Frankly Speaking: Israël mettra-t-il un jour fin à son occupation de la Palestine?

Pendant plus de quatre décennies, Gideon Levy a été journaliste et chroniqueur pour le quotidien israélien Haaretz. Il s’est entretenu avec Katie Jensen, l’animatrice de Frankly Speaking, l’émission d’Arab News. (Photo AN)
Pendant plus de quatre décennies, Gideon Levy a été journaliste et chroniqueur pour le quotidien israélien Haaretz. Il s’est entretenu avec Katie Jensen, l’animatrice de Frankly Speaking, l’émission d’Arab News. (Photo AN)
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Publié le Lundi 26 février 2024

Frankly Speaking: Israël mettra-t-il un jour fin à son occupation de la Palestine?

  • «Israël a systématiquement, dès le premier jour, déshumanisé et diabolisé les Palestiniens afin de justifier son occupation, ainsi que la création de l’État d’Israël», déclare Gideon Levy
  • Les politiciens israéliens espèrent peut-être une répétition des accords d’Abraham de 2020-2021, qui ont permis à Israël de normaliser ses relations avec les Émirats arabes unis et Bahreïn

DUBAÏ: Alors que la guerre à Gaza entrera bientôt dans son sixième mois, certains se demandent si la fin de l’occupation israélienne de la Palestine est envisageable. Ce qui est sûr, cependant, c’est qu’Israël mène une politique de déshumanisation et de diabolisation des Palestiniens pour justifier son occupation, selon Gideon Levy, l’un des plus célèbres journalistes israéliens.

«Israël a systématiquement, dès le premier jour, déshumanisé et diabolisé les Palestiniens afin de justifier son occupation ainsi que la création de l’État d’Israël», confie-t-il.

Il soutient par ailleurs qu’Israël «est très efficace en termes de propagande et de lavage de cerveau partout dans le monde» et qu’il est «le seul occupant de l’histoire qui se pose en victime».

M. Levy, qui a été pendant plus de quatre décennies journaliste pour le quotidien israélien Haaretz, couvrait principalement le conflit israélo-palestinien. Il a tenu ces propos lors de l’émission Frankly Speaking d’Arab News.

M. Levy a sévèrement critiqué les attaques israéliennes, en particulier celles qui ont été menées après l’offensive du Hamas dans le sud d’Israël en octobre 2023, qui a fait 1 200 morts et a conduit à l’enlèvement de 240 personnes. Selon le ministère de la Santé de Gaza, près de 30 000 individus, dont beaucoup de femmes et d’enfants, ont été tués jusqu’à présent dans le cadre des représailles israéliennes.

Les pays arabes, en particulier l’Arabie saoudite, ont fait pression sur Israël afin qu’il accepte un cessez-le-feu ou réduise son offensive. Le Royaume a fait de la création d’un État palestinien une condition préalable à tout accord de normalisation, les responsables israéliens étant favorables à l’idée d’une amélioration des relations avec les États arabes.

M. Levy doute cependant qu’un Premier ministre israélien, y compris Benjamin Netanyahou, aille aussi loin.

«Je ne les vois pas […] mettre fin à l’occupation», explique-t-il à Katie Jensen, animatrice de Frankly Speaking.

Les politiciens israéliens espèrent peut-être une répétition des accords d’Abraham de 2020-2021, qui ont permis à Israël de normaliser ses relations avec les Émirats arabes unis et Bahreïn.

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Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou (deuxième à gauche), affiche un grand sourire après avoir signé les prétendus accords d’Abraham avec le ministre des Affaires étrangères du royaume de Bahreïn, Abdellatif al-Zayani (à gauche) et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdallah ben Zayed al-Nahyane (à droite), négociés par le gouvernement américain sous la présidence de Donald Trump (deuxième à droite) à la Maison-Blanche, à Washington, le 15 septembre 2020. (AFP)

Israël a aussi rapidement normalisé ses relations avec le Maroc et le Soudan.

«Peut-être espèrent-ils perpétuer les accords d’Abraham, qui leur ont permis de faire de bonnes affaires sans changer de politique à l’égard des Palestiniens, mais uniquement grâce à toutes sortes de paroles en l’air», affirme M. Levy.

«Je pense que tous les candidats au poste de Premier ministre en Israël – pas seulement Netanyahou, mais aussi l’opposition – préféreraient maintenir une occupation plutôt que d’avoir des relations normales avec un pays important comme l’Arabie saoudite.»

Même au-delà du monde arabe, la contre-offensive d’Israël à Gaza a déclenché une réaction internationale, notamment le procès historique de l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice. Cependant, M. Levy considère la plupart de ces propos comme des paroles creuses.

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Cette photo, prise le 26 janvier 2024, montre le panel de la Cour internationale de justice réuni à La Haye lors de la lecture de l’affaire de génocide déposée par l’Afrique du Sud contre Israël à la suite de ses attaques contre des civils dans la bande de Gaza. (X: @CIJ_ICJ)

«La sympathie envers les Palestiniens est très profondément enracinée au niveau des communautés, mais très peu de dirigeants semblent se soucier vraiment d’eux. Malheureusement, ils sont laissés pour compte depuis tant d’années maintenant, alors que de nombreux hommes d’État expriment leur solidarité du bout des lèvres. Presque personne ne fait rien pour leur venir en aide et ils se retrouvent tout à fait seuls, surtout ces dernières années», souligne M. Levy.

«Certes, on en parle beaucoup; condamnations, résolutions, décisions, règlements, audiences… un grand nombre d’initiatives. Il ne manque qu’une chose, c’est l’action. La prise de mesures.»

«Le monde n’a jamais envisagé d’actions véritables et les États-Unis, en particulier, n’ont jamais pris de mesures pour promouvoir leurs intérêts ou leurs idées. Ce pays prétend vouloir mettre un terme à cette guerre. Mais, en même temps, il fournit à Israël davantage de munitions et d’armes.»

Israël a appris qu’«il est très facile d’ignorer les discussions et de s’en tenir à sa politique, puisque le pays ne paie pas le prix de ses politiques», précise M. Levy.

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Une cargaison d’obus d’artillerie de 155 mm fournie par les États-Unis et qui doit être utilisée par l’armée israélienne est transportée dans un camion le long d’une autoroute entre Jérusalem et Beer-Sheva, dans le sud d’Israël, le 14 octobre 2023. (AFP)

Alors que les Palestiniens eux-mêmes et les dirigeants du monde entier appellent à la paix, M. Levy n’est pas certain que cette dernière doive être la priorité absolue lorsqu’il s’agit de négociations sur la Palestine. Il évoque plutôt la justice pour le peuple palestinien.

«J’appelle à la justice, non à la paix. […] Peut-être que la paix sera le petit plus que nous en tirerons. Mais je ne suis pas sûr que les deux peuples soient prêts à instaurer la paix. Cependant, il y a un seul peuple qui mérite justice. Et le monde devrait se mobiliser pour promouvoir cette cause.»

De 1978 à 1982, M. Levy a travaillé comme assistant et porte-parole de Shimon Peres, alors chef du Parti travailliste israélien. En 1982, il a commencé à écrire pour Haaretz, où il a ensuite occupé le poste de rédacteur en chef adjoint.

Il évoque depuis longtemps, dans ses écrits, son soutien à une solution à un État unique dans lequel les juifs, les Arabes et tous les citoyens disposeraient de droits égaux – une opinion controversée au sein des populations israélienne et palestinienne.

«Il y a 700 000 colons juifs dans les territoires occupés. Personne ne va les évacuer. Et il n’existe pas d’État palestinien viable avec 700 000 colons juifs, dont une partie très violente et tous très hautement idéologiques. Je ne pense pas qu’une solution à deux États soit envisageable.»

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Des objets sont dispersés plus d’une semaine après que des colons juifs ont attaqué le village de Wadi al-Seeq, en Cisjordanie occupée, le 24 octobre 2023. (AFP)

Il poursuit en ces termes: «Si ce n’est la solution à deux États, que reste-t-il? Un seul État. […] Le seul problème, c’est que ce n’est pas une démocratie.»

«Je dois dire à mes compatriotes israéliens qu’ils ne peuvent pas tout avoir. S’ils voulaient un État juif, ils auraient dû se retirer des territoires occupés depuis longtemps.»

«Si vous voulez un État démocratique, vous devez renoncer à l’État juif, car vous ne pouvez pas avoir les deux. Il y a deux peuples ici. On est soit un État d’apartheid, soit une démocratie.»

Alors que les bombardements israéliens se poursuivent sur l’ensemble de Gaza, de nombreux Palestiniens commencent à perdre espoir en leurs propres responsables. Même un mois avant le début de la dernière guerre entre Israël et le Hamas, 78% des Palestiniens souhaitaient la démission du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, selon un sondage du Centre palestinien de recherche sur les politiques et les enquêtes.

Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken (à gauche), rencontre le président palestinien, Mahmoud Abbas, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie occupée, le 7 février 2024, lors d’une tournée au Moyen-Orient, son cinquième voyage urgent dans la région depuis que la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza a éclaté, en octobre. (AFP)

Les observateurs se demandent désormais s’il pourrait y avoir un remplaçant à Abbas capable de mener des réformes et de revitaliser l’Autorité palestinienne.

Pour M. Levy, le dissident palestinien emprisonné Marwan Barghouti pourrait être candidat.

«Il était le seul à pouvoir réellement unir le peuple palestinien, le Hamas et le Fatah. Je crois aussi que c’est un partisan de la paix. Il l’a prouvé de plusieurs manières», souligne le journaliste.

M. Barghouti a été arrêté par Israël à Ramallah en 2002 et, deux ans plus tard, il a été condamné à cinq peines de réclusion à perpétuité pour cinq meurtres.

«J’espère qu’il est encore capable de diriger les Palestiniens. Je n’ai pas de meilleure idée. Je ne suis pas sûr que le Hamas puisse l’accepter aujourd’hui. Il y a vingt ans, oui, [mais] je n’en suis pas sûr aujourd’hui», ajoute M. Levy.

«J’ai pleinement confiance en lui. Parce que je crois en lui et parce que tant d’autres gens croient en lui aussi, Israël ne le relâchera jamais. C’est tellement tragique.»

Le portrait du dissident palestinien emprisonné Marwan Barghouti (à droite) apparaît aux côtés de celui de l’ancien président sud-africain Nelson Mandela dans un bureau de la ville de Ramallah, en Cisjordanie. M. Barghouti, détenu par Israël depuis près de deux décennies après avoir été reconnu coupable de plusieurs meurtres au cours de la deuxième Intifada, est comparé à Mandela, qui a mené avec succès la résistance à l’apartheid en Afrique du Sud. (AFP)

Depuis le mois d’octobre, en particulier, le discours populaire en Israël se retourne de plus en plus contre les Palestiniens, ce que M. Levy attribue à une combinaison de racisme et de déshumanisation.

«Si vous menez une occupation aussi brutale pendant tant d’années, si vous transmettez à vos soldats et à vos jeunes – génération après génération – l’idée qu’il n’y a rien de plus dérisoire que la vie d’un Palestinien, permettez-moi de vous dire ce qui suit: si l’armée israélienne avait tué autant de chiens qu’elle a tué de personnes à Gaza, ce serait un énorme scandale en Israël.»

En outre, les médias israéliens, qui, selon M. Levy, «ne couvrent pas les souffrances de Gaza», ont favorisé la montée en puissance des attitudes racistes dans le pays.

«Ils savent que les Israéliens ne veulent pas voir cela et qu’ils ne veulent pas en entendre parler. C’est le résultat de décennies de lavage de cerveau et de déshumanisation; comme je l’ai déjà dit, c’est le fruit de décennies de diabolisation des Palestiniens.»

«Les Israéliens ne rencontrent plus de Palestiniens à cause du mur de séparation [en Cisjordanie]. Il n’y a presque plus de contact entre les deux peuples», renchérit M. Levy, expliquant que l’attaque du 7 octobre dernier a conduit les Israéliens à mettre tous les Palestiniens dans la même catégorie que le Hamas et les auteurs de l’attaque.

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Des participants au Marathon de la liberté de mouvement en Palestine courent devant une section du mur de séparation controversé d’Israël, à Bethléem, en Cisjordanie occupée par Israël, le 10 mars 2023. (AFP)

" Il suffit d’un seul attentat, comme ce terrible attentat du 7 octobre, pour que toutes les idées politiques incorrectes deviennent politiquement correctes.»

«La plupart des Israéliens pensent qu’ils ont désormais le droit de faire et de dire ce que bon leur semble en raison de la situation horrible dont ils ont été victimes.»

Dans l’esprit des Israéliens aujourd’hui, conclut M. Levy, «tous les Palestiniens portent la responsabilité des crimes du 7 octobre. Ils y ont tous pris part».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'armée israélienne dit se préparer à mener une «vaste opération» en Cisjordanie

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués. (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués. (AFP)
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  • L'armée israélienne a déclaré que des soldats avaient été déployés après des informations faisant état d'une attaque contre des civils israéliens qui faisaient selon elle une randonnée près de la colonie israélienne de Havat Gilad
  • Deux personnes blessées par balles, âgées d'une vingtaine d'années, ont été évacuées par hélicoptère, l'une dans un état grave, selon la même source

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé vendredi qu'elle se préparait à mener une "vaste opération antiterroriste" en Cisjordanie occupée à la suite de violences qui ont coûté la vie à un Israélien et quatre Palestiniens.

"A la suite de l'attaque terroriste perpétrée plus tôt dans la journée dans la région de Tel, les soldats des FDI (armée israélienne, NDLR) se préparent à mener une vaste opération antiterroriste dans ce secteur", a indiqué l'armée. Elle a ajouté avoir reporté les permissions des soldats sur l'ensemble du territoire et déployé ses forces dans la région.

Netanyahu promet d'agir "avec fermeté" 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués.

L'armée israélienne a déclaré que des soldats avaient été déployés après des informations faisant état d'une attaque contre des civils israéliens qui faisaient selon elle une randonnée près de la colonie israélienne de Havat Gilad.

Selon elle, les assaillants se sont emparés de l'arme d'un membre des forces de sécurité arrivées sur place, avant d'ouvrir le feu sur les randonneurs.

Les secours israéliens du Magen David Adom ont indiqué qu'un homme d'une trentaine d'années avait été déclaré mort près de la colonie.

Deux personnes blessées par balles, âgées d'une vingtaine d'années, ont été évacuées par hélicoptère, l'une dans un état grave, selon la même source.

L'armée a ensuite annoncé avoir tué l'auteur de l'attaque et récupéré l'arme dérobée. Elle a précisé que des opérations étaient toujours en cours pour retrouver d'éventuels autres assaillants.

Un journaliste de l'AFP a constaté que tous les barrages et points de contrôle avaient été fermés dans le nord de la Cisjordanie et que d'importants renforts militaires avaient été déployés dans le secteur.

Le ministère palestinien de la Santé a indiqué de son côté que quatre Palestiniens avaient été tués dans le village de Tel, voisin de la colonie, et que quatre autres avaient été blessés, dont trois grièvement.

Le chef du conseil du village de Tel, Walid Zidan, a rejeté la version israélienne, affirmant à l'AFP qu'une vingtaine de colons étaient entrés dans le village palestinien avant que des affrontements n'éclatent.

Selon lui, des soldats israéliens se sont ensuite joints aux colons pour tirer sur des Palestiniens.

L'AFP n'était pas en mesure de vérifier ces affirmations de manière indépendante.

Agir "d'une main de fer"

Après la mort de l'Israélien, M. Netanyahu a dit que son gouvernement agirait "avec fermeté contre les terroristes et leurs commanditaires", selon un communiqué de son bureau.

Il a précisé qu'il allait tenir une réunion avec les responsables sécuritaires pour "discuter des modalités de la riposte à l'attentat meurtrier".

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a appelé l'armée à agir "d'une main de fer" contre "le village des meurtriers et ses environs", sans fournir davantage de précisions.

Les violences en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, se sont fortement intensifiées depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste Hamas en Israël le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres officiels israéliens, au moins 47 Israéliens, civils et militaires confondus, y ont été tués depuis octobre 2023 dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.

Selon un décompte de l'AFP, fondé sur les données du ministère de la Santé palestinien, le bilan côté palestinien est d'au moins 1.094 Palestiniens, combattants ou civils tués par des soldats ou des colons israéliens.

Hors Jérusalem-Est, plus de 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, aux côtés d'environ trois millions de Palestiniens.

Toutes les colonies israéliennes sont considérées comme illégales au regard du droit international.


Visite du président libanais à Washington: le Hezbollah dénonce une «soumission» à un pouvoir étranger

Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère". (AFP)
Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère". (AFP)
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  • Les violences ont baissé d'intensité depuis la signature en juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, en parallèle de négociations entamées en avril entre le Liban et Israël dans une tentative de dissocier le dossier libanais
  • Malgré l'accalmie dans les combats, l'armée israélienne continue de mener des frappes intermittentes et opérations dans et près des zones qu'elle continue d'occuper dans le sud

BEYROUTH: Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère".

Joseph Aoun a été reçu mardi à la Maison Blanche par Donald Trump, qui a dit vouloir "beaucoup aider" le Liban, au moment où un accord avec Israël parrainé par Washington entre dans sa première phase.

Cet accord conclu en juin prévoit le déploiement de l'armée libanaise dans des "zones pilotes" évacuées par Israël - qui occupe une partie du sud du pays désignée comme "zone de sécurité" - sous réserve du désarmement du Hezbollah pro-iranien.

La formation pro-iranienne, qui s'oppose à l'accord, a déploré dans un communiqué que la visite de M. Aoun n'avait "débouché sur aucun engagement américain" sur un retrait de l'armée israélienne du sud du Liban, ni n'avait mis fin aux tirs israéliens, ni permis un retour sûr des déplacés dans cette région.

"Dans la série ininterrompue des concessions" du pouvoir, cette visite a révélé "l’ampleur de la dépendance et de la soumission à une tutelle étrangère", a ajouté le Hezbollah.

Pendant l'entrevue, Joseph Aoun a insisté sur la nécessité d'un "retrait total" israélien pour avancer dans la mise en oeuvre de l'accord.

Le Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en attaquant Israël, en soutien à l'Iran, a réitéré son refus des négociations directes entre Israël et le Liban.

L'armée libanaise a entamé mardi son déploiement dans le village de Zawtar al-Gharbiya dont l'armée israélienne contrôlait les abords.

Le chef de l'armée, Rodolphe Haykal, s'est rendu jeudi sur place où il "a passé en revue les mesures prises" afin de " garantir le retour en sécurité des habitants", selon un communiqué de l'armée.

Un photographe de l'AFP a vu des équipes de secours entrer dans cette localité, qui reste interdite d'accès aux habitants.

Elles ont récupéré trois corps, et poursuivent des opérations de recherche, a rapporté l'Agence nationale d'information (ANI, officielle).

Les violences ont baissé d'intensité depuis la signature en juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, en parallèle de négociations entamées en avril entre le Liban et Israël dans une tentative de dissocier le dossier libanais de la guerre régionale.

Malgré l'accalmie dans les combats, l'armée israélienne continue de mener des frappes intermittentes et opérations dans et près des zones qu'elle continue d'occuper dans le sud.

L'ANI a rapporté une "forte explosion" dans la localité frontalière d'al-Tiri, l'attribuant à l'armée israélienne. Des tirs israéliens dans une autre localité du sud ont blessé un travailleur syrien, a ajouté l'agence.

Des secouristes affiliés au Hezbollah ont rapporté qu'une frappe israélienne près de Nabatiyé al-Fawqa avait visé une ambulance qui se rendait sur le site d'une précédente frappe, et blessé deux secouristes.


La coopération saoudo-américaine peut-elle faire émerger un « Aramco du nucléaire » ?

L’accord s’appuie sur neuf décennies de coopération énergétique, tandis que Washington soutient les ambitions à long terme du Royaume en matière de nucléaire civil. (Getty Images)
L’accord s’appuie sur neuf décennies de coopération énergétique, tandis que Washington soutient les ambitions à long terme du Royaume en matière de nucléaire civil. (Getty Images)
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  • L’accord repose sur près de neuf décennies de coopération énergétique, alors que Washington apporte son soutien aux ambitions de long terme de l’Arabie saoudite dans le domaine du nucléaire civil
  • Des experts estiment que la profonde confiance stratégique et les intérêts commerciaux communs ont rendu possible ce partenariat historique

LONDRES : Bien que les détails techniques et les conditions politiques de l’accord nucléaire conclu entre l’Arabie saoudite et les États-Unis n’aient pas encore été entièrement dévoilés, la nouvelle a été accueillie de manière largement positive par les experts et les observateurs des deux pays.

Comme l’a souligné mercredi le ministère saoudien de l’Énergie dans un communiqué, cet accord ne sort pas de nulle part.

L’Accord de coopération sur les usages pacifiques de l’énergie nucléaire, indique le ministère, « s’inscrit dans le prolongement du partenariat stratégique historique entre les deux pays amis ».

Plus récemment, il fait suite à l’annonce effectuée lors de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane aux États-Unis l’an dernier, concernant « l’aboutissement des négociations sur la coopération bilatérale dans les usages pacifiques de l’énergie nucléaire ».

Historiquement, la coopération énergétique entre Washington et Riyad a donné naissance à des avancées majeures. Les fondations de ce qui deviendra Aramco, aujourd’hui la plus grande compagnie pétrolière au monde, ont été posées en 1933, lorsque l’Arabie saoudite a signé un accord de concession avec la Standard Oil Company of California.

Le ministère ajoute que cet accord « reflète la vision commune des deux pays visant à renforcer leur coopération dans les domaines de l’énergie et des technologies d’avenir, tout en soutenant le développement durable ».

Mais l’ancienneté de cette vision pourrait surprendre plus d’un. 

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Un puits de pétrole à Ain Dar, en Arabie saoudite, en 1952. (Photo : Touring Club Italiano/Marka/Universal Images Group via Getty Images)

En avril 1986, deux chercheurs du département de génie nucléaire de l’Université Roi-Abdelaziz de Djeddah se sont rendus à l’aéroport international de Pittsburgh afin de participer à une conférence consacrée à la théorie et aux applications de la modélisation et de la simulation informatiques dans plusieurs disciplines.

Le titre de la communication présentée par A.F. Abdul-Fattah et W.H. Abulfaraj lors de cette conférence de deux jours organisée à l’Université de Pittsburgh était : « Évaluation technologique des réacteurs nucléaires de recherche pour l’Arabie saoudite ».

Quarante ans plus tard, ce document rappelle que, loin d’être le résultat d’une course précipitée vers l’énergie nucléaire, le nouvel accord annoncé avec les États-Unis constitue simplement la dernière pièce d’un puzzle énergétique que le Royaume assemble avec patience depuis au moins quatre décennies. 

Michael Ratney, ancien ambassadeur des États-Unis à Riyad et conseiller principal au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington, a déclaré à Arab News que l’accord nucléaire entre les États-Unis et l’Arabie saoudite était, sans aucun doute, « un accord historique ».

« Les Saoudiens réfléchissent à ce projet depuis très longtemps », a-t-il expliqué. « Le processus s’est accéléré avec la Vision 2030 en raison de son objectif de diversification économique et de la volonté de bâtir une économie viable pour l’après-pétrole.

« Et cela ne signifie pas seulement une économie qui ne dépend plus des exportations de pétrole. Cela signifie aussi une économie qui ne dépend plus du pétrole pour répondre à ses propres besoins énergétiques. »

Selon lui, le nucléaire constitue un élément logique d’un mix énergétique plus large basé sur les énergies renouvelables que le Royaume est en train de développer.

« L’Arabie saoudite investit déjà dans l’énergie solaire et l’énergie éolienne, et le nucléaire s’inscrit dans un bouquet énergétique décarboné. C’est d’ailleurs le même débat qui se déroule actuellement en Europe et aux États-Unis.

« Les Saoudiens considèrent depuis longtemps l’énergie nucléaire comme une alternative aux combustibles fossiles, et cet accord représente l’occasion de concrétiser cette ambition. »

Il a ajouté que les États-Unis avaient également beaucoup à gagner de ce nouvel accord.

« Je ne participe pas directement aux négociations », a-t-il précisé. « Mais je suppose que si nous poursuivons ce projet aujourd’hui, c’est aussi parce que nous nous attendons à ce que les Saoudiens collaborent avec des entreprises américaines pour construire les réacteurs. »

Dans une publication sur X, l’homme d’affaires et commentateur saoudien Turki Al-Faisal Al-Rasheed a lui aussi estimé que les deux parties avaient beaucoup à gagner.

Selon lui, ce partenariat « vise à répondre aux besoins de l’Arabie saoudite en matière d’énergie nucléaire à des fins pacifiques, tout en offrant à Washington un levier pour éloigner Riyad de la Chine, son principal partenaire dans de nombreux projets de la Vision 2030. »

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Le prince héritier Mohammed ben Salmane lance le projet de construction du premier réacteur nucléaire de recherche d’Arabie saoudite. (Photo SPA)

La technologie et l’expertise américaines contribueraient à « maintenir des normes élevées en matière de garanties de sécurité et de non-prolifération ». Dans le même temps, « l’Arabie saoudite dispose de ressources considérables et de multiples options à l’international ; remporter ces contrats générerait des emplois, renforcerait le leadership technologique des États-Unis et accroîtrait les revenus à l’exportation des entreprises américaines. »

Toutefois, dans un entretien accordé à Arab News, Turki Al-Rasheed a rappelé que, s’il est « essentiel — voire vital — pour l’Arabie saoudite de renouveler et de diversifier ses sources d’énergie », le Royaume peut choisir de le faire avec les États-Unis ou avec d’autres partenaires, comme la France, la Chine ou la Russie.

« Les États-Unis doivent être notre priorité, mais pas notre seule priorité », a-t-il déclaré. « N’oublions pas que la Chine est notre premier partenaire commercial. Les États-Unis sont notre partenaire militaire et politique. La Russie est notre principal partenaire dans le pétrole et l’énergie. Nous devons préserver l’ensemble de ces relations. »

La confiance des États-Unis dans leur partenariat avec l’Arabie saoudite s’est manifestée non seulement à travers l’accord signé mercredi, mais aussi par la relation étroite qui s’est développée entre les hauts responsables de Washington et de Riyad.

Lors de la cérémonie de signature organisée au siège du département américain de l’Énergie, le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a salué le prince Abdulaziz ben Salmane comme « l’un des analystes les plus avisés des marchés mondiaux de l’énergie », ajoutant qu’il admirait depuis longtemps sa franchise sur les grandes questions énergétiques internationales, bien avant leur première rencontre. 

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Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright. (Photo fournie)

Depuis, a-t-il expliqué, les deux hommes ont noué une relation d’amitié fondée sur la confiance, qui dépasse largement les discussions sur le pétrole, le gaz et la coopération dans le domaine du nucléaire civil.

Chris Wright a également salué le « leadership fort et fondé sur des principes » du ministre saoudien de l’Énergie, estimant qu’il avait contribué à transformer le secteur énergétique du Royaume. Selon lui, cette relation de confiance personnelle reflète une conviction plus large : celle que l’Arabie saoudite est un partenaire stratégique de long terme.

Certains observateurs ont toutefois exprimé des inquiétudes, estimant que si l’Arabie saoudite développait une capacité d’enrichissement de l’uranium, cela pourrait déclencher une course aux armements dans la région.

L’Arabie saoudite dispose d’importants gisements d’uranium. En 2019, le prince Abdulaziz avait déclaré : « Nous voulons maîtriser l’ensemble du cycle, depuis l’extraction de l’uranium jusqu’à son enrichissement, puis à son utilisation. » 

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Le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdulaziz ben Salmane Al Saoud, lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, le 4 juin 2026. (AFP/Photo d’archives)

La même année, une étude conjointe menée par le Saudi Geological Survey, le Beijing Research Institute of Uranium Geology et la China National Nuclear Corporation a identifié trois grands gisements, situés dans le centre et le nord-ouest du pays, susceptibles de produire jusqu’à 90 000 tonnes d’uranium.

« Je pense qu’il est normal que cela suscite des inquiétudes lorsque d’autres pays commencent à développer une capacité d’enrichissement nucléaire », a déclaré Michael Ratney. « Mais ce qui a été convenu dans cet accord ne donne pas à l’Arabie saoudite une arme nucléaire. Ce n’est tout simplement pas le cas.

« Il lui permet de développer un programme nucléaire civil en coopération avec les États-Unis, sous le contrôle des garanties de non-prolifération, afin que le Royaume puisse progressivement réduire sa dépendance au pétrole pour la production d’électricité. »

Selon lui, l’accord « laisse la porte ouverte » à un éventuel enrichissement de l’uranium, « mais uniquement au terme de nombreux autres accords et consultations avec les États-Unis avant d’en arriver là. Et un tel projet serait extrêmement coûteux et prendrait beaucoup de temps à mettre en œuvre. »

« Il faut déjà beaucoup de temps pour construire une centrale nucléaire. Développer une capacité d’enrichissement du combustible nucléaire prendrait encore bien plus de temps.

« En attendant, comme la plupart des pays, l’Arabie saoudite importera son combustible nucléaire, tout comme les États-Unis. Nous extrayons de l’uranium, mais nous importons également du combustible nucléaire parce que notre production ne suffit pas à alimenter l’ensemble de nos réacteurs. »

Selon Michael Ratney, l’impulsion initiale ayant conduit à l’accord actuel remonte à l’administration Biden.

« Les premières discussions ont eu lieu sous l’administration Biden, dans le cadre d’un projet d’accord global qui devait inclure un volet nucléaire, une normalisation des relations avec Israël ainsi qu’un traité de défense mutuelle avec les États-Unis.

« Ce projet a pris fin avec la fin du mandat de l’administration Biden, lorsque le processus de normalisation s’est pratiquement enlisé. Il semble désormais que l’administration Trump ait repris le volet nucléaire de cette initiative. » 

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Michael Ratney, ancien ambassadeur des États-Unis à Riyad et conseiller principal au Center for Strategic and International Studies (CSIS). (Photo fournie)

Michael Ratney estime que l’accord franchira l’étape du Congrès et qu’il est conçu pour durer.

« Il n’a pas besoin d’un vote d’approbation ; il lui suffit de survivre à un vote de désapprobation, et je pense que ce sera le cas. Je suis donc convaincu qu’il entrera en vigueur et je doute qu’une future administration cherche à le remettre en cause. »

Alors que les tensions entre les États-Unis et l’Iran se poursuivent, Ratney estime que l’accord comporte également une dimension politique.

« Cela fait probablement partie de la réflexion saoudienne : montrer à leurs voisins que l’Iran n’est pas le seul pays capable de développer un programme nucléaire, et que l’Arabie saoudite peut poursuivre un tel programme non pas de manière illicite, comme l’Iran est parfois accusé de le faire, mais en coopération avec une superpuissance mondiale. »

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Lors de la visite du secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, au laboratoire national de l’Idaho, le 25 juin 2026. (AFP) (AFP)

En réponse à une demande de commentaire, un porte-parole de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a indiqué que l’agence « est informée des discussions entre le Royaume d’Arabie saoudite et les États-Unis en vue de conclure un accord bilatéral de coopération dans le domaine du nucléaire civil, ainsi que du projet de demander à l’AIEA de mettre en œuvre des mesures de vérification dans le cadre de cet accord.

« Nous attendons avec intérêt de recevoir cette demande de vérification et de collaborer avec les États-Unis et le Royaume d’Arabie saoudite afin de garantir la mise en œuvre de ces mesures.

« Celles-ci devront s’accompagner des mécanismes de vérification prévus par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et par l’Accord de garanties généralisées applicable à l’Arabie saoudite.

« Une fois que les deux pays auront présenté cette demande, et conformément aux procédures de l’Agence, le Directeur général la soumettra au Conseil des gouverneurs afin d’obtenir l’autorisation nécessaire à sa mise en œuvre. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com