n'ont pas accepté pour l'heure de rouvrir totalement la frontière, comme réclamé par les organisations humanitaires pour permettre un afflux de l'aide internationale.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, au moins 556 personnes ont été tuées par des frappes israéliennes depuis le 10 octobre, tandis que l'armée a annoncé avoir perdu quatre soldats.

 


Le ministre iranien des Affaires étrangères appelle son homologue saoudien avant les pourparlers nucléaires avec les États-Unis

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reçu mercredi un appel téléphonique de son homologue iranien, Abbas Araqchi. (Capture d’écran)
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reçu mercredi un appel téléphonique de son homologue iranien, Abbas Araqchi. (Capture d’écran)
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  • Ils ont discuté de l’importance de résoudre les différends par le dialogue et la diplomatie
  • Des puissances régionales ont œuvré en faveur de ces pourparlers, prévus vendredi à Oman, entre Téhéran et Washington

​​​​​​LONDRES : Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reçu mercredi un appel téléphonique de son homologue iranien, Abbas Araghchi, à la veille de discussions nucléaires cruciales entre Téhéran et Washington.

Selon l’Agence de presse saoudienne, les deux responsables ont souligné l’importance de régler les différends par le dialogue et la diplomatie, ainsi que les efforts visant à préserver la sécurité et la stabilité de la région.

Des puissances régionales ont encouragé la tenue de ces pourparlers, programmés vendredi à Oman, entre l’Iran et les États-Unis, dans le but de parvenir à un accord sur le programme nucléaire de Téhéran et d’éviter une nouvelle escalade dans la région.

Dans un message confirmant ces discussions, publié mercredi sur la plateforme X, Abbas Araghchi a écrit :
« Les négociations nucléaires avec les États-Unis doivent se tenir à Mascate vendredi vers 10 heures. Je remercie nos frères omanais pour avoir pris toutes les dispositions nécessaires. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com